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Les cahiers au feu et la maîtresse au milieu ?

De
346 pages

« – C’était au temps où les institutrices n’étaient pas encore « professeurs des écoles » !...
Et oui ! Je ne fus qu’une institutrice, mais si fière de l’être... et lorsque, à deux ans de la retraite, on me gratifia de ce nouveau titre, j’eus l’impression de l’avoir usurpé...
Car enfin un professeur ça sait plus de choses que moi... en maths, en anglais... ça a fait de longues, très longues études...
Une institutrice ça embrasse, ça gronde, ça écoute, à mi-chemin entre la mère et la vie... ça comprend, ça ressent... et ça s’énerve aussi ! »

À travers un ton moqueur et enjoué, l’auteur nous livre ses mémoires pour dépeindre avec sincérité les joies et les difficultés du métier de professeur des écoles.


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C o u v e r t u r eC o p y r i g h t













Cet ouvrage a été composé par Edilivre
175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis
Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50
Mail : client@edilivre.com
www.edilivre.com

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,
intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

ISBN numérique : 978-2-332-53544-3

© Edilivre, 2014

A mes ex-élèves et leurs parents.
A mes ex-collègues de travail
(enseignants et femmes de service)
Aux maires et personnels municipaux
qui ont croisé ma route pédagogique.P r o l o g u e
– C’était au temps où les institutrices n’étaient pas encore « professeurs des écoles » !…
Et oui ! Je ne fus qu’une institutrice, mais si fière de l’être… et lorsque, à deux ans de la
retraite, on me gratifia de ce nouveau titre, j’eus l’impression de l’avoir usurpé…
Car enfin un professeur ça sait plus de choses que moi… en maths, en anglais… ça a fait
de longues, très longues études…
Une institutrice ça embrasse, ça gronde, ça écoute, à mi-chemin entre la mère et la vie… ça
comprend, ça ressent… et ça s’énerve aussi !
Mais justement c’était au temps où l’on pouvait donner une fessée à un enfant sans risquer
la prison.
C’était au temps où l’on pouvait réprimander un élève sans craindre de recevoir un coup de
poing de la part de son père ou de sa mère… ou du grand frère !
Le « tout en un » c’était nous : Prof de gym, infirmière, coiffeuse, gendarmette… en plus de
notre « mission » d’apprendre à lire, écrire, compter, à savoir se moucher et se laver les
mains…
Oui c’était cela : nous étions des missionnaires.
– C’était au temps où on écrivait au stylo bille. Il venait enfin d’être autorisé par le rectorat,
pour le courrier officiel, car, auparavant on devait impérativement utiliser un stylo à encre, ce
qui avait déjà été un grand pas en avant sur le chemin du progrès puisque dans ma jeunesse,
nous étions obligés d’écrire avec un porte-plume dont on trempait la plume « sergent major »
dans un encrier, lequel devait être soigneusement rempli, une fois par semaine, de ce fameux
liquide noir ou bleu appelé encre, ce satané liquide… qui tachait les doigts et s’éclaboussait
sur le papier. (Ouf quelle était longue cette phrase ! c’est pour mieux vous démontrer combien
j’ai langui, dans ma vie, d’en arriver au stylo-bille).
C’est d’ailleurs à cette époque du porte-plume et du plumier que nous chantions dans les
cours de récréation :
« Vive les vacances, à bas les pénitences.
Les cahiers au feu et la maîtresse au milieu »
Je dois préciser que si je partageais la joie de mes camarades en sautillant dans cette ronde
endiablée, je fus toujours un peu choquée par la vision « brûlante » de cette pauvre institutrice
sensée subir le même sort que Jeanne d’Arc.
Tout comme d’ailleurs j’ai toujours été offusquée par certaines paroles d’une autre chanson :
« La Marseillaise »
Là c’était le sang « impur » qui me traumatisait.
D’une part je ne comprenais pas pourquoi on le nommait « impur » et d’autre part j’étais
écœurée à la vue de tout ce sang que j’imaginais coulant dans les sillons que les bœufs en
attelage venaient de tracer.
Ce sang et ce feu donnaient des angoisses à la petite fille que je fus… et ne rassurent guère
la veille dame que je suis devenue.Chapitre 1
Une future institutrice
Aussi loin que je m’en souvienne j’ai toujours aimé l’école.
Ma mère ne me mit à l’asile (nom donné à l’époque à l’école maternelle) que l’année de mes
5 ans.
Alors que je revenais d’une promenade avec ma mère, j’avais remarqué cette vieille bâtisse
située à l’angle de la rue. Elle se protégeait derrière de hauts murs gris. Ce qui attisa mon
insatiable curiosité :
« Maman c’est qui qui habite là ?
