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DOPAGE ET PROTECTION DES JEUNES SPORTIFS

270 pages
Les jeunes et leurs parents plébiscitent massivement les activités sportives. Sport compétition, sport participation, sport détente… Or, que savons-nous réellement de la pratique des jeunes sportifs ? Comment préparent-ils les compétitions ? Comment gèrent-ils la fatigue ? Quelles sont leurs attentes à l'égard du sport ? Quelles connaissances effectives avons-nous de leur regard sur les conduites dopantes ? Comment développer une prévention de proximité des conduites dopantes chez les jeunes sportifs ?
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DOPAGE ET PROTECTION DES JEUNES SPORTIFS
Eléments pour une prévention de proximité

Collection Pratiques en Formation dirigée par Daniel BERTAUX, Véronique BEDIN, Catherine DELCROIX et Michel FOURNET Coordination de la collection: Anne-Sophie CAMPO- LEF A Y

La collection Pratiques en Formation regroupe des ouvrages qui traitent de l'évolution des différents types de pratiques sociales, des contextes dans lesquels elles s'inscrivent et de leurs méthodes d'observation. Les travaux retenus répondent à trois objectifs majeurs: construire des cadres de référence appropriés à l'analyse de pratiques contextualisés, étudier les interactions entre pratiques individuelles et organisationnelles dans des systèmes d'activités différenciés: formation, travail social, professionnalisation, développement local; enfin, enrichir les savoirs et pratiques en formation tout au long de la vie selon une approche pluridisciplinaire.

Déjà parus Sous la direction de Michel FOURNET et Jean-Louis MARTIN, La crise: risque ou chance pour la communication?, 1999.
Ahmed CHABCHOUB, les pays arabes, 2000. Ecole et modernité - En Tunisie et dans

Sous la direction de Jean-François SOULET et Eric CASTEX, L'informatique dans l'enseignement de l'histoire et la formation des historiens, 2001.

Coordination

Daniel GUY

DOPAGE ET PROTECTION DES JEUNES SPORTIFS
Eléments pour une prévention de proximité

Contributions

de :

Véronique BEDIN Jean-Luc BRET-DIBAT Gérard DUPUY Gil ENJALBERT

Michel FOURNET Daniel GUY Françoise SUBLET Jean-Yves TAYAC

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan

Hongrie

Hargitau. 3
1026 Budapest

L'Harmattan Ualia Via Bava, 37 10214 Torino

France

HONGRIE

ITALlE

(Ç)L'Harmattan,

2002

ISBN: 2-7475-2482-5

Sommaire Loin des affaires...
Introduction générale

Pour une démarche de proximité Une initiative de la Direction Départementale de la Jeunesse et des Sports de l'Aveyron A la recherche des contextes inducteurs Pratiques et représentations de 100jeunes sportifs Dop' balade dans la presse sportive Analyse de contenu Une autre légende du sport Une brève histoire du dopage
Contre-feu juridique De la protection de l'éthique sportive

à celle de la santé du sportif

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La loi 99.223 du 23 mars 1999

Les apports de la psychobiologie Dopage et toxicomanie chez les adolescents Pour une prévention en « actes» En conclusion Annexes ressources Questionnaire .' « la santé des jeunes sportifs »
Témoignage de l'enquêteur Conseils bibliographiques Loi du 23 mars 1999 « Ecoute Dopage»

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Loin des affaires...

Loin des affaires et des révélations polémiques de la presse, les jeunes plébiscitent massivement les activités sportives. Sport compétition, sport participation, sport détente... Telles sont leurs pratiques, telle est leur demande. C'est un fait de société. Le sport à côté de la famille, de l'école et des copains occupe une place centrale dans le monde des adolescents. Le consensus est large: l'éducation sportive forge le caractère, trempe le corps et ouvre à la conscience de soi parmi les autres. Sport santé, sport équilibre. Pourtant, quand la pratique devient intense, que les entraînements et les compétitions s'enchaînent à un rythme déjà de «pro» ou perçu comme tel et que le panthéon des jeunes sportifs se réduit progressivement aux seules figures de la légende des sports, une sourde inquiétude vient troubler notre assurance, nos certitudes et nos habitudes. L'ombre du dopage déchire la quiétude de nos croyances. Incrédules, les idées reçues} ne manqueraient pas de nous rassurer: « seuls les sportifs de haut niveau se dopent» ; « c'est l'argent qui est la première cause du dopage» ou encore « le dopage ne concerne pas les amateurs »...

t Voir à ce propos le dictionnaire critique des idées reçues de Jean-Pierre de Mondenard publié dans l'ouvrage: Dopage: l'imposture des perfonnances. Mensonges et vérités sur l'école de la triche aux éditions Chiron, 2000, p. 57263. 7

Malheureusement, les faits sont autres2. Ainsi chez les amateurs: Georg Roggla, un médecin autrichien, a étudié avec ses collaborateurs le dopage aux amphétamines chez les alpinistes de loisir. L'enquête montre que 7,1 % des sujets ayant réussi une ascension au-dessus de 3300 mètres étaient positifs. En 1998, au cours d'une enquête conduite par P. Laure auprès de 2000 sportifs amateurs de Lorraine, 9,4 % des amateurs ont reconnu avoir recours aux produits dopants. En 1992, Perry et al. enquêtant à l'entrée de salles de gymnastique privée en Angleterre ont établi que 38,8% des réponses attestaient l'usage des stéroïdes anabolisants.

