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Corps, Sport, Handicaps (Tome 1)

De
218 pages
Au sortir de la seconde guerre mondiale, d'anciens combattants, notamment de jeunes résistants, formulent le projet de créer l'Amicale sportive des mutilés de France, qui voit le jour en 1954. Son succès conduit à fonder, en 1963, la Fédération sportive des handicapés physiques de France, ancêtre de la Fédération française handisport, qui naît en 1977. Le processus d'institutionnalisation se met alors en place et, en quelques décennies, ce qui était impensable prend forme...
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P a s s age aux Ac t e s
Corps, Sport, Handicaps
Tome 1
Corps, Sport, Handicaps
Au sortir de la seconde guerre mondiale, le regard porté sur les Tome 1
anciens combattants prend une signi cation particuli re, m lant
L’institutionnalisation du mouvement handisport
admiration et culpabilité. Parmi eux se trouvent notamment
(1954-2008)de jeunes résistants enr lés dans l’armée durant les derni res
semaines du con it. eurs blessures n’ont pas entamé leur vitalité.
Sous la direction deIls formulent le projet de créer l’Amicale sportive des mutilés de
Sébastien Ruffé & Sylvain FerezFrance, qui voit le jour en 19 . Son succ s conduit fonder, en
1963, la Fédération sportive des handicapés physiques de France,
anc tre de la Fédération fran aise handisport, qui na t en 19 .
Tome
1
e processus d’institutionnalisation qui se met alors en place
n’est pas sans tensions ni con its, liés un double mouvement de
rattachement au mod le sportif et d’intégration progressive des
divers types de dé ciences. n quelques décennies, ce qui était
impensable prend forme dans des événements et des images qui
fa onnent désormais nos représentations du handicap.
Photo de couverture : Stoke Mandeville 1962 © FFH
IS : 9 2 336 19
Téraèdre22 €
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Sous la direction de
Corps, Sport, Handicaps
Sébastien Ruffé & Sylvain Ferez

Corps, sport, handicaps
tome 1
L’institutionnalisation
du mouvement handisport
(1954-2008)La réalisation de cet ouvrage n’aurait pas été possible sans le soutien
et les témoignages de nombreuses personnes.
Nous remercions vivement celles et ceux qui ont donné de leur temps pour témoigner :
Bernard Astruc, André Auberger, Serge Bauvarlet, Jean-Marc Barbin, Pierre Bayard, Christophe
de Bénazé, Annette Berthe, Jean Bilard, Yann Calabre, Jeannette et André Calza, José Carlet,
Gilbert Catherine, Pierre Cochard, Michel Concaud, Bernard Courbariaux, Madeleine et Georges
Courrouy, Thérèse Déborde, Christelle Deher, Charles Deygas, Michel Douard, Jean-Louis
Dury, Yves Hazo, André Hennaert, Jean Jeuland, Claude Issorat, Jean-François Labbès, Sully
Lacluse, Solange Leblanc, Alex Margueritte, Sandra Martial, Annick Mas, Gérard Masson, Adrien
Mendy, Jean Minier, Etienne Molia, Jean Molin, Christian Paillard, Monique Papelard, Jean-
Claude Parayre, Monique Pasqualini, Maguy Pelletier, Pierre Randaxhe, Christian Ramalingon,
Jacques Rendu, Philippe Robardet, Laurent Roger, Jean Rosier, Raymonde et Jean Rioufray,
Magali Rioufray-Durafour, François Saboret, Paul Saboret, Michèle Sarloute, Alain Siclis, Claude
Sugny, Huguette Tanguy, Yves Tassot, Eric Théophile, Louis Viala, Cyril Villoing et Pierre Volait.
Nous remercions également les collègues chercheurs qui, d’une manière ou d’une autre, ont
contribué à l’élaboration de cet ouvrage : Roberto Anyla, Eric Broussillon, Jacques Defrance,
Daniel Denis, Emmanuelle Fillion, Albert Flagie, Patrick Fougeyrollas, Aggée Lomo Myazhiom
et Jean-François Ravaud.
Enfin, ce travail de recherche a été possible grâce au partenariat uriopss avec cr-oih l’ de
Guadeloupe et aux soutiens financiers de la Fédération française handispor cnsa t, et de de la
la mire-dress.
ISSN 1956-5461
ISBN 978-2-336-00019-0
photo de couverture : Stoke Mandeville 1962 © ffh
© 48 rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie 75004 P (2013)aris Sous la direction
de Sébastien Ruffié & Sylvain Ferez
CORPS,
SPORT,
hANDICAPS
tome 1
L’institutionnalisation
du mouvement handisport
(1954-2008)Contributeurs du présent ouvrage
Marie-Christine Courrouy-Michel est prag en Sciences médico-sociales à l’université Montpellier 3,
chargée des cours dans le champ du handicap au sein du département Ingénierie sociale. Chercheure
associée depuis 2009 au laboratoire Santesih (Santé, éducation et situation de handicap), elle participe
aux travaux de l’enquête nationale sur l’insertion professionnelle des étudiants en situation de handi-
cap, sur l’histoire des institutions sportives Handisport et sur l’activité sportive des femmes handicapées
avec l’université polytechnique de Madrid.
