Parallel reality VII

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Anticipation 2026 - 2227

Publié le : mardi 14 juin 2011
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EAN13 : 9782748127744
Nombre de pages : 544
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ParallelrealityVII(Fin)Abdellatif Chlih
ParallelrealityVII(Fin)
PENSÉES/APHORISMES/MAXIMES© manuscrit.com, 2003
ISBN: 2-7481-2775-7 (pourlefichiernumérique)
ISBN: 2-2774-9 (pour le livreimprimé)Avertissementdel’éditeur
DécouvertparnotreréseaudeGrands Lecteurs(libraires,revues,critiques
littéraires etde chercheurs),ce manuscritestimprimé telunlivre.
D’éventuellesfautesdemeurentpossibles;manuscrit.com,respectueusede
lamiseenformeadoptéeparchacundesesauteurs,conserve,àcestadedu
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contact@manuscrit.comPREMIERE PARTIEPERIODE POST-APOGEEPR.MALAYHEASSLEDISCIPLE
Lepetitmatinestassezfraispourunpremiersep-
tembre dans Félicité Île. Le soleil montant à petite
course dans le ciel, envoie des rayons jaunis et ti-
mides,cequirendlefeuillagedesarbresscintillants
sous le reflet d’une rosée nocturne hors saison. La
température est de 23 degrés Celsius, alors que par
le passé, elle n’enregistrait pas moins de trente à
trente-trois degrés.
Dans cette contrée insulaire, presque tous les
édifices sont de structure identique : Les locaux
universitaires, les laboratoires et les unités ad-
ministratives. Ceux-là sont aménagés dans des
bâtisses ne dépassant pas cinq étages. Par contre,
les habitations, elles, sont entièrement construites
en forme pavillonnaire de villa, à l’exception du
palaisPrincieretquelquesdomiciliations,lesquelles
sont aussi pavillonnaires, mais comptent un et deux
étages au-dessus du rez-de-chaussée.
Les espaces couverts sont disposés en quartiers
séparésparruesetruellestrèslarges. Cesvoiessont
des chaussées fabriquées par des matériaux synthé-
tiques, les mêmes que ceux utilisés pour la fabrica-
tion des habitations.
11Parallel reality VII (Fin)
BienaucentredeFélicitéÎle,ilyaunerouteprin-
cipale, laquelle traverse toute l’île du nord au sud.
Celle-là scinde l’île en deux flancs, eux-mêmes di-
visés par douze collatérales qui délimitent transver-
salementlesquartiers. Touslesétablissementsd’uti-
lité publique sont situésdansl’uniqueboulevard.
Les unités publiques de première utilité sont pla-
cées en sous-sol, dans le même site qui héberge le
robotViFaR.Asavoir,lacentraleélectrique,lacen-
tralededessalementd’eaudemeretleslocauxd’in-
tendance ’consommables’.
Sans exception aucune, la logistique matérielle
est entièrement sous le contrôle du robot ViFaR.
Cette colossale Machine Pensante représente en
même temps le fabricateur et le répartiteur. La
Machine ViFaR sait avec précision les besoins
de chacune des unités en service, quelle soit de
Recherche Scientifique, d’usage civil ou de main-
tenance.
Pourl’an2206,l’actuel,lapopulationtotaledans
FélicitéÎleestde12347habitants,soitchiffretrèsau
deçà de la population projetée. Si l’on considère le
projetdecréationdecetOrganisme,lequelprojetfut
élaboréen2105parlePrincerenéetleProfesseurSir
Macadum, il fut prévu une infrastructure suffisante
pour contenir 70000 habitants dès l’avènement de
l’an 2200.
Cettepopulationvitencommunautéfermée,sous
la bannière d’un Organisme appelé ’Organisation
Famille’.
Dans tous les cas, les gens d’ici sont à l’aise. Ils
vivent en parfait équilibre, quoique n’ayant prati-
quement pas de vie civile propre, c’est-à-dire : Il
12Abdellatif Chlih
n’existe pas d’institution structurée quant à la gou-
vernance proprement dite. La communauté est une
société unique, hiérarchisée selon le savoir scienti-
fique et les habilitéstechniques de chacun.
Danssafonctionnalité,l’OrganisationFamilledé-
bouche en haut de sa pyramide sur cinq voiesparal-
lèles mais distinctes :
Dans la première se trouvent les Services de Sé-
curité qui comptent mille trois-cent quarante-deux
hommes de fonctions et grades différents. Tous ces
agents étaient formés à l’Académie de Police de
l’Organisation, en parfait partenariat avec l’Acadé-
mie de Police du continent.
Les fonctions des Services de Sécurité sont
précises : Assurer la sécurité rapprochée des logis-
tiques humaines et matérielles en premier lieu. En
second lieu, conduire des Recherches inhérentes
au Renseignement et à l’Intelligence. Ces activités
sont inscrites, selon ses officiers, dans un cadre
purement préventif. Le chef de ces Services est le
Commandant Sasnoss, le plus Haut gardé nouvelle-
ment nommé, après la disparition l’année dernière
de Maître Shalbe.
Viennent ensuite les Services Administratifs et
de Gestion. Ses acteurs sont des Cadres de Haut
niveau, formés dans des établissements du conti-
nent eux aussi, plus précisément dans le territoire
de la principauté, ceci pour le premier et le second
cycle. Pour le troisième cycle et supérieur, les ap-
prenants sont envoyés dans d’autres établissements
situés à l’intérieur du pays, sois à Montargis ou à
Paris. Ces Services ont la charge d’être garants en
13Parallel reality VII (Fin)
ce qui concerne les approches morales de l’organi-
sation. Ilsdoiventenl’occurrenceassurerlacoordi-
nation entre les différents délégués, sis dans le pays
continental d’appartenance.
Les délégués de l’Organisation Famille, il y en a
à Montargis, à Courtenay, à Marseille, à Paris, à La
Haye, à Naples et à Bruxelles. En Haut de la Pyra-
mide hiérarchique, se trouve Maître Adolphe Zum-
ler, agrégé en Administration Publique.
Dans la troisième voie Parallèle, il y a les Gens
de Science. Ils représentent la population la plus
importante en nombre. Ils sont regroupés en une
dizainedeCourantsdePensées,maisenexergue,on
retrouve uniquement deux grandsgroupes.
La diversité des Courants de Pensées n’a pas de
structurephysiquementparlant. Ladifférenced’opi-
nion n’apparaît qu’au cours des séminaires, discus-
sions et forums. En aucun cas, nul n’avait pré-
tenduavoirdesambitionspersonnellesoupolitiques
quelconques, étant donné que les différenciations
concernentlamanièred’exécutiondesprogrammes,
plutôt que Dogme de base.
La fonction ’chef’ ou ’Président’ n’existent pas,
iln’yaquedesresponsablesdeRechercheoud’acte
scientifique. Néanmoins, un Doyen qui sert de res-
sourcement et de référence à la communauté des
Gens de Science, lui, existe physiquement.
A ce sujet, après la disparition du professeur Fa-
bien en 2191, c’est la Professeur Fiola qui assure
cette si délicate fonction : Doyen de l’Organisation
Famille. Elle est sensée de ce faitêtre seule garante
delalignedeconduitemoraleetscientifiquedel’Or-
ganisation.
14Abdellatif Chlih
Le quatrièmevoletconcernantlefonctionnement
de l’Organisation Famille est le Palais Princier. Ce-
lui-ci concrétise l’environnement et le timbre offi-
ciels de l’organisation. Il est le Titre de la légalité,
de relais avec l’Autorité de l’Etat et du pays d’ap-
partenance. Ilestaussilaressourceuniqued’apports
financierspuisque,selonlepacte’PrinceRené’,l’or-
ganisme ne doit nullement posséder de texture éco-
nomique. Le Souverain Princier de la lignée Gri-
maldiestseulresponsableenmatièredeconduitepo-
litique et diplomatique de l’Organisation.
Lacinquièmecomposantedel’organisationestle
robotViFaR:TouteslesUnitésainsiquel’ensemble
desServicessontsoussacoordinationetsoncontrôle
direct. Le robot gère, coordonne et contrôle toutes
les activités. C’est lui qui fabrique tous les produits
matériels. Il a sous sa dépense totale, outres les la-
boratoires et les unités de fabrication, la production
d’énergie, l’octroi d’eau douce et potable, le traite-
ment des eaux usées même.
Lesinterlocuteursdurobotsontmultiples,maisle
seul interlocuteur officiel que lui-même accepte est
le Doyen de l’Organisation Famille : Il se laisse pé-
nétrerparlaProfesseurFiolaMacadumsansaucune
mesure spéciale.
