La montre

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Alain Drapeau. LA MONTRE, ou Si vous voulez mon avis… Le narrateur (aurait-il des points communs avec l'auteur ?) est séduit par une petite "montre squelette". L'observation du délicat mécanisme, entraîne sa pensée vers des réflexions subjectives sur des problèmes éternels comme sur des sujets d'actualité… les canons de la beauté, l’intelligence des animaux, les tamagoshis, le sexe de la femme, la recherche scientifique, l’argent, les mannequins, l’hygiène de vie, la vieillesse, les cosmétiques et la torture des animaux, loft-story, l’art moderne, les pornographes, la fête, les jeunes… Le dernier chapitre s’achève sur une recette du bonheur. Elle n’est peut-être pas universelle mais, pour lui, jusqu'ici, elle a fonctionné.
Publié le : mercredi 15 juin 2011
Lecture(s) : 232
EAN13 : 9782748123227
Nombre de pages : 243
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La montre
Alain Drapeau
La montre ou Si vous voulez mon avis...
PENSÉES/ APHORISMES/ MAXIMES
© manuscrit.com, 2002 ISBN: 2-7481-2323-9 (pour le fichier numérique) ISBN: 2-7481-2322-0 (pour le livre imprimé)
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Bonjour.
I
Ça vous surprend que je vous dise bonjour ? Moi, ça me semble procéder de la moindre des politesses et croyez pas que j’appartiens à la race des mielleux ou des lèche-cul. Tout simplement, vous avez décidé de passer quelques heures en ma compagnie à lire mes élucubrations. Ça mérite quand même un petit salut amical, non ? Mes collègues auteurs et romanciers ne pratiquent pas cette élémentaire civilité. Ils sont trop pris par leur histoire et en oublient les règles de la courtoi-sie la plus fondamentale. Ils ont des excuses. Ils peuvent pas se permettre de se laisser distraire de leur tâche. C’est qu’ils ont une mission à remplir. Ils vont vous exposer les grands problèmes qui agitent la société actuelle ou vous raconter des histoires dans lesquelles l’analyse psychologique des personnages vous amène à prendre conscience du mal-être et de l’incommunicabilité entre les hommes, les sexes, les générations ou les groupes socioculturels. Ce sont des gens sérieux, eux. Bon ! C’est pas tout ça mais maintenant que nous nous sommes salués, va falloir attaquer. On est pas là pour glandouiller. Ce que je vais vous raconter là, mes enfants, je m’en souviens comme si c’était
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hier. C’était un mercredi de juin, sur le coup des dix heures du matin. D’habitude, j’arpente les trottoirs à toute allure, même quand je suis pas particulièrement pressé. Ça ne m’empêche pas d’observer la vie autour de moi mais c’est comme ça. Je cavale tout le temps même les mains dans les poches. C’est précisément à ça que mes potes me reconnaissent. Quand ils aper-çoivent de loin un clampin, les mains bien installées au fond des fouilles, qui se déplace à la vitesse de Bip-bip poursuivi par le vil coyote, ils se disent : “Tiens, c’est lui !”. Ils sont généralement déconcertés de constater que, malgré tout, j’ai repéré des trucs qu’ils ont pas vus alors qu’eux, ils se traînaient comme des loches. Moi, je suis pas surpris. J’ai même cru remarquer que la faculté de capter les détails de l’environnement est proportionnelle à la vitesse relative de déplacement. Quand je parle de vitesse relative, je parle de vi-tesse relativement élevée par rapport au moyen uti-lisé. C’est bien évident que quand je marche à sept ou huit kilomètres heure, c’est pas mal alors que, sur route, en bagnole, à soixante, on se trimballe lamen-tablement. Je présume que le fait d’élever le rythme fait tourner les boyaux de la tête un peu plus vite. Ça explique peut-être, en dehors de leurs capaci-tés exceptionnelles, pourquoi des pilotes de “formule 1” se permettent, à près de trois cents à l’heure, des manœuvres que vous pourriez même pas imaginer dans votre caisse basique à une allure de père pei-nard.
