Mots de tête

De
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Chroniques humoristiques et souvent absurdes sur des sujets actuels, ces textes présentent les points de vue décalés d'un homme, d'un mari, d'un parent, d'un patient et d'un usager, réunis dans un seul corps.


Publié le : mardi 6 octobre 2015
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EAN13 : 9782332995704
Nombre de pages : 366
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Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-99568-1

 

© Edilivre, 2015

Citations

 

 

Nous sommes ici-bas pour rire.
Nous ne le pourrons plus au purgatoire ou en enfer.
Et au paradis, ce ne serait pas convenable.

Jules Renard

Sourire est la meilleure façon de montrer les dents au destin

Inconnu

Tribunes
1995-2015

 

Vingt ans de « Tribunes libres » écrites dans la plus complète anarchie et publiées dans la revue du CAFC, sont regroupées dans ce fascicule.

Politiques, religieux, sociétaires, sportifs, absurdes ou personnels, les sujets les plus divers sont abordés avec une totale liberté de ton.

Coincés s’abstenir…

Vingt ans

Je me suis aperçu un jour qu’il y avait plus de vingt ans que je sévissais dans la revue du CAFC, aimable publication clubiste quadri-annuelle relatant la vie d’une association casablancaise.

C’est mon ami Jacky Ivars, Président de la section Ping-pong de l’époque (ancêtre du Tennis de Table), qui, le premier, me demanda de pondre une chronique sur les événements de la section.

Écrire ce papier m’a réjoui, et pendant quelques temps j’ai rempli cette tâche avec assiduité. M’étant permis d’introduire un peu d’humour dans la relation austère des classements et résultats des compétitions, l’initiative plut à Jacky, qui me suggéra de persévérer en écrivant des articles sur d’autres sujets. Consulté, le Président du CAFC d’alors prit le risque, un jour de faiblesse intellectuelle, de me laisser la parole pour une « Tribune libre » où j’écrirais tout haut ce que je pensais tout bas.

Depuis ce jour de 1994, je me suis lâché dans soixante-quatorze « Tribunes » et une vingtaine de « Blog à part », sur des sujets hétéroclites qui m’intriguaient et ou m’énervaient, quand ce n’était pas les deux à la fois. J’ai quelquefois emprunté des idées ou des textes à des chroniqueurs connus, sur internet, ou dans des publications généralistes, et j’ai torturé ces écrits à l’aune de mes dérives. J’espère que ces auteurs que j’admire ne m’en tiendront pas rigueur. Je ne sais si j’ai diverti grand-monde, mais je me suis bien amusé, et je remercie le CAFC de m’avoir donné cette liberté, et d’avoir supporté mes délires sans trop les brider.

Pour cet anniversaire, la rédaction de la revue, estimant sans doute qu’un grand nombre de gens me lisait – ce qui était faux – mais ne me connaissait pas – ce qui était vrai – m’a aimablement demandé d’écrire une tribune sur moi-même. Les lecteurs extraordinairement géniaux qui me suivent depuis ce bout de temps savent que c’est une tâche quasi impossible sans tomber dans l’éloge narcissique ou la satire imbécile.

J’ai donc botté en touche et dévolu le pensum à mon épouse préférée, qui avait ainsi l’occasion unique de répondre à toutes les idioties que j’ai déversé sur son dos ! Par gentillesse sans doute, elle n’a pas voulu en profiter, de peur que la vérité soit trop difficile à lire.

Tant pis, elle n’aura pas de deuxième chance.

J’ai donc décidé de regrouper une cinquantaine de ces textes par ordre de parution, sans autre artifice, et en espérant que ceux qui les parcourront prendront autant de plaisir à les lire que moi à les rédiger.

Humoureux fou ! (1999)

Avant de prendre la parole, je vais dire quelques mots.

Cela rappelle un orateur bavard qui, après un discours fleuve, s’exclame devant l’assemblée : « Je parle, je parle, et je ne vois pas le temps passer ». Un de ses auditeurs lui dit alors : « Bon. Mais il y a un calendrier derrière toi ! ».

