Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 14,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Partagez cette publication

Du même publieur

Le sport – dans sa pratique comme dans l’intérêt qu’on lui porte – peut- Jean-Jacques Gréteauil enrichir une vie ? C’est la question qui traverse ce livre. L’auteur s’ahte tac
à le montrer à travers 24 grands moments qui, par leur intensité et leur
force émotionnelle, l’ont chaviré. De bonheur ou de tristesse.
De Mimoun et Kopa à Marie-Jo Pérec et Zidane, ce sont soixante ans
de sport de très haut niveau qui déilent dans ce livre. Certainds e ces
grands moments sont gravés dans les mémoires des plus anciens, les plus
récents dans celles des plus jeunes. De tous les sports, le Football est sans
doute celui qui a connu les pires déprimes avant de vivre lels us pbelles
exaltations et son apothéose, un soir de Juillet au Stade de France. L’auuter
revendique ses choix. Ainsi de toutes les grandes boucles, il en reti en
deux, alors que les 24 chapitres auraient chacun pu en raconter une. Mais,
« Le Tour de l’Apocalypse et de l’Archange » en 1958 puis celui de 1964 avec
le fameux « mano a mano » sur les pentes du vieux volcan sont ceux qu’il
a retenus pour leur caractère dramatique. Ainsi encore, en Rugby, ce sont
les « essais du bout du monde » qui sont contés plutôt que telle ou telle
victoire ou défaite « avec les honneurs ». C’est là qu’on y trouve la magie
du sport, ces moments intenses qui touchent au génie de l’athlète. Cette
suite de grands moments est aussi une galerie de portraits. On touche
mieux, au travers des pages, « la solitude du coureur de fond » qu’est la
vie d’un athlète quelle que soit sa discipline. La trempe du caractère est
toujours là pour tenir dans la soufrance, comme Bouttier face au coba dr e
èmeSanta Fe, comme Mimoun au 30 kilomètre de son Marathon olympique,
comme Pérec face à Cathy Freeman quand d’autres craquent comme Jazy
à 50 mètres du Graal olympique, comme Gottvallès déstabilisé apr l’arme
psychologique des Américains. Parfois le destin se venge de ceux qui l’ont
trop souvent provoqué et c’est Senna qui s’écrase à 250 à l’heure contre un
mur de béton à Monza.
La performance à l’état pur ne laisse indiférents que les blasés. Vibrer
devant un grand moment de sport, c’est la certitude de conserver cette
capacité d’émerveillement qu’on peut perdre beaucoup trop tôt dnas la GRANDS24
vie. Elle doit toujours être conservée quelque part, dans sa tête ou dans
son cœur, prête à se réveiller.
Jean-Jacques Gréteau, après Sciences Po Paris, a efectué sa carrière dans le MOMENTS DE SPORT
monde de la inance. L’éclectisme n’est pas la dispersion et, du roman policier à
la biographie, il aime toucher de nouveaux genres. Ces suppléments de vie que
le sport lui a apportés, ne pouvaient manquer de lui faire plonger sa plume dans COMME AUTANT DE BEAUX SUPPLÉMENTS DE VIE
l’encrier pour en chanter la beauté.
Illustration de couverture : Crédit photos Presse Sports
ISBN : 978-2-343-11415-6
9 782343 114156
20,50 €
Jean-Jacques Gréteau
24 GRANDS MOMENTS DE SPORT





24 grands moments de sport
Comme autant de beaux suppléments de vie



































































© L’Harmattan, 2017
5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.editions-harmattan.fr

ISBN : 978-2-343-11415-6
EAN : 9782343114156 Jean-Jacques Gréteau




24 grands moments de sport
Comme autant de beaux suppléments de vie






























DU MÊME AUTEUR

LE TEMPS DES DECHIRURES, roman historique Aux Editions Bénévent
DE SI JOLIS CHRYSANTHEMES, roman policier (Prix de Gâtine) Aux
Editions Patrimoine et Médias
LE GENERAL de GAULLE ET LES DEUX – SEVRES, monographie
MARC SANGNIER, Le Semeur d’espérances, biographie Aux éditions
L’Harmattan




Crédit photos : Presse Sports





A Jacques
Avec qui j’ai couru tant de Marathons
Souvent dans la douleur, jamais sans la passion







































