2016, Rio de Janeiro et les Jeux olympiques

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Rio de Janeiro s'est mis la tête à l'envers pour recevoir les Jeux olympiques de l'été 2016. Pour l'occasion, la Cidade maravilhosa a entrepris une des plus grandes refontes urbaines de son histoire. Mais voilà, si tout avait bien commencé, en 2012 une crise politique et économique sans précédent à ébranlé les certitudes d'un avenir que tout le monde peignait en rose. Dans ce contexte, quel héritage laisseront les J.O. à la ville et à ses habitants ?
Publié le : dimanche 15 mai 2016
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EAN13 : 9782140009167
Nombre de pages : 140
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2016, Rio de Janeiro Jean-Jacques FONTAINE
et les Jeux olympiques
Une cité réinventée
Rio de Janeiro s’est mis la tête à l’envers pour recevoir les Jeux olympiques 2016, Rio de Janeiro
de l’été 2016. Pour l’occasion, la Cidade maravilhosa – dont les charmes
ne sont plus à vanter – a entrepris une des plus grandes refontes urbaines et les Jeux olympiques
de son histoire afn de ressembler à l’avenir qu’elle s’imagine. Modèle :
Barcelone 1992. C’est la septième fois en 450 ans d’existence que cette
Une cité réinventéemétropole de 12 millions d’habitants fait sa mue. L’objectif est ambitieux :
fuidifer les transports publics, faire renaître le port à l’abandon et tirer un
trait sur la ségrégation sociale qui sépare la cité des riches du monde des
favelas.
Mais voilà, si tout avait bien commencé il y a sept ans, en 2012 une Préface de Gilbert FELLI
crise politique et économique sans précédent a ébranlé les certitudes d’un
Photos de Michaël VON GRAFFENRIEDavenir que tout le monde peignait en rose. Dans ce contexte, que restera-t-il
alors des J.O. 2016 après le mois d’août ? Quel héritage laisseront-ils à la
ville et à ses habitants ? C’est à ces questions que le livre de Jean-Jacques
Fontaine, préfacé par Gilbert Felli, ancien directeur exécutif du CIO, tente
de répondre.
Jean-Jacques Fontaine vit à Rio de Janeiro depuis 2007. Il a
été correspondant au Brésil entre 1980 et 1989 pour des médias
suisses, belges et canadiens avant de travailler pour la Télévision
suisse à Genève. En 2014, il a publié aux Éditions L’Harmattan
L’Invention du Brésil, de crise en crise, un géant qui s’affrme. Il
collabore avec plusieurs médias et anime le blog
http://visionbresil.wordpress.com.
Illustration de couverture : La Praça Maua après sa rénovation.
Photo : Michäel von Graffenried, février 2016.
ISBN : 978-2-343-09185-3
17 € 9 782343 091853
HORIZONS_AM_LAT_GF_FONTAINE_8_2016-RIO-JO.indd 1 25/04/16 21:57:53
Jean-Jacques FONTAINE
2016, Rio de Janeiro et les Jeux olympiques





2016, Rio de Janeiro
et les Jeux olympiques

Une cité réinventée





























Horizons Amériques latines
Collection dirigée par Denis Rolland et Joëlle Chassin

La collection Horizons Amériques latines publie des synthèses
thématiques sur l’espace s’étendant du Mexique à la Terre de feu. Les
meilleurs spécialistes mettent à la disposition d’un large public des
connaissances jusqu’alors souvent réduites, sur ce sous-continent, à
quelques stéréotypes.

