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Voyager

De
152 pages

Mars 2179. L’ancienne capitaine de vaisseau, Vilma Bates, est interrogée par le Bureau des Investigations Intersolaires à propos d’une ancienne mission au commandement du Lewis&Clark, un éclaireur commercial.



2177. Lors de cette mission, elle et son équipage avaient pour objectif de retrouver les deux sondes Voyager, envoyées dans l’espace en 1977, bien avant le Reboot qui effaça toutes les données numériques terrestres. Malheureusement, le succès de leur tâche est entravé par de nombreux problèmes qui vont créer des tensions dans le vaisseau. Les vidéodisques portés par les sondes ont disparu. Qui les a enlevés ? Et pour quelle raison ? Ces interrogations les pousseront à avancer plus loin dans l’univers.



L’arrivée du mystérieux professeur Meclan à bord du navire va empirer les choses. Lui et le capitaine Bates semblent partager un secret capital à propos des messages portés par les sondes. Badger, l’ingénieur plus que retors, va contester le commandement de la capitaine. Même Chip, le chimpanzé IA du vaisseau ne saura temporiser tous les caractères s’opposant au sein de l’équipage.

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Résumé

Mars 2179. L’ancienne capitaine de vaisseau, Vilma Bates, est interrogée par le Bureau des Investigations Intersolaires à propos d’une ancienne mission au commandement du Lewis&Clark, un éclaireur commercial.
2177. Lors de cette mission, elle et son équipage avaient pour objectif de retrouver les deux sondes Voyager, envoyées dans l’espace en 1977, bien avant le Reboot qui effaça toutes les données numériques terrestres. Malheureusement, le succès de leur tâche est entravé par de nombreux problèmes qui vont créer des tensions dans le vaisseau. Les vidéodisques portés par les sondes ont disparu. Qui les a enlevés ? Et pour quelle raison ? Ces interrogations les pousseront à avancer plus loin dans l’univers.
L’arrivée du mystérieux professeur Meclan à bord du navire va empirer les choses. Lui et le capitaine Bates semblent partager un secret capital à propos des messages portés par les sondes. Badger, l’ingénieur plus que retord, va contester le commandement de la capitaine. Même Chip, le chimpanzé IA du vaisseau ne saura temporiser tous les caractères s’opposant au sein de l’équipage.

Du même auteur
Les Dividendes de l'Apocalypse, Numeriklivres 2015.

Stéphane Desienne

 

VOYAGER

SCIENCE-FICTION


ISBN : 978-2-89717-898-7

numeriklivres.info

4 septembre 2177 – Éclaireur Commercial Lewis&Clark
Position : 714.0788 U.A [ 1 ] de la Terre.

— Hey Chip ! Rends-moi ça s’il te plaît, s’écria Karoll.

La pilote n’eut pas le temps de réagir. Le primate avait déjà filé vers le plafond en s’agrippant à l’aide de ses bras poilus et musclés aux étagères murales. Ses pieds prirent appui sur la cloison pour apporter un surcroît de vélocité. Il caqueta de plaisir avant de s’exprimer avec un parfait accent russglais.

— Attrape-moi, si tu peux !

— Méfie-toi, si je débranche la gravité artificielle, je me ferais une joie de voler jusqu’à toi pour te flanquer une correction.

Suspendu dans un coin, Chip sourit de toutes ses dents. Ses grands yeux bleus s’illuminèrent et ses lèvres étonnamment habiles se retroussèrent en un rictus moqueur accompagné d’une stridulation provocatrice.

Karoll éclata de rire à son tour.

— S’il te plaît, rends-la-moi !

Le CHIMP agita l’objet du délit. Un écran holographique personnel contenant des photos de la pilote bien avant son entrée à l’Académie Astronautique de la Ceinture. L’exubérante chevelure blonde et bouclée avait depuis cédé la place à une coupe plus stricte et foncée de plusieurs teintes.

— Je devrais la mettre sur le réseau du vaisseau. Tu aurais plu à Badger.

Elle saisit un fruit de la corbeille et le balança vers l’animal qui l’esquiva sans difficulté. La pomme s’écrasa contre la cloison avant de tomber sur le sol métallique du réfectoire.

— Saloperie !

— Saloperie ! répéta Chip.

Le carillon de l’intercom mit fin à la récréation. Il redescendit de son perchoir et déposa l’EHP sur la table.

— J’aimerais que tout le monde rejoigne son poste, entendirent-ils. Chip ?

Le singe retrouva son sérieux en un instant.