AVANT-PROPOS

Mes plus belles émotions ont été amoureuses et sportives.
Ces émotions sportives ne sont-elles pas, elles aussi, orgasmiques, quasi
extatiques ? Nombre de mes amis – les pauvres, pardonnez leur – n’ont jamais
connu cela, n’ont même aucune idée de ce sentiment qui m‘étreint au moment
du passage à l’acte, ce moment où…où oreille collée au transistor, comme jadis,
ou douillettement lové sur mon sofa, comme aujourd’hui, je vibre. Ils se
gaussent de moi. Comment toi, homme cultivé disent-ils, peux-tu te mettre
dans des états pareils pour si peu ? Je leur réponds que je suis heureux que la
nature m’ait construit ainsi. Etre curieux, aimer la culture ne m’empêche pas
d’être capable de tous les excès, de tous les caprices, de toutes les folies pour ne
pas rater ce si peu.
Ces moments que je vais évoquer, m’ont souvent chaviré. Je ne suis pas
sûr qu’ils m’aient laissé intact. Trop d’émotions peuvent tuer la raison. Pour
certains d’entre eux, j’en porte encore les stigmates et je sais que je les porterai
ma vie durant. Leurs images sont encore si fortes que je les perçois dans leurs
détails. Le coup de pédale d’ange de Charly Gaul dans le Granier sous un ciel
d’apocalypse, le but de Giresse en demi finale de Coupe du Monde, la petite
foulée trottinante de Mimoun à Melbourne, Zacharie sautant dans la fosse pour
étreindre son fils, le calvaire de Bouttier face à la montagne Monzon, sont
gravés au plus profond de ma mémoire et je les revis encore aujourd’hui avec la
même exaltation.
Si, paraît-il, ce sont les passionnés qui vivent tandis que durent les
raisonnables, je peux dire que ces moments – là ont mis dans ma vie ce qui lui
manquait peut-être de passion. Ils sont miens et je ne les échangerai pour rien
au monde. Pourquoi ceux-là ? Aucune explication rationnelle à avancer pour ma
défense mais ce fut toujours la rencontre d’un personnage ou d’un groupe
magnifique et parfois magnifié par mon imagination, d’une performance hors
du commun, d’une longue attente qui explose dans la délivrance. Ce n’est rien
d’autre en résumé que la passion un peu givrée d’un gamin puis d’un adulte fou
de sport.
Ces moments-là ont contribué, j’en suis sûr, à forger ma personnalité.
Ils m’ont conduit à préférer le panache au résultat et le fair play au coup de
9
gueule vindicatif dans la défaite. Principes précieux dans la vie qui aident à
écouter gaiement les sots.
C’est vrai que j’ai surtout vibré « Français ». Moi qui suis si peu
nationaliste, je confesse être souvent cocardier. Si dans cocardier, il y a cocard
- et il y en eut- il y a aussi coq, ce vibrionnant gallinacée posé fièrement sur les
maillots, devenu le symbole, souvent moqué, de cette french touch qui combine
l’élégance d’Aramis, la rudesse de Porthos, la grandeur d’âme d’Athos bref
toute la quintessence de l’esprit français. Il m’arrive donc d’avoir l’esprit
cocardier mais ce n’est pas lui qui me guide. Le sport est trop universel, on est
trop dans le domaine de l’absolu pour vibrer aux seuls exploits des Français.
Bien sûr j’ai pleuré à Glasgow comme à Séville, bien sûr j’eus préféré que
Bouttier pulvérise cette brute de Monzon, bien sûr, bien sûr mais….c’est le
Bayern, c’est la Mansacht, c’est Monzon qui ont gagné et qui m’ont fait pleurer
de rage.
Le sport, dit-on, est une école de la vie. Je crois à cet aphorisme s’il faut
l’entendre à la fois comme pratique et comme centre de passion car, pour moi,
les deux vont de pair. Lire l’Equipe et courir un Marathon sont les deux faces –
la pile et la face – d’une même pièce. Pratiquer sans s’intéresser aux sports c’est