Dernières parutions

Luiz Hildebrando PEREIRA DA SILVA, Chroniques subversives d’un
scientifique métèque engagé. Le fil du puzzle, 2016.
Emmanuel DUFOUR, Puebla - 5 mai 1862. Le jour où est née la nation
mexicaine, 2015.
Carlos MONSIVAIS, L’Etat laïc et ses détracteurs. Chronique, 2015.
Bruno SUSANI, Le péronisme de Perón à Kirchner. Une passion argentine,
2014.
Jean-Jacques FONTAINE, L’invention du Brésil. De crises en crises, un géant
qui s’affirme, 2014.
Marie DURAND, Bolivie, la voix de Flora résonne encore. Des femmes et du
développement participatif (1971-1985), 2013.
Pierre Henri GUIGNARD, Lettres colombiennes, Correspondances à l’encre verte,
2012.
Carlo A. CÉLIUS, Le défi haïtien, 2011.
Nicolas PINET, Projets politiques et luttes sociales, 2011.
Manuel PENA MUNOZ, Valparaíso. Chroniques d’un port mythique, 2009.
R. CONTRERAS OSORIO, Les limites du libéralisme latino-américain, 2009.
J. MUÑOZ, Géopolitique de la frontière États-Unis – Mexique, 2009.
A. BERTAGNINI, J. FORTEZA, D. LÓPEZ, F. PEÑA, F. PINOT de
VILLECHENON, C. QUENAN, J. WALTER, L’Argentine, terre
d’investissement ?, 2008.
HOWLET-MARTIN Patrick, Le Brésil du Nord-Est. Richesses culturelles et
disparités sociales, 2008.
CHASSIN J. et ROLLAND D. (coord.), Pour comprendre la Bolivie d’Evo
Morales, 2007.
VIGNAL Robert, Lexique amoureux de São Paulo, 2007.
D ĺAS Esther, L’esprit de Buenos Aires. Une ville et ses démons, Traduction de
Laure et Philippe Pigallet, 2007.
TREUILLER-SCHLACHTER Xavier, David Alfaro Siqueiros, 2006.
DURAND A. et PINET N. (éditeurs), L’Amérique latine en mouvement.
Situations et enjeux, 2006. Jean-Jacques FONTAINE


2016, Rio de Janeiro
et les Jeux olympiques

Une cité réinventée




Préface de Gilbert FELLI
Photos de Michaël VON GRAFFENRIED




















































© L’HARMATTAN, 2016
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-09185-3
EAN : 9782343091853 PRÉFACE


Gilbert FELLI,
ancien directeur exécutif des Jeux au CIO


Mettre sur pied des Jeux olympiques est chaque fois une aventure. Une
aventure qui se répète tous les quatre ans pour ce qui est de l’Olympiade (Jeux
olympiques d’été), et qui suscite à chaque fois des défis audacieux. Non pas
seulement à cause du gigantisme de l’événement - 16 000 participants (10 500
athlètes et 5 500 officiels d’équipe) de 206 pays, auxquels il faut ajouter toutes
les opérations dont notamment 20 000 médias ainsi que tous les autres
officiels accrédités, vont s’affronter dans 665 compétitions en août 2016 à Rio
de Janeiro, mais surtout parce qu’un des souhaits du Comité olympique
international, c’est que les villes organisatrices des Jeux en profitent pour
s’interroger sur elles-mêmes, sur leur futur, et utilisent l’occasion pour en
sortir grandies.
C’est dire si chacune de ces rencontres olympiques internationales est
différente de la précédente et si l’héritage laissé lorsque les lumières de la
cérémonie de clôture s’éteignent est déterminant. Le résultat est parfois
brillant, c’est le cas des Jeux olympiques de Barcelone en 1992, reconnus
unanimement comme une grande réussite, parfois plus sujet à discussion,
comme ce fût le cas des Jeux d’Athènes en 2004.
Pour ce qui est de Rio de Janeiro 2016, cet héritage est particulièrement
attendu. D’abord parce que ce sont les premiers Jeux qui se tiennent en
Amérique du Sud, il faut donc qu’ils marquent les esprits, ensuite parce qu’ils
se déroulent dans une métropole dont la réputation de beauté et de séduction
n’est plus à faire, enfin parce que l’occasion de ces Jeux a donné aux autorités
l’impulsion nécessaire pour repenser la cité à l’aune des rêves qui les
habitaient depuis longtemps, sans jamais se concrétiser. Les organisateurs de
Rio 2016 ont donc vu grand, tant en ce qui concerne le moment de la fête
sportive, que des suites qu’il convenait de lui donner.
Mais s’ils ont aussi pensé leur projet dans un contexte de totale euphorie,
c’était en 2009 et le Brésil apparaissait alors comme la nouvelle puissance
montante, ils ont dû le réaliser en traversant une crise économique, sociale et
politique aiguë dont personne n’avait vu venir la gravité. Il a donc fallu jouer
avec la réalité, mais, malgré tout, le Brésil va délivrer des Jeux en ligne par
rapport au projet conçu en 2009 et parvenir finalement à un résultat qui fera
essans doute de ces XXXI Jeux olympiques une grande fête du sport et de la
convivialité, et qui laissera une trace indélébile dans l’histoire des Jeux
7olympiques et une marque significative pour l’amélioration de la vie future
des Cariocas, ce nom chantant qui désigne les habitants de Rio de Janeiro.
Cinq années durant, Jean-Jacques Fontaine a suivi l’évolution médiatique de
ce chantier gigantesque pour le compte du CIO et les débats que la mise en
place des différentes étapes des transformations urbaines ont suscités. Fort de
sa longue connaissance du Brésil et avec la rigueur journalistique qui le
caractérise, il a rassemblé dans ce livre ses observations, relevées presque au
jour le jour entre 2011 et 2016. Le résultat en est une série de réflexions et
d’interpellations qui contribuent à enrichir la discussion sur les apports des
grands événements sportifs mondiaux et les séquelles, parfois peu glamour,
qu’ils peuvent laisser derrière eux.
La lecture de 2016, Rio de Janeiro et les Jeux olympiques. Une cité réinventée
constituent donc un exercice indispensable pour tous ceux que la vie de la
famille olympique intéresse ou qui veulent en savoir plus sur ce Brésil qui les
passionne.