– Oh c’est rien… c’est juste une école pour les enfants qui ont des mamans qui ne peuvent
pas s’occuper d’eux »
Le peu d’enthousiasme de ma mère se justifiait par son côté mère poule :
Alors elle m’expliquait :
« Tu sais y a, là-dedans, des gosses mal soignés et sales. Ils te donneraient la gale ou bien
des poux !… manquerait plus que ça ! »
Seulement voilà j’étais fille unique et toujours à la recherche d’un autre moi-même avec qui
jouer.
Certes il y avait bien ma poupée Marie Claude avec qui j’entretenais d’excellents rapports
mais son mutisme persistant m’agaçait un peu !
De plus, la « pôvre » je me demande bien comme elle aurait pu s’exprimer avec sa bouche,
en carton-pâte, béante depuis que ma mère avait essayé d’en extirper les épluchures de
pommes de terre que je lui avais données à déguster ?
Oh il y avait aussi mon petit baigneur noir en celluloïd… mais lui aussi restait désespérément
muet. Il n’avait même pas pleuré le jour où, voulant le réchauffer, je l’avais posé sur la
cuisinière à charbon de ma mère… Il avait juste fondu et senti très mauvais ! Ah ! il y avait
aussi cette grande bringue de poupée qui marche. Mais elle non plus elle ne parlait pas… Elle
se contentait de se dandiner lourdement, sous l’impulsion de mes deux mains qui la guidaient
par les épaules grâce à un mécanisme métallique dissimulé dans ses fesses. (j’avais regardé
par la petite fente) « Gauche droite ! gauche droite ! »
Avec toute la raideur de ses jambes de bois, elle avançait péniblement. Si grande que je
pouvais la vêtir avec des vrais habits de bébé tricotés par ma mère.
Il n’empêche que j’en avais un peu marre d’être toujours seule.
Bon d’accord il y avait aussi ma maman qui chantonnait en faisant son ménage.
Quand elle avait fini, tandis que le repas mijotait en attendant papa, elle me prenait sur ses
genoux, assise près de la fenêtre.
C’est comme ça que je découvris que les enfants allaient à l’école… quand ils en revenaient
d’ailleurs !
« Maman ! moi aussi je veux aller à l’école !
« Attends un peu l’année prochaine… tu seras moins fragile. J’ai pas envie que tu m’attrapes
la diphtérie c’est plein de maladies dans ces écoles ! »
Mais j’insistais, tant et si bien, qu’elle finît par m’y mettre !
Cet après-midi là, c’est elle qui pleura et non pas moi !
« Ah ! ça se voit que vous n’avez que celle-là, taquina notre concierge. Si vous en aviez 7
comme moi vous ne feriez pas tant de chichis ! »
Mais moi j’étais déjà partie rejoindre les autres enfants à la suite du rang.
C’est ainsi que je fis la connaissance du 2° homme de ma vie (le 1° étant mon père).
Jojo Hugon, en habitué des lieux, me prit par la main et on ne se quitta plus durant toutenotre brève scolarité.
Ah il m’en a rendu de services « mon jojo Hugon »(oui c’est ainsi que je l’appelais)
D’abord il se dévouait pour sucer la pastille de « vitamines » qu’on nous distribuait à la récré
et que ma mère m’avait formellement interdit de déguster :
« Moi, je te nourris correctement ! On n’a pas besoin de leurs cochonneries », avait-elle
précisé !
Ensuite il me permit de prendre ma maman en flagrant délit de mensonge…
N’aimant pas se lever tôt, surtout en période hivernale, elle me laissait croire qu’il n’y avait
pas classe le matin.
Or, un après-midi, mon jojo me demanda :
« Pourquoi tu viens pas le matin ?
– Parqu’y a pas école !
– Mais si y a… moi ma maman elle m’y met »
Aussi lorsque ma mère vint me chercher, je lui fis part de mon mécontentement, du haut de
mes 5ans :
« Maman ! je me suis aperçue que tu étais une menteuse ! » lui dis-je d’un ton solennel… »
Prise en défaut, ma mère m’expliqua que, si elle ne me mettait pas en classe le matin, c’était
pour éviter que je ne prenne froid en sortant de mon lit bien chaud pour retrouver à l’extérieur
une atmosphère glaciale… Ben oui nous subissions le rude climat du massif central.
(Plus tard elle me racontera combien elle avait été époustouflée par ma remarque… de
petite effrontée !!!)
Et puis, nous dûmes partir, sur le conseil des enseignantes, pour nous éloigner des risques
des bombardements qui visaient la manufacture d’armes de Saint-Étienne.
Adieu Jojo ! Je ne te revis plus jamais…
Ma deuxième école se trouvait dans le petit village où nous nous étions réfugiés : Sorbiers.
Là, point de maternelle, mais deux classes primaires tenues par des religieuses
« défroquées ».
De cette école, je ne retiens que peu de souvenirs…
Tandis-que les grandes travaillaient sur des ardoises ou des cahiers, la maitresse me prenait
à part. Elle m’installait sur une petite chaise face à ses genoux sur lesquelles elle avait placé
un livre grand ouvert.
Qu’y avait-il sur ce livre ? Mystère !
