YASMINA ET LE TALISMAN

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Ce roman dévide sous nos yeux le destin d'une femme. Kaléidoscope qui restitue des fragments d'une vie. Yasmina ou Béent el Hassan, comme elle se plat s'appeler, toute en respectant son enracinement culturel, est une femme moderne, libre de ses choix, enfant de son sicle. Femme de lumière et d'ombres. elle nous fait partager ses silences qui résonnent des bonheurs successifs et des douleurs tues.
Publié le : lundi 30 janvier 2012
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EAN13 : 9782296392632
Nombre de pages : 176
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Cahiers

du Genre

Anciennement cahiers du Gedisst N°24 1999

-

Temporalités du social
Coordonné par Annette Langevin

L'Harmattan 5-7. rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Ine 55. rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

Directrice de publication Jacqueline Heinen Secrétaires de rédaction De la revue: Ghislaine Vergnaud Des numéros hors série: Sylvie Brelaud- Theis Comité de rédaction Madeleine Akrich, Béatrice Appay, Danielle Chabaud-Rychter, Pierre Cours-Salies, Dominique Fougeyrollas-Schwebel, Danièle Kergoat, Françoise Laborie, Bruno Lautier, Hélène Le Doaré, Christian Léomant, Pascale Molinier, Catherine Quiminal, Catherine Teiger, Annie Thébaud-Mony, Pierre Tripier, Philippe Zarifian, Marie-Hélène Zylberberg-Hocquard Comité de parrainage Christian Baudelot, Alain Bihr, Pierre Bourdieu, Françoise Collin, Christophe Dejours, Annie Fouquet, Geneviève Fraisse, Maurice Godelier, Monique Haicault, Françoise Héritier, Jean-Claude Kaufmann, Christiane Klapisch-Zuber, Nicole-Claude Mathieu, Michelle Perrot, Eleni Varikas, Serge Volkoff Correspondants à l'étranger Carme Alemany (Espagne), Boel Berner (Suède), Zaza Bouziani (Algérie), Paola Cappellin-Giuliani (Brésil), Cynthia Cockburn (Grande-Bretagne), Alisa Dei Re (Italie), Virginia Ferreira (Portugal), Ute Gerhard (Allemagne), Jane Jenson (Canada), Sara Lara (Mexique), Bérengère Marques-Pereira (Belgique), Andjelka Milic (Serbie), Machiko Osawa (Japon), Renata Siemienska (Pologne), Birte Siim (Danemark), Angelo Soares (Canada), Diane Tremblay (Canada), Louise Vandelac (Canada), Katia Vladimirova (Bulgarie) Abonnements et vente
Tarifs 1999 pour 3 numéros: France 260 F

-Étranger

300 F

Les demandes d'abonnement sont à adresser à L'Harmattan 5-7 rue de l'École-Polytechnique Vente au numéro à la librairie L'Harmattan et dans les librairies spécialisées. @ L'Hannattfm, 1999 ISBN : 2-7384-8091-8 ISSN : 1165-3558

Cahiers du Gedisst, n° 23

Sommaire
7 9 37 Annette Langevin

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Annette Langevin Laura Cardia-Vonèche, Benoit Bastard, Viviane Gonik - Le temps des hommes et des femmes dans l'entreprise Michèle Biégelmann-Massari - La vie de couple: des équilibres successifs entre aspirations féminines et masculines Annie Junter-Loiseau - La notion de conciliation de la vie professionnelle et de la vie familiale: révolution temporelle ou métaphore des discriminations? Amparo Lasen - Le devenir féminin des temporalités juvéniles Alda Britto da Motta - La dimension du genre dans l'analyse du vieillissement: le cas du Brésil Hors champ: Dominique Fougeyrollas-Schwebel - Le contrat social entre les sexes Notes de lecture: Albert Ducros et Michel Panoff (eds) La Frontière des sexes (Pierre Tripier). Paola Tabet - La construction sociale de l'inégalité des sexes. Des outils et des corps. (Béatrice de Peyret). Michèle le Doeuff - Le sexe du savoir (Marie Ploux). Béatrice Appay, Annie Thébaud-Mony (eds) - Précarisation sociale, travail et santé (Liane Mozère). Comptes rendus Abstracts Auteurs Table des auteurs 1997-1998

