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Malcoeur

De
137 pages
« Ceci n'est pas un exercice. » Mais des expériences vécues, des faits de l'existence, des épreuves, des essais de vie, défis, échecs, vrais et faux espoirs. Codés, bien sûr, à peine. Le code est facile à deviner. Chacun sait. Chacun connaît l'histoire , c'est l'histoire de tout un monde aux abois. Exercice de style ? Non, vous dis-je, « ceci n'est pas un exercice », hurlera-t-on dans les rues, quand viendra la fin, et ce ne sera ni une fin, ni un commencement, mais une suite logique. Alors, accrochons-nous, identifions-nous, retrouvons la mémoire et l'espoir. Ce texte tient du délire et du larcin, de la trahison, de l'imposture. Il est à la fois la quête et la confession, l'aveu de l'échec et le cheminement vers la lumière.
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Malcoeur

3Titre
O. Morens
Malcoeur

Essai
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-00684-1 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304006841 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-00685-8 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304006858 (livre numérique)

6 8
PREMIÈRE PARTIE
9
LE SECRET
1
L’argent me désespère. Je suis dans le secret.
Le bébé s’agite sur sa chaise, il brandit de toutes
petites mains avides. Une immense fortune. Il
tire sur sa bavette, efface la purée de mûres. Il a
soufflé dans l’assiette. Je lui essuie la bouche.
Bébé est plus qu’un concept. Le monde et tout
ce qu’il contient, l’avenir du moment, la bavette
géante, l’horizon des montagnes suisses. Zurich,
New York, Chicago, la Côte, les îles, les cock-
tails bleus, le capital, les rendements, les billets
bleus, les chips, les petits pots de purées dou-
ces. La grande firme couvre de poudre les
continents. Je n’en parle pas, ce n’est pas mon
sujet. Il est là. Tout le monde le connaît, per-
sonne ne sait que c’est lui. C’est Bébé. Ce ne
peut être que lui.
Derrière la vitre, sur le divan de la véranda. Il
voudrait une piscine, il se débat dans les langes.
Un verre de curaçao sur les bras, il regarde
l’humidor. Il aime les cigares. Je le vois comme
je vous vois. Je suis le seul à savoir son secret.
11 Malcoeur
C’est une histoire vraie ou presque. J’aime réci-
ter des vies comme des poèmes. Elles parlent.
Tout a commencé par un crash boursier,
qu’il n’avait pas prévu, dont il a tiré parti. Il a
pris des options sur de petits objets, hochets,
bavettes, canards, peluches. Il s’est levé de son
berceau. Il ramasse ses jouets, il les jette, il ne
vole personne. Il dispose de tout ce qui traîne.
Le lendemain, il est déjà riche. Il le sera davan-
tage. Vous verrez passer des limousines, courir
des bolides. Vous parquerez des monstres dans
des mouchoirs de poche.
La finance l’attire. L’argent de l’argent qui
n’est rien, qui ne sert de rien à personne. Les
miettes de la ruine. Tout a commencé par une
dépense incalculable, une perte sèche. Comme
on essuie des plâtres. Je me relevais pour pleu-
rer dans les nuits.
Je me pose la question du meilleur risque.
Bébé, lui, n’en prend aucun. Il sait ce qu’il fait.
Il joue. Il gagne. Je ne vous dirai pas son secret.
Il ne joue que s’il gagne. Ni le jeu ni le gain ne
lui importent. L’avenir non plus. Il préfère une
bavette propre, une cravate de soie, un bon ci-
gare.
2
Le vieil homme rumine. Il ne digère plus de-
puis des semaines. Il prendra des vacances mé-
12 Le secret
ritées sur la Côte, se dorera la peau, humectera
son cuir lisse dans l’écume des vagues menues
du bassin d’eau douce et remontera sur la ban-
quise. C’est un phoque, une race bien connue,
une espèce d’homme qu’on voit souvent dans
les fauteuils variés des solides positions du pou-
voir tranquille, sous des bureaux austères, au
bout des tables de chêne, à l’orée de la retraite.
Le verre de porto blanc ne le guérit plus. C’est
la dernière heure, le dernier luxe, l’instant d’une
sieste de réflexion. Le bras levé, il pointe
l’index. Il dort quand même. Il est trop tard
pour appeler au téléphone.
Sans qu’on sache pourquoi, on sent que
l’avenir n’existe plus non plus pour le phoque
des velours drus. Le placet de son siège est usé,
la berline émet un sifflet que le garagiste
n’explique pas. C’est de l’asthme. On n’y peut
rien.
3
Bab manque. C’est Bébé. Je l’appellerai Bab
pour que vous ne le reconnaissiez pas quand il
passera dans son landau derrière ses limousines.
Vous le reconnaîtriez peut-être, mais il ne faut
pas, quand, précédé d’une suite, il sortira seul
arpenter vos rues qui ne vous appartiennent
plus, quand vous le verrez défiler en formation
de combat sur vos terrasses du dimanche. Les
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