//img.uscri.be/pth/3dd2618605fbf0a4b61844a05f8260cc61f04efb
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 9,00 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Des responsables du sport face au dopage

De
125 pages
Tout le monde a entendu parler du dopage, s'est offusqué des méthodes employées par certains athlètes. Mais, au fond, de quoi parle-t-on vraiment ? Que doit-on considérer comme du dopage ? Comment s'en occupe-t-on dans les fédérations sportives ? Quelle peut être la place de cette lutte au regard des enjeux suscités par la performance de haut niveau et le spectacle qui la sublime ? Quelles logiques vont faire évoluer ces sports dont les images, font l'objet d'une demande sans cesse croissante ? Ces questions ont été posées à 56 responsables du cyclisme, du rugby, de la natation et du surf qui y répondent. Les résultats sont surprenants…
Voir plus Voir moins

Cyril Petibois

DES RESPONSABLES DU SPORT FACE AU DOPAGE

Les cas du cyclisme, du rugby, de la natation et du surf

Préface de Michel Jamet

L'Harmattan 5-7,rue de l'ÉcolePolytechnique 75005 Paris - FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Les pratiques sportives ont changé... Beaucoup plus profondément, ce sont les modèles de comportement qui ont changé, ce sont les motivations, les attentes; ce sont les fmatités. Georges Vigarello, 1986.

A Laurence, ma femme, à Danielle, Alain et Arnaud Petibois, à Michel Jamet, avec tous mes remerciements.

PREFACE
Ce livre fait parler des dirigeants de fédérations sportives, des cadres techniques et des entraîneurs, des médecins du sport, des sportifs de haut niveau, sur une question qui embarrasse et défraie régulièrement l'actualité: le dopage. Sous le couvert de l'anonymat, ils se découvrent, prennent position. Mais il ne s'agit pas de simples témoignages, bien qu'ils soient souvent éloquents, d'acteurs directement concernés par le dopage. L'ambition de ce livre va bien au-delà. Il cherche à expliquer la permanence d'une pratique qui, a priori, suscite la réprobation. Il est l'œuvre d'un étudiant-chercheur, issu de la Faculté des Sciences du Sport et de l'Education Physique de l'Université Victor Segalen, Bordeaux 2, qui a tenu à faire un détour de deux années au sein du Département de Sociologie pour tenter d'objectiver ses interrogations et ses inrugnations face à l'usage élargi et systématique du dopage dans la pratique sportive, spécifiquement dans le sport de haut niveau et de spectacle. Comment peut-on poser le problème du dopage? Il est socialement condamné à la fois comme tricherie et comme danger pour l'intégrité physique du sportif. En tant que tricherie, il met en cause un principe fondamental de validation de la compétition sportive, l'égalité des chances et donc le résultat au mérite. Ce principe, bien mis en évidence par A. Ehrenberg, est au cœur de la confrontation sportive. Le vainqueur est le plus méritant, c'est-à-dire celui qui a su faire le meilleur usage de ses ressources physiques, techniques, mentales... etc. dans un contexte délimité par des règles. Leur respect est la condition de validité de la performance; vis-à-vis des autres concurrents et de tous ceux qui donnent sens à la confrontation sportive. L'usage de moyens" artificiels" ôte toute valeur à la performance qui n'a donc plus de sens, la compétition étant devenue déloyale. Le dopage est dans le même mouvement, condamné en tant que danger pour l'intégrité physique de ceux qui s'y adonnent. Sur ce plan, il met à mal un mythe, celui du sportif symbole de santé, capable de performances extraordinaires. Dans cette représentation, seuls les êtres en grande condition physique et supérieurement "doués" peuvent émerger comme champions tout en restant "humains", c'est-àdire semblables aux autres, leurs alter ego, concurrents ou admirateurs. Or le dopage fait du sportif un être' 'trafiqué", plus tout à fait humain, sorte de robot chimique, un peu monstrueux.

