Blagues de poilus

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Un recueil de bons mots et de blagues extraits des journaux des tranchées
pour découvrir autrement la guerre de 1914
Cette anthologie, unique en son genre, regroupe plus de 200 blagues de Poilus extraites des journaux de tranchées. Ces gazettes, rédigées avec les moyens du bord par les soldats, révèlent combien l'humour fut pour eux le meilleur remède contre l'attente, la peur, l'épuisement, le désespoir...
Calembours, traits d'esprit et autres jeux de mots cherchent inlassablement à tromper l'ennui et apprivoiser la mort qui frappe de tous côtés.
Ces citations, toutes vérifiées, ont également une valeur historique inestimable : elles lèvent le voile sur une autre guerre, celle vécue au jour le jour par des hommes à bout, luttant contre les Boches, mais aussi contre la faim ou les poux.
Un florilège inédit, drôle et émouvant, révélateur de ce que fut cette satanée " Der des der ", dans l'enfer de Verdun et ailleurs.


Toutes les citations sont issues de journaux de tranchées aux titres évocateurs : La Gazette des boyaux, L'Écho des Gourbis, Le Poilu déchaîné... Sous des formes variées : blagues, petites annonces, faux reportages, poèmes, jeux...
Elles abordent les sujets qui préoccupent le Poilu : l'ennemi, la hiérarchie, les planqués, sans oublier les femmes ou la boisson ! Face à la terrible réalité de la guerre, cynisme et dérision servent à faire contrepoids.



Publié le : jeudi 24 mars 2016
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782810417254
Nombre de pages : 232
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4eme couverture
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« À quoi bon vous creuser la tête,
un obus le fera très bien pour vous… »

« Salut à vous, vaillants journaux du front

Pimpants, légers,

mais vibrant sous l’affront

Dans l’horreur qu’on ne peut décrire

Vous incrustez le pur joyau du rire »

Le Plus-que-Torial, juillet 1916

La guerre et le rire, la mort et les blagues, la souffrance et la dérision ! Autant de couples paradoxaux, d’oxymores absolus. Pourtant, les soldats engagés dans la Grande Guerre les ont embrassés avec une gourmandise qui, un siècle plus tard, ne cesse d’étonner. Et si les poilus de 1914 n’ont pas tranché la question de savoir si on peut rire de tout, assurément, ils ont ri d’eux-mêmes.

L’humour en temps de guerre, voilà une question qui fait déjà débat à peine le conflit terminé. En 1919, quand paraît Les Croix de bois, Roland Dorgelès s’expose à la critique de lecteurs pétris de bonnes intentions mais qui, contrairement à lui, n’ont pas subi l’épreuve du feu. L’écrivain y témoigne çà et là de la bonne humeur des poilus. Lisons par-dessus son épaule : « Dans la boue des relèves, sous l’écrasant labeur des corvées, devant la mort même, je vous ai entendus rire, jamais pleurer. »

Faire une histoire de la guerre à hauteur d’homme, c’est restituer le quotidien de ceux arrachés brutalement à la vie civile et engloutis dans un conflit dont les ressorts profonds leur échappaient. Comment tenir le cauchemar à distance ? Comment ne pas se laisser envelopper dans ses plis mortels, ne pas laisser s’éteindre cette parcelle irréductible d’humanité dans l’horreur de la tuerie ? Les poilus ont très vite trouvé la réponse. Elle tient en un seul mot : l’humour. L’humour, à tous crins, partout, tout le temps. Il suffit pour s’en convaincre de parcourir la presse du front, ces fameux journaux de tranchées rédigés tout au long d’une guerre dont, très vite, on désespéra de voir la fin. Ce fut un conflit d’une dureté dont les mots ne donnaient qu’un faible écho. « Ce que nous avons fait c’est plus qu’on ne pouvait demander à des hommes, et nous l’avons fait », témoigne Maurice Genevoix, étudiant précipité à vingt-quatre ans dans l’enfer des tranchées.