8INTRODUCTION



Rio de Janeiro a entrepris une des plus grandes refontes de son histoire
urbaine pour accueillir les Jeux olympiques et paralympiques de 2016. Cet
événement est l’occasion de redessiner les contours de la ville. Telle était en
tout cas l’intention des autorités lorsqu’elles ont présenté leur dossier de
candidature aux instances du CIO. C’était à Copenhague, il y a sept ans.
Rio de Janeiro n’en est cependant pas à sa première mue. Coincée entre la mer
et la montagne, la cité est contrainte de repenser en permanence l’espace dans
lequel elle se déploie. En 450 ans d’existence, elle a connu sept mutations
successives. Dont celle d’aujourd’hui. Mais cette réforme-ci est sans doute la
eplus importante après celle menée au début du XX siècle par Perreira Passos.
Maire de la ville et grand admirateur du baron Haussmann, il avait fait passer
Rio de Janeiro de l’état de capitale coloniale endormie au brio d’un Paris des
tropiques.

De la France antarctique au Portugal impérial
Paradoxalement, l’histoire de Rio de Janeiro ne commence pas avec la
découverte du Brésil par Alvaro Cabral en 1500, mais 65 ans plus tard,
lorsque Estácio de Sá chasse les Français de l’île de Villagagnon, au centre de
la Baie de Guanabara. Le général Villegagnon et ses troupes s’y étaient
installés pour fonder la France antarctique. Tentative mort-née, dix ans plus
tard, les Portugais mettent un terme à l’utopie coloniale française au Brésil.
Mais ce n’est pas encore le début du rayonnement de Rio de Janeiro. Durant
plus d’un siècle, ce ne sera qu’une modeste garnison militaire chargée de
défendre la Baie de Janvier contre les incursions pirates. À cette époque, le
cœur du Brésil est au Nord-Est, avec ses plantations de canne à sucre. La
capitale s’appelle Salvador.
Il faudra la découverte de l’or du Minas Gerais, dans la seconde moitié du
eXVIII siècle pour faire de Rio de Janeiro le port principal d’exportation de ce
métal précieux vers le Vieux Continent. Et accessoirement le plus important
marché aux esclaves de la planète. Toute une population amenée de force
d’Afrique pour travailler dans les mines d’or du Minas Gerais et, plus tard,
dans les plantations de café. Jusqu’en 1856, deux millions d’esclaves auraient
transité par Rio de Janeiro, selon une étude de l’Université américaine
d’Emory à Atlanta, soit un esclave sur cinq vendu dans le monde à cette
9époque ! La ville s’élargit alors autour de son port et devient capitale en lieu et
place de Salvador en 1763. C’est sa première grande transformation.
Elle sera ensuite métropole impériale en 1808, lorsque la Cour du Portugal,
fuyant l’avancée des troupes napoléoniennes dans la péninsule Ibérique,
fondera à Rio de Janeiro la première capitale tropicale d’un empire européen !
L’aventure durera peu. En 1824, le Brésil proclame son indépendance et Rio
s’étoffe de toute l’infrastructure liée à son nouveau statut d’administrateur
politique du pays. Avec les deniers sonnants et trébuchants qui
l’accompagnent. Curieusement pourtant, cet épisode n’aura que peu
ed’influence sur la géographie urbaine. Jusqu’à la fin du XIX siècle, Rio reste
une cité essentiellement portuaire au tracé anarchique, avec des ruelles étroites
et tortueuses, sales et souvent mal famées.
En 1870, la ville étouffe. Avec la fin de l’esclavage (il sera définitivement
aboli en 1888), la population de Rio de Janeiro explose, alimentée par
l’arrivée massive des immigrants européens fuyant la misère de leurs pays
d’origine. Entre 1872 et 1890, le nombre d’habitants passe de 274 000 à
522 000. Rio suffoque, mais continue à grandir de façon anarchique,