La guerre terminée, je regagnais la ville avec mes parents.
Ma mère m’inscrivit dans une institution religieuse située près de notre domicile, tenue par
des sœurs, porteuses de curieuses coiffes noires cernées de cornettes empesées et d’un
blanc immaculé.
L’observation de ces drôles de bonnet occupa toute ma matinée.
Que fis-je ? Qu’appris-je cette année-là ?
Rien !… à part l’acte de contrition, ainsi que l’art et la manière de confesser ses péchés… Ah
j’oubliais, que ce fut dans la petite chapelle de cette école que j’ingurgitais pour la première
fois « le corps du Christ ».
Vêtue d’une petite robe blanche, confectionnée par ma mère, le visage auréolé d’une
couronne de fleurs, je fis ma très honorable première communion, sous le regard attendri de
ma mère et le clin d’œil encourageant de mon père… Car j’avais un sacré trac : celui de
mordre une jambe ou un bras de ce pauvre type déjà en si piteux état sur la croix…
Pourtant les bonnes sœurs nous avaient bien expliqué que l’hostie n’était qu’un « symbole »
mais comme je ne connaissais pas encore le sens de ce mot, je n’en dormis pas de la nuit
précédant ce grand événement !!!
Souvent mise au piquet, (pour bavardage), par la sœur Marie-Joseph (que je détestais), jene me souviens que de l’envers du tableau… (oui c’est là-derrière que se trouvait le piquet !)
Mais je finis par l’apprivoiser cette vieille bigue… en jouant la carte du mimétisme… J’avais
remarqué que, lors des 4 prières de nos journées d’écolières, elle posait son menton sur ses
mains jointes puis fermait les yeux… (les entrouvrant, par intermittence, pour nous surveiller
d’un œil critique.)
Il me vint l’idée de faire de même… et elle s’en aperçut : « Regardez la petite Colette comme
elle est pieuse, faites comme elle ! » suggéra-t-elle à mes petites camarades.
Cela la rendit un peu plus indulgente… parfois elle feignait de ne pas remarquer mon
incorrigible bavardage.
Par contre je me remémore avec attendrissement les cours d’histoire sainte de sœur
Bénédicte.
Je l’écoutais,béate ! Elle nous lisait des textes d’une voix douce mais persuasive. On sentait
chez elle une grande bonté et beaucoup d’amour. Elle nous souriait à la différence de sœur
Marie-Joseph qui restait figée dans sa bigoterie.
Elle trouvait toutes ces histoires que j’adorais dans un livre que nous possédions toutes sur
notre bureau.
En évoquant cela, il me revient cette odeur merveilleuse de livre neuf qui m’incitait à plonger
mon nez contre ses pages en papier glacé (ma madeleine de Proust).
Nous suivions le texte du regard et pas une fois il ne me vint à l’idée de détourner la tête
pour bavarder. Ses images en noir et blanc me subjuguaient, m’emportant ailleurs… dans une
autre vie, en d’autres lieux.
L’année scolaire se termina…
J’avais 7 ans… l’âge de raison aux yeux de maman. Elle réalisa soudain qu’elle ne pourrait
pas toujours me garder à deux pas de la maison… qu’il lui fallait accepter de me laisser
grandir.
Elle se décida donc à m’inscrire à l’école Jules Ferry à 1km environ de notre appartement.
Elle n’eut pas d’autre choix que de respecter la carte scolaire car elle avait essuyé un refus
de la part de la directrice de la rue César Bertholon, à deux pas de chez nous pourtant, mais
qui n’avait pas notre secteur sur sa liste.
Par un frais matin du 1°d’Octobre, jour de rentrée scolaire à l’époque, elle m’y conduisit.
Me faisant mille recommandations :
« Maintenant que te voilà grande, tu feras les trajets toute seule… Alors écoute-moi bien. Tu
ne traineras pas en route… rappelle-toi l’histoire du chaperon rouge !
Ici nous traversons la place Desnoët… tu vois ces campements en bois ? C’est le logement
des prisonniers allemands… Surtout tu ne leur parles pas et s’ils t’offrent des bonbons tu
refuses… ils sont peut-être empoisonnés. »
Lors de mon inscription, ma mère avait signifié à la directrice que je ne savais pas lire.
Je rentrais donc en CP !
Je n’eus guère le temps de m’habituer à ma nouvelle classe.
Après quelques coups d’une baguette, longue et flexible, sur des lettres et syllabes,
soigneusement tracées sur le tableau noir, avec pleins et déliés, la maitresse me prit par la
main, pour me conduire dans la classe à côté :
« Je crois que la petite est pour vous, chère collègue, elle sait lire ! »
Je n’y comprenais pas grand-chose à cette salade mais apparemment c’était bon signe
puisque la nouvelle institutrice m’accueillit les bras ouverts et avec un franc sourire.
Elle m’installa sur un petit bureau placé près du sien. Poste idéal qui me permettait d’admirer
de beaux genoux, ronds et roses, agrémentés… de fossettes. Cette demoiselle, toute en
rondeur, fit de suite ma conquête… Sa gentillesse n’avait d’égale que sa bonne humeur.
