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Terreur de Breizh

De
256 pages

Les aventures rocambolesques de Factory Breizh, jeune motarde Bretonne et rebelle, dans une région expérimentale pour l'Europe du futur. Cette région s'appelle la Terreuropéenne, Terreur pour les intimes.

« Les tribulations cocasses d'une jeune motarde Bretonne. Road trip désopilant mené à un train d'enfer. » D.B (56)

« Une succession de gags et de jeux de mots à un rythme soutenu. » E.R (69)

« Les personnages sont barrés à souhait. » H.B (38)


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Couverture

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Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-93733-9

 

© Edilivre, 2015

Terreur de Breizh

 

 

CATA 1 :

Samedi 8 : 00

CHEZ ENERF, ON NE PERD PAS LES NERFS.

– Qu’est-ce que tou as fait à tes cheveux ? Ils sont tout hirsoutes.

Cette voix qui m’interpelle, je fais mine de ne pas l’entendre. Après tout j’ai bien le droit de ne pas entendre, il y a des tas de gens qui n’entendent pas. Je sais que le type qui vient de me parler m’observe depuis que j’ai commencé à remplir le réservoir de ma moto, ou peut-être même avant lorsque je me suis garée derrière lui à la pompe et que deux employés de la station-service sont venus vers moi en colère. Deux employés dépêchés en vitesse pour me sermonner et mettre devant mon nez une photo sur laquelle est écrit : « Chez Enerf, pas d’essence sans décence ». On y voit un motard faisant des acrobaties mais la photo est barrée d’une grosse croix rouge. C’est dommage, ils ont mal placé la croix, je n’arrive pas à reconnaitre la marque de la moto. Bon calmons nous, « Chez Enerf, on ne perd pas les nerfs ». C’est la pub qui le dit. Quoique j’admets que ce n’est peut-être pas très facile à appliquer dans les stations Enerf où justement les employés s’appellent des Enerfés.

Il faut dire que je me suis bien fait remarquer tout à l’heure quand en entrant dans la station j’ai pris la mauvaise file. Dès que je m’en suis rendue compte, j’ai bloqué le frein avant et accéléré à fond pour faire un demi-tour sur place puis je me suis dirigée tranquillement vers les pompes réservées aux motos… Je n’aurais sans doute pas dû, je crois que j’ai laissé une grosse trace noire en arc de cercle par terre, beaucoup de fumée et une vilaine odeur de gomme brulée.

Souvent avec le beau temps, les badauds sont d’humeur badine mais pas ici. Mon « burn » sous ce beau soleil, il n’a pas plu. Ils se sont mis à râler après moi et après tous les motards de la terre. Pour un peu ils me lynchaient. Bon, ça va, lâchez moi, qui n’a jamais fait l’andouille à moto me jette la première pierre. Enfin, façon de parler bien sûr.

J’ai dû attendre que mes deux tortionnaires de la « station-sévice » me laissent enfin tranquille pour pouvoir enlever mon casque, m’aérer la tête et ébouriffer mes cheveux.

– Tes cheveux, ils sont tout hirsoutes. Insiste le type. Dis-moi, c’est à chaque fois que tou prends de l’essence que tou crées oune effervescence ?

– On se connait ? Lui demandé-je sèchement.

– Tou as ou droit à oune belle engueulade hein ? Comment tou t’appelles ? Tou vas où ? Tou as quel âge ? Tou n’es pas trop jeune pour rouler à moto ? Elle n’est pas trop grosse pour toi ? Tou n’as pas peur de t’envoler ? En plous ça doit être dour à condouire pour oune fille non ? Tou arrives à toucher les pieds par terre ?

Ouh la, je n’ai rien compris. Quel débit de parole et mon dieu, quel accent ! Au hasard, je dirai qu’il est Italien. Physiquement, il me fait penser à Roberto Bénigni, le célèbre acteur de cinéma… Mais avec un plus long nez néanmoins. Il ne doit pas être beaucoup plus âgé que moi. Vingt-cinq ans au maximum.

– Tu es Italien ?

– Oui, je souis Italien, c’est incrédible que tou aies deviné pourquoi je parle le Français très bien et sans aucoun accent.