- Introduction - Salariat et âge adulte féminin

Ce numéro a été réalisé avec le concours du service des Droits des femmes

Cahiers du Genre
Pourquoi ce changement de nom? Les Cahiers du Gedisst ont fait peau neuve. Le souci de mieux donner à voir la problématique qui est au cœur de la revue a conduit le comité de rédaction à adopter un nouveau titre à partir de 1999. Par ailleurs, la publication qui est née en lien avec le Groupe d'études sur la division sociale et sexuelle du travail (GEDlSST - CNRS) s'est ouverte vers l'extérieur. Son comité de rédaction est aujourd'hui composé en majorité de non-membres du laboratoire et s'appuie sur un réseau de correspondante e)s à l'étranger. Au demeurant, les objectifs de la revue restent les mêmes, et elle continuera de paraître trois fois l'an aux éditions L' Harmattan.

Cahiers du Genre.

n° 24

Introduction

Ce numéro des Cahiers du Genre attire l'attention sur un angle encore peu exploré des recherches sur le temps: la sexuation des temporalités du social. Un constat de bon sens veut que le temps soit une trame neutre indissociable de toute activité humaine. S'en tenir là est une erreur de perspective naïve car ce qui nous importe, c'est l'affirmation de E. Durkeim pour qui le temps «est une forme sociale en étroite correspondance avec l'organisation sociale ». Le temps est inhérent à l'organisation sociale car c'est un facteur d'ordre. Il est appréhendé sous deux dimensions dans la sociologie des « temporalistes» tels que W. Grossin.: à la fois « gendarme intime », comme N. Elias le qualifie et « gendarme social» sur le plan des régulations contraignantes. Le temps est plastique, flexible, malléable, multiforme... Il faut dépasser les nomenclatures descriptives savantes qui se sont multipliées à la suite des travaux de G. Gurvitch afin d'aborder les usages des temporalités du social et leurs effets lorsqu'ils s'imposent en tant qu'instruments de régulation. Ces temporalités qui sont à la base d'un mouvement incessant de hiérarchisation, de discrimination ou d'intégration sont des outils efficaces dont l'objectif est de redéfinir et de relégitimer des règles socialement élaborées en fonction du contexte. Si le temps, sous toutes ses formes, est à l'ordre du jour, c'est que nous vivons une période accélérée de dérégulation.

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Les temporalités du social, sous forme de repères concrets ou symboliques, ont en commun de construire, d'adapter, de reconduire des classifications hiérarchisées, des bornes d'interdits, des seuils d'intégration. Temps salarial et temps familial ont en commun d'être des temps contraints. Leur articulation contribue à légitimer des positionnements discriminants entre les sexes. Pour les femmes, et généralement pour elles seules, cette étroite mise en relation est l'une des bases de la sexuation inégalitaire qui traverse divers champs de recherche, tels celui de la sociologie du travail, de la sociologie de la famille, ou encore de la démographie. Le temps «en-soi» n'a de matérialité sociologique que lorsqu'il devient une référence impérative visant à conforter des rapports fondamentaux et parmi eux la sexuation des positionnements sociaux, des situations, des comportements et des idéologies. Le fil transversal des régulations du social relie entre elles des formes temporelles qui ne sont disparates qu'en apparence: séquences d'âge, durées du travail dans les entreprises, calendriers de mise en couple, conciliation temporelle, rythmes juvéniles, vieillissement. C'est ce qu'illustrent les articles qui suivent. Il faut remercier les auteurs qui ont accepté de ré interpréter leurs matériaux en fonction de cette entrée dans le sujet et qui se sont saisis de ce cadre dynamique d'interprétation pour enrichir le thème de la sexuation des temporalités du social. Annette Langevin

Cahiers du Genre, n° 24

Salariat et âge adulte féminin

Annette Langevin
Résumé
L'âge adulte féminin est un indicateur symptomatique de la complexité de la construction et de la valorisation sociale du temps humain en général et du temps des femmes plus spécifiquement. L'argent féminin est une des composantes de la fonction maternelle adulte au fur et à mesure que le temps des femmes se trouve reversé sur le marché du travail et rémunéré, et qu'il s'évade d'un cadre familial ou il ne l'était pas. L'adultéité féminine demeure néanmoins ambigu/! et restrictive tant que l'autonomie économique des femmes reste tributaire d'un statut salarial infériorisé.