se priver d’une fenêtre d’ouverture sur le monde. Certes, il en existe d’autres
mais celle-ci ouvre sur le grand large. C’est une grande bouffée d’air frais qui
entre dans la vie. S’intéresser au monde du sport sans pratiquer est plus grave
car on tombe vite dans la caricature du beauf affalé devant sa télé, croqué par
Cabu. Il ne faut pas non plus trop attendre du sport et encore moins tout en
attendre. C’est un des éléments de construction de l’équilibre que tout un
chacun doit bâtir et préserver.
Albert Camus savait ce qu’il devait au sport, particulièrement au
football pratiqué dans ses jeunes années comme gardien de but à Alger : «Ce
que je sais de plus sûr à propos de la moralité et des obligations des hommes,
c’est au sport que je le dois ». Par sa pratique, le sport apporte en effet le goût
de l’effort, la pure camaraderie, le respect de l’adversaire. Quelle meilleure
école pour cultiver le dépassement de soi, cette vertu si utile dans un monde
d’affrontements ? La compétition est indépassable pour y parvenir. Les plus
solides dans la vie sont ceux qui ont su se forger, dans l’adversité, une âme de
combattant.
10
Suivre avec passion, parfois même avec émotion le sport, c’est souvent
vibrer devant le spectacle offert, savoir se dégager de trop de préférences a
priori pour ne plus applaudir que celles du beau jeu, de la vraie performance,
savoir rire devant une grossière faute d’arbitrage et pleurer devant la bêtise des
supporters avinés, pester contre la corruption et ces dirigeants incultes pour qui
le sport se résume à un chéquier, jeter un regard d’enfant en passant devant un
stade de foot où des poussins poussent le ballon et toujours apprécier
l’esthétique du geste, quelle que soit la discipline : une panenka en football, un
cadrage-débordement en rugby, un revers lifté le long de la ligne au tennis, un
coureur seul, échappé, minuscule, dans l’immensité de la Casse Déserte, un
uppercut au sortir d’un échange, un ipon au judo, un dépassement millimétré en
Grand Prix, un missile aux 9 mètres en hand ball et combien d’autres encore.
Les déviances ont gâché certaines des valeurs du sport mais ne tueront jamais
ces moments-là, aussi sublimes que peuvent l’être le coup de pinceau génial du
peintre, la rime riche du poète, la précision du ciseau du sculpteur ou
l’inspiration du musicien. Nous sommes dans le même registre, celui du beau,
du dépassement et de l’émotion.
J’ai face à l’évènement sportif, la même attitude que devant une œuvre
d’art : je ne suis touché que si elle provoque en moi des sensations. Mes choix
n’ont pas être justifiés. Ils sont miens. Pourquoi aucun chapitre sur des gloires
du sport français comme Anquetil « Maître Jacques », Hinault « le blaireau »
ou Prost « le professeur » ? Leur palmarès est incomparable, bien plus fourni
que celui de Gaul, Poulidor ou Senna, mais ce sont ces derniers que j’ai choisis
qui ont su, me faire vibrer et éveiller en moi, un jour la flamme des sensations
vraies, des émotions fortes.
Je veux enfin rendre un modeste hommage ici aux sportifs qui ont
bêtement perdu la vie dans l’accident d’hélicoptères en Argentine. Florence
Artaud, « la petite fiancée de la mer », Alexis Vastine et Camille Muffat
auraient pu avoir droit, ensemble, à un chapitre entier. C’eut été le vingt
cinquième. Je me contente d’évoquer la belle figure de Camille dans le chapitre
21. J’aimais cette nageuse, sa simplicité, ce beau sourire où derrière la timidité
se lisait une volonté qui l’a menée sur tant de podiums ; sa mort m’a beaucoup
attristé ; j’avais déjà écrit ce chapitre et je n’en ai pas touché un mot, on y lit
mon admiration.