multipliant l’édification de lotissements précaires sur et autour des lagunes
saumâtres qui gênent l’expansion du centre-ville. Il faut faire quelque chose
pour désengorger l’espace…

L’ère du fer et la préférence nationale
La généralisation de l’emploi du fer dans l’architecture et l’Exposition
universelle de Paris en 1900 vont donner à Rio de Janeiro l’occasion de vivre
la plus profonde de ses mutations urbaines avant celle d’aujourd’hui : la
réforme Perreira Passos. Perreira Passos est ingénieur civil, il a étudié en
France, ce qui lui a permis d’accompagner de près la transformation de Paris
menée au pas de charge par le baron Hausmann. Le percement des grands
boulevards l’a séduit. Nommé maire de Rio de Janeiro en 1902, il va appliquer
la même recette à sa ville. Il ouvre l’Avenida Central, aujourd’hui Avenida Rio
Branco, un large axe monumental qui relie le port aux quartiers encore vierges
de Flamengo et Botafogo, et permet l’extension du périmètre urbain vers le
sud. L’Avenida Central se garnira de palais de style Belle Époque, comme le
Théâtre municipal ou la Bibliothèque nationale. Quelques années plus tard, la
colline du Morro do Castelo, ultime obstacle à cette marche vers le sud sera
rasée, on comblera une partie de la Baie de Guanabara avec ce qu’on aura
démoli pour y édifier la vaste promenade de l’Aterro do Flamengo. Un
premier tunnel routier ouvrira la voie vers Copacabana et les plages
océaniques.
10Ces grandes opérations vont faire exploser les frontières naturelles de la cité et
lui donner de l’air. Mais elles auront aussi pour conséquence de déchaîner la
spéculation foncière. On dit de la réforme Perreira Passos qu’elle est à
l’origine de la naissance et du développement des favelas. Que c’est de cette
époque que date l’image de la Cidade partida, la Ville divisée qui colle à la
peau de Rio de Janeiro. Ville divisée entre ses habitants riches de l’asfalto, les
rues pavées du bas et les venelles des collines pauvres des morros, du haut,
qui se garnissent de favelas sauvages. Ville divisée aussi entre les quartiers
nobles du bord de mer et la vaste Zona Norte qui regroupe, au nord du massif
de la forêt de Tijuca, bien loin des plages, l’essentiel de la population
laborieuse de la métropole. La Cidade partida, c’est le pendant négatif de
l’autre surnom de Rio : la Cidade maravilhosa, la Cité merveilleuse.
La quatrième transformation de Rio de Janeiro date des années 1930-1950,
lorsque la politique d’industrialisation du pays et la préférence nationale dans
la production manufacturée vont multiplier l’installation d’entreprises aux
frontières de la ville. Ce sont alors les cités périphériques de la Baixada,
cerclant Rio de Janeiro, qui se mettent à grandir. Plusieurs d’entre elles portent
d’ailleurs encore aujourd’hui le nom des industries qui les ont fait naître,
Belford Roxo ou Austin. Rapidement cependant, le croissant industriel de Rio
de Janeiro décline. Les entreprises de la Baixada migrent vers São Paulo, qui
se profile de plus en plus comme la capitale économique incontestée du pays.
L’évolution comparée de la population des deux villes est édifiante : en 1920,
Rio comptait 1,15 million d’habitants, São Paulo 580 000. En 1960, les deux
métropoles étaient presque à égalité : 2,8 millions pour São Paulo, 3,2 millions
pour Rio de Janeiro. Lors du recensement de 2010, la municipalité de Rio de
Janeiro abritait 6,5 millions d’habitants, celle de São Paulo 11 millions.
Pratiquement le double ! Avec leurs périphéries respectives, c’est 12 millions
d’habitants pour Rio, 18 millions pour São Paulo.

