Voyage de l'empereur à Metz et dans le département de la Moselle, les 29 et 30 septembre 1857 / par L.-E. de Chastellux

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impr. de Blanc (Metz). 1857. 1 vol. (72 p.) ; in-4.
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Publié le : jeudi 1 janvier 1857
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OFFERT PAR LE MAIRE DE METZ
AU NOM DE LA VILLE
A
VOYAGE
DE
L'EMPEREUR
A METZ
ET DANS LE DÉPARTEMENT DE LA MOSELLE
LES 29 ET 30 SEPTEMBRE 1857
METZ
TYPOGRAPHIE DE F. BLANC, IMPRIMEUR DE LA VILLE
1857
1858
A
NAPOLÉON III
LA VILLE DE METZ
ET
LE DÉPARTEMENT DE LA MOSELLE.
VOYAGE DE NAPOLÉON III
A METZ
ET DANS LE DÉPARTEMENT DE LA MOSELLE.
L'EMPEREUR , en venant au milieu de nous, en cédant à la prière
des représentants de la ville de Metz et des cantons de la Moselle, a
donné de sa bienveillance un précieux témoignage à ce pays. Salué
sur son passage par les acclamations d'un peuple reconnaissant, il a
partout retrouvé les preuves éclatantes de la confiance et de l'affection
qu'une politique glorieuse a inspirées. Le souvenir de cet événement
est gravé dans les coeurs. Il doit être aussi conservé dans nos annales,
comme le souvenir d'une manifestation unanime et franche des
sentiments populaires en l'honneur du Souverain.
Depuis plus de cinq ans, c'était le désir légitime de nos populations
de pouvoir, à leur tour, offrir à Napoléon III un solennel hommage,
et chaque année ce désir était rendu plus vif par les nouveaux bienfaits
6 VOYAGE DE L'EMPEREUR
du gouvernement impérial. Dans les riches campagnes du plateau de
Briey et de la vallée de la Moselle, parmi les nombreux ouvriers
des arrondissements de Sarreguemines et de Thionville, comme à
Metz, l'esprit national a des racines profondes; les exploits de l'armée
d'Orient n'ont laissé nulle part une plus durable impression, et l'on
n'y oubliera jamais que les brillants succès de la guerre et les solides
avantages de la paix furent un effet de l'énergie et de la sagesse de
l'Empereur. Attachés de coeur à une dynastie dont le fondateur est
immortel, sensibles à la gloire et à la prospérité présentes de la patrie,
les habitants de cette contrée se promettaient donc de renouveler,
pour Napoléon III, l'ovation que Napoléon I avait reçue de leurs pères
au retour d'Austerlitz.
Lorsque l'Empereur dut prendre en personne, à la fin d'août, le
commandement du camp de Châlons, on conçut aussitôt l'espérance
de le voir à Metz. Dès le 25, le Conseil municipal, convoqué par
M. Félix Maréchal, maire de la ville, avait voté à Sa Majesté une
adresse en ces termes :
« SIRE ,
» Le Maire et les membres du Conseil municipal de la ville de Metz,
» organes des voeux les plus chers de leurs concitoyens, viennent
» respectueusement supplier Votre Majesté d'honorer leur cité de sa
» présence.
» Aspirant depuis longtemps au bonheur de Vous recevoir, la ville
» de Metz hésitait à Vous demander le sacrifice de quelques-unes de
» ces précieuses journées que Vous consacrez à de si importants et de
» si glorieux travaux ; mais encouragée par la circonstance qui doit
A METZ ET DANS LA MOSELLE. 7
» momentanément fixer Votre résidence à quelques heures de ses
» murs, elle ose prendre la liberté de solliciter l'honneur d'une visite
» qui procurera à ses habitants une nouvelle occasion de manifester
» leur inaltérable dévouement à Votre Majesté, en même temps que
» l'admiration et la vive reconnaissance que leur inspirent les grandes
» choses que Vous avez accomplies. »
Le Conseil avait chargé le Maire de présenter cette adresse à
l'Empereur, et nommé une députation composée de M. Woirhaye,
premier président de la Cour impériale, M. Le Joindre, ingénieur en
chef des Ponts et Chaussées , et M. Gougeon , président de la Chambre
de commerce, premier adjoint.
Le Conseil général du département, qui venait de se réunir pour
sa session ordinaire, adopta, de son côté, l'adresse suivante, sur la
proposition de M. Ch. de Ladoucette, sénateur, président du Conseil :
« SIRE ,
» Le Conseil général de la Moselle apprend avec une vive satisfaction
» le voyage que Votre Majesté va faire dans son voisinage, aux camps
» de Châlons et de Lunéville. Le Conseil, certain d'être l'organe des
» populations qu'il représente, s'empresse d'adresser à Votre Majesté
» une instante prière pour qu'Elle veuille bien visiter le département
» de la Moselle. Votre Majesté peut être assurée qu'Elle n'y trouvera
» que des coeurs heureux de Lui témoigner leur reconnaissance pour
» tous les biens que Son règne apporte à la France. Le Conseil général
» se félicite de se trouver réuni pour y joindre l'expression particulière
» de son admiration et de son dévouement. »
8 VOYAGE DE L'EMPEREUR
L'Empereur étant arrivé au camp de Châlons dans la soirée du
29 août, M. le Maire de Metz, M. le Président du Conseil général, la
députation du Conseil municipal et celle du Conseil général composée
de MM. le colonel Hennocque, député, Louis Sers, secrétaire du
Conseil, et Jaunez, ancien maire de Metz, se rendirent le lendemain au
Quartier-Général de Sa Majesté pour remplir leur mission. L'Empereur
les accueillit avec bonté, les remercia des sentiments qu'ils avaient
exprimés, et leur dit qu'il avait formé le projet d'aller à Stuttgart
vers la fin de septembre, et qu'il lui serait peut-être possible de
s'arrêter à Metz, soit en allant en Allemagne, soit en revenant de
ce voyage.