— Le vaisseau est en parfaite condition. Tous les systèmes sont nominaux, capitaine Bates.

Karoll pouffa, étouffant son rire de la main.

— Je veux mon officier pilote sur la passerelle dans trois minutes.

— Bien reçu, confirma l’intéressée en reprenant son masque de professionnelle.

Elle récupéra son bien en adressant un merci à Chip qui le lui rendit d’un clin d’œil

— La décélération va bien se passer. J’ai vérifié tes calculs, précisa-t-il. Ils sont exacts à la sixième décimale près. Une marge d’erreur infime soit dit en passant, moins que l’épaisseur d’une peau de banane.

— Je te remercie, Chip.

 

Qu’est-ce qu’apportait un chimpanzé ?

La question recelait de multiples implications d’après les experts. L’animal révélait le bon en tout être humain, par exemple, le désir d’en prendre soin. Parfois, le pire. La vassalisation ou domestication s’installait naturellement car l’homme s’estimait au-dessus de l’animal, il s’était toujours senti au-dessus de lui. Et, bien que « dopé » par la performance de l’IA logée dans son cerveau, le singe avait l’intelligence de ne pas se montrer supérieur à ses maîtres.

Dès lors, une relation de confiance s’établissait avec le CHIMP. Comme un bonus, la propension à la taquinerie de ces cousins proches offrait également un potentiel social non négligeable. Entre les membres d’un équipage, les tensions finissaient tôt ou tard par émerger en raison des rivalités, de la jalousie ou simplement à cause de l’ennui. La situation était plus fréquente qu’il n’y paraissait, surtout durant les liaisons au long cours. Le singe endossait le rôle du pitre de service. Une qualité fort utile au moment où l’atmosphère devenait pesante, lorsque la routine sclérosait les relations humaines.

 

Personne à bord du Lewis&Clark ne s’attendait à la moindre difficulté. C’était une mission commerciale sans surprise à proximité du système solaire, un contrat réglé rubis sur l’ongle par un client privé. Cela revenait à se promener sur le pas de sa propre porte tous frais payés.

Au pas de charge, Karoll Branningham se présenta sur la passerelle peu après l’appel du capitaine. Elle se glissa dans son siège baquet face à ses afficheurs. Du bout des doigts, elle vérifia la position au neutre du mini-manche et parcourut d’un œil expert les données de trajectographie.

— La séquence de décélération est parée et chargée dans le FMS, déclara la pilote après un rapide contrôle.

— Chip ? questionna Vilma Bates.

Le pont principal, ceint d’une verrière interactive sur trois cent soixante degrés, résonna de la voix du CHIMP. À travers la baie, Karoll localisa une faible lueur. Réduit à une tête d’épingle éclipsée par une rivière de diamants, le Soleil se confondait dans le lointain, un astre pâle parmi ses milliards de sœurs célestes. Même sur le pas de sa porte, il était impossible de se rendre compte du caractère exceptionnel de l’étoile dans l’ombre de laquelle la civilisation humaine avait éclos.

— Les propulseurs ronronnent comme des chatons. Le noyau du cœur à vide est stable, toutes les fonctions sont nominales.

— Max et Greg, j’espère que vos culs sont bien calés dans vos fauteuils.

— Sanglés et parés, capitaine, lança Max.

— Parfait. Karoll, tu as le feu vert.

Le doigt de la pilote glissa sur la planche de bord jusqu’au bas d’une ligne de symboles, prêt à engager la manœuvre chargée dans le gestionnaire de vol. Elle égrena un compte à rebours à partir de cinq. À zéro, l’icône d’exécution de la commande vira au rouge.

Une légère vibration signala le début de la séquence. Les champs de confinements les préservaient de la décélération de plusieurs centaines de G qui les aurait transformés instantanément en une fine couche de confiture étalée sur leurs sièges en cas de défaillance. Ils ne risquaient rien, se dit Karoll, confiante. Le CHIMP avait vérifié et validé ses propres calculs.

[ 1 ] U.A. : Unité Astronomique, 150 millions de kilomètres, soit la distance Terre-Soleil

7 mars 2179 – Bureau des Investigations Intersolaires.
Antenne Jovienne.

— Parlez-moi de votre équipage, questionna l’enquêteur.

Dans son dos, un rectangle lumineux dévoilait une portion de Jupiter striée de bandes nuageuses du rouge au marron, en passant par une infinie variété de beige. Le disque chamarré de la planète géante dominait une bonne partie du ciel carbone.

