Sitcom 2 (roman gay)

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Sitcom 2

Isidore ou la grande illusion

de Sébastien Monod

Julia, Maxime, Betty et Gaël partagent la même maison à Ménilmontant. Ils sont jeunes, beaux et ils débordent de vitalité. Tous les quatre ont un travail, un toit et assez d’argent pour profiter des jours heureux. Seulement voilà, la vie n’est pas le long fleuve tranquille auquel ils aspirent. Il suffit parfois d’un grain de poussière pour que le mécanisme de ce drôle de manège qu’est l’existence s’emballe et transforme le paradis en enfer. Des beaux-parents qui débarquent afin d’organiser le mariage du fiston, des producteurs de cinéma porteurs de projets extravagants, un soupirant bien trop pressant, une ex qui refait surface... Même les morts s’en mêlent ! Mais le quatuor en a vu d’autres et mettra tout en œuvre pour avoir son happy end !
Les personnages rencontrés dans Sitcom - Isidore ou le divin hasard sont à nouveau réunis dans ce roman fourmillant de situations burlesques et rocambolesques. Une vraie sitcom !
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Publié le : jeudi 1 avril 2010
Lecture(s) : 384
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782914679589
Nombre de pages : 140
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Sébastien Monod
Sitcom 2
Isidore ou la grande désillusion
Roman
Éditions T. G.
31, rue Bayen
75017 Paris
Merci à Nathalie Ponthieux et à Pascale Moratti Conte de Fées où le Roi se laisse assoupir ! Forêt vierge où Peau-d’Âne en pleurs va s’accroupir ! Tristan Corbière, Litanie du sommeil (Les Amours jaunes)
Les personnages principaux : Juliaa rencontré l’homme de sa vie,Julien Lemarchand, qui n’est autre que le frère jumeau de Gwen, tous deux frères de Gaël, l’un de ses colocataires qui est aussi – vous suivez toujours ? – son confident favori. Tout semble enfin s’annoncer à merveille pour la kinésithérapeute qui, à défaut d’accumuler les bonnes nouvelles, ne collectionnait jusqu’à présent que les déconvenues. Mais est-ce bien lui le prince charmant que Julia, petite fille, attendait ? Rien n’est jamais simple dans la vie de Julia ! La vie deMaximea changé du tout au tout depuis qu’il a hérité de son patron, décédé le jour-même de son embauche, à la fois sa boutique et sa maison à Ménilmontant qu’il partage avec Julia, Gaël et Betty. Originaire du Sud, le jeune horloger n’a pas seulement trouvé une vraie famille à Paris, mais également l’amour. L’objet de toute son affection est aussi sa colocataire, la jolie, la sexy Betty. Le trait sur son passé est définitivement tiré. À condition que son ex femme, devenue transsexuel, le laisse enfin tranquille… Elle rêvait de gloire,Bettyn’en a jamais été aussi proche. Jusqu’à présent confinée aux rôles de jolies blondes dans les publicités, elle troque, non sans déplaisir, le petit contre le grand écran et joue maintenant les vedettes. Mais elle n’en a pas pour autant fini avec les bimbos car pour son premier rôle au cinéma, c’est Paris Hilton qu’elle doit incarner. Du succès du film dépendra sa future carrière. En attendant, elle goûte aux joies d’une relation stable dans les bras de Maxime. Gaëln’y croyait plus, il avait fini par se faire une raison, l’amour, ce n’était vraisemblablement pas pour lui. Pourtant un homme l’a touché et ses caresses ont à la fois soulagé son dos et son cœur. C’est du beau Georges Truong, collègue kiné de Julia, que le jeune homme est tombé amoureux. Mais puisque les rêves les plus fous finissent parfois par se réaliser, peut-être sa rédactrice en chef lui confiera-t-elle enfin le sujet qui le fera briller au firmament des journalistes ?