Je me suis posé la question suivante : Vaut-il mieux faire l’humour avec amour ou l’amour avec humour ? Dans l’impossibilité de trancher, j’ai choisi de faire les deux. N’étant pas là pour parler d’amour, je me limiterai à l’humour, qui est l’art de parler légèrement des choses graves. Comme Beaumarchais, « je me presse de rire de tout de peur d’être obligé d’en pleurer ». On prétend que l’humour est la politesse du désespoir, et un proverbe chinois dit que l’on n’est jamais puni pour avoir fait mourir de rire. Tant mieux ! L’humour est une façon de conserver une distance par rapport aux événements, et un moyen de résister aux misères que la vie s’ingénie à nous faire. Cela permet de remettre les choses, et souvent les gens, à leur juste place.

J’aime l’humour sous toutes ces formes, à l’exception de sa forme triviale. J’affectionne particulièrement l’humour anglais, un humour glacé et sophistiqué, teinté d’autodérision, qui permet à nos cousins d’outre-manche de rester dignes dans les pires situations.

Plus prosaïquement, j’apprécie le calembour, plus latin. Cela consiste à remplacer un mot par un autre dont la sonorité est identique mais le sens différent. C’est un lapsus volontaire.

Le calembour est à l’humour ce que les bottes sont à l’égoutier : lourd, mais indispensable. Ce terme est né sans doute des plaisanteries transportées de cales en bourgs par les marins en bordée. « Le calembour est la forme la plus noble de l’esprit » d’après Asimov. Mais Victor Hugo affirmait au contraire que « les calembours sont les pets de l’esprit ».

Dans ce cas, je dois beaucoup souffrir de flatulences…

Cousin du calembour, le jeu de mots est beaucoup plus riche car il permet d’en multiplier l’effet en créant des images. N’importe qui, et même vous, est capable de faire des jeux de mots. Comme M. Jourdain faisait de la prose, nous en faisons même sans nous en apercevoir.

Au moment de mourir, Voltaire aurait murmuré : « Je m’arrêterais de mourir s’il me venait un bon mot ! ». C’était un bon mot qui malheureusement ne l’a pas empêché de mourir. Après Austerlitz, Napoléon s’arrêta dans une auberge pour se reposer. Paraphrasant César, il annonça à l’aubergiste : « Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu ! ». L’aubergiste lui répondit d’un jeu de mot involontaire : « Navré Sire, je n’ai que dix-neuf chaises ! ». Sic transit gloria mundi. Je traduis pour ceux qui croient qu’il s’agit d’un malaise intestinal : « Ainsi passe la gloire du monde ».

Je suis humoureux fou.

Je ne peux résister à un jeu de mots, rater un calembour, manquer un aphorisme, taire un bon mot, ou perdre un trait d’esprit. Même un kakemphaton me sied. Qu’il soit infâme, qu’il tombe comme un cheveu sur la soupe, et que la plupart du temps il ne fasse rire que moi, tout cela n’a aucune importance. Je me mords les lèvres, je regarde ailleurs, je me force à penser à autre chose, mais c’est plus fort que moi. Quel que soit le moment ou le lieu, je ne peux me retenir là où je ferais mieux de me taire. Ce défaut, irritant pour les autres, m’a coûté cher en de nombreuses occasions.

Mais je m’amuse et j’assume.

Vingt ans après (1995)

Ce titre n’a rien à voir avec Alexandre Dumas.

Tout le monde connaît la définition des enfants : cinq minutes de plaisir, vingt ans d’ennuis. Pourquoi, sauf exceptions, les enfants arrivent-ils un par un et non tous d’un coup ? Question moins bête qu’elle n’en a l’air. Mais certaines questions amènent plus de questions que de réponses.

Si vous avez trois enfants, c’est votre vie qui y passe. Alors qu’en groupant le tout, on obtient la famille modèle d’un seul coup. Vous imaginez ? Le lait en bidons, les corn-flakes par caisse, les couches au quintal, le chocolat en container, et plus tard, mais si vite hélas, les pantalons au mètre, les baskets par dizaines, les jupes et caleçons par caddies entier. En plus, les prix de groupe chez les coiffeurs, dentistes, opticiens, et autres estimables spécialistes indispensables à la survie de nos rejetons, sans oublier les tarifs famille dans les divers clubs de sport ou de danse.