– Ça se discute, mais c’est vrai que j’aurais pu te prendre pour un Allemand. Il n’y a qu’eux qui soient assez givrés pour s’emmitoufler dans des combinaisons aussi énormes en plein été.

– Tou veux parler de ma combinaison Allemande ? C’est oune « Modorrad ». La meilleure protection dou monde pour voyager à moto en toute sécourité. Je vais en Irlande et toi ?

– Dans les Alpes.

L’Italien me dévisage puis s’attarde sur ma moto d’un air incrédule.

– Tou vas dans les Alpes avec ça ? Qu’est-ce que c’est comme moto ? Tou es soure que tou as le droit de rouler avec sour la route ? Si les gendarmes te voient, ils vont t’arrêter tout de souite : Il y a plein de choses qui manquent dessous, ça ne ressemble à rien, on dirait que tou l’as fait toi-même ! La mienne, par contre, elle est très belle et très connoue, c’est oun Zigo.

– Un quoi ? Un Zigo ? Je n’en ai jamais entendu parler.

– Non, tou ne connais pas les Zigo ? Ce n’est pas possible, où habites tou ? Dans oune caverne ? La marque c’est Zigomatic. Ce sont des motos à trois roues et à transmission automatique. Celoui çi, c’est le fameux modèle « Transloco », il déménage très fort. Regarde oune peu la largeur de mes pneus, des Zigomards. En plous je peux démarrer ma moto sans clé, jouste avec ma montre !

– Il a un moteur hybride ton Zigo ?

– Un moteur hybride ? Non, pourquoi ?

– Parce que c’est écrit dessus.

– Ah oui, mais non. Ça, c’est jouste oun autocollant pour avoir la sympathie des gens pourquoi en Italie c’est la mode. On met des autocollants « hybride » de partout : dessous les autos, dessous les motos, dessous les maisons, les crayons, les lounettes et les casquettes. Dans la vie le plous important, c’est l’image. Non ? C’est comme le design : Ma moto c’est la plous belle dou monde ? Sourtout si on compare à la tienne qui est en poutréfaction !

– Personnellement, je suis contente avec ma moto. Au moins elle avance, ce n’est pas un déambulateur du dimanche.

– Tou insinoues que ma moto est oun déamboulator ? Tou veux faire la course ? Tou veux voir mon Zigo pourrir ta poubelle foumante ?… Bon tou as de la chance car aujourd’houi je n’ai pas beaucoup le temps. Je t’aurais bien montré comment on conduit, tou te serais souvenou de Paolo. Paolo Di Milano. Et toi comment tou t’appelles ?

– Factory Breizh.

L’Italien me regarde un instant avec des yeux ronds puis fait mine de retenir un fou rire.

– Non… Vraiment, c’est ton nom ? Ce n’est pas trop doure de s’appeler Breizh ? Avec oun nom pareil, tou ne peux pas cacher tes origines Bretonnes !

– Et alors ? C’est un problème ?

– Non non, pour moi pas de problème. Tou veux qu’on aille prendre un café ? Tou vas me raconter comment ça t’est arrivé.

– Non merci, moi non plus, je n’ai pas le temps.

– Tant pis, c’est comme tou veux. Alors je mets les voiles, mon bateau m’attend à Roscoff. Salout.

– Bon vent.

Je démarre ma moto et pars comme un boulet de canon, la roue avant se lève si bien que je dois me mettre debout sur les repose-pieds pour voir devant moi et je traverse ainsi toute la station dans le bruit terrifiant de mes pots « Super-combat ». Aussitôt les Enerfés de tout à l’heure se remettent à hurler et courent vainement après moi. Je leur fait un petit signe amical et rejoins la N-165 communément appelée « Lorient-Express » puis je laisse retomber la roue avant au sol et accélère au maximum en passant toutes les vitesses en limite de zone rouge sans débrayer, la poussée est de plus en plus forte et ma moto se met à hurler se transformant en véritable fusée.

