Waldën-Stells

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La vie de Léna bascule lorsqu’elle rencontre Éliès, un garçon qui lui redonnera peu à peu goût à la vie. Il l’aidera à affronter ses problèmes et lui donnera la force de poursuivre ses rêves les plus fous. Ensemble, ils partiront à l’aventure et essayeront de percer le mystère de Waldën-Stells, le jeu de la vie...


Publié le : jeudi 20 août 2015
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EAN13 : 9782332909084
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intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-90906-0

 

© Edilivre, 2015

Dédicace

 

 

Cette histoire est pour toi Charlène, ainsi que pour toutes ces personnes qui attendent elles aussi des réponses.

Merci à ceux qui ont été là pour me soutenir…

Préface

« L’avenir est quelque chose qui se surmonte. On ne subit pas l’avenir, on le fait »,

Georges Bernanos.

Un jour tout va bien et le suivant on se demande pourquoi on est encore là à attendre désespérément quelque chose qui n’arrivera sans doute pas. Qui ne s’est jamais posé de questions sur la vie ? Qui n’a jamais perdu la joie de vivre ? Qui aimerait apprendre le secret pour être heureux ? Moi j’ai tenté de le découvrir et j’aimerais vous faire partager ma vision de la vie à travers ce livre. Certains diront que mon imagination est trop grande ; au contraire, d’autres me remercieront de leur redonner un peu d’espoir ; mais sachez que, chaque idée formulée dans ce livre est réellement ce que je pense au plus profond de mon cœur.

Cette histoire n’est ni complètement réelle, ni complètement imaginaire. Certains faits sont tirés de ma vie, d’autres sont inventés. Ce livre m’est précieux. Je le garde comme un guide de la vie. Je le relis quand j’en ressens le besoin et je le conseille à toutes ces malheureuses personnes qui attendent leur mort très prochainement. Il n’est pas trop tard pour tout abandonner et reconstruire quelque chose de nouveau. Croyez-moi, si vous tenez cette histoire entre vos mains, c’est qu’il reste encore un peu d’espoir en vous et que, certainement, vous avez envie de vous en sortir.

Il y a une citation d’Armand Gatti qui dit : « J’ai toujours cru que, par la beauté des mots, on pouvait changer le monde. » Eh bien vous savez quoi ? Moi je crois en ces mots et je changerai le monde à ma façon. J’écrirai et je continuerai à écrire, pour vous qui en avez besoin.

0

« Il n’y a que deux façons de vivre sa vie : l’une en faisant comme si rien n’était un miracle, l’autre en faisant comme si tout était un miracle »,

Albert Einstein.

Le garçon qui a survécu.

« Accident de voiture, hier, près de Languard. Une voiture s’est fait percuter par une camionnette. Victimes : toute une famille décédée dont un survivant. Le garçon qui a survécu ne souhaite pas que son identité soit révélée au grand jour. »

(Pantemos – 17 juin 2013)

Le miraculé.

« […] Alors qu’ils n’avaient tous aucune chance de s’en sortir, le fils a été sauvé. Mais comment ? Aucune égratignure sur le corps du garçon. »

(Le Milanos – 18 juin 2013)

Une science qui est aujourd’hui dépassée.

« Personne ne peut expliquer ce qui s’est produit. Le survivant restera quelques jours de plus à l’hôpital pour des examens complémentaires. »

(Edhing – 19 juin 2013)

Ce qu’il nous dit.

« Avant que tout cela n’arrive, ma famille et moi étions sur la route pour nous rendre au bord de la mer. J’étais installé sur le siège arrière et m’amusais avec ma petite sœur. Nous chantions les musiques qui repassaient en boucle à la radio ! Mon père, lui, conduisait, et ma mère, malgré le brouhaha, lisait un livre il me semble. Très vite, je me suis senti fatigué. J’ai alors abandonné ma petite sœur et me suis endormi, la tête contre la fenêtre. Et à mon réveil, je n’ai rien compris… Il y avait les pompiers et les gendarmes. La voiture était renversée dans un fossé. Ils m’ont tiré par les jambes pour me faire sortir et m’ont demandé si j’allais bien. Sans attendre, je leur ai répondu « oui ». On m’a ensuite expliqué brièvement la situation et on m’a posé des questions. J’ai dit que je ne savais rien de plus, que je ne pouvais pas les aider dans leur enquête. Je ne sais pas pourquoi j’ai été sauvé, ni même pourquoi je ne m’en souviens pas, mais ce qu’il y a de sûr : c’est que quelque chose a maintenant changé dans ma vie. »

(Obeih – 19 juin 2013)

Partie 1

Une étrange révélation

1

« Dans toute entreprise, le commencement est le plus difficile »

Laurent-Pierre de Jussieu.