Aujourd’hui est le mercredi premier septembre
2206. Il est sept heures du matin. Le jour monte,
la maison du Professeur Fiola se réveille.
Danslesilence,quelquesgrincementssefonten-
tendrepuisunfrottageassezaigudepasraclel’ouïe:
C’estlejeuneProfesseurMalayquitraînesonvarus.
Ilsortdesachambreàcoucherhabillédesapyjama.
Ilentreparuneportefaceàsachambrepouraccéder
15Parallel reality VII (Fin)
dans la salle de bain. Il y reste cinq minutespuisen
sort.
Tirantsonmembredansuneboiterievisible,Ma-
layrevientdanssachambre. Ilensortdeuxminutes
après,habilléd’unerobedechambrebleu-vif. Ilvire
à gauche, traverse un court couloir pour aboutir au
salon via un seuil sans porte.
Iltraverselesalon,arrivedevantuneporte située
gauche à l’entrée principale du salon. Il trouve ici
aussi un court couloir. Arrivé à la porte de gauche
du couloir, il ouvre celle-ci sans même frapper. Il
rentredanslapièce. Unelégèrepénombreenveloppe
la chambre. Il va à gauche, fait le tour du lit, ouvre
grandlafenêtre,vitresetvolets: Lalumièredujour
jaillitdanslapièce. Ilseretourne,voitlaProfesseur
Fiolaassiseauborddulitlesjambespendantes. Elle
le regardait sans mot dire. Il s’approche d’elle en
souriant, lui prend la main gauche, la baise sur le
front puis s’assied à côté d’elle en disant :
- "Bonjour mama, passé une bonne nuit ?
- Oui, merci, répond-elle en le regardant attenti-
vement. Elle ajoute : Et toi, garçon ?
- Très bien ! Levons-nous mama. D’accord ?
Dit-il.
- Oui, d’accord ! Répond-elle.»
Souslepoidsdel’âge, laProfesseurFiolaestde-
venuedeplusen plusimpotente. Celafaitdéjàtrois
années qu’elle est grabataire de la sorte.. Elle ne
peut marcher que peu, quelques pas. Quoique son
état, elle se refuse à être visitée par quiconque de
médecin. Ainsi dire, Malay reste son seul lien avec
le monde extérieur, notamment avec ses confrères.
16Abdellatif Chlih
En revanche, elle garde toutes ses facultés intellec-
tuellesdansune mémoire intacte etéveillée.
Depuis l’accession de Malay dans son groupe
d’Etude,elleseconsidéraitcommeparrainedujeune
Malay qu’elle considère ’son étudiant’, comme elle
dit, et ’fidèle disciple’.
Fiola vivait seule. Au file des années, les deux,
la Professeur et son disciple, se rapprochaient l’une
l’autre jusqu’à ne se séparer que pour aller se repo-
ser ou dormir. Ils ne se quittaient pratiquement ja-
mais. Pour Fiola, elle palpait que Malay représente
la continuité de ses pensées, ce que personne en de-
hors de lui ne l’avait été : Attentif, attaché, assidu,
intelligent,enplusqu’ilsoitaussiprestequedavan-
tage habile.
Pour Malay, Fiola incarne la mère qu’il n’avait
jamais connue. Dans son passé personnel, c’était la
docteurHendride,samèreadoptive,quil’avaitélevé
danslebutqu’iladoptassetelleconduitevisàvisde
son professeur : Fiola.
Hendride vivait en ménage avec Fiola. La
chambre dans laquelle loge Malay actuellement
est la même qui fut occupée pendant des dizaines
d’années par sa mère adoptive Hendride. Le jeune
Malay appelle Fiola mama, la même dénomination
qu’il réservait à Hendride.
Malay se lève du bord du lit, se met debout de
côte à Fiola. Il met la main droite autour de son
dorsal,passel’autremainsouslesdeuxgenoux. Illa
soulève à bras le corps, marche, sort de la chambre,
sedirigeverslasalledebain. Arrivésfaceàl’entrée,
elle lui dit :
17Parallel reality VII (Fin)
" Ça suffit mon garçon.»
Il dépose délicatement la dame sur le sol. Il lui
prendlamain,l’aideàfaireunpas. Elletouched’une
main le battant, de l’autre la porte. Elle pousse la
porte, marche en titubant en disant :
" Çà va aller, mon garçon !
- Mama, appelez-moi si vous en avez besoin. Je
restejustelà,dit-ildoucementenmaintenantlesou-
rire.»
Unefoisladamerentredanslasalledebain,Ma-
lay recule d’un pas pour s’appuyer sur le guéridon
à fleurs le plus proche. Une dizaine de minutes, la
portes’entrouvre. Ilsejetteenavant,ouvregrandla
porte,tientladameparlamain. Illuiditdecemême
ton protecteur :
-Celavamama? Restez-vousicidanslesalonou
préférez-vous sortir sur le perron ?
- Le perron de bon matin, c’est mieux, répond-
elle.
-Audehorsilfautencorefroidpourvous,mama,
réplique t-il.
- Ça va mon garçon. Je sors dans le perron, le
soleil de septembre montera bientôt, dit-elle.
- Oui, mama ! Marchons un petit peu vers le
perron, approuve t-il.»
Lui, il traîne son membre handicapé. Elle, elle
bouge petit-paspar petit-pas. Les deux dépassentle
18Abdellatif Chlih
seuildusalon,sedirigentverslesdeuxfauteuilsdé-
posésdevantunetableàladroitedelaported’entrée
principale. Arrivésderrièrecetteporte,surleperron,
Malayl’aideàs’asseoirdanslefauteuilplacécontre
le mur. Lui, il prend celui de droite, s’ajuste pour
êtrele mieuxplacé faceà samama. Ilsejetteenar-
rière contre le dossier du siège, dit avec son sourire
habituel.
- "Mama, je vous propose un brin de café avec
votre lait du matin. Ceci activera votre circulation.
Qu’en dites-vous ?
- Puisque tu le dis, c’est que ça te fera plaisir que
je prenne cette fois un brin de ton café. Garçon !
Est-ce vrai? Questionne t-elle ensouriant.
- Oui, mama ! C’est vrai, ceci me fera plaisir de
vous voir meilleure chaque jour un peu plus. Vous
voyez mama, votre visage ce matin est rose. Vous
avez une mine excellente. Vos cheveux lisses se
peignent tout seuls… Le proposde Malay estcoupé
par Fiola. Elle dit :
- Malay ! Fais-tu la cour à ton professeur ? Dit-
elle en riant autant qu’elle peut.
-Oui! Oh,oui! J’aidelachancedefairelacour
à ma mama, cour d’admiration et d’estime, répond
Malay.»
Fiolamontreunlargesourire,puiselleseressaisit,
change de mimique et dit :
- Petit ! Tu sais que moi et les romances çà fait
deux? Savais-tuqu’unprincemefaisaitla cour ?
-Ouimama,jelesavais. CePrinceestmaintenant
souverain, répond-il.
19Parallel reality VII (Fin)
- Je m’étais gardée pour ma Grande science. Ja-
mais de romance, même pas en plaisantant. Ouf !
Réplique t-elle.
- Oui, c’est vrai ! Je ne devais pas me laisser
emporter, répond-il tristement.
- Ne t’en veux pas à toi-même Malay. Je sais, tu
es dur. Même très dur à cuir là où tu vas. Tu es
impitoyable avec tes subordonnés, et avec toi aussi,
dit-elle àphrasesentrecoupées. Elleajoute d’un ton
réconciliateurenessayantdesourire: Etcelaitavec
un brin de ton café, çà vient ?
-Immédiatement mama, dit-il en se levant.»
Malay se lève, contourne la table, rentre dans la
maison. Fiola se réajuste dans son siège, recule en
arrière,s’adosse complètementcontre ledossier.
Sa mémoire vogue ailleurs sans crispation au-
cune : Dans toutes les conclusions qu’elle s’était
forgées de naguère à présent, à chaque fois qu’elle
se trouve seule, elle ressent cette même satisfaction
profonde, quant à la vie qu’elle avait mené, quant
auxdisciplesqu’elle avaitentourésetformés,
aux Travaux qu’elle avait entrepris.
"Pourquoiallerloin,sedit-elle,lapreuveenestlà.
Le lait que les gens de l’Organisation consomment
est un lait naturel, issu des tétons de vraies vaches.
Même les vaches, elles ne sont absolument pas ma-
nipuléesgénétiquement. N’est-ilpas un Titre de sa-
tisfactionpourelle,ellequidirigel’OrganisationFa-
mille depuis 2191.