La période adulte des âges féminins est comprise entre des bornes d'âge incertaines: la délimitation de cette séquence du parcours humain et les attributs de son contenu ne vont pas de soi. La recherche d'un consensus collectif sur la légitimité des caractéristiques de l'âge adulte (durée, droits, devoirs, comportements) est un âpre champ de tensions culturelles, sociales et économiques. En raison de la multiplicité des mécanismes qui participent à la sexuation des temporalités du social et à la détermination de l'âge adulte des femmes, la réflexion se limite ici à mettre l'accent sur la relation qui s'est établie entre la rémunération salariale féminine et une redéfinition contemporaine de « l'adultéité ».

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Annette

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Les rapports au temps humain et aux âges forment un ensemble de contraintes disparate mais convergent. Assurer de manière prépondérante la charge économique de l'enfant a cessé d'être une des obligations du seul âge adulte paternel. L'extension de l'accès individuel à un salaire pour une écrasante majorité de femmes a opéré une mutation dans les comportements collectifs et individuels de circulation et de manipulation de l'argent. Il faut insister sur le fait que « gagner sa vie» reste toujours fortement marqué par le familial pour les femmes. Nous voyons graduellement s'institutionnaliser la part croissante de la prise en charge pécuniaire de la reproduction par les mères. En outre, si cette prise en charge économique devient une obligation sociale, elle devient parallèlement un outil de déconstruction des normes familiales. La conquête ambiguë de l'entrée des femmes salariées dans les circuits de l'argent renvoie aux droits et aux devoirs de l'âge adulte féminin tel qu'il se dessine aujourd'hui. L'âge est un indicateur difficile à manier et il est symptomatique de la complexité de la construction et de la valorisation sociale du temps humain en général et du temps des femmes plus spécifiquement. Mais affronter cette difficulté est intéressant car cela permet de rendre aux temporalités leur aspect pluridimensionnel, de s'évader du sens commun et des généralisations réductrices, de ne plus aborder le temps comme une «catégorie naïve» (Gras 1985) et de ne pas considérer la complexité contemporaine de l'évolution des repères d'âge comme un écheveau inextricable. L'attribution nominale d'argent à la faveur de l'exercice d'une activité professionnelle est une tendance lourde, en Europe. Entre 1965 et 1991, le nombre de femmes ayant un emploi rémunéré est passé de 39,6 à 52,2 millions (Eurostat 1993). L'accès à un salaire individuel va opérer une mutation des attitudes et des rapports à l'argent qui, à travers les comportements des individus, atteint la société tout entière et va modifier les définitions d'âge. Les statistiques de l'emploi donnent un premier repère pour cerner la question des bornes de l' adultéité en créant une classe

Salariat et âge adulte féminin

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d'âges « intermédiaires» qui vont de 25 à 49 ans. Le nombre de femmes « adultes », selon le découpage INSEE et percevant une rémunération n'a cessé d'augmenter car la croissance des salariés présents dans la catégorie des « actifs» est presque entièrement le fait des femmes. Elles représentent plus de neuf actifs supplémentaires sur dix. Il y a vingt ans, en France, une femme sur deux était présente sur le marché du travail parmi les 25-49 ans; en 1993 elles sont huit sur dix. À ces âges « intermédiaires », leur taux d'activité s'élève à 79,6 % en 1993 contre 51,4 % en 1973. Les femmes, sans conjoint, âgées de 25 à 49 ans sont actives dans neuf cas sur dix, soit presque autant que les hommes du même âge. L'image de la femme « active» s'est imposée selon des pratiques qui reconduisent des inégalités entre sexes. La montée en nombre des femmes salariées ne correspond pas à l'incorporation de la main-d'œuvre féminine dans un statut salarial univoque mais à la reconduction de formes restrictives des conditions de l'emploi féminin, ce qui se traduit par des dissemblances de sectorisation, de professionnalisation, de rémunération (Maruani 1995, 1998) et de valorisation « salariale» des âges (Langevin 1996) qui maintiennent des écarts statutaires entre hommes et femmes. La fraction d'âges de la classe «intermédiaire» qui, grosso modo, correspond aux âges adultes masculins « traditionnels », est une norme de découpage méthodologique des statistiques de l'emploi qui est destinée à dresser un tableau comptable de la répartition des salariés par classes d'âge. Elle représente une certaine approche de la valorisation des âges en situant des bornes d'intégration ou d'exclusion. Ce constat comptable qui ne tient pas compte de la différence des rythmes entre masculin et féminin ne dispense pas d'une réflexion sociologique plus générale sur l'emploi social du critère d'âge, sur l'incertitude du contenu et de la mobilité des bornes selon le contexte culturel, économique et social.