Allongée sur son lit, papier et stylo en main, Léna ne put s’empêcher de parcourir toute sa chambre des yeux. Son regard se tourna dans un premier temps sur son écran noir, puis elle dévia son visage sur son bureau rempli de feuilles, pour finalement déposer ses yeux sur la fenêtre.

En manque d’inspiration pour écrire, elle se leva et se dirigea vers celle-ci avant de l’entrouvrir. Il faisait beau et chaud. Au loin, elle pouvait sentir le soleil qui lui piquait les yeux à force de trop le considérer, et ses cheveux blonds brillaient davantage lorsqu’elle les avançait jusqu’à la lumière du dehors.

Cette jeune fille de 18 ans s’appelait Léna et, contrairement aux jeunes de son âge, elle préférait se noyer dans sa solitude.

– Léna, à table ! s’écria une femme, debout, en bas des escaliers.

Il s’agissait de sa mère, Hélène, avec qui la jeune fille ne semblait pas très proche.

Arrivée dans la salle à manger, elle rejoignit sa place autour de la table et commença à bavarder avec son frère, Tony. Lui, le garçon aux cheveux châtains, avait 16 ans. En général, les deux s’entendaient plutôt bien mais il leur arrivait de se chamailler de temps à autre.

– Tony ! Je t’ai déjà dit PAS DE PORTABLE à table ! s’énerva Hélène contre son fils.

– Je mets seulement de la musique, maman…

– Dites donc, ça commence bien ! constata la jeune fille.

– Toi, mange ! lui ordonna sa mère sur un ton plutôt violent auquel la jeune fille était maintenant habituée.

– C’est une blague ?! Déjà que tu n’es jamais à la maison, alors si maintenant je ne peux plus rien dire… marmonna-t-elle.

– Allez donc chez votre père si vous n’êtes pas contents !

– Mais m’man… je n’ai rien fait, moi ! C’est toujours la même chose. Si c’est ça, bon appétit ! Moi je monte.

Agacée par la situation, Léna s’empressa de débarrasser ses couverts et se renferma dans sa chambre sans même faire attention aux menaces de sa mère qui suivirent. Afin de se changer les idées, elle s’empara de la télécommande et passa plusieurs minutes à zapper les chaînes.

Très vite, elle reprit possession de son papier et de son stylo mais, malheureusement, l’inspiration semblait toujours absente. Léna adorait écrire et son plus grand rêve était de publier un roman comme les plus grands artistes.

Parcourant les murs de sa chambre, elle réfléchissait à la possibilité de vivre ailleurs. L’idée lui paraissait plausible mais tellement inenvisageable en même temps. Elle s’imaginait que partir serait la solution à tous ses problèmes mais elle ne parvenait pas à prendre une réelle décision.

2

« Les gens qui veulent fortement une chose sont presque toujours bien servis par le hasard »

Honoré de Balzac.

Léna patientait devant la porte du centre de Tennyl’s lorsqu’un inconnu en sortit. Elle ne pouvait plus reculer, elle devait pénétrer à l’intérieur. Doucement, elle prit une grande inspiration et se dirigea jusqu’à l’entrée.

A peine referma-t-elle la porte que son visage devint tout pâle. Il y avait une telle agitation ! Des gamins hurlaient, quelques adolescents traînaient d’un côté ou de l’autre, et les grandes personnes couraient un peu partout.

Mais quelle idée j’ai eue de venir ici, moi…

Une sonnerie retentit. Les gamins s’éloignèrent dans des directions inconnues tandis que la pièce retrouva peu à peu sa tranquillité. Très vite, une femme fit son apparition. Il s’agissait de la directrice du centre. Elle fixa la jeune fille durant quelques secondes, puis s’approcha.

– Léna, je suppose ? dit-elle de vive voix avant d’effleurer sa main.

– Oui, je viens juste d’arriver madame… lui répondit timidement la jeune fille.

– Très bien. Appelle-moi Christelle, on peut se tutoyer. Suis-moi, on va aller dans mon bureau et je t’expliquerai tout.