20Abdellatif Chlih
"C’estvrai. LaméthodologieduSystèmeactuelle
estpratiquementsimilaireàcellelaisséeparsonpère
Macadum, mais la sienne à elle demeure bien diffé-
rente selon plusieurs approches. Feu le Professeur
Macadum, son père, était un Grand Homme. A sa
disparition, un autre Système était commencé par le
ProfesseurFabien. L’environnementaveclequelFa-
bienavaitentourél’Organisationétaittellementlent,
qu’il s’approchait in extremisde l’immobilisme.
"Malay sera de sûr un bon Doyen, selon les pen-
sées de Fiola. N’empêche, il faudra lui enlever le
complexequeluicausesonhandicap: Ilnefautpas
qu’il le porte dans son esprit. En plus, il a besoin
d’être entouré car le jour où il prendra cette gran-
diose responsabilité n’est pas loin."
Elle continue de se dire : "Ce garçon reste trop
pointilleux et très radical dans ses positions. Com-
ment,imaginet-elleencore,arriverat-onàlerendre
d’un tempérament plus diplomatique et moins dé-
plaisantpourautrui? Ilestvraiquec’estuntrèsbon
technicien que cela soit sur le plan académique que
celui d’habilité. Cela ne suffit pas. Il doit avoir be-
soin de cette stature psychologique qu’on reconnaît
aux nés Leaders".
Fiola entendles pasde Malay,elle s’arrête de ré-
fléchir. Malayapparaîtsurleseuilduperronavecun
plateauentrelesmains. Ils’approche,déposelepla-
teau sur la petite table et s’assied. Il prend la carafe
de lait,verse dansdeuxverres. Ilprend celle conte-
nant le café, en verse un brin dansle verre de Fiola,
etun peu plus dans le sien. Les deux dégustent leur
breuvagematinalsansriendire. Cinqminutesaprès,
Malay ouvre la discussion avec un air d’apparence
dérangé :
21Parallel reality VII (Fin)
- Mama ! Je crains de vous déranger de si bon
matin.
- Non ! Tu ne me dérangeras pas. Pour une fois,
dis ce que tu as à dire. Je suis proche du Grand
Voyage, c’est bien le moment de dire tout ce que tu
as à dire, réplique t-elle.
-NeparlezpasdeGrandVoyagemama,mesche-
veuxsehérissent. Voilà,jevoulaisdire,votregreffe
de foie, dit-il.
- Tu sais très bien qu’il soit hors question pour
moi de me faire greffer un foie ou même une dent.
Je n’accepterai jamais, répond-elle.
- Des milliers de gens le font quotidiennement,
pourquoi pas vous ? C’est facile pour nous de le
faire, dit-il.
- D’où allez-vous prendre ce greffon de foie ?
D’unpersonnageclonéaprèsl’avoirbêtementsacri-
fié? D’unoud’uneinnocentedelaclasseouvrière?
Heureusement nous n’en faisons pas chez-nous. En
Plus,j’aiquatre-vingt-treizeans,c’estlalimitepour
une Qualité de Vie acceptable mais naturelle, ré-
pond-elle.
- Il y a bien des gens qui en font, alors qu’ils
dépassent cent ans. Pourquoi pas vous ? réplique
t-il.
- Petit. Il est nécessaire de ne pas être d’esprit
modeste devant moi, ton professeur. Tes pensées
sont incorrectes… Change de sujet, veux-tu ? Dit-
elle.
- Oui, bien sûr mama, répond-il confus.
22Abdellatif Chlih
-Fiolaestsatisfaitecommeelleest. J’avaismené
une vie très active, je m’en réjouis en y pensant,
reprend-elle.
- Mama, vous n’aviez cessé de donner, même
maintenant. Nous ne pouvons nous passer de vos
directives, réplique t-il.
-Justementmonpetit! Ilfautquevousappreniez
à être sans moi. Moi, j’ai accompli ma tâche. Je ne
saiscombiendetempsmerestet-ilentrevousautre,
avant le Grand Voyage : Une heure, une journée ou
même un mois. Mais absolument pas une année, je
partirai bien avant, dit-elle convaincue.
- Je ne veux pas vivre ce jour. Ma vie deviendra
impossible, dit-il avec tristesse.
- C’est bien la consécration de toute vie, il faut
bien disparaître un jour. Changeons de sujet. Que
m’avais-tu dit hier ? Tu pars pour le continent ?
Demande t-elle.
-Aujourd’huic’estmercredi,j’auraispréféréres-
ter à la maison toute la journée. Mais le siège de la
délégation de Paris nous réclame avec insistance, il
faut y aller, dit-il.
- Que veulent-ils ? Est-ce le Gouvernement Cen-
tral qui nous sollicite ? Dans ce cas ses gens de-
vraient passer par le biais de la Principauté comme
d’habitude,non directement ànous, répliquet-elle.
- Non, ce n’est pas le gouvernement. Au siège
de notre délégation, le coordonnateur local avait dit
ne pasvouloir transmettre son message par le visio-
phone. Selonlui,c’esttrèsconfidentiel,répond-il.
23Parallel reality VII (Fin)
-Acepoint! As-tuposélaquestionaurobotpour
en savoir plus ? Demande t-elle.
- Oui ! Alym et moi avions posés la question à
ViFaR pour en savoir plus, dans le cas où la ma-
chine aurait un renseignement, dit-il. Il bouge sur
lesiègeetcontinue: "Ilnousavaitrépondu’lesujet
de conversation reste sans but précis - Pour 70 pour
centenrelationaveclaCitédelaLune",répondMa-
lay.
- Selon quel répertoire de référence aviez-vous
questionné le robot ? Demande t-elle.
- Selon le répertoire ’APP 303’. Est-ce correct ?
Dit-il.
- Oui, c’est cela ! Vous aviez utilisé l’analyse
mathématique, la plus complexe, c’est faisable, dit-
elle doucement.
-… C’est faisable ? Y a t-il meilleur ? Dit-il
surpris.
- Bien sûr qu’il y avait mieux pour vous. L’APP
303 est une analyse intégrale utilisée plutôt pour
les questionnaires relatifs aux matériels : Ceci est
une dévolue quasiment stable. Lorsqu’il s’agit d’un
questionnaire concernant une approche humaine, il
estplusintelligentd’utiliserl’analyselogiquelaplus
simpliste, car là, il s’agit d’une donnée infiniment
variable,expliquet-elle. Avantdeterminerelledit:
Dorénavant, pour des cas similaires, utilise l’envi-
ronnement du répertoire Y106 et ne laissez jamais
le robot choisir lui-même les options méthodolo-
giques.»
24Abdellatif Chlih
Malayestabsorbéparlesexplicationsdesonpro-
fesseur. Ilécouteenfixantdefrontsa’mama’. Après
avoirterminé,Fiolas’arrêteuninstantensecourbant
l’échine, légèrement essoufflée. Malay remarque
cela.Illuidit:
- "Vous vous sentez bien, mama ?
- Oui, seulement, il faut froid ici dehors, répond-
elle.
- Allons, rentrons ! Je resterai jusqu’à la venue
demadameSuing. J’aiencoredutempsdevantmoi,
dit-il en se levant.»
Malay se dirige vers Fiola. Il lui prend la main,
l’aide à se lever. Elle marche un seul pas entre ses
mains, s’arrête toute dyspnéique et dit :
- "Oh mon garçon ! Je n’en peux plus…»
Immédiatement, Malay vient de côté, lui met un
brasderrièreledos,l’autrebrasdanslescreuxpopli-
tés,lasoulèvedusolenpleinbrascommeuneplume.
Il marche, dépasse le seuil, marche dans le salon, la
dépose assisedanslecanapé qui se trouvedevant la
fenêtre, laquelle donne sur le jardin. Il s’assied à sa
gauche, lui dit :
-Celavat-ilbienmama?
- Oui,cela va,je respire mieux,répond-elle.
- Jen’auraispasduvouslaissertan parlermama,
réplique t-il.
25Parallel reality VII (Fin)
- Ne t’en veux pas mon petit. Cela est passé. Tu
peux aller à ta mission. Je suis très contente de toi
mon garçon, dit-elle d’un ton affectif.»
A ce moment, madame Suing fait son entrée.
Celle-ci se dirige directement vers Fiola pour lui
dire :
-BonjourProfesseurFiola! Lesenfantsviennent
de sortir pour le lycée. Excusez-moi si j’ai tardé de
quelques minutes.
- Oh, non ! Vous n’êtes pas en retard ma chérie.
Les enfants, sont-ilsbien ? Demande Fiola.
- Oui Professeur, merci. Répond Suing.»