Dans la pénombre de la chambre, on ne distinguait qu’un lit éclairé de façon intermittente par le néon vert de la pharmacie voisine. Et sur ce lit gisait le corps d’un homme. La couleur de la lumière donnait à la peau une pâleur mortifère. Pourtant, il était en vie, bel et bien en vie. Des traces de sueur luisaient sur ses pectoraux. L’homme haletait comme s’il venait de courir un marathon. Une minute plus tôt, son râle avait fait trembler les murs de l’immeuble et peut-être même ceux des habitations avoisinantes. La musique qui émergea soudain de l’iPod branché à la micro-chaîne sur la table de chevet lui fit relever la tête. Worrisome Heart de Melody Gardot. Il suivit du regard le corps gracile enveloppé dans le drap humide, tendit une main comme pour tenter de le retenir, mais la silhouette avait déjà gagné la salle de bains. Le vigoureux ébrouement qui suivit mit instantanément fin à cette ambiance romantique. — C’était magique, murmura-t-il, en se couchant sur le ventre, la tête dans l’oreiller. Tu as des doigts de fée. — Hein ? fit la voix féminine. — Je disais que j’ai trouvé ce moment merveilleux. — Excuse-moi, Gwen, je n’entends rien avec le bruit de l’eau ! — C’était bon, je disais, hurla-t-il. — Ah… T’es un poète, toi. Gwen devina la moue sur le joli visage mille fois caressé quelques minutes auparavant. « Eh zut ! » se dit-il, en faisant une grimace énervée. — Tu es divine. J’aimerais te revoir… Elle réapparut en contre-jour dans le chambranle de la porte, à moitié démaquillée, comme entourée d’une aura, un effet accentué par la lumière de la salle de bains. — C’est déjà beaucoup mieux, répondit Julia, en lui adressant un clin d’œil. — Tu sais, je suis un grand sentimental. C’est d’ailleurs ce qui me différencie de mon jumeau. — Après avoir essayé l’un et l’autre, c’est exactement la conclusion que je me suis faite ! lança-t-elle en riant avant d’ajouter, devant l’air choqué du jeune homme : Je plaisante, bien sûr ! *** La pluie battait le sol, l’après-midi était triste et annonçait un hiver déprimant. La valse des parapluies avait débuté et les pas s’arrêtaient rarement devant l’horlogerie de Maxime. À l’intérieur pourtant il faisait une chaleur réconfortante qui maculait la vitrine d’une fine pellicule de condensation. Radio Classique tenait compagnie au commerçant assis derrière son comptoir et dont les paupières commençaient à s’abaisser. La clochette de la porte d’entrée le fit tressauter. Un vieil homme aidé d’une canne en bois pénétra et se dirigea vers le présentoir des montres à gousset. Son visage était grave et sur sa peau perlaient des gouttes de pluie, à moins que ce ne fût de transpiration. Son souffle lent et bruyant trahissait des bronches encombrées. Sa marche vers les montres dura une éternité. Maxime s’approcha de lui et, ainsi qu’il avait l’habitude de le faire, lança un tonitruant : « Que puis-je pour votre bonheur ? » Le vieillard, qui ne l’avait pas entendu arriver, tressaillit si fort que l’horloger crut qu’il allait faire une attaque. Mais il se reprit et sourit au jeune homme. — Je cherche une montre qui a de la valeur.
