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La tentation du bonheur

De
217 pages
A la recherche de la liberté/ Le mélange des voix pour une quête amoureuse/ « Je m'appelle Marie, j'ai trente-cinq ans et j'en ai ras le bol ! » Un jour Marie explose. Et avec elle, son oppressante vie de femme au foyer. Alors s'ouvre le chemin accidenté de la fuite. Marie veut vivre, vivre sa vie. Sans limites et sans frontières. Elle veut retrouver le charme des rêves qui bercent l'amour. Mais les rêves sont bien peu consistants, et il n'est pas si facile, quand tous les repères ont été détruits, de se reconstruire/ Écrit à deux mains, l'une masculine et l'une féminine, celles de Frédéric Salem et de Corinne Vennet, ce roman gorgé d'humour met en avant les errances d'une femme trop longtemps étouffée qui garde pourtant en elle une indéniable soif de vivre.
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Titre

La tentation du
bonheur

Titre
C. VENET &F. SALEM
La tentation du
bonheur

Roman





Éditions Le Manuscrit


























© Éditions Le Manuscrit, 2006
www.manuscrit.com
ISBN : 2-7481-7825-4 livre numérique
ISBN 13 : 9782748178258 livre numérique
ISBN : 2-7481-7824-6 livre imprimé
ISBN 13 : 9782748178241 livre imprimé







Combien l’amitié mérite de respects et d’éloges !
C’est elle qui fait naître, qui nourrit et entretient les
plus beaux sentiments de générosité dont le coeur
humain soit capable.