Immédiatement, elles empruntèrent l’un des nombreux couloirs et, arrivées là-bas, la femme lui demanda de patienter quelques instants à l’extérieur. Pour passer le temps, Léna s’installa sur le fauteuil près de la porte, puis s’empara d’un magazine. Mais à peine eut-elle le temps de poser son œil sur la première page que la porte s’ouvrit à nouveau.

– Bon, alors… ton stage dure deux semaines, c’est bien ça ? fit Christelle, les yeux rivés sur son carnet.

– Oui, voilà… répondit Léna après s’être installée sur une chaise.

– Je te préviens tout de suite, ta tâche ne sera pas facile. Ici, tu es dans un centre pour ceux qui, ayant eu de gros problèmes, ne parviennent plus à vivre seuls. On ne fonctionne pas comme à l’hôpital. On peut s’occuper de personnes atteintes de maladies guérissables mais, malheureusement, parfois ce n’est pas le cas : elles ne guériront jamais. Aussi, fais attention à ne pas trop t’attacher à celles dont tu auras la charge car il se peut qu’elles s’en aillent plus vite que tu ne puisses le penser. En général, un malade séjourne ici environ un mois pour retrouver un peu la santé et la joie de vivre. Ah, et encore une chose : évite de faire la tête. C’est important. Il faut que tu aies ton moral à 100 %, ok ? Toi, tu t’occuperas de plusieurs enfants ayant vécu des périodes difficiles. Tu consacreras tout ton temps à l’accomplissement de cette mission que je te confie présentement. Tes journées débuteront dès 8 heures du matin et s’achèveront vers 15 heures. Et je ne veux pas de retard. As-tu des questions ?

– Je commence quand ?

– Maintenant ? Il y aura d’autres personnes plus âgées que toi pour t’aider dans ta mission. Bon, je te laisse, je suis surchargée. Rends-toi dans la pièce au fond du couloir à droite, c’est là-bas que tu travailles.

Immédiatement, la jeune fille se dégagea de sa chaise et se dirigea à l’endroit indiqué. Elle frappa deux coups contre la porte avant qu’un charmant jeune homme ne lui ouvre.

– Ah, te voilà ! Tu t’appelles Léna si je ne me trompe ? Moi c’est Stephen ! Stephen Basmaison. Et je te présente Charlotte Lobignat.

Les deux éducateurs étaient âgés de 28 ans tous les deux.

– Salut. Je pose mes affaires au fond ?

– Oui, et euh… tu devrais observer la façon dont on travaille avant de tenter quoi que ce soit.

– Ça marche, j’arrive.

Léna les abandonna durant plusieurs secondes, puis revint s’asseoir près des enfants – tous âgés de 6 à 11 ans. Alors que Stephen et Charlotte leur expliquaient le programme de la journée, elle remarqua un individu assis plus loin sur une chaise, accoudé à la table.

– Qui est-ce ? demanda la jeune fille auprès de Stephen.

– Il s’appelle Eliès. Eliès Diken.

– Et que fait-il ici ? Il n’est pas un peu… âgé pour être avec les plus jeunes ?

– C’est vrai, mais c’est en attendant… Et puis, il a seulement 19 ans.

Elle le fixa à nouveau d’un regard intrigué.

– Je sais… Toi aussi tu as cru que…

– Qu’il était plus vieux, oui ! lâcha-t-elle avant qu’il ne poursuive :

– Il est arrivé hier. Il paraît qu’il a eu un accident de voiture, je ne suis pas trop au courant… Il ne cause pas beaucoup, le pauvre. Il doit probablement être choqué.

– Il a l’air de très bien se porter malgré la tête qu’il tire !

– Toute sa famille est décédée dans l’accident, sauf lui. C’est un miracle… Personne n’arrive à donner d’explication rationnelle !

La jeune fille s’immobilisa durant une dizaine de secondes avant de reprendre :

– Je devrais apprendre à me taire, moi… Je comprends mieux ! Et pourquoi est-il ici, avec vous ?

– Comme je te le disais, c’est en attendant de savoir où le placer. La directrice nous l’a confié… Elle aimerait qu’on parvienne à lui faire sortir les mots de la bouche !

– Et comment ça se passe depuis hier ?

– Mal ! répondit machinalement Charlotte. Il en dit le moins possible. C’est à peine s’il répond « merci » ! Il ne veut parler à personne…

– Et si j’essayais, moi ? fit la jeune fille, le regard suppliant les deux plus grands.

– Tu peux toujours tenter ! s’exclama Charlotte. Tu dois avoir son âge, il acceptera peut-être de te parler à toi…

– Eh bien c’est parti, ça m’occupera.

