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Zigzags folâtres

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128 pages

UN ciel bleu, des routes blanches, une campagne ensoleillée, des rivières miroitant sous les caresses de Phœbus, juin !

Aux arbres verts, des branches vertes où frissonnent des feuilles à facettes d’émeraude, des milliers d’insectes : papillons de toutes couleurs et coléoptères aux ailes de gaze, scarabées rutilants et coccinelles aux élytres panachés qui s’empressent autour du festin offert par la Providence. Une atmosphère tiède et embaumée qui rassérène l’âme et pénètre le corps en lui donnant une langueur pleine de plaisir et de griserie exquise.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

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OUVRAGE DÉDIÉ A MES AMIS

Albert Rougelet

Zigzags folâtres

Vers les Rives du Bourget

(RAID CYCLO-FANTASTIQUE)

I

UN ciel bleu, des routes blanches, une campagne ensoleillée, des rivières miroitant sous les caresses de Phœbus, juin !

Aux arbres verts, des branches vertes où frissonnent des feuilles à facettes d’émeraude, des milliers d’insectes : papillons de toutes couleurs et coléoptères aux ailes de gaze, scarabées rutilants et coccinelles aux élytres panachés qui s’empressent autour du festin offert par la Providence. Une atmosphère tiède et embaumée qui rassérène l’âme et pénètre le corps en lui donnant une langueur pleine de plaisir et de griserie exquise.

Et, endormi, mon rêve d’extase se magnifiait dans l’idéal de ces splendeurs entrevues, lorsque je fus brusquement réveillé à quatre heures du matin par mon réveil qui en marquait trois, et par la pluie ; l’un m’assourdissant avec son bruit de crécelles et l’autre clapotant aux vitres de ma chambre.

J’étais furieux, furieux de me lever à quatre heures, mais encore plus de voir la pluie tomber, en plein mois de juin et le jour de la Pentecôte encore, jour choisi pour « cycler » avec des amis aux environs du lac du Bourget.

Ciel bleu, routes blanches, campagnes ens..., oh ! non, c’était trop d’ironie, aussi je chargeai ce mois de juin de toutes les malédictions imaginables — pour ce que ça me coûtait.

Comme j’étais en retard, je trouvai très naturel de prendre le chemin le plus long pour me rendre place des Terreaux, où mes amis devaient m’attendre. Ils m’attendaient, en effet, depuis une demi-heure et avaient tous quelque chose en main : Mathieu, Popaul et Arthur leur bicyclette, Teuf-Teuf, son « tri » à pétrole et moi.... un parapluie. Il est vrai qu’un petit gonne me suivait et tenait en main mon cheval d’acier. Ce ne fut qu’un cri... (Imitation de fermetures en fer qui descendent.) pour maudire ce vilain temps.

  •  — C’est de la folie de partir, dit Popaul.
  •  — Et de la bêtise de rester, interrompit Mathieu, quoique la pluie soit assez...
  •  — Oui, elle est tassée... forte, ajouta Teuf-Teuf, mais elle ne durera pas.
  •  — Alors, en route.
  •  — En route..

Et, montés sur nos machines, nous nous acheminons ou plutôt nous cyclons dans la direction de Crémieu. Nous n’avançons guère vite, les pavés étant recouverts d’une boue glissante qui se prête. beaucoup aux dérapages, et qui nous reçoit — pile ou face — suivant la chance. Près de Meyzieu la pluie tombait toujours.

L’eau rigolait.

Nous aussi.

Nous regardons au loin, très au loin même, dans l’espérance d’apercevoir un abri quelconque, une maison, un arbre, une hutte, enfin un de ces accessoires que les hommes de lettres, dans leurs romans, nous font rencontrer partout, mais qu’en ce moment, nous ne trouvons nulle part — par la faute des municipalités locales sans doute.

Enfin, nous apercevons un marronnier presque en fleurs qui s’offre à nous. Nous nous offrons à lui et nous cueillons force branchages, feuillages et autres noms en age que nous mettons derrière la roue arrière de notre cheval... d’acier, le tout savamment arrangé et possédant un cachet artistique que malheureusement le mauvais temps ne nous permet pas suffisamment d’apprécier.

