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Le journal d'un F.

De
154 pages

Sommes-nous vraiment ce que nous pensons être ou ne sommes-nous pas les instruments de notre imagination, flirtant aux portes de la folie douce ? Que se passe-t-il lorsque le réveil survient, brutal et sans concession ? C'est l'histoire de François. Un jour président, le vingt-quatrième de la liste, qui de voyages en rencontres, sera conduit à prendre des décisions surprenantes et parfois saugrenues. Version contemporaine du journal d'un fou, ou triste réalité ? Et si les fous étaient parmi nous ? À la vue des récents évènements, la question reste tristement légitime. De Paris à Berlin, du Mali aux gras de l'Ardèche, autant de lieux improbables pour un récit iconoclaste, souvent léger, mais aux accents teintés d'une désormais cruelle vérité.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-93928-9

 

© Edilivre, 2015

Citations

 

« L’ennui est une invention récente. Autrefois, personne ne s’ennuyait. »

Nicolas Gogol

« La folie est de faire les mêmes choses, encore et encore, en espérant des résultats différents ».

Albert Einstein

« Les Espagnols sont un peuple fier et ombrageux, avec un tout petit cul pour éviter les coups de corne. »

Pierre Desproges

« Non in depravatis, sed in his quae bene secundum naturam se habent, considerandum est quid sit naturale. »

Aristote

1re époque

 

 

Il est presque minuit lorsque je quitte les locaux de France Télévision. Je suis épuisé ; il faisait d’abord trop chaud sur leur plateau, je sens la sueur me couler sous les aisselles ; heureusement que Valérie m’avait dit qu’il ferait froid avec leurs ventilos. Elle commence aussi à m’épuiser celle-ci avec ses conseils à deux balles.

J’ai trouvé Nico en forme ce soir. Il est fort le petit Hongrois et il connaît bien ses dossiers. Moi, ça m’emmerde leurs chiffres, leurs courbes, leurs déficits et autres grands déséquilibres structurels et conjoncturels. Je les ai tous prévenus : d’accord, je fais les primaires du Parti socialiste essentiellement pour emmerder Ségolène et l’autre Espanche, mais après j’arrête et je rentre à Tulle. J’adore la Corrèze, on y mange bien, et puis j’ai mon vieux copain Jacques avec qui on va se remplir la paillasse chez Francis à Brive. J’ai d’ailleurs un grand faible pour le cochon de lait rôti à la broche avec ses tomates et pommes de terre, enfin, quand je suis seul avec mon Jacques, parce que je ne t’explique pas quand il y a nos bonnes femmes avec nous… C’est soupe à la grimace et hôtel du cul tourné par la suite. « Fais attention, ton cholestérol n’était pas bon le mois dernier avec plus de 1,75 gramme. Tu vas reprendre du poids et à ton âge ce n’est pas bon ; tu manges trop gras, tu bois trop de vin rouge, trop de vin blanc, je veux rentrer à Paris, j’ai mal à la tête », etc. Revenons donc à Paris. J’ai moi-même du mal à y croire à tel point que j’en ai les tympans qui bourdonnent et le cerveau en quasi-ébullition.

Je suis maintenant candidat à la présidence de la République française. Est-ce que vous pouvez imaginer ça un seul instant ? Vous devriez voir la tête de Fabius, de Martine et des autres grandes figures du socialisme post-jospinien. Même le maître Lionel en personne n’en revient toujours pas. Il paraît qu’il est tellement bluffé qu’il n’en dort plus la nuit et qu’il s’est plongé corps et âme dans des recherches sur l’empereur Napoléon, le premier de la série des fameux mythes du personnage-sauveur tellement cher aux Français.