La décadence et la renaissance
À partir de 1960, Rio de Janeiro traverse la période la plus sombre de son
histoire. Elle perd son statut de capitale nationale au profit de Brasilia en
1960, et dans la foulée, en 1975, le District fédéral de Rio, l’État de
Guanabara est fusionné avec l’État voisin de Rio de Janeiro pour ne plus
former qu’une seule entité régionale. Non seulement la ville doit faire le deuil
des institutions liées à son ancien statut de capitale fédérale, mais encore des
ressources financières qui vont avec. Et elle récupère, en prime, la gestion
d’un nouveau territoire dont les finances sont au plus mal. Pour Rio de
Janeiro, les années 1960-1990 sont les années de la décadence.
11Une décadence qui n’empêche pas la ville de bouger. Lors d’une relecture
attentive de ce manuscrit, mon épouse Barbara m’a fait remarquer qu’à la fin
des années 1960 et durant les années 1970, de grands travaux routiers ont
profondément changé la physionomie de la cité. C’est notamment le cas avec
la construction du pont qui enjambe la Baie de Guanabara et permet de relier
Rio de Janeiro, l’ancienne capitale fédérale à Niterói, l’ancienne capitale de
l’État de Rio. Ces 14 km qui survolent la mer se prolongent par une série
d’autoroutes urbaines suspendues ouvrant la voie vers les nouveaux territoires
de Barra da Tijuca. C’est sur ce nouveau tissu urbain que se dessineront
ensuite les contours de la septième mutation, celle née de l’échéance des J.O.
2016.
Curieusement, les historiens et les urbanistes passent un peu rapidement par
dessus cette époque 1960 – 1990. Presque comme si ce qui s’est alors édifié
alors ne signifiait pas grand-chose. Une des explications à ce silence tient
peut-être au fait que ces travaux-là ont été réalisés de façon autoritaire et non
concertée durant la dictature militaire, et qu’ils sacrifiaient au culte du tout
bagnole dont les conséquences ont été, bien sûr, l’engorgement routier et la
multiplication des embouteillages dans les années suivantes. Mais force est de
reconnaître que les transformations intervenues à cette époque ont effacé les
frontières physiques de l’ancien District fédéral et ont donné à la capitale du
nouvel État de Rio de Janeiro l’espace géographique au sein duquel elle a pu
construire son statut de métropole régionale. Restait à lui trouver une nouvelle
identité.
C’est dire si, dans cette perspective, la renaissance impulsée par les Jeux
olympiques de 2016 est la bienvenue. L’espoir de cette septième
transformation, c’est qu’elle rende à l’agglomération son lustre d’antan. Pas
seulement pour ce grand rendez-vous sportif. Mais il aura fallu cet événement
pour déclencher une conjonction de facteurs et produire le déclic nécessaire.
Nombre des projets urbains en cours de réalisation aujourd’hui ne sont pas
nouveaux. Ils dormaient dans les tiroirs de l’administration depuis des années,
en attente d’une bonne occasion.
Dans un ouvrage collectif, Depois dos Jogos, pensando o Rio para o pós
12016 Fabio Giambiagi, chef du département de gestion des risques à la
Banque Nationale de Développement économique et social (BNDES),
énumère les facteurs déclencheurs de la réforme urbaine actuelle. Parmi eux, il
distingue notamment le réveil du comportement de la société face à la
dégradation de la situation, une claire allusion aux grandes manifestations de
juin 2013. Y ont aussi contribué : une amélioration notable de la conjoncture
économique entre 2005 et 2012, une politique de redistribution sociale des

