Chroniques de l'Homme Ordinaire

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Lorsque nous nous apprêtions à recevoir notre boîte à repas du dimanche avec du riz pas cuit, une salade congelée et une boule de pain-éponge entièrement fabriqué à partir de produits artificiels, nous tombons dans un trou d'air des familles, quelque chose de sérieux ! La secousse est tellement forte que ma voisine a pété. On s'enfonce alors profondément dans notre fauteuil, on resserre notre ceinture et les fesses et le personnel de bord remballe la popote. Le capitaine nous avise que nous allons rentrer dans un orage très fort. Les éclairs horizontaux traversent déjà la cabine de hublot à hublot : c'est parti pour deux heures de plaisir. Mais que fait Dieu, bon sang, et est-ce que la police existe ?
Publié le : lundi 20 juin 2011
Lecture(s) : 284
EAN13 : 9782304000863
Nombre de pages : 127
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Titre
Chroniques de l’Homme Ordinaire
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DU MÊME AUTEURAUXÉDITIONSLEMANUSCRIT
Petit guide de la femme, Livre pratique, 2006.
Titre Xavier Bonifay
Chroniques de l’Homme Ordinaire Satire
Nouvelles
Éditions Le Manuscrit
© Éditions Le Manuscrit, 2007 www.manuscrit.com ISBN : 978-2-304-00086-3 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782304000863 (livre imprimé) ISBN : 978-2-304-00087-0 (livre numérique) ISBN 13 : 9782304000870 (livre numérique)
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Chroniques de l’homme ordinaire
. . Le chef d’orchestre doit-il se tourner vers le public lorsqu’il veut se gratter le cul ?
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Chroniques de l’homme ordinaire
LES DOUANIERS
Aujourd’hui j’ai eu une vision d’horreur. À l’instar de Vidoc, chef de la police secrète de Napoléon, qui marchait aux côtés de Taleyran traître de la république et entremetteur du roi, préparant son retour sur le trône parisien au lendemain de Waterloo, j’ai vu deux douaniers descendre les escaliers, bras dessus bras dessous. Ils semblaient heureux. Elle souriait presque et les rictus de haines qui s’y accrochaient habituellement avaient disparu de son visage crispé. Ils portaient le bleu marine à merveille, pantalons droits et chemise à manches longues, aux plis rectilignes, repassés à la perfection. Sur elle, la ceinture noire, chargée du révolver, du walkie-talkie et de la matraque, se balançait harmonieusement de chaque côté de ses hanches rondelettes, alors qu’ils avançaient avec la démarche des astronautes lestés par le
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Chroniques de l’Homme Ordinaire
plomb de leurs bottes de sécurité aux semelles épaisses. Dans un élan de tendresse, entrelaçant son propre revolver aux lanières de la matraque de sa douce, il lui prit l’épaule et la serra contre son corps provoquant un cliquetis viril de métal et de cuir. Il passa sa main, furtivement, au-dessus de son oreille, décrochant quelques cheveux blonds de son chignon parfaitement épinglé à l’arrière de sa nuque. Elle avait dû passer plus d’une heure à construire cette sculpture parfaite de cheveux, étirant chaque mèche de son crâne au point d’enlever toute ride apparente de son visage, de maintenir ses paupières ouvertes et de dessiner une légère fente de chaque côté de sa bouche, comme un sourire de balafré. Il s’en fallut de peu pour qu’elle ne lui arrache le bras, enragée d’avoir perdu la virginité de sa coiffure. Mais l’amour était bien là, solide et fort comme un jour de saisie et elle se contenta de repousser la main négligente de son amant et de replacer soigneusement les cheveux récalcitrants dans leur prison de rêve. Lui était jeune et beau avec ses quatre-vingt-dix-huit kilos proprement maintenus à l’intérieur de sa chemise de coton rêche réglementaire. Il avait les cheveux noirs et courts, aussi courts qu’ils pouvaient l’être sans
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