— Et qui marche ? plaisanta Maxime. — Vous vendez des montres qui marchent ? demanda l’homme, très surpris. Maxime se dit que la blague n’avait pas été comprise. Mieux valait aller à l’essentiel. — J’ai ce modèle, là, qui a appartenu à un neveu de Georges Clemenceau. — Georges Clemenceau ? — Oui, l’homme politique. Georges Clemenceau fut Président du Conseil en… — Cessez de me prendre pour un idiot, jeune homme, je sais parfaitement qui est Georges Clemenceau ! s’offusqua le vieux monsieur, tout en dénouant un épais cache-nez qui lui serrait le cou. — Pardonnez… Des toussotements interrompirent la conversation, suivis de soubresauts et de hoquets. Et puis, tout à coup, le visage sembla enfler et le corps se raidit avant de s’effondrer sur le parquet du magasin. « Monsieur ! Monsieur ! » hurla Maxime, effrayé. La sirène du véhicule des Urgences pénétra dans le magasin et en fit trembler à la fois les murs et son propriétaire. Livide, Maxime vit s’éloigner le vieillard sur un brancard et se souvint d’avoir vécu la même scène quelques mois plus tôt. L’âme d’Isidore Lautery, l’ancien patron, n’avait quitté ni les lieux ni le cœur du jeune homme. *** Betty, le nez collé à la vitre, était en extase. Exposé comme un objet de collection dans ce que la jeune femme considérait comme un haut lieu de la culture – la boutique Vuitton des Champs-Élysées –, se tenait le sac de ses rêves : un sac Mahina L gris éléphant de mille huit cents euros. C’était la couleur parfaite, celle qui irait avec le ravissant blush essayé dix minutes auparavant chez Marionnaud et la jolie émeraude que Maxime venait de lui offrir. Le regard insistant d’une vendeuse l’incita à s’éloigner de l’immense glace, désormais maculée de traces de rouge à lèvres. Elle continua à remonter l’avenue et rencontra une colonne Morris sur laquelle s’afficheraient bientôt sa blondeur et sa sveltesse. La vie de Paris n’était pas encore sorti en salles, mais son nom, lui, commençait à circuler dans les médias. Son rêve était d’apparaître sur autant de couvertures que la riche héritière qu’elle venait d’incarner. Elle passa alors devant son restaurant préféré, le Fouquet’s, dans lequel elle avait mis les pieds une fois… pour prendre un café. C’est à sa grande surprise que Jude Law, le beau, le talentueux, le si sexy Jude Law l’arrêta pour lui demander du feu. Et c’est là qu’elle se maudit de n’avoir jamais su ranger son sac à main. « Ce n’est pas grave, au revoir ! » fit-il en s’élançant vers une pétasse moulée dans un slim encore plus seyant que le sien ! De rage, elle balança son sac au sol et remarqua le regard étonné du bel acteur américain aux yeux verts qui revint vers elle pour l’aider à ramasser ses affaires. Quand elle osa le dévisager, elle ne vit qu’un nabot aux cheveux luisant de gel. « Ah ! toi, toujours la tête dans les étoiles ! » lui aurait dit son frère en riant. Elle reprit sa route vers l’Arc de Triomphe afin de prendre le métro et de rentrer chez elle. Mais avant, petit passage éclair au Publicis Drugstore, non pas pour une ultime séance de shopping, mais pour utiliser les toilettes. En passant devant la librairie, son regard se figea sur… son visage à la une du dernier Cosmo. « Encore un rêve ! Ma pauvre fille… » se dit-elle en gagnant les WC. Pourtant, alors qu’elle rejoignait la sortie, elle eut la plus
agréable surprise de sa vie : ce n’était pas une de ses sempiternelles rêveries, non, c’était bel et bien elle, là, en couverture de son magazine préféré ! *** Gaël avait littéralement la tête plongée dans l’écran de son ordinateur ; ses doigts enfonçaient les touches du clavier avec une vitesse redoutable ; il était concentré sur ce qui allait être l’article de sa carrière journalistique. C’était pour chaque article la même effervescence, le même engouement. Il peaufinait un sujet sur les mal logés de la Villa Paris. Et ce fut à ce moment qu’une tornade fit irruption dans le mètre carré qui faisait