Calée confortablement tête baissée, je savoure la vitesse l’esprit léger. Pourtant, au bout d’un moment, un petit « je-ne-sais-quoi » commence à me turlupiner. Une sorte de sentiment désagréable qui vient gâcher la fête. Ce n’est pas cet Italien déluré qui s’est moqué de mes origines Bretonnes, non au contraire, j’en suis fière et le prends même comme un compliment. Non c’est autre chose mais néanmoins je poursuis ma route et environ 200 km plus loin, je décide de m’arrêter pour remplir le réservoir. Ma moto a une de ces soifs ! C’est encore une station Enerf. Cette fois ci, je fais attention à ne pas me tromper de file ! Pas de chance, il y a tout un groupe de motards devant moi. Je vais devoir faire la queue, ce sont des petits détails comme ça qui font chuter une moyenne. Je descends de moto et patiente en me dégourdissant les jambes.

Enfin, ils me laissent la place. Je pousse ma moto jusqu’à la pompe et fais le plein du réservoir. Zut ma carte bancaire est dans mon sac. Je soupire, j’ai la flegme de le défaire, l’ouvrir, le remettre sur le dos… Je fouille dans mes poches. Ça va, j’ai encore assez de monnaie pour payer mon plein d’essence en liquide.

Après avoir réglé la note, je retourne à ma moto et m’apprête à repartir quand des coups de klaxons me font tourner la tête. Quelqu’un me fonce dessus en faisant des appels de phare. Une moto à trois roues ? Un Zigo comme celui de l’Italien de tout à l’heure. Ça ne peut pas être lui puisqu’il est parti vers Roscoff… Mais si, je crois bien que c’est lui. Que vient-il faire ici ?

Arrivé à ma hauteur, il s’arrête net l’air drôlement surexcité. Je le vois crier dans son casque sans pouvoir l’entendre mais lorsqu’il lève sa visière, c’est comme si quelqu’un avait monté d’un coup le son à fond.

– … Vraie folle dangereuse ! J’ai bien failli me touer mille fois à essayer de te rattraper. Tou es oun danger poublic inconsciente de la route.

– Eh du calme, c’est toi qui es fou ! C’est pour me dire ça que tu me suis ? Je te croyais parti pour l’Irlande. On s’est déjà dit adieu. Pourquoi tu me colles ? Tu fais l’école UHU ?

– Quelle école OUHOU ? C’est où ? Mais non, porc-cheval ! Tout à l’heure, tou es partie sour ta moto comme oune tête broulée en oubliant ton sac à dos. Les Enerfés et moi t’avons courou après pour te prévenir mais tou t’es enfouie comme oune voleuse. Alors j’ai pris ton sac et risqué ma vie cent fois pour te rattraper.

Mon sac ! J’en reste bouche bée. C’est incroyable, je n’avais même pas réalisé que je ne l’avais plus sur le dos ! Paolo ouvre son coffre et me le donne.

– Merci ! C’est vraiment la première fois que cela m’arrive. Je suis confuse. Désolée, tu as fait un sacré détour pour me le rapporter. Merci encore et bonnes vacances !… Tu ne devrais pas trop trainer maintenant si tu veux attraper ton bateau.

– Non, je crois que je peux oublier l’Irlande. Mon bateau part à quatorze heures, je n’arriverai jamais à l’attraper ! C’est ballot mais ça tombe à l’eau.

– Mais non voyons, nous sommes à moins de quatre cents kilomètres de Roscoff, ton bateau part seulement dans trois heures, tu peux arriver à temps, ce n’est pas la mer à boire.

Paolo semble indécis. Cela m’embête, j’aimerais mieux qu’il y aille en Irlande ou ailleurs, n’importe où, à Tombouctou ou au Népal, ça m’est égal. J’insiste :

– Crois-moi, même avec ton tréteau, ce n’est pas trop tard… Même en roulant comme un têtard.

– Quoi ? Tou traites ma moto de tréteau ! Tou dis n’importe quoi, c’est trop tard. Mes vacances sont rouinées, c’est tout.

– Pourquoi ne prends tu pas le prochain bateau ?

– Parce que j’y allais pour voir un concert de Toto Cutugno. Demain il sera trop tard.

– Alors pourquoi ne passes tu pas tes vacances en Bretagne ? C’est joli la Bretagne avec ses plages de coquillages et ses bateaux qui voguent dans les vagues.