7

A partir de cette double condamnation sociale, comment les dirigeants, les cadres et les sportifs de haute compétition peuvent-ils réagir? Dans bien des témoignages, il apparaît comme un problème insoluble. Son éradication semble hors de portée. Une reconnaissance officielle de l'usage contrôlé de produits stimulants rétablirait le principe d'égalité face à la performance (des prises de position dans cet ouvrage vont dans ce sens) mais, dans le même temps, l'identification du public au sportif, autre soi-même mais plus' 'parfait", plus' 'doué", deviendrait difficile, voire impossible. Peut-on s'identifier à une machine? Le sentiment d'étrangeté risquerait de l'emporter, avec tous les risques de désaffection imaginés par certains responsables sportifs. Alors, que faire? Les quarante huit dirigeants, cadres techniques, entraîneurs, médecins et les huit sportifs de haut-niveau interrogés par Cyril PETIBOIS donnent leurs réponses. Elles diffèrent sur bien des points. Une tendance ressort cependant de l'analyse: c'est le refus de voir le dopage quand le fait s'impose sous ses yeux ou le refus de regarder là où il s'imposerait. Cette dynamique d'occultation prend la forme de stratégies d'évitement qui se manifestent différemment selon les positions des acteurs dans le système constitué par chaque fédération. Une manifestation centrale est l'invocation d'une compétence limitée dans la lutte contre le dopage. Le cloisonnement des compétences (celle du dirigeant, celle du cadre technique, celle de l'entraîneur, celle du médecin) devient un paravent commode derrière lequel chacun peut se cacher pour rejeter toute responsabilité face à la diffusion du dopage. Ce même cloisonnement est invoqué lorsque l'interrogation se situe à l'échelle nationale ou internationale. L'autre (le ministère, le C.I.O.) est jugé coupable d'inactivité... etc. ou de trop grande activité, mais toujours responsable d'une action inefficace. Pourquoi la persistance d'un tel cloisonnement? Parce que personne n'a véritablement intérêt à rendre la lutte contre le dopage véritablement efficace. Pour l'essentiel, c'est bien l'intérêt (bien/mal) compris qui l'emporte chez des acteurs sociaux engagés passionnément, et de plus en plus professionnellement, dans leur sport. Afin d'aller plus loin dans la démonstration, l'auteur opère une double distinction: d'une part, selon les positions des acteurs au sein de chaque fédération; d'autre part, entre les fédérations en fonction des modes d'organisation et de l'impact économique et social des spectacles qu'elles produisent ou contribuent à produire. La première distinction, entre les acteurs, permet de mettre à jour des logiques spécifiques. Celle des sportifs convaincus de dopage est éloquente. Obnubilés par la réussite, ils considèrent le dopage comme un "bon" moyen d'obtenir des résultats. L'essentiel étant de ne pas se faire prendre. Sont-ils des ,, déviants" dans le système? Ils considèrent que non puisqu'ils trouvent des alliés 8

au sein de leur fédération pour prévenir un contrôle ou pour éviter le scandale en cas de contrôle positif. La logique des dirigeants sportifs rencontre donc celle des sportifs dopés. Craignant l'impact négatif des affaires de dopage sur l'image du sport qu'ils gèrent, qui les passionne ou qui les fait vivre, ils sont de fervents partisans de la loi du silence et du règlement des affaires litigieuses' 'en famille". L'idéologie du "monde du sport" comme monde à part, séparé de la société, avec ses règles et ses coutumes, semble donc encore très vivace dans l'encadrement des fédérations. Mais de manière plus actuelle, le maintien du mythe du sport' 'propre", pour l'essentiel, est perçu comme une condition de pérennité de leur domaine d'action. Pour ce faire, il faut sacrifier de temps à autre les plus imprudents ou les plus maladroits. Peut-on dès lors accréditer la thèse d'un complot à grande échelle pour tromper un public naïf et avide d'émotions? L'auteur ne tombe pas dans cette facilité. Il s'oriente plutôt vers l'hypothèse d'une pluralité d'intérêts individuels qui convergent dans certaines situations, et débouchent sur de réelles complicités comme en fait foi une expérience personnelle de l'auteur, rapportée dans la dernière partie du livre. Cependant, ces intérêts s'articulent de manière différenciée selon la place occupée par les différentes fédérations dans la production des spectacles sportifs. Cette seconde distinction, qui sépare les fédérations selon leur rapport au spectacle sportif, est bien présente tout au long de l'étude à travers l'indicateur que constitue le degré de professionnalisation du sport de haut niveau. Cependant, en fin d'ouvrage, Cyril PETIBOIS se refuse à en faire une composante centrale dans l'explication du développement du dopage. Et pourtant. La production de spectacles sportifs ne se limite pas à la réalisation d'une mise en scène sportive en un lieu et à un moment donné comme semble le penser Cyril PETIBOIS. Elle est à l'œuvre dès qu'un sportif s'engage dans un processus systématique d'entraînement et de compétition en prenant pour référence et pour objectif le plus haut niveau de performance dans son sport. Si, par la suite, émergent des prises de positions spécifiques des fédérations à l'égard du dopage, c'est bien en fonction de leur place dans la production du spectacle sportif. Dans le cas du cyclisme, il y a complémentarité entre la fédération qui détecte et forme les coureurs et les équipes professionnelles qui prennent le relais, avec en perspective, le grand rendez-vous annuel avec le public, les médias, les sponsors, qu'est le tour de France. Or, c'est au sein de la fédération de cyclisme que s'exprime la réflexion la plus" avancée" en faveur de l'utilisation de stimulants administrés sous ,contrôle médical. Le dopage, dans cette représentation, devient l'administration' sauvage" (non contrôlée médicalement) de produits stimulants constituant des menaces immédiates pour la santé du coureur. L'utilisation contrôlée 9