Nous savons aujourd’hui ce que fut le quotidien du poilu à travers de multiples témoignages – carnets de combattants ou journaux de marche, lettres du front – et grâce aux travaux des historiens. Le danger omniprésent, entêtant, nerveusement épuisant ; les minutes terribles qui précèdent l’attaque, dont on espère revenir malgré tout, tenaillé par le souvenir des camarades qui, eux, ne sont pas revenus. Mais aussi, le froid de ces hivers qui n’en finissent pas, l’absence d’hygiène, les rats, les poux, la pluie, la boue, le cafard. Autant d’ennemis aussi redoutés que l’Allemand, le Boche, lui aussi terré dans la tranchée toute proche, se débattant contre les mêmes horreurs. La peur, l’attente de la mort, le fil ténu qui relie à l’arrière, l’image obsédante des proches dont on redoute chaque jour ne plus jamais revoir les traits. La Grande Guerre à hauteur d’homme fut tout cela… et bien plus. Nous savons, mais pouvons-nous vraiment comprendre les épreuves que traversèrent ces hommes ? Cette expérience intime d’une guerre vécue dans les tranchées est difficilement communicable, qu’il s’agisse de l’épouvante absolue côtoyant l’exaltation ou de cette connaissance plus profonde de la vie quand la mort en dessine les contours.

Malgré « tout cela » ils ont tenu. Il y a là un mystère. Comment ? Est-ce le fameux consentement patriotique dont parlent nombre d’historiens ? Être à la hauteur des attentes de la nation au point d’accepter le sacrifice suprême ? Au fil des mois, au fur et à mesure que les soldats s’enterrent dans les tranchées, le discours des dirigeants politiques et militaires sur la justification de la guerre trouve un écho de plus en plus inaudible. À Paris, à l’arrière, il est question de « l’Armée française » ; celle, une et indivisible, nécessairement glorieuse, dont on ne doute pas de la victoire. Dans les zones de combats, là où le ciel est d’acier et de feu, les poilus se reconnaissent davantage dans leur régiment, leur compagnie, leur peloton. Ce qui les soude, ce qui les fait tenir, c’est l’esprit de corps, la camaraderie, la solidarité, l’entraide, le partage de la misère. Peu à peu se fait jour un divorce avec l’arrière, alimenté par la presse officielle, grandiloquente, prolixe en faits d’armes dans lesquels les combattants ne se reconnaissent pas. À l’évidence, on ne mène pas la même guerre dans les tranchées et dans les rédactions ou les ministères.

C’est dans ce contexte que naissent, dès la fin de l’hiver 1914, les premiers journaux de tranchées. Il existe peu de témoignages sur le vif n’ayant pas fait l’objet d’une censure. Les lettres de soldats étaient soumises à relecture, les articles de presse contrôlés, la plupart des récits de guerre furent écrits ou publiés a posteriori. Rédigés par les soldats eux-mêmes, les journaux de tranchées sont destinés avant tout aux poilus et ne subissent pas de lecture préalable. Certains sont réalisés entre deux assauts, en première ligne. D’autres voient le jour lorsque les soldats bénéficient d’un repos bien mérité. Il en est de soigneusement calligraphiés, beaucoup sont dactylographiés et illustrés avant d’être reproduits à la gélatine, ronéotés ou imprimés avec des moyens de fortune.

À partir de 1915, leur nombre s’accroît considérablement pour atteindre environ cinq cents titres à la fin de la guerre. Certains connaissent une vie éphémère quand d’autres parviennent à paraître tout au long du conflit. Les autorités militaires autorisent et même encouragent cette presse du front qui constitue une formidable soupape. Son apparition répond de manière prosaïque au désir de meubler les longues journées d’attente entre deux combats. On s’ennuie, il faut passer le temps, se trouver une occupation, tout faire pour ne pas succomber au cafard. La Grande Guerre se caractérise autant par l’inaction fébrile que par la férocité des combats. Cette réalité n’échappe pas aux officiers qui organisent des marches et multiplient les séances d’instruction afin de prévenir l’ennui, voire de possibles mutineries. Et nombre de soldats qui, dans la vie civile, n’ont pas franchi depuis longtemps le seuil d’une église finissent par considérer la messe comme une distraction !