CHAPITRE 1




Je m’appelle Marie, j’ai trente-cinq ans et
j’en ai ras le bol ! Je reviens du supermarché et
mes sacs Leclerc, pendus à chacun de mes bras
me donnent la gracieuse démarche d’un
hippopotame. Je croise des gens, certains me
bousculent, sans même s’excuser. J’ai la
sensation d’être invisible. Personne ne me
remarque, à part cet énorme pachyderme qui
tout à l’heure m’a abordé entre l’étal du
poissonnier et celui du boucher. Son haleine
sentait tellement le vin que je me suis reculée
pour éviter le coma éthylique.
9
– Salut, ma petite dame, m’a-t-il dit en
arborant un magnifique sourire édenté, ça vous
dirait pas de venir boire un pot avec moi ? Et
puis après, on pourrait peut-être s’amuser un
peu tous les deux ?
– Pauvre débile ! Même pas en rêve !
Même pas sous anesthésie générale !
– Tu sais pas ce que tu perds !
– Si, une dermatose, l’hépatite A à C et
surtout les boules de tomber aussi bas, crétin !
Aussitôt, je regrette mes paroles. En fin de
compte, lui et moi, on se ressemble quelque
part : nos parcours respectifs nous ont peut-
être amenés là où nous sommes aujourd’hui :
on a chacun notre refuge : pour lui, c’est
l’alcoolisme, pour moi le rêve.
Je passe mon temps à rêver du prince
charmant qui m’envelopperait dans ses bras
musclés, me berçant de mots tendres de sa
voix chaude et douce. Et voilà tout ce que
j’arrive à dégoter. Voilà la triste réalité ! Un
pauvre poivrot vêtu d’un tee-shirt représentant
un porc qui s’exclame : « I am a big pig . » Et
moi qui proclame ma fierté d’être une femme
organisée dynamique et qui aime les hommes
romantiques. On ne m’ôtera pas de l’idée que
celui-là en est totalement dénué, au premier
abord.
Quand j’avais quinze ans, ma copine Sophie
et moi passions beaucoup de temps à imaginer
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ce que serait notre avenir : Sophie serait un top
modèle célèbre. Moi, je deviendrais la future
grande star du cinéma. J’imaginais déjà mon
appartement, éclairé par d’immenses baies
vitrées avec vue sur la Méditerranée.
J’aurais, bien sûr, une femme de chambre,
des gardes du corps qui éloigneraient les
indésirables de ma précieuse personne et des
tas d’amants romantiques plus beaux les uns
que les autres.
Et je me suis vue, aujourd’hui, dans ce
magasin, en train de ramer pour me frayer un
chemin dans cette cohue de morts vivants. Je
me suis arrêtée au milieu de l’allée et je les ai
regardés passer. Pas un client ne souriait, tous
ces gens couraient dans les rayons, comme si
leur vie dépendait de la vitesse à laquelle ils
allaient attraper une boîte de raviolis ou un
paquet de chips.
J’ai 35 ans et qu’ai-je fait de ma vie ? Où
sont passés mes beaux rêves ? À 18 ans, j’ai
rencontré Didier : beau gosse, sûr de lui, il
savait parler aux filles. Moi, j’étais rêveuse,
encore remplie d’illusions et plutôt réservée,
bien qu’on m’appelait « moins de quatre
minutes » pour ma rapidité à emballer les
garçons de mon âge. Mais attention, cela
n’allait pas plus loin que le flirt, les caresses un
peu poussées parfois, mais c’est tout. Quatre
minutes, c’est le temps qu’il me fallait pour
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séduire les garçons, le temps d’une chanson…
Quand Didier est apparu dans ma vie, je savais
que tout allait changer.
Quelque chose d’irrésistible me poussait
vers lui : il était différent ; de cette différence
qui donne envie d’en savoir plus, pleine de
charme et de certitude. Une sorte de contrée
dont les trésors ne sont plus à conquérir
puisqu’ils sont déjà en soi, dont la découverte
ne fait que révéler encore plus la valeur. Bref,
je crois que j’étais, à ce moment là, prête pour
une vraie rencontre, mûre pour quelque chose
qui dure… Et je suis tombée enceinte ! Nos
parents nous ont concocté un mariage express.
La morale était sauve : le bébé viendrait un peu
prématurément voilà tout !
Nous fêtions Pâques avant les rameaux
comme m’avait dit mon grand-père. Mélanie
est née six mois plus tard. Et comme si cela ne
suffisait pas, Didier me remettait en cloque
trois mois après l’accouchement. Pas le temps
de respirer ! Pendant près de deux ans, j’ai
ressemblé à une grosse baudruche, prête à
exploser…
J’avais 20 ans. De temps en temps, je
croisais d’anciennes copines de classe, encore à
la fac ; elles ne pouvaient pas s’empêcher de
me raconter leurs petits copains, leurs sorties
en boîte, leurs émois et leurs ébats avec Pierre,
Paul ou Jacques. Notre décalage était flagrant.
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Et moi, j’écoutais. De quoi leur aurais-je
parlé ? De mes nuits écourtées à calmer le
bébé, des couches-culottes changées huit fois
par jour ? Des premiers babillages qui se
transformaient vite en cris avec l’arrivée d’une
nouvelle dent et qui pompaient toute mon
énergie ?
Tandis que je m’éloignais de ma vie passée,
j’entrais sans y avoir pensé auparavant dans la
vie conjugale. D’abord sereine, belle, sincère.
Combien de fois mon cœur a battu la chamade
lorsque j’entendais le soir la porte d’entrée
s’ouvrir, puis se refermer ; le bonsoir et des
pas, deux ou trois vers le portemanteau. Oui, à
ce moment là, j’étais heureuse. Didier rentrait
du boulot et je jure que pendant douze ans son
retour était l’aube d’un nouveau jour, c’était le
moment tant attendu, synonyme de
renouveau, de bien-être. J’étais de nouveau
avec lui, tout simplement.
Nous nous aimions voilà tout. Nous avions
un caractère différent, des idées différentes
mais cela ne faisait que renforcer notre amour.
Je l’aimais. Il me respectait. Aujourd’hui,
Mélanie a 16 ans, Julien 15. Je me demande
souvent si je suis leur mère, leur bonne à tout
faire ou leur porte-monnaie. « M’man, t’as pas
vu mon tee-shirt Nike ? » « M’man, tu me
repasses mon Levi’s Strauss ? J’en ai hyper
méga besoin ce soir, je sors avec Damien ? »