Las !… je dus la quitter aussi.Elle se justifia :
« Je ne peux pas te garder chez moi, ma puce… tu sais lire couramment… tu perdrais ton
temps dans ma classe. »
C’est ainsi que j’atterris au CM1 chez une certaine Mme Décras !
Mes parents étaient partagés entre fierté et surprise :
« Mais quand t’as appris à lire… On s’en est pas aperçu, interrogea maman ?
– Quand je te disais qu’elle sortirait le chat de son écuelle « notre mimille », proclama mon
père, en tirant sur sa pipe ! »
Croyez-bien que moi non plus je n’avais rien vu venir…
Quand et comment avais-je appris à lire ?
Dans le livre ouvert sur les genoux de la sœur « défroquée » à Sorbiers ?
En parcourant le livre d’histoire sainte de sœur Bénédicte ?
Nul ne le saura jamais.
Ainsi dons je rentrais en CM1, 15 jours après les autres élèves ! Et là je dus y rester toute
l’année, à mon grand désespoir, car entre Mme Décras et moi ce ne fut pas le grand amour.
(tiens au fait on aurait peut-être pu la mettre au milieu… du feu de la chanson !)
Était-ce le fait d’avoir brûlé quelques étapes ? Je ne comprenais pas tout, et quand
j’interrogeais ma nouvelle maîtresse, elle me répondait :
“T’avais qu’à bien écouter”
Alors, le coude sur la table, le menton posé sur ma main, je boudais !
Le calcul mental quel supplice !
“un deux trois : levez vos ardoises !”
Invariablement je me trompais d’un chiffre ce qui me valait cette réflexion de Mme Décras :
“Décidément tu es la reine des étourdies !”
Alors je re… boudais.
Je ne souriais plus jamais, passant mes journées à faire la moue pour bien montrer à ma
nouvelle institutrice que je ne l’aimais pas. Mais cahincaha, je finis par rattraper mon retard et
m’intégrais à ma nouvelle classe.
En Juin on me déclara : « bonne pour le passage en CM2 »…
Or, il se trouvait que cette classe était tenue avec fermeté par une certaine Mme Seytre… la
hantise des élèves !
Cette maîtresse, toujours vêtue de noir et… avec du poil au menton, criait si fort que nous
l’entendions depuis les autres classes. Ajoutons à cela des coups et des vibrations dont nous
redoutions l’origine :
“Avait-elle tué une élève d’un coup de règle ?
Avait-elle cassé un objet ?”
A la récréation, ses élèves interrogées entretenaient le suspens :
“Fouilla ! Vous allez voir quand vous serez dans sa classe” !
J’aurais cent fois préféré aller chez la Directrice. Cette femme, douce et coquette, (avec du
rouge à lèvres ma chère !), tenait la classe du certificat d’études…
Bref, à la rentrée scolaire suivante, je n’en menais pas large.
Et pourtant, celle que nous craignions toutes, devint mon ange gardien, grâce à qui je pus
réaliser mon rêve : “devenir institutrice” !
D’abord elle n’était point la mégère que nous avions supposé.
Elle criait certes, mais toujours à bon escient, c’est-à-dire pour dissiper nos étourderies :
“Mais enfin vous avez de la peau de saucisson devant les yeux ?
Regardez le tableau de l’impératif présent :
ChantE… chantons chantez.FiniS… finissons finissez”
… hurlait-elle, en brandissant la souple et longue baguette pour désigner les colonnes
tracées de ses mains expertes.
Parfois son coup de gueule s’accompagnait d’un ébranlement de l’estrade qu’elle frappait
d’un pied nerveux…
Cela nous inquiétait mais, d’un œil malicieux, on guettait le moment où le bois, déjà fendu,
rendrait l’âme dans un ultime craquement.
En étude surveillée, elle calmait les murmures, en donnant trois coups brefs avec sa règle
en fer, imprimant une cicatrice supplémentaire à son bureau. (vous vous rappelez ce bruit que
nous entendions depuis les autres classes ?)
Mais jamais elle ne toucha à un seul cheveu de nos têtes.
J’adorais les samedis !
Non pas à cause des exercices de couture, que je détestais, mais parce que, pendant ce
temps, elle nous faisait lire à haute voix un livre puisé dans la bibliothèque de classe.
Je découvris ainsi ma passion pour la lecture :
Le grand Maulne… Sans Famille… Le petit chose…
Je devins rapidement la « lectrice en chef » de la classe.
Installée au bureau de notre maîtresse, et pas peu fière, je m’appliquais à l’imiter… pour
mettre le ton qui convenait à chaque phrase.
Bref le summum du bonheur pour la gamine qui rêvait de devenir « une maitresse ».
Et puis au moins j’échappais au supplice des ourlets de mouchoir !!!!
Un pied de nez à ma mère qui voulait que je sois couturière !!!! (Pauvre maman, soit dit en
passant, c’est elle qui finissait le fameux ourlet)
L’après-midi, (oui il y avait classe), la visite de Melle Rolland me comblait.
Elle arrivait, précédée par une grande de fin d’études qui lui transportait son « guide –
chant ».
Ce petit harmonium en bois foncé était, en quelque sorte, un piano portatif.
Cet instrument à vent, à anches libres et à clavier transpositeur possédait un clavier de deux
octaves. Pour en jouer notre professeur de musique devait actionner un levier en bois placé à
gauche, tout en pianotant sur les touches.
Elle nous apprenait les notes, nous enseignant aussi des chants en canon afin d’affiner notre
ouïe.
Décidément ce CM2 fut pour moi un exutoire. Je sortais de ma coquille…
Décelant en moi une « bonne oreille », Melle Rolland conseilla à ma mère de me permettre
de jouer d’un instrument de musique.
J’aurais préféré le piano mais l’exiguïté de notre logement ne le permit point.
Je pris donc des cours de violon… à l’école de musique de Saint-Etienne, rue du Chambon.
C’est aussi le samedi que nous recevions, parfois, la visite… de jeunes filles…
mystérieuses !
Mme Seytre nous les présentait avec fierté :
« Ce sont mes anciennes élèves… elles travaillaient bien dans ma classe, et maintenant
elles sont à l’école normale pour devenir institutrices ! »
Bouche bée je les admirais !
Comme j’aurais voulu être… comme elles… !
Le samedi de la fin du trimestre, nous apportions du papier de verre, de la cire et des
chiffons, pour nettoyer les taches d’encre et lustrer nos bureaux… ce jour-là, nous avions
même le droit de « bavarder », tout en frottant, tandis que Mme Seytre se départissait de son
habituel sérieux pour nous observer… en souriant. La fête quoi !C’est un de ces fameux samedis que le destin frappa. Notre maîtresse, plus détendue que
dans la semaine, s’approchait de nos tables pour un brin de causette.
Elle en profitait pour nous interroger sur ce que nous aimerions « faire » plus tard.
Beaucoup voulaient devenir vendeuses, brodeuses ou corsetières. Mais moi je voulais être
INSTITUTRICE !
Je lui confiais donc mon rêve, tout en lui précisant que cette idée ne correspondait pas aux
projets de maman qui voulait que je sois couturière.
Mme Seytre convoqua donc ma mère pour un soir après les cours. J’assistais évidemment à
l’entretien.
Ma maîtresse (fine psychologue), sut frapper sur la corde sensible : “ Vous savez Madame,
votre fille mérite mieux que ce pourquoi vous la destinez… un métier qui a perdu de sa valeur
depuis l’ouverture récente de magasins de prêts à porter… Par contre, je pense qu’elle
réussirait bien dans la carrière d’institutrice. Elle est intelligente, dotée d’une bonne mémoire…
La musique s’ajouterait même à ses atouts.
– Je voudrais bien écouter vos conseils madame, mais nous ne sommes pas assez riches
pour lui payer des études au Lycée Honorée D’Urfée.
– Mais votre fille pourrait aller au collège Moderne de jeunes filles de la rue Rouget de
L’Isle… C’est entièrement gratuit vous n’auriez que les livres à fournir.
– Ah bon ? Mais c’est très loin de chez nous… Il faudrait qu’elle prenne le tramway… Elle
n’a que 11ans. Je la trouve bien jeune encore pour se lancer seule dans la ville… Vous savez
on n’a que celle-ci et nous l’avons beaucoup couvée car, avant elle, j’ai perdu un enfant.
– Si ce n’est que ça qui vous pose problème je vous fais une proposition : attendons l’an
prochain… Je la garderai dans ma classe encore un an pour la présenter, l’année suivante, au
concours d’entrée pour la 6°. Cela ne lui fera pas de mal elle comblera quelques lacunes en
mathématiques. ”
Ma mère finit par accepter !
Et voilà comment je pus, grâce à mon institutrice, « poursuivre des études »… car je le
réussis cet examen, l’année suivante !
Ma mère toute fière, (résignée à ne pas avoir une fille couturière), fit contre mauvaise fortune
bon cœur. Elle annonça à qui voulait l’entendre :
“ Ma fille va poursuivre des études”
C’est ainsi que l’on disait, pompeusement, de ceux qui “continuaient” après le CM2… fait
rarissime à l’époque…
Ainsi, nous ne fûmes que deux sur une classe de 35 à nous présenter à ce concours…
Mme Seytre avait joué son rôle jusqu’à l’extrême puisque ce fut elle qui nous accompagna,
au collège, le matin du concours !
Ah Madame Seytre ! je ne vous remercierai jamais assez !… Que j’aimerais savoir composer
une ode en votre mémoire.
Je « n’irais » plus à l’école… désormais je “fréquenterais” (notez en passant l’expression
hautement distinguée)… le collège moderne de jeunes filles…
Et surtout pas de garçons… pas plus en cours que dans les parages… car la “surgé”
(surveillante générale) espionnait, depuis le perron, toute la rue, à chaque entrée et à chaque
sortie !
De la 6° à la 1°, je découvrais la vie “intellectuelle”, dévorant à belles dents (mais aussi avec
les yeux bien sûr) les livres de bibliothèque que nous conseillait notre prof de Français.
J’attendais toujours les rentrées scolaires avec impatience.
Pas de grève… Pas de professeurs absents…
Pas de disputes entre copines…
La vie au collège restait sereine et régulière.J’adorais le Français et sa clique grammaticale.
J’affectionnais l’histoire de France qui me permettait de voyager dans le temps… même si
les dates à retenir me rappelaient dangereusement les chiffres qui, eux-mêmes, me
rappelaient les mathématiques que je détestais…
Si encore les professeurs de cette discipline avait été beaux et sympathiques…
mais après Mme D, poilue et mal coiffée, nous avons hérité dans les cours supérieurs d’un
certain Mr J… jaune comme un citron et sec comme un sarment de vigne.
Là, je dois reconnaitre que mon jugement manque d’impartialité, car, si vous interrogiez ma
copine “Josette la matheuse” vous apprendriez que D et J furent d’excellents enseignants… et
que ce ne fut point de leur faute si je m’empêtrais dans les x et les y (au carré ou pas !!!
positifs ou négatifs… !!!), vu que je manquais tout à fait d’esprit logique (toujours aux dires de
ma copine… mais ce que je confirme !)
Je me régalais de tout ce qui s’apprenait par cœur : ingurgitant de bonne grâce les sciences
naturelles, la chimie, la physique, la géographie et l’histoire !
Je subissais le dessin, même si je n’appréciais pas de devoir toujours esquisser le même
vase… sans une seule fleur !
L’anglais ne me passionnait pas mais “il” me donnait l’impression de vivre dans un autre
monde. Je répétais avec fierté les quelques mots que je connaissais à mes parents qui
m’écoutaient, béats d’admiration.
« Notre fille parle anglais », annonçaient-il à à la ronde.
Parler n’était pas le terme exact car avec « la mère Guillaume » (pardon madame pour le
manque de respect) on se contentait de “ânonner” les mêmes mots de base puis, par la suite,
de traduire un texte par écrit… donc on parlait peu…
Je n’appréciais guère l’éducation physique qui, la plupart du temps, consistait à jouer au
ballon prisonnier. J’en avais un peu marre de servir de punching-ball aux grandes bringues
sportives qui gagnaient à tous les coups en me touchant. Par contre, les barres parallèles et la
poutre me réconcilièrent avec cette discipline.
Quant à l’élastique, il représentait un obstacle dangereux, que mes petites jambes se
refusaient à franchir au-delà d’un petit 80 cm de hauteur…
Mais, pas de panique, la gym n’étant que facultative pour nos examens.
Parallèlement à mes études, je consacrais mon temps libre à mes deux passions : la lecture
et la musique.
Jamais je ne redoublais. Heureusement car, j’étais rentrée en 6° avec une année de retard
en raison des craintes de ma mère.
Je fus une bonne élève sans être brillante loin de là.
En cause, à mon avis, un intellect assez limité… doublé d’une trop grande fragilité
psychique.
En fait je ne pus compter que sur un travail acharné, motivé par un but bien précis : je
voulais être institutrice !
Fille unique, bien soignée, bien nourrie (dans la limite d’un appétit minuscule), je pouvais
travailler tard le soir sans être dérangée par mes parents qui respectaient ma soif d’apprendre.
Même si parfois, alors que je pleurais sur un problème (insoluble ?!) maman me consolait par
cette réflexion :
“Pas la peine de pleurer ! Si t’y arrives pas tu feras couturière, ou bien, tu iras travailler au
bureau de l’usine de ton père”
Je parvins à gravir les différentes étapes qui devraient me mener au sésame : “Ecole
normale d’institutrice” !
Ah mais j’eus bien des frayeurs sur ce chemin de la poursuite des études !!!
Ainsi alors que j’étais dans les premières de ma classe figurez-vous que j’échouais au
BEPC.Je pleurais toutes les larmes de mon corps !
Mes professeurs pour me consoler décrétèrent que cet échec semblait dû à une grosse
fatigue ou au trac.
Ma mère me refit sa petite sérénade :
« Ne t’inquiète pas ma chérie tu pourras toujours… »
Fort heureusement, en ce temps-là, on nous donnait de suite une seconde chance… il
suffisait de repasser l’examen, (en entier) début septembre…
Révisions champêtres dans notre petit village de vacances, entre les sapins et les myrtilles !
En septembre, toute bronzée par mes études de plein air… je réussissais, enfin, ce cher
BEPC !
En octobre je rentrais donc tout normalement en seconde.