On se livrait, depuis quelque temps, en Europe, à des conjectures
sur une prochaine entrevue de l'Empereur des Français avec l'Empereur
de Russie. La réponse de Napoléon III aux députations de la Moselle
fit sensation, car elle contenait le premier avis officiel et public de la
résolution prise à ce sujet. L'entrevue des deux Empereurs ne pouvait
avoir que d'heureux et de grands résultats, et la visite que Sa Majesté
consentait à faire à notre pays devait coïncider ainsi avec un fait
historique d'une haute portée. Le 1er septembre, les paroles prononcées
par l'Empereur furent connues à Metz et dans tout le département.
On les considéra avec joie comme une promesse, et l'on se mit à
l'oeuvre pour justifier par une belle réception le langage de nos délégués.
Bientôt l'itinéraire que l'Empereur comptait suivre fut notifié à M. le
Général commandant la Division et à M. le Préfet. Sa Majesté avait
décidé qu'elle reviendrait de Stuttgart par Manheim et Sarrebruck,
qu'elle rentrerait en France par Forbach, et retournerait au camp de
Châlons après un séjour à Metz.
A METZ ET DANS LA MOSELLE.
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L'embranchement des chemins de fer de l'Est qui conduit de Frouard
à Sarrebruck a, dans le département de la Moselle, un parcours de
85 kilomètres. II traverse l'arrondissement chef-lieu et l'extrémité
occidentale de l'arrondissement de Sarreguemines. C'était cette ligne
que le convoi impérial devait suivre. Le peuple des campagnes, les
ouvriers des centres industriels, les municipalités des communes même
les plus éloignées, se décidèrent spontanément à venir attendre aux
stations principales le passage de l'Empereur; les propriétaires des
usines et des fabriques de Sarreguemines, du pays de Bitche , de
Puttelange, de Forbach, organisèrent à la gare de cette dernière ville
une manifestation imposante ; le débarcadère d'Ars-sur-Moselle et ses
abords étaient décorés à grands frais par les soins des habitants, du
Maire, des maîtres de forges et des autres industriels du lieu; à
Hombourg, à Saint-Avold, à Faulquemont, à Rémilly, à Novéant,
partout on faisait des préparatifs, et depuis la lisière de la Prusse,
où se trouvent les vastes établissements de Stiring-Wendel, jusqu'à
la limite méridionale de notre territoire, où s'élèvent de nouvelles
usines à fer, les populations de la Moselle se sentaient fières de pouvoir
montrer en même temps à Napoléon III leur dévouement à sa personne
et le spectacle d'une activité croissante.
A Metz, le Conseil municipal, par une délibération du 17 septembre,
mit à la disposition du Maire un crédit de trente mille francs,
et voulant fêter dignement la présence du Souverain, il autorisa
l'administration à dépasser ce crédit et à ordonner toutes les dépenses
qui seraient jugées convenables. Le 25, M. Félix Maréchal fit publier
la proclamation suivante pour annoncer officiellement à la population
l'arrivée très-prochaine de Sa Majesté :
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VOYAGE DE LEMPEREUR
« Chers concitoyens,
» L'EMPEREUR, répondant à vos voeux, daigne honorer la ville de
» Metz de sa visite.
» Son auguste présence, en ravivant au coeur de la loyale et
» patriotique cité messine les souvenirs du premier Empire dont le
» culte s'est toujours conservé parmi nous, provoquera de nouveau
» l'éclatante manifestation de ces sentimens d'amour et de confiance
» qui animaient si vivement nos pères pour l'illustre fondateur de la
» dynastie Napoléonienne.
» Et d'ailleurs quels titres n'a pas son digne héritier au cordial
» accueil que vous lui réservez ?
» L'ordre et l'autorité rétablis ;
» Les passions politiques calmées ;
» La religion honorée;
» Le commerce secondé dans son élan vers une prospérité
» nouvelle ;
» L'industrie, les sciences et les arts, appelés à réaliser les plus
» étonnantes merveilles ; '
» Toutes les institutions propres à honorer le travail et à secourir
» l'infortune, encouragées avec la plus touchante et la plus généreuse
» sollicitude ;
» La France, enfin, replacée au premier rang des nations par
» d'éclatantes victoires, et une paix glorieuse et féconde assurée par
» la modération de sa politique ;
» Tels sont les faits admirables qui, en moins de cinq années,
» ont été accomplis sous le règne de Napoléon III.
A METZ ET DANS LA MOSELLE. 1 1
» L'Empereur, n'en doutez pas, ne peut recevoir de plus douce
» récompense de sa paternelle sollicitude et de ses glorieux travaux,
» que l'expression des sympathies du peuple qui lui a confié ses
» destinées.
» Que partout donc, sur son passage, Sa Majesté trouve la vive
» manifestation de la reconnaissance que vous inspirent ses bienfaits
» et le sentiment de tout ce que nous promet encore son dévouement
» sans réserve à la gloire et à la prospérité du pays.