MadameSuingestl’époused’unnavigateurd’en-
ginappeléViMob. Celui-ciétaitdécédéparmortna-
turelle ily a neuf ans. Elle a deux enfants : Un gar-
çon et une fille, les deux sont scolarisés au lycée de
Félicité Île. Pour elle, venir passer toute la journée
dans la maison de Fiola n’est pas un travail lucra-
tif. Elle se sent elle-même seule dans sa villa, alors
quelacoutumedelacommunautédel’Organisation
Familleenvisagequedansdepareilscas,lespopula-
tionss’aidentmutuellementparobligationetdevoir.
Malayresteunbonmomentauchevetdesamama
sans parler, il craint de la nuire par la discussion.
Madame Suing se retire à la cuisine. Fiola regarde
longuement Malay avant de lui dire :
-Vasàtamissionmonpetit,Suingestmaintenant
là. Ne laisse pas les gens t’attendre.
- Oui mama, réplique t-il.»
26Abdellatif Chlih
Malayselève. Ilposetendrementunbaiseraffec-
tueux sur le front de Fiola avant de la quitter. Il se
dirige vers l’entrée gauche à la porte du salon. Il y
pénètre,traverselepetitcouloir. Ilouvrelaportede
sachambre,rentre. Ilenlèvelarobedechambreetle
pyjama. Il ouvre l’unique armoire, en tire une che-
mise bleu-ciel, un pantalon et une veste à carreaux
clairs. Il s’habille sans hâte.
L’habillement terminé, il ressort, revient chez
Fiola laquelle est encore assise là. Il lui imprime un
autre baiser sur le front et dit :
- Mama, avez-vous besoin de quelque chose du
Continent ?
- Non mon enfant. Vas à ton travail, aies l’esprit
clair,l’acteprécisetlemotjuste. Réplique t-elle.»
Malay n’ajoute rien. Il se retourne, sort du salon.
Arrivé à mi-chemin de la porte cochère du jardin,
il s’arrête, revient quelques pas vers la maison. Il
s’arrêtedenouveau,revientsursespasverslasortie
une deuxième fois, marche, ouvre la porte cochère.
Il dépasse le seuil, referme derrière lui. Il marche
le long de la rue jusqu’au point de rencontre avec
l’avenue principale. Il tourne à droite, continue sa
marcheavecdespasirréguliers,’varum’oblige,pen-
dant vingt-quatre minutes.
Tout en marchant, il revient par les pensées à la
matinée qu’il vient de passer.
’’Son professeur et son protecteur serait relative-
ment proche de la fin. C’est horrible à y penser.
Comment deviendra ce Monde sans Fiola ? Son
Monde à lui sera vide, vidé, presque dépourvu de
sens. Quiserale Doyende l’OrganisationFamille ?
27Parallel reality VII (Fin)
Lui ou le Professeur Alym ? Pour Malay, cela n’a
pasd’importancedumomentoùsa’mama’Fiolane
sera plus là.
’’Oui! Sedit-ilenmarchantnonchalammenttout
droit: Cescrisesdedyspnéequiarriventàsa’mama’
ne disent rien de bon. Ce n’est pas son poumon qui
estintéresséparlamaladieouplutôtcen’estpasune
pathologie dont elle est atteinte. Son organisme en-
tierestaffaibliparlaconsommation,c’estcelaqu’on
appelle maladie-système. En particulier, le foie est
consomméencoreplus,iln’arriveplusàremplirnor-
malement ses fonctions vitales essentielles. Oui !
Elleauraitduaccepterlagreffe. "Oh! Aufait,mam
avait raison ! Moi à sa place, je ne l’accepterai pas
cette foutue greffe.’’
Malay commence à sentir un malaise physique.
Tiens ! Se dit-il, Fiola avait raison, il fait vraiment
froidpourunmoisdeseptembre. Ouibiensûr,conti-
nue t-il de se dire : C’est toute la planète qui se re-
froidit. A cette époque de l’année, il devrait y avoir
unetrentainededegrésCelsius,maintenantiln’yen
a qu’une vingtaine tout au plus.
Il s’arrête à la dernière bâtisse du côté droit à
la route. Il lance un regard en face, vers la plage
tout proche, qui laisse voir son immensité. Il pé-
nètre dans l’immeuble, traverse en long la grande
cour. Plusieurs entrées se présentent, il prend celle
dedroite. Ils’agitd’uneentréed’escalier. Ildescend
lestrente-cinqmarcheshélicoïdales,arrive àla voie
souterraine. Des voiturettes circulent dans un sens
unique. Quelques pas encore vers sa droite, arrive
dans un parking où deux voiturettes munies de leur
pilote sont en stationnement.
28Abdellatif Chlih
Dansl’uned’elle,ils’installedanslesiègearrière
sans mot dire. Immédiatement, la voiturette s’élève
à quarante centimètres du sol et démarre d’amblée
à quarante kilomètres heure. Au milieu de ce grand
silence, dans cette belle lumière qui enveloppe les
labyrinthes traversés par l’engin, Malay bien ins-
tallé dans la voiturette revient par les pensées à sa
’mama’. Mais cette fois, il s’efforce d’écarter mo-
mentanément de sa mémoire les souvenirs. Rien à
faire ! Elle est toujours présente devant ses yeux en
séquences subliminales.
Lesquinzeminutesduparcourss’étaientécoulées
comme un éclair. Le véhicule stoppe face à une
entréeàdroitedelavoie. Ildescend,dépasseleseuil
del’entrée,trouveunescalierluiaussihélicoïdale. Il
leprend,tranquillement,descendleslargesmarches
une à une.
En bas de l’escalier, il marche dix mètres, puis
entreparlapremièreportequiseprésente. Ilaccède
directementdanslasalledite’Mémoiredurobot’:
A l’intérieur de huit grandes loges cloisonnées,
destechnicienssontdevantleurpupitreélectronique.
Latéralement de chaque côté de celles-là, il y a un
poste ouvert vers l’espace de la salle. Dans l’un
commedansl’autredespostes,sevoitunetablepu-
pitre semi-circulaire doublée d’un tableau électro-
nique, dans lequel des données sont en continuelle
modification.
De face, en regard à tous les postes et cellules,
juste au bon milieu, une très grande table d’appa-
rence métallique se dresse. Celle-ci supporte un
écranplatpluslargequehaut,devantlequelestdé-
poséunpetitécransagittalfaisantfonctiondeclavier
électronique. Derrière cette dernière il y a un grand
29Parallel reality VII (Fin)
fauteuilamovible. Derrièrecesiègesevoituneporte
qui donne directement aux circuits mémoires du ro-
botViFaR:C’estlepostedecommandementduro-
bot, qu’on appelle ici ’MémoiresViFaR’.
Malayprendplace dansle fauteuilamovible der-
rière la grande table-écran. Il réfléchit un moment,
puis pose la main sur l’écran clavier, il s’agit de
l’écran sagittal. Immédiatement, celui-ci fait appa-
raître un tableau avec des chiffres et des lettres. Il
toucheunecelluledutableau,revientenarrièrepour
mieux s’adosser et dit :
- ViFaR, trouve-moi le Professeur Alym.
-ProfesseurMalayHeass. Attendezcinqdixième
de seconde… Le Professeur Alym Shalbe est à une
distance de quinze mètres du point où vous êtes
configuré… Autre question Malay Heass ? Répond
le haut-parleur de ViFaR.
-Terminé,ditMalayenlevantlesyeuxdel’écran
clavier.»
Alym était déjà là, il se dirigeait vers Malay. Ce
dernierselève,vaversAlym,lerencontreàmi-che-
min, lui dit :
-BonjourMalay,notreProfesseurFiola,comment
va t-elle ce matin ?
- Son état est stationnaire. Vraiment, elle m’in-
quiète ! Répond tristement Malay.
- C’est navrant, elle ne veut même pas se laisser
faire ausculter ni par un médecin ni encore moins
parlerobotmédicalViMed,ditAlym,luiaussiavec
30Abdellatif Chlih
tristesse. Il continue : Ne restons pas debout, allons
au bureau.
- Oui, bien sûr, allons-y, réplique Malay.»
Les deux quittent la salle, tourne à droite. Six
mètres plus loin sur la même paroi murale du la-
byrinthe, ils entrent à la première porte. C’est une
grande salle de réunion. Elle est circulaire. Une lu-
mière uniforme filtre du plafond. Dans chacun des
quatre coins cardinaux, est encastré un grand écran
placardé à même l’angle du mur. Au milieu de la
salleuneimpressionnantetableovaleenboismassif
de couloir noisette se dresse toute luisante. Celle-ci
est entourée de trois rangées de fauteuils, tous de la
même couleur que la table.
En entrant, Alym et Malay prennent les premiers
sièges. Ilsrestentunmomentsansparler,puisAlym
se décide. Il dit :
- Malay, il est neuf heures. Il faut que tu partes
au Continent. Le Délégué de notre Organisation t’y
attend.