Puis nous partons, campés sur nos bécanes, la tête inclinée vers terre, nous allons en faisant des emballages... sur place, les genoux collés, battant de chaque côté du cadre comme des bielles de machines à vapeur. Et nous allons en cornant, Teuf-Teuf avec sa trompe, Mathieu avec sa bouche et X*** avec sa tête et en faisant retentir des « coin-coin » bien « coingnés » pour effaroucher les piétons ahuris, les paysans abrutis et les chiens transis qui nous regardent avec nos bécanes folles dont les roues crottées font sauter sur les feuillages marronniériques, voire même jusque sur nos casquettes, transformées en gouttières, des stalactites d’une boue englaisée.

Arthur perd une pédale.

II

Pont-de-Chéruy, boum ! j’ai crevé... un clou, c’est un clou d’une longueur tellement longue que j’aime mieux en rester là. En effet j’y reste ou plutôt nous y restons. Nous démontons mon « clou » pour lui sortir son mauvais clou. Au bout d’une demi-heure de pérégrinations que j’utilisai en mangeant un petit pain d’un sou et en poussant des contre-ut plus faux que le faux... emplacement à louernous sommes prêts à partir.

  •  — Tu devrais nous photographier me dit Teuf-Teuf.

En cinq sec je prends mon appareil photographique sur le tri à pétrole et je tire un groupe, mais je m’aperçois soudain que mon objectif est tombé au fond de ma détective.

J’utilise une grange comme chambre noire, et à la lueur d’une bougie recouverte de papier rouge, je démonte l’appareil. J’enlève les plaques sensibles que je remets ensuite après avoir replacé l’objectif à sa place. Si elles ne sont pas voilées.....

Enfin, nous partons.

Il ne pleuvait plus. Comme par enchantement, les nuages s’étaient envolés et le « Père Durand » rallumait ses rayons. Dans les taillis, les fauvettes babillardes lançaient à plein gosier leur gazouillis cristallin. Sur l’herbe veloutant la route, des plantes, sous l’influence de chauds effluves, s’entr’ouvraient et agitaient leurs floraisons d’un azur pâle ou d’un grenat éclatant. Et la grande plaie rougeoyante montait toujours.

III

La langue nous pèle... par suite de la sécheresse de nos palais. Nous étouffons de chaleur sur nos bécanes et un « perroquet » dans un café situé à quelque distance de là.

  •  — Je ne voudrais pas manger des œufs à la coque aujourd’hui dit Teuf-Teuf.
  •  — Et pourquoi, demanda Popaul.
  •  — Parce qu’il y a des chances pour que les poules les pondent... à dur.

Et, content de sa réponse, il donna une accolade... à une bouteille d’eau-de-vie qu’il avait dans sa poche, sans doute pour se désaltérer d’avoir étouffé un perroquet.

Nous profitons de cette halte pour quitter nos vestons, appareil photographique et autres accessoires et pour les fixer sur le porte-bagages du tri.

A peine remontés Arthur perd de nouveau sa pédale. Mathieu la met dans sa poche et Arthur à l’aide d’une corde, se fait remorquer par le tricycle.

Près de Crémieu Teuf-Teuf a une certaine avance. Ne connaissant pas le pays nous nous trompons de route et nous prenons le chemin conduisant aux grottes de la Balme.

Après avoir reconnu notre erreur, nous revenons sur nos pas et nous allons à Morestel, malgré une vive opposition de ma part, car je pense avec raison que Teuf-Teuf et Arthur ne nous voyant pas venir sont revenus à Crémieu, qu’ils sont passés pendant que nous étions encore sur la route de la Balme et qu’il fallait ou les attendre ici, ou retourner à Crémieu.

Nous continuons donc jusqu’à Morestel. Là, après avoir attendu près d’une demi-heure nous repartons.

La route, pleine de montées et de descentes, se fait très facilement.