– Bonne chance alors ! On te laisse avec lui, ajouta Stephen.

Très vite, Léna se retrouva seule à quelques pas du garçon. Après avoir réfléchi un court instant, elle le rejoignit dans son coin, l’air déterminé. Malheureusement, lorsqu’Eliès la vit s’approcher, il baissa aussitôt son regard sur la table.

– Salut Eliès. Je m’appelle Léna et je fais un stage ici. Tu veux bien qu’on parle ?

Les secondes défilaient mais le garçon ne prononça pas un mot.

Génial…

Alors, une fois assise près de son corps, elle prit le temps de l’examiner. Il avait un joli visage avec de beaux yeux bleus comme elle les aimait.

– Je sais qui tu es, dit-il sans relever la tête.

La jeune fille resta figée durant un instant. Elle reprit doucement sa respiration, puis poursuivit :

– Tu sais qui je suis ? Comment ça ? Explique-toi.

– Oui, je sais qui tu es, répéta le garçon. Tu t’appelles Léna, tu as 18 ans, tu habites à Tennyl’s et tu vas t’occuper de moi pendant ton stage.

– Mais… comment pourrais-tu le savoir ?

Elle s’efforça de rester calme malgré la peur qui s’agitait en elle. Soudain, le garçon releva ses yeux en sa direction et la fixa un instant avant de répondre :

– Je le sais, c’est tout.

– Ok… on verra ça plus tard. Stephen et Charlotte m’ont dit que tu avais eu un accident…

– C’est exact.

– … Ils m’ont également prévenue de ton silence. Pourtant, je trouve qu’avec moi tu parles bien…

C’est à cet instant que le calme s’implanta une fois de plus. Alors, la jeune fille – lassée du comportement du garçon – abandonna son siège pour rejoindre ses collègues.

– Je ne parle pas parce que c’est inutile, bredouilla-t-il.

Tiens, c’est maintenant qu’il se décide à ouvrir la bouche…

Elle revint sur ses pas et se rassit près de lui.

– Inutile ? Pourquoi ? C’est faux. Et puis d’abord, pourquoi me parles-tu, à moi, si c’est inutile ?

– Toi je t’attendais. C’est à toi que je veux parler, pas aux autres. J’économise ma salive, tu vois ce que je veux dire ?

– Mais qu’est-ce que tu me racontes là ? demanda-t-elle d’un ton agacé.

– Calme-toi, Léna. Ce n’est pas bon de t’énerver comme tu le fais.

– Je ne m’énerve pas, je veux juste t’aider !

La jeune fille commençait vraiment à s’agiter ; elle ne comprenait pas pourquoi il lui racontait tout cela. Elle tenta de l’interroger durant ses dernières heures de service mais, malheureusement, le garçon ne rouvrit pas la bouche de la journée.

A 15 heures, elle s’éclipsa du centre pour rejoindre son domicile. Elle profita du trajet à pieds pour admirer le paysage qui l’entourait. Aussi, elle réfléchit à cette première journée de stage : elle allait devoir s’occuper d’Eliès et cette idée l’effrayait un peu ; mais l’excitation qui se mêlait à ce sentiment de crainte la poussait à ne pas abandonner sa mission.

Perdue dans ses pensées, elle ne remarqua que tardivement le petit félin qui la suivait depuis déjà plusieurs minutes. Elle le captura et poursuivit sa route en compagnie de Ribo, son nouvel animal de compagnie. C’était une petite boule de poils toute mignonne qui, sans doute, avait été abandonnée.

Arrivée à destination, elle abandonna sa sacoche et aménagea un nouvel espace pour Ribo dans sa chambre. Puis, après avoir longuement réfléchi, elle se précipita sur son téléphone et fixa un rendez-vous à sa meilleure amie, Héloïse.

Traînant des pieds, la jeune fille gagna le parc où elles avaient pour habitude de se réunir. Malheureusement, il n’y avait aucune trace de celle-ci. Alors, elle se laissa tomber tout doucement sur le toboggan et s’évada dans ses pensées.

Les deux jeunes filles s’étaient connues en primaire et depuis cette époque elles ne s’étaient plus jamais quittées. Toujours dans la même classe, toujours les mêmes délires, tout les rapprochait. Quand Léna avait des problèmes, c’était vers elle qu’elle se tournait. Et vice versa. Elles se considéraient pour ainsi dire comme des sœurs.

Enfin, Héloïse arriva. Héloïse Dajoux plus exactement. Elle avait de longs cheveux bruns et la couleur de ses yeux était similaire.