» Que ces sentiments se produisent sous toutes les formes au
» dehors de vos demeures; qu'ils éclatent surtout dans vos chaleureuses
» acclamations. »
Les habitants de la ville s'associèrent avec empressement à la
pensée du Maire et du Conseil. De leur côté, les troupes de la garnison
ornèrent les façades des casernes et des établissements militaires, et
construisirent un magnifique arc de triomphe à l'entrée du Polygone
Chambière. Les appartements destinés à l'Empereur et à sa suite
avaient été préparés à l'Hôtel de la Préfecture. Dans les derniers jours
du mois tout fut prêt pour recevoir Sa Majesté.
L'Empereur quitta le camp de Châlons le 23 septembre et se rendit
à Lunéville où il assista à de grandes manoeuvres de cavalerie ; il arriva
le 24 à Strasbourg où l'attendait un accueil enthousiaste; il partit
le 25 pour l'Allemagne, déjeûna à Bade, à la résidence de S.A.R. le
grand-duc Frédéric, et fit le même jour son entrée dans la capitale
du royaume de Wurtemberg, vers cinq heures du soir. Sa Majesté
était accompagnée de M. le comte Walewski, ministre des affaires
étrangères ; de M. le général de division de Failly, aide de camp ;
12 VOYAGE DE L'EMPEREUR
de M. le général de brigade Fleury, aide de camp, premier écuyer ;
de S.A. le prince Joachim Murat, officier d'ordonnance, lieutenant
au régiment des Guides de la Garde impériale.
Le roi Guillaume I, le doyen des souverains de l'Europe, allié
aux familles impériales de France et de Russie, allait célébrer le
soixante-seizième anniversaire de sa naissance et le quarante-et-unième
de son avènement au trône. Cette fête de la monarchie, cette solennité
nationale, à laquelle les sujets du roi se chargeaient de donner un éclat
merveilleux, prenait aussi le caractère d'un événement politique, et
fixait l'attention de toutes les Cours. La réunion de Napoléon III et
d'Alexandre II, de deux princes pénétrés des idées les plus généreuses,
devait avoir, en effet, une influence considérable sur les affaires du
continent. Peu d'heures après son arrivée au Palais du roi Guillaume,
l'Empereur des Français reçut la visite, du Çzar. Pendant trois jours
ils assistèrent ensemble à de brillantes cérémonies, à des manoeuvres
militaires, aux courses et à l'exposition agricole de Canstadt, à une
représentation théâtrale splendide que S. M. l'Impératrice de Russie
et L.L. M.M. les Reines de Wurtemberg, des Pays-Bas et de Grèce,
honoraient également de leur présence. Une foule immense stationnait
constamment sur le passage des deux Empereurs et les accueillait
par des cris d'enthousiasme. Tous les États de l'Allemagne avaient là
de nombreux représentants, et les vivat qui retentissaient sur les rives
du Necker attestaient les sympathies des nations germaniques pour
les augustes auteurs du Traité de Paris. Les immenses services rendus
à la cause de la civilisation par le courage et l'habileté de Napoléon III,
l'attachement qu'il inspire au peuple de France, la haute estime que
professent pour lui tous les souverains, une protection supérieure
A METZ ET DANS LA MOSELLE. 13
assurant le succès de ses desseins, tout cela rehaussait encore à tous
les yeux le prestige qui appartient toujours au chef suprême d'un grand
Empire. Alexandre II, monté sur le trône au milieu des circonstances
les plus difficiles, célèbre par tant de sacrifices loyalement accomplis
en faveur du repos du monde, et ouvrant à son pays une ère nouvelle
de libre progrès, n'était pas moins digne de tous les hommages.
L.L. M. M. l'Empereur et l'Impératrice de Russie prirent congé
de la cour de Stuttgart le lundi 28 septembre. Ils devaient rencontrer,
le même jour, à Weimar, S.M. l'Empereur d'Autriche, François
Joseph. Le 29 au matin, Napoléon III fit ses adieux au roi Guillaume,
en le remerciant de son hospitalité noble et cordiale, et de l'accueil
plein de sympathie du peuple wurtembergeois. Il trouva réunis à
l'embarcadère, au moment de son départ, L.L. A.A. R.R. le prince
royal, les princes Frédéric et Auguste, le prince de Saxe-Weimar, le
comte de Wurtemberg et les hauts dignitaires du royaume. Deux
aides de camp du roi, le directeur général des chemins de fer et
M. le comte de Reyneval, ambassadeur de France à Saint-Pétersbourg,
eurent l'honneur de reconduire l'Empereur jusqu'à Bruchsal. Sa
Majesté traversa rapidement le territoire badois ; Elle passa le Rhin à
Manheim et arriva ayant midi à Ludwigshafen, première station de
la ligne du Palatinat, sur la rive gauche du fleuve. S.A.R. le prince
Luitpold, second frère de S. M. Maximilien II de Bavière, allié à notre
dynastie, comme on sait, par le mariage de l'illustre prince Eugène
de Beauharnais avec la soeur du roi Louis, attendait l'Empereur pour
le complimenter au nom du Chef de la Maison de Deux-Ponts.
Après avoir déjeûné à Ludwigshafen, l'Empereur continua sa
route vers la frontière de France, accompagné de S.A.R. le prince
14 VOYAGE DE L'EMPEREUR
Luitpold. À Sarrebruck, sa dernière étape en pays étranger, Il fut
reçu par S.A. R. le prince héréditaire de Prusse, frère du roi Frédéric
Guillaume IV. Toutes les troupes de la garnison étaient rangées en
bataille sur le passage de Napoléon III ; les habitants de la ville et
des environs s'étaient portés en masse aux abords du chemin de fer
et donnaient tous, par leur empressement et leur attitude respectueuse,
un nouveau gage de leurs sentiments pour une nation voisine et amie.