1 « Après les Jeux, réflexions sur Rio post-2016 », Editions Campus-Elsevier 2015, non traduit
en français.
12bénéfices de la croissance et le plein emploi, ainsi qu’un boum durable du
secteur pétrolier qui a joué un rôle catalyseur pour Rio de Janeiro. Enfin, des
politiques publiques combinant prudence financière, gestion responsable,
mesures attractives pour les investisseurs et un combat plus efficace contre la
violence grâce à la mise en place des unités de police de pacification dans les
favelas, les UPP, ont aussi favorisé le déblocage de nombreuses initiatives,
encouragé par une collaboration rarement vue jusqu’ici entre les trois sphères
du pouvoir, le gouvernement fédéral, l’État de Rio de Janeiro et la
municipalité.
En déposant son dossier de candidature en 2009, Rio de Janeiro a vu grand,
très grand, projetant pour demain, c’est-à-dire bien après 2016, un tissu citadin
très différent de l’actuel. Avec un modèle en tête, Barcelone 1992, et une
croyance absolue que le boum économique allait durer éternellement…
Première priorité, fluidifier les déplacements pendulaires grâce à la création de
voies de bus rapides en site propre, les bus-métro BRT pour Bus Rapid
Transit, et à l’extension du tracé du métro vers l’ouest. Second objectif, un
nouveau poumon entrepreneurial autour du Parc olympique, où vont se
concentrer l’essentiel des compétitions, bâti sur les ruines d’un ancien circuit
automobile désaffecté. Troisième mesure, refaire le port en revitalisant les
docks abandonnés, afin d’y implanter une vitrine touristique, culturelle et un
quartier d’affaires rattachés au centre historique par une ligne de tram destinée
à irriguer toute la zone, le VLT pour Véhicule Léger sur Rails. Enfin,
quatrième initiative, transformer les favelas en quartiers urbanisés, sûrs et
tranquilles, à travers la mise en place d’une politique de pacification à long
terme. De l’avis des autorités, 2016 n’est qu’un déclencheur, les résultats
concrets de ces transformations sont attendus à partir de 2030.

Un avenir grandiose
Dans cette vision idyllique d’un futur presque parfait, on a un peu oublié
qu’une ville, c’est avant tout un agglomérat de personnes qui ne se laissent pas
nécessairement enfermer dans un schéma donné, aussi séduisant soit-il. Ainsi,
le percement des lignes de bus rapide et l’ouverture de nouveaux lotissements
autour des installations olympiques ont suscité des résistances lorsqu’il a fallu
engager des procédures d’expulsion des habitants. Même si les indemnisations
offertes ont été souvent plutôt généreuses. La pacification elle aussi se révèle
une entreprise plus ardue que prévu. Il y a encore loin de la coupe aux lèvres
pour ce qui est de la sécurité de certaines favelas, à l’exemple du Complexe de
l’Allemand dans la zone nord, ou de La Maré près de l’aéroport international.
En pariant sur les PPP, le Partenariat Public-Privé pour la construction des
installations olympiques et leur occupation future par des logements et des
bureaux, ou pour la régénération du port, les autorités ont aussi tablé sur la
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