de produits actuellement illicites relève, dans cette perspective, d'une préparation sportive médicalement contrôlée; elle est d'ailleurs une condition nécessaire à la production répétée d'exploits, en particulier pendant le Tour de France. Dans cette optique, les mesures actuelles de lutte contre le dopage n'ont aucun sens. A l'opposé du cyclisme, les dirigeants de la fédération de surf assimilent le dopage à la drogue et considèrent donc le dopage comme la drogue du sportif. Or, cette fédération mène un combat inégal pour ramener dans son giron l'organisation des spectacles de surf à grande audience. Les tours professionnels sont directement gérés par les producteurs de matériels de surf, qui court-circuitent la fédération. Celle-ci invoque donc le " sérieux" de son action pour revaloriser l'image du surf, face à un système professionnel sans morale et sans aucune forme de contrôle, y compris contre le dopage. La tendance à instrumentaliser la question du dopage en fonction d'enjeux de pouvoir est donc ici particulièrement nette. Entre ces deux positions extrêmes, on peut situer de manière différenciée les fédérations de rugby et de natation. La fédération de rugby se trouve en pleine phase de mutation vers une professionnalisation ouverte au haut niveau, gérée par la fédération. En cela, elle tend à se rapprocher du cyclisme (et probablement bien plus, du mode d'organisation du football). Pourtant, les prises de position des dirigeants et cadres sont bien éloignées de celles du cyclisme. Ce qui prévaut encore est un discours centré sur les valeurs traditionnelles associées au rugby, sport viril, d'hommes d'honneur et de fierté (donc incapables de tricherie). La question est alors évacuée comme pour mieux l'exorciser, par un discours tourné vers un passé mythique. Elle l'est aussi par les cadres et les dirigeants de la fédération de natation aux prises avec la montée en puissance des' 'meetings" qui, sur le modèle de l'athlétisme, attirent de plus en plus les meilleurs nageurs à coups d'espèces sonnantes et trébuchantes. Ces organisations tendent à échapper au contrôle de la fédération et, par ce biais, à la lutte antidopage. C'est le modèle du surf qui semble donc être le proche de cette évolution. Qu'en est-il de la réaction des cadres et des dirigeants face au dopage? Ils le considèrent comme un problème lointain, et confortent dans la réaffirmation d'une éthique personnelle fondée sur une conception traditionnelle de la natation éducative. Leur souci premier est par contre leur perte de pouvoir sur l'organisation des grands spectacles de natation. Dans ce cas, s'affirme un décalage entre une réflexion anxieuse sur l'évolution du spectacle sportif et une incapacité à appréhender le dopage comme un élément de sa production. Autant de positions différenciées à l'égard du dopage, que de fédérations

10

étudiées dans cet ouvrage. Pourtant, cette pluralité est singulièrement modes différenciés de production des spectacles à grande diffusion.

éclairée par les

En définitive, Cyril PETIBOIS est partagé. Soucieux de se livrer à une analyse dépassionnée de la question du dopage, il a par ailleurs été formé sportivement dans le milieu de la natation dont il reste un membre actif. Il est parfois rattrapé dans ses analyses par les principes éthiques qui ont motivé son étude. Le ton devient alors passionné ou polémique. Mais comment lui reprocher de se cantonner dans la froideur de l'argumentation rationnelle dans des domaines - le sport, le spectacle, le dopage - où dominent les émotions et les passions?

Michel JAMET Professeur des universités en sociologie

Il

INTRODUCTION
Des excès dans le sport de haut niveau? Mais le sport, c'est avant tout une affaire d'excès, de dépassement des limites, de recherche des moyens les plus efficaces pour aller «plus vite, plus haut et plus fort» (vous vous souvenez ?). Il faut se rappeler de cela pour apprécier ce qui va suivre! Cet ouvrage émane de plusieurs recherches menées sur le monde du sport, tant sur le plan biologique que sur le plan sociologique; elles en fondent la base méthodologique, à laquelle est venue se greffer une réflexion sur l'évolution que semble suivre le sport de compétition. Donc, à une certaine connaissance scientifique de la préparation des athlètes pour la performance de haut niveau s'est ajoutée celle des mécanismes sociaux qui lui permettent d'exister. Il est bien difficile de dire quelle partie est la plus complexe dès lors que l'on se donne la peine de vouloir en cerner toutes les composantes. Quelque part, le schéma intellectuel qui nous pousse à fouiller sans cesse dans les méandres du sport, son imagerie et sa passion, sa rigueur et ses excès, la force de son message et la clarté de son spectacle... etc., reste toujours le même: comprendre le sport et savoir comment l'utiliser.