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« Tu m’avances 200 balles ? J’ai vu une paire
de pompes géantes, je les kiffe trop ! »
Quant à Didier, je crois que je fais partie du
décor : je suis un meuble sur lequel on jette un
coup d’œil de temps en temps pour s’assurer
qu’il est toujours là ! Au fil du temps, ce
meuble s’est détérioré. Il s’est alourdi du poids
des soucis et des tristesses. On y a fait de
moins en moins attention. Comme le meuble
tenait toujours, on a bourré ses tiroirs de
l’égoïsme des uns et des autres. Alors, il ne
manquait plus qu’il soit malmené par
l’irrespect suprême de ses utilisateurs qui ne
voient plus que leur profit personnel. Il n’a
plus d’importance, pourquoi ?
Il est déjà onze heures. Encore trois étages à
monter et je serai chez moi. Si je me dépêche
un peu, j’aurai le temps de prendre un bouquin
et de me détendre un peu. J’ouvre la porte.
Quel foutoir : Les gamins sont partis en cours
en laissant la table du déjeuner dressée. Dans
la salle à manger, des paires de godasses
traînent çà et là, un sweat est posé
négligemment sur le dossier d’un fauteuil en
cuir bleu. Il faut dire que chez nous, tout est
blanc et bleu : sympa mais un peu lassant au
bout d’un certain temps.
Je fais le tour des chambres. Ça sent la clope
dans la chambre de Julien qui, bien entendu,
jure ses grands dieux qu’il n’a jamais touché à
14
une cigarette. Chez Mélanie, c’est différent :
Elle a réussi à cacher le mur de sa chambre à
l’aide de dizaines de posters du même groupe,
même au plafond ! Quelque part, ça fiche le
vertige.
J’ai posé mes sacs dans l’entrée, je me dirige
vers « notre » chambre et m’affale sur le lit. Je
n’ai plus envie de bouger. J’ai encore sur moi
ma veste que je n’ai pas eu le courage
d’enlever. Pourtant, il commence à faire chaud.
Nous sommes le 28 juin et les vacances
scolaires commencent à la fin de la semaine.
Finis, les moments de détentes, le silence. Les
gosses vont envahir l’appartement avec leurs
copains. Ça me ferait plaisir qu’ils squattent
ailleurs de temps en temps. Enfin, pour
l’instant je savoure mes derniers jours de
détente. Je ferme les yeux et je m’évade… Sur
une île paradisiaque sous les tropiques, le soleil
brûlant ma peau, une cascade se jetant dans un
lagon. Coupez ?… Marie, arrête tout, tu
regardes trop les films américains.
Comme tous les ans, on ira à Royan au
« camping du soleil », là, où sont tous nos
« potes. » L’éclate totale, quoi, le délire ! Je me
redresse sur mes avant-bras. Les enfants ne
rentreront pas avant 17 heures.
Je me plante devant le miroir de ma
chambre : je me tortille, je m’envoie des
œillades provocantes. Si Didier me voyait ! Je
15
suis encore pas mal, pas trop flétrie pour mon
âge : une silhouette mince, de petits seins qui
tiennent encore le choc, un petit cul rebondi,
avenant même, des cuisses et des jambes fines.
Un peu petite, peut-être ? Je soulève mes
cheveux châtains en envoyant de longs baisers
au miroir, un peu à la Marilyn Monroe…
C’est vrai, je ne vais pas souvent chez le
coiffeur : pas le temps, trop cher ! En plus, je
n’aime pas qu’on me tripote les cheveux. Je
pourrais aussi forcer un peu sur le maquillage
pour faire ressortir mes yeux verts. Je me
demande souvent si je suis encore cotée à
l’argus, si je pourrais encore plaire à un
homme ? Il y a si longtemps qu’on ne m’a pas
fait de compliments que j’ai oublié l’effet que
cela pouvait faire.
Pour mes enfants, je ne suis pas une femme,
pour mon mari, je suis sa chose, alors… Si
encore j’avais des copines ! On pourrait sortir,
aller au cinéma… Bien sur, il y a Sophie mais
ce n’est pas la même chose. Nous vivons dans
des mondes parallèles. Elle vit à cent à l’heure,
entourée d’amis un peu loufoques. Elle est
tout le temps entre deux cocktails, entre deux
mecs aussi. Nous sommes si différentes. Moi,
je me suis laissée enfermer dans ma petite
cellule familiale et j’ai balancé les clés dans la
Seine. Il y a des jours où je suis au bord de
l’explosion : souvent, j’imagine que j’explose
16
comme un ballon gonflé à l’hélium, me
répandant partout sur les murs de la salle à
manger. Mes enfants traverseraient la pièce
dégoulinante sans même s’en apercevoir. Mon
mari lancerait : « Mais qu’est-ce qu’elle a
encore foutu ? Pas capable de passer la
serpillière, putain ! » Qui viendrait faire le
ménage après ça ?
Didier va bientôt rentrer de sa journée de
travail. Il est commercial dans une petite
entreprise. Depuis plus de 18 ans, tous ses
copains ont pris du galon. Pas lui et ça l’a aigri.
Quand il rentre, Il va s’affaler devant la télé et
ne sort de son fauteuil que lorsque le dîner est
prêt, sans un mot.
Petit extrait :
– Passe-moi le sel.
Didier est plongé dans la UNE du Parisien.
Mélanie : Devine combien j’ai eu à mon
contrôle d’anglais ?
Moi : 13 ? 15 ? 18 ?
Mélanie : Oui, 18 !
Mon mari : C’est bien ma fille… et il
explore la page 3.
Julien ne dit rien. Il pense apparemment à
son nouveau jeu de Playstation.
Moi : T’as passé une bonne journée, chéri ?
Je sais que pour le faire parler, il faut
aborder son domaine de prédilection, son
travail. Du coup, il plie le journal, me regarde
17
et le voilà parti dans d’interminables discours
auxquels je ne comprends rien. Mais je préfère
encore qu’il me parle de choses qui ne
m’intéressent pas plutôt que de le voir rivé le
nez entre ses deux pages. Le repas terminé, les
enfants et mon mari regardent la télévision
tandis que, solitaire, je débarrasse la table dans
l’indifférence totale.
La nuit dernière, je n’arrivais pas à dormir.
Je regardais mon mari : il ronflait, la bouche
ouverte. Je cherchais ce qui m’avait séduit en
lui. Il fallait se rendre à l’évidence, ce n’était
plus le même homme. Et pour la première fois
de notre vie commune, je me suis demandé si
je l’aimais encore.
18
CHAPITRE 2




