Gens de maison

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Pour en finir avec une vie qui semble le prendre pour un punching-ball, un homme déserte le monde. Le hasard va le remettre dans le circuit en le plaçant incognito, lui le peintre renommé, dans une équipe de “gens de maisons” au service d’un patron un peu particulier. Pris par son rôle d’organisateur de cette maison de maître, il ignorera longtemps qu’il bâtit sur les décombres de la sienne… Les “gens de maison” ont la charge d’un intérieur, mais ils symbolisent ici les apports de tous les gens du monde à l’espace intérieur d’un homme qui cherche.
Publié le : dimanche 19 juin 2011
Lecture(s) : 286
EAN13 : 9782748174946
Nombre de pages : 355
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Gens de maison
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Sébastien Ereis
Gens de maison
ROMAN
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© Éditions Le Manuscrit, 2006 www.manuscrit.com contact@manuscrit.com ISBN : 2-7481-7495-X (livre numérique) ISBN 13 : 9782748174953 (livre numérique) ISBN : 2-7481-7494-1 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782748174946 (livre imprimé)
MONSIEUR MUSE À LOFFICE.  « Mettez les rondelles de truffe et de pomme de terre en altercation comme je vous ai fait montrer, M’sieur Sébastien.  — Oui, Madame Delsault, répondit-il, docile.  — À m’sieur Gilbert, je ne dis pas, mais des aussi belles petites bonnottes de Noirmoutier pour des quiconques, c’est vraiment jeter des merles aux pourceaux.  — Ils vont peut-être apprécier, ceux de cette fois-ci, Madame Delsault.  — C’est pas parce qu’ils torchent les gamelles qu’ils apprécient la qualité, M’sieur Sébastien. Ils feraient pareil si je leur donnais du caribou.  — Du caribou, Madame Delsault ?  — Vous savez bien ! Les boîtes pour les toutous. »  « Oui, Madame Delsault », répéta Sébastienin pettoen souriant.  Dans les huit assiettes, il rythmait ses alignements comme venait de le lui ordonner la
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cuisinière. Elle les napperait bientôt d’une vinaigrette au Noilly dont elle détenait le secret. Comme chaque mercredi, Monsieur donnait un dîner. Comme chaque mercredi, Sébastien pointait à l’office. Fût-ce hors de ses attributions, il tenait à son rôle d’arpette auprès d’une artiste telle que cette femme hors pair. Un plaisir bipolaire : saisir quelque enseignement de celle qu’il tenait comme une pointure de la pitance, se régaler de son ahurissant idiome :  « Et pis m’sieur Gilbert qui m’exige à tomber des truffes d’Italie dans la blanquette, c’est quand même bien distandieux. »  Sébastien sourit encore. Mais c’est tout ce qu’il fit, et il ne serait venu à l’idée de personne de se risquer à davantage. Madame Delsault, à l’âme irréfragable, n’aurait pas mieux admis le commentaire sur son éloquence que sur sa chère, toutes deux magistrales.  Joss entra en moulinant des épaules dans le dessein, semblait-il, de relâcher l’étoffe de sa veste. Elle était cependant à ses mesures, la veste. Depuis la veille seulement, du reste. Six mois d’un service hebdomadaire de plus en plus stylé avaient résolu Monsieur à lui en faire tailler trois (comme il se doit) par un couturier à façon des environs. Joss, la bonne volonté incarnée pourtant, en avait atteint la limite lors de l’accomplissement du tour de force d’insinuer les cent soixante-dix livres de biscotos de ses vingt-cinq ans dans le fil-à-fil aile de corbeau ; ainsi que la pomme d’Adam sous le col amidonné. Il faut croire qu’il serait toujours plus à l’aise en marcel sur le petit tracteur-tondeuse ou en short aux soins du pool house qu’en pingouin à l’office. Un «outdoor» dans l’âme.
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