La passion des sujets sensibles:

Le dopage dans le sport, voilà un sujet des plus sensibles, parmi les plus médiatiques même. Il rivalise en succès dans la presse à scandale avec les fraudes fiscales et les abus de biens sociaux des personnalités politiques, les amours frivoles et les adultères des stars du show-bizz... etc. En fait, dès lors que la personne concernée est quelque peu populaire, toutes ses déviances sont repérées, les paparazzi, dont on a tant parlé, traquent le moindre signe d'une information sulfureuse. Quand il s'agit de dopage, tout débat voulant en aborder une quelconque facette attise les passions, ébranle les convictions, sidère les naïfs et alarme les passionnés du sport; bref, on continue d'alimenter la chronique. Quand, fort heureusement, on peut se targuer de faire partie du côté propre du sport, on s'offusque, on dénonce les abus de la préparation de nos champions et les autres excès du sport, on revendique le droit à la différence dans ce qui semble

13

gangrener tout le sport de haut niveau, on n'en [mit plus de repousser tout ce mal occulte le plus loin possible de sa personne. Quand, malheureusement, on se retrouve accusé de cette ultime fonne de tricherie, on se retranche derrière quelque artifice moral pour se découvrir victime, on s'indigne d'une telle diffamation dite gratuite, on se dit prêt à en découdre devant la justice civile, on finit presque toujours par avouer qu'on ne savait pas vraiment comment ça a pu arriver. Les uns et les autres sont-ils crédibles ou hypocrites dans leur discours? Tous ces bruits et grondements sont-ils révélateurs d'autre chose que d'une peur confuse du discrédit? Toujours est-il que l'on est en présence de prises de position passionnées et extrêmes dans leurs formes. Cependant, à y regarder de plus près, il est bien rare que des interlocuteurs abordent un tel sujet sans se camper sur des positions stériles. Avons-nous déjà entendu quelqu'un expliquer où se trouvent les raisons d'existence du dopage sans qu'il ne se retrouve au beau milieu des tirs tendus? N'a-t-on pas trop souvent employé des paravents pour éviter de parler de ce qui fâche? Le dopage est de ces sujets sociaux qui posent trop de problèmes pour que l'on n'en fasse pas un tabou que l'on contourne, que l'on mystifie ou que l'on noie dans des considérations techniques, administratives, légales ou intellectuelles impénétrables... etc. selon les circonstances! C'est un peu comme aborder les limites d'utilisation et de pertinence du droit de grève, remettre en cause certains acquis sociaux même s'ils finissent par apparaître inadaptés aux réalités du monde actuel, reconsidérer certaines données historiques à propos de la collaboration ou du communisme dans la France des périodes troubles... etc., pour quelques exemples, eux aussi médiatiques. Ce sont ces sujets trop humains qui mettent notre conscience en porte-à-faux, qui nous montrent que l'on est parfois trop léger pour s'assumer si hautement, qu'il y a bien quelques' 'petites" faiblesses dans lesquelles on se perd. La passion a toujours le dernier mot et l'on manque encore une bonne occasion de comprendre ce qui se passe ou s'est passé. Regardons aussi les principaux ouvrages consacrés au dopage. Là encore, quand ils ne sont pas purement scientifiques, et donc réservés au public restreint des initiés, c'est souvent l'indignation qui s'exprime et rarement la sagesse ou la raison. Ce sont généralement des réquisitoires qui militent férocement contre tout ce qui a trait au sport de compétition, trop engagés pour être perçus comme des analyses crédibles et instructives. Les exagérations touchent chaque chiffre, chaque rapport de situation, que ce soit vers la minoration quand on veut défendre une image exemplaire du sport ou vers la majoration quand il convient d'en dénoncer ce que

l'on préfère considérercommedes errements.Jean-Paul Escande

(1)

(2) que « tous les sportifs de haut niveau sont dopés », Jean-Marie Brahm ne voit dans le sport qu'une « théâtralisation du capitalisme divergent », Jean-Pierre de 14

dirait volontiers