.../ ...
Aucun doute. Les données épidémiologiques comme les résultats des contrôles inopinés ou les témoignages courageux convergent: le dopage chez les amateurs est avéré. Qu'en est-il alors chez les jeunes sportifs? L'éducation sportive est-elle au moins préservée du fléau? Les études nord-américaines, plus nombreuses que les données nationales ou européennes, établissent de manière incontestable la consommation des produits dopants comme les stéroïdes anabolisants chez les jeunes sportifs: 2,9 % dans l'enquête de Tanner et al. en 1995.

2 Patrick Laure dans Dopage et société aux éditions Ellipses a recensé les principales données épidérniologiques disponibles en 2000 et relatives à la consommation de produits dopants, p. 167-195. 8

En France, cinq graines de champion ont été convaincues de dopage à l'occasion des championnats de ] 'Union Nationale du Sport Scolaire en 1997. En 1998, une recherche en LotTaine auprès de 2000 sportifs amateurs a permis à P. Laure d'établir que 15,1% des usagers déclarés des produits dopants sont âgés de 15 à 19 ans. Deux études menées en milieu scolaire dans la région Midi-Pyrénées en 1991 et 1999 portant, respectivement, sur 2425 et 3003 élèves (P. Turblin et al, 1995 ; F. Pillard et al, 2000) attestent une consommation stable d'une enquête à l'autre de produits dopants chez 2,4% des sportifs (4% des garçons compétiteurs).

...f...
Il faut se rendre à l'évidence. Loin des affaires, loin des idées reçues, à l'encontre du mythe du sport santé, la pratique des jeunes sportifs n'est pas sans risques. Risque de dopage que nous venons d'évoquer, risque plus familier de blessures, mais aussi risque de consommation de produits psychoactifs à propos de laquelle Marie-Choquet et al. montrent dans une méta-analyse de plusieurs enquêtes antérieures que la pratique sportive est un facteur de protection sauf quand elle devient trop intensive3. Mais les idées reçues ont la vie dure. Et en matière de lutte contre le dopage, là comme ailleurs, un des premiers obstacles au développement et à l'enracinement d'une politique de prévention est la résistance à l'observation4, donc à la prise de conscience.
3 Une présentation particulièrement accessible des résultats de cette métaanalyse relative aux liens entre la pratique sportive et la consommation de produits psychoactifs a été publiée au printemps 2000 par le Ministère de la Jeunesse et des sports dans un numéro hors série de Politique santé consacré au lien entre les pratiques sportives et les pratiques à risques. 4 Ph. Lacombe et G. Charrier ont mis à jour ces résistances dans le cadre d'une recherche consacrée au fonctionnement des collèges et à la prévention des 9

Les modalités de cette résistance sont diverses: secret et confidentialité de certaines cultures professionnelles, dénégation (ici il ne se passe rien), minoration, qu'elle prenne la forme du dévoilement retenu ou celle de la banalisation, dénonciation des autres et externalisation (c'est la faute à...). L 'histoire de la lutte contre le dopage illustre tristement ces différentes formes de résistance. Les exemples abondent: déclarations de champions, de médecins, de responsables sportifs, de journalistes, d'organisateurs d'événements... Marc Jeuniau, journaliste, Le peuple, Il mai 19775 : «Si Anquetil s'est dopé, il faut effectivement loué le doping. A près de quarante-cinq ans, le normand connaît une forme physique impeccable et il paraît bien plus jeune que son âge. » Pour mémoire, rappelons que le champion est mort à l'âge de 53 ans... Jacques Anquetil, champion cycliste, L'Equipe, 12juillet 19796: «Autant que je sache, il (Simpson) est mort d'un collapsus cardiaque qui n'a pas été provoqué par l'usage des amphétamines. » Alexandre de Mérode, responsable de la lutte antidopage olympique, France-Soir, 8 août 19807 : « Pour moi ces jeux de Moscou sont en l'état actuel de nos connaissances les plus propres en matière de dopage qui aient jamais eu lieu. »

conduites septembre S Cité dans 6 Cité dans 7 Cité dans

à risques publiée dans la Revue Française de Pédagogie, 2000. J.-P. de Mondenard (2000), p.111 , (op. cit). J.-P. de Mondenard (2000), p. 171, (op. cit.). J.-P. de Mondenard (2000), p. 121 , (op. cit).

n° 132,

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Florence Artaud, navigatrice, Votre beauté, Février 19888: «Les sportifs d 'aujourd 'hui sont des machines. Nous navigateurs, non. C'est impossible de se doper pendant trois semaines. La navigation est un sport complètement pur. » Carlo Mollinari, président novembre 19979 : du F.C. Metz, But, 3

