Conchita Bond contre les Bigots homophobes

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Qui gagnera le titanesque duel médiatique entre la star Conchita Bond, Drag-queen sulfureuse, et la religieuse Anne-Claudette de Saint-Fion, à la tête de la ligue catholique contre le mariage gay, baptisée les Bigots homophobes ?
Ces personnages sont prêts à tout, même à vous révéler comment les médias vous mentent, vous abrutissent et vous manipulent. Ils envahiront vos écrans jusqu’à la nausée, jusqu’au combat homérique entre les troupes de Libération homosexuelle de l’OTAN et le Centre mondial de télécommunications, tombé aux mains de l’abominable complice d’Anne-Claudette : Adolf Vazozenfer. Conchita Bond vaincra-t-elle les forces de l’intolérance et du fanatisme ? Sauvera-t-elle le monde ?


Publié le : mardi 28 juillet 2015
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EAN13 : 9782332966162
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ISBN numérique : 978-2-332-96614-8

 

© Edilivre, 2015

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Dédicace

 

A Marcel Duchamp

A Conchita Wurst.

Aux dessinateurs de Charlie Hebdo morts

pour avoir défendu la liberté de pensée

contre tous les intégrismes.

« La hauteur de l’orgueil se mesure à la

profondeur du mépris »

André Gide

Journal 1889-1939, 16 juin 1907.

« La Vamp, le héros national, le beatnik, la ménagère névrosée, le gangster, la star, le grand patron, la grande figure charismatique : leur fonction, très différente, est contraire à celle de leurs prédécesseurs culturels. Ce ne sont plus les images d’une autre manière de vivre mais plutôt des variantes ou des formes de la même vie, elles ne servent plus à nier l’ordre établi, elles servent à l’affirmer… »

Herbert Marcuse

L’homme unidimensionnel.

 

Chaudbise

– Quoi ? Mais qui a diffusé cette vidéo ?

La religieuse Anne-Claudette de Saint-Fion, en croisade contre le mariage gay, dirigeait la Sainte Ligue catholique baptisée Les Bigots Homophobes (marque déposée) qu’une odieuse ministre de la Justice voulait légaliser en France, et venait d’apprendre que sa meilleure amie, la passionaria des anti-homos (une obscure choriste oubliée) passait en boucle sur toutes les chaînes de télévision, avec une vieille chanson ringarde des années 70 : Mets-moi deux godes, avec un seul ça ne suffit pas !

– Mais enfin c’est insensé ! Qu’est-ce qui lui a pris ?

Sur la première, une femme assez délurée, se trémoussait sur une musique d’ascenseur, devant un public faussement extasié, en bêlant qu’elle voulait vraiment qu’on lui mette deux godemichés.

– Je n’en reviens pas ! gémissait Anne-Claudette, effondrée.

Elle avait passé toute sa vie à lutter contre ses mauvais penchants : la gourmandise et la fornication. Elle avait fait toutes ses études au Couvent des Oiseaux, priait régulièrement Dieu afin de lui demander d’hétéronormer tous les gays et allait à la messe tous les dimanches dans son couvent et à l’église traditionnaliste de Paris, la seule où l’office religieux se déroulait en latin. Comment avait-elle pu faire confiance à cette morue ?

C’était le bouquet ! La Sainte Ligue allait lui tomber dessus ! La presse allait se déchaîner ! Elle était sidérée que la télévision ait osé ressortir cette vieille chanson obscène et satanique de son amie devenue une catholique enflammée, touchée par la révélation mystique d’un soir d’orgie.

Ces médias étaient le vrai problème ; il faudrait tous les condamner, les contrôler, les interdire, les lapider, les écraser, les surveiller, ou alors non mieux… plutôt les envahir, les retourner, les habiter, les investir, s’en emparer en profitant de l’audimat pour terroriser la République !…

Programme officiel

La télévision assène, seconde après seconde, les vérités falsifiées d’un monde manipulé en voie de médiatisation totalitaire, dans lequel les inégalités obscènes, les pires abrutis, les nouveaux riches, les ravissantes idiotes, les politiciens véreux, les experts incompétents, les politologues démagogues, la plus violente vulgarité explosent des bordels de Shanghai aux dorures ostentatoires des palaces des lointains paradis fiscaux.