La jeune fille se rapprocha à toute vitesse et lui sauta dans les bras.

– Wouah ! J’ai l’impression que ça fait une éternité qu’on ne s’est pas vues ! lui lança Héloïse d’une voix excitée.

– Tu m’étonnes ! En même temps, il ne fallait pas partir en vacances, hein, répliqua Léna d’une voix furtive.

– J’étais obligée… Et puis d’abord, c’était chouette ! Et toi alors, ce stage ?

– Ne m’en parle pas…

– Bah quoi ? Y a un problème ? fit Héloïse en la questionnant du regard.

– Non, ça va, mais là-bas, il y a un garçon qui me trouble… Je… je n’ai pas de mot pour te l’expliquer.

– Balance tout !

– Je te le répète : je ne peux pas.

– Pff, allez ! insista-t-elle auprès de Léna.

Pendant un instant, le visage de la jeune fille se balada dans toutes les directions.

– … La directrice du centre m’a demandé de m’occuper de quelques gosses avec les éducateurs, et moi, au lieu de l’écouter, j’ai préféré consacrer mon temps à un jeune de mon âge… Je pensais que ça allait être simple, mais je dois avouer qu’il ne m’aide pas beaucoup…

Héloïse hésita ; puis, les yeux à nouveau rivés sur elle :

– Pourquoi ? Qu’y a-t-il… ?

– Je suis nulle, je n’y arrive pas… Je trouve qu’il agit bizarrement avec moi. Je t’en dirai davantage s’il y a du nouveau.

Léna se rendit compte que ce qu’elle racontait était incompréhensible, alors, elle décida de passer à autre chose avant de se rendre complètement ridicule auprès d’Héloïse.

– Bon, sinon, tes parents vont bien ? Vous n’êtes pas trop fatigués du voyage ?

– Non, ça a été, ils vont bien ! Ils sont en train de se reposer, là… On a encore quelques semaines devant nous avant de repartir sur une nouvelle année ! reprit-elle de vive voix. Pourquoi fais-tu ce stage… ? Je voulais te voir un peu plus, moi.

– Je dois gagner de l’argent ! Tu ne peux pas comprendre, toi… Tes parents n’ont pas de problème.

– Si tu le dis. Mais dis-moi, c’est que t’es payée pendant ton stage ?

– A ton avis, réfléchis…

– La classe !

– Et ouais ! T’es nulle quand même de ne plus prendre le bus cette année ! Je vais m’ennuyer, moi… râla Léna.

– Je t’ai déjà dit que mes parents ne voulaient plus que je le prenne, à cause de l’accident… Ils ont trop peur maintenant ! Parles-en avec eux si tu n’es pas contente. Et puis, on reviendra souvent du lycée à pieds ! On n’habite pas bien loin… De cette façon, on aura tout notre temps pour discuter !

– Mouais… Eh bien quand tu ne seras pas là, c’est-à-dire durant le trajet, je continuerai à me plaindre sur mon forum puisque je serai toute seule !

– Ton forum ?

– Ouais… Il y a déjà plusieurs mois que je l’ai créé ! Je parle de tout à l’intérieur… De mes amis, mes amours, ma famille, de tous mes problèmes, quoi !

Au même moment, un groupe de filles fit son apparition et se rapprocha des balançoires. Léna et Héloïse les appelaient « les poufs » : filles qui se prennent pour les meilleures et les plus belles mais qui font vraiment pitié. Elles se maquillent souvent avec des pots de peinture et plaisent aux plus beaux garçons… Elles étaient quatre et, bien sûr, toutes dans le même lycée que Léna. La pire de toutes s’appelait Agnès. Agnès Medini. Et ses petits toutous étaient prénommés Tarinda Calart, Amèle Bori et Brenda Olivier. Agnès était blonde avec une tête qui ne méritait que des claques. Tarinda, elle, c’était une grande à lunettes, cheveux châtains avec des tresses. Amèle était rousse et la dernière, Brenda, avait les cheveux bruns.

A peine arrivées, celles-ci ne manquèrent pas d’apercevoir leurs deux victimes. Elles se précipitèrent jusqu’à elles pour les rabaisser à nouveau, la seule chose qu’elles savaient sans doute faire de leur petite vie misérable.

– Encore vous ! s’écria Agnès. Eh ben dites donc, même pendant les vacances on a la chance de vous rencontrer. Qu’est-ce que vous faites ici ?