«Je n y crois pas... Pas plus que pour les motards ou les

pilotes de FI I... D'ailleurs, les contrôles effectués en football ont toujours été négatifs. C'est là une preuve irréfutable. » Malgré ces résistances, la loi du silence a été brisée. Secret, confidentialité, dénégation, minoration, sont autant d'attitudes désormais plus difficiles à tenir que par le passé. En particulier dans le sport de haut niveau. Par contre, dans le quotidien des pratiques, les préjugés sont encore tenaces. Nombre d'acteurs du mouvement sportif restent sincèrement persuadés que leur « maison », bien loin du sport spectacle, est à l'abri de ce « cancer» qui ronge le sport. D'où l'idée de promouvoir l'éducation des jeunes sportifs et la fonnation de leurs éducateurs à la problématique du dopage par la production de données, non seulement objectives, mais également concrètes et proches du vécu des acteurs locaux. Des données dont la proximité interpellerait et engagerait le mouvement sportif local. Tel est le pari engagé par la Direction Départementale de la Jeunesse et des Sports de l'Aveyron en coopération avec une équipe du Centre de Recherche en Education, Formation et

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Cité dans l.P. de Mondenard (2000), p. 80, (op. cit). 9 Cité dans l-P. de Mondenard (2000), p. 100, (op. cit). Il

Insertion de l'Université de Toulouse le-Miraill0. Fonder le développement d'une prévention de proximité sur l'observation et l'étude des pratiques locales et quotidiennes des jeunes sportifs. Du point de vue méthodologique, les données que nous avons recueillies et les résultats produits reposent sur une enquête par questionnaire menée auprès d'un échantillon de 100 jeunes sportifs aveyronnais âgés de 16 à 17 ans à la croisée des chemins, encore enracinés dans les clubs locaux, mais, déjà, pour quelques uns, au seuil du sport de haut niveau. C'est un échantillon modeste. Mais la démarche et les premiers résultats ont produit l'effet escompté. Le mouvement sportif aveyronnais est prêt à s'engager à côté de la Direction Départementale de la Jeunesse et des Sports de I'Aveyron et en coopération avec une équipe de chercheurs dans une recherche-action dont l'objectif principal sera de former à la prévention du dopage un groupe « relais» d'éducateurs sportifs dont la mission sera d'irriguer le tissu départemental. Une telle démarche n'a été et ne sera possible qu'à la stricte condition que les observateurs ne perdent jamais de vue que le dispositif d'enquête qu'ils déploient sur le terrain n'est pas simplement un dispositif d'observation mais qu'il e&t aussi, et peut-être d'abord, un dispositif praxéologique d'intervention dont le but ne se limite pas à produire un ensemble de données objectives, mais vise la création d'un contexte favorable au
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Le groupe de travail était composé pour la Direction Départementalede la

Jeunesse et des Sports: de Jean- Yves Tayac, Inspecteur départemental, Christine Tapie, conseillère d'éducation populaire, Pierre-Jo Thomas et Alain Druart, tous deux conseillers techniques sportifs; et pour l'Université de Toulouse II : Véronique Bedin, Michel Fournet, Daniel Guy et Françoise Sublet tous quatre Maîtres de conférences en Sciences de l'Education et chercheurs au Centre de Recherche en Education, Formation et Insertion; Centre d'Observation des Systèmes Emploi-Formation-Développement (CREFICosefd) de l'Université de Toulouse le-Mirail, de GiI Enjalbert, doctorant au CREFI-Cosefd, et de Jean-Luc Bret-Dibat, Professeur agrégé de biochimie au département de psychopathologie, psychologie clinique et psychologie de la santé de l'Université de Toulouse-le Mirail.

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développement de partenariats institutionnels et à la mise en oeuvre concertée et concrète d'actions de prévention. C'est au fond concevoir l'enquête scientifique comme relevant aussi d'un processus d'aide à la décision. Dans cette perspective, nous avons d'emblée écarté toute approche épidémiologique du dopage sportif entendu dans le sens strict de sa définition légale. Comment aurions-nous pu mobiliser les acteurs locaux du mouvement sportif si notre démarche avait couru le risque d'être perçue comme un moyen plus ou moins déguisé de contrôle? Pourtant, notre projet était bien d'élucider les conditions de possibilité du dopage en partant à la recherche de contextes potentiellement inducteurs. Comment résoudre cette contradiction? En privilégiant le concept de conduites dopantes plus opérationnel dans une perspective pédagogique que le concept de dopage sportif au sens juridique. En effet, pouvons-nous réduire le dopage uniquement à la prise de produits ou de méthodes interdits? C'est une définition opérationnelle qui sous-tend la politique des contrôles, mais les nouveaux produits, faute d'être démasqués, ne sont justement pas encore interdits... Devons-nous alors nous résoudre à ne prendre en compte que l'impact du dopage sur la santé en dehors de toute question éthique? C'est un point de vue qui a de nombreux partisans, mais une pratique trop intensive du sport n'est-elle pas, en elle-même, préjudiciable à la santé? Par ailleurs, comment considérer la consommation régulière de boissons énergisantes, la médicalisation d'un coup de fatigue ou même l'absorption de « calmants» pour lutter contre le stress que peut induire la compétition? A priori, il ne s'agirait pas de cas de dopage au sens strict. Pourtant, l'observateur, et plus encore les éducateurs sportifs, pourront estimer avec quelques raisons que ce type de conduites est partiellement compatible avec le concept de dopage.