Sylvain Ferez est maître de conférences à l’université Montpellier 1 (S h). Lant ’essentiel de son travesi ail
a porté sur les usages sociaux et politiques du corps et du sport, notamment en lien avec les rapports
sociaux de sexe, la maladie et le handicap. Il est l’auteur de Mensonge et vérité des corps en mouvement
(L’Harmattan, 2005), Le corps déstabilisé (L’Harmattan, 2007), Le corps homosexuel en-jeu (P.U. Nancy,
2008) et Sport & VIH (codirigé avec Julie Tomas, Téraèdre, 2012).
Damien Issanchou est doctorant en staps au sein du laboratoire S hant et es aiter à l’Université
Montpellier 1. Sa thèse porte sur l’analyse des débats médiatiques suscités, à partir de 2007, par la
participation d’Oscar Pistorius (athlète double amputé tibial) aux Jeux olympiques.
Sandrine Jamain-Samson est docteure en staps et ater à l’ufr staps de l’Université Joseph-Fourier
de Grenoble. Après avoir réalisé une thèse sur l’histoire genrée des vêtements sportifs, ses travaux
questionnent principalement les formes de discrimination et de stigmatisation liées au genre, et les
processus d’intégration/d’exclusion, par l’institution sportive ou scolaire, des personnes vivant des
situations de vulnérabilité, et notamment de handicap.
Élise Lantz est doctorante en staps en sociologie au sein du laboratoire Sh deant l’Uesiniversité
Montpellier 1. Sa thèse porte sur l’évolution des possibilités de participation des personnes « handica-
pées » dans les associations de cirque contemporain.
Nathalie Le Roux est maître de conférences à l’université Montpellier 1 (Santesih). Après s’être inté-
ressée à la professionnalisation des organisations sportives associatives, elle travaille aujourd’hui sur les
modalités d’entrée dans la vie active des jeunes sortants de l’enseignement supérieur, dont les étudiants
« handicapés ». Elle coordonne actuellement une enquête nationale sur leur devenir professionnel.
Philippe Liotard est sociologue, maître de conférences à l’université Lyon 1, directeur du Laboratoire
d’histoire et de socio-anthropologie du sport (lh2s) au sein du Centre de recherche et d’innovation
sur le sport (cris). Ses recherches ont pour objet les transformations contemporaines du corps, la
construction des genres et des rapports sociaux de sexe ainsi que les violences et les discriminations
dans le sport. Il a co-fondé avec Frédéric Baillette Quasimodo, revue spécialisée dans les analyses socio-
politiques du sport.
Anne Marcellini est professeure à l’université Montpellier 1 et dirige l’équipe de recherche Santesih
depuis 2007. L’essentiel de ses recherches a porté sur la participation sociale des personnes dites
«  handicapées », en lien avec les problématiques liant corps, sport, identités, stigmatisation et processus
d’intégration sociale. Elle est l’auteur de Des vies en fauteuil… Usages du sport dans les processus de
déstigmatisation et d’intégration sociale, (Ed. ehesp, 2005) et de nombreux articles depuis 1991.Estelle Marin-Duval est doctorante en sociologie à l’Université Montpellier 1 (Santesih, Santé, édu-
cation et situations de handicap). Sa thèse porte sur la participation sociale aux activités de loisirs des
personnes vivant avec le vih.
Mai-Anh Ngo est ingénieure de rechercnrsche rattachée au Groupe de recherche en droit économie
et gestion (umr 7321, Université de Nice Sophia Antipolis). Elle est Docteure et hdr en droit. Depuis
2008, elle est également Secrétaire générale adjointe de la ffh. Ses travaux portent sur les questions
juridiques posées par les thématiques du sport et/ou du handicap.
Éric Perera est maître de conférences à l’université Montpellier 1 (Santesih). Ses travaux s’intéressent
principalement au corps et à ses transformations, d’un corps stigmatisé (handicapé, infecté vih) à par le
un corps hors norme (technicisé, artifciel). Il pose également des questions de méthode de la recherche
dans Le corps du chercheur (p.u. Nancy, 2011).
Sébastien Rufé est maître de conférences à l’université Antilles-Guyane (), dans luag ’équipe de
recherche actes (Adaptation au climat tropical, exercices et santé). Il s’intéresse aux rôles des organisa-
tions dans la prise en charge des personnes vivant des situations de handicap, en portant une attention
particulière aux espaces postcoloniaux.
Didier Séguillon est maître de conférences hors classe au sein de l’université de Paris Ouest Nanterre
La Défense, membre du laboratoire du ghrapes (Groupe de recherche sur le handicap, l’accessibilité
et les pratiques éducatives). Il travaille sur les problématiques d’inclusion et d’accessibilité. Il prépare,
actuellement, un ouvrage sur les Sourds sportifs et le sport des Sourds.
Julie Tomas est ater à l’université d’Orléans. Docteure de l’Université Paris-Sud 11, elle a consacrée
son doctorat à l’analyse des liens entre les rapports au corps et au sport et les orientations scolaires,
s’intéressant spécialement aux adolescentes se dirigeant vers des flières masculines. Depuis septembre
2010, elle a intégré le programme de recherche sur le vih au sein de l’équipe S où elle travantesih, aille
sur l’accès aux pratiques physiques des pvvih et privilégie toujours une approche genrée dans ses
analyses. Elle a codirigé l’ouvrage Sport et VIH, un corps sous contrainte médicale, publié dans la même
collection.