Placées sous la loi française pendant le règne de Napoléon I, ces
provinces rhénanes, qu'une limite de convention sépare de nous, ont
soutenu et partagé longtemps la gloire de notre drapeau ; elles se
souviennent de cette période de luttes héroïques et de régénération
sociale, et le patriotisme allemand ne leur a point fait oublier une
ancienne union dont elles ont recueilli les fruits.
Parti de Sarrebruck vers trois heures, le train impérial franchit,
peu de minutes après, la ligne de démarcation tracée à quelques
kilomètres de Forbach, entre la France et la Prusse.
Lorsque l'on pénètre, de ce côté, dans le département de la Moselle,
la première commune que l'on rencontre est Stiring-Wendel, village
nouvellement construit auprès d'une vaste usine à fer fondée, il y a dix
ans, au milieu des bois. Le village et l'usine appartiennent à M. de
Wendel, député au Corps législatif, et à sa famille, qui possèdent encore
A METZ ET DANS LA MOSELLE. 15
les grands établissements sidérurgiques de Hayange et de Moyeuvre,
et occupent plus de cinq mille individus. La voie ferrée passe à quelques
pas des hauts-fourneaux de Stiring. Dès que le convoi fut parvenu à
ce point de son trajet, tous les ouvriers, rangés sur le quai, et ayant
à leur tête M. de Wendel et M. Lang, directeur des forges, firent
retentir le cri national de vive l'Empereur! On avait dessiné une
avenue d'honneur conduisant des wagons à l'entrée des ateliers ; un
arc de triomphe y avait été élevé ; de toutes parts flottaient des
drapeaux et des banderoles aux trois couleurs. L'Empereur fut touché
de cette manifestation simple et sincère qui s'adressait au sage
protecteur de l'industrie et des classes laborieuses. Il voulut laisser des
marques spéciales de sa sollicitude à cette jeune et florissante colonie,
à laquelle était échu le privilége de saluer la première le retour de
Napoléon III dans ses États. Il daigna visiter les usines et donner un
coup d'oeil aux nombreuses constructions qui les environnent ; Il
nomma chevalier de la Légion - d'Honneur M. Lang, l'honorable et
habile ingénieur dont le nom est attaché à la création de Stiring ;
enfin, une somme de deux mille francs fut distribuée, par son ordre, aux
ouvriers. Ces actes de bonté produisirent une impression ineffaçable ;
ils ont été regardés comme un puissant encouragement et un heureux
présage.
Sa Majesté étant remontée en wagon, invita M. de Wendel à
l'accompagner jusqu'à Metz, ainsi que M. le comte de Labédoyère,
chambellan de Sa Majesté et député de la Seine-Inférieure, présent
à Stiring. Les acclamations des ouvriers des forges n'avaient pas encore
cessé, que déjà le convoi impérial arrivait à la gare de Forbach où il
était impatiemment attendu.
16 VOYAGE DE L'EMPEREUR
La réception qui avait été organisée à Forbach est destinée à tenir
une grande place dans les annales de la contrée. Elle avait le double
caractère d'une fête industrielle et populaire , d'une manifestation
politique pleine d'enthousiasme, et d'une rapide exposition des produits
variés des fabriques du voisinage. L'arrondissement de Sarreguemines,
dont la petite ville de Forbach était devenue, en quelque sorte,
le chef-lieu ce jour-là, est un des principaux arrondissements de
sous-préfecture, par son étendue, par sa situation, par le nombre de
ses habitants. II possède d'immenses forêts, de nombreux cours d'eau,
des gisements houillers, des mines de sel; c'est sur son territoire
que se trouvent la célèbre cristallerie de Saint-Louis, la faïencerie de
Sarreguemines, les forges de Stiring, de Ilombourg, de Mouterhausen,
les fabriques de peluches les plus renommées, d'importantes verreries,
des aciéries, des fabriques de produits chimiques , de boîtes de carton ,
de chapeaux de paille, de gants, de coffres-forts. A l'abri de nos
institutions, toutes ces industries prospèrent. Les familles qu'elles font
vivre ont voué à l'Empereur une gratitude sans réserve ; en exprimant
les nobles sentiments qui les animent, elles avaient en même temps
l'espoir d'appeler sur leurs travaux l'attention de Sa Majesté et d'obtenir
l'appui de sa volonté toute-puissante dans plusieurs questions vitales
pour elles.
Devant la gare de Forbach, du côté de la ville, s'ouvre une cour
vaste et symétrique à laquelle vient aboutir une large rue, débouchant
en face du bâtiment de service. Au point de jonction de la rue et de la
cour on avait construit un arc de triomphe de quinze mètres de haut,
surmonté de l'aigle impérial aux ailes éployées ; les panneaux, à droite
et à gauche du cintre, étaient chargés d'inscriptions qui rappelaient
18 VOYAGE DE L'EMPEREUR
Loupershausen, Neufgrange, Neunkirchen, Rémelfing, Rouhling,
Sarreguemines, Sarreinsming., Welferding , Wieswiller, Wittring,
Woelfling, Woustwiller et Zetting (canton de Sarreguemines) ; ceux
d'Ernestwiller, de Guéblange, Hazembourg , Hilsprich, Holving ,
Kappelkinger, Puttelange , Richeling, Saint-Jean-Rohrbach, Sarralbe
et Willerwald (canton de Sarralbe); ceux de Bitche, Goetzenbruck,
Liederscheidt, Meysenthal, Mouterhausen et Saint-Louis (canton de
Bitche); ceux de Breidenbach, Lengelsheim, Lutzweiller, Noussewiller,
Rimling, Rolbing, Waldhausen et Volmunster (canton de Volmunster) ;
ceux de Bettwiller, Etting, Gros - Réderching et Rohrbach (canton de
Rohrbach) ; ceux de Barst, Bening, Betting, Carling , Freyming,
Hombourg, Host, Porcelette et Saint-Avold (canton de Saint-Avold) ;
enfin ceux d'Altrippe, Diffembach, Einschwille, Frémestroff, Freybouse,
Gros-Tenquin, Hellimer, Landroff, Laning, Leywiller et Petit-Tenquin
(canton de Gros-Tenquin). Les Maires étaient suivis de membres
des Conseils municipaux et des anciens militaires décorés de la
Légion-d'Honneur, de la médaille de Sainte-Hélène ou de la médaille
de Crimée.