11
























1 – 42 KILOMETRES ET AU BOUT, LA GLOIRE

Je suis né à l’évènementiel sportif le 2 Décembre 1956. J’avais 9 ans.
Ce jour-là je découvris mon premier phénomène. Il s’appelait Alain
Mimoun. Je n’ignorais pas son nom même si je ne lisais pas encore les journaux
sportifs. Il apparaissait souvent dans la rubrique dédiée aux sports du journal
que mes parents recevaient chaque matin. Melbourne était si loin, nos chances
de médailles si faibles et moi si jeune encore que je n’avais pas attaché
d’attention spéciale aux JO, préférant sans doute apprendre encore et encore à
lire, écrire et compter dans la classe de CM1 où j’étais entré deux mois plus tôt.
Ce fut donc un coup de tonnerre – que j’entends encore aujourd’hui –
en apprenant que la veille, Mimoun avait remporté le Marathon* des Jeux
Olympiques. Je n’avais encore jamais ressenti pareille émotion. J’étais le Petit
Prince face à un évènement qui me semblait aux dimensions de la planète. Un
sportif éclaboussait l’actualité par l’énormité de sa performance. Mimoun. Ce
nom ne devait plus quitter mon panthéon de nos gloires nationales.
Quand sonna l’heure des choix décisifs, Mimoun sut être au
rendezvous. Le moment venu alors que le petit peuple arabe commençait à bouger et à
se poser des questions sur son appartenance à la France, Alain Mimoun choisit
la France Libre, c'est-à-dire la France et fut versé dans l’armée du général Juin.
La campagne d’Italie faillit lui être fatale. Gravement blessé sur les pentes de
Monte Cassino le futur champion olympique échappa de peu à l’amputation
d’un pied. Du talon d’Achille au nez de Cléopâtre, l’Histoire fourmille de
détails anatomiques pouvant bouleverser le cours des choses.
Jusqu’au coup de tonnerre de Melbourne, sa carrière d’athlète fut
brillante en France où il cumulait les titres sans atteindre l’exceptionnel à
l’international. En ces années-là, les courses de fond étaient dominées par un
tchèque grimaçant, Emil Zatopek, l’homme qui d’une phrase sut donner au
Marathon ses véritables lettres de noblesse : « Si tu veux courir une épreuve,
cours un 10 000mètres, si tu veux vivre une expérience, cours un Marathon ».
Comment mieux dire que cette épreuve sort du lot, que l’on quitte le monde des
coureurs pour entrer dans celui des guerriers. En ces années-là, du 5 000 mètres
au Marathon, Zatopek gagnait tout. Les Jeux d’Helsinki en 1952 l’avaient vu
rafler toutes les médailles d’or des courses de fond, 5 000mètres, 10 000 mètres
13
et Marathon. Qui pouvait à Melbourne lui disputer son écrasante suprématie ?
Du Marathon, il était le grandissime favori.
En 1956, la guerre d’Algérie avait démarré 2 ans plus tôt. Le FLN avait
compris l’importance des sportifs algériens présents en métropole. Mimoun
comme les autres, fut sommé de rejoindre les willayas. Retirer ces porte-
drapeaux des compétitions françaises avait pour but de montrer aux yeux du
monde entier le pouvoir, y compris de nuisance, du FLN. Les menaces qui firent
rentrer en Algérie tant de sportifs (les Stéphanois pleurèrent longtemps le départ
de Rachid Mekloufi, génial numéro 10) furent superbement ignorées d’Alain
Mimoun. Il ne se reconnaissait que citoyen français. La France était son pays et
il n’avait pas d’ordres à recevoir des chefs rebelles. La peur, il l’avait rencontrée
à Monte Cassino, elle était exorcisée à jamais.
Hémisphère Sud oblige, c’est donc en Décembre que, cette année-là, les
Jeux Olympiques se disputèrent. L’Australie accueillait ses premiers Jeux de
l’ère moderne. Ils furent aussi les derniers Jeux pénétrés de l’esprit de ses pères
fondateurs. A Rome, 4 ans plus tard, les méfaits de la professionnalisation du
sport commencèrent à apparaître pour ne plus cesser de gangréner l’olympisme.
La délégation française était partie aux antipodes sans beaucoup d’espoirs. On
attendait, comme d’habitude, la France de la chevalerie avec ses escrimeurs et
ses cavaliers, Jean Boiteux peut-être pour un remake de sa médaille d’or en
natation, quatre ans plus tôt mais c’était à peu près tout
Le coup de tonnerre vint d’Alain Mimoun.
Le matin du fameux Marathon, Mimoun croit à sa victoire. Il est sans
doute le seul. Son fétichisme le rassure. Les signes positifs se précipitent : On
lui a attribué le numéro 13 et puis la veille de la course un télégramme de
France lui apprend la naissance de sa fille. Quel autre prénom aurait-il pu lui