Gaël Villoing est docteur ès staps de l’université de Montpellier 1 et a été ater à l’université Antille-
Guyane ainsi qu’à l’université Montpellier 1. Sa thèse, efectuée au sein des équipes de recherche
Santeshi et actes (uag), propose une Approche socio-historique du mouvement handisport en Guadeloupe :
enjeux sociaux, identitaires et sportifs des dynamiques associatives (1978-2010). SOMMAIRE
Introduction .......................................................................................................................... 11
de Tierry Terret
Introduction 13
Faire l’histoire de l’institution handisportive
Première Partie
La Lutte Pour La reconnaissance (1954-1967)
Chapitre 1 .................................................................................................................................... 31
L’Amicale sportive des mutilés de France (1954-1963)
Chapitre 2 ..... 49
De l’asmf à la fshpf (1963-1967)
Deuxième Partie
tensions autour De L’institutionnaLisation (1967-1977)
Chapitre 3 .................................................................................................................................... 73
La ffshp (1968-1972)Chapitre 4 .................................................................................................................................... 91
La scission (1972-1977) : les « années ffohp »
troisième Partie
La montée en Puissance Du moDèLe sPortif (1977-1989)
Chapitre 5 .................................................................................................................................... 117
L’exemple du Club handisport de Montpellier (1969-1985)
Chapitre 6 ..... 133
L’imposition progressive d’un modèle sportif unique
pour les personnes handicapées
Quatrième Partie
PLuraLité cuLtureLLe et Questionnements iDentitaires
Chapitre 7 .................................................................................................................................... 159
L’extension aux espaces ultra-marins. L’exemple de la Guadeloupe
Chapitre 8 ..... 177
L’inclusion des « Sourds sportifs » : un impossible déf ?
Conclusion ............................................................................................................................... .. 195
Entrer dans l’histoire...
Postface ............ 205
de Gérard Masson, président de la ffh
Bibliographie ......................................................................................................................... 207
Préface
Thierry Terret
Professeur des Universités, ufr staps,
université Claude-Bernard Lyon 1
L’histoire du sport est normative parce que l’institution sportive s’est construite
sur un modèle dominant dont les premiers responsables comme les bénéficiaires
ont resserré la définition autant par fixation de normes propres que par rejet de
ce qui dérogeait à leurs principes. Le sport ne désigne-t-il pas l’ensemble des
pratiques physiques, codifiées, institutionnalisées, réalisées en vue d’une per-
formance ou d’une compétition et organisées pour garantir l’égalité des condi-
tions de réalisation ? O r, à ce jeu, les pratiquants devaient être de préférence des
hommes, blancs, occidentaux, et présentant les caractéristiques de la normalité
physique. Cent cinquante ans de luttes ont certes modifié le paysage institution-
nel, comme l’illustrent, à l’échelle mondiale, les Jeux internationaux de Stoke
Mandeville, en 1948, ou, près d’un siècle après la naissance du Comité interna-
tional olympique, la création en 1989 de l’International Paralympic Committee.
Mais ces combats ont-ils vraiment transformé du tout au tout les représentations
et les attentes ? A vec 4 280 athlètes provenant de 166 pays, 2,5 millions de
billets vendus et 421 records paralympiques, les Jeux paralympiques de Londres,
diffusés en septembre 2012 à la télévision dans plus de cent pays, sont recon-
nus comme les plus importants de l’histoire pour les populations non valides.
En Angleterre, les émissions quotidiennes de Channel 4 ont même été suivies
par une moyenne de 2,44 millions de téléspectateurs. Or, France Télévision n’a
consacré aucun direct à l’événement, au profit d’un magazine sur France 2, à
11Corps, sport, handicaps
17 heures, et d’un résumé quotidien de la journée sur France 3, donné autour
de minuit. Seules les cérémonies d’ouverture et de clôture ont bénéficié d’une
retransmission en direct sur France Ô, complétée par la finale de cécifoot entre le
1Brésil et la France . En courant à la fois chez les valides et les non valides, le Sud-
Africain Oscar Pistorius a sans doute dérangé les catégories conventionnelles
de l’autorité sportive mais, dans l’Hexagone, les résistances à la banalisation du
handisport semblent ainsi particulièrement solides. Que Philippe Croizon, le
nageur amputé des quatre membres qui a traversé la Manche puis relié les cinq
continents à la nage, ait été présenté par France Info comme « l’aventurier de
l’année » et ait retenu trois millions de téléspectateurs lors du reportage que
lui a consacré Thalassa, ne peut cacher l’ambiguïté des perceptions : il faut de
l’extraordinaire pour parler du handicap.