Tout ça pour vingt ans de peurs et d’angoisse, de joies et de peines, d’instants magiques et inoubliables.

Mais vingt ans, ça suffit. Après basta ! Allez jouer ailleurs, les années restantes sont pour nous. Que l’on puisse en profiter un peu avant de s’inscrire au grand prix des fauteuils roulant ou au golf troisième âge.

Bon, tout ça c’est très bien, me direz-vous, à condition que nos bambins roses aient fait les études indispensables à leur réussite, elle-même indispensable à notre tranquillité quand ce n’est pas à notre retraite ! Je pense qu’avec les options, solutions, possibilités, offres, qui nous sont proposées aujourd’hui, vous êtes comme moi un peu perdus. Deug, Capes, IUT, IUP, DEA, IEP, on pourrait aligner des sigles mystérieux pendant des pages entières.

Avec ma bonté proverbiale, je vais vous faire profiter de mes recherches personnelles qui m’ont ruiné en téléphone et fait frôler le divorce.

Trouvez donc ci-dessous le tableau non exhaustif (quel beau mot pour un coiffeur) d’écoles connues pouvant intéresser vos enfants.

Sciences Pot : École politique. Procure des situations assises. Ouverte aux personnes aimant rester sur le trône. Spécialisée dans le transit et les matières premières, mais peu de débouchés !

Lettres : École classique. Études très longues (25 ans). J’ai un copain en 3ème année, il en est à la lettre C.

Polytechnique : École polyethnique. Abréviation : polyo ou X. Appelée comme cela car beaucoup d’élèves malades regardent des films osés.

Violet : École technique. Risquée pour le sexe féminin. Spécialisée dans la pêche aux oursins.

Hypo-cagne : École vétérinaire soignant les chevaux ayant des problèmes de genoux.

Bozarts : École artistique. Prépare à tous les zarts. Étudiant le plus célèbre : Amadeus Bozart.

Cinq Sires : École militaire. Réservée aux rois. N’admet que cinq élèves par an.

Arzémétiers : École technique formant les gadzarts aux quatre zards. Prépare aussi à tous les autres zards (laids ou pas).

Véto : École vous apprenant à le mettre. A la sortie, le monde vous appartient car le monde appartient à ceux qui se le veto.

Sup-aéro : École d’aviation. Abréviation : sup-apéro. Pour les étudiants aimant « planer » et bien boire.

Essec : École spécialisée dans l’alcool. Forme les vignerons, les barmans, les œnologues. Devise : « On boit Essec ».

H.E.C (prononcer hacheussai) : École à 2 filières : Hache EC prépare aux métiers de bourreau et de bûcheron. Hash EC prépare aux métiers de drogué et de dealer.

Sup De Co : École de déco dans les zup.

Boule : École parisienne d’apprentissage de la pétanque nordique (rare). Trois ans d’études, car ça pose en société de faire plusieurs années. On dit : « J’ai les boules ».

Fac Med : École de mes deux seins. Spécialisée dans les prothèses mammaires. Devise : « Toubib or not toubib ».

Voilà. Pour ceux qui sont trop bêtes ou trop flemmards pour intégrer ces prestigieuses écoles, il reste bien sûr le RMI (Reste des Médiocres Inintéressants). Mais aujourd’hui, avec 3 millions d’inscrits, c’est surbooké.

Comme il vaut mieux avoir un complexe industriel qu’un complexe d’infériorité, donnez cette liste à vos enfants, ils trouveront certainement un prétexte pour rester chez vous.

Mais n’oubliez pas. Vingt ans et après, basta !

La guerre du golf (1995)

Après une cure très humide à La Bourboule où, en désespoir, je m’étais essayé au golf, et sur les conseils du prof, je tentais d’en savoir plus sur ce sport que tout le monde m’avait déconseillé.

Pour tous ceux qui ne le connaissent pas, le golf consiste en une agréable promenade dans un lieu champêtre, accompagné de quelques amis et de garçons plus jeunes appelés cadets, en tapant de temps en temps dans une balle pour l’envoyer plus loin, tout ceci encombré d’un équipement abondant et coûteux. Pour tenter de comprendre ce qui peut pousser quelques millions de passionnés de par le monde à se ruiner et à se mettre la tête à l’envers pour cette petite balle blanche, il faut rentrer dans le détail.