- Mon cher Alym, je ne vois rien de précis ni de
précieux à cette mission, répond Alym.
- Nous en avions discuté hier soir. C’est toi le
responsable de ce dossier, réplique Alym.
- Jene suispasleDoyen. Je t’avaisproposéaller
ensemble, tous les deux, dit Malay.
-NedispascelaMalay. LaDoyenneestfatiguée,
etc’est toiquiessenséla remplacer, répond Alym.
31Parallel reality VII (Fin)
- Remplacer la Professeur Macadum ? Ni moi
ni quiconque ne pourront remplacer la Professeur
Fiola. C’est la monnaie non pas rare, mais introu-
vableetquinepeutêtreremplacée,ditMalayexcité.
- Oui, bien sûr ! Le temps passe frère Malay,
réplique Alym. Il continue à la hâte en élevant de
peulavoix: Nousbutonssurunequestionsanssens.
L’Europe et l’Afrique c’est bien toi, l’Océanie c’est
moi. Ne soyons pas Petit d’esprit, réplique Alym
pour convaincre.
-J’ai l’impression que je ne saurai pas. Toi, tu es
diplomatique, tandis que moi, je n’ai jamais quitté
lasalle’Mémoiresrobot’etl’amphidel’Université,
répond-il.
-C’estpourtantsimple: Tun’aurasqu’àécouter!
Allez, lèves-toi frère Malay, dit Alym.
- Bon, je me lève, tu as parfaitement raison frère
Alym, dit Malay en se levant. Il ajoute : Je com-
mande un ViMob.
- Ne prends-tu pas un Mobilejet ? Demande
Alym.
- Non ! Je voudrais faire vite, revenir au plu-
tôt auprès du Professeur Fiola. En Plus, nous avons
neuf-cent quinze ViMob, la moitié attend d’être uti-
lisée, conclue Malay.
- Bon ! Soit ! Fais ! Répond Alym
- Sans quitter la station debout, Malay s’appuie
sur le fauteuil. Il dit à haute voix :
-ViFaR!
32Abdellatif Chlih
- Oui, Professeur Malay Heass, répond immédia-
tement le haut-parleur du robot.
-Fais-moipréparerleViMobdisponible,réplique
Malay.
- La discussion avec le Professeur est bien notée.
Vousirez àMarseille enmission. Déclarezletemps
quetu resterasausiègede laDélégation Marseille.
- Je ne sais combien de temps me faudra t-il. Tu
laisses le temps ouvert, répond Malay.
- Professeur Malay Heass. Impossible de laisser
lerépertoireouvertpendantlanavigationdeViMob.
Répond le haut-parleur du robot.
- Tu ne dépasseras pas 120 minutes, intervient
Alym.
- ViFaR, c’est 120 minutes au plus, dit Malay à
haute voix pour la machine.
-LanacelleViMob221estprêtedanssarompede
départ. Vousordonnezautre,ProfesseurMalay? Dit
le haut-parleur du robot.
- Non, terminé !
- Professeur Alym Shalbe, vous êtes demandé au
point12,c’esturgent,répètelehaut-parleuravantde
se taire."
Les deux hommes se dirigent vers la sortie de la
salle.
33Parallel reality VII (Fin)
Endépassantleseuildelaporte,ilstrouventdeux
voiturettes en attente. Alym s’installe dans l’une,
Malay dans l’autre. Les engins démarrent dans le
même sens, quoique les destinations soient diffé-
rentes.
LeProfesseurMalaymontedanslavoiturettequi
doitl’emmener à la stationdesnacellesViMob.
Ens’asseyantausiègearrièredelavoiturette,Ma-
lay ne fait plus attention à ce qui se passe autour de
lui : Petit à petit son esprit progresse ailleurs, chez
sa ’mama’.
Quatre minutes suffisent. Il arrive à la rompe
de départ, descend de l’engin juste face à une en-
trée d’escalier. Il l’emprunte, monte en traînant son
membre marche après marche.
En haut de l’escalier, il se trouve dans le parc à
ViMobappelérompe: C’estuntrèsvasteespaceoù
lesViMobenattentedeservicesontgarés. Unagent
desécuritél’attendait. Celui-cis’approchedelui,lui
dit :
-ProfesseurMalay,leViMobnuméro221vousat-
tend. LecommandantdebordestlecapitaineHiff.»
Ilsarrivent à proximité du gigantesque engin. Le
piloteétaitlàsouslamachine. Unepoignéedemain
entrelecapitaineetMalay: Ilsseconnaissaientdéjà,
ils étaient dans la même université, mais de section
différente.
34Abdellatif Chlih
Pendant que l’agent de sécurité rebrousse che-
min,lesdeuxhommesseplacentsuruneplate-forme
circulaire, assez suffisante pour supporter cinq per-
sonnes,laquelledescendaitdel’appareil. Aprèsl’ar-
rêt complet de la plate-forme, le capitaine Hiff et
Malay y montent. Un cylindre transparent glisse de
hautenbas,couvrelesdeuxpersonnesdeboutsurla
plaque. Cette dernière remonte avec ses occupants
pour ensuite disparaître dans l’appareil.
Quatre minutes s’écoulent. Malay et le capitaine
setrouventdanslepostedecommandementdel’en-
gin. Est circulaire celui-ci. Il y a de part et d’autre,
untechniciendevantunpupitredoubléd’untableau
électronique. Au centre, se trouve le poste de com-
mandant : Une table spéciale en forme de demi-
cercle, disposée en sagittal oblique, à trente degrés,
à écransensibleautoucher. Derrièrecettetable,ily
a un fauteuil et deux tabourets.
Des lumière jaunes, rouges et vertes s’alternent
dans leurs clignotement en dessous de l’appareil.
Le ViMob N 221 s’élève du sol, remonte les huit
mètresquiséparentplancheretplafond. Uneouver-
ture s’opère au plafond. Le grand engin la dépasse,
celle-ci se referme. Il s’y pose en stationnement.
D’un coup, l’eau de mer inonde l’espace où le Vi-
Mobse trouve. Leslumièresfonctionnenttoujours.
Immergécomplètementd’eau,l’enginsedéplace
à la verticale, en même temps une trappe s’ouvre
au-dessus. Il dépasse la trappe, celle-ci se referme
comme elle était avant. Maintenant, il remonte les
4500 mètres de profondeur de l’Océan Pacifique
sansbulle, sansbruit, toujoursà la verticale.
35Parallel reality VII (Fin)
Arrivéàlasurface,l’appareilcontinuesamontée
air libre. En même temps, les lumières qui cligno-
taient s’éteignirent, alors qu’il plie le trépied sur le-
quel il reposait sur le sol.
Le capitaine ne suit aucune opération de naviga-
tion,c’estlerobotViFaRquigèretout. Lecapitaine
n’est là que dans le cadre disciplinaire et d’autorité
surl’équipage. LecapitaneHiffs’assoitdanslefau-
teuil,Malaydansuntabouret. Le premier remarque
l’air très tendu du second. Il lui dit :
- Professeur, voulez-vous voir ce qui se passe en
bas ?
-Non,merci! Dites-moiplutôtlescénarioprévu.
Je n’avais pas eu le temps de le demander au robot,
répond Malay.
- Le toboggan vous déposera sur la terrasse du
siègedelaDélégation. Après12minutes,nousvous
enverrons le toboggan pour revenir à bord, répond
Hiff.
-IlyaunendroitquejevoulaisvisiteràMarseille,
j’yavaispassédix-huitmois,lorsquej’étaisenstage
dansseslaboratoires. JevoudraisbienvoirleJardin
Puget, dit Malay.
- A ma connaissance, je crois qu’il n’y a rien de
spécial dans ce coin là, réplique Hiff.
- Je sais qu’il n’y a rien de spécial. Moi, j’ai
là-dedansdebeauxsouvenirs. Ilyamêmemonnom
gravé dans un de ses arbres… Oh, non ! Je n’aurai
pas de temps, termine par dire Malay.
36Abdellatif Chlih
- Voilà! Professeur, noussommesdansle ciel de
Marseille. Levons-nous, dit Hiff.»
Ilsselèvent,prennentlechemindesortie. Enpas-
santdevantlepupitred’undesdeuxtechniciens,Hiff
saisit une paire de lunettes, les donne à son compa-
gnon. Sansceslunettes,Malaynepourrapasvoirle
toboggan quand il reviendra.
Devant le poste de commandement, une plate-
forme est démarquée sur le plancher. Malay se met
dessus, place les lunettes aux yeux. Un tube cy-
lindrique transparent descend, enveloppe la plate-
forme, laquelle descend. Pour Malay, un vide tour-
nant s’active sous ses pieds. Le vide tourbillonne,
tourbillonne jusqu’à toucher la terre ferme. Il se re-
tourne,voitletobogganquil’avaitdéposé,serétrac-
ter verticalement vers le ciel.