donner que celui d’Olympe ? Ce sera Olympe. C’aurait pu être France. Et puis,
avant son départ de France, il était allé à Lisieux prier Sainte Thérèse. Il n’avait
sans doute pas lu le livre culte de la carmélite normande, l’Histoire d’une âme
mais c’est bien de ses préceptes mystiques qu’il allait s’inspirer pour puiser au
fond de lui, cette force d’âme qui allait lui faire surmonter la douleur, dominer
sa défaillance et le mener à la victoire.
Outre le Marathon, il s’était inscrit sur le 10 000 mètres. Ce n’était pour
èmelui qu’un aimable hors d’œuvre. 6 d’une course remportée par le russe
14
Vladimir Kuts qui allait régner quelques années sur les courses de fond, il était
tombé dans la fosse des coureurs auxquels on ne pense pas quand il faut établir
la liste des favoris. Les pronostiqueurs comme ses adversaires avaient tous bien
tort car c’est pour le gagner, ce fichu Marathon, qu’il s’était entraîné comme un
forçat, enchainant les longues sorties quotidiennes au Bugeat, le pays de
Germaine sa femme. Autre heureux présage découvert, celui-ci, le matin de la
ercourse : ce 1 décembre, il fait chaud et Mimoun, l’homme de Tellag aime la
chaleur.
Tout le monde attendait l’attaque de Zatopek, le grand favori. A
l’époque, on n’attaquait pas Zatopek, on savait qu’il allait se charger lui-même
èmede dynamiter la course. L’attaque de l’Emil fut portée au 10 kilomètre mais
ce n’était qu’un pétard mouillé. Mimoun comprit dans la mollesse de ce qui
était une petite accélération bien plus qu’une de ces attaques mortelles dont il
avait l’habitude que ce n’était pas le grand Zatopek qu’il avait devant lui.
D’autres le comprirent aussi et les outsiders s’en donnèrent à cœur joie. Les
attaques se succédèrent comme les fusées un soir de 14 Juillet : Un russe, puis
un autre russe puis l’anglais Clark, sans beaucoup de succès ni les uns ni les
autres. On approchait de la mi-course et la chaleur plombait les organismes. La
touffeur de Melbourne sera fatale à Zatopek qui va être décramponné. Son
visage toujours grimaçant, grimaçait-il ce jour-là de douleur ou de dépit ? Ils
sont maintenant sept coureurs en tête et chacun peut prétendre à la victoire. La
èmedécision va se faire au 25 kilomètre alors qu’une côte se présente.
L’américain Kelley attaque, seul un maillot bleu peut le suivre, c’est Alain
Mimoun qui va bientôt le lâcher pour se retrouver seul en tête du Marathon
olympique. Sa petite foulée trottinante semblait caresser le bitume australien
quand les autres le griffaient.
Ecoutons-le maintenant mais écoutons-le religieusement : « Le coup de
èmemarteau, ça a été autour du 30 kilomètre. Les 5 minutes les plus dures, plus
difficiles que tout le Marathon. Je m’insultais « fainéant, tu ne vas pas lâcher
maintenant ». Je pensais à ma mère, à ma femme, à ma fille qui venait de
naître ». Sans y penser peut-être, Sainte Thérèse n’était sans doute pas loin non
plus. Il ira au bout sans connaître la défaillance et franchira la ligne en
vainqueur. Et là, il attendra. Il attendra Emil Zatopek pendant plus de 4 minutes.
L’accolade de son grand rival fut sans doute pour Mimoun le plus bel hommage
qu’il reçut ce jour-là. Les autres hommages ne tardèrent pas et il s’y prêta sans
déplaisir. Toute sa vie, il racontera sa course, son attaque, sa souffrance, sa joie
15
et sa fierté ; cette joie et cette fierté qui allaient inonder le reste de son
existence. Il la racontera aux jeunes coureurs mais aussi aux puissants dont
plusieurs lui firent crédit de leur amitié.
Encore un tour de piste et, au bout le Graal olympique

De coureur, il était devenu guerrier et très vite devint un mythe. Il ne
rechercha pas la mythification ni ne s’en détourna. Le Marathon victorieux de
Melbourne poursuivit Alain Mimoun durant les 57 années qui lui restaient à
vivre. Sa simplicité, son amour sans cesse réaffirmé de la France, lui valurent
les hommages des puissants – la Légion d’Honneur évidemment – et
16
l’attachement jamais démenti de tous ceux qui, sportifs ou non, avaient reconnu
dans cette figure la plus belle des « histoires d’une âme ». L’ancien caporal de
Monte Cassino était devenu un authentique héros national.
*Si j’ai écrit dans ce texte Marathon avec une majuscule, c’est
évidemment une majuscule de majesté.



















17

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin