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Les invraisemblables aventures de Monsieur Tout le monde

De
144 pages

Monsieur Tout le monde est exactement comme vous : il a un travail qu'il déteste, une femme moche, et deux adolescents dont le premier but dans la vie est de ne surtout pas devenir comme lui.


Mais Monsieur Tout le monde veut changer tout ça. Il veut rêver. Il veut vibrer. Il veut croire que la meilleure partie de son existence n'est pas derrière lui.


Alors, un beau jour, il décide de s'affranchir de ses barrières mentales, et part à la découverte d'un monde beaucoup plus déjanté qu'il ne l'avait soupçonné...

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©2014–ISEdition
MarseileInnovation.37rueGuibal
1303MARSEILLE
www.is-edition.com

ISBN(Livre): 978-2-36845-045-1
ISBN(Ebooks): 978-2-36845-046-8

Directriced'ouvrage: MarinaDiPauli
ResponsableduComitédelecture: PascaleAverty

Ilustrationdecouverture: AndreyArmyagov

Colection«Grainesd'écrivains»
Directeur: HaraldBénoliel

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delapropriétéintelectuele.

MAHRKGOTIÉ

—D EI N V R A I S E M B L A B L E SA V E N T U R E S L E S—
M O N S I E U RT O U TL EM O N D E

C h a p i t r e1

Comme un bon vieux morceau punk

Ce soir-là, nous étions tous à table et comme
d'habitude,personnen'avaitrienàmedire.Laplupartdu
temps,çanemedérangeaitpas.Leshistoiresdeboulot
demafemmenem'intéresaientpasetmesmômes,ils
s'arangeaienttoujourspouréviterdem'adreserla
parole.Parfois,l'und'euxmedemandaitdeluipaserle
painouleseletjemecontentaisdeça.
J'étaisMonsieurToutleMonde.J'avaisuntravail
merdique,unefemmemocheetdesenfantsquine
pouvaientpasm'encadrer.J'étaisexactementcomme
vous.
Évènementrarisime,j’avaisenfinquelquechoseà
direàmafileetjenesavaispastropcommentelealait
réagir.Ladernièrefoisquejeluiavaisparlé,c’étaitpour
lasommerdeneplussesapercommeunepute.Même

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lesgothiquescherchaientàplairemaintenant;onvivait
enpleindélire!
Aprèsavoirtousoté,jemelançaigentiment:
– Euh, dis-moi ma chérie, le monsieur qui chante sur
tesdisquesquitraînentdanslavoiture,ilestencore
vivant?
Eleseretournaversmoi,vraimentsurpriseparce
qu’elevenaitd'entendre.Sonpères’intéresaitàses
goûtsmusicaux! Celadevaitcacherquelquechose.
– Qu’est-ce que ça peut te foutre ? me répondit-ele
danssoninfiniebonté.
Mafemmecoupalesondutéléviseuretseprécipita
surl’ocasiondemetémoignersonsoutien:
– Dîtes donc jeune file,cen’estpasunefaçonde
s’adrespère,sermonna-t-eerà sonlul se iTu. oi d
témoignerunminimumderespect; tun’espasavecl’un
detesamisdanslacourderécréation.Etpuisenplus…
Jedevaisl’arêtersur-le-champ,sinonçafiniraiten
engueuladeetjen’obtiendraispaslesrenseignements
nécescéuosid a'aveuj ur qantee chur crias se rtve
quelquesjoursplustôt.Uneminutededialogueen
famileetdéjàçapartaitencouile.
– Oui bon, je crois qu’eleacomprislaleçon,dis-jeà
mafemme.
Puis,àl’atentiondemafile:
– Donc ce type-là, comment il s’apeledéjà?

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– Marilyn Manson.
– Ah lui ? répliqua mon épouse. Ce malade ? Ne me
dispasquetuécoutesencorecetemusiquedesauvages!
– Je fais ce qui me plaît! hurlalagamine.
– Là, je trouve que tu exagères…
– Pardon ? murmura ma femme.
– Oui, j’ai écouté l’un de ses disques et je trouve ça
super. En fait, je préfère savoir que notre enfant
s’intéreseàcegenredemusiqueplutôtqu’àlamerde
quetuécoutesaubureau.
Mafilesemblahésiterentredeuxréactions.D'un
côté,çaluifaisaitplaisirquejeladéfendecontresamère
etdel’autre,eletrouvaitçainsultantquesonvieuxpère
coincéaimelemêmerockqu’ele.Mafemme,humliée,
quitalatableenpleurant.
– Ce que je voulais savoir, repris-je comme si de rien
n’était,c’estsicegarsprévoitdedonnerunconcertdans
larégion.Parcequej’aimeraisbeaucoupyaler.
– Tu déconnes, là ? brûla-t-eled’unairénervé.
– Ben non.
– Manson paseàcinquantekilomètresdelà,au
Zénith,dansmoinsdequinzejours.Jevousaidemandé
l’autorisationd’yaleravecmesamisetvousavezrefusé
sousprétextequ’ildevaityavoiruntasdemecslouches
danscegenredespectacles!

6

– Alors ça, c’est marant…
– Ce n’est pas marantdutout!pleuramagoseen
balançantsonverecontrelemur.
– Écoute, déclarai-je en posant ma main sur son bras
qu’elerepousaausitôt,nouspouvonspeut-êtreyaler
ensemble?Qu’endis-tu?
– Hors de question ! beugla-t-ele.Yaleravecmon
père?Lahonte! Jeconnaisdesgensquiserontlà-bas: tu
imaginescequ’ilspenseronts’ilsmevoientdébarquer
avecmonpapa?
– On s’en tape, hasardai-je doucement.
– Non, on ne s’en tape pas. C’est de ma réputation
dontnousparlons!
– Dans ce cas, concluais-je, j’irai sans toi.
Mafilequitalatableàsontour,suivieparsonpetit
frèrequivoulaitjustemefairesavoirqu'ilapartenaitau
campadverse.Nousétionsunefamiletypique:on
pouvaitpasseblairermaisonfaisaitbonnefiguredevant
lesvoisins.J'enavaismaredejouerlacomédie.
Jecroisquec'étaitça,letruc.Jenepouvaisplusfaire
semblant.

Bientôt,jedevinscapablederéciterlesparolesde
chaquemorceaudeMansonetjemedisaisqueçaferait
clasequandjemeretrouveraisparmitouscesmorveux
prépubèresquiconstituaientsonpublic.

7

Falaitpasseleurer,jenepaseraisjamaisinaperçu;
maisjenevoulaispasquelesgensmeprennentpourun
tueurensérie.Onatelemententendud’histoiresà
proposdecesmaladesquiprofitentdecegenrede
manifestationpourenlever,nivuniconnu,unevictimeà
lapeaufragile!
J’avaisl’intentiondem’amusertoutseul.Desauter,de
danser,dehurlerjusqu’àmeromprelescordesvocales
sansmesoucierdesautresoudecequ’ilspouraientbien
penserdemoi.Jesouhaitaismeconnecteràl’espritdece
chanteurcréateurd’idolesdantesquespourqu’ilsache
quequelqu’unl’avaitcomprisetquemoi,pousière
misérable,j’avaisquitélesrangs,j’étaissortidudroit
cheminpourneplusjamaisyretourner.
Troisheuresavantledébutduset,desadmirateurs
gothiques avachis comme des lombrics se tenaient
devantlesportesd’entrée,économisantleursforces,
prêtsàexploser.
Ilsseresemblaienttous:leteintblafard,morbide;
desvêtementslongsetsombres,mélangedeglamourdes
annéesquaranteetdestendancesSMn wewe av;des
tatouagesantichristiques; desbots seniaciréma n ie b –et
sûr–despacksdebièrechaudefièrementexposésautour
d’eux.

8

Lafiled’atentecommençaàgrosir.Avectoujours
plusd’excentriques,detatoués,defilesauxcheveux
décolorés.Magaminepaseraitpouruneenfantde
chœuràcôtédeceles-là.Nombrilmortifié,maquilage
excesif,décoletéprovocant:laparfaitepetitesalope
anarchistequiseprendpourunerebeleparcequ’ele
boitcommeuntrouetqu’elesefaitsanscesebaiserpar
destypesquinesontnibeaux,nipopulaires,nimusclés,
ninteligents.
Yavaittouteunesymboliqueàtraverschacunede
leursgestueles,uncodeparfaitementétabli.Etleseul
quidérogeaitàleursrègles,quines’habilaitpasen
vampirelubrique,c’étaitmoi,unvieuxmalrasédansun
pauvrejeanrepasé.
Jepensaisvraimentquetouscesjeunespsychopathes
enpuisance–quiunjourseraientcadres,secrétairesou
médecins–metémoigneraientunméprisviolentpour
madiférence,maiscelasemblalesfairerire.
Jemetrouvaisaumlieud’unpetitgroupedemioches
qui devaient avoir entre quinze et vingt piges et
paraisaientamusésparmaprésence.Lesdeuxoutrois
typesfumaientdesclopesenmedésignantdudoigtde
tempsentempssansjamaissemontrerdésagréables,
tandisquelesdeuxfilesdiscutaiententreelescommesi
derienn'était,parlanttoutefoissufisammentfortpour
quej’entendechaquemotisudeleurconversation.Eles
chantaient les louanges de Manson en fredonnant

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quelques-unesdesescompositionsetjevoyaisbien
qu’elesesayaientdemefaireréagir.
C’estalorsquejemesuisdit: «Etpourquoipas?».
– J’adore cele-là,signalai-jeleplusnonchalamment
posible,maisilfautqueturécitesletexteavecplusde
convictionsituveuxprovoquerl’efetescompté.
L’une d’ele brunene petitseu – tem téisea ev c
piercingl es ru ,errbsas roflet uges al rus , uenglageuatota
danslescheveuxetuncorpsquirendraitn’importequel
hommepédophile–croisafermementlesbrasetme
lança:
– Ah, oui ? Et si vous nous faisiez une démonstration,
papa?
Etlà,sansprévenirl’auditoire,jemesuismisàbrailer
du ton le plus rauque que je pouvais, créant une
atmosphèrepitoyabled’outre-tombe.Commejechante
trèsmal,lesfilesontcommencéàsefoutredema
gueule.
Vous ai-je précisé que la seconde gamine était
égalementdiaboliquementbienfoutue?Unerouquine
auxyeuxmalsainsavecd’énormesseins.Vuquejeneme
démontaispastandisquelenombredegensquise
moquaientdemoiaugmentait,lesdeuxoutroistypes
quiacompagnaientcesjeunesdiablesesdécidèrentde
sejoindreàmoietnousterminâmesl’interprétationa
capela,dansuntonnered’aplaudisements.

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«Pasmal,papa,jugeaBruneteenmeserantlamain.
Nousnesommespashabituésàcroiserdespersonnes
âgéesdanscegenredeshows! »

L’alcoolétantinterditdanslasal e len qu biee –
chanteur et ses musiciens se présenteraient bientôt
décalquésàlacoke–nousfûmesobligésdeterminerles
packsdanslafiled’atente.Etcommejemetenaislà,
sympathique,jeleuraidonnéunpetitcoupdemain; si
bienquec’estbouréjusqu’àl’osetBruneteexcentrique
aubrasquej’arivaiprèsdelascène.
Lesgensautourdenousdevaientmeprendrepourun
pèreloufoquequirefusedelaisersamiochevivresavie,
unpèretropprotecteur;oupeut-êtremeprenaient-ils
simplementpourunbonpère,maisvulafaçondont
Brunetesedandinaitdéjààcôtédemoietmagueuleà
moitiéarachée,celam’étonnerait.
Enfin,jecroisquetoutesceschosessecontenaient
dansunbrouilardetquequelquepart,celaneme
concernaitplus.J’avaischoisideprofiter; pasquestionde
gâcherl’instantenconsidérationssuperficieles.
L’undestypesdelabandeproposaàchacund’entre
nousdescapsulesmagiquesquisoi-disantcréaientun
«bontrip».Bruneteengobadeuxsanshésiter,imitée
parRouquinequijasaitavecunautremec.Etmoiqui

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voulaisjoueràl’hommebranché,j’aifaitpareilet
rapidement,j’aidécolé.
Wouah!Déflagrationdesparticulesdel’espaceen
motifstemporels.BAM!,lessonsdeguitareélectriquese
mirentàcracherdansmatêteetsoudain,jemeprenais
pouruneétapedanslapartition; jenefaisaisqu’unavec
lamusiquequandleconcertcommença.
Lesmembresdugroupeétaientencoreplusefrayants
quelesspectateurs:ilscouraientdanstouslessens,ça
bougeait de partout et l’ambiance était anarchiste,
vulgaire,désordonnée,beliqueuse,rebele,malsaineet
malsaineetmalsaine!
Lesgensdanslafosecriaient«Fuck! « uo » Godof
Fuck!adreelp uoaveitno uès d »s ilu’ qsaientdesbras
d’honneuràunchanteurhilare.
Ils'agisaitd'unevéritablepetitetroupedesoldats
musiciensprêtsàcombatrelamodeetlebongoût!Et
moiquidécouvraistoutcela,jefaisaiscommelesautres,
jem’intégrais;labrunetequiriaitpasaitsesmains
autourdemataileetj’étaistropabsorbéparlespectacle
pourcomprendrecequ’ilsepasait.
QuoiqueMansonbalançâtàl’audience,quecesoient
desobjetsgenrecroixbrûléesoudrapeauxaméricains
torchés,cele-citendaitlesbraspouresayerd’atraper
lesreliquessacréestouchéesparleMaître.Ilseprenait
vraimentpourundieu,lemec;ouentoutcas,ilse

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plaisaitàjoueraudieu.Etquandilcriaitdeparfaites
idiotiesdustyle«FuckBreakfast!u o » «FuckSafeSex!»
ouencore«FuckYou!abruent tie plomemètou f cle» al ,
aplaudisaitetac atsixeniec ed tn litmalae nigée
musicienfou.
Jem’amusaisbien.Maismêmebouré,touscesgens
mefaisaientdelapeine.Jemesentaistropfierpour
adulerquelqu’un.Ilfaisaitdelabonnemusique,etalors?
Défoncéparcescapsules,jemesuisconcentrésur
BruneteetRouquinequisetortilaientprèsdemoiet
j’ai commencé par me raprocherd’elesavantde
plaquermesmainsoùjepouvais.Çalesfaisaitmarercar
jedevaisvraimentavoirlatêteàl’envers.Alors,j’en
profitaicommeuncraméetpendantleresteduconcert,
elesm’alumèrentetmechaufèrentavecunetechnique
iréprochable.

C’estlorsdurapeloùlebasistesetailadalescuises
avecunfilbarbeléquej’aicommislabouletequifailit
abrégercetesoirée.
Jevoyaisbienquecesdeuxgaminesgothiquesne
voulaientqu’unechose: sefairetroncherparuntypede
l’âgedeleurpapa.Maismêmedétruit,celameparaisait
risqué,voirestupide.Onpouraitm’envoyerentaule
pourça.Maisl’envieetl’érectiondudiabledansmon

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frocétaientlà,etilauraitfaluêtreunsurhommeouune
fiotepourl’ignorer.
Alorsquelegroupeentamaitsonderniermorceau,
Rouquine plaqua ses seins contre mon torse et me
demandaàl’oreilesijedésiraisterminercetefêteen
tête-à-têteaveceleetsacopine.Etcommeunidiot,j’ai
gueulésifortquelesgensautourdenousm'entendirent
ets’exclamèrentavantderire: «Euh…J'aimeraisbienvous
suivre,maisest-cequecelaseraitposibledejeterunrapide
coupd’œilsurvoscartesd'i-den-ti-té?».
Tout le monde se foutait de ma gueule en me
montrantdudoigtetjecroismêmequeMansonfitsigne
àsesmusiciensd’arêterdejoueravantdediredansle
micro:«Vousavezentenduça?Cetypedequaranteansqui
al’airdes’êtreperduademandéàcesdeuxpetitesputesde
contrôlerleurspapiersavantdelesemmeneràl’hôtel,pourles
tirerlaconsciencetranquilealorsquesafemmeetsafile
doivent l’atomdnl eottuuQ ee eerdnehc ul z ! i
l’aplaudise! ».
Etcetemauditefouledes’exécuter.Putain!Jevous
avaisditqu’ils’agisaitd’uneboulete!
Commeilfalaits’yatendre,lestachesderouseurde
Rouquines’enflammèrentetsonvisagesicharmant,si
beau,siatrayantsetransformainstantanémentenun
facièsodieuxd’unegaminedémoniaqueinsatisfaiteet
frustrée.Sivousvoulezvousfaireuneidéeprécisedece
délicieuxportrait,sortezdanslarueetouvrezl’œil!

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