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Poisson-lion !

De
80 pages

Il n’y a pas si longtemps, le poisson-lion était inconnu aux Antilles. Aujourd’hui, il y est omniprésent et il n’est plus rare, en plongée, de croiser sa silhouette unique au détour d’une exploration. Sa piqûre est plus douloureuse que véritablement dangereuse, mais il vaut mieux éviter de se frotter à lui.

Les pêcheurs, qui le ramassent régulièrement dans leurs casiers, s’inquiètent à juste titre de l’arrivée de cet intrus, qui dévore tout sur son passage. Car même s’il est comestible et figure désormais en bonne place à la carte des restaurants, cet animal est surtout un redoutable prédateur auquel rien ne résiste.

Pour les scientifiques, il est une menace sans précédent pour la biodiversité des écosystèmes coralliens de la région, et ils n’hésitent pas à qualifier cette invasion de catastrophe écologique majeure.

Le seul remède connu à son expansion est de le pourchasser, partout et par tous les moyens, comme le font déjà la plupart des États du bassin caribéen.

« Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu. »

Bertolt Brecht

Nom de code : « poilion »

Ne soyez pas surpris si, au détour d’une conversation entre plongeurs ou chasseurs sous-marins, vous entendez parler de « poilion ». Le mot tire son origine d’une conversation avec mon ami Gilles Pierre-Justin, plaisantin patenté, fin linguiste et accessoirement polyglotte. Alors que nous parlions ensemble de ma toute récente passion, le mot s’est imposé naturellement dans la conversation. Et c’est tout aussi naturellement que peu à peu son usage s’est répandu parmi nous et que ses déclinaisons se sont diffusées dans le milieu des... poilioneurs (chasseurs de poilions ou, par extension, personnes qui s’intéressent aux poilions). Ainsi, il n’est plus rare, chez les initiés, d’entendre parler de « poilioner » (chasser le poilion) de « poilionade » (chasse au poilion), etc. Merci à lui pour sa trouvaille.

Le poisson-lion sur les réseaux sociaux : #poilion #poissonlion #lionfish


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Éric Rolland

avec la collaboration scientifique de Michel Kulbicki de l’IRD

Préface de Michel Magras

sénateur de Saint-Barthélemy, membre de l’IFRECOR

Poisson-lion !

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2015

La Malédiction des Caraïbes
Pascal Lecocq, 2011

Il n’y a pas si longtemps, le poisson-lion était inconnu aux Antilles. Aujourd’hui, il y est omniprésent et il n’est plus rare, en plongée, de croiser sa silhouette unique au détour d’une exploration. Sa piqûre est plus douloureuse que véritablement dangereuse, mais il vaut mieux éviter de se frotter à lui.

Les pêcheurs, qui le ramassent régulièrement dans leurs casiers, s’inquiètent à juste titre de l’arrivée de cet intrus, qui dévore tout sur son passage. Car même s’il est comestible et figure désormais en bonne place à la carte des restaurants, cet animal est surtout un redoutable prédateur auquel rien ne résiste.

Pour les scientifiques, il est une menace sans précédent pour la biodiversité des écosystèmes coralliens de la région, et ils n’hésitent pas à qualifier cette invasion de catastrophe écologique majeure.

Le seul remède connu à son expansion est de le pourchasser, partout et par tous les moyens, comme le font déjà la plupart des États du bassin caribéen.

« Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu. » – Bertolt Brecht

Préface

D’après la Liste rouge de l’UICN, les espèces introduites envahissantes constituent la troisième menace pesant sur les espèces à l’échelle mondiale. En Outre-mer, elles représentent l’une des principales causes d’érosion de la biodiversité. Réservoirs de biodiversité, les récifs coralliens contribuent non seulement au développement économique des sociétés humaines, mais à l’équilibre de la planète tout entière. Or, ce sont les trois quarts d’entre eux qui pourraient ne plus exister d’ici 2050. Ces chiffres, pour être effrayants, n’en sont pas moins réalistes.

Le développement des échanges internationaux a banni les frontières naturelles entre les différentes régions du monde. Il permet à des espèces étrangères de se transporter dans de nouveaux habitats, et dès lors, pour autant qu’elles y trouvent les conditions favorables à leur développement, elles peuvent se multiplier sans frein. Absence de prédateurs, dégradation du milieu, effets du réchauffement climatique sont autant de facteurs qui les favorisent une fois installées.

On sait aujourd’hui que la plupart des grands problèmes environnementaux de notre époque sont le résultat d’une accumulation de gestes en apparence anodins, qui ont provoqué des réactions en chaîne aux effets incontrôlables et irréversibles. L’introduction du poisson-lion par l’homme dans le bassin caraïbe en fait partie : il n’est qu’un témoin de plus des conséquences dramatiques de nos erreurs, dues à notre méconnaissance des lois de la nature.

Ainsi, pour préserver sur la planète des conditions hospitalières pour notre espèce humaine, est-il de plus en plus urgent de comprendre les principes qui la régissent et de prendre conscience des interactions qui la gouvernent. S’informer est plus que jamais un devoir citoyen.

Michel Magras
Sénateur de Saint-Barthélemy
Membre de l’IFRECOR


Pourquoi le poisson-lion ?

Ma première rencontre avec le poisson-lion date du 23 mai 2012, lors d’une partie de chasse sur l’un des tombants de la Passe à Colas, en Guadeloupe. Nous nagions entre 10 et 15 mètres de profondeur.

Le comportement atypique de ce poisson insolite m’a immédiatement intrigué. À la différence des autres, il ne semblait nullement inquiet, indifférent à notre présence, et encore plus à l’arbalète pointée sur lui. Il se déplaçait lentement, avec grâce et élégance, suivi à moins d’un mètre d’un autre spécimen de la même espèce.

Conformément aux consignes données aux chasseurs, nos prises furent remises au Laboratoire de biologie marine de l’université des Antilles et de la Guyane, à Fouillole, accompagnées des coordonnées GPS approximatives du lieu et de l’heure de la pêche, ainsi que d’une description de l’habitat. Mesurés, pesés, disséqués et mis en fiches, ces échantillons sont allés rejoindre la liste de plus en plus longue des spécimens observés dans la mer des Caraïbes.

À la suite de cette rencontre très particulière, la curiosité m’a poussé à me renseigner sur cet animal. J’ai alors découvert un sujet fascinant, d’une portée considérable, aux implications potentiellement dramatiques. Il est présenté de façon quasi unanime comme un fléau pour la biodiversité du bassin caribéen. De fait, cette colonisation présente toutes les caractéristiques d’une catastrophe écologique. Pour l’équilibre des écosystèmes récifaux, déjà mis à mal par la surpêche, la pollution d’origine terrestre et le réchauffement climatique, c’est une agression sans précédent. Or c’est sur cet équilibre que repose une bonne part de l’économie des régions concernées, à travers la pêche et le tourisme.

Tout cela fait que depuis, malgré deux piqûres dont je garde un souvenir cuisant, je nourris une véritable fascination pour ce poisson étrange, et je ne pêche pratiquement plus que lui.

Éric Rolland

Pterois volitans, Détroit de Lembeh, Indonésie

Pterois volitans, Détroit de Lembeh, Indonésie – © Alex Tattersall/WaterFrame/Biosphoto.

Un intrus venu de loin

Le poisson-lion est une espèce originaire des océans Indien et Pacifique, dont l’aire de répartition habituelle se situe approximativement entre le 30e parallèle sud et le 35e parallèle nord, dans les zones côtières.

Ce poisson n’existait pas naturellement dans le golfe du Mexique et dans la mer des Caraïbes. À ce titre, il est considéré comme une espèce exotique envahissante (EEE) et constitue une réelle menace pour les écosystèmes qu’il est en train d’envahir. Cependant, il va probablement falloir se faire à sa présence, car rien ne semble pouvoir arrêter une invasion initiée dans les années 1980 en Floride.

Aires de répartition des espèces concernées

Aires de répartition des espèces concernées (d’après NOAA).
En vert : P. Miles ; en orange : P. volitans ; en rouge : zones envahies

De la famille des poissons de récif

Dans les Antilles françaises on dénombre environ 390 espèces de poissons liées au récif, pour un nombre total d’espèces de poissons marins d’environ 500 à 600, sans compter les espèces profondes, qui vivent à plus de 200 m.

Les poissons de récif y sont représentés par de nombreuses familles, dont principalement les Pomacentridae (poissons-demoiselles), les Scaridae (poissons-perroquets) et les Haemulidae (gorettes). Ils pondent des œufs qui, pour la plupart, donnent naissance à des larves qui resteront dans l’océan de quelques jours à plusieurs mois avant de s’établir sur un récif, parfois très éloigné de leur lieu d’origine. C’est essentiellement par ce mode de dispersion que ces individus voyagent dans la Caraïbe : les migrations d’adultes d’une île à l’autre sont rares et concernent peu d’espèces.