office de bureau : Gwen, le frère qu’il n’aurait jamais aimé avoir. — Je suis le plus heureux des hommes ! cria-t-il, en pleine danse de Saint-Guy. — Gwen, je te préviens : si tu me déranges au boulot pour m’annoncer que tu es papa, tu as la vie sauve. Pour tout autre sujet, je t’étripe sur-le-champ ! — C’est mieux que ça !! — Je crains le pire, se contenta de dire Gaël, en retournant à ses écrits. — Je suis amoureux ! — Mais j’espère bien, tu es marié ! Un silence s’installa. Non pas un silence gêné, mais un silence d’indignation, comme si le frère cadet avait une case en moins ou qu’il faisait exprès de ne pas comprendre. L’aîné reprit : — Je suis a-mou-reux. — Oui, c’est bon, ce mot fait partie de mon vocabulaire courant. — Elle est tout ce que j’aime : féminine et jolie, brune, un corps de rêve… En plus, elle ne fait pas ses trente piges ! On a passé la nuit ensemble dans l’appart’ d’un pote. — Pauvre Emmanuelle… — Comparée à Emmanuelle, cette fille est une bombe, elle fait l’amour comme une déesse. Faut dire qu’elle a l’habitude des massages. Je n’te remercierai jamais assez de me l’avoir présentée ! Elle a des seins… — Ne me dis pas que c’est Julia ? — Ben oui. Une vraie furie, elle m’a pris… — Gwen, tais-toi ! Je t’en supplie, tais-toi ! *** Il y avait fort longtemps que Julia n’avait pas passé une nuit entière dans les bras d’un homme. Longtemps qu’elle n’avait pas quitté une chambre aux aurores, encore toute parfumée d’amour. L’air du petit matin était frais. Cinq heures, Paris s’éveillait. Les employés de la Ville débarrassaient le sol des détritus de la nuit. Plus rien ne subsistait après le passage des camions verts, plus de traces, que des souvenirs. Julia avait l’impression d’avoir rajeunie, elle était une adolescente qui avait fait le mur et qui revenait, fautive, chez elle. Pourtant, elle n’avait rien à se reprocher et aucune permission à demander, elle était libre, cruellement libre depuis qu’elle s’était fait larguer par cet enfoiré de Julien. Il avait pris le large, normal pour un cabotin à voile et à vapeur ! Il avait suffi d’une rencontre, un type peu avare en compliments, et
l’élégant Julien Lemarchand, insatiable Narcisse des temps modernes, s’en était gargarisé à en oublier Julia. Elle lui en voulait, bien sûr, mais surtout elle se maudissait de ne pas avoir écouté les mises en garde. Elle avait voulu tenter l’aventure. Toutefois, elle s’interdisait de le regretter, car elle avait passé un merveilleux été. Si la priorité du sublime garçon était son apparence, il n’avait pas manqué pour autant de considérations et de gentillesses à son égard. Elle s’était sentie femme en compagnie de Julien, lui-même très délicat, presque féminin dans sa façon de vivre l’amour. D’ailleurs, c’était bien la première fois qu’elle rencontrait un homme qui passait deux fois plus de temps qu’elle dans la salle de bains. Adepte du shopping et des belles fringues, il était infatigable à tel point que Julia, les pieds enflés par des heures de lèche-vitrines, devait le supplier pour rentrer à la maison ! Elle lui en voulait, le fait était avéré et il lui était difficile de ne pas établir un lien avec le présent : coucher avec le frère de son ex ne cacherait-il pas un mauvais dessein ? Une légère brume enveloppait Ménilmontant. Plus que quelques mètres avant la rue des Envierges et cette douce maison blottie dans la petite cité baptisée la Villa Faucheur, son havre de paix. Non, Julia n’était pas de ces femmes qui agissaient par intérêt. Elle était plutôt de celles qui agissaient par désespoir. *** Maxime baissa la grille qui grinça et lui donna la chair de poule. Tellement perturbé par le tragique événement, il ne songea pas à mettre un petit panneau afin de prévenir ses clients. Clémence, qui guettait ses allées et venues, fut peinée de le voir dans cet état. Elle avait appris à aimer ses petites manies « de célibataire endurci », ainsi qu’elle le qualifiait alors