Je vous disais donc que, d’habitude, j’astique ferme sur l’asphalte mais voilà que, ce matin-là, j’avais l’humeur flâneuse. Je traînais un peu la godasse.
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Au carrefour formé par le boulevard Arnold Schwarzenegger et l’impasse Émile Zola, d’un seul coup, je prends dans l’œil un éclat de lumière parti d’une vitrine. Je serais passé un mètre plus à gauche ou à droite, une minute plus tôt ou plus tard, rien ne serait jamais arrivé. Mais là, la projection orthogonale de l’angle formé par la direction du soleil avec la plan de la surface de l’objet concerné sur la droite constituant ma trajectoire personnelle font queje reçois ça comme un coup de flash. Je m’approche de la vitrine d’où l’éclat est parti et làj’en reviens pas ! C’est une montre qui vient de me faire de l’œil. Ça fait quelque chose. Vous pouvez me croire ! C’est la première fois qu’un truc pareil m’arrive.
Oh ! Ne rigolez pas. Vous êtes en train de vous dire : “Ben oui, et alors ?”. Parce que ça vous étonne pas, vous ? Eh bien, figurez-vous que, pour moi, c’est un événement. Je n’ai pas pour habitude de me laisser séduire par les articles de verroterie. C’est vrai qu’on se connaît que depuis peu mais je pense qu’on peut se considérer à priori comme des amis. Alors, je voudrais pas que vous alliez vous méprendre sur mon compte. Ça me ferait plaisir que vous me fassiez la faveur de croire que je peux faire preuve, par instants, d’un semblant d’embryon de pensée. J’aimerais que vous soyez (j’ai tenu à vous épargner le fissiez et le fussiez qui font un peu pom-peux pour mon goût) bien conscient que je n’appar-tiens pas à la cohorte de tous les rigolos sensibles à la foultitude des bricoles qui brillent et qui attirent snobs et gogos. La galopade derrière les bidules qu’il est de bon ton d’avoir, c’est pas vraiment mon genre. Vous ima-ginez bien que je me suis pas coltiné les quelque
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deux cent quarante pages de ce bouquin, à écrire qua-siment dans les douleurs de l’enfantement, pour le seul plaisir de vous raconter que j’ai dégoté l’ultime connerie à la mode dans la dernière boutique où il faut être vu, comme on dit.
Bon ! Soyons sérieux. Je vous explique. Cette montre, c’est pas le dernier machin qui est passé à la télé. Rien à voir avec les gadgets qui affichent toutes sortes de trucs, qui jouent de la musique, qui font des calculs, qui reçoivent la télé et Internet. Ça, je supporte pas ! Je n’ai jamais porté que des montres à mouvement mécanique. Vous savez, celles qu’il faut remonter tous les soirs avant de se glisser dans les toiles. Bien sûr, y en aura toujours pour dire : “C’est une contrainteOn n’a jamais demecs ! ”. Pauvres félicité sans contrainte comme il y a pas de liberté sans interdits et pas davantage de volupté sans rete-nue préalable. Quoi qu’il en soit, je préfère remonter ma montre chaque soir que d’être à la merci d’une pile qui s’est vidée. Vous allez me rétorquer : “Et un ressort qui casseAlors, là, je dis : “Assez !” Vous avez décidé de me contrarier ou quoi ? Après tout, je n’ai pas à me justifier auprès de vous. J’aime les montres mécanique et c’est tout ! Alors, si vous voulez que je vous raconte mon histoire
En réalité, je crois bien que, ce que je peux pas supporter, c’est l’idée de digital. Par rapport à l’ana-logiqueDans le cas, certes improbable mais, après tout, pas totalement impossible, où ces termes ne vous ou-vriraient pas de vastes perspectives, je vais vous faire un petit topo : c’est pas parfaitement exact mais, en gros, on peut résumer la chose en se disant que le
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