Entrez spectateurs, entrez ! Ici, vous verrez Les Bigots Homophobes médiatisés jusqu’à l’écœurement contre la star Conchita Bond qui soutient le mariage gay ! Comment ils envahiront votre télévision jusqu’à la nausée ! Les histoires falsifiées des actrices adulées du monde entier, des revues débiles sur papier glacé, des détournements massifs, des révolutions, des meurtres et du sang ! Comment le dialogue démocratique est bafoué au nom du sensationnel ! La star Conchita Bond dans sa plus simple apparence ! La nudité dévoilée de la plus belle et pulpeuse actrice lesbienne du grand écran ! Entrez ! Entrez ! Vous verrez la concurrence acharnée et la haine viscérale que lui voue Anne-Claudette de Saint-Fion ! Comment elles utiliseront les médias pour vaincre ! Venez ! Venez !

Bande annonce du nouveau film de Conchita Bond : Infernale banquise

L’aube se levait sur la Terre Adélie orientale sud de l’Antarctique. Des icebergs flottaient sur l’océan glacé, comme d’immenses falaises blanches que déchiraient les flammes irisées des rayons brûlants des premiers feux du soleil couchant (c’est très mauvais mais tous les best-sellers américains commencent ainsi). La grande limousine noire de Conchita Bond (prononcez comme James Bond) qui défend farouchement le mariage gay, apparut au bout de l’horizon et traversa le glacier America en direction de la banquise (Les téléspectateurs médusés de NUL TV, la chaîne ultraréactionnaire, reprirent quelques pop-corn).

Conchita avait tout essayé pour entrer en contact avec les forces de l’Armée de Libération Homosexuelle, mais dans cette immensité glacée, des interférences dues aux forts champs magnétiques des pôles brouillaient tous les messages SCT (Serial Crisp Transmission, comme pour les chips) de son antenne parabolique. Un signal d’interférence parasitait, depuis deux heures, le satellite Euréka et son radar de balayage à ouverture artificielle ne réagissait plus face aux tempêtes de neige qu’elle avait essuyées. La couche d’ozone réfléchissait comme un miroir les ondes spectrales de son poste de SCT.

Au loin, le soleil, toujours bas sur l’horizon, ressemblait au pinceau d’un phare breton fouillant les brumes de l’Atlantique par soir de tempête. Il était maintenant 6h25 du matin, heure d’Ouagadougou (pour l’exotisme), et le Q.G. de l’OTAN ne tarderait pas à envoyer un message codé à Conchita (ils sont toujours codés mais n’importe qui les déchiffre). Comment allait-elle le recevoir ?

Le baromètre à induction de mercure indiquait une chute vertigineuse des températures extérieures pendant la nuit : -80°C (ou était-ce le thermomètre ?) par prudence elle descendit la fenêtre avant gauche de la limousine motoneige.

Son ordinateur Dray-3000 d’une capacité de huit cent milliards de milliards de milliards (à peu près le déficit commercial américain avant le prochain krach) d’octets n’était pas plus grand que son poudrier et le clavier avait été remplacé par un périphérique phonique ; malheureusement une technologie si miniaturisée avait un revers : l’extrême fragilité du transcodeur bêta. Il ne fallait surtout pas rater le début de la transmission car le code deviendrait absolument indéchiffrable si le texte subissait, en cours de transfert, la moindre altération.

L’OTAN (ou ce qu’il en reste) avait renforcé toutes les mesures de sécurité depuis que les services d’espionnage internes avaient découvert des fuites dans les tuyaux du premier étage des toilettes pour homosexuels. Elle devait absolument correspondre avec l’organisation, à 0h07, avant que le blizzard ne se lève et qu’un nuage de neige ne brouille, pendant des heures, le glacier America que traversait sa limousine noire.

Couverture de la revue Pipole

Le directeur de la chaîne a invité le président des patrons de l’Univers à un superbe gala où est invitée la jetset mondiale (en général, très riche et très vulgaire : aucun intérêt). Après le dessert, ils discutent politique, réorganisent les syndicats autorisés, et les journalistes mandatés, dressent une liste noire des intellectuels gays, pro-mariage pour tous, interdits d’antenne. Ils décident de la promotion de Conchita Bond : neuf mille affiches, cent cinquante biographies, dix films à scandale, cinquante-cinq mille apparitions télévisuelles, huit cent douze séries débiles, une tentative d’assassinat mystérieuse, une apparition à la cérémonie des Oscars, un mariage médiatisé. Ils possèdent tous les journaux à grand tirage de la planète. Ils programment la venue d’Anne-Claudette de Saint-Fion, l’ultraréactionnaire porte-parole des religieux, à toutes les grandes foires télévisuelles au nom de la démocratie, mais dans le but inavoué et vénal de faire grimper l’audimat.