– C’est toi qui divagues, je n’ai pas envie d’attraper le mildiou. Tou as d’autres blagues comme celle-là ? Non je vais retourner en Italie, c’est tout ce qui me reste à faire. Tiens, j’ai oune idée : Pouisque tou vas dans les Alpes, allons y ensemble, je peux te guider pourquoi je connais très bien la route.

– Oh non pitié, je te voyais venir avec ton gros sabot… Zigo je veux dire. La route je la connais et je n’ai surtout pas besoin de me coltiner un boulet ambulant.

– Merci pour le boulet amboulant ! Tou aurais été bien ralentie si le boulet ne t’avait pas ramené ton sac. Mais soit, je n’insiste pas, on ne roulera pas ensemble.

– Tant mieux, d’ailleurs je vais devoir augmenter le rythme car j’ai encore neuf cents bornes à faire pour arriver à Dévaches.

– Névaches à côté de Briançon ?

– Non pas Névaches : Dévaches. Dans le Val de Suze.

– Dans le Val de Sousa ? C’est en Italie, c’est chez moi ! Comment tou vas faire ? Tou ne parles pas Italien.

– Qu’est-ce que tu en sais ? De toute façon, ce n’est pas dans le Val de Sousa, mais dans le Val de Suze. A la frontière certes mais côté Français. Bon, je te laisse, je veux y être avant ce soir pour trouver un endroit où dormir. Allez, salut.

– Salout grassouillette.

 

 

CATA 2 :

Samedi 10 : 00

TOUT EST TOMBE DE TON SAC.

Qu’est-ce qu’il lui prend de m’appeler grassouillette ? Il veut me gâcher le voyage ? Je ne suis pas grassouillette ! Grassouillette ou pas, j’ai assez perdu de temps pour aujourd’hui. Ça va péter les plombs ! Je démarre en trombe, couchée sur le réservoir et la poignée de droite vissée à fond. Grassouillette. Pourquoi m’a-t-il appelé grassouillette ? N’importe quoi. Si je voulais perdre du poids, ce ne serait pas une mince affaire. Bon n’y pensons plus, je me détends, à cette vitesse je me sens bien. C’est mon vrai milieu naturel, toute seule avec le vent, je n’ai plus qu’à foncer. J’en suis à me régaler de la vitesse et me dire que la vie est trop belle à moto quand soudain, c’est l’horreur ! Je sens d’un coup mon sac à dos flotter dans tous les sens, me battre le dos et devenir de plus en plus léger !!!

– Oh non non, Nooon ! Je hurle dans son casque. Mon sac s’est ouvert ! C’est la catastrophe, j’ai tout perdu sur la route !

Je me mets immédiatement debout sur les freins, fais demi-tour et repars dans l’autre sens au ralenti scrutant la route et le fossé. Je commence à apercevoir des débris. Je gare ma moto et inspecte mon sac. Oh la la, il ne reste plus rien dedans. Je vais devoir arpenter les bas-côtés sur au moins une centaine de mètres. Je commence par glaner ici une paire de chaussettes, là un tee-shirt, je retrouve aussi ma trousse de toilette écrabouillée qui a volé de l’autre côté du fossé. Je suis désespérée. Un bruit me fait lever la tête, c’est encore pot de colle qui s’arrête avec son Zigo à trois roues. Il ne manquait plus que lui. Il enlève son casque et vient vers moi en prenant un air compatissant.

– Porc-chat, tout est tombé de ton sac !

– Mais non je ne suis pas tombée de mon sac, ce sont mes affaires.

– Tou as perdou toutes tes affaires comme ça sour la route ? Tou n’avais quand même pas laissé ton sac ouvert ? Je n’y crois pas. Ma tou ne fais que des bêtises ! Ma pauvre, je souis désolé pour toi, tou veux que je te donne la main ?

– Me donner la main ? Et puis quoi encore ! Comme si c’était le moment.