Les cernes gonflés par le manque de sommeil, la capitaine Bates répondit d’un ton monocorde :

— Deux hommes, deux femmes et un CHIMP.

La quarantaine avec des pattes grisonnantes, l’agent du B2I fit glisser des fichiers numériques sur la table interactive. Les clichés se rangèrent les uns à côté des autres. Vilma se reconnut. Elle se pencha légèrement pour désigner la seconde photo d’un mouvement du menton.

— Karoll Branningham, mon officier pilote. À côté, notre CHIMP équipé d’une extension de classe IA avec un processeur de calcul quantique. Il est qualifié pour les bonds SQ. Gregory Badger, ingénieur et spécialiste des charges utiles. Max Villemin, infirmier et communications.

— Infirmier ?

— Une obligation légale.

— Vous avez pourtant un auto-chirurgien à bord d’après les registres.

— Ce n’est pas moi qui édite les règlements. La mesure date des premières liaisons commerciales au sein de la Triade et si le robot tombe en panne, il faut pouvoir faire face à une urgence. Une appendicite ou un accident, n’importe quoi peut arriver loin de la Terre. Max Villemin a été formé à Lagrange.

Pourquoi la questionnait-il là-dessus ? Il connaissait déjà la réponse. L’enquêteur arqua un sourcil.

— Une excellente référence. Est-ce déjà arrivé ?

— Un accident ? Oui. La dernière fois c’était une collision idiote contre une cloison à zéro G. Le robot médical était en panne. Nous étions à six années-lumière du système solaire. Sans médecin pour stopper l’hémorragie interne, mon officier en second y passait.

— De l’utilité de préserver les bonnes vieilles habitudes, n’est-ce pas ? Bien… Voyons voir le point suivant.

Les doigts aux ongles soignés de l’agent du B2I glissèrent sur la tablette de haut en bas comme s’il parcourait une liste. À mi-course, il leva son visage de faucon, plissa ses yeux sombres. Sa voix forcit et devint plus grave. Il avait un certain sens de la mise en scène, se dit Vilma. Peut-être que ses supérieurs l’avaient précisément choisi pour cette qualité.

— Était-ce un contrat habituel ?

Elle réfléchit un court instant. Pour la forme ou pour donner le change. Le B2I avait sûrement eu accès aux détails de la mission. La loi imposait de les transmettre à l’office du commerce intersolaire.

— Un ramassage standard. Le client a demandé que nous récupérions une marchandise pour la livrer sur Terre. Je suppose que vous le saviez déjà.

Il éluda l’évidence mais pointa un tableau financier apparu à l’écran.

— Une anomalie ?

— Oui. Il a payé la totalité à la commande. Normalement, on négocie une avance et le solde est transféré au terme du contrat. Deux tiers, un tiers ou moitié-moitié, c’est selon la nature de la prestation, le volume de fret, la distance à parcourir et les risques encourus.

— Est-ce une règle ?

— Plutôt une pratique.

Il posait des questions de représentant légal ou d’avocat, comme s’il partait à la pêche ou qu’il tâtait le terrain en gardant les sujets qui fâchent pour plus tard. La confiance d’abord. L’objectif consistait à lui faire baisser la garde. Elle n’avait pas l’intention de céder.

— D’autres « anomalies » ? fit-il en la fixant.

Il ne partait pas seulement à la pêche. Il la testait.

— Le poids, souffla Vilma.

— Le poids ?

— Celui de la cargaison. Moins d’une tonne métrique en gravité standard. Notre vaisseau aurait pu en embarquer mille fois plus dans une cale. On peut en attacher jusqu’à une dizaine de L4 sur notre arbre porteur. Et en configuration de remorquage, on peut tracter des barges minières de plusieurs millions de tonnes.

— Je vois.

Il reposa son écran sur le bord de la table.

— Donc, votre client a payé d’avance la location de votre navire, de l’équipage, les frais annexes pour transporter une seule tonne de marchandise.

— Ce n’est pas n’importe quelle tonne. Je suppose qu’il espérait en tirer un maximum.

D’un geste lent, il fit glisser un autre cliché.

— Était-ce l’objet à récupérer et à livrer ?

— C’est bien ça, oui.

— Je vois.

Elle aurait voulu lui demander ce qu’il voyait parce qu’elle se sentait toujours aussi aveugle, dans la peau de l’imbécile, de l’incompétente qui avait perdu son vaisseau et son équipage.

ISBN 978-2-89717-898-7

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STÉPHANE DESIENNE
et Numeriklivres, 2016

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