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Ce questionnement critique rejoint le constat de P. Laure)) : « le concept de dopage sportif est inopérant en matière de recherche ou de prévention ». C'est pourquoi, nous retiendrons à sa suite le concept de conduite dopante défini «par la consommation d'un produit pour affronter ou pour surmonter un obstacle réel ou ressenti par l'usager ou son entourage dans un but de performance ». Tel est le point de départ de notre étude guidée par 1'hypothèse que des comportements relativement banalisés, comme le recours aux boissons énergisantes, associés à des contextes de fragilisation spécifiques (une progression qui stagne, des enjeux financiers démesurés, etc.) dessinent les conditions de possibilité du dopage, par glissement progressif depuis les conduites de préparation les plus étrangères au concept de dopage jusqu'à la prise de substances interdites et dangereuses pour la santé. « On propose au jeune d'abord de la vitamine B 12, du fer, de l'acide folique ou de l'A TP pour les muscles. Des produits qui, sur le papier, ne présentent aucun effet secondaire indésirable, mais qui sont administrés par injection. Ce qui permet de franchir un premier seuil psychologique car dans l'esprit d'un jeune, la piqûre est synonyme de dopage/2. » Or, loin des affaires et des révélations polémiques de la presse, que savons-nous réellement de la pratique des jeunes sportifs dans ses différents contextes sociaux et locaux? Comment préparent-ils les compétitions? Comment gèrent-ils la fatigue? Quelle est leur attitude vis-à-vis du stress? Quelles sont leurs attentes à l'égard du sport? Quelles connaissances effectives avons-nous du regard que les jeunes sportifs portent sur les conduites dopantes ? Quelle est la nature exacte de leurs comportements qualifiés un peu rapidement de « banalisés» ? Et
P. Laure (2000), p. 28, (op. cit.). 12 Témoignage d'Erwan Menthéour dans Secret Défonce, ma vérité sur le dopage rédigé avec la collaboration de Christian Blanchard et publié aux éditions J'ai lu en 1999.
Il

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sans ces savoirs concrets, comment finalement expliquer et comprendre en quoi et selon quelles modalités, les conditions de ta pratique des jeunes sportifs dessinent un champ de possibilités du dopage? En rassemblant dans cet ouvrage les contributions de l'ensemble des acteurs de cette étude dont l'enquêteur de teITain, les chercheurs et le commanditaire, notre volonté est de témoigner en apportant des éléments de réflexion et de débat pour promouvoir, au-delà du seul département de l'Aveyron, le développement de la prévention de proximité du dopage. Dans un premier chapitre, Jean- Yves Tayac, Inspecteur Départemental, montre au nom de l'équipe de Jeunesse et Sports comment «cet éternel retour au quotidien et à la réalité qui caractérise bien le souci d'une administration de terrain» a conduit cette dernière à privilégier une démarche de proximité dans sa contribution à la prévention du dopage. Une démarche qui ne tourne pas le dos aux évolutions du sport et de la société, mais s'adapte à elles, pour aller à la même vitesse et les accompagne pour orienter le mouvement. Pouvions-nous mieux traduire les orientations pédagogiques et politiques de notre projet commun? Le deuxième chapitre est consacré à la recherche des contextes inducteurs de conduites dopantes chez les jeunes sportifs à partir de la synthèse des résultats de notre enquête sur les pratiques et les représentations de 100 jeunes sportifs aveyronnais. La structuration de l'image du soi sportif est minutieusement décrite dans un contexte marqué par le surinvestissement symbolique et concret du sport que ne vient nullement tempérer l'entourage des jeunes sportifs qui jouent au contraire le rôle d'un facteur de renforcement de cet engagement. De fait, l'analyse des contextes dessine clairement une alternative entre une pratique sportive où l'essentiel est de participer et un engagement finalisé par la compétition, la confrontation aux autres et les records à battre. Mais, et ce quelle que soit l'issue de l'alternative, s'impose 15

objectivement une évidence: le dopage reste un objet de savoir à construire chez les jeunes sportifs. Observant que les résultats témoignent de l'intérêt des jeunes sportifs pour les revues sportives, Françoise Sublet, Maître de conférences en Sciences de l'Education, consacre le troisième chapitre à l'analyse de quelques journaux et revues de grande diffusion. La question posée est de savoir en quoi ces objets culturels contribuent de façon directe ou indirecte à informer le lecteur sur le dopage dans une perspective éducative, et/ou à proposer des représentations du sport qui peuvent favoriser dans certaines situations le recours aux conduites dopantes sous leurs diverse formes. Ce faisant, nous replaçons notre recherche de proximité dans le contexte plus large de l'inscription du dopage sportif dans la société. D'abord sur la scène médiatique évoquée à travers l'analyse de contenu de la presse sportive puis sur la scène historique que Gil Enjalbert, doctorant, s'est attaché à reconstituer en décrivant cet envers de la légende des sports, notamment à partir des travaux de Patrick Laure13 et de JeanPierre de Mondenardl4. Cette histoire succincte du dopage nous conduit des pratiques embryonnaires dont l'efficacité supposée reposait sur un système d'analogies comme l'illustre la consommation de viande de chèvre par les sauteurs grecs aux tâtonnements empiriques du pot belge, puis à l'adaptation et au détournement de plus en plus rationnels des médicaments.

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Au terme de cette évocation historique, le lecteur ne manquera pas de s'interroger sur les réactions des pouvoirs publics pour préserver tant l'éthique sportive que la santé des sportifs. Pourtant, nous rappelle Gérard Dupuy, Responsable du Service Juridique de l'Université de Toulouse II, la pratique sportive est
13Dans Le dopage publié en 1995 aux Presses universitaires de France, Patrick Laure décrit la genèse du dopage au fil des siècles. 14J.-P. de Mondenard, (2000) (op. cit) p.6-27 16

du domaine de la sphère privée, et en tant que telle, n'appelle pas l'intervention étatique. De fait, elle n'a fait l'objet d'une réglementation publique que lorsqu'eIle est devenue massive ou que les pouvoirs publics y ont décelé des manifestations contraires à la morale ou à l'ordre public. Dans sa contribution, l'auteur nous propose une lecture et une mise en perspective très accessible des points essentiels de la loi du 23 mars 1999 -dite Loi « Buffet »- qui tente de remédier aux échecs des deux précédentes législations, l'une fondée sur la répression (1965), l'autre sur la prévention en s'engageant sur la voie de la dépénalisation (1989) mais dont les problèmes d'application ont « eu raison ». Dans le cadre d'une approche psychobiologique à visée préventive, Jean-Luc Bret-Dibat, Professeur agrégé de Biochimie et chercheur au Centre d'Etudes et de Recherches en Psychopathologie, élargit le questionnement initial en s'inteITogeant sur les liens éventuels entre le développement des conduites dopantes et les risques toxicomaniaques chez les adolescents. «Dans quelle mesure la prise d'anabolisants ou d'hormone de croissance peut-elle favoriser l'apparition d'une conduite addictive?» se demande-t-il. Réciproquement, la dépendance à un certain nombre de substances classées parmi les drogues licites ou illicites peut-elle être un facteur de risque pour la prise de dopants de manière chronique chez les sportifs? Par ailleurs, la pratique sportive à outrance, systématisée dès le plus jeune âge et exclusive de tout autre moyen d'épanouissement professionnel ou culturel, n'est-elle pas en elle-même une des drogues les plus puissantes et dont on a le plus de mal à « décrocher» ? En contrepoint de l'approche empirique des pratiques et des représentations des jeunes sportifs, cette contribution s'inscrit dans une perspective théorique spécifique: la psychobiologie. C'est en quelque sorte à une leçon de sciences naturelles que nous convie le biochimiste pour comprendre les mécanismes par lesquels les produits dopants, les « drogues» plus classiques ou l'excès d'une pratique comportementale modifient le 17

fonctionnement normal de notre cerveau lors des processus de dépendance et de tolérance. En conclusion, Daniel Guy interroge les conditions de possibilité d'une prévention en « actes ». A la suite du texte principal, une annexe ressource propose au lecteur, outre l'outil de recueil des données et le témoignage de l'enquêteur, une brève bibliographie commentée, le texte de la loi du 23 mars 1999 et les références du numéro vert « Ecoute Dopage ».

Références bibliographiques
LACOMBE P., CHARRIER G. (2000). - Fonctionnement des collèges et prévention des conduites à risques. Revue française de pédagogie, 132, p. 91-100. LAURE P. (2000). - Dopage et société. Paris: Ellipses. LAURE P. (1995). - Le dopage, Paris: P.U.F.

MENTHÉOUR E. (1999). - Secret Défonce, ma vérité sur le
dopage. Paris: J.C. Lattès.

MONDENARD (de) J.-P. (2000). - Dopage. L'imposture des performances. Mensonges et vérités sur l'école de la triche. Paris: Chiron.
MILDT, CFES (2000). - Drogues, savoir plus, risquer moins. Drogues et dépendances. Le livre d'information. Paris: Comité français d'éducation pour la santé.

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Pour une démarche de proximité
Une initiative de la Direction Départementale de la Jeunesse et des Sports de l'Aveyron

Jean-Yves TAYAC15

1 - L'esprit de corps
L'initiative de la Direction Départementale de la Jeunesse et des Sports pour mener une enquête en matière de santé du sportif auprès de jeunes aveyronnais s'est fondée sur l'extrême difficulté de mener à bien ou même plus simplement d'orienter les missions qu'un service déconcentré doit assurer. En effet, un décalage s'observe, pouvant aller jusqu'à une absence de lien, entre d'une part des éléments généraux considérés hors de tout contexte particulierl6 tels que la recherche nationale ou internationale, le droit du sport, les consignes des fédérations
15Jean-Yves Tayac est Inspecteur Départemental de la Jeunesse et des Sports ainsi qu'Inspecteur Coordonnateur des Brevets d'Etat de Savate Boxe française. Il est titulaire d'un DEA d'archéologie grecque et d'un DEA d'archéologie générale obtenus à l'Institut d'Art et d'Archéologie de l'Université de Paris IV Sorbonne. 16 De portée générale, issue d'une réflexion d'ordre éthique ou de choix politiques, ces éléments ne peuvent prendre en compte l'inévitable fractionnement de la société. L'exemple de )a Loi en est symptomatique, qui, s'adressant à tous, n'existe somme toute que par ses décrets d'application lesquels, impliquant une adéquation mininlale au terrain, sont toujours longs à venir. On ne peut que constater la tendance actuelle à analyser les retours du terrain avant de produire un décret qui risquerait d'être inapplicable. 19