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Annette Langevin

La lecture du dictionnaire est d'un faible secours pour donner une définition globale satisfaisante de la définition du mot « adulte» et de celle du mot « âge». La définition se base sur l'avancée en âge physiologique lorsqu'il s'agit de situer l'état adulte: « Adulte: se dit d'un être vivant qui est parvenu au terme de sa croissance», alors que le mot « âge» illustre le conditionnement social dans la succession des étapes de la vie. Aux âges successifs correspond une suite d'images. Ces métaphores effectuent un classement double, soit par des images valorisantes: la fleur de l'âge, la force de l'âge, l'âge de l'homme fait..., soit par dépréciation: la limite d'âge, le retour d'âge, l'âge critique, l'âge canonique... Un regard attentif décèle aisément l'inégalité de traitement du parcours humain masculin ou féminin. Les «bénéfices de l'âge» sont déclinés au masculin alors que les « limites d'âge» le sont au féminin. Et surtout, les métaphores donnent à voir les âges masculins principalement par rapport à un parcours social qui connaît un apogée alors que les âges féminins le sont par rapport aux usages d'un corps qui va déclinant. Ce type de double traitement des âges a laissé des traces culturelles très efficaces, y compris sur le marché du travail. Pourtant, la mention d'âge qui accompagne les actes de la vie sociale (état civil, juridiction, enseignement...) semble un critère mixte dont les mesures séquentielles et leur contenu sont communs et équivalents pour l'un et l'autre sexe. En sciences humaines, l'âge est utilisé comme s'il s'agissait d'une variable neutre et objective alors qu'à l'évidence son usage aboutit inéluctablement à rendre patent son caractère d'indicateur social des différences de traitement des âges entre les catégories sociales et entre les sexes. Le recours au critère d'âge est une des bases de règles contraignantes socialement élaborées, de regroupements qui rallient ou . disqualifient les individus. Les catégories d'âges, loin d'être des séquences objectivées, renvoient à des intégrations et à des exclu-

Salariat et âge adulte féminin

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sions conjoncturelles qui confirment ou façonnent des inégalités profondes de positionnement dans les échelles sociales. Âges au féminin ou au masculin, âges de « pauvres» ou de « riches» sont des encadrements contraignants qui, sous couvert d'un temps humain commun à tous, sont des enjeux et des outils d'intégration, d'exclusion, de relégation. Le rapport aux âges est un rapport social. L'utilisation du facteur « âge» dans les recherches sur les femmes joue un rôle ambigu; loin d'illustrer une rationalité des découpages temporels elle reconduit un amalgame qui entretient la confusion entre un état biologique de la personne et les multiples usages sociaux du cheminement humain. Pour en donner une représentation topologique, disons que le devenir biologique du corps humain est fait d'âges au contenu neutre qui suivraient le tracé d'une « flèche du temps» orientée et animée par un rythme inexorable et cohérent alors que les multiples usages sociaux du temps humain sont pluridimensionnels et fluctuants en fonction du contexte et sont porteurs de contraintes socialement élaborées. Un regard exigeant sur l'avancée en âge du seul point de vue biologique exige de nuancer le propos sur le vieillissement physique humain qui s'avère être toujours marqué par le social. Par exemple, l'âge est différent selon les positions sociales en fonction de l'accès aux soins, de l'usure au travail (Derriennic, Touranchet, Volkoff 1996), du niveau de savoir... Feignons ici de croire le problème du naturalisme des âges résolu et contournons l'obstacle pour ne focaliser que sur l'aspect socio-économique de l'encadrement des durées et sur l'avancée en âge au féminin et la séquence adulte. En héritage aux débats sociaux du siècle passé et à l'arbitrage de la médecine clinique de l'époque, les discours contemporains mêlent encore indissociablement des échelles d'états physiologiques et des positionnements sociaux ponctués par des bornes d'âge. Pourtant, il faut souligner une modification profonde contemporaine: lorsqu'il est fait appel au critère d'âge pour situer des bornes et délimiter des séquences, les multiples recours à