– Ravie de te revoir Agnès ! répondit Héloïse sur un ton ironique. Eh bien écoute, on traîne comme tu peux le voir ! T’as d’autres questions aussi débiles les unes que les autres ?!

Amèle était prête à prendre la défense de sa maîtresse mais celle-ci la stoppa.

– Laisse tomber Amèle, elles n’en valent vraiment pas la peine. On y va. Ça pue par là.

Héloïse se retint de lui coller sa main dans la figure et se mit à serrer une pierre pour calmer sa colère. Le temps de cracher quelques mots à Léna et les poufs avaient disparu de leur vue.

*
*       *

Parcourant les couloirs du centre, Eliès, les mains dans les poches, baladait son regard autour de lui. Il entendait beaucoup de bruit provenant de part et d’autre. En face, un petit garçon avec un visage inquiet se trouvait debout et le fixait sans même cligner une seule fois des yeux. En plus de l’inquiétude qu’il devinait, ce môme semblait attristé. Il devait probablement avoir de sérieux problèmes, tout comme ceux qui se trouvaient ici.

Pauvre gamin… songea-t-il en passant à côté de lui.

Dans les secondes qui suivirent, le garçon rencontra une nouvelle personne qui, elle, était accoudée à une fenêtre, la tête basse, en train de réciter une prière. « S’il vous plaît, aidez-moi » répétait-elle sans cesse. Derrière lui, un troupeau de gamins qui se couraient après le dépassa, évitant de peu de le faire tomber à la renverse.

Je vais me plaire ici, pensa-t-il en ironisant ses propos.

Stephen le croisa par la suite et s’arrêta devant lui :

– Eliès ? Que fais-tu ici ?

– Rien, répondit le garçon sur un ton éteint.

– Tu as besoin de quelque chose ? poursuivit l’éducateur.

Il répondit négativement d’un signe de la tête ; alors, Stephen le reconduisit sans plus attendre dans sa chambre, n’espérant aucune réponse du garçon qui ne souhaitait pas dialoguer plus longtemps.

3

« Sans doute, en sa vie prodigieuse, l’imaginaire dépose des images, mais il se présente toujours comme un au-delà des images, il est toujours un peu plus que ses images »,

Gaston Bachelard.

Deuxième jour de stage.

A peine réveillée, la jeune fille s’isola à la salle de bain et se prépara à une vitesse folle. Tellement vite qu’elle n’eut pas le temps de se démêler parfaitement les cheveux. Son petit déjeuner avalé, elle inonda de croquettes la gamelle de Ribo et envahit sa deuxième gamelle avec un peu d’eau. Une fois prête à s’échapper de son cocon familial, elle referma délicatement la porte et s’aventura sur la route pour une nouvelle expérience avec le garçon.

Sur le chemin, elle apercevait les plus âgés faisant leur promenade matinale. Elle s’était toujours demandé pourquoi ils ne profitaient pas plus longtemps de leur lit, au lieu d’endurer cette marche qui se prolongeait sur plusieurs kilomètres. Elle adorerait être à leur place, elle. Ne rien faire de la journée. Plus le stress du travail. La belle vie, quoi.

Perdue dans ses pensées, elle traînait des pieds et l’horloge tournait à grande vitesse sans qu’elle ne s’en rende compte. Arrivée à mi-chemin, elle décida d’accélérer le pas. Et après quelques minutes de marche rapide, la course n’étant plus très longue, elle jugea bon de ralentir pour reprendre sa respiration. Au loin, elle commençait à apercevoir le centre. Sur la grande pendule de la ville s’affichait : 7 heures 58.

Ouf !

Avant de faire son apparition auprès de tout le monde, Léna s’empara de son téléphone et tenta de se recoiffer grâce à l’application de l’appareil photo.

– Bonjour, lança la jeune fille au personnel.

– Salut Léna. En forme aujourd’hui ? lui demanda Stephen.

– Je vais bien.

– Super. Bon allez, on va aller voir les jeunes. D’ailleurs, Eliès est encore là. Tu es toujours partante pour t’en occuper ?

– Euh… oui, fit-elle d’un ton hésitant.

– Ne t’en fais pas, il ne va pas te manger.

– Je sais bien mais je le trouve… bizarre.

– Il a besoin de quelqu’un pour l’aider et je suis sûr que toi tu y parviendras. Et puis tu sais, les plus jeunes sont vraiment bruyants… alors tu ferais mieux de tenir compagnie à ce garçon.

– Ok, je le rejoins… Où est-il ?

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