Mais l’histoire du sport est aussi normative parce que, depuis qu’elle s’est
constituée en un champ de recherches à deux faces – journalistique et acadé-
mique – les historiens du sport ont contribué à la présenter davantage dans
ses modalités dominantes que dans ses déclinaisons périphériques. Ni le tra-
vail mémoriel ou hagiographique, ni la réflexion universitaire n’ont vraiment
mobilisé les énergies pour mieux connaitre les marges du système : études de
genre et études coloniales et post-coloniales ont incontestablement alimenté
cette connaissance, mais le bilan demeure d’une grande pauvreté. Qu’il ait fallu
attendre 2013 pour qu’un ouvrage en langue française, assis sur une remarquable
documentation de première main et détaché du militantisme qui, souvent, tra-
verse cette littérature, paraisse sur l’institutionnalisation du mouvement handis-
port est donc, d’une certaine manière, tout sauf une surprise. Mais la manière
fait ici sens : plus que de combler un gouffre historiographique, Sébastien Ruffié
et Sylvain Ferez réalisent surtout l’histoire normale d’un objet qui ne l’est pas.
En analysant des conflits que l’on retrouve habituellement dans l’histoire des
institutions sportives, en explorant leur banalité, ils contribuent finalement à
repousser les limites de l’ordinaire.
1
Il conviendrait de compléter ce bilan par les 77 heures de direct de la chaîne locale TV8 Mont-Blanc, à qui France
Télévision a cédé les droits pour un euro symbolique.
12Introductio n
Faire l’histoire de l’institution handisportive…
Dès la fin du siècle, au moment même où les pratiques sportives se règlementent
et s’institutionnalisent, et où le projet olympique se formalise, des courses de
« jambes de bois » s’organisent près de Paris en 1895. À Nogent-sur-Marne,
notamment, le vainqueur, un certain Roulin, après avoir parcouru un deux cents
mètres plat en trente secondes en compagnie de vingt-quatre autres concurrents
1. Faut-il voir là l’expres-« a été immédiatement proclamé champion du monde »
sion d’un des multiples « spectacles de monstres » [freak shows] proposés tout
eau long du xix siècle, plutôt qu’un « événement sportif sérieux » proche des
courses et championnats naissants (Gilbert & Schantz, 2008  8) ? Pr:obablement
ni l’un, ni l’autre.
Malgré la similarité avec les rencontres sportives, le cadre et le mode d’orga-
nisation de ces dernières sont toutefois bien différents. Ces courses ne connaî-
tront en outre jamais la visibilité ni la pérennité des événements sportifs, et
des organisations qui les fondent. Ce n’est pas le cas du mouvement sportif
sourd (Séguillon, 1998). Au lendemain de la première guerre mondiale, Eugène
Rubens Alcaïs fonde la Fédération sportive des sourds-muets de France (cf.
encadré). En 1924, il crée le Comité international des sports des sourds dans la
foulée de l’organisation des premiers Jeux silencieux à Paris (Bailey, 2008). Les
acteurs du mouvement sportif sourd l’ancrent dans des structures durables. En
e siècle, à le fondre au sein de France, ils sont pourtant conduits, au début du xxi
2la Fédération française handisport (. Comment expliquer lffh) ’émergence et le
succès connu par cette dernièr ? e
1
« La course des jambes de bois », Le Petit Journal, 227, supplément illustré du 24 mars 1895.
2
Au niveau international, le Comité international des sports des sourds obtient la reconnaissance du Comité inter-
national olympique (cio) en 1951 et intègre l’International Co-coordinating Committee Sports for the Disabled in
the World (icc) en 1986. Il est membre fondateur de l’International Paralympic Committee en 1989, avant d’en
sortir en 1995.
13Corps, sport, handicaps
La ffh est créée en 1977. Son histoire ne saurait toutefois être produite en
partant de cette balise temporelle, ni de la création de la Fédération sportive
des handicapés physiques de France (fshpf) en 1963. C’est pourtant ce que
pourraient nous laisser à penser les travaux de Stiker (2009 64), considérant la :
loi du 30 juin 1975 comme un repère décisif. Les publications internes et autres
3« historiques  r» égulièrement produits par le mouvement sportif en question
– et ses acteurs plus ou moins connus et reconnus –, s’accordent pour établir ses
origines à un passé plus lointain, et à l’initiative pionnière de Philippe Berthe (cf.
encadré), fondateur de l’Amicale sportive des mutilés de France ) en (asmf1954.
Malgré les limites et zones d’ombre inhérentes à toute entreprise mémorielle et
à toute histoire officielle, l’élément est à prendre en compte.
Il n’en est pas moins nécessaire d’éviter les avatars d’une histoire officielle
qui, pour l’essentiel, se transmet de bouche à oreille, sans souci de contrôle des
données, ni débat sur leur sens et/ou leur enchaînement. La principale fonction
de cette histoire n’est-elle pas d’élaborer et d’imposer, rétrospectivement, un
récit commun qui légitime le fonctionnement présent de l’institution? Dans
les publications, celle, officielle, de la ffh revêt plusieurs formes. L’une d’entre
elles s’attache à présenter la chronologie des « défis » et des « exploits » du passé,
recensant notamment les médailles et les records (Auberger, 2005). Elle s’appa-
rente ainsi à une histoire événementielle, l’histoire des grands moments et des
grands hommes produite par les autres fédérations, ou par certaines associations
4nationales de personnes handicapées .
