C'est quoi, une bonne photo?

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Avez-vous peur de photographier des inconnus dans la rue ? Voulez-vous recomposer votre photo en supprimant ce vide, au milieu ? Intégrer un visage dans une télé ? Transformer un banal paysage en peinture à l’huile ? Vendre vos tirages originaux ? L’image numérique offre aux photographes une infinité de traitements et d’effets, parmi lesquels l’exploration n’est pas facile.

Photographier.fr vous propose dans ce livre le fruit d’expérienceset de réflexions, parfois drôles et toujours instructives. Peut-être y découvrirez-vous enfin la réponse à cette question fondamentale : c’est quoi une bonne photo ?


Publié le : jeudi 5 mai 2011
Lecture(s) : 269
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791090199033
Nombre de pages : non-communiqué
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C’est quoi, une bonne photo? Et autres chroniques de Photographier.fr ePublier.com 1ère édition
Copyright © 2011 par Jean Cassagne Création de la couverture par Juan Doppler Impression électronique par ePublier.com Tous droits réservés. Toute reproduction de ce livre est interdite. ISBN-979-10-90199-01-9
Le piège du numérique
Vous avez un nouvel appareil photo, vous mitraillez proches et amis, puis vous tournez l'écran pour leur montrer le résultat... STOP !
Vous êtes tombé dans le piège du numérique!
Vous vous en souvenez peut-être, si vous dépassez la vingtaine: à l'époque de l'argentique, le photographe prenait aussi des photos de ses amis et de ses proches (voire de parfaits inconnus). Mais une fois l'image dans la boîte, elle y restait! Je veux dire, il n'était pas question de la montrer aux imprudents portraiturés... Ou du moins, pas tout de suite! Le photographe repartait ainsi avec son petit secret, il disparaissait éventuellement dans une pièce toute noire dont on ne pouvait ouvrir la porte sans provoquer des hurlements désespérés. Un jour peut-être, quelques semaines plus tard, on était convié à admirer le résultat. Il était réussi, ou raté ; mais l'on n'y pouvait rien changer. On appelait cela "la magie de la photographie", avec dans le rôle du magicien, un photographe tout-puissant.
Aujourd'hui donc, merci la convivialité du procédé, vous montrez donc illico leur image aux amis dont vous venez innocemment de tirer le portrait. Et voilà le début des ennuis... Les remarques ne tardent pas, et selon l'affection que l'on vous porte, elles vont du "Pas terrible" au "Attends, ta photo est à chier".
Dure, dure la condition d'artiste incompris.
Car voici une nouvelle victime du piège du numérique! Vous n'avez plus d'autre choix que de recommencer la prise de vues en serrant les dents, dans l'espoir (souvent déçu) que cette nouvelle tentative sera mieux appréciée que les précédentes...
La seule façon de sortir du piège, mais vous l'avez compris puisque vous lisez ce livre, c'est de faire en sorte que votre prochaine photo soit meilleure que la précédente. De réussir enfin à comprendre pourquoi diable, confrontés au même sujet, un photographe X ramènera une image intéressante quand le photographe Y n'obtient qu'une bouillie de pixels.
IMAGE=MAGIE Ce jeu de mots nous vient de l'un des photographes les plus mystérieux du siècle de l'argentique, Édouard Boubat ; un homme capable de nous émouvoir avec une simple poule sous un arbre. Pour ma part, je suis bien convaincu qu'en abandonnant la chimie pour l'électronique, l'homme d'image n'a pas perdu tout son pouvoir magique. Le pouvoir de susciter, d'un regard sur une scène plus ou moins banale, l'apparition d'images originales, ou décalées, ou impressionnantes, ou simplement belles.
Vous voyez comment j'ai du mal à décrire les photos qui me touchent ? Rien n'est plus difficile que de définir ce qu'est une bonne photo. Oh, il existe quantité de règles plus ou moins strictes, qui concernent divers aspects techniques ou esthétiques ; et puis, pour chacune d'entre elles, on voit un jour débarquer un iconoclaste qui s'assoit joyeusement dessus et comme par hasard, il nous montre des images encore jamais vues... Avec le numérique, les choses sont devenues encore plus mouvantes: les outils changent sans cesse, les possibilités de traitement évoluent… et les truquages font prendre des vessies pour des lanternes.
Il fallait tenter d’explorer ce monde foisonnant, de découvrir de nouvelles pratiques, de nouvelles images.
Photographier.frest né de ce besoin: explorer un monde toujours en mouvement, faire des expériences, remettre en cause les limites... Réussir, ne serait-ce que par l’expérimentation la plus farfelue, à comprendre :
C’est quoi, une bonne photo !
PS : Si vous ne pouvez pas attendre, sautez directement au dernier chapitre qui vous propose quelques réponses…
J’ai peur de photographier les gens
Voilà un thème qui revient souvent dans les forums de photographes :
« j’aimerais faire de la photo de rue, mais j’ai peur des gens. »
Si l’on souhaite cultiver le Martin Parr – voire le paparrazzi – qui sommeille en soi, un tel sentiment reste un obstacle sérieux…
Permettez-moi de vous présenter quelques pistes.
De quoi a-t-on réellement peur ? Tout simplement, de la réaction du quidam sur lequel on braque son appareil. « Hé, vous, pourquoi vous faites des photos ? Et mon droit à l’image ? Vous êtes de la police / vous êtes un espion / vous êtes un terroriste ? » Avec, dans la foulée, menaces physiques, embrouilles diverses, au pire confiscation de l’appareil et arrestation brutale.