Sur la gauche étaient échelonnées les députations ouvrières : celles
de la cristallerie de Saint-Louis, de la faïencerie de Sarreguemines,
des fabriques de peluches de Puttelange, de Sarreguemines et de
Saint-Avold, des verreries de Goetzenbruck, de Meysenthal et de
Schoenecken, des forges de Mouterhausen, des fabriques d'allumettes
chimiques de Rémelfing, de Forbach, de Sarreguemines et de Bitche,
de la fabrique de coffres-forts de Sarreguemines, des fabriques d'amidon
et de chicorée, de la fonderie de cloches, des fabriques de tabatières
en carton, de pipes; celles des forges de Hombourg, des ouvriers
A METZ ET DANS LA MOSELLE. 19
. des houillères de Petite - Rosselle, de la compagnie houillère de la
Moselle et de Merlebach, des salines du Haras de Sarralbe, des
tanneries de Saint-Avold. Elles étaient conduites par les propriétaires
et les directeurs d'usines, parmi lesquels on remarquait M. le baron
de Geiger, député, MM. Marcus, Pougnet et Pauly, membres du Conseil
général, M. le baron de Dietrich et M. Gouvy, maîtres de forges ;
MM. Wolwerth, ingénieur des houillères de Petite - Rosselle, et Lévy,
ingénieur des houillères de Carling, MM. Utzschneider, Massing, Walter,
Berger, Burgund, Valette, Treyfus, Ziegler, Lauth, Barth, Fritz,
Lacour, Hamm, Couturier, Weil, directeur des fours à coke de la
Compagnie de l'Est à Forbach, Rendu, ingénieur des sondages de
Merlebach ; Lennarz, Schmitt, Adt, etc., etc.
Treize grands chars décorés avec beaucoup de soins et de goût,
et attelés de quatre chevaux, portaient des groupes d'ouvriers en habits
de fête et les produits des diverses industries. Ils occupaient l'avenue
de la gare et se tenaient prêts à défiler devant l'Empereur au premier
signal. En tête était le char de la faïencerie de Sarreguemines, envoyé
par M. le baron de Geiger et MM. Utzschneider; le second était
celui de MM. Lacour et Walter, fabricants de peluches ; le troisième,
celui de la cristallerie de Saint-Louis ; le quatrième, celui des forges
de Mouterhausen, dépendances des établissements considérables de
la maison de Dietrich dans le Bas-Rhin; le cinquième, celui de la
fabrique d'allumettes de MM, Ziegler et Cie, de Rémelfing, qui ont
introduit cette industrie dans le pays; le sixième, celui de MM. Haffner
frères, mécaniciens , fabricants de coffres-forts ; le septième, celui de
M. Fritz, fabricant d'amidon; le huitième, celui de MM. Barth et
Massing, fabricants de peluches; le neuvième, celui de la verrerie de
20 VOYAGE DE L'EMPEREUR
Goetzenbruck, qui fournit annuellement quarante millions de verres
de montres; le dixième, celui de MM. Lauth et Boecking, fabricants
de chicorée; le onzième, celui de M. Hamm, fondeur de cloches et
constructeur de machines ; le douzième, celui de la verrerie de
Meysenthal ; le treizième, enfin, chargé des produits et des instruments
de fabrication de MM. Couturier, Lauth et Cie, de Sarreguemines.
Le sixième régiment de lanciers, en garnison à Sarreguemines,
sous le commandement du colonel baron d'Azémar, s'était rendu à
Forbach. Il était massé dans la cour, sur la gauche, faisant face au
trône. Des compagnies de douaniers et des brigades forestières étaient
sous les armes dans la même enceinte, ainsi que plusieurs compagnies
de sapeurs-pompiers, dont on louait la bonne tenue et qui appartenaient
aux communes de Bitche, de Sarralbe et de Gros-Bliederstroff.
Au milieu de cette foule d'hommes qu'une même pensée, qu'un
même désir avait rassemblés , on voyait régner l'ordre le plus parfait,
grâce aux dispositions prises d'avance par M. le Sous-Préfet et
l'administration locale. Chaque corps, chaque députation figurait à
son rang sur des lignes régulières, et le spectateur embrassait d'un seul
coup d'oeil cette scène imposante, qu'il était impossible de contempler
sans émotion.