qu’elle ne connaissait rien de sa vie privée. Elle lui rendait visite une fois par jour. Parfois elle arrivait avec deux cents grammes de chouquettes qu’ils dévoraient comme des affamés. Elle s’amusait de le voir à chaque fois poser une serviette en papier sous le sachet, « afin de ne pas salir le présentoir », disait-il. Après la dégustation, il passait l’aspirateur portable – qu’elle lui avait offert pour son anniversaire – afin de faire disparaître les miettes, les horribles miettes, mais il n’y en avait jamais beaucoup tant le jeune homme mangeait avec précaution au-dessus de la serviette. Clémence avait la conviction que son amour était partagé, mais que l’horloger était trop timide pour l’avouer. Clémence avait soixante-quinze ans, toutefois elle avait les mêmes yeux rieurs qu’une jeune fille de vingt ans. Maxime, de son côté, la considérait comme une parente éloignée dont la compagnie n’était pas déplaisante. Ses visites lui donnaient l’occasion de stopper le tic-tac inexorablement répétitif qui constituait son environnement ; elles permettaient de faire une coupure. Ces instants avec elle étaient comme une récréation. En quittant sa boutique, rue de Bellechasse, la tête protégée par une écharpe, les mains enfoncés dans son caban bleu marine, le jeune homme ne vit pas les rideaux de son appartement bouger, il ne vit pas le petit coucou de la main de la vieille femme, il n’avait qu’une envie : prendre un bain bien chaud et s’ouvrir une bonne bouteille de bordeaux. *** Betty venait tout juste de rentrer quand l’interphone retentit. C’était ainsi qu’elle s’obstinait à
nommer la petite cloche que les visiteurs devaient actionner afin de se faire annoncer. La jeune femme sortit son poudrier et se tapota les joues déjà bien colorées. En sortant dans la courette qui menait au portail, elle finit de retoucher sa coiffure et rajusta son bustier. Une copine de casting lui avait conseillé d’être en toute occasion irréprochable : les impressions se faisant au premier coup d’œil, il était hors de question d’apparaître sous un jour médiocre, même pour répondre au facteur. Le visiteur était un homme d’environ trente ans au visage fin, bien habillé. Probablement un proche d’un de ses colocataires car elle ne le connaissait pas. — Je suis Félicien, un membre de la famille de Maxime. Je suppose qu’il ne vous a jamais parlé de moi. Betty, poussée par le goût du mélodrame et désireuse d’en savoir davantage sur son bien-aimé, décida de faire confiance à l’inconnu. Elle remarqua de suite une fort jolie (et sûrement très coûteuse) bague à son annulaire ; ce détail la conforta dans l’idée qu’une mauvaise personne ne pouvait porter un si beau bijou. La jeune femme l’invita à s’asseoir sur le divan et lui proposa un café ou un thé. — Maxime n’est pas très bavard, lança-t-elle en disparaissant dans la cuisine. Je n’ai encore rencontré aucun membre de sa famille. À croire qu’il n’en a pas. — Ses parents habitent à Toulon et le reste de la famille vit en Suisse, c’est normal que vous ne les ayez jamais vus. Sûrement connaissez-vous Maxime depuis peu ? — Cinq mois, cria-t-elle, la bouilloire dans la main. Il a toujours éludé la question. Bizarre… À peine avaient-ils fini leur tasse de thé que la clé cliqueta dans la serrure de la porte d’entrée. « Ce doit être lui ! » dit Betty, en finissant une chouquette apportée par le visiteur. C’était bien Maxime qui, déjà blanc, atteignit un niveau de lividité inégalable lorsqu’il aperçut l’homme assis sur le canapé. — Qu’est-ce que tu fous-là, Félicia ? — Félicien, le corrigea Betty. — Non, Félicia, beugla Maxime en dévisageant son ex-femme. *** En d’autres temps, après son travail, Gaël serait allé prendre une bière à l’Open Café en compagnie de Steeve, Steven et Stéphane. Si les conversations des Sté, ainsi qu’il les nommait, atteignaient à chaque fois un niveau supérieur sur l’échelle de la futilité, elles avaient le doux mérite de le divertir. Ils