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Sel de mer
Pascal Lauwers
Sel de mer
Diapositives
E CRITS INTIME S
Le Manuscr it w w w . m anuscr it . com
É ditions Le Manuscrit 20, rue des PetitsChamps 75002 Paris Téléphone : 01 48 07 50 00 Télécopie : 01 48 07 50 10 www.manuscrit.com contact@ manuscrit.com Le Manuscrit, 2005É ditions ISBN : 2748148630 (Fichier numérique) ISBN : 2748148622 (Livre imprimé)
Pour écrire ce livre j’ai reçu de ma mère l’amour d e la poésie, de Jacqueline des outils indispensables, de Jorge l’audace de vouloir publier, de Joseph des conseils avisés et de Nacho, Beatriz, A na et Blanca une raison de plus.
Sel de Mernous conduit par le fil de la mémoire aux images chères à Pascal L auwers. Images de l’enfance et de l’adolescence perdues, avalées par ce grand bouffeur, le Temps. L es scènes mnémoniques de L auwers nous font penser, bien entendu, à Proust et à SaintSimon, ces deux célèbres mémorialistes. Si le dernier a su peindre comme un maître la société de la Cour e e française au X V II et au X V III siècles, le premier a transformé avec la délicatesse particulière d’un poète les scènes des paradis perdus de l’enfance et de la jeunesse en musique cristalline, proche de Debussy et de Fauré.  De son côté, Pascal L auwers n’est pas si différent du Narrateur de Combray. L es images qu’il évoque nous emmènent aussi dans les bras de la poésie la plus fine, sans sentimentalisme facile ou lieux communs : C’est le développement de la photographie avec son père – qui lui montre la magie des tableaux qui apparaissent du fond du bassin, comme la musique née d’un violon ou un paysage sur une toile –, c’est l’A frique qui surgit soudain comme Combray de la madeleine imbibée de thé, c’est le suicide de l’ami dans le continent noir, dévasté par les exploiteurs blancs comme la plage en E spagne par les vacanciers affolés, raconté par le briselames – un des meilleurs chapitres, à mon avis. C’est tout un mondeéveillé par la plume de L auwers, cher à lui, cher à nous tous, les lecteurs, fascinés par sa poésie et sa sincérité. L ’auteur de ce livre, comme les grands mémorialistes, essaie de retenir de l’action du Temps son monde perdu, son souterrain intime, comme ces fresques du filmRoma de Fellini, qui s’effacent sous le souffle du vent de la ville, d’une civilisation pragmatique, ancrée dans le présent. A près sa plongée, Pascal L auwers nous laisse le goût du sel de sa mer intérieure. Jorge Sá E arp Brasília, le 17 septembre 2004
PA S C A LLA U W E R S
SE NTE URS DE CAF É Pour fêter mes 16 mois, nous quittons la terre. Le vent gonfle la voilure et nous mettons cap sur la Méditerranée. Août 1956, un petit mousse tout blond éveille la curiosité dans le port de Lanzarote. Cinq jours de mer depuis Algeciras. La Compagnie Maritime Belge nous ramène parfois en Belgique, à son retour du Congo. Les marins jettent des régimes de bananes pardessus bord. La maison de la famille de mon père est à Anvers. Face au parc, au 31 de l’avenue Van E yck, elle est pleine de merveilles et de mystères. Il y a une pièce interdite, le salon. Personne ne peut y entrer, sauf à Noël. Le grand piano noir que l’on ferme sans faire de bruit, les chaises dorées et l’épais tapis sont pourtant séduisants. La chambre de mon parrain Danou ressemble à un morceau de ciel, il y a des avions de tous les côtés. Parfois, je peux prendre un Spitfire, un biplan d’acrobatie ou un Zero japonais de la seconde guerre mondiale. J’aime la chaleur du charbon après les jeux dans la neige, cette merveille de la Belgique. Pour augmenter la chaleur, il faut remuer les grilles du poêle, mais sans faire tomber trop de braises. On verse un peu de charbon du seau en tôle. S’il est vide, on le remplit dans le domaine des esprits, la cave à charbon. La véranda est encombrée de fougères, de plantes grasses et de jacinthes disposées sur des trépieds en bois. E lle mène au jardin planté d’hortensias. Les murs de briques sont recouverts de lierre et de vigne vierge. Au fond du jardin, se cache une pièce étrange et
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SM E RE L D E
sombre, la toilette extérieure. La cuisine, le domaine de Maria qui ne parle que le flamand, se trouve à la cave. Derrière la fenêtre grillagée, on voit les pieds des passants. Pour accéder au mystère, il faut passer la porte vitrée. La table en bois est occupée par des cylindres en tôle grise, reliés entre eux par des courroies. Chaque cylindre possède une petite porte et se trouve audessus d’un brûleur. Le gaz de ville passe au travers de tuyaux et de nombreux robinets. L’âme du café baigne la pièce. La vraie cascade de senteurs, c’est quand bonpapa Georges torréfie le café vert. Il vient d’une famille de négociants en café. Les courroies font tourner les cylindres grâce à un moteur électrique. Le gaz à la flamme bleue s’échappe des brûleurs. On surveille les grains de café en ouvrant les petites portes. Ceux que me donne bonpapa à croquer sont parfumés et amers. Le long de l’E scaut se trouvent les anciens entrepôts de café. Une autre merveille, c’est la gare. Je suis déjà allé au Zoo, mais les trains qui arrivent et qui partent au coup de sifflet sous cette immense voûte, c’est passionnant Comme si nous partions en voyage. Mirèse m’accompagne. Nous prenons un billet de quai au guichet. E n haut des escaliers se trouvent les voies. Des gros buttoirs noirs, d’où suinte de la graisse, sont ancrés par des écrous. J’imagine un train lancé à grande vitesse qui s’arrête enfin ici. Nous étudions les départs et montons dans les wagons. Comme si nous cherchions quelqu’un ! Parfois, on voit le chauffeur dans sa locomotive. Le temps passe trop vite. Mirèse me dit qu’il faut rentrer à la maison. Je respire encore une fois cette odeur de freins, d’huile et de métal. Un bon goûter nous attend chez bonnemaman Ghislaine et bonne maman Alice.
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