Western

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S'ouvrant sur une aube bleuie et s'achevant sur un crépuscule érubescent où se déroule un duel, Western nous propose un véritable western, avec tous ses ingrédients : auvent, éoliennes, ranch écrasé de soleil, auberge, saloon, récit d'une bagarre, évocation de toutes sortes de paysages, ceux de la transhumance, des forêts, d'une clairière, des déserts ponctués d'oponces, personnages féminins de Mary et de Georgina, et surtout le motif central de la réparation, vers quoi toute cette journée tend. Un western, mais à l'italienne, qui joue des plaisirs de la parodie et manifeste, à travers l'humour qui anime son style, un véritable enthousiasme à narrer. Et pourtant ce héros flegmatique, qui paraît dépossédé de son propre nom, et de son histoire, laquelle lui revient par fragments, lesté par le poids d'un traumatisme qui ne sera révélé que dans les dernières pages, n'est-il pas aussi le représentant de ce que l'on pourrait appeler un «complexe»? Car derrière la fente palpébrale de ce regard qui ne cesse de scruter les paysages, se devine une puissante nostalgie des origines. Avec ce nouveau roman, Christine Montalbetti poursuit une entreprise singulière, entre parodie et respect des canons romanesques, intervention du narrateur et abandon au flux romanesque. Plaisir et inquiétudes garantis à toutes les lignes.
Publié le : jeudi 16 septembre 2010
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EAN13 : 9782818005804
Nombre de pages : 217
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Western
DU MÊME AUTEUR
Sa fable achevée, Simon sort dans la bruine, P.O.L, 2001 L’Origine de l’homme, P.O.L, 2002 Expérience de la campagne, P.O.L, 2005
Christine Montalbetti
Western
Roman
P.O.L e 33, rue SaintAndrédesArts, Paris 6
© P.O.L éditeur, 2005 ISBN : 2846820546
www.polediteur.fr
I
SOUS LAUVENT
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Appelonsle comme on voudra, ce trentenaire à la chemise carrelée qui se berce sous l’auvent, selon un dis positif tout ce qu’il y a de plus bricolé ma foi, un balance ment de fortune, rien du rockingchair déployant harmo nieusement sa courbure en une lente oscillation, dans une présentation ergonomique qui facilite la rêverie, mais une situation d’expédient, l’usage un peu forcé d’une chaise sénescente, dont entailles et macules content les passés peu soignés (voyez ces coches, ces tiquetures, ces estafi lades aux barreaux, ces scarifications au dossier), d’un modèle rustique (considérez les bâtons épais, l’éventail lourdaud des fuseaux qui divergent), et dont il outre passe oh légèrement l’emploi, ayant calé les pieds arrière de ladite dans une rainure du plancher tandis que les pieds avant, comme les deux crocs uniques d’une mâchoire raréfiée, si vous voulez, viennent irrégulière
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ment mordre le sol dans un mouvement de happement dental.
De tels happements nécessitent un principe moteur qui mette en branle l’édifice, en jouant d’une alternance entre équilibre et déséquilibre : c’est la jambe droite de notre trentenaire qui assure cette motion. Poussant sur la botte qui repose sur la poutrelle horizontale édifiée en avant de la terrasse, elle fait, voyezvous, office de piston. Le bon fonctionnement de ce précaire dispositif est assuré par une activité musculaire modeste mais bien orga nisée, en chaîne, chaque muscle prenant le relais du précé dent au moment opportun (toute distraction, tout délai, entraînerait un risque de chute), et si bien que dans cette aurore qui paraît engoncée dans la suspension de toute action, calme profondément, désertée, minérale, la seule scansion de la chaise, ce seul bercement imparfait dans l’ombre, suppose la convocation de toutes sortes d’unités énergiques que, faute pour l’heure d’événement plus mar quant, on pourrait bien se laisser aller à décrire. Je vous résume la situation. La flexion plantaire à laquelle se livre celui des deux pieds de notre homme qui repose sur la poutrelle, engage, hum, à hauteur du mollet, le triceps et le soléaire. Notre trentenaire, je vous explique, relâche les fléchisseurs du pied, à savoir quoi, le jambier intérieur, et peutêtre aussi, dans la manœuvre, le long péronier latéral, cela n’est pas à exclure (j’effectue l’opéra tion de mon côté pour tenter d’éprouver quels muscles je sollicite, mais l’identification n’est pas toujours fort aisée). La tension du genou, pour sa part, exige la relaxation,
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