étaient ses informateurs attitrés. Avec eux, il apprenait avant tout le monde quelle exposition subversive il était impératif de citer dans une discussion ou quelle pièce de théâtre il devait avoir vue avant qu’elle ne devînt un succès populaire. En d’autres temps, après deux ou trois bières, Gaël serait rentré chez lui, un vague sourire aux lèvres, mais en traînant les pieds. Mais ces temps-là étaient la Préhistoire. Désormais, tous les jours à dix-huit heures précises, le jeune homme quittait le siège du journal, rue du Faubourg Montmartre, et courait à la station Grands Boulevards pour prendre la ligne 8 du métro, direction Créteil Préfecture. Il était alors dix-huit heures sept. Trois arrêts plus loin, à dix-huit heures douze, il faisait un changement à République où il attrapait la ligne 11 Mairie des Lilas pour rejoindre quatre minutes trente plus tard l’arrêt Pyrénées. Là, il n’était pas
encore tout à fait arrivé car il avait encore un bout de la rue de Belleville à descendre et la rue Piat à emprunter avant de retrouver son quartier préféré, la rue des Envierges et la Villa Faucheur. Enfin, la phase la plus agréable de la journée pouvait démarrer : Gaël ouvrait la porte du cabinet de kinésithérapeutes, saluait cordialement les patients dans la salle d’attente et faisait tourner la clé dans la serrure de l’appartement de son cher et tendre, situé juste au-dessus. Après s’être mis à l’aise, il remplissait un ramequin de petits biscuits au fromage ou de cacahuètes, servait deux verres de Martini avec glaçon et rondelle de citron et s’asseyait dans l’immense et confortable canapé d’angle du salon. Il ne lui restait plus qu’à appuyer sur la télécommande de la chaîne hi-fi et à lancer la musique. Souvent, c’était un disque de Melody Gardot, artiste que Julia lui avait fait apprécier. À ce moment précis, la seule pensée de Gaël était pour Georges et, ainsi qu’il se plaisait à le croire, cette seule pensée finissait par le faire venir. Alors la porte s’ouvrait et le kiné, tout en déboutonnant sa blouse, souriait à Gaël avant de venir l’embrasser. *** Leur baiser fut interrompu par le toussotement agacé de l’employé du MK2 de la rue Belgrand. Julia demeura bouche bée lorsque Gwen se précipita vers la porte de sortie du cinéma afin de la lui ouvrir. D’ailleurs, il en fit lui-même surpris, lui, le tombeur qui autrefois oubliait les prénoms dès les premières caresses. — Quel galant homme ! — Devant une gente damoiselle, on ne peut que s’incliner bien bas. — Cochon ! — Mais je ne pensais pas à ça, s’offusqua-t-il. Arrivé devant la bouche de métro Gambetta, le chevalier servant prit les devants : — On va chez moi ou on va chez toi ? — Je suis désolée, Gwen, mais je vais rentrer me coucher. Je suis naze de chez naze. — Tu ne veux plus qu’on se voie ? pleurnicha-t-il. — Bien sûr que si ! Mais regarde-moi : j’ai l’air d’une momie, je suis sûre que Régine a le teint plus vif que moi ! Gwen fit une lippe de gosse déçu, mais les traits cernés de la jeune femme ne laissaient aucun doute sur son état de fatigue. Il fallait préciser qu’ils faisaient l’amour à chaque fois qu’ils se voyaient. Plusieurs fois de suite. Il fallait aussi dire qu’ils en étaient au septième jour de leur relation. Ce rythme effréné n’était pas pour déplaire à la jeune femme qui redécouvrait le plaisir de se sentir belle et désirable dans les yeux d’un homme. Toutefois, il y avait un temps pour tout et l’heure était venue de se consacrer à sa survie. Le romantisme, c’était bien joli, mais dans les contes de fées, il n’y avait pas de princesses aux traits tirés. *** — J’ai apporté des chouquettes, fit Félicien, avec un grand sourire. — Tes chouquettes, tu peux te les foutre où je pense ! — Ben, Maxime… balbutia Betty, l’air outré. — Il vaut mieux que je vous laisse. Félicien enfila sa veste et remercia la jeune femme pour son accueil. Il passa à côté de
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