Un autre type d’ouvrage, publié par des médecins fédéraux – secondés par
des techniciens –, se focalise pour sa part sur l’évolution des disciplines han-
disportives et de leurs règles, en pointant les spécificités, les avantages et les
5risques de chacune . Elle prend parfois l’allure d’une histoire médico-sportive
des adaptations r églementaires et techniques, manière de montrer l’expertise
et le génie emmagasinés par l’institution. Enfin, des publications versent dans
le registre autobiographique. C’est, d’une certaine façon, le cas du roman Le
Second souffle – publié en 1958 par André Lamoureux, membre de l’asmf  –, qui
donnera son titre au bulletin de la fshpf en 1964. Sous les traits du lieutenant
Lalande, le roman conte l’histoire, à peine transfigurée, de l’auteur. Il paraît dans
la collection Le caducée, spécialisée dans le «  roman médical ». En postface,
André Soubiran, son directeur, s’adresse à Lamoureux : « Par pudeur d’homme et
3
Les acteurs du mouvement, particulièrement ceux qui ont occupé des fonctions dirigeantes avant 1977, parlent
rarement de produire leur « histoire », utilisant volontiers ce terme d’« historiques » pour évoquer des récits ou
documents relatant, de manière chronologique, la succession des grands faits et des grands hommes qui ont marqué
le mouvement. Plusieurs « historiques » ont ainsi été produits, suscitant des critiques plus ou moins ouvertes sur les
faits et les personnages mis en valeur par les uns et les autres.
4
Par exemple, pour l’Association des paralysés de France ( ), cf apf. Breen, 2003.
5
Cf. par exemple Pailler et al, 2010.
14Faire l’histoire de l’institution handisportive…
de soldat, vous, qui fûtes attaché à la maison militaire du maréchal de Lattre, vous
l’ancien parachutiste brevet, l’ancien officier de la Légion, l’ancien combattant
d’Indochine, blessé, comme votre héros, à la colonne vertébrale, vous vous êtes tu
sur vous-même. Cependant, vous auriez pu nous donner la preuve des miracles
qu’obtiennent sur les corps les forces de l’âme, en prêtant à votre ‘‘double’’ vos
propres exploits sportifs : en juillet 1956, aux Jeux internationaux pour paralysés
de Stoke Mandeville, près de Londres, votre groupe a battu vingt équipes adverses
dans le tir à l’ar; et vc otre équipe de basket en fauteuil roulant ne s’est-elle pas
classée seconde ? E t l’équipe d’escrime au sabre, à laquelle vous apparteniez, n’a-
t-elle pas terminée seconde ex-aequo avec une équipe anglaise ? Et vous-même,
la veille, en ‘‘individuel’’, ne vous étiez-vous pas classé tr ? oisièmeVous n ’avez pas
voulu que les cahiers de Robert Lalande bénéficient de vos succès personnels.
Mais pardonnez-moi l’indiscrétion d’y faire allusion aujour ; il le faut pourd’hui
que vos lecteurs sachent exactement jusqu’où atteint la volonté d’hommes qui
purent d’abord se croire exclus à jamais de tout spor ; il le faut pour que toust
ceux qui, par maladie ou accident, s’imaginent être définitivement en dehors de
la communauté humaine, acceptent de se répéter, en pensant à vous, l’exaltante
maxime de Guillaume le Taciturne. » (Lamoureux, 1958 : 213-214)
D’une certaine manière, le récit autobiographique publié cinquante ans plus
tard par André Auberger (cf. encadré), emblématique président de la ffh, sous
le titre Un fauteuil pour la vie, fait partie d’une veine similaire (Auberger, 2009).
eBien sûr, au début du xxi  siècle, la mise en scène autobiographique des drames
et des exploits de la personne « handicapée » peut plus aisément s’accomplir
sans le truchement de la transposition romanesque à un personnage. Un effet
du changement des normes de pudeur des intéressés sans doute, mais pas seule-
ment. C’est également le regard des autres qui a changé, désormais moins ancré
dans une culture de la mise en spectacle de la difformité et de la monstruosité
(Courtine, 2002, 2005, 2006, 2011).
Bien sûr, aussi, l’imaginaire d’une invalidité qui exclurait les « mutilés » et
autres « diminués physiques » à tout jamais de la pratique du « sport » a perdu de
sa force. L’institution handisport est désormais là pour convaincre du contraire.
Bien sûr, enfin, le récit du parcours post-traumatique du blessé médullaire prend
moins volontiers la coloration religieuse d’une rémission. S’il apparaît davan-
tage comme un « apprentissage du corps après l’accident » qui implique à la
fois l’acquisition de nouvelles techniques par la rééducation, et un travail de
« sémantisation de l’expérience corporelle » débouchant sur une autonomisation
progressive à l’égard du corps médicalisé (Gardien, 2008), une forte valence spi-
rituelle demeure toutefois, qui s’inscrit à présent dans le discours de la résilience.
Surtout, par-delà le genre éditorial – plus ou moins autobiographique – du
récit de parcours individuels contés à la manière d’une épopée dont le héros,
15Corps, sport, handicaps
initialement anéanti, sort finalement grandi, et la mise en scène de la volonté qui
l’accompagne, c’est le statut même du « héros » qui a changé. Ainsi, au travers du
parcours de vie d’André Auberger, c’est moins le trajet d’un individu que celui
du dirigeant le plus longuement investi à la tête de la ffh qui s’écrit. Ainsi, en
filigrane, une histoire du mouvement handisport s’esquisse.