L’ennui donc, mais aussi le sentiment de n’être qu’un pion que l’état-major manipule à son gré dans une partie dont les règles et les ressorts échappent au simple soldat. Celui-ci se sent traité comme de la chair à canon ; ordres et contre-ordres se succèdent sans logique. Marches, avances, reculs, haltes s’enchaînent, autant de manœuvres que l’homme de troupe ne s’explique pas et qu’on ne lui explique pas davantage. Comment s’étonner que le poilu souffre d’être méprisé ? Il attend d’être regardé comme un adulte, on le considère comme un enfant. Il fait partie d’un vaste troupeau, la troupe, un conglomérat d’individus dépossédés de toute responsabilité.

L’éclosion des journaux de tranchées témoigne de ce besoin impérieux de renouer avec une humanité perdue, tenue pour négligeable dans la chaîne du commandement, meurtrie par les horreurs du combat. Ces journaux dénoncent la représentation que les civils ont du front, désespérément caricaturale. Leurs thématiques sont partout les mêmes, d’un régiment à l’autre : la vie dans les tranchées, les femmes, les états d’âme, les camarades, l’arrière et ses embusqués, le Boche et, toujours en filigrane, la mort. Pour autant, la tonalité est loin d’être morbide car l’esprit et les blagues tiennent à distance cette réalité, comme pour la conjurer. Il suffit de passer en revue les titres de cette presse de guerre pour se convaincre que l’humour et la dérision en constituent le fonds de commerce. Citons, entre autres, Le Rire aux éclats, Rigolboche, La Scie de Gigli, Le Canard technique sanitaire, Le Lapin à plumes, Le Bochofage, Le Poilu sans poil, Le Cri des boyaux, Le Vide-Boches. Dans son numéro 1 daté du 28 mars 1916, Boum ! Voilà ! écho marmiteux des tranchées annonce le programme : « La politique étant supprimée depuis le 4 août 1914, nous n’en parlerons pas, et nous laisserons aussi de côté les horreurs guerrières. Il ne nous restera plus qu’à essayer d’être amusants. Comme notre vie court des chances diverses, ce sera, nous le souhaitons, un agréable jeu de l’humour et du hasard. »

En dépit de la mort quotidienne, de la faim, du froid, des privations et de l’insondable détresse morale, le rire fait figure de soutien pour tous les combattants. C’est un des plaisirs du soldat, au même titre que le courrier, la gamelle et le tabac. Face à la terrible réalité de la guerre, le cynisme et la dérision font contrepoids. Les blagues entre camarades et celles des journaux de tranchées sont le refuge du poilu, une manière de se sentir vivant dans un monde où la mortalité est effrayante, un moyen de se soustraire à l’impensable expérience du combat. Elles dessinent en creux l’absurdité de la guerre. On peut lire dans L’Indiscret des poilus, en octobre 1917 : « La toile de tente : elle sert au transport des vivres et des matériels. Remplace avantageusement le brancard. Un poilu ne s’en sépare jamais car il sait qu’elle lui procurera le dernier bien-être… le linceul dans la tombe. » Les traits d’esprit, les calembours, les jeux de mots qui émaillent ces feuillets de fortune montrent donc une autre guerre, une autre vérité, celle vécue au jour le jour par des hommes à bout. À l’humour tout fut permis. Ce fut le dernier espace de liberté, autorisé par les plus hautes autorités militaires au nom du sacro-saint moral des troupes.

L’humour, n’est-ce pas la politesse du désespoir ? Les blagues sélectionnées dans ces journaux et réunies ici appartiennent certes à une époque disparue – la langue a évolué, les calembours sont passés de mode – mais nous pensons qu’elles sauront encore faire rire et sourire le lecteur. Elles témoignent d’un art consommé du jeu de mots, elles crient avec le courage de l’esprit l’horreur de la guerre. Dans cette guerre impitoyable, la figure du Boche est partout. Bien sûr, il est moqué, affublé de traits grossiers, animalisé. Pourtant, jamais la haine ne l’emporte sur le rire car le poilu sait que l’ennemi souffre autant que lui, que comme lui et malgré tout, il est homme.

En nous plongeant dans un univers couleur sépia, ces blagues, toujours bon enfant même dans le cynisme, toujours souriantes même dans la douleur, nous font toucher du doigt ce que fut réellement la vie des poilus.

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