Il enlève ses lunettes, regarde en face, constate
quedeuxpersonnesl’attendaientsurlaterrassed’un
bâtiment: C’estmonsieurJaquinaccompagnéd’une
autrepersonnequ’ilneconnaîtpas. Les’salut’entre
les hommes, puis ils s’engouffrent dans un ascen-
seur situé dans l’abri de stationnement des Mobile-
jets. Une petite course, l’habitacle s’arrête. Ils des-
cendentdansuncouloir,marchentquelquespas,pé-
nètrent par une entrée. Ils se trouvent maintenant
dans une salle de réunion de tout ce qu’il y a d’or-
dinaire.
Monsieur Jaquin a quatre-vingt-cinq ans. Il n’est
pas inconnu au Monde de l’Organisation Famille.
Son père était mondialement connu. Ce fut un
homme de la politique et du monde diplomatique
qu’on réservait pour traiter les situations les plus
complexes. Le fils, Pierre Jaquin, est lauréat de
l’Ecole supérieure d’Administration Publique de
37Parallel reality VII (Fin)
Félicité Île, dans laquelle il fut enseignant pendant
davantage que quarante ans. Il fut muté pour des
raisons de santé, afin de représenter l’Organisation
dans le sud du Continent.
Tous les encadrant de la hiérarchie supérieure, le
Profeseur Malay compris, savaient que si monsieur
Jaquin avait dit que cette affaire doit revêtir un ca-
ractère secret, c’est qu’il ne l’a aucunement pas dit
auhasard. IlsavaientaussiquemonsieurJaquinme-
sure d’avance la portée de ce qu’il dit.
Malayprendplacefaceauxdeuxautres. Ilsn’ont
jusqu’àprésentpasditunmot. Lenouveauvenules
regarde pour essayer de lire quelques chose sur leur
visage. Enfin, il dit :
-MonsieurJaquin,d’abord,bonjour! Vousaviez
été hier ’très soucieux’, ce que vous m’aviez dit.
N’est-ce pas ?
- C’est bien cela. Professeur Malay, je vous pré-
sente…Non,ilvaudramieuxquejenedisepas
le nom de monsieur, c’est très confidentiel. Pour-
rions-nous revenir à la terrasse, à l’air libre pour ne
pas être espionné ? Dit monsieur Jaquin.
-SoyeztranquilleMaîtreJaquin. Personnen’ales
capacitéspournousespionner. L’Europe,enparticu-
lierlaFrance,sontbiensurveillées. Iln’yaquenotre
robotViFaRquisuivranotreentretien. Allez-ysans
crainte, réplique Malay d’un ton rassurant et tran-
quille.
-PuisquevousleconfirmezProfesseur,voilà: Ce
monsieur et le docteur Cevenito… Jaquin est coupé
par Malay. Ce dernier marque une mimique. Il ré-
plique l’air effaré :
38Abdellatif Chlih
- Cevetino ? C’est notre adversaire de toujours.
Attendez,ce monsieurest jeune, alorsque celui que
nous connaissons par l’ouïe est vieux. Expliquez-
moi monsieur Jaquin.
-Laissez-moiterminerProfesseur,s’ilvousplaît,
dit Jaquin. Il continue : Celui-ci est le docteur An-
tonio Cevenito, son père est Adolpho.
- Professeur, offrez-moi le temps de vous expli-
quer,vousjugerez après,ditAntoniocalmement.
-Excusez-moidocteurCevenito. Votrepèreavait
tellement fait du Mal à l’humanité entière. Allez-y,
je vous écoute :»
Antonio parle d’une voix presque chuchotée, ce-
pendant,ilregardedroitdevant-lui,commepourdé-
fier ceux qui l’entourent.
- Il est nécessaire de vous conter tous les détails
afin que vous puissiez cerner le fond de la conclu-
sion à laquelle nous étions arrivés moi et père. Je
suisfilsunique,jeveuxdiregarçonunique. J’aiune
sœur, aussi médecin. Je suis né le 23 mars 2175, le
vendredi exactement. Alors, vingt jours avant ma
naissance,mon père avaitétaità l’origine d’une ex-
terminationdetouteunepopulationcomposéedesix
millepersonnes. Certes,ilenavaitperpétréd’autres
génocides sous les instructions du Président de la
Lune. Monpère,GouverneurGénéral,avaitéprouvé
pourlapremièrefois,nonpasunremords,maisplu-
tôt un véritable sentiment de culpabilité. Dans cette
période-là ma mère étaitproche de l’accouchement.
Alors,parceréveildeconscience,monpèrenevou-
laitpasqu’ilarriveàsonenfantcequiluiétaitarrivé
39Parallel reality VII (Fin)
à lui. Ainsi, déterminé une fois pour toutes, il s’in-
crusta dans l’idée de ne pas répéter ce que son père
Jiuseppe avait fait… La parole d’Antonio est coupé
par Malay. Il lui demande :
-Qu’avaitfaitvotre grand-père Jiuseppe ?"
La question de Malay injecta davantage de cou-
rage à Antonio à poursuivre mieux à l’aise. Il sait
maintenantqueleProfesseurMalayl’écouteattenti-
vement. Il poursuit :
- Mon grand-père Jiuseppe ne s’était pas rendu-
compte du vrai environnement dans lequel il en-
rôlait son propre fils. Il laissa son enfant, c’est
à dire mon père, grandir, gravir les échelon de la
Classe Scientiste exactement comme il l’avait fait
lui-même. Son filsAdolphodevintpartieintégrante
du Système Gouvernant. Il donna allégeance sans
avoirla chance deréfléchir sur le totalitarismedela
Science Politicienne. C’était cela qu’avait fait mon
grand-père. Al’approchedemanaissance,monpère
ne voulait pas que je suive la même destinée qu’il
lui était réservée. C’était pour cela, il envoya ma
mère se faire accoucher en France. Pour que ma
mère puisse échapper au pouvoir des Rayons Thé-
matiquesduPrésidentdelaLune,c’est-à-direduro-
botFals,sonvoyaged’Amérique,sedéroulaenplu-
sieurs étapes géographiques. En fin de compte, ma
mèreaccouchademoiici,plusexactementdansune
maternitédeCourtenay. Lasuiteétaitsansproblème
notable: Nousnoussommesinstallésdéfinitivement
à Nice. Ma sœur me rejoignit plus tard, là, nous
avions suivi toutes nos études, du primaire à l’uni-
versitaire. Masœur rejoignit mon père il y a six ans
decela. Parcontremoi,duranttoutecettepériode,je
n’avaisvumonpèrequedeuxfois,lapremièrequand
40Abdellatif Chlih
j’avaisonzeans. Laseconde,c’étaitlasemaineder-
nière.»
Antonio s’arrête un instant pour humecter ses
lèvres. Malayen profitepourposerune question:
- Vous aviez dit que vous étiez chez votre père
rienquelasemainedernière,jevousposedeuxques-
tions : Un. Comment aviez-vous fait pour vous y
rendre, alors que nous savons qu’il y a un rideau
de fer qui s’étale de la moitié Ouest de l’Atlantique
jusqu’à la moitié de l’Océan indien ? Deux. Com-
ment aviez-vous fait pour forcer ce rideau de fer et
revenir ici en France ?
- C’est difficile de concevoir cela : Aller et reve-
nirfacilement! Cecileditceluiquinesaitpasexac-
tement la portée des Signaux Subliminaux du robot
Fals. Celui qui le voit de loin croit que Fals est par-
fait. Eh bien ! Non, il n’est pas parfait. Il ne l’est
paspouruneseuleraison: Cerobotnecontrôleque
lespersonnesdontilpossèdelesCodesADN.Ilfaut
qu’il ait le code génétique et infrarouge de la l’indi-
vidu pour pouvoir le contrôler. Sans cela, cet indi-
vidu devient un ’néant’ pour lui, répond Antonio.
- Et comment obtient-il ces Codes ? Demande
Malay.
- C’est dès la naissance. Dés la naissance, la
panoplie d’appareillage d’accouchement envoie ces
CodesàlaBanquedeFals. Ainsi,cetêtredevientre-
pérablependanttouteladuréedesavie. Etantdonné
quemoi,j’étaisnéhorsdupaysd’influence,lerobot
ne possédait pas mes Codes intimes. C’était l’ob-
jectifdemonpère,quiavaitenvoyéaupréalablema
mèresefaireaccoucherhorslazonequelerobotFals
contrôle, répond Antonio convaincant.
41Parallel reality VII (Fin)
-Oui! C’estplausible,continuez,répliqueMalay.