Il faut dire qu’entre les années 1950 et les années 2000, de profonds chan-
gements ont eu lieu. Des changements culturels, sans aucun doute. Les années
1950 restent hantées par un imaginaire venu de loin. Celui-ci puise sa source au
e siècle dans le « théâtre des monstres » et autres « phénomènes de foire » xviii
qui alimentent la curiosité populaire (Courtine, 2011). Dans les villes, sur des
tréteaux montés à la hâte, le petit Pépin ou Scaramouche réalisent des merveilles.
Ils se prêtent à des prouesses viriles, maniant la hache ou le fouet, tirant à l’arc
ou au pistolet malgré leurs déficiences. Ailleurs, déjà, les premières tentatives de
rééducation des sourds, des muets et des aveugles se mettent en place. Courtine
observe ainsi que, dans les chroniques de la foire et des théâtres parisiens, « les
anormaux faisaient rire » (2011 : 108).
e siècle, la mise en scène de la difformité participe même à la naissance Au xix
6de l’industrie du spectacle . À la fin du siècle, les cartes postales en circulation
confirment le passage à un voyeurisme de masse. Les clichés de « femmes à
barbe » figurent un exotisme intérieur, celui du pittoresque associé au monde
rural. Pourtant une conversion profonde est à l’œuvre. Les monstres ne font
désormais plus uniquement rire. Leur « misère sentimentale » touche, on
e siècle voit ainsi proliférer les envisage leurs souffrances et leurs peines. Le xix
« monstres littéraires » comme autant de « monstres malheureux » (Courtine,
2011 : 127-128). La montée de la compassion à leur égard conduit progressive-
ment à blâmer la curiosité qu’ils suscitent. Leur exhibition devient inconvenante,
sinon obscène : « Du point de vue de la morale comme de ceux du goût et
de la science, certaines curiosités vont devenir malsaines, certaines attractions
7.suspectes, certains regards indécents »
Une police de la curiosité populaire se met en place. Elle participe évidem-
ment du jeu ambivalent de construction de la norme par la mise en scène de son
contraire ; un jeu bien décrit par Canguilhem (1966), puis Foucault (1999). C’est
dans les années 1930 que cessent les exhibitions tératologiques. Pour les indus-
triels forains, les monstres ne font plus recette. Les zoos humains disparaissent
à peu près au même moment. Est-ce à dire que les corps anormaux rejoignent
6
En 1841, Phileas Taylor Barnum inaugure à Manhattan son American Museum : la visite des galeries se termine
par l’exhibition de monstres, freak show géant qui constitue le clou du spectacle.
7
Courtine (2011 79) ajoute : : « Une canalisation progressive de la curiosité populair ; un contr e ôle moral, admi-
nistratif et rationnel du regar; une mise à distance à une abstraction grandissantes de ses objetsd : tels sont les grands
traits du lent processus qui aboutira, au cours du xxe siècle, à la disparition des formes extrêmement anciennes de
curiosité pour l’exhibition publique des monstres humains. »
16Faire l’histoire de l’institution handisportive…
progressivement le rang des corps ordinair? Dans les années 1940, les handies -
caps semblent avoir intégré l’univers des « déviants normaux » (Goffman, 1963).
L’heure est à la « normalisation de l’anormal », non plus à son exhibition. De
1840 à 1940, les perceptions de la difformité humaine se sont transformées, tout
comme les sensibilités à son spectacle et les traitements proposés à ceux qui en
sont victimes. Un glissement s’est opéré : de la monstruosité à l’infirmité, puis
de l’infirmité au handicap.
Un glissement lent, toutefois. Le seuil de la seconde guerre mondiale n’a
pas réussi à effacer l’imaginaire du début du siècle, qui continue à fonctionner,
négativement. Est-ce un hasard si, en 1946, tout juste appareillé, Berthe, le
fondateur de l’asmf, tente de détruire son pilon et le fait dévaler les six étages de
el’immeuble du 16 arrondissement où il loge chez son ancien capitaine, Pierre
8Escoffier ? A la même époque, Pierre Volait (cf. encadré), son successeur à la tête
de la fshpf , est déclaré inappareillable. De son enfance, dans les années 1930,
il garde des souvenirs d’hommes avec des pilons. Faut-il voir là une explication
de la « pudeur » qu’il évoque spontanément pour expliquer la discrétion avec
9laquelle il utilise sa prothèse?
Dans ce cadre, on comprend que l’asmf émerge au moment où la vision
montante de la réadaptation s’enracine dans un discours législatif d’assimilation
– parachevé par la loi du 23 novembre 1957, qui systématise le problème du
droit au travail et donne une définition du travailleur handicapé – ainsi que
dans un discours institutionnel d’imitation et une idéologie de l’indistinction
(Stiker, 1997), et veille donc, initialement, à ce que ses rencontres sportives
se démarquent de toute forme d’exhibition. Le spectacle sportif de handicapés
est encore totalement inconcevable. La visibilité publique des activités choque
d’abord ceux qui s’y adonnent. Comment expliquer la bascule que l’on observera
sur ce point en quelques décennies ?