Ouf j’avais eu chaud et je commençais à me remettre en question :
« Quoiqu’en disait Mme Seytre, je ne suis peut-être pas si intelligente que ça ! »
Je n’en travaillais donc que plus ; mais j’avais besoin de me rassurer pour le cas où…
Or, à l’époque, on pouvait facilement rentrer dans la vie active avec simplement LE BEPC !
J’avais appris que les écoles privées, recrutaient leurs enseignants dans cette pépinière
“brevetée”
Les institutions du privé payaient certes moins bien que le public mais peu importait à mes
yeux… pourvu que je puisse réaliser mon rêve : être une maîtresse d’école !
Ce fut donc avec sérénité que j’entamais le second tremplin visant les bacs.
Car il y en avait deux à passer, avec toutes les matières au programme.
Fidèle à moi-même, je ratais le Bac première partie en juin (même pas pleuré !) mais le
réussissais en Septembre ! Merci le soleil et l’air vivifiant de ¨Planfoy !
Le bac deuxième partie fit de nous des pionnières. Faute de classe terminale dans notre
établissement nous aurions dû théoriquement suivre les cours au Lycée Honoré d’Urfé (Le
référant dans la région).
Notre Directrice nous annonça fièrement qu’elle venait d’obtenir l’ouverture d’une classe
« Bac expérimental » dans notre collège qui, de ce fait, prenait du grade.
Alors, vas pour “sciences ex” !
Même si cet examen demandait un certain niveau en math, je n’allais pas faire la difficile !
(bien que j’eusse préféré un bac littéraire) !
Je fis le désespoir du prof de mathématique et celui du brave Mr Tupinon en Physique,
atteignant petitement le 10 dans ces matières.
Mais je l’ai eu ce bac 2° partie et dés-le mois de Juin… (cerise sur le gâteau)… grâce à un
bon 19/20 en musique !
Mais, ne rêvons pas, je l’ai eu sans mention !
Pouf je m’en fichais pas mal de leur mention !
J’atteignais mon but !
J’avais échoué au concours d’entrée à l’école normale, que l’on présentait à l’époque après
le brevet… Alors je m’inscrivis de suite sur la liste des instituteurs remplaçants… sachant qu’il
faudrait ensuite effectuer de nombreux remplacements, dans les endroits les plus reculés en
campagne, avant la titularisation.
Mais décidément j’eus la chance de faire partie d’une équipe de pionnière là encore.
A la suite d’une réforme récente, en raison du manque d’enseignants, un concours
supplémentaire, après le Bac, venait d’être créé pour entrer dans cette illustre école.
Il s’agissait d’un concours littéraire… Pas de maths donc !
Je m’y présentais !
Et ce fut ainsi que je devins une normalienne… une presque « élève-maîtresse » !
Bon d’accord aux yeux des normaliennes A, (les anciennes rentrées après le brevet), nousne faisions pas le poids. Elles nous toisaient, se sentant investies d’un droit d’aînesse…
Nous n’avions en commun que les repas de midi. Pour les cours, notre salle se trouvait dans
une autre aile du bâtiment. Mais il régnait une bonne ambiance dans notre classe de
normaliennes B. Je découvrais des matières nouvelles qui me passionnèrent : psychologie,
sociologie, pédagogie, morale de l’institutrice…
Chaque trimestre on fit des stages dans des classes tenues par des maîtresses dites « de
perfectionnement ».
On nous fit aussi signer une attestation sur l’honneur par laquelle nous nous engagions à
exercer pendant 10ans au minimum notre métier. Le premier vrai engagement de notre vie. En
cas de non-respect de ce pacte nous devrions rembourser le prix de nos études.
Le prof de psychologie animait ses cours avec des exemples concrets. Je buvais les paroles
du maître en pédagogie m’empressant de les appliquer lors de mes stages. Je fus moins
imprégnée par la sociologie. Mais par contre « la morale de l’instituteur », contenue dans un
livre commenté par notre directrice, apporta de l’eau à mon moulin… modifiant quelque peu
mon désir d’obéissance à ma mère.
Nous étions dans les années cinquante et cela va très certainement amuser les nouvelles
générations.
On y stipulait qu’une enseignante se devait d’être coquette mais avec discrétion :
« Pas de robes au-dessus du genou… port du pantalon interdit sous risque de blâme… de
même des bas filés pourraient donner lieu à une sanction en cas de récidive ».
« Un léger maquillage est autorisé chez le personnel féminin… et même conseillé car un
visage non fardé est “impudique” (stipulait notre directrice qui donnait l’exemple en traçant
avec précision le contour de ses lèvres bien ourlées à l’aide du fameux rouge baiser).
Cela peut paraître ridicule à une jeune fille du 21° siècle mais si on ramène ce texte à son
époque (le milieu de 20° siècle), on y décelait une amorce de libération de la gente féminine…
Enfin je pourrais me mettre du rouge à lèvre sans que ma mère ne s’en offusquât !
Bref que du bonheur !
A l’issue de cette année de formation on nous catapulta chacune dans une classe sous la
responsabilité de nos professeurs d’EN qui, théoriquement, viendraient nous inspecter.