sportives fortes d'une délégation de service public, les contrôles antidopage, le suivi médical des sportifs de haut niveau, les colloques, les révélations médiatiques...; d'autre part les particularismes que constituent les paramètres sociologiques de lieu, de temps et de milieu liés pour ce qui nous concerne à un département rural dans lequel des sportifs pratiquent leurs disciplines suivant des rythmes et des cadences variés, un suivi régulier ou inexistant, des visées de loisir ou de compétition, des habitudes culturelles, des traditionsJ?.. L 'Aveyron, département dont la population en légère baisse est de 263 000 habitants au dernier recensement, à la cinquième place par sa superficie, aux paysages très contrastés, mais qui, volens nolens, est un village planétaire comme tant d'autres que les techniques de communication rapprochent du reste du monde, au moins sur le plan de la représentation. On doit, sur le terrain, se rendre à l'évidence: pourquoi les questionnements et les problèmes sur la santé des sportifs relevés par les médias, et que n'étant pas Monsieur Jourdain, nous nommerons dopage, diminueraient jusqu'à disparaître dés lors que l'on s'éloignerait des grandes compétitions (Jeux Olympiques, titres mondiaux... ), des professionnels, des organes de presse nationaux, bref des capitales administratives, politiques, médiatiques et sportives. On entend s'élever dans les campagnes des voix assurées, dont la fonction apotropaïque est la moins sujette à caution, affirmant que «cela n'arrive qu'aux autres », que « chez nous ces maux ne pénétreront pas» comme si la conviction et le pouvoir magique des mots suffisaient à écarter le fléau.

J7 Les"quilles de 8 ", discipline sportive reconnue, est un sport typiquement aveyronnais, assez peu concerné par une histoire générale du sport, plus sensible à son histoire individuelle. Jean Gagnepain a affiné cette différenciation que recouvre la notion globale d'« histoire» en usant de l'opposition que font les Allemands entre Geschehen et Geschichte (J. Gagnepain, 1994). 20

Deux réflexions au moins s'imposent: Soit affirmer que le dopage est un phénomène réservé à certains: dans quelques lieux et milieux bien précis, à la ville plus qu'à la campagne, dans le cyclisme plus qu'en volley-ball, dans les sports individuels plus que dans les sports collectifs, en compétition plus qu'en loisir, parmi les professionnels plus que chez les amateurs, pour l'appât du gain plus que dans une logique de l'esthétique du geste... Cela procède alors d'une conscience aiguë que l'on ne peut lutter contre un phénomène de société qui déborde largement le fait sportif et qu'il vaut mieux en conséquence stigmatiser pour donner l'illusion de l'exceptionnel. C'est un choix qui peut, sinon s' accepter, du moins se comprendre. Soit admettre que nous nous trouvons dans un contexte de grande naïveté, un univers onirique assez proche en fait de ce que l' olympisme développe avec plus ou moins de bonheur depuis plus d'un siècle: le mythe du héros et de sa victoire légendaire, exaltant la fin en occultant les moyens. Bien sûr, les aveyronnais sont des spectateurs comme les autres qui se désolent devant leur petit écran des lamentables élevages en batterie de sportifs de l'Est, des haltérophiles chargés comme des mules, des sprinters surhumains d'explosivité... Mais qu'en est-il des championnats départementaux, des courses cyclistes de village, des confrontations sans autre enjeu que la gloire locale; la santé des sportifs n'est-elle jamais en cause? Des témoignages courageux et des contrôles inopinés prouvent que le sportif quel qu'il soit peut mettre en jeu sa santé en prenant des produits pour optimiser artificiellement ses performances; le " pro" des villes comme l'amateur des champs et vice et versa. Notre intention n'est pas de contrôler et de sanctionner à tour de bras, les moyens financiers ne suivraient 21

pas de toute façon, mais plus modestement de tenter de comprendre, d'évaluer les risques puis d'ouvrir des pistes pour tenter d'y remédier. Dire que ce qui se pratique aujourd 'hui dans l'entourage des sportifs ne nous intéresse pas directement serait inexact mais il est notoire que le discours aux accents vaguement moralisateurs ne trouve auprès de champions en devenir aussi bien qu'en fin de carrière que très peu d'écho. L'urgence des actions trouve dans les marécages juridiques des vices de forme comme autant d'équations de nénuphars ne laissant plus la moindre place pour la réflexion éthique. Cependant le champion « dopé à son insu », remarquable par sa candeur dévoyée en un ressort comique actionné sans retenue, nous intéresse très sérieusement, le rire étant souvent proche de la raison. En effet, quand nous, fonctionnaires, investis de compétences régaliennes, chargés de contrôler le bon déroulement des manifestations sportives, souvent informés, quelquefois formés, pour veiller sur la santé des sportifs, sommes contraints d'avouer notre ignorance des nouvelles formules chimiques indécelables permettant d'accroître efforts et performances, comment pourrions-nous sans rire attendre des athlètes qu'ils soient toujours dans le secret des potions que leur entourage, en qui ils font entièrement confiance, leur tend? Bien sûr ils savent à un certain niveau que tous leurs pairs se « dopent », et cette systématisation a une vertu déculpabilisante mais, que signifie vraiment pour eux « se doper» ? Aussi une question précise se posait d'emblée: quel est le niveau de connaissance que les sportifs, en particulier les jeunes, ont des produits dopants? Autrement dit appréhender le point de vue du consommateur pour lequel on sait déjà, par analogie aux produits alimentaires courants que la lecture puis la compréhension de la composition sont loin d'être une évidence. Or, une bonne partie des conduites dopantes relève de l'alimentaire, des barres énergétiques aux potions dosées comme des cocktails en passant par les pilules et autres cachets. Chaque utilisateur est-il bien 22