Au-delà des transformations culturelles et légales opérées au plan national,
cette bascule ne saurait être comprise en dehors d’un mouvement plus large. Car
le renversement procède aussi d’une organisation internationale qui prend forme
à partir de deux foyers : la Fédération mondiale des anciens combattants (fmac)
– organe fédérant les associations nationales d’anciens combattant créées à l’issue
de la première guerre mondiale (Bailey, 2008) – et l’hôpital de Stoke Mandeville,
qui ouvre la première unité de soins spécialisés pour les paraplégiques en 1944,
sous la direction du professeur Guttmann (Goodman, 1968). Les Jeu-x inter
nationaux de Stoke Mandeville naissent, en 1948, grâce patr au onage et au
8
Entretien avec A. Berthe, le 14 septembre 2009.
9
Entrec P. Volait, le 22 février 2011.
17Corps, sport, handicaps
soutien de ces deux structures. Ils conduiront, en 1960, à la création des Jeux
paraolympiques.
L’histoire du mouvement handisport ne saurait donc être coupée de celle du
mouvement paraolympique. Elle ne saurait non plus se confondre avec elle. Ici,
l’enjeu est bien de saisir comment une logique de structuration d’abord locale,
puis nationale, s’articule sur une dynamique internationale (déjà partiellement
étudiée cf. Bailey, 2008). Cette dynamique conduit en particulier à interroger
l’inscription progressive de la dans le mouvffh ement olympique, et ses effets.
La médiatisation des épreuves sportives pour les personnes ayant des déficiences
est-elle un pur spectacle qui conduit à produire, sinon à renforcer, la norme
du corps performant, ou participe-t-elle au contraire à une remise en cause des
représentations et des stéréotypes, rejaillissant ainsi sur les capacités d’action et
l’autonomie sociales de l’ensemble des personnes vivant avec des déficiences ?
(Gilbert & Schantz, 2008).
On l’aura compris, cet ouvrage n’a pas l’ambition de proposer « une histoire
du sport pour les personnes handicapés » en France. Son enjeu, plus modeste,
concerne l’histoire des structures qu asi, dmf e l à la’ ffh, revendiquent l’organisa-
tion de ce sport. Ni la loi de 1975 (qui marque l’histoire du droit des « personnes
handicapés »), ni la création de l’International Co-coordinating Committee
Sports for the Disabled in the World ( ) en 1982, ou de licc ’International
Paralympic Committee (ipc) en 1989 (qui scandent les grandes étapes d’unifi-
cation du mouvement paralympique au plan international), ne constituent des
repères décisifs pour cette histoire. L’évolution de la législation française, et la
structuration du mouvement paralympique, ne sont évidemment pas sans inci-
dence sur le développement du mouvement handisport, bien au contraire. Mais
l’approche choisie incite à porter davantage attention à l’ensemble des moments
de reconfiguration organisationnelle, qui seront considérés comme autant de
balises. Les tensions ouvertes qui émaillent la période 1972-1977, aboutissant à
un conflit organisationnel qui génère une scission entre la Fédération française
de sport pour les handicapés physique (ffshp) et la Fédération française omnis-
port pour handicapés physiques (ffohp), constituent dans ce cadre un moment
de bascule.
En 1977, la ffh naît de la réunion de ffshpla et de la ffohp. Cela ne signifie
pas pour autant que les tensions et paradoxes soient définitivement liquidés.
À l’articulation des années 1970 et 1980, le modèle organisationnel adopté à
l’échelon national continue à véhiculer ses propres contradictions. À mesure qu’il
s’étend, il rencontre des contextes spécifiques et se heurte à des logiques d’orga-
nisation locales autres que celles précédemment dominantes, et à des volontés
d’acteurs singulières. Bref, si l’histoire institutionnelle proposée se focalise avant
18Faire l’histoire de l’institution handisportive…
tout sur l’émergence et le développement des organisations – de leurs réseaux
et de leurs soutiens –, en s’efforçant de repérer des stades de croissance et de
structuration, elle ne saurait toutefois faire l’impasse sur une approche sociocul-
turelle des acteurs qui les fondent et les font fonctionner, de leurs caractéristiques
sociales, de leurs représentations et du sens de leur implication.
Ici, les revues associatives des organisations successives offrent le principal
matériel d’analyse. Des années 1950 aux années 2000, la Revue des mutilés de
France (1955-1959), l’asmf magazine (1959-1963), le Second souffle (1964-
1981), le ffoHp magazine (1972-1977) et le Handisport Magazine (à partir de
101982) présentent et discutent les évolutions organisationnelles qui reconfi-
gurent le mouvement. Évidemment, le format des revues évolue au cours du
temps. De simple bulletin de communication interne comprenant des comptes
rendus détaillés des réunions et assemblées générales, elles deviennent des
« organes de propagande », puis des outils d’information et de publicité de plus
en plus développés et tournés vers l’extérieur. Un autre matériel précieux réside
dans les archives personnelles. La quasi totalité de celles de Philippe Berthe ont,
en désespoir de cause, été jetées par sa veuve, faute de place pour les stocker ou
en raison d’un manque d’intérêt des institutions susceptibles de les archiver.