Je reconnais bien volontiers que face à ce type de conséquences, on a raison d’avoir peur.
Alors que faire ? Se reconvertir dans la photographie de bouquets de fleurs, dont chacun connaît le flegme face aux objectifs (éviter néanmoins les fleurs carnivores) ? Non. Photographier « les gens », c’est fixer de petits instants de grâce, des tranches de vies, des témoignages parfois émouvants, parfois drôles… Le même public qui s’insurge contre l’objectif que l’on braque sur lui reste le premier à apprécier les instantanés tendres d’un Doisneau ou de ses modernes émules.
Deux solutions opposées se présentent alors, entre lesquelles le photographe doit choisir. La première option consiste à ne pas être vu ; la seconde, au contraire, à s’identifier comme photographe, mais dans un rôle qui justifie votre présence.
L’OPTION«JENESUISPAS»
Pour ne pas être vu, il faut masquer son appareil. L’idéal serait de le rendre totalement invisible, avant comme après le déclenchement. Henri Cartier-Bresson tenait son Leica d’une main, bras tendu le long du corps ; il avançait, repérait quelque chose, un personnage ou un sujet digne de son attention ; il tournait le dos au sujet, puis, d’une pirouette rapide (des témoins disaient « ça ressemble à une petite danse »), pivotait face à son sujet, déclenchait, s’éloignait. La plupart du temps, son mouvement passait inaperçu.
Je peux personnellement témoigner d’une autre technique, celle employée par Josef Koudelka : posté à côté de son sujet, il le visait latéralement, sans jamais lui faire face. Affectant un calme apparent, son mouvement restait discret de par sa gestuelle apaisée, tranquille. Quelle que soit l’attitude, il faut absolument éviter des gestes brusques, furtifs : si l’on agit comme un voleur, on provoque des réactions agressives. En revanche, quand on réussit à conserver une certaine nonchalance dans le geste, le sentiment de danger que peut éprouver votre sujet sera moins marqué.
Vous cherchez à passer inaperçu, mais manque de chance, votre « victime » a remarqué l’objectif braqué sur elle, ou entendu le déclenchement : elle lève les yeux sur vous, qui venez de baisser l’appareil, et rencontre votre regard. Ça y est, vous êtes pris. Pas de panique… Encore une fois, deux options : soit vous niez (implicitement) avoir pris une photo ; soit vous l’admettez (tout aussi non-verbalement) et tentez de limiter les dégâts.
Quand vous lisez une certaine incertitude dans le regard de votre sujet (« le mec là, mais on dirait qu’il m’a pris en photo… ou pas ? »), nier l’évidence constitue sans doute la meilleure solution. Vous prenez l’air concentré, vous bougez un peu, vous visez de nouveau mais quelque chose à côté du sujet, voire derrière lui. Il n’est pas inutile de paraître un peu excédé : « j’essaie de photographier un truc là-bas, et ce type se met juste devant moi ! » Quand on comprend que votre intérêt est focalisé sur le décor environnant, on se trouve moins porté à l’agressivité.
LASOLUTION«OUI,JEPHOTOGRAPHIE»
L’autre option consiste donc à admettre avoir photographié la personne qui se trouve face à vous. Celle-ci vient de s’en rendre compte, et ne sait pas encore ce qu’elle doit en penser. Il s’agit – mais c’est un art délicat – de dédramatiser l’événement. Le mieux est alors de tenter un petit sourire complice : « oui, j’ai fait une photo, et alors ? Tout va bien, la vie est belle, on s’amuse un peu, c’est tout. Pas de quoi s’énerver ! » Cette heureuse issue ne va pas de soi. Pour la provoquer, un point s’avère important : il est impératif de fournir à la personne photographiée une identité qui justifie votre photo et désamorce la critique (pour ne pas dire le coup de poing). Vous faites des photos, parce que :
• Vous êtes touriste, donc un inoffensif imbécile. Pas mal, tant le mépris pour le vacancier photographe s’avère universel. Pour « faire touriste », quelques accessoires : le bob, le guide
du routard (ou Little Planet) dépassant du sac, voire le bermuda à fleurs (si la saison s’y prête) ne sont pas de trop. Danger : vous serez également le touriste, donc la vache à lait.
• Vous êtes un pro, donc vous savez ce que vous faites (des photos, et c’est normal). Pas si difficile à soutenir : un type bardé d’appareils, estampillé de pass et de cartes de presse possède une autorité naturelle qui peut impressionner les badauds.
Je me souviens avoir ainsi vu l’immense William Klein, voici pas mal d’années, transpercer selon ce principe une manif parisienne. Grand, sec, entièrement vêtu de noir, il trimballait trois reflex en bandoulière, l’un en permanence dans les mains à portée d’œil. Ne faisant aucun effort pour passer inaperçu, Klein évoluait rapidement entre les rangs, s’approchant d’un groupe, le fusillant à bout portant (adepte du 24mm, il aime remplir son cadre de personnages déformés). Puis sans laisser le temps de dire ouf, il allait plus loin pour recommencer. Le singulier personnage semblait si concentré que personne, même ses « victimes », n’osait l’interrompre dans sa quête incessante.
Dans ce dernier cas, il n’est pas mauvais d’étaler un matos pléthorique – même si vous n’en utilisez pas la moitié. Danger : vous tentez ainsi les voleurs, lesquels pourraient bien vous choisir comme cible, surtout s’ils se sentent en force (cagoulés en groupe). L’expérience doit donc s’accompagner d’une vigilance accrue, en évitant d’explorer seul des recoins isolés.
Entre ces deux approches, ma préférence va (comme les lecteurs de ce livre l’ont déjà compris) à la première. Le principe même...
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