– C’est une honte cette Conchita Bond ! Elle est indécente et soutient le mariage gay à la télévision ! C’est une propagande infâme ! s’indigne-t-elle devant les caméras de la chaîne d’info catholique visible uniquement sur le câble.

Infernale banquise (Suite)

Arrivée à 80° de latitude sud et 60° de longitude est, Conchita plaça sur son visage un scaphandre orange par-dessus sa combinaison chauffante en Ydraxa ; une matière synthétique développée pour un programme spatial de la NASA et utilisée dans la confection des tenues pour climats extrêmes (made in China). Conchita ouvrit la porte du véhicule et malgré la férocité de l’amplitude thermique (plus c’est féroce, plus ça plaît), sauta sur la surface gelée du glacier. Immédiatement, le cadran lumineux qui s’affichait dans la visière de son casque se mit à clignoter, puis un repère orthonormé s’y dessina doucement sur lequel elle vit s’inscrire les températures extérieure et intérieure de son scaphandre. Pourtant il lui fallut bien dix bonnes secondes pour s’adapter à l’afflux d’oxygène et à la puissance des vents polaires qui arrachaient les cylindres en tungstène de sa combinaison, giflaient son dos en s’engouffrant parmi les tuyaux LHOOQ qui reliaient encore Conchita à la vie.

Il lui faudrait aussi dix minutes pour installer le matériel de communication avec le satellite Euréka (Ça tombait bien, tout le monde était en manque de pop-corn).

Journal télévisé du soir 1

Le présentateur vedette annonce qu’une centrale nucléaire japonaise vient d’exploser et que des milliers de contaminés allaient certainement mourir (dans d’atroces souffrances) des suites de cette catastrophe. Une toute nouvelle pilule révolutionnaire Gristol Squizze vient de sortir sur le marché ; elle permet la survie de cinquante personnes coincées dans les neiges, en cas d’avalanche et augmente la taille du pénis des gays exclusivement ; ce qui révulsent Anne-Claudette de Saint Fion et sa ligue de vertu. Rien n’est dit au sujet des agissements de certaines sociétés internationales exploitant des enfants en Chine parce que ces compagnies détiennent des parts considérables de la chaîne et que les enfants n’intéressent pas les opposants au mariage gay. D’ailleurs, il faut surtout plaire à la masse la plus large de spectateurs, afin de permettre à l’audimat de grimper. Sans lui, pas de publicité et donc pas de profits considérables.

Double page dans Pipole sur la naissance légendaire
de la star

Un reportage, dans Pipole, nous apprend que Conchita Bond naquit à Yalta, en 1945, et qu’à neuf mois, elle fuyait l’implacable dictature stalinienne (décrite avec profusion d’horreurs), dans les bras de ses deux parentes lesbiennes cachées sous un avion de ravitaillement américain (nos héros) rentrant d’Allemagne. La famille s’établit, quelques années plus tard, à Londres, où Margarita Conchita fit de brillantes études, puis obtint, en 1966, une bourse pour suivre les cours d’Art dramatique de l’École Royale de Kensington. A 18 ans, elle faisait la connaissance de Georg Nitzer qui sera son Pygmalion et un fidèle ami jusqu’à sa mort.

A Soho, par une nuit pluvieuse glacée, tous deux rencontrèrent le légendaire patron de la CNS, Louis B. Nullit, qui offrit un contrat à durée indéterminé à Nitzer. Ce dernier accepta à condition que les studios de cinéma d’Hollywood engageassent aussi une jeune inconnue : la blonde et pulpeuse Conchita Bond. Le 9 août 1970, ils débarquèrent à New York ; de là, voyagèrent en limousine via Dallas jusqu’en Californie où ils s’installèrent sur les hauteurs de Malibu (un endroit sinistre toujours présenté comme une splendeur), dans une petite résidence bien modeste face aux grandes villas luxueuses des stars américaines (à mourir d’ennui par un soir de canicule).