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ce dernier correspondent plus volontiers à des tentatives de réformes socio-économiques qu'au maintien du statu quo antérieur qui fut la recherche d'un consensus autour d'un impossible équilibre entre état du corps et activité productive. C'est la rentabilité de la gestion de la main-d'œuvre qui est au centre de l'élaboration des échelles de valeur et non plus l'état de « la force de travail» des individus. Ainsi de nouvelles légitimités basées sur les impératifs du marché du travail ou des équilibres financiers statuent sur la définition des catégories d'âge. L'arbitraire de « la jeunesse interminable» ou du « travailleur âgé» est présenté comme justifié et de « bon sens », alors qu'il vise à satisfaire des enjeux économiques ou politiques pour lesquels l'âge est un simple outil de discrimination et de ségrégation de la main-d'œuvre. La mutation du système de production s'accompagne de nouveaux encadrements des comportements et des échelles de valeurs des temporalités humaines et c'est le contexte économique et social qui détermine le déplacement des bornes antérieures des classes d'âge et ceci à un rythme anarchique, qui va s'accélérant. La mise en relation des transformations du social avec la gestion de la réorganisation du temps ouvre de nouveaux horizons à la recherche (Commaille 1998, p.317-337 ). Même lorsqu'on immobilise une définition d'âge dans une période historique précise et courte, l'unicité du chiffre qui ponctue le cheminement humain est encore loin d'être neutre puisqu'il masque ou entérine toujours des positionnements. Les rythmes et les contenus des âges au masculin et des âges au féminin ne furent jamais totalement identiques ou interchangeables. Les bornes entre classes d'âge ne sont pas superposables y compris lorsqu'on étudie les rites de passage religieux ou culturels, ou l'évolution de la jurisprudence.

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Le formel

et l'informel

des encadrements

temporels

À l'issue d'un tournant de société, les recours au critère d'âge se multiplient pour légitimer des prescriptions de positionnements épars à divers niveaux de la vie sociale. Un des plus débattus en ce moment porte sur le cumul des années d'« espérance» à la retraite face à la rentabilité des âges sur le marché du travail. Ces deux facteurs sont présentés comme étant à la fois indissociables et incompatibles, et les contradictions entre croissance de t'espérance de vie et diminution du temps salarié s'exacerbent et n'aboutissent pas à un consensus sur la délimitation des âges de fin de vie salariale. La difficulté à légitimer les nouvelles échelles de valorisation des âges dans le domaine démographique ou salarial ne doit pas masquer à nos yeux d'autres lieux où les tensions sociales s'affrontent à bas bruit à propos du temps humain (Langevin 1995). Les propositions tous azimuts auxquelles nous assistons ont en commun de construire de nouvelles logiques qui échappent à la cohérence de la répartition par regroupements d'années successives, telles qu'elles émanent des normes statistiques ou du cumul des ans à partir de l'enregistrement de l'État civil. C'est le cas de l'émergence progressive de la majorité sociale féminine dans la société française. Il existe une vingtaine d'énonciations de la majorité dans divers domaines juridiques. Devenir adulte comporte tout un train de devoirs et de droits et, parmi d'autres, celui de l'accès au rôle de citoyen. Observons que l'âge qui démarre le droit de vote, celui d'adhérer à un syndicat et celui qui autorise à être candidat sur une liste électorale ou sur une liste syndicale sont précisés par la loi mais qu'ils diffèrent les uns des autres de plusieurs années. Le pouvoir et le prestige conférés par l'une et l'autre majorité et qui autorise à élire ou à être éligible, ne sont pas de même poids (Langevin 1995). Chacun peut ainsi constater que l'âge adulte est une séquence de vie dont les délimitations sont vaguement dessinées, et il est vain de vouloir l'encadrer étroitement par des repères d'âge