En descendant de wagon, l'Empereur fut reçu par M. le comte
Malher, préfet de la Moselle , M. Armand Pihoret, sous - préfet de
l'arrondissement de Sarreguemines, M. Ch. de Ladoucette, sénateur,
président du Conseil général, M. le baron de Geiger, député de la
Moselle, maire de Sarreguemines, M. Le Joindre, ingénieur en chef
des Ponts et Chaussées du département. Sa Majesté était accompagnée
de S.A.R. le prince héréditaire de Prusse, de S.A. R. le prince
A METZ ET DANS LA MOSELLE. 21
Luitpold de Bavière, de S.A. le prince Joachim Murat, de S.Exc. le
comte Colonna Walewski, ministre des affaires étrangères, du général
de division de Failly, aide de camp, du général de brigade Fleury,
aide de camp et premier écuyer, de M. le comte de Labédoyère,
chambellan et député au corps législatif, de M. Ch. de Wendel,
député de la Moselle, de M. le comte de. Ségur, président du Conseil
d'administration de la Compagnie des chemins de fer de l'Est, et d'un
grand nombre de dignitaires étrangers, d'officiers généraux prussiens
et bavarois et d'agents diplomatiques de Munich et de Berlin.
L'Empereur invita Leurs Altesses Royales à assister à la cérémonie
préparée en son honneur, et vint prendre place devant le trône, ayant
à sa droite le Prince de Prusse, à sa gauche le prince Luitpold, et
autour de lui les personnages de leur suite et de la sienne. A ce
moment, le cri de Vive l'Empereur ! répété par des milliers de voix ,
salua la présence de Napoléon III, et tous les regards se dirigèrent vers
l'Élu de la France. M. Audebert, maire de Forbach, s'approcha du
trône et adressa à Sa Majesté les paroles suivantes :
« SIRE,
» Interprète des sentiments de sympathie qui animent les habitants
» de cette ville et les nombreuses populations qui se pressent sur
» Votre passage, je suis heureux de Vous présenter l'hommage de leur
» dévouement à Votre auguste personne, à celle de l'Impératrice et
» du Prince impérial. Vive l'Empereur ! »
M. l'abbé Eicher, curé archiprêtre de Forbach, eut ensuite l'honneur
de parler à Sa Majesté au nom du clergé de l'arrondissement.
22 VOYAGE DE L'EMPEREUR
M. le comte Malher ayant pris les ordres de l'Empereur, le défilé des
députations commença, sous la direction de M. le Sous-Préfet et de
M. le baron de Geiger. Les représentants des communes ouvrirent la
marche ; les drapeaux et les bannières s'inclinaient devant le Souverain,
les plus énergiques acclamations retentissaient de toutes parts, tous les
visages exprimaient la joie et l'enthousiasme , c'était un entraînement
sans exemple, auquel personne n'eut pu résister. Les anciens soldats
de la Grande-Armée et les vainqueurs de Sébastopol se distinguaient
entre tous par leurs démonstrations chaleureuses ; les jeunes gens
rendus récemment à leurs foyers et les vieillards épargnés par les
longues guerres du commencement du siècle obéissaient à une même
impulsion et montraient avec une force égale leur attachement à la
dynastie de Napoléon, si généreuse envers eux. L'Empereur fut vivement
touché de cet élan, il témoigna plusieurs fois sa satisfaction et accueillit
avec une extrême bienveillance tous les placets. Le cortége industriel
se déploya à son tour. Les treize chars, précédés et suivis des délégués
de la population ouvrière, passèrent lentement au pied de l'estrade,
et de nouveaux vivat se firent entendre pendant toute la durée de cette
exposition mouvante. La variété des produits, leur beauté, leur utilité,
le nombre et l'importance des fabriques, la masse des travailleurs
employés par elles, l'air intelligent et honnête de ces hommes,
dans ce riche et vivant tableau, tout était digne de fixer l'attention,
tout faisait honneur à la Lorraine allemande. Et parmi ceux qui venaient
pour la première fois dans cette contrée, il y en eut plus d'un que ce
tableau frappa de surprise, car le pays de Sarreguemines est éloigné
des grands centres, ses richesses sont en quelque sorte ignorées, et les
progrès dont il profite aujourd'hui se sont accomplis sans retentissement.
A METZ ET DANS LA MOSELLE. 23
Napoléon III et les deux princes étrangers qui l'avaient accompagné
examinèrent avec beaucoup d'intérêt les poteries, les cristaux, les
tissus, les machines, les verres et tous les objets successivement placés
sous leurs yeux, ils daignèrent donner des éloges aux producteurs, et
à ces marques d'une haute et flatteuse approbation, se joignirent les
applaudissements prolongés de l'assemblée tout entière. La cérémonie
se termina par le défilé du 6e de lanciers, des compagnies de
sapeurs-pompiers, des brigades des douanes et des agents forestiers.
Elle avait duré trois quarts-d'heure, et les acclamations n'avaient pas
cessé un moment.
L'Empereur prit alors congé du Prince héréditaire de Prusse et du
prince Luitpold de Bavière, et monta dans l'élégant wagon-terrasse du
train spécial construit pour son usage et amené deux jours auparavant
à Forbach. 31. le comte Malher, MM. de Ladoucette, de Wendel, de
Geiger et le commandant d'état-major Lambert furent invités à prendre
place dans le même wagon, avec les personnages de la suite de Sa
Majesté. Il était quatre heures et demie quand fut donné le signal du
départ. En s'éloignant de la gare, l'Empereur put encore entendre les
cris de joie de la foule qui s'était portée en masse vers les clôtures de la
voie ferrée pour renouveler une dernière fois ses signes d'allégresse.