Ce bon vieux Winston prétendait que : « Jouer au golf, c’est comme chercher une pilule dans un pré à vaches ! ». Un peu excessif, mais le golf est effectivement une belle promenade gâchée par une petite boule de 5 centimètres posée sur une autre de 12.500 kilomètres, et dont le but est de frapper la première sans frapper la seconde. Cela paraît évident. Mais si vous avez envie de pousser une balle blanche sur une surface verte sans trop marcher, évitez le golf et apprenez le billard.

Car il existe une foule de critères qu’il vous faut prendre en compte, critères dont je vous donne le détail.

Le golf est un mystère. Quelque chose qui ne s’explique pas, avec des règles et des usages accessibles seulement aux initiés, et dont on ne peut expliquer ni l’essence, ni l’originalité. Il faut se rappeler que le golf est un jeu qui a été inventé par les Écossais vers 1750. Il était intitulé Gentlemen Only, Ladies Forbidden (Réservé aux Hommes, Interdit aux Femmes) soit G.O.L.F.

Originaire du Royaume Uni, cela ne pouvait pas être évident.

Je n’ai personnellement rien contre les sujets de sa Gracieuse Majesté, mais il faut reconnaître que nos amis Grands Bretons ont dans le monde un tas de monopoles. Ils sont les seuls à avoir une souveraine qui, assise sur le trône, parle à tout le monde de ses problèmes de transit (Anus Horribilis), des voitures montées à l’envers, le brouillard le plus épais, les dents les plus grandes et les femmes qui vont avec, des steaks à la confiture de rhubarbe, des hommes qui portent un kilt avec des cheveux roux au-dessus et des taches de rousseur au-dessous – ou bien le contraire –, des ex-colonies avec lesquelles ils ne sont pas fâchés, et un lac monstrueux où les loques naissent. De plus, ils mesurent avec leurs pieds et leurs pouces, et comptent leur argent avec des pénis et des pinces, ce qui en plus d’être douloureux, n’est pas vraiment pratique. Comment voulez-vous que ces gens-là soient simples ?

Le golf n’est pas physique. La force n’est pas nécessaire, un cerveau suffit. C’est pourquoi ce sport a longtemps été réservé aux hommes. Au golf, on a davantage besoin d’un psy que d’un pro. Penser au lieu d’agir est la maladie la plus répandue chez les golfeurs. Si l’on réfléchit chaque fois cinq minutes avant de taper, on saura ce qu’il faut faire mais on ne saura plus le faire.

Le golf est difficile. Le joueur de golf fait ce qu’il peut, car s’il faisait ce qu’il voulait, il ne jouerait plus. En théorie, le golf est facile : pour apprendre à jouer en 3 minutes, il suffit de prendre un sablier ! En pratique, c’est aussi simple que de traire une puce avec des gants de boxe. C’est une question de nerfs, pas de courage. Vous pouvez froidement aller chasser le caïman, et trembler comme une feuille pour un « putt » de 50 cm. Question nerfs, c’est carrément l’horreur, et le vrai golfeur va au bureau pour se détendre. Un jour, le putting va bien, hier c’était le drive et le lendemain, ce sera l’approche. Tout ne va jamais bien en même temps ! On sait juste que l’on s’améliore quand notre balle atteint moins de spectateurs qu’avant. Il y a tellement de bunkers sur certains parcours que l’on a l’impression de faire Paris-Dakar. On trouve beaucoup de palmiers aussi. A croire que le palmier est un arbre qui se nourrit de balles de golf.

Tous les golfeurs sont mauvais joueurs. La seule chose qui déclenche plus de tricheries que le golf, c’est la déclaration d’impôts. On devrait compter le nombre de coups que l’on fait alors que beaucoup comptent le nombre de coups qu’ils aimeraient faire. Comme en amour, on parle beaucoup plus qu’on ne fait : de grandes choses arrivent lorsqu’un génie est seul, c’est particulièrement vrai chez les golfeurs ! Le mot – hypocrite – que l’on entend le plus sur les golfs est « dommage ».

