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Dossier Handicaper

179 pages
A partir de l'étude de publics extrêmement divers (jeunes en difficulté d'adaptation sociale et scolaire, personnes présentant des déficiences motrices, sensorielles ou intellectuelles), ces travaux soulignent comment le travail du corps et les apprentissages corporels et sociaux générés par la pratique des activités physiques et sportives adaptées participent, à différent niveaux, à la construction et à la mobilité du sujet.
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Dossier « Handicaper »

www.1ibrairieharmattan.com Harmattan 1 @wanadoo.fr diffusion.harmattan @wanadoo.fr <9- L'Harmattan, ISBN: 2005

2-296-00020-7

EAN : 9782296000209

Sous la direction de

ANNE MARCELLINI

Dossier « Handicaper»
Education corporelle et handicap

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polyteclmique ; 75005 Paris

FRANCE
L'Hannattan Hongrie Kbnyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest Espace L'Harmattan Kinshasa L'Harmattan Italia L'Harmattan Burkina Faso Fac .des Sc Sociales, Pol et Adm. , BP243, KIN XI Université de Kinshasa Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE 1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

- RDC

Dossier« HANDICAPER»
« Du contrôle du corps à la mobilité du sujet »
Sous la direction d'Anne Marcellini

Sommaire
Préface pp.9-12

Garcia C. Action sociale par le sport: contrainte par corps ou liberté du sujet? pp. 13-29

Raufast A. & Raufast L. Sémiologies sportives, handicaps et stratégies éducatives. pp. 31-46

Marcellini A. Déficiences et ritualité de l'interaction. Du corps exclu ill 'éducation corporelle. pp.47-60

Garel J.P. La reconnaissance de la capacité d'agir sur et par un corps altéré, enjeu de la construction du sujet. pp. 61-71

Barbin J.M. L'épreuve du corps paralysé dans l'apprentissage sportif. Ou le parcours de «Je-u» du blessé médullaire dans son processus de re-co-naissance sociale. pp. 73-85

Pépin C. Activités Physiques Adaptées. Une épistémologie des singularités. pp. 87-99

Préface
Ce dossier « Handicaper» de la revue « Eduquer - Binet
Simon », a pour objectif de présenter des réflexions innovantes sur les relations entre corps et sujet. Pour cela six chercheurs ont été sollicités pour développer à partir de leurs travaux scientifiques sur l'éducation physique et sportive ou les pratiques physiques et sportives des personnes dites handicapées ou e11 difficulté d'adaptation psychologique ou sociale, une analyse autour de la question du contrôle du corps dans ses relations avec le sujet. Les personnes dites handicapées ou « déviantes» le sont le plus souvent par rapport à un corps désigné comme déficient, qu'il s'agisse d'une déficience de la structure corporelle, d'une déficience intellectuelle ou d'un trouble psychique ou encore d'une apparente perturbation du contrôle comportemental, perçue comme déficience des processus de contrôle de soi. L'éducation physique et sportive spécialisée et les activités physiques adaptées proposent à l'enfant et à l'adulte des apprentissages corporels, cognitifs et sociaux qui contribuent à la construction progressive