11.Cette dernière a toutefois conservé des albums photos et quelques plaquettes
C’est également le cas de la plupart des cinquante acteurs avec qui ont été
12réalisés, entre 2008 et 2011, des entretiens autobiograph. Piqu aresmi eux,
on compte plusieurs présidents de la fédération, deux secrétaires généraux, des
présidents de ligues, de comités régionaux, des enseignants d’eps impliqués dans
le mouvement via leurs institutions. Annette Berthe a également accepté notre
invitation, tout comme les actuels ou anciens directeurs techniques nationaux
et les membres d’anciennes fédérations « dissidentes », telle celle créée par les
malvoyants dans les années 1980.
Pour compléter ces entretiens individuels, plusieurs rencontres collectives
ont été mises en place : en Guadeloupe, sur l’histoire et la structuration du
mouvement handisport dans l’île, et à Montpellier sur l’histoire du club local. En
octobre 2011, deux journées d’étude sur l’histoire du mouvement se sont tenues
au siège de la ffh. Ces rencontres ont été l’occasion d’échanger les points de vue,
de confronter les opinions, mais aussi de collecter de nombreuses informations
10
Les collections de ces divers bulletins ont été réunies grâce la Bibliothèque nationale de F ), à la rance (ffh, bnf
à Annette Berthe (pour les premiers numéros de asmf lm’ agazine, collection privée de P. Berthe) et à Maguy Pelletier
(ffoHp Magazine, collection privée). Dans la suite de l’ouvrage, les différentes revues seront référencées comme suit :
Revue des mutilés de France (rmf), l’asmf magazine (asmf mag), le Second souffle ( ss), puis la nouvelle édition de Second
souffle (ssnv), ffoHp Magazine (ffoHp mag) et le Handisport Magazine (Hm).
11
Outre les clichés photographiques, les chercheurs ont collecté des documentaires audiovisuels produits à partir des
années 1960. Ce matériel a été exploité dans la mesure de sa pertinence pour le présent ouvrage.
12
Les entretiens, d’une durée moyenne d’une heure trente, ont été intégralement retranscrits.
19Corps, sport, handicaps
et archives personnelles. Dans un souci éthique et de respect de la parole qui
nous a été offerte, la question de l’anonymat des sources a été posée aux per-
13sonnes dont des parties d’entretien ont été intégralement citées dans l . ’ouvrage
Lorsqu’elles l’ont souhaité, le propos a été supprimé ou anonymé.
Par ailleurs les quatre parties de l’ouvrage tentent d’approfondir les modes
d’investissement dans le mouvement au cours de la période à partir du double por-
trait d’un dirigeant et d’une dirigeante emblématiques. Chaque par s’articule tie
autour de l’approfondissement du regard sur une structure ou un espace dont
la monographie éclaire les enjeux et les difficultés de l’époque  pour les : l’asmf
années 1950-1960, l’Association sportive des handicapés physiques de la Loire
(ashpl) pour les années 1960-1970, le club de Montpellier pour les années
1970-1980, le Comité régional unifié handisport de Guadeloupe (cruhg) pour
les années 1980-1990. Ces monographies ont fait l’objet d’un recueil de données
spécifiques.
Leur choix n’est pas neutre. Il résulte d’une année de réflexion menée par
les différents auteurs de ce livre, lors d’un séminaire consacré au traitement des
14. Chaque cas a, peu à peu, été élaboré comme un « analy-données collectées
seur » de l’édification et des évolutions du fonctionnement institutionnel étudié
(Lapassade, 1971; Lourau, 1970). A u final, son histoire propre en dit autant
sur l’organisation – voire sur l’institution – à laquelle il se rattache, que sur lui-
même. Chacun soulève ou révèle ainsi les questions organisationnelles mises en
lumière par ailleurs.
Il va sans dire que le choix délibéré d’une lecture organisationnelle, pour
tenter de saisir ce qui a été institué, ne prétend pas interdire d’autres schèmes
d’intelligibilité des faits et discours rapportés. Aussi, les questions culturelles,
identitaires et techniques ressurgiront çà et là au cours du texte, notamment
dans la quatrième partie. Elles apparaitront toutefois toujours ici comme des
axes secondaires, et seront exploitées au regard de leur articulation autour des
aspects organisationnels.
Malgré les contributeurs nombreux, le présent ouvrage se veut un livre et non
un assemblage de textes. Il peut toutefois ne pas être lu dans un ordre séquentiel
strict. C’est pourquoi quelques règles éditoriales ont été appliquées. Il ne s’agit
pas de répétitions, mais bien d’un rappel facilitant la lecture. Les prénoms des
acteurs figurent donc chaque fois qu’ils apparaissent pour la première fois dans
un chapitre, puis, dans la suite, seul le nom perdure. Il en est de même pour les
sigles des structures, rappelés en intégralité lors de leur première apparition dans
un chapitre.
13
L’utilisation de données d’archives issues de publications n’engendre, par définition, pas de problème d’anonymat.
14
Dix séminaires ont été organisés en 2011-2012 avec les différents contributeurs à cet ouvrage.
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