Jouer au golf prend du temps. Le golf est un jeu où les gens les plus lents de la planète vous précédent, et où les gens les plus rapides vous suivent.

Contrairement à sa légende, le golf n’est pas réservé aux personnes aisées. Mais c’est un sport onéreux car le matériel est cher. D’autant plus que les fabricants, habiles commerçants, inventent chaque année des clubs de plus en plus performants. Par rapport au driver de l’année dernière, le nouveau Calapingmade a un centre de gravité abaissé, un moment d’inertie augmenté, une tolérance améliorée et une vitesse de balle optimisée. Ce qu’avait déjà celui que vous avez acheté l’année dernière ! Mais avec le nouveau, on vous promet plus de facilité et 20 % de distance en plus. Depuis le temps que vous achetez des clubs régulièrement plus performants, vous devriez driver en rigolant, parfaitement droit, et à au moins 850 mètres !

Le golf est une passion. C’est la seule activité physique qui donne autant de plaisir sans avoir à se déshabiller. Le golf est le contraire du sexe : c’est 90 % d’inspiration et 10 % de transpiration. Quelle est la différence entre le point G et une balle de golf ? Un homme peut chercher une balle de golf pendant 20 mn… D’ailleurs, le golf est la seule occasion où l’on est enfin heureux au fond d’un trou, car une femme n’est qu’une femme alors qu’un bon drive est une ivresse.

La mienne m’a dit de choisir entre elle et le golf. Je suis ennuyé, elle va vraiment me manquer.

Enfin, il y a trop de monde. Le golf est comme le chômage : au début, c’était bien. Maintenant, on est trop !

Alors, imaginons que, comme moi, vous vienne l’idée baroque d’apprendre à jouer.

Vous qui entrez ici, oubliez toute espérance, car si dans la vie, il y a trois choses insupportables, à savoir : le café brûlant, le champagne tiède et les femmes froides, le golf se situe immédiatement après a dit le Seigneur. Ou quelque chose d’approchant. Un peu comme les oreillons, ça doit s’attraper jeune. A la maturité, les conséquences peuvent être terribles ! D’ailleurs à partir de 50 ans, bizarrement, les fairways s’allongent et les trous rapetissent.

Tant pis, je vous aurai prévenu.

Après avoir lu une vingtaine d’ouvrages spécialisés remplis de termes obscurs, vous décidez de vous inscrire pour des leçons. Courageuse initiative ! Là, un prof généralement plus jeune, plus mince, et plus beau que vous, vous noie sous une avalanche de termes techniques anglo-saxons tels que loft, shaft, draw, fade, socket ou stance, et vous fait regretter d’avoir abandonné l’anglais en 4éme. Il va également vous abreuver de conseils destinés à justifier le tarif prohibitif qu’il vous demande.

Par exemple, la position de base : tenez-vous droit mais pas trop, les bras sont souples mais fermes. Pliez les genoux, les fesses pointent en arrière (Je ne vois pas comment vous pourriez les pointer en avant), la tête est droite et le menton à sa place habituelle (Ouf ! Là, on est soulagé). Penchez le corps en avant sans faire le dos rond, les bras se trouvent à la verticale, et le poids du corps sur les deux pieds (Ah, bon ?).

A partir de là, il faut monter les bras, tourner les épaules et les hanches, tout cela avec des angles différents, mais dans le même mouvement. Véridique ! A la suite de ça, vous comprenez pourquoi ce sport fait la fortune des kinés. Pour un bon drive, la personne doit apprendre, en s’exerçant sans cesse, toute une série subtile de mouvements très peu naturels, impliquant environ trente-six muscles, et dont le résultat est un swing, apparemment naturel, dont la durée ne dépasse pas deux secondes. On vous parle de mémoire musculaire, alors qu’à votre âge, ce sont la mémoire et les muscles qui vous font le plus défaut ! Et pour vous décontracter, souriez !!

A peine avez-vous trouvé cette posture qu’aussitôt, il vous arrête en vous expliquant qu’il ne faut pas frapper cette pauvre balle qui après tout ne vous a rien fait, mais la « traverser ».