Aux descentes, nous mettons les pieds sur la fourche de nos bicyclettes et la plupart des montées se font de même, sans toucher les pédales par suite de la vitesse acquise aux descentes.

Vraies montagnes russes, mais jeu dangereux. A un moment donné Popaul étant à une vingtaine de mètres devant moi, nous lâchons les pédales à une descente. Par suite de mon poids plus lourd j’avance plus rapidement et je vois que je vais le dépasser.

Malheureusemeut une voiture et un chien se trouvent au milieu de la route et barrent complètement la partie laissée libre par Popaul.

Et il nous faut passer là tous les deux de front, à une vitesse qui va sans cesse croissante.

Impossible de retenir sur les pédales ou de faire frein avec le pied.

Pour ma part je ressens un petit frisson que je m’inquiète fort peu d’analyser et il me semble que je ferme les yeux.

Heureusement la voiture oblique le plus qu’elle peut à droite et, comme une trombe, nous passons à côté en l’effleurant sans que le moindre choc se produise.

Et nous continuons à pédaler de plus belle.

IV

Nous marchons comme le vent.

Puis nos jambes — oh ! nos jambes — nous font ralentir notre allure. Alors en avant les chansons entraînantes, les marches... rosses qui délassent, donnent du nerf et une envie folle de pédaler, de pédaler encore, de pédaler sans cesse.

Et à pleins poumons, nous en entonnons une... rosse (grelots à l’orchestre) sur l’air de : Un beau grenadier...

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V

Une explosion retentit tout à coup. Je me sentis comme soulevé sur ma selle puis redescendre et continuai avec un bruit de ferraille.

Mon pneu avait éclaté.

Et j’avançais toujours lancé par la force acquise.

Le bandage de la roue de devant roulait en dehors de la jante, la chambre à air commençait à s’enrouler autour des rayons, la chaîne pouvait sauter d’un moment à l’autre.

Instinctivement je retins sur les pédales et, quoique marchant encore à une certaine vitesse, je sautai en arrière en retenant ma bécane par la selle. Les amis, déjà loin, avaient entendu le bruit de l’explosion et, faisant demi-tour, revenaient sans se presser.

  •  — Fâcheux contre-temps, me dit Popaul.
  •  — A qui le dis-tu ?
  •  — Allons dépêche-toi au lieu de rêver, répare ton pneu.
  •  — Il est irréparable, dis-je après un moment d’examen, la chambre à air a éclaté, puis après un silence.
  •  — L’enveloppe aussi.
  •  — C’est très embêtant, me dit encore Mathieu.
  •  — C’est même plus embêtant que ça.
  •  — Au lieu de rigoler comme un alligator qui aurait avalé une locomotive tu ferais bien mieux de ranger ton « clou ».
  •  — Attends, dans cinq minutes je roule, va me chercher deux ou trois poignées de foin.
  •  — Pourquoi faire ?
  •  — Si on te le demande, tu diras qu’on ne te l’as pas dit.

Et il alla chercher du foin.

Je commençai à réparer mon pneu.

J’avais enlevé la chambre à air.

  •  — Tiens, voilà ton foin, me dit Mathieu, donne-moi ta chambre à air que je la répare.
  •  — Ma chambre à air je la mets... dans ma poche... j’ai dit cinq minutes et je roule.

Il en était violet à force d’être bleu. Alors je m’en-pare du foin et je le tasse fortement entre la jante et l’enveloppe fermée d’un côté. Je remplis tout l’espace libre et à l’endroit éclaté, je ficelle tant bien que mal.

  •  — Tu vois, Mathieu, trois minutes et je suis prêt, et tout fier je lui montrai mon pneu, un peu bosselé il est vrai, mais enfin qui avait l’air de se tenir rigide.

Ce pauvre Mathieu en était tellement violet qu’il en était jaune.

  •  — Et tu crois que ça va marcher.
  •  — Et même que ça va rouler.

VI

Cinq minutes après, tous remontés sur nos chevaux d’acier, nous cyclions vers Saint-Genis.