Pendant toute la soirée, les habitants de Forbach et des villages
d'alentour, les ouvriers des usines et tous les témoins de la fête, réunis
dans les rues, sur les places, ou regagnant par groupes nombreux leurs
demeures, se communiquaient les impressions qu'ils avaient recueillies,
se réjouissaient d'avoir vu si bien réussir la manifestation à laquelle ils
avaient concouru, et célébraient par des refrains guerriers l'événement
du jour. Un narrateur ingénieux, en rendant compte de ces faits dont
24 VOYAGE DE L'EMPEREUR
il est plus capable que personne d'apprécier la portée, a dit avec
raison que le 29 septembre 1857 sera, pour l'arrondissement de
Sarreguemines, une date à jamais mémorable. Le voyage de Napoléon III
à travers ce pays a remué les âmes, rempli les imaginations et prêté
une ardeur nouvelle aux sentiments intimes du peuple.
A l'occasion de la cérémonie de Forbach, Sa Majesté nomma M. le
baron de Geiger officier de la Légion-d'Honneur, et chevaliers du même
ordre, M. A. Pihoret, sous-préfet de l'arrondissement, et M. Pauly,
membre du Conseil général, l'un des chefs de la fabrique de peluches
de Puttelange. Sa Majesté accorda la décoration et une pension de
600 fr. sur sa cassette, à un ancien soldat de la République, le sieur
Fotré, qui avait appartenu à une batterie d'artillerie du siége de
Toulon, sous le commandement du capitaine Bonaparte. Ces faveurs
et d'autres qui suivirent de près furent accueillies par la population
avec reconnaissance, car elles prouvaient que l'Empereur avait été
content et que le but de tous les efforts était atteint.
De Forbach à Metz, sur un parcours de dix - huit lieues, on
compte huit stations de chemin de fer. Ce sont celles de Cocheren,
Hombourg - Haut , Saint - Avold , Faulquemont, Herny, Rémilly,
Courcelles-sur-Nied et Peltre, localités d'une très-inégale importance,
mais qui toutes avaient voulu se signaler par leur zèle. Partout, les
débarcadères étaient décorés de trophées, de feuillage, de fleurs,
d'inscriptions ; partout se pressait la population. Le train impérial s'arrêta
quelques minutes à Saint-Avold. Les Maires et les députations des
communes de Dourdhal, Valmont, Altwiller, Folschwiller, Lachambre,
Vahl - Ebersing, Biding, Lixing, Lelling et Gros-Tenquin y étaient
rangés, avec les anciens militaires des environs, les agents des douanes,
A METZ ET DANS LA MOSELLE. 25
une compagnie de sapeurs-pompiers et un détachement du 6e de
lanciers. Les jeunes filles de Saint-Avold vinrent offrir à Sa Majesté
des fleurs et des fruits ; Mlle Goulon porta la parole en leur nom ; deux
gracieuses enfants, Mlles de Marin, tenaient la corbeille. L'Empereur
accueillit avec bonté leur présent et les remercia affectueusement. Sur
le reste du parcours, Sa Majesté qui désirait arriver à Metz à l'heure
annoncée, donna l'ordre de ralentir seulement la vitesse du convoi
en passant devant les gares. Faulquemont, chef-lieu de canton, était
le point de réunion de trente députations municipales ; une multitude
de cultivateurs des campagnes environnantes avaient abandonné leurs
travaux pour venir acclamer Napoléon III. La façade de la station
était ornée de guirlandes et de drapeaux ; des produits agricoles
très-remarquables, et notamment des feuilles de tabac d'une dimension
prodigieuse, avaient été mis en vue. Il y a trois ans à peine que le
Gouvernement a autorisé la culture du tabac dans cette région, et les
planteurs avaient eu la pensée de faire connaître à Sa Majesté les
résultats avantageux de leurs tentatives. A Rémilly, l'un de nos villages
modèles, attrayante résidence embellie chaque jour, d'excellentes
dispositions avaient été prises, sous la direction du Maire. Une double
ligne de mâts pavoisés bordait la voie; dans un kiosque, figuraient
un grand nombre de Maires et d'instituteurs du canton de Pange, à
leur tête M. Valette, maire de Rémilly, et avec eux, les administrateurs
de l'Union, société rurale de secours mutuels, à laquelle onze villages
sont associés, et dont la devise Prévoyance, Fraternité, Moralité se
détachait en lettres d'or sur une riche bannière. Deux estrades et le
quai de la station étaient occupés par les délégués communaux et les
anciens soldats de la République et de l'Empire ralliés autour d'un
26 VOYAGE DE L'EMPEREUR
drapeau qui portait cette simple et touchante inscription : Sainte-Hélène.
A Peltre, les préparatifs avaient été faits largement aussi. Le corps
municipal,le curé,l'aumônier de la congrégation de Sainte-Chrétienne,
les enfants des écoles, les anciens militaires, les ouvriers des
champs, attendaient Sa Majesté. Des fleurs empruntées aux serres de
M. d'Hannoncelles, des oriflammes aux couleurs nationales, des
couronnes de feuillage entouraient le débarcadère ; le wagon impérial
fut couvert de bouquets à son passage. Sur le territoire de la commune
du Sablon , traversé par le chemin de fer et contigu aux ouvrages de
la place de Metz, une démonstration pareille à la précédente avait été
organisée dans les jardins de M. Pantz et de M. Antoine, qui touchent
à la voie. Durant tout le trajet, il fut facile à l'Empereur de reconnaître
combien les diverses classes de la population avaient de plaisir à lui
témoigner leur attachement et combien les oeuvres de la politique
impériale , active et féconde, ont satisfait les esprits.