Alors là, je vous mets tout de suite à l’aise : la traversée, c’est comme les cages sans barreaux, les pygmées géants ou la méthode globale. Ça ne s’explique pas, ça se sent. On est dans l’ésotérisme. Mais je vous rassure. Même après avoir pris 3653 heures de leçons pour une somme représentant à peu près le budget annuel de St Pierre et Miquelon, vous ne sentirez rien, à l’exception de multiples douleurs musculaires et d’un allégement sensible de votre porte-monnaie.

Reprenons.

Un beau jour, enfin vous le pensez, vous vous sentez prêt à jouer votre premier parcours.

Vous vous présentez donc au club local où tout d’abord on vous fait payer un green-fee (grinefi) conséquent pour avoir le droit de fouler l’herbe verte. Sans vous demander votre avis, on vous adjoint un caddie, qu’il ne faut pas pousser comme ceux des supermarchés, nommé aussi cadet mais qui ne s’appelle pas Roussel. Un nain specteur vous demande votre handicap, et comme votre femme n’est pas là, vous répondez zéro. Vous ne comprenez pas la brusque lueur de respect qui traverse alors son regard. On vous donne aussi des chaussures à clous alors qu’il n’y a pas de neige, et un seul gant alors que vous avez deux mains. Vous vous dites « ipso facto » que les Anglais sont bizarres, mais vous avez décidé d’être patient, donc vous vous taisez.

On vous confie également un énorme sac rempli de tiges appelées clubs, tous numérotés. Vous imaginez que c’est pour ne pas les perdre, mais comme tout le monde a les mêmes, cela ne doit pas être ça. Ils ne sont pas tous de la même longueur, cela serait trop facile, et pour simplifier, le numéro le plus petit est le club le plus grand. Il y a les fers, qui sont souvent en graphite, et les bois qui eux sont en fer ! Ensuite, on vous explique que le putter est pour le green, le pitching-wedge pour le pitch, le driver pour faire joli, et le sandwedge pour le chip et le sable. Ah bon, il n’y a pas que de l’herbe ?

A ce stade, si vous n’êtes pas écœuré, on installe votre sac sur un chariot alors que c’est vous qui vous fatiguez, et on vous rappelle qu’il faut respecter une étiquette que vous ne trouvez nulle part.

C’est alors qu’arrive l’heure du tee.

L’heure du tee (1998)

Bien qu’il ne soit pas encore cinq heures, c’est maintenant l’heure du tee (ti), comme disent les Britishs.

Vous vous présentez au départ : « Bonjour Départ ». Vous enfilez le gant gauche que l’on vous a donné bien que vous soyez droitier depuis votre plus tendre enfance, et vous choisissez votre balle. Celle que vous prenez, au hasard naturellement, a déjà dû être utilisée car elle est pleine de petits trous. Vous vous dites in petto que les Anglais sont avares, mais comme vous avez décidé d’être gentil, vous ne le faites pas remarquer.

Vous posez donc votre balle d’occasion sur votre tee neuf, d’où elle tombe instantanément. On vous précise que c’est normal au début, et à votre quatrième essai, sous les regards goguenards et impatients des six personnes qui attendent leur tour, vous réussissez à la faire tenir. On vous demande alors de frapper la balle avec votre club. Vous vous dites ex abrupto que les Anglais sont vicieux de mettre une balle sur un petit bout de bois pour l’enlever immédiatement après, mais ayant décidé d’être aimable, vous gardez vos commentaires pour vous.

Vous avez naturellement compris depuis le début qu’il vous faut envoyer ce ridicule bout de caoutchouc rond dans un trou déjà occupé par un drapeau, trou situé au bout d’un fairway, sur un green que vous ne voyez pas de l’endroit où vous êtes, et tout ça en restant sur le fairway et en évitant le rough. Élémentaire mon cher Watson aurait dit cette chère loque Holmes !

S’il y en a qui ne suivent pas, je simplifie.

Vous vous positionnez donc à angle droit de l’endroit où vous voulez aller, ce qui paraît absolument logique à un Britannique. On nomme cette posture l’adresse et il en faut pour la tenir ! Vous vous dites de facto que les Anglais commencent à vous bouffer l’oxygène, mais comme vous avez payé, vous restez silencieux.