Alors seulement commença ma vie d’INSTITUTRICE !Chapitre 2
Institutrice enfin !
Mon premier poste se trouvait à l’école de filles de Pontcharra dans la vallée de l’Ondaine.
Le jours de la rentrée, je pris le bus électrifié (oui… avec une flèche au-dessus qui le reliait
au réseau électrique de la route), place Bellevue, devant le domicile de mes parents.
J’avais 20 ans et du courage à revendre !
Néanmoins c’est le trac en bandoulière que je me présentais devant ma directrice.
La cinquantaine bien avancée, comme tous les directeurs de l’époque, elle ne me cacha pas
son inquiétude de voir qu’on allait confier à une jeunette sans expérience une classe difficile
selon elle : un CS (cours supérieur).
Elle m’expliqua qu’elle ne pourrait pas beaucoup m’aider, ajoutant à sa charge de Direction
celle d’institutrice de la classe du certificat d’études.
Les collègues bien que très sympathiques me firent à peu près la même remarque.
Mais je ne doutais de rien, si sûre de moi !
Je sortais de l’école normale n’est-ce pas ? ça vous pose une demoiselle ça !
Puis, la directrice sortit le sifflet métallique de sa blouse grise, (symbole d’autorité), et souffla
énergiquement dedans.
Dans la cour, une vague s’étala puis éclata se transformant en 6 rangées de gamines
silencieuses.
Ma « chef » me montra « mon » rang.
Je le remontais avec une lenteur calculée, du haut de mon petit mètre cinquante, pour en
prendre la tête.
Face à ma classe, je découvrais alors que la plupart de mes élèves me dépassaient d’une
épaule… et ceci, malgré ma première paire de talons… hauts… pfff… de 3cm seulement !
Histoire de rééquilibrer la situation je me redressais du mieux que je pus pour annoncer d’une
voix aigüe :
« Avancez mesdemoiselles ! »
Et le rang s’ébranla silencieusement.
Je constatais avec délice l’impact tout puissant de mes paroles : les élèves avançaient
silencieusement, la tête baissée, mais m’observant du coin de l’œil.
Petite précision : je portais une blouse toute neuve, rose avec un liseré noir, et j’avais mis
une touche de rouge baiser sur mes lèvres…
Les gamines restèrent debout, à côté de leur bureau, attendant que je leur permette de
s’asseoir, ce que je ne fis qu’après m’être installée fièrement à ma table, perchée sur l’estrade.
(comme le faisait autrefois ma chère Mme Seytre)
Voilà ! la mise en scène semblait parfaite ; il me restait maintenant à jouer enfin mon rôle
d’institutrice.
Armée du registre d’appel je découvrais mes élèves, seule manquait une certaine Christiane.
Distribution des livres… liste des fournitures : voilà de quoi briser la glace.
J’avais soigneusement préparé ma classe la veille.
On commença par ouvrir le livre d’instruction civique. La lecture d’un texte par les élèves
volontaires, se termina par le choix d’une phrase, que l’on inscrivit sur le cahier du jour :
« Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage », La Fontaine.
Puis ce fut le calcul mental et la fameuse ardoise qu’on levait au signal pour montrer le bon
(ou le mauvais) résultat.
Par solidarité (en raison de mon allergie mathématique) je me montrais indulgente envers les
erreurs de calcul.
Petits cours de rattrapage…Avec moi, elles feraient des progrès. Je me le jurais.
J’expliquerais autant de fois qu’il serait nécessaire !
La récréation me permit d’utiliser, enfin, mon beau sifflet, tout neuf, preuve de mon grade.
Je me joignais aux collègues. Nous échangions nos premières impressions, tout en faisant
les cent pas.
J’ai toujours trouvé amusant cet étrange ballet des enseignants qui, se faisant face,
avançaient, puis, reculaient (chacun à son tour évidemment) sans jamais se monter sur les
pieds !
A rapprocher du chachacha… avec, comme musique de fond, les cris stridents des enfants
jouant aux gendarmes et aux voleurs. Chemin faisant, chacune y allait de son petit
commentaire :
« Elles sont nulles cette année ! se lamentait la maitresse de CM1… une vraie catastrophe.
J’ai entendu cette phrase à chaque rentrée scolaire… Phrase qui traduisait sans doute
l’angoisse profonde de l’enseignant consciencieux qui a peur de ne pas être à la hauteur.
Je me gardais bien de donner un avis que j’eus été incapable de fournir.
Prenant les devants, la directrice me conseilla :
« Quelques-unes de vos élèves préparent le concours d’entrée pour le collège technique,
alors privilégiez les matières de l’examen : calcul, français, histoire-géo et sciences
naturelles…
En ce qui concerne les autres, ne vous inquiétez pas, elles attendent d’avoir leurs 14 ans
réglementaires pour aller travailler »
Justement le lendemain arriva une de celles qui attendaient cet âge officiel.
Elle s’appelait Christiane. Grande bringue...

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