En me tournant et me retournant dans mon
lit, je me dis que le jour où je me suis mariée,
J’aurais mieux fait de me casser une jambe !
J’étais jeune, je m’en remets à peine. Que
pouvait-il avoir de plus que les autres ? Enfin,
pourquoi lui ? Avec cet homme que j’ai aimé
éperdument, la vie a d’abord été une fête. Je le
gardais jalousement à l’écart des autres, de la
vie et du temps dans notre nid.
Pour moi, l’univers se bornait à lui - le
monde même n’existait plus. J’étais
toxicomane de lui : il était dans ma chair, mes
19
muscles, mon cœur et mon âme. Dans mon
sang, il coulait. J’étais raide défoncée quand
j’étais avec lui et, comme tout bon toxico,
j’avais besoin de ma dose, de son sourire, de
ses mains, de ses mots souvent graveleux, il
faut bien l’admettre : chacune de ses phrases
était ponctuée de « bordel, putain » et j’en
passe. Comme dans les westerns Spaghettis,
c’est-à-dire, les vrais. Pas ceux où le héros,
frisant la cinquantaine, propre sur lui, fait
languir de bonheur Miss Pamela aux reflets
rose bonbon, de trente ans sa cadette et qui
tombe en pâmoison devant le bonhomme
juste avant THE END alors que le beau John
a tourné sa croupe depuis dix minutes et
qu’elle se dessine au loin devant le soleil qui
s’abîme. Mais Pamela en rêve encore, pas moi !
Mais nous n’en étions pas là. À l’époque, ses
copains ne devaient pas trop me l’accaparer :
Bobosse notamment qui était son alter ego et
avec qui il partageait sa passion pour la vitesse.
C’est d’ailleurs lui qui nous conduirait à l’église.
C’est incroyable le nombre de mecs qui sont
passionnés par les bolides, la grosse
mécanique, la graisse, l’huile, les carbus à
16 soupapes… L’homme et sa voiture, une
grande histoire ! Le beau gars viril avec une
Ferrari rouge. Le cambouis a remplacé le
crottin. Encore une transposition du cow-boy.
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Souvent je me demande : que conduirait le
cow-boy John maintenant ?
Enfin, pour l’instant, toujours occupée à
vivre l’essentiel, je m’inquiétais de savoir si je
rentrerais dans ma robe de mariée que j’avais
pourtant essayée deux jours auparavant. Là,
devant le miroir, tout allait bien ; mais derrière,
sur les cotés et à l’encolure, il me semblait
qu’elle me gênait. Il faut rappeler que j’étais
enceinte.
Didier entra dans la chambre en costume
noir et gants gris. Qu’il était beau ! Mince,
élégant, les traits tirés par la fatigue de la veille
- d’une vitalité exorbitante dont j’étais le
principal sujet. Il me prit dans ses bras et je
m’y blottis, éperdument amoureuse. Ses bras
étaient une armure contre le mal qui existait
autour de nous.
Je serais restée là, des heures, avec ce petit
pincement au creux du ventre qui apparaissait
dès que j’étais près de lui.
– Tu es magnifique, ma chérie. Plus
désirable qu’une meringue, ma poule.
– J’avais envie de lui répondre, tel un
cow-boy : « Dégaine l’ami et tu vas voir de
quoi elle est capable, la meringue. »
Enfin Bobosse arriva. En retard, comme
d’habitude, malgré ses 120 chevaux sous le
capot. On s’engouffra dans la BM à la hâte en
direction de la collégiale de Montmorency.
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