Je les entends encore ricaner dans mon dos : Tagada, Flamby, Monsieur p’tite blague. Rien que pour ça, cela valait vraiment le coup. Heureusement encore que l’autre obsédé de Strauss-Kahn s’est fait prendre les doigts dans la confiture ou du moins le zob à la main en courant après une bonne dans les couloirs d’un hôtel new-yorkais un soir de grosse fatigue. C’est pas mal finalement les Sofitel ; il faudra que je pense à inviter le patron du groupe Accor Amérique du Nord. On se connaît bien, on a fait les quatre cents coups ensemble lorsque j’étais plus jeune. Pauvre Nicolas. Cela m’embête quand même de l’avoir enfoncé de la sorte, parce que très honnêtement, croyez-vous que nous aurions mieux fait que lui ces dernières années ? À voir l’équipe de bras cassés qui me lèche le cul depuis deux mois maintenant et face à une crise mondiale de cette ampleur, dans un pays toujours aussi sclérosé et toujours bercé par les illusions d’une grandeur révolue, la situation en sortie de mandat n’aurait pas été plus brillante.

Non, je crois que Nico a fait le job. Il faut se la taper la mère Merkel et l’autre Anglais dont je ne me souviens plus le nom. Il faut absolument que je potasse pour la prochaine fois les relations internationales ; je ne suis pas encore au niveau dans ce domaine. Je ne me souviens jamais du nom de mes futurs collègues et je ne vous parle même pas des Africains ; déjà ils se ressemblent tous sous leurs boubous et tuniques multicolores et en plus ils ont des noms improbables d’almanach Vermot.

Tout à l’heure, à la sortie du débat, alors que je buvais une 1664 à mon goût trop fraîche avec Nicolas à la buvette de France Télévision, Jean-Marc m’a appelé pour me dire combien ma tirade « Moi président » était brillante, un incroyable exercice de rhétorique jamais entendu dans un débat politique. Il m’emmerde ce Jean-Marc avec toujours ses compliments au mauvais moment. Tiens, si je suis élu président, je le nommerai premier de mes ministres. Il commencera une carrière comme lèche-cul du roi et finira fusible comme les autres, lorsque le reniement des promesses de campagne devient tellement visible que même les cocus s’en aperçoivent. Si ce n’est pas une belle promotion ça, alors moi je ne m’appelle pas François.

Un président normal

Le réveil affiche 5 h 30 du matin. Je suis devenu président de la République française contre, il faut bien le dire, toute attente et me voilà donc, moi, le nouveau socialiste tant attendu par le peuple de gauche succédant au vieux sphinx, caméléon politique, passé du Vichy au rose bon teint. Je ne m’y attendais pas vraiment et ce qui semblait être une blague de potache est devenu au soir du second tour ma nouvelle vie, un incroyable concours de circonstances. J’ai promis monts et merveilles aux Français, en ce sens, comme tous mes prédécesseurs. À vrai dire ce n’est pas très compliqué si tu veux être élu : il faut dire ce que les électeurs ont envie d’entendre et surtout pas ce que tu veux faire parce que là, ça devient franchement ennuyeux et, en plus, cela demande un réel effort d’explication avec des gros chiffres et des théories parfois fumeuses. Les enseignants se plaignent ? Qu’à cela ne tienne, je vais recruter des enseignants. Combien ? Je ne sais pas moi, environ quarante mille, ou tiens, pourquoi pas soixante mille. Oui voilà, soixante mille, c’est bien. L’hôpital va mal ? D’accord, bon là, il faut que je crée une grande commission sur l’hôpital public. Ne vous inquiétez pas, dormez tranquille. Des malades et des vieux à hospitaliser, il y en aura suffisamment dans les prochaines années. La crise financière mondiale ? Pas de souci, la finance mondiale, c’est mon ennemi. Comment finance-t-on l’économie mondiale ? J’irai en discuter avec Angela et l’autre Anglais là – merde, j’ai encore oublié son nom – et ensuite on renégociera le pacte ou l’accord européen je ne sais plus – il faut définitivement que je connaisse les termes exacts – et le tout est expédié en moins de six mois. Le chômage ? J’inverse la courbe du chômage avant la fin de l’année 2013, soit au plus tard le 31 décembre à minuit. Comment on crée de l’emploi ? Je crée le ministère du Redressement productif. J’ai même une idée de qui je pourrai nommer à un tel poste. Un poste où tu en prends plein la gueule, où tu dois te taper des réunions tard le soir, la nuit, le week-end avec des syndicalistes virulents, des abrutis qui ne devraient pas représenter le personnel, des patrons qui s’en foutent et des élus locaux avinés, le tout dans des salles de réunion municipales glaciales aux murs jaunes et lézardés, derniers stigmates d’une rénovation d’avant-dernier mandat. Oui, j’ai bien ma petite idée sur le sujet.