Vous vous décidez enfin à taper cette foutue balle, avec l’approbation silencieuse et unanime des quatorze joueurs qui patientent maintenant derrière vous. A force de sourire pour respecter l’étiquette, vous avez des crampes jusque dans les dents, et votre style s’en ressent. Il est bien connu que la probabilité de faire un mauvais coup au départ du tee n°1 est proportionnelle au nombre de spectateurs présents. La balle, que vous avez traversée mais pas touchée, est toujours sur son tee. Par contre, la motte de gazon que vous avez arrachée à côté, est partie à dix mètres, mais il paraît que vous ne pouvez pas continuer à jouer avec. Notez bien : la différence entre vous et les pros, ce n’est pas la longueur de leur coup, c’est la motte qu’ils enlèvent et qu’ils appellent divot. Elle est toujours plus grosse que la vôtre ! Personnellement, je connaissais la « tête di veau », mais la « motte divot », il fallait oser.

Ce premier trou étant un « par 5 », vous avez tout de suite saisi qu’il vous faut multiplier vos points par 5 pour gagner, ce qui paraît assez facile. A votre quatorzième coup sur ce trou n°1, la malchance et uniquement elle, vous fait tomber dans un « bunker » – une cavité remplie de sable – à trente mètres du départ.

Que celui qui n’a jamais sablé de champagne vous jette la première bière. Diantre ! Votre grip vous lâche, votre swing vous échappe, votre golf vous fuit ! Vous avez alors envie d’enrouler votre club autour de la gorge de votre caddie, et je ne saurais trop vous conseiller de le faire, mais celui-ci sentant la tension des trente-deux golfeurs toujours agglutinés au départ, vous enjoint de prendre un sandwedge. Vous lui répondez que vous n’avez pas faim, mais devant son air ahuri, vous saisissez le club qu’il vous tend. Ce bunker vous rappelle les plages du « Jour le plus long », mais hélas, ce sera votre coup le plus court puisque votre balle vole directement dans le lac tout proche. Comme vous n’avez pas emporté votre maillot et que c’est la dernière qui vous reste, vous filez à la boutique en acheter quelques autres, abandonnant votre caddie en sanglots.

Vous qui rêviez d’un « eagle », peut-être d’un « birdie », à la rigueur d’un « par », vous avez pulvérisé le « double-bogey », appelé aussi « boogie-woogie » à cause des mouvements désordonnés effectués par les joueurs marquant ce score.

Résumons-nous : vous n’avez pas été très bon.

En courant, vous passez devant l’émeute crée par les quarante-trois joueurs qui se disputent depuis une heure et quart le droit de démarrer derrière vous. Au clubhouse, le directeur du Golf, au bord de la dépression, vous offre un stage gratuit au Tanganyika ou à Ouagadougou, et devant son air hagard, vous le remerciez en lui rendant toutes les mottes que vous aviez gardées en souvenir. Vous vous dites extra muros que les Anglais sont définitivement insulaires de vouloir faire pratiquer un sport pareil au reste de la planète, mais comme vous êtes fair-play, vous ne voulez pas remuer le fair dans la play, et donc vous évitez le sujet.

Vous décidez illico de vous lancer dans le saut à la perche, un sport où on s’envoie en l’air, et en attendant le retour du « jeddaï » entre mercredaï et vendredaï, je vous conseillerais d’investir plutôt dans une panoplie de nudiste que dans un sac de golf.

Un dernier conseil à un débutant : prenez dix leçons, arrêtez pendant 3 semaines, puis quittez pour de bon !

L’informe à tics (1996)

Vous n’avez pas été sans remarquer que l’ordinateur, souvent piloté par un type pas très net et nerveux (l’informe à tics), a pris une place prépondérante dans votre vie et hélas, dans la mienne aussi. En effet, on vous a dit qu’avec cette machine, tout deviendrait plus simple et plus rapide.

Ne croyez pas les informaticiens.

Vous avez un quotient intellectuel normal, votre compétence professionnelle est reconnue, votre vie sociale parait simple, et votre famille est sans histoire. Vous vous dites que c’est le moment de vous lancer dans l’aventure et de contacter des informaticiens, concepteurs ou vendeurs.

Erreur.