Le réalisateur Money Penny, qui habitait à côté de leur bungalow, remarqua immédiatement Conchita et l’enrôla dans « Violée, Humiliée, Bafouée à l’Asile » dont l’affiche célèbre fit le tour du monde, collée depuis les tôles ondulées des bidonvilles de Séoul jusqu’aux façades mornes des gratte-ciel d’Atlanta. Le montage photographique vulgaire aux couleurs criardes et racoleuses (en résumé : hollywoodien) ébauche de Conchita Bond les traits stéréotypés et fragiles, comme marqués par le destin, d’une véritable star internationale dont la vie est un modèle de persévérance et de vrai courage authentique : innocente enfant réchappée miraculeusement d’un ghetto misérable. L’actrice braque un colt magnum 737 (en plastique), le regard vitreux et déformé par la terreur, en direction d’un dangereux mafioso mexicain qui n’est autre que son propre mari, un terroriste assoiffé de sang et responsable de crimes odieux. Vêtue d’un pyjama jaune pêche Yves St Parent qui se détache impeccablement sur le fond vert émeraude d’un escalier de porphyre, la star, devenue folle de panique, s’apprête à tirer sur le séduisant gangster juste au-dessus de la manchette qui révèle, pour la deuxième fois, le titre de ce dernier chef d’œuvre hollywoodien universel : « Violée, Humiliée, Bafouée à l’Asile ».

Battue par un père alcoolique et hétérosexuel qui la séquestrait des journées entières dans une cave et la forçait à s’habiller en rose, d’après le World Moon Observer (journal à grand tirage appartenant à la société cinématographique), la grande actrice, après la mort de sa mère adorée, travailla durement dans un cabaret de strip-tease afin d’apporter à ce géniteur despotique et cruel l’argent qu’il allait dépenser en se saoulant dans les bars (en réalité, elle était née à Genève dans une riche famille de banquières suisses lesbiennes). Elle supporta les avances à peine déguisées des conducteurs routiers qui lui caressaient les fesses, avec impudeur, en lui soufflant des obscénités à l’oreille dans le bar immonde et repoussant où elle passait toutes ses nuits, dans un quartier dangereux de Brooklyn Est.

Elle rentrait de ses équipées sauvages en larmes, détruite, la tête dissimulée sous ses oreillers parfumés en dentelle fuchsia, uniques tendresses ouatées, repos de son âme de lesbienne vierge. Déterminée à lutter pour survivre dans cet univers de haine où l’homme est un loup pour l’homme (idéologie absolue du néolibéralisme) où la violence urbaine règne quand la télévision aliène jour et nuit des millions d’individus, elle décida de se lancer alors, avec Georg Nitzer, dans le cinéma d’Artpornographique et apparut pour la première fois sur le grand écran, dans « Fuck God », un rôle de prostituée nymphomane lesbienne qui lui valut le phallus d’or au concours international de Dallas.

Conchita alla dorénavant de succès en triomphe, réussissait tout ce qu’elle entreprenait avec le même bonheur, la même chance et un talent hors pair.

Slogans

Des milliers de manifestants, révoltés contre le droit au mariage pour les gays, portent fièrement de magnifiques pancartes bleues et roses sur lesquelles des phrases immortelles et géniales clament que « Pas touche à nos stéréotypes de genre – Moi aussi (comme la viande) je veux ma traçabilité – Papa porte un pantalon bleu – Qui détruit la famille menace la paix civile – Un garçon ou une fille pas une cagouille – Familles de France, ne laissez pas l’Etat devenir les parents de vos enfants – Les français musulmans disent non au mariage homosexuel – Non, au mariagehomo, nous sommes tous des enfants des Terreaux – L’Ecole doit apprendre à nos enfants à compter, pas à jouer à la poupée rose ». Les messages sont si intelligents et humanistes, si brillants que la chaîne d’information continue, NUL TV, les repasse en boucle tout l’après-midi.

Lors de leur concile œcuménique au Zénith de Paris, ils décidèrent qu’Anne-Claudette devrait saturer tous les médias en devenant une force télévisuelle, une vedette du petit écran ; qu’elle devait agir par tous les moyens pour séduire et aliéner le public afin de détrôner Conchita Bond, grâce aux dons des opposants au mariage gay.