On m’attend ce matin à 8 heures. Valérie dort encore. C’est une belle femme, mais quand même, je n’arrive pas à chasser Ségolène de mon cerveau ; elle était mieux gaulée et elle avait en plus une classe naturelle. En plus, avec Ségolène, comment dirais-je, c’était sexuellement plus inventif. Là, avec Valoche, on reste dans le traditionnel bon chic bon genre Paris-Match. Elle pourrait quand même dormir à poil plutôt qu’avec cette nuisette blanche en coton égyptien épais, j’ai l’impression de coucher avec une militante écologiste en préretraite. Au moins, avec Ségolène, c’étaient dentelles fines et fesses à l’air. Ne pas se plaindre ; j’étais prévenu, ils me l’avaient tous dit : Valérie est intelligente, fidèle, mais chiante au possible, une vraie purge. Pour une fois que mes conseillers avaient raison. Ce sera bien la seule fois. La femme de ma vie, tu parles ! J’aurais mieux fait de me taire le jour où j’ai dit ça aux journalistes, mais je suis comme cela, dès que des perches se tendent devant moi, je les saisis sans distinction, sans retenue, jamais avare d’un bon mot.

Je n’aurais pas dû abuser de l’excellent Irouleguy rouge du père Brana hier soir. On s’en est mis pas mal dans le cornet, histoire de fêter avec les potes mon élection, mais ce matin, c’est corrida et vaches landaises dans ma tête. Quelle déconneuse cette Martine Aubry et pas la dernière pour lever le coude. Trinquer avec le cobra ! Comme les vieux paysans disent en Corrèze, elle n’a pas une gueule à faire geler les vignes. Je suis rentré tard dans la nuit et ces satanés désordres intestinaux ne se sont pas fait prier pour se rappeler à moi. Cela fait un an que je suis en campagne à travers l’hexagone et, à force de bouffer toutes les spécialités que ce foutu pays compte, j’ai l’intestin grêle rouge comme des braises et le trou du cul boursouflé et légèrement sanguinolent à l’essuyage, comme une tranchée à Péronne après un tir de sape. Saloperie de piment d’Espelette. Il faut avoir la flore intestinale de Jacques Chirac et de feu Philippe Séguin réunis pour venir à bout de ces assauts répétés de protéines, lipides et glucides divers, véritables coups de boutoir contre un organisme jusque-là globalement épargné.

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Ultra-levure en gélules

Riez ! Riez ! Moquez-vous ! mais je voudrais bien vous y voir entre les huîtres de Marennes-Oléron, la tarte au Maroilles, les tielles sétoises, le tablier de sapeur, la cervelle de canuts, le waedele braisé, les œufs en couille d’âne des Berrichons, les cèpes corréziens, la cotriade, la bouillabaisse, le poulet au vin jaune, le cassoulet des Toulousains, l’andouille de Rethel, les rillons de Vouvray, les rillettes du Mans, les truffades auvergnates, les aligots parfois relevés au piment d’Espelette, sans oublier tous les breuvages qui accompagnent ces mets, dignes héritiers des potions magiques de nos druides. Vous n’avez pas idées des quantités de sulfites que j’ai dû ingurgiter, pas étonnant que ma prostate se mette en carafe et que mon cul fleurisse comme les bulbes au printemps dans le parc du Keukenhof !