Exactement comme si je lui avais dit oui merci avec plaisir, il se met à la recherche des éventuels rescapés et comme par hasard, trouve tout de suite mes sous-vêtements. Heureux de cette cueillette de lingerie fine, il se met à chanter bruyamment : « Je souis oun vrai Italiano ». Cette vieille chanson ressortie de la cave cartonne tellement en Italie qu’on l’entend jusqu’en Bretagne. C’est dire, même moi je la connais ! Je m’assois dans l’herbe et fouille dans mon Zynoc pour faire l’inventaire de ce qui me reste… C’est la fin du monde : Il me manque mon téléphone et surtout mon portefeuille ! Il y avait dedans tous mes papiers et ma carte bancaire. C’est vraiment une catastrophe ! Je me relève et recommence à fouiller les environs. Rien à faire, je l’ai perdu. Découragée, je me rassois et regarde Paolo qui revient les bras chargés.

– Heu,… c’est possible que tout ne soit pas à toi.

– Oui je m’en doute, tu as nettoyé la route. Qu’est-ce que tu veux que je fasse de cette canette vide ?

C’est malin. Maintenant, j’ai une vieille canette de soda dans les mains et je n’ose pas la jeter. Je me lève et la pose sur le siège du Zigo. Voilà je n’en suis plus responsable, j’ai assez de problèmes comme ça pour me culpabiliser en plus avec une cannette. Sans mes papiers et surtout sans ma carte bancaire, je ne sais pas comment je vais faire pour continuer la route. Je fouille le fond de mes poches, je n’ai même plus assez de liquide pour refaire un plein. Il faut à tout prix que je la retrouve. Elle est bien quelque part tout de même, elle n’est pas tombée dans la mer.

– C’est vraiment terrible Paolo, j’ai perdu mon portefeuille. Il faut continuer à chercher, surtout pour mes cartes.

– S’il n’y a que ça, ce n’est pas grave. Tou es oun peu timbrée de faire tant d’histoires pour des cartes postales. Je t’en achèterai si tu veux.

– Mais non andouille, il s’agit de ma carte bancaire, ma carte d’identité et mon permis de conduite !

Comprenant enfin la gravité de la situation, Paolo se joint à moi courageusement à la recherche du portefeuille. Mais le temps passe et je commence à perdre espoir. Nous nous assoyons. C’est foutu, il faut bien l’admettre. Au bout de mille heures de recherche Paolo rompt le silence, il me propose de me payer l’essence jusqu’à Dévaches et qu’une fois sur place, nous irons ensemble à la banque et je le rembourserai. Je dois me rendre à l’évidence, cela me rend bien service !

– Tou sais, cela peut arriver à tout le monde de perdre ses affaires, il n’y a pas mort d’homme. Tiens il est presque midi, il faut manger. Je t’invite à la Pataterie.

– Manger ? J’ai déjà perdu assez de temps comme ça !… Quoique à la réflexion, j’avoue qu’une bonne tartiflette me consolerait.

– Ah non, pas oune tartiflette, on va manger la pasta !

– Des pâtes dans une Pataterie ? Je ne suis pas sûre que cela soit possible. A mon avis, tu confonds pâtes et patates.

– Mais non, tou verras bien. Alors, on y va ?

– … Bon c’est d’accord, je capitule. Où est-elle cette Pataterie ?

– Si tou capitoule, je récapitoule. J’ai vou oune affiche. Elle est jouste à oune dizaine de kilomètres d’ici. On y va Breizh ? Tou permets que je t’appelle Breizh ? Pourquoi même si Breizh, ce n’est pas l’idéal, Factory ça fait vraiment trop bizarre… Ou alors si tu préfères, je t’appelle Factor.

– Ah non Monsieur l’Italien,… Quel nom déjà ? Ah oui : Polo c’est mignon, ou alors Olo, c’est mieux Olo, ça fait Norvégien, avec ta combinaison grand froid, c’est plus adéquat.

– As des couettes toi même ! Mon nom c’est pas Polo, c’est pas Olo, c’est Paolo. Capito ?

– Pas Olo. Capito.

– Bien, souis moi. Nous y serons bientôt.

– Je pense que ce serait l’occasion de faire la course pour rattraper le temps perdu. Rappelles toi que tu me l’as promis avec ton tréteau en bois vermoulu.

– Bois en verre moulou toi-même. Je vais te montrer que Paolo di Milano ne va faire qu’oune bouchée de toi, miss prétentieuse.

– Tu bluffes.

– Quoi ? Tou me dis ça à moi Paolo, fils de Léonardo da Vinci, d’Enzo Ferrari et de Valentino Rossi ! Moi blouffer ? Tou n’es pas oun peu coulottée ? Je vais te donner oune bonne leçon de pilotage. Ton égo, il va tellement souffrir que tou iras te cacher après. Tou es prête ?

Bien sûr que je suis prête, j’attends. Paolo par contre, je ne comprends pas ce qu’il fait. Comment peut-il être aussi lent ? Finalement, au bout de quelques minutes, alors que nous allions partir, il se penche sur son moteur comme si quelque chose ne tournait pas rond, me jette un coup d’œil inquiet et interrogatif. Je lève les yeux au ciel et descend de moto pour voir ce qui ne va pas mais juste au moment ou je m’approche, Paolo accélère et part à fond dans un grand éclat de rire.

Là j’hallucine. Je le regarde bouche bée, partir à fond et disparaitre après le premier virage. Quel tricheur ! Je remonte sur ma moto et ouvre les gaz en grand. Par chance, ici la route est assez sinueuse et je gagne beaucoup de temps en jetant ma moto à toute allure dans chaque virage sans toucher aux freins. Ainsi le rascal est très vite rattrapé. Je me colle derrière lui et attend le virage suivant pour le dépasser. Voilà qui est fait, je lui ai fait l’intérieur proprement comme s’il était à l’arrêt et j’ai pris le large. Le pot de colle est resté scotché à la route, il n’a pas dû comprendre. Mais déjà j’aperçois le restaurant, je ralentis et me gare devant l’entrée du parking pour attendre ce fils de champions du monde. Finalement je l’entends arriver à toute allure. Il s’arrête brusquement près de moi l’air contrarié.

– Porc-chien. Tou es oune toueuse impétoueuse et tou triches avec ton poids. Je souis soure que tou n’es pas plous lourde qu’oune, qu’oune…

– Qu’une palourde ?

– Exactement. Me dit-il en redémarrant pour aller se garer.

C’est étrange, il va directement au fond du parking alors qu’il y a de la place devant. Je reste le regarder sans comprendre. Qu’est-ce qui peut bien se passer dans sa tête ?

 

 

CATA 3 :

Samedi 12 : 00

L’OREUR CE N’EST PAS SI HORRIBLE.

Paolo s’est garé à l’extrémité du parking près des poubelles et me fait signe de le rejoindre. Contrariée, Je démarre, longe les places de stationnement vides et me gare près de lui. En fait, je ne tarde pas à comprendre ce qu’il combine quand une fois descendu de son triporteur, le Paolo ouvre les coffres et déballe tout un attirail de cuisine.

– Je croyais que tu m’invitais à manger à la Pataterie, pas sur le parking de la Pataterie !

– Tou as mal compris. Je fais toujours mes repas sour les parkings de restaurants pourquoi s’il me manque quelque chose, de l’houile ou dou sel, je peux aller demander aux couisines.

– Ils sont d’accord ?

– Oui toujours, pourquoi non ? Quelques fois ils me jettent même des restes.

Paolo jubile, fier de lui. Son coffre est organisé comme une vraie petite cuisine ! Il y a tout ! Casserole, réchaud, assiettes, couverts, stock de spaghettis sans oublier la petite cafetière. Dans le fond de la valise, il y a des compartiments pour le parmesan et toutes les différentes sauces préparées dans des petits pots. Mais le top du top c’est le miroir pour qu’il puisse se regarder chanter tout en cuisinant !

Mon cuisinier a mis l’eau à bouillir et commence à avoir bien chaud lui-même. Il ouvre sa fameuse combinaison « Modorrad » et la descend jusqu’à la taille en nouant les manches devant. Je découvre alors un Paolo maigre comme un clou ! C’est peu de le dire, il me fait même un peu pitié. Finalement je le préférais avec sa combine sur le dos, il avait l’air beaucoup plus costaud. Sans doute pour arranger son look, il sort des lunettes de soleil noires « Baranne » de sa poche. Maintenant on jurerait un skieur qui vient faire une pause en terrasse.

– Dis, elle est drôlement bien ta combinaison grand-froid, tu t’en sers aussi en hiver pour faire du ski ?

Paolo ne relève pas la plaisanterie, je ne sais même pas s’il a écouté, trop occupé à se regarder dans la glace. Bibendum en bas et Bidochon en haut avec un vieux marcel à trous par lesquels sortent tous les poils du torse et du dos.

– Alors tu pars toujours en vacances les valises pleines de nouilles ?

– Rigoles, rigoles, moi je me régale et de cette façon c’est aussi gastronomique qu’économique. Alors grassouillette voici le menou d’aujourd’houi : Spaghetti aglio-olio-pépéroncino con Parmégiano Réggiano é dopo oun café solo.

– Ok, ça marche. Mais ne m’appelle pas grassouillette.

– Pourquoi ? C’est affectoueux. Tiens voilà, attention c’est chaud la Breizh… Ça va ? Il faut tout manger hein !

Nous mangeons en silence, Paolo me surveille du coin de l’œil.

– Ce n’est pas comme ça qu’on mange les spaghettis.

– Je mange comme je peux. Ce n’est pas le parking de la « Tour d’argent » ici que je sache.

– La Breizh, tou es oun cas désespéré. Dis-moi en vrai, qu’est-ce que tou vas faire à Dévaches ? Tou vas traire des vaches ?

– Pas du tout, je te l’ai déjà dit, je vais faire de la moto. Tu n’as jamais entendu parler des courses de Dévaches ?

– Des courses de vaches ?

– Mais non patate, les courses de Dévaches, ce village est sur la ligne d’arrivée des courses de voitures et de motos sur la mythique route des mille virages dans le massif du Tyrod. Le célèbre monument sur la place du village est un immense podium tout en granit.

– Dans le massif dou Tyrod tou dis ? Tou n’es pas dingo d’y aller ! Sans parler des Tyroïdiens qui sont oun peu « soupe au lait », le Tyrod est devenou le parc natourel de la Terreur, plous personne ne peut rouler là-bas. Il ne faut sourtout pas y aller !

– La Terreur ?

Je ne sais pas quelle tête je fais, ahurie ou candide, mais il me regarde atterré comme si j’étais une attardée.

– Non ce n’est pas possible. Tou n’as jamais entendou parler de la Terreur ? Il n’y a pas la télévision chez toi ? Dans la Terreur, ils font pleins d’expériences pour le foutour. Oun vrai foutoir, c’est l’horreur.

Ah j’y suis : Il veut parler de l’Oreur, ce n’est pas si horrible. L’Oreur c’est l’Organisation de Recherche Européenne, ils travaillent en temps réel sur l’europe du futur dans une région pilote. Je l’ai lu dans « Sciences exactes » et aussi dans « la science s’infuse ». Leur but est d’expérimenter les lois qui seront un jour communes à tous les pays Européens. Cette zone qui est grande comme un département se situe le long de la frontière Italienne, entre les Hautes alpes et la Savoie. Le massif du Tyrod où je veux aller se trouve justement dans cette région.

– Je te signale que cette région pilote s’appelle la Terreuropéenne, pas la Terreur. Je lui réponds.

– C’est la même chose ! Terreur c’est le diminoutif de Terreuropéenne. Tout le monde l’appelle comme ça mais toi tou es à la roue de toute façon. On en parle tous les jours à la télévision et dans les journaux. Dans « Italiano Bello » pour n’en citer qu’oun, ils racontent tout ce qui se passe dans la Terreur : Leurs expérimentations et leur sourveillance continouelle. Il y a des drones de partout, tou ne peux pas faire ce que tou veux. Aussi ils confisquent les véhicoules qui roulent sans autorisation et ceux qui sont trop vieux ou pollouants. Toi tou n’as pas intérêt à y emmener ton épave, tou n’iras pas loin.

– Tu ne crois pas que tu exagères un peu ? Ton « Italiano Bello » m’a tout l’air d’un magazine « people ». Tu ne dois pas gober tout ce qu’ils racontent. Tu ne lis pas autre chose ? C’est ton magazine de chevet ?

– Non ploutôt de cheveux, je le lis chez mon coiffeur. « Italiano bello » est peut être oun magazine « people » mais ce n’est pas du pipo.