Lasemainedernière,moietmonpèren’étionspas
resté suffisamment longtemps pour pouvoir mener
une ample discussion. Nous étions restés ensemble
juste quelques minutes, deux fois par jour. Malgré
cetempscourt,noussommesarrivésàcommuniquer
parfaitement. Il m’avait fait savoir, qu’il allait faire
déflection au Système Gouvernant. Il avait com-
mencé ses préparatifs il y a plus de trente années…
Lesproposd’AntoniosontcoupésparMalay,ildit:
- Même s’il se préparait depuis trente années, les
résultatsrestentdangereuxpourlui. LeSystèmeFals
estsansfaille,selonmesrenseignements. Alorsdoc-
teur Cevenito, dites-nous ce qu’il nous demande de
faire.
-Ildemandequ’undevosCadresaillelevoir. Et
ce ne sera pas n’importe lequel de vos Cadres, mais
celui le plus qualifié, répond Antonio.
- Le plus qualifié ? Qualifié en quelle matière ?
Demande Malay.
-Nousn’avionspasabordécecôté-là. Maisvous,
vous devriez savoir le profil adéquat, répond Anto-
nio.
-Avait-ilpréciséundélai? Demande Malay.
-Sansdélai! Monpèren’avaitpasprécisédedé-
lai,répondAntonio. Ilajoute: C’estcelalemessage
dont je suis porteur.
- C’est flou comme proposition. Nous verrons
cela endétailavec noséquipes, ditMalay.»
42Abdellatif Chlih
-Lesilencetombasurleshommes. Malayregarde
sonbracelet,justeuneheuredepasser,remarquet-il.
Au fait, il n’a rien à ajouter. Monsieur Jaquin non
plus ne trouve rien à dire.
Le Délégué de l’Organisation Famille invite
l’hôte à descendre au buffet. Malay décline l’in-
vitation poliment. Quatre minutes passent, Malay
se lève, les autres font de même. Tous prennent
l’ascenseur, reviennent à la terrasse.
Malaymetleslunettes,nevoitpasletoboggan. Il
les enlève, dit à Antonio :
- Docteur Cevenito, s’il vous arrive de voir le
Professeur Cevenito, dites-lui merci d’avoir pensé à
notreOrganisme. C’estcertain,nousferonsquelque
chose, et très bientôt encore.»
Avant de terminer son propos, le bracelet de Ma-
lay lance un Bip. Il le regarde, puis immédiatement
met les lunettes : Il voit le toboggan descendre de
l’espace. Il va dans sa direction pendant qu’une pe-
tite paroi s’ouvre, il y rentre, se met debout sur la
plaque plate-forme. Celle-ci remonte.
Quarante seconde après, il se retrouve assis dans
un tabouret à côté du capitaine Hiff. Ils sont dans
l’unitédecommandementdelanacelleViMob,Hiff
s’empressa de dire à Malay :
- Il y a ViFaR qui fait appel à tous les Cadres de
l’Organisation.
- Oh, du nouveau ! Quel était son message ?
Demande Malay.
43Parallel reality VII (Fin)
- Non, pas encore dit de message ! Il n’avait
riencommuniqué. Ilavaituniquementappeléendi-
sant"TouslesCadressansexceptionavantd’ajouter
100pour100desCadressupérieurs". Iln’avaitrien
dit de plus.»
Malay tâte son chef, il n’ajoute rien.
Danssespensées,leProfesseurMalaysedit: Que
peut-ilbien arriver ? Le robot ViFaR n’avait jamais
pris l’initiative d’appeler tout le monde pour leur
annoncerunecommunicationimprécise. Neserai-ce
pas là un tournant dans la vie du robot.
Tout d’un coup la table écran s’active : Apparaît
engrandcaractèrelemot’ViFaR’. MalayetHiffre-
viennent en arrière pour mieux voir l’écran. L’écri-
turenechangepas. Unepoignéedesecondespasse,
la voix du haut-parleur robot dit :
"Aujourd’hui, mercredi premier septembre 2206
à 17 heures quinze secondes, les hauts-fourneaux
ViFaR sont arrivés à produire la température-so-
leil. L’objectif 49000 degrés Celsius est atteint,
selon le procédé Mooney-Fiola dans les conditions
suivantes : Les noyaux des atomes d’hydrogène
agissent en interaction avec les pupilles d’Anti-Elé-
ments. Activation et sur-fusion totale en chaîne
circulaire. L’application consiste à la combinaison
detroisnoyauxd’hydrogènedansunenvironnement
anti-éléments ce qui a formé un noyau de Bhélium.
Le ’Bhélium est un nouveau corps créé. L’énergie
libérée est sous forme de radiations ’gamma’ du
type ßy3… Terminé".
Malayresteabsorbéparcequ’ilvientd’entendre.
S’agit-il d’un Monde nouveau qui vient de naître ?
44Abdellatif Chlih
Ou bien commencement de la Grande Fin, se de-
mande t-il.
De nouveau,le haut-parleur,cette fois, avec l’ac-
tivation de la table écran, le portrait de Alym appa-
raît. Hiff ne branche pas, il donne l’air de ne pas
comprendre tout ce qui se passe.
- Professeur Alym, as-tu entendu ?
-Oui,j’aibienentendu,répondMalay. Ilajoute:
Et après ?
- Comment ’et après’ ? Tous ici voient que ce
n’estpasnormaldelapartdurobot,répliqueAlym.
- C’est un point de vue ! Dit Malay.
- Un point de vue ? Dans tous les cas, nous te-
nonsuneréuniondansquelquesminutesàlasallede
Travail,tunousrejoinsenatterrissant,ditAlymtrès
affecté.
-D’accord, répliquepour toute réponse Malay.»
La table-écran se désactive. Malay se retourne
vers le capitaine Hiff, lui demande :
- Sommes-nous encore loin ?
- Nous sommes sous l’eau, encore cinq minutes
pour descendre, répond le capitaine.»
Dans la salle de réunion, neuf personnages ont
prisplaceauboutdelatableovale. Ils’agitd’Alym
45Parallel reality VII (Fin)
etsonassesseur,Malay,ledirecteurdeslaboratoires
universitaires et le directeur des Recherches Bio-
Physiques,lechefdesServicesdesécuritéetsonad-
joint,lecommandantenchefdel’escadrilleNacelles
ViMob et le gradé immédiat.
Tous ces gens ou du moins les scientifiques
d’entre eux, ont l’air très soucieux. Chacun des
d’eux groupes voit l’événement selon son point de
vue, mais tous convergents vers un seul et même
point: Cequivientd’arriver,concernantladernière
communication du robot ViFaR, est un précédent à
étudier en profondeur. Le Dr Wens, directeur des
laboratoires universitaires ouvre la parole :
-Messieurs,nousconstatonsquepourlapremière
fois le robot ViFaR prend l’initiative, diffuse une
communication générale sans en avoir reçu les ins-
tructions. Vous Professeur Alym, vous manipulez
quotidiennementlamémoiredurobot,pourriez-vous
nous dire ce que vous en pensez ?
- Messieurs, nous nous occupons de la mémoire
durobotdepuistoujours,moietleProfesseurMalay.
Cequivientd’arrivern’estpasdanssesprogramma-
tions, réplique Alym.
-Sansvoile,j’aimeraisdire,sansoublierqu’ilya
parmi vous ceux qui étaient mes enseignants : Etre
ex-enseignant ne m’empêchera pas de dire ce que
je pense. Le robot a parfaitement raison de faire ce
qu’ilavaitfait. Leprocédéquivientd’aboutir,c’està
dire la production de la Température du soleil, avait
été travaillé et conduit par les Professeurs Mooney
Fabien et Fiola Macadum à partir des années 2130.
Enfin l’objectif est atteint… Je ne vois pas d’anor-
mal à ce que le robot nous en informe immédiate-
ment, dit Malay. Il se retourneversAlym et lui dit:
46Abdellatif Chlih
L’anormal, c’est ce que je venais d’entendre de nos
éminents Cadres…
- Malay, il n’y a pas de raison que vous soyez de
cette sensibilité ! Dit Alym.
- Je suis loin d’être sensible, ce n’est pas ma na-
ture. Je recommandais à ce que l’on organise une
réunion depuis deux mois, sans jamais réussir d’en
tenir. Et voilà, maintenant pour un sujet de polé-
mique,toutfutdécidéetentreprisenmoinsdedeux,
répond Malay excité.
- Un sujet très important est celui-ci. Nous de-
vronsétudierpourquoilerobotavaitprisl’initiative
tout seul ? Insiste le directeur deslaboratoires.
-Jeviensd’avoiruneentrevueavecunepersonne
importante du Monde adverse. M’avez-vous de-
mandé de vous en parler ? Dit Malay.