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précis. Le confinement dans la « minorité» est néanmoins une forme sociale efficace de ségrégation et de dévalorisation: avant 1945, les femmes écartées du droit de vote, quel que soit leur âge, n'accédaient jamais à la majorité dans le champ du politique. Les méandres de l'accès du féminin à la majorité sociale sont nombreux et le processus en cours est inachevé, mais un regard attentif nous montre que la vie en société comporte toujours en filigrane des éléments constitutifs des âges adultes qui sont bien insérés dans leur époque. Une des difficultés à repérer ce qui construit l'âge adulte féminin contemporain vient de ce que les régulations du temps des femmes échappent plus volontiers aux règles structurées que les temporalités masculines (Passeron 1989). Les obligations temporelles féminines sont vécues le plus souvent sur un mode informel et semblent difficilement comptabilisables. La maternité est un exemple de ces prescriptions d'âge qui sont passées d'un informel impératif (l'époque où les femmes « tombaient» enceintes précocement dans une fourchette d'âges très étroite) à une planification des naissances, encadrée par la contraception médicale prescrite sur ordonnance et remboursée par la Sécurité sociale. Les études sur les budgets-temps des femmes, aussi insatisfaisantes soient-elles, ont eu le mérite de proposer une grille d'évaluation et de révéler l'aspect temporel des contraintes familiales auxquelles les femmes sont soumises. Elles ont mis en face à face le caractère impératif du temps assigné à la famille et le temps mobilisé par le marché du travail. Le « libre choix» des femmes, et d'elles seules, sur les alternatives entre familial et professionnel est une notion qui a été largement utilisée comme écran pour nier la réalité de la force des contraintes. Le temps partiel « choisi», la discontinuité salariale « volontaire... » ont marqué tout un pan des études sur la fonction maternelle dans les années quatre-vingt en refusant de reconnaître que le maternel ou le salarial correspondent toujours à du temps prescrit. Le concept de budget-temps des femmes apparaît en sciences humaines à un moment où les âges rémunérés régis par

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l'encadrement des lois sur l'emploi entrent en concurrence avec un temps féminin familial dissimulé car non légiféré. L'évacuation de l'informel au bénéfice du formel caractérise les évolutions contemporaines de la valorisation temporelle féminine. Les temporalités au féminin s'alignent cahin-caha sur la structuration du temps au masculin, mais nous sommes encore très loin d'une juxtaposition asexuée des âges de la vie. Donnons en exemple les stratégies de (dé)valorisation des âges de la fin de la vie qui sont à l'ordre du jour (Langevin 1997). On assiste à une surenchère de propositions qui visent à encadrer le sort réservé aux âges du dernier tiers de la vie. Ce débat de société apparaît comme inédit en raison de la rapidité de la progression de la durée de la vie, mais il s'agit surtout d'organiser un tri dans la paupérisation des âges sous couvert de rationalité comptable. Les discours sur le déclin inéluctable dû au vieillissement de la population française occultent la part de féminin du phénomène puisqu'en raison de l'écart de survie entre les sexes, concrètement les vieux survivants sont des vieilles et l'avenir sombre des retraites concerne surtout une masse de cotisantes a minima. Pourtant c'est largement au masculin que ces problèmes de vieillissement de la population sont discutés. Une part importante des déplacements des bornes d'âge qui ont modifié la condition féminine s'est imposée et est devenue visible parallèlement aux modifications de l'institution familiale grâce à l'évasion partielle du temps féminin vers la sphère productive. Il faudrait dresser tout un panorama de l'évolution des représentations symboliques et de l'irruption de nouvelles pratiques temporelles qui se sont mises en place en catimini depuis moins de trente ans pour mesurer combien la définition sociale des âges féminins s'est restructurée en une génération. Pour fixer les idées, citons les prescriptions d'âge au féminin dans le domaine de la séduction et de la mise en couple qui portent sur un ensemble d'années plus large (il est encore temps de former couple à des âges féminins plus « vieux»), les écarts d'âge entre partenaires au moment de la formation du couple se sont rapprochés

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