Enfin, c’est mon quotidien et en soit rien de bien extraordinaire. Je suis un homme normal, que dis-je, un président normal.

Une banane en guise de petit-déjeuner et trois cachets de Malox à sucer. Je jette un œil vers cette vieille pendule de style napoléonien post Berezina qui indique déjà 7 h 48. Dans douze minutes, je dois rencontrer quelques conseillers pour la nomination de mon Premier ministre. Je le connais déjà. Un dernier passage par la chambre et Valérie dort toujours, une jambe découverte sur le drap bleu roi du lit. Tiens, je n’avais jamais remarqué ces petites vergetures marbrées sur l’intérieur de ses puissantes cuisses. Pas de cravate aujourd’hui. Ils m’emmerdent tous avec leur dress code. Toutes mes cravates sont de travers et j’entends déjà les commentateurs de la presse nationale deviser sur ma tenue vestimentaire. Il n’y a que les journalistes français pour s’intéresser à ça ; il faut dire qu’ils sont souvent nuls avec leurs questions. Je préfère encore répondre à leurs collègues allemands, vu qu’eux, côté vestimentaire, ils ne peuvent pas dire grand-chose. Avez-vous déjà une fois croisé une Allemande élégante ? On a rarement camouflé un char tigre avec un carré de soie de chez Hermès.

8 h 14. J’arrive au palais de l’Élysée pour y rencontrer une dizaine de conseillers et d’experts en communication. En traversant la cour au pas de charge, dynamisme oblige, je me suis mis un petit caillou dans la chaussure. Est-ce que quelqu’un pourra m’expliquer pourquoi on a gravillonné cette cour qu’il faut sans cesse ratisser à grands frais de jardiniers assermentés à chaque visite ? Ma première mesure sera le goudronnage de la cour d’honneur et le licenciement de tous les jardiniers ; le changement, c’est maintenant. Voilà, j’y suis. Ils m’attendent tous debout bien sagement comme des asperges dans le petit matin frais de la campagne solognote, prêts à faire feu de leurs conseils et éléments de langage. Je les connais par cœur et j’en ris en mon for intérieur.

– Bonjour, Monsieur le Président, voici le rapport commandé sur la situation de la dette publique et les analyses prospectives relatives à la croissance attendue pendant votre quinquennat.

– Monsieur le Président, le directeur de la Banque de France a appelé hier en fin de journée et il s’inquiète d’une rumeur de chez Standard & Poors au sujet d’une possible dégradation de notre notation sur les marchés internationaux.

– Valérie a appelé. Elle ne viendra pas pour le déjeuner et vous fait savoir qu’elle part à la Rochelle dans l’après-midi.

La dette publique, le triple A ou le double, je ne sais plus très bien. S’ils savaient comme tout cela me gonfle. Elle est où la politique là-dedans ? Les financiers de Standard & Poors, Moody et autres officines suspectes ne me font pas peur. Ils se sont plus trompés ces dernières années que tout autre, alors quel crédit accorder à ces marionnettes en costume trois-pièces ? Ce grand conseiller avec son costume sombre et ses pompes italiennes vernies m’attend déjà avec son concept de « communication politique moderne », une diarrhée énarque de soixante pages. Lang aurait fait mieux avec moins de pages.

– Monsieur le Président, il faudra nommer le Premier ministre dans la journée.

Il m’emmerde celui-là. Je fais ce que je veux et quand je veux.

– Jean-Marc.

– Pardon ?

– Ayrault, le maire de Nantes.

– J’avais cru que vous…

– Cessez de croire. Les croyants n’ont plus d’avenir en politique et ailleurs ils sont régulièrement massacrés. Le dernier vrai croyant a fini sa vie, rongé par le tétanos sur une traverse en bois à cinq mètres du sol avec des clous rouillés dans les mains et sur les...