Vous avez tort, votre monde n’est pas le leur. D’abord, ils ne parlent pas la même langue que vous. A moins que vous ne soyez le cousin de Bill Gates, vous êtes immédiatement noyé sous un flot de termes techniques et totalement hermétiques, et vous passez pour un provincial attardé ou pour un crétin congénital : DX ou Pentium, mémoire cachée, upgradable, étendue ou même morte (qu’est-ce que l’on peut bien faire avec une mémoire morte ?), DOS ou Windows, ROM et RAM, mégaoctet ou bytes, mouse et Keyboard, écran VGA ou SVGA, j’en passe et des moins compréhensibles. Complètement affolé, vous ne savez plus quoi choisir. De toute façon, dites-vous bien que dans trois mois, le matériel top niveau que vous avez acheté en désespoir de cause, sera obsolète (démodé dans le langage courant) et naturellement invendable.

Une fois équipé, vous croyez que vous avez fait le plus dur.

Nouvelle erreur.

Votre bécane (ordinateur en langage usuel) ne parle pas votre langue maternelle ou alors votre mère était aussi la sœur de Bill Gates. Ensuite, il vous faut ingurgiter un « guide de l’utilisateur » épais comme l’Ancien Testament mais beaucoup moins rigolo, qui vous précise que si vos Config.sys ou Autoexec.bat ne sont pas corrects, vous n’avez plus qu’à appuyer sur Escap (échappe en langage normal). Vous êtes bien avancés, mais surtout retenez bien cette touche, c’est celle qui vous servira le plus avec celle de l’arrêt, car un des avantages de l’ordinateur sur l’être humain est que l’on peut l’éteindre quand on en a assez.

Au bout de 5 ou 6 mois, les bases acquises, vous surfez sur vos fichiers, et un jour tout se bloque, sans raisons valables. Votre ordinateur, dont on dit que c’est un appareil idiot puisqu’il ne sort que ce qu’on y rentre, a décidé de l’être et refuse de démarrer.

Vous faites donc appel au « technicien qui sait ». Le genre de type sympa qui te sourit et t’amène un kit souris aussi.

Encore une erreur.

Cet incident mineur provoque des réactions parfois violentes de l’homme de l’art dont Bill Gates est sans doute l’arrière grand-oncle. Si, après avoir tapoté d’un air affairé quelques minutes et vous avoir accusé d’avoir déconfiguré l’arborescence, (foutu la merde en langage commun), ce qui est vrai mais que vous n’avouerez jamais, vous l’entendez dire sur un ton protecteur : « C’est très simple, il suffit de… », soyez sur vos gardes ! Il va vous proposer un nouveau hard disk (disque dur en…), un lecteur CD, un modem ou tout autre périphérique comme ils disent, à brancher sur votre micro (à ne pas confondre avec l’espèce de saucisse grillagée tenu à la main par les chanteurs).

Si vous achetez du matériel de la même marque et si votre installation n’est pas trop vieille, vous avez une toute petite chance de pouvoir faire fonctionner le tout après quelques loupés. Mais si vous êtes en réseau, dans un univers de marques disparates, d’équipements de tous âges et de tous types, alors les ennuis commencent. Il vous faudra longuement bidouiller, faire de nombreux essais, passer de longues heures à maudire le fabricant qui s’en fout éperdument, pour finir par obtenir un résultat à peu-près satisfaisant.

Une autre éventualité, aussi grave, est que l’on vous dise d’un air soucieux :

– C’est peut-être un virus.

Un virus, c’est simple. C’est quelque chose que personne n’a jamais vu, qui rentre on ne sait pas comment dans vos programmes, qui évolue on ne sait pas pourquoi, et qui rend fou votre machine, votre technicien et votre femme, encore que pour cette dernière, il ne soit pas vraiment indispensable. Il vous faut donc acheter un anti-virus, dont on vous prévient tout de suite qu’il a de grandes chances de ne pas fonctionner avec votre virus personnel car il faut qu’il soit « compatible ».

Plus vous fréquenterez les informaticiens et mieux vous comprendrez à quel point le mot compatible a un sens différent de celui communément admis. Vous avez bien entendu parlé de la guerre fratricide qui divise les systèmes, logiciels et équipements. Mais on avait fini par vous convaincre qu’ils étaient devenus compatibles.

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