Les poissons de récif pondent en général de très grandes quantités d’œufs, soit démersaux, qui restent sur le fond, soit pélagiques, qui flottent entre deux eaux. Durant leur vie en pleine mer, les larves sont transportées par les courants, mais malgré leur très petite taille, qui va de quelques millimètres à 3-4 cm pour les plus grandes, ces larves sont capables de se déplacer et s’orientent en fonction de facteurs encore mal déterminés, dont les odeurs et le bruit, pour tenter de revenir sur un récif. On estime que pas plus d’une larve sur 10 000 ou 100 000 revient sur un récif et que parmi ces dernières la mortalité dans les premiers jours dépasse souvent 95 %.

densités par hectare

On a montré qu’à fortes densités (plus de 120 poissons par hectare) les poissons-lions ont bel et bien un effet sur les peuplements de poissons natifs (Dominique) – © Brandon Cole/Biosphoto.

Les poissons-lions sont des rascasses, de la famille des Scorpaenidae. Celle-ci comprend environ 160 espèces récifales, dont 6 dans les Antilles françaises. Leur taille atteint rarement 40 cm, sauf pour Pterois, qui, dans la Caraïbe, dépasse de plus en plus fréquemment cette limite.

Les Scorpaenidae sont pour l’essentiel sédentaires et se nourrissent de petits poissons et d’invertébrés mobiles comme les crabes et les crevettes. Leur remarquable camouflage leur permet de surprendre leurs victimes, qu’ils chassent en général en embuscade. Tous portent des épines venimeuses et leur piqûre entraîne le plus souvent des douleurs aiguës.

Poisson-scorpion Rhinopias

Un camouflage quasi parfait : poisson-scorpion Rhinopias sp., Indonésie – © Furlan/WaterFrame/Biosphoto

Poisson-lion, lionfish ou rascasse volante

Si, aux Antilles, on a préféré retenir pour le nommer l’anglicisme « poisson-lion », par analogie avec les îles voisines et pour souligner son caractère invasif, son appellation habituelle en français est « rascasse volante ». De l’autre côté de la planète, en Nouvelle-Calédonie, notamment, on l’appelle également « rascasse poule », à cause de ses nageoires qui font penser à des ailes, ou encore « poisson scorpion », du fait de son caractère venimeux.

Dans la Caraïbe, le poisson-lion porte des noms variés : les anglophones le connaissent sous les noms de « lionfish », « red lionfish » (Pterois volitans), « devil lionfish » (Pterois miles) ou « turkeyfish » (poisson-dinde) et les hispanophones le nomment « pez león ».

Pterois volitans

Pterois volitans, Guadeloupe – © Adrien Weckel

Combien existe-t-il d’espèces de Pterois ?

Malgré ce que l’on trouve parfois dans la littérature, seules 10 espèces de Pterois sont véritablement reconnues :

  • P. andover (Allen & Erdmann, 2008) ;
  • P. antennata (Bloch, 1787) ;
  • P. brevipectoralis (Mandrytsa, 2002) : un seul spécimen observé à ce jour, provenant d’une profondeur de l’ordre de 70 m ;
  • P. lunulata (Temminck & Schlegel, 1843) ;
  • P. miles (Bennett, 1828) ;
  • P. mombasae (Smith, 1957) ;
  • P. radiata (Cuvier, 1829) ;
  • P. russelii (Bennett, 1831) ;
  • P. sphex (Jordan & Evermann, 1903) ;
  • P. volitans (Linnaeus, 1758).

Les autres espèces ne sont pas considérées comme valides. En effet, P. muricata est considéré comme un synonyme de P. miles et P. kodipungi comme synonyme de P. russelii.

Pterois radiata

Pterois radiata, Polynésie française – © Sylvain Petek/IRD.
Pterois lunulata adulte. Parc marin d’Izu, Japon – © Norbert Wu
Pterois volitans adulte, Guadeloupe – © Adrien Weckel.

Selon les régions du monde, l’appellation de poisson-scorpion est également utilisée pour désigner d’autres espèces que le poisson-lion, et peut donc induire en erreur.

Deux espèces dans la Caraïbe

Les deux espèces identifiées dans la Caraïbe sont Pterois volitans et Pterois miles (prononcer « milès »). La première est originaire de l’océan Pacifique et la seconde provient pour sa part de l’océan Indien. Elles sont très proches, tant par leurs caractéristiques que par leur comportement.

L’une et l’autre appartiennent, dans l’océan Atlantique, à ce que le vocabulaire scientifique appelle un complexe d’espèces, car la distinction entre elles n’est pas infaillible à l’œil nu. Seul l’examen des ADN en laboratoire permet de trancher, même s’il...

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