informé lorsqu'il ouvre la porte du réfrigérateur ou celle de la pharmacie que certaines substances sont nocives et (ou) interdites? Rien n'est moins sûr. Même si nous, en qualité d'observateurs, n'ignorons rien de la liste sans cesse réactualisée des produits interdits. Les observations montrent, sans que cela provoque aucune surprise, que les jeunes différencient les produits davantage par le lieu de leur commercialisation (supermarché, pharmacie...) que par leur composition chimique. Il était essentiel que l'enquête à l'initiative de la Direction Départementale de Jeunesse et Sports de l'Aveyron pose comme référence le point de vue de l'usagerl8 sans l'altérer par des jugements de valeur, se démarquant ainsi de la plupart des actions menées pour prévenir ou réprimer les conduites dopantes qui privilégient trop souvent encore le point de vue des observateurs que sont les juristes, les médecins, les élus même si les approches actuelles tendent à intégrer tous les niveaux de réflexion y compris l'éclairage anthropologique. De même a-t-on pu constater, vu le très grand nombre d'appels téléphoniques au numéro vert mis en place par le Ministère de la Jeunesse et des Sports sur la question du dopage, combien il était important et urgent d'entendre ce que les usagers ont à dire.

18 Cette notion du « point de vue de l'usager» est explicitée par Philippe Bruneau et Pierre-Yves Balut (1997) dans leur théorie de l'Artistique construite pour des besoins pratiques d'ordre archéologique mais dont le champ d'application est plus large. « L'affaire se complique encore pour les sciences de l'homlne qui, comme l'archéologie, s'attachent à un objet souvent éloigné dans le temps, le lieu ou le milieu et pratiquent ainsi l'observation rétrospective ou, si l'on ose dire, télescopique. En effet, l'autoformalisation de l'objet inclut toujours la divergence que, sociologiquel1zent, instaure en tout l'arbitraire de la personne; mais cet irréductible écart entre les hommes est plus ou moins fort et s'accentue évidemment au fur et à mesure que s'augmente la distance entre les temps, lieu et milieu de l'objet observé et ceux de l'observateur. Ici encore, son arbitraire ne saurait s'imposer, ni son point de vue se substituer à celui des homInes qu'il observe, ceux que d'un mot nous appelons les « usagers» parce que chez eux le langage, l'art, la société et le droit s y particularisent en un « usage» historiquement situé, et qui n'est donc pas le nôtre. » 23

Une fois établi que les pratiques dopantes, en toute connaissance de cause ou non, étaient plus répandues qu'il n'est conventionnellement admis de le présenter on pouvait se risquer à poser la question si simple qu'elle en est ridicule car tout le monde pense avoir la réponse: pourquoi se dope-t-on ? Une évidence, nous dit-on, pour de l'argent, pour gagner, pour répondre aux attentes de l'entourage, pour devenir le champion, pour le rester... Autant de justifications qui prennent pied sur des objets et des objectifs extérieurs et qui supposent une orientation préalable du désir rapportée en conséquence à un plan non plus sociologique mais axiologique. Tout le monde ne désire pas être un sportif couvert de lauriers, ni même un sportif tout simplement. « Comment se représente-t-on en sportif? » est une interrogation première que nos partenaires de l'Université ont affiné en : « Comment se constitue l'image sportive de soi? » en nous proposant d'en tracer les premières esquisses. L'enquête directe est apparue comme un moyen fiable d'approcher cette représentation de soi, préfiguration au projet de gagner ou d'être un champion. Cette visée, de l'ordre de la déictique19 est un trait pertinent dans la dialectique entre instance et performance. En effet, on peut poser que I'humain (du fait même de son humanité) est instanciellement en capacité de vouloir gagner, de vouloir accéder à la personne20, de techniciser son univers... Mais que s'ouvrent devant lui plusieurs chemins pour y parvenir. La personne que l'on peut qualifier par facilité de « sociale» se diffracte en autant de facettes que d'images de soi, parmi lesquelles l'image sportive de soi que le questionnaire a tenté de cerner.

19Pour la notion d'industrie déictique ( littéralement: montreuse) telle qu'elle est utilisée ici voir: P. Bruneau, P.-Y. Balut (1997), p.IOO-I03, (op. cit). 20 La notion de « personne» est ici utilisée dans le sens ou elle empêche la coïncidence de la grégarité animale et de la société humaine, de la vie et de J'histoire et ou elle pose ethniquement la divergence, l'arbitraire. Cette « personne» est, à travers la capacité à diverger, très présente dans le monde sportif. 24