Le train impérial entra dans la gare de Metz vers six heures du
soir, à la nuit tombante. Aussitôt une salve de cent vingt-six coups de
canon et les cloches sonnées à toute volée annoncèrent à la population
l'arrivée de l'Empereur. En descendant de wagon avec les personnages
A METZ ET DANS LA MOSELLE. 27
de sa suite, Sa Majesté fut reçue par M. le général de division
Marey-Monge, commandant la 5e Division militaire, et par M. Félix
Maréchal, maire de Metz. Sa Majesté s'étant rendue dans la grande
salle du débarcadère, décorée par les soins de la compagnie de l'Est,
y trouva réunis les membres du Corps municipal : MM. Gougeon,
Lasaulce et Marly, adjoints, et MM. Woirhaye, premier président,
Ch. Bastien, membre de la Chambre de commerce, Berga, notaire
honoraire, Ernest Bompard, membre du Tribunal de commerce,
Ed. Boulangé, avocat, Caen Aaron, président du Consistoire Israélite,
Chatel, Cheuvreux, Collignon, président du Tribunal de commerce,
Gault, Goerg-Leinen, Hancke, Jacquot, ingénieur des mines, Jaunez,
ancien maire, Le Joindre, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées,
Marlier, conseiller à la Cour, Moisson, président du Tribunal de première
instance, Pascal Monard, Pidancet, président de chambre, Puel, docteur
en médecine, Puyperoux, Rogelet, Schwabe, Séchehaye, juge de paix,
et Simon, notaire honoraire, conseillers municipaux. M. le colonel
Hennocque, député de l'arrondissement de Metz au Corps législatif,
M. le baron Jacquinot, secrétaire général de la Préfecture, M. le
Directeur des Postes et d'autres fonctionnaires s'étaient joints aux
représentants de la Cité. L'escorte d'honneur qui avait accompagné
les officiers municipaux et les membres du Conseil, avait été fournie
par le bataillon des Sapeurs-Pompiers, sous le commandement de
M. Van der Noot, chef de bataillon. La tenue militaire de cette troupe
était parfaite et rivalisait avec celle des armes spéciales qui lui sert
de modèle.
Le Maire s'étant placé à la tête du Corps municipal présenta à
l'Empereur les clés de la ville, en argent, portées sur un coussin
28 VOYAGE DE L'EMPEREUR
de velours par M. Gougeon, premier adjoint; puis, s'adressant à
Sa Majesté, M. Maréchal s'exprima en ces termes :
« SIRE,
» Le Maire et le Conseil municipal viennent respectueusement
» présenter les clés de la ville à Votre Majesté impériale.
» Ces clés n'ont jamais été remises aux ennemis de la France ;
» aussi sommes-nous heureux et fiers d'en faire hommage au Souverain
» qui a rendu au pays sa prospérité et sa splendeur, couronné les
» Aigles françaises de nouveaux lauriers, et dont la politique généreuse
» et civilisatrice commande le respect et l'admiration des peuples.
» En daignant honorer la ville de Metz de sa visite, Votre Majesté
» comble aujourd'hui les voeux les plus chers d'une cité patriotique
» et guerrière qui aspire depuis longtemps au bonheur de voir son
» Empereur et de le saluer de ses acclamations. Vive l'Empereur ! ! »
Le Corps municipal et tous les assistants répétèrent plusieurs fois,
d'une voix forte, le cri national.
L'Empereur répondit au discours du Maire par des paroles
bienveillantes et flatteuses. Il témoigna son estime pour le caractère
de la population de Metz, comme l'avait fait, il y a cinquante ans,
Napoléon I, lorsqu'il disait à nos pères: « J'aurais plus de confiance
» dans votre bravoure et votre zèle, que dans la force de vos
» remparts. »
Le cortége impérial s'était formé devant le débarcadère. L'Empereur
monta dans une calèche découverte, attelée de quatre chevaux et
menée en Daumont. Il fit asseoir à sa gauche M. le comte Walewski,
A METZ ET DANS LA MOSELLE. 29
ministre des affaires étrangères, et le cortége se mit en mouvement.
Un peloton du 3e d'artillerie ouvrait la marche, sous le commandement
du colonel de Beurmann ; puis venait la voiture de Sa Majesté,
précédée d'un officier supérieur de Gendarmerie, et suivie de deux
officiers de la même arme. M. le général de division Marey-Monge était
à cheval à la portière de droite, et M. le général Guy de la Villette,
commandant le département de la Moselle, à la portière de gauche.
Dans une seconde calèche à quatre chevaux, se trouvait S.A. le prince
Joachim Murat avec les Généraux aides de camp. La voiture de M. le
Préfet et celles du Corps municipal avaient pris la file, et deux pelotons
d'artillerie à cheval fermaient la marche.
Pour se rendre de la gare à l'Hôtel de la Préfecture où ses
appartements avaient été préparés, l'Empereur devait suivre l'Avenue
Serpenoise, la rue de l'Esplanade, la rue des Clercs, les rues du
Palais et du Faisan, la place de Chambre, le pont et la place de la
Comédie. Grâce aux importants travaux d'embellissement exécutés à
Metz, depuis six ans, par l'Administration et les particuliers, et grâce
au noble empressement que tous les habitants avaient montré pour
fêter l'arrivée de Napoléon III, le cortége impérial allait se trouver
en face d'un spectacle plein d'éclat, sur presque tous les points de
son long itinéraire. L'heure aussi était favorable, et les dernières lueurs
du crépuscule se mêlant à la vive lumière d'une illumination féérique,
agrandissaient encore le tableau.
Sur les glacis voisins de la gare se trouvaient un demi-bataillon
du 88e de ligne et les députations municipales des communes d'Augny,
de Jouy-aux-Arches, de Jussy et de Rozérieulles, avec leurs drapeaux
et leurs bannières. Avant d'avoir franchi l'enceinte des fortifications,

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