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Qu’il est doux de plonger dans une baignoire de mousse onctueuse et parfumée. Surtout si l’on a rempli son bain avec Doudouche, le nouveau produit des laboratoires Beauty Santé de Cougar-Emotive (un composé chimique corrosif). Votre corps jeune et adouci se pare d’une beauté souveraine, presque irréelle et tout en vous rajeunit. Conchita entre moche et ridée, elle ressort sublime et prodigieusement belle, presque androgyne. Derrière vous, pensez à placer des cocotiers en plastique chaud qui donneront à votre salle de bains toute l’apparence d’une plage tropicale et quelques baigneurs gays bodybuildés. Et ainsi quand vous descendrez dans votre vieille baignoire aux coulées jaunes et violacées, ce sera tout comme si vous plongiez dans une mer des caraïbes au doux sable brûlant.

Infernale banquise (Suite)

Apparemment, le réflecteur bêta fonctionnait toujours. Mais l’ordinateur manifestait des signes de défaillance. Le système d’auto quadrillage convexe, qui devait définir les coordonnées axiales du satellite Euréka, n’arrivait pas à mesurer les forces magnétiques avec précision et l’antenne ne tiendrait pas longtemps face aux bourrasques glacées.

Il était six heures cinquante, plus que dix minutes avant le début du faisceau Landsat. Conchita savait qu’il lui serait impossible de joindre Ouagadougou avant douze semaines et qu’elle ne rencontrerait pas une meilleure occasion de sitôt.

Elle activa le capteur externe de l’ordinateur afin de régler manuellement les mesures du champ magnétique terrestre mais l’aiguille du potentiomètre semblait s’affoler sous l’effet des perturbations électriques de la lithosphère.

Conchita était trempée de sueur, glacée. La chaleur de sa combinaison augmentait sensiblement avec l’effort physique intense qu’elle fournissait. Le vent mugissait (Dans les séries B, le vent mugit). Elle était consciente des risques mais les avait acceptés comme elle l’avait toujours fait depuis son entrée à l’Armée de Libération Homosexuelle dirigée par l’OTAN. Elle désirait ces épreuves et ne trouvait de justification à son existence que dans le danger et la peur.

Peut-être était-ce un moyen pour elle de lutter contre son enfance misérable en se rachetant aux yeux du monde ? Il lui fallait sans cesse prouver aux autres et à elle-même qu’elle était une femme d’exception (ça plaît au peuple).

Devant elle, l’inlandsis se déroulait comme un ruban de glace recouvert de brumes blanches translucides, et les montagnes découpées se profilaient sur cet océan immense comme des ombres neigeuses. Conchita n’admirait pourtant pas la beauté crépusculaire du glacier, elle ne pensait qu’à réparer son transcodeur Dray au plus vite afin de regagner sa base scientifique de la Terre Adélie.

La fatigue s’emparait d’elle peu à peu. Ses membres s’engourdissaient à lutter contre les bourrasques de neige toujours plus violentes. Elle défit la courroie métallique de sa combinaison qui gênait sa main gauche à chaque fois qu’elle tirait sur la bobinette du transcodeur.

C’est précisément à cet instant que cela arriva.

D’abord elle crut à une sorte d’hallucination des grands froids, un phénomène qui aurait été identique aux mirages des déserts, mais la chose se rapprochait d’elle à une vitesse phénoménale. Il s’agissait d’une boule de feu rose et bleue d’une luminosité si intense qu’elle plissa les paupières et attendit quelques secondes avant que la vitre thermo-ignifugée de son casque ne s’assombrisse pour la protéger totalement.

Sur l’écran miniature de l’ordinateur Dray des signes extraterrestres indéchiffrables s’inscrivaient.

Adolf Vazozenfer

Adolf est le pire concurrent de Conchita, l’ami intime d’Anne-Claudette de Saint-Fion. Star d’Hollywood incontesté, homophobe viscéral, il offre à des millions de spectateurs médusés sa philosophie de l’existence : tuer, tuer et retuer tous ceux (si possible de couleur ou athées) qui vous dérangent.

Des flots de sang noient la pellicule, des méchants trucidés, les viscères à l’air, les tripes béantes, les corps tordus, les ventres défoncés, la violence à l’état brut monnayée par la centrale de propagande d’extrême droite ultra-catholique. Devenu le maire de Los Angeles, Adolf Vazozenfer organisa le naufrage économique de la région la plus riche des USA mais il ne réussit jamais à ruiner la réputation de Conchita.

Infernale banquise (Toujours)

L’antenne parabolique plantée dans le rétroviseur de la porte avant gauche tremblait comme une feuille morte. Conchita ouvrit la portière qu’elle referma violemment après s’être propulsée sur le siège conducteur. Au-dessus d’elle, une lumière éblouissante inondait...

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