Physiologie du vieux garçon

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BnF collection ebooks - "On n'est rien en naissant, a dit M. Jules Janin, le rédacteur du Journal des haras, l'auteur du Jeune homme mort et de la Jument guillotinée. Cette grave et sensible vérité nous a plus d'une fois attendri nous-même. On ne naît donc pas célibataire comme on naît avec une couronne de berger (je n'ose pas dire de roi, il n'y a plus de rois), avec cent mille francs de rentes."


Publié le : mercredi 25 février 2015
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EAN13 : 9782346002511
Nombre de pages : 122
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Fruit d’une sélection fine réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF par un comité éditorial composé de ses plus grands experts et d’éditeurs, BnF collection ebooks a pour vocation de faire découvrir des textes classiques essentiels dans leur édition la plus remarquable, des perles méconnues de la littérature ou des auteurs souvent injustement oubliés.

Morceaux choisis de la littérature, y compris romans policiers, romans noirs mais aussi livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou sélections pour la jeunesse, tous les genres y sont représentés.

Éditée dans la meilleure qualité possible eu égard au caractère patrimonial de ces fonds, conservés depuis de nombreuses années par la BnF, les ebooks de BnF collection sont proposés dans le format ePub, un format ouvert standardisé, pour rendre les livres accessibles au plus grand nombre sur tous les supports de lecture.

CHAPITRE PREMIER
Exposition : l’auteur à sa lectrice

Ne trouvez-vous pas, Madame, que la chose la plus burlesque de notre glorieuse époque est sans contredit la physiologie ?

Si j’ai choisi celle du célibataire, c’est parce que je vous aime et parce que je m’indigne chaque fois que j’aperçois un de ces pauvres êtres.

Ceci sera donc une œuvre morale, –

Que je vous engage fortement à lire et à méditer, – à moins que vous n’ayez à vous livrer à quelque grande occupation, –

Telle que celle de rêver, ne rien faire ou dormir.

Après ce court avant-propos, –

Je commence, en me prosternant devant vous jusqu’à terre, à la manière des peuples orientaux,

– Si voluptueux,

– Si sensuels,

– Si poétiques dans leur matérialisme. –

PAR ORDRE SUPÉRIEUR,

 

Dessin supprimé.

Mais laissez-moi m’écrier avec Gresset :

Un écrit clandestin n’est pas d’un honnête homme !

CHAPITRE II
Comme quoi on arrive à être célibataire

On n’est rien en naissant, a dit M. Jules Janin, le rédacteur du Journal des haras, – l’auteur du Jeune homme mortet de la Jument guillotinée

Cette grave et sensible vérité nous a plus d’une fois attendri nous-mêmes.

On ne liait donc pas célibataire comme on naît avec une couronne de berger (je n’ose pas dire de roi, il n’y a plus de rois), avec cent mille francs de rentes.

Le célibataire, après avoir passé par l’état d’enfant, d’écolier, de jeune garçon, puis d’homme, devient un type déplorable, hideux.

Le célibataire commence à trente ans, à l’âge où l’on finit par se marier quand on a négligé d’y songer jusque alors.

La jeunesse est assurément une chose belle et respectable, à laquelle nous serions désolé de faire la moindre peine. Dieu m’en garde ! J’aimerais mieux monter la mienne (de garde).

– Pardonnez-moi le calembour, il n’est pas de moi, – à chacun son bien, – César, prends ton épée ! – il est de M. Flourens, de l’Académie française.

PORTRAIT DE M. FLOURENS,

 

Supprimé par générosité.

Je vous disais donc que la jeunesse engage l’homme qui sera plus tard célibataire à s’amuser pleinement et avec enthousiasme. À vingt ans, il aime les pauvres créatures équivoques, lorettes, femmes entretenues, vierges folles ; il recherche les yeux agaçants, les lèvres pincées et rieuses, les jupons courts et les immoralités de tout genre. – Les jeunes gens affectent même une désinvolture qu’ils n’ont pas, et sont fanatiques des fines parties. – Ils sont carnassiers de pâtés de foie gras et de vin de Champagne. –

Ils disent ce qu’ils ne pensent pas et tout ce qu’ils pensent. Par exemple, ils feront remarquer à une grisette qu’elle est jolie, – de même qu’ils s’empresseront de persuader aux plus crédules bourgeois qu’ils possèdent un sérail, un turban, un poignard damasquiné, une lame de Tolède ébréchée, un ou plusieurs matelas de cheveux de femmes. – Histoire d’orgueil ! La jeunesse est naturellement suffisante.

Ce qui arrive fréquemment aux gens vertueux qui remportent le prix Monthyon.

Le temps brûle la jeunesse comme le soleil brûle les fleurs et les raisins.

À vingt-cinq ans, – le jeune homme dont nous parlons est séducteur, Lovelace, don Juan, Byron ; il fréquente les acrobates et applaudit les drames de Bouchardy. – Jusque-là il y a erreur, mais pas vice. Respect aux erreurs ! – À cet âge, il a horreur de la pudeur, il prend l’habitude de regarder attentivement les statues dans certains endroits que ma dignité m’empêche de nommer. – Il pense que la moralité est une invention ridicule. – Il est vrai qu’il serait désolé lui-même d’aller tout nu. – Le digne jeune homme ! il sent combien ce serait désagréable à l’œil.

Il ajoute foi à certains livres dont je n’ose vous faire l’analyse, et qui ont pour titre : Histoire des amours secrets de Napoléon Bonaparte, – le Messager des Grâces, – l’Amour conjugal, – Anecdotes morales sur des prélats libertins.

À vingt-huit ans, le jeune homme laisse voir son linge et porte régulièrement des gants. – Un habile physiologiste pourrait deviner, à sa mise, à ses allures, à sa démarche, à sa conversation, que son ambition en fera un vieux célibataire, crétin, despotique, hargneux, chignard, ratatiné. – Il devient coquet à mesure que la jeunesse le quitte ; il porte des dessous de pied, des cols crinoline, des chemises irréprochables et des pantalons de nankin. – On l’aime en société, il chante agréablement la romance, il sait danser et faire danser au piano. – Il est libertin plutôt en pensée qu’en action. – Il convoite, – et à ce souvenir mes cheveux se dressent sur ma tête ! – il convoite les femmes mariées, et parfois les veuves. – Il est indécent avec ses amis ; il les conduit devant les gravures lubriques que certains marchands égarés ont l’inconvenance d’étaler à leurs carreaux. – Là il se complaît en regardant les gorges nues, les blanches épaules ; – il fait des réflexions inconvenantes à haute voix, surtout lorsque des femmes sont à portée de l’entendre. –

Je prends moi-même, il est vrai, plaisir à voir ces sortes de nudités, mais je n’ai pas été élevé à faire gloriole de mes faiblesses.

Lui, au contraire, passe les matinées (quand il est riche) à regarder ces tableaux, à étudier ces pauses luxurieuses et pleines de mollesse, ce qui lui monte l’imagination et traîne après soi des suites fâcheuses. – Là il est dans son élément : il crie, il rit, il fait tout remarquer, il met en évidence ses pauvres vices.

Du reste, il est difficile à vivre ; – il ennuie...

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