– De toute façon, ce n’est pas toi qui y vas, c’est moi. Là-bas, il y a les plus belles routes du monde et c’est depuis toujours le lieu de rendez-vous de tous les fous de vitesse, c’est aussi mythique que l’Ile de Man et à ma connaissance, ça n’a jamais été défendu d’y rouler. Je rêvais déjà d’y aller avant ma naissance.

– Qu’est-ce que tou veux que je te dise, tou es trop boutée et tou n’es même pas à jour. Je te répète oune dernière fois que plous personne ne peut rouler dans le massif dou Tyrod. Alors encore moins dans les mille virages, cette route a été définitivement fermée à la circoulation. Enfin, tou fais comme tou veux, je ne souis pas ton père mais si tou veux vraiment aller à Dévaches avec ta moto, je te conseillerais ploutôt de passer par l’Italie, par la Sacra St Michele, ce n’est pas oune gros détour et il y a aussi plein de virages.

– Non.

– Pourquoi ?

– Je ne veux pas passer par l’Italie.

– Et pourquoi ?

Cette fois, Paolo a changé de ton. Je crois avoir effleuré une corde sensible. Il doit être assez susceptible pour ce tout ce qui touche à son pays. J’hésite un peu à lui répondre, il ne va pas aimer…

– Si je passe par l’Italie, je devrais forcément y faire le plein…

– Et alors ? Ce n’est pas plous cher.

– Non mais c’est à cause de la qualité de l’essence. Je n’ai pas envie de fusiller mon moteur…

– Quoi ? Qu’est-ce que tou dis racista ? Tou insoultes mon pays ? c’est toi que je vais fousiller !

Je m’en doutais bien qu’il n’allait pas apprécier. Si je lui dis en plus que je n’aime pas ses pâtes, il va exploser ! On peut toujours vérifier… Je me lève et jette le contenu de mon assiette dans la grande poubelle de la Pataterie. Paolo me voyant faire ce sacrilège manque de mourir d’apoplexie.

– Qu’est-ce que tou as fait Bretonne sans vergogne ? Tou as osé jeter la pasta !

– Tu aurais préféré que je les donne aux chiens peut être ? Les pauvres bêtes, elles n’étaient même pas cuites… Je me demande, tu es sûr que tu es Italien ? Excuse-moi mais je suis sceptique.

– Comment si je souis Italien ? Tou dis cela pour me taquiner ? Tou es oune fausse sceptique, ce sont des spaghettis « Patologis n°5 ». Tout le monde les aime.

– J’aurais juré des « Pâtaugaz » tellement elles sont dures sous la dent. Pourtant faire des pâtes, c’est à la portée du premier venu. Je vais t’expliquer, comme ça tu pourras apprendre aux autres Italiens. Tu ne veux pas prendre des notes ? Bon tu commences par mettre de l’eau à bouillir. Tu m’écoutes ?

Non, ce n’est pas moi que Paolo écoute, c’est le bruit de moteurs de deux superbes Suzuki GSXR qui viennent d’arriver devant la Pataterie. Les deux motos sont absolument identiques, si ça se trouve leurs pilotes sont jumeaux ? Leurs casques aussi sont les mêmes ainsi que leurs cuirs… Je devrais dire leurs uniformes car je réalise que ce ne sont pas de simples jumeaux inoffensifs mais des motards de la gendarmerie ! Ils s’apprêtent à se garer quand soudain ils nous aperçoivent et restent alors un moment à nous dévisager se demandant sans doute ce que nous fabriquons au fond du parking. Finalement, on pouvait s’en douter et le redouter, ils décident de venir nous voir. Paolo et moi nous empressons de remplir le coffre du Zigo. Je me sens soudain fébrile, c’est plus fort que moi, dès que je vois un uniforme, mon cœur se met à battre la chamade alors deux uniformes, c’est la tachycardie.

Les gendarmes se garent à côté de nous et descendent tranquillement de moto nous adressant un bref salut, nous leur répondons d’un signe de tête, mais ce n’est pas nous qui les intéressons, c’est ma moto ! S’ils la détaillent trop, je suis mal. Et voilà, ça y est, ils la détaillent trop, je suis mal. Je sens alors que nous sommes à la...