Nous avons souhaité nous adresser à un public mineur qui ne soit pas trop éloigné du contexte des pratiques adultes, les jeunes de 16 et 17 ans correspondaient bien à cette intention première avec en plus les avantages induits que cette période de la vie nous offre sur les problématiques de l'identification marquée par des évolutions majeures. En outre, c'est l'âge des premières véritables confrontations à la dureté de la compétition ainsi qu'à l'anxiété qu'elle génère. A 16 ou 17 ans il faut souvent « faire ses preuves» dans le sport comme dans les études, être jugé sur le stade comme dans la sal1e d'examen, avec les mêmes tentations du coup de pouce ou de fouet que sont les vitamines, les reconstituants, les tranquillisants... L'image sportive de soi, modèle théorique, a ouvert l'analyse sur une typologie dessinant des tendances chez les jeunes sportifs, ce qui permet de mettre en évidence des risques potentiels et d'envisager les moyens de pouvoir les réduire directement ou indirectement. Cet éternel retour au quotidien et à la réalité caractérise bien le souci d'une administration «de terrain» qu'une direction départementale de la jeunesse et des sports ne cesse d'être, il met aussi en évidence le besoin de théorisation et de recul auquel seule l'Université pouvait répondre. Directement, en relevant par exemple les images déjà véhiculées par les magazines que lisent les jeunes et leur association éventuelle à des conduites dopantes. Indirectement, en formant les formateurs à cette approche psycho sociologique du sportif en devenir pour lequel ils sont éducateurs et guides. Les attendus de cette enquête peuvent paraître excessifs, eu égard à l'échantillonnage assez réduit de jeunes interrogés, une seconde enquête, plus large devrait assurer nos premières hypothèses. Une évolution que l'on peut déjà acter est exogène, se fondant non pas sur les mesures que l'outil-questionnaire a permis de prendre (ce qui reste notre objectif essentiel) mais sur les répercussions de l'introduction de l'outil dans le milieu 25

sportif. Celles-ci, perceptibles dès la restitution publique du travail d'analyse des données, le 4 mai 1999, en présence de Jean Poczobut21, n'ont cessé de croître au sein d'un mouvement sportif attentif, engagé et enthousiaste. J'insisterai sur la recherche de I'harmonie de nos relations partenariales, seul véritable levier de terrain, sans laquelle nous ne pourrions approfondir ni relayer nos réflexions. Notre volonté commune, en effet, s'autorise toutes les ambitions ; il s'agit pour ce qui est de nos formations, en particulier celles de nos futurs éducateurs sportifs, davantage de faire émerger une éthique que d'apprendre une morale liée au sens des valeurs et à la question des règles. L'éthique se distingue pour nous des normes et du discours pour investir « ce que l'on fait de soi». C'est pourquoi l'esquisse d'une image sportive de soi prend un sens d'autant plus aigu que le monde sportif se réfugie volontiers dans le seul respect des règles, des valeurs ou du devoir, transformant par le langage un sentiment d'infériorité que l'extérieur lui renvoie (les jambes sans la tête, prof d'E.P.S. moins prof que les autres...) en complexe de supériorité ancré dans un passé mythique. Le sportif est pour nous un philosophe comme les autres; « faire du sport c'est apprendre à vivre, c'està-dire à mourir» (et vice et versa) pour autant que la conscience précède l'action. Le dopage est dans ce cas avant tout affaire d'inconscience, aliénation prenant sa source dans l'ignorance de soi. La représentation du monde (sportif) est nécessaire à l'expression de la volonté, induisant la capacité de ne pas vouloir, de refuser ce qui porte atteinte à l'intégrité, non seulement du point de vue physique, que l'on présente parfois avec à la clé le suivi médical comme seul remède, mais sur le plan de l'investissement de l'individu dans l'éthique.

21 Jean Poczobut occupait à cette date la fonction de Conseiller technique sport auprès de Madame la Ministre de la Jeunesse et des Sports. Il est également membre du conseil de la Fédération Internationale d'Athlétisme.

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2 Le corps et l'esprit Dans les problématiques sur la santé du sportif, il est plus fréquent de questionner le corps que l'esprit. II est probable que cela tienne à l'insuffisance du regard porté plus qu'à un choix délibéré. Quoi qu'il en soit, s'il on accepte la réalité actuelle de cette prégnance du corps il paraît urgent que chaque sportif ait les moyens d'accéder à une connaissance précise de son anatomie, de sa physiologie comme de son mode de fonctionnement neurologique. Les programmes des formations menant au diplôme d'éducateur sportif prévoient que tout cela puisse être traité mais dans la mise en oeuvre, le maître tendant souvent à s'adapter à la demande, c'est surtout une mécanique générale qui a la part belle. Passer du « comment ça marche» à comment «je fonctionne» c'est un peu passer du ça (neutre et germanique) à l'ego (expression latine du tiers dans la conscience de SOi)22. ès lors D que ce type d'analyse émerge, le produit dopant n'apparaît pas sous le même jour selon qu'il s'agit d'hypertrophier un muscle pour soulever davantage de fonte ou d'enlever l'anxiété que provoque la mise enjeu en quelques instants d'un titre sur lequel des années d'efforts voire de souffrance trouvent leur justification ou non. Alors le champ d'action du préparateur physique se distingue très nettement de celui du préparateur mental, leur complémentarité de plus en plus admise dans les préparations de haut niveau trouve avec la question du dopage un partenariat nouveau à développer. En effet une préparation mentale particulière de l'athlète peut probablement remplacer

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22Les notions de ça et d'ego ainsi que leur présentation dialectique effleurée ici se réfèrent aux définitions que Jean Gagnepain, Professeur à l'Université de Rennes, explicite dans sa Théorie de la Médiation. Ces questions étaient également centrales dans une conférence donnée par J.Gagnepain le 12 février 1988, à l'Université de Rennes II. Pour en savoir plus sur la Théorie de la Médiation, lire la présentation qu'en font Philippe Bruneau et Pierre-Yves Balut, Maîtres de conférences en Archéologie générale à Paris IV Sorbonne. 27