- Malay, ceci c’est pour plus tard. Pour l’instant,
nous avons une problématique de taille sur les bras,
répondAlymenessayantd’apaisersoninterlocuteur.
- Dans ce cas-là messieurs, veuillez m’excuse,
faitesvotre réunion sansmoi. Cela vaudra mieux…
Réplique Malay en se levant.»
Aprèss’êtrelevé,Malaysedirigeverslaportede
sortie. Ilquittelasalledesréunionssansseretourner.
Lesautresl’avaient suivi desyeuxsansbouger.
Pourunefois,Malayétaithorsdelui. Ilnes’était
pas rendu compte des couloirs traversés, des esca-
liersremontésetdesruesparcourues,jusqu’àsonar-
rivéefaceàlavillaFiola.Ilpousselaportecochère,
47Parallel reality VII (Fin)
marche dans le jardin, atteint l’entrée de la maison.
Il pénètre dans le salon vestibule.
Madame Suing est assise là dansun canapé. Ma-
lay dit bonsoir à la dame, puis va de front à l’entrée
de gauche. Il frappe à la porte gauche du petit cou-
loir tout en la poussant. Il trouve Fiola en position
demi-assise dans son lit.
En le voyant, le visage de la vieille dame s’illu-
mine d’un large sourire. Malay se rapproche, lui
pose un tendre baiser sur le front, s’assoit à côté
d’elle. Il lui dit :
- Mama, comment allez-vous. J’avais hâte de
vous revoir.
- Tout va bien. Et toi ? Cela s’était bien passé
pour ta mission ? Demande t-elle.
-Oui,parfait! LeSystèmedel’ennemiestentrain
de craquer, répond-il.
- Petit ! Ne dis jamais ’ennemi’. Nous n’avions
jamais eu d’ennemi. Dire adversaire est le mot, ré-
plique t-elle doucement sansavoir l’air irrité.
- Oui mama, vous aviez raison : Jamais nous
n’avions eu d’ennemi. Mama, enfin, le robot Vi-
FaR commence à initier son autonomie. J’aurai es-
péréquevousaurieziciunvisiophonepourquevous
soyez au courant des choses, dit-il.
- Non ! Jamais d’écran ici tant que je suis là.
Lorsque je partirai, fais ce que tu voudras, réplique
t-elle.
48Abdellatif Chlih
-Vousnepartirezpasmama…Saphraseestcou-
pée par Fiola. Elle dit :
-Dequelleautonomieparlais-tupetit? Demande
t-elle.
- Le robot ViFaR avait invité tout le monde de
l’organisation,pourl’écouter. Moi,j’étaisdansl’es-
pace à bord de la Nacelle, dit-il.»
Acesmots,Fiolaseredresse,devientenposition
assise, ses lèvres s’entrouvrent en disant :
- Continue mon petit Malay…
-Danssonmessagelerobotinformaitqu’ilvenait
d’arriver à produire la température-soleil, répond-
il.»
Fiola ouvre franchement les lèvres qui étaient
mi-closes. Elle les fait ouvrir davantage pendant
que son front se déplie à son maximum. Une tu-
méfaction visible secoue tout son visage : Un rire
agréable et long sort de sa gorge. Un rire continue
mais posé et poli.
Malay retient sa respiration : Aucune fois, il
n’avait vu sa mama rire de la sorte. Ceci dure
assez longtemps. Enfin, Fiola revient à sa position
demi-assise et dit :
- Voilà mon enfant ! Chaque chose vient en son
temps. Pourlerobot,personnenepourraarrêterson
évolutionversl’autonome. Ilvientd’acquérirsonin-
telligence lui-même. Par apprentissage, désormais,
ViFaR n’aura plus besoin de la main humaine d’ici
à douce décennie : C’est comme cela que dit son
programme. Depuis cette heure, il possède l’arme
49Parallel reality VII (Fin)
aveclaquelleildéfieratousceuxquivoudrontsortir
de la voie pré-tracée par nos aïeuls. Nos aïeuls, eux
étaient un patrimoine de l’humanité entière, jamais
ilsn’avaientpenséà leur bien-être personnel.»
Fiola continue d’illuminer sa mimique d’un sou-
rireprochedufané. Detuméfiéetrosace,sonvisage
vire vers le pâle. Néanmoins, elle ne s’arrête pasde
parler.
- Oô, Mon garçon ! Ne te fie pas aux apparence.
Approches là. Que je t’enlève lesœillères, reprend-
elle en montrant le bord de son lit.»
Malay se déplace, s’assoit au bord du lit. La
vieilledame continuepar phrasesentrecoupées:
-
- C’est le signe précurseur. Crash de notre civili-
sation…»
Il fixe le visage de la dame l’air surpris, remar-
quantqu’elletientunsujetnouveauetbizarre. Illui
dit :
- Crash ? Notre civilisation ?
-Oui… Mon petit… Te vient-il à l’idée… Les
civilisationsrévolues ? Lui demande t-il.
- Mama, vous êtes essoufflée, reposez-vous,
conseille t-il poliment.
- Les Aztèques… L’Atlantide… Les Pharaons…
C’étaient des civilisations… qui étaient arrivées à
l’apogée de la Science… comme nous maintenant.
Et… c’étaitcette Sciencequiavaitcausé…Pasleur
décadence, mais leur Crashe…commecequiva
nous arriver… à la nôtre de civilisation, marmonne
Fiola avantde se taire,forcée par la fatigue.»
50Abdellatif Chlih
Elleparlaitdoucement,sansquittersonbeausou-
rire. La tonalité de sa voix diminue de plus en plus.
Son visage de pâle devient jaune-bleuâtre. Ses pau-
pières s’alourdirent, devirent mi-closes en cimier,
clignotent de temps à autre. Malay gagné pas une
douleur profonde s’empressa de dire :
- Reposez-vous mama, assez parler.
-Ouimonchéri,bientôtjemereposerai…Toutse
déroulecommeprévu,àlasecondeprès. Pourmoi..
Letoutn’aplusdesensmaintenant.. Petit! Appelle
t-elle.
-Ouimama,répond-ilensetenantdeboutdevant
le lit, les yeux fixés sur sa mama.
-.Très contente de toi, mon garçon. Tout n’a plus
de sens. Laisses-moi seule cinq minutes, dit-elle à
mi-phrases.
- Oui mama, reposez-vous, répond-il toujours
courbé en station debout au bord du lit avant de
sortir de la chambre.»
Il trouve madame Suing encore assise dansle sa-
lon. Malay vient s’asseoir devant elle. Madame
Suing lui dit :
- La Professeur Fiola passe par des moments dif-
ficiles.
- Oui madame Suing. Je ne sais quoi faire. Elle
refuse tous soins, réplique t-il tristement.
- S’est-elle rendormie ? Demande Suing.
51Parallel reality VII (Fin)
-Non,elleveutresterseulecinqminutes,dit-il. Il
ajoute ense levant: Je reviensauprèsd’elle.»
Malay traîne son pied, marche en raclant légè-
rement la moquette. Il arrive devant la porte de la
chambre de Fiola. Il saisit le poignet, le fait tourner
doucement. Ilentrouvrelaporte,regardeparl’entre-
bâillement: IlvoitFiolalesyeuxfermés. Ilécartela
porte, entre dans la chambre le thorax dans un étau
d’angoissé.
Arrivéauchevetdulit,ilditdeplusenplushaut à
trois reprises : Mama.
Pas de réponse. Il l’appelle encore une fois en
posant la main sur celle de sa ’mama’. Celle-ci est
glacée.
Malay regarde le visage de sa mama, de Fiola :
Son frontestdéplissé, leteintde sonvisageétaitre-
devenu rose. Deux petites fontes aux commissures
labialesfeignent un sourire. Il s’agit dans le Lende-
main de Feu la Professeur Macadum Fiola.
Malay se retourne, quitte la chambre, traverse le
salonendirectiondelasortie. MadameSuingcourt,
le rattrape avant qu’il ne dépasse le seuil. Elle vient
face de lui, lui dit :
- Professeur Malay,commentva t-elle ?»
Suing constate des larmes mouiller les yeux de
Malay,remplirsesjoues,serassemblersouslemen-
ton dans une mimique sombre, traduisant une tris-
tesse profonde. Difficilement il dit :
- L’humanité vient de perdre, le dernier de ses
patrimoines humains, répond Malay.»
52Abdellatif Chlih
Suing,aprèsdeuxsecondesdestupeur,poussaun
cri ondulé et long. Cri de désolation, d’extrême af-
fliction et de compassion, lequel demeura audible,
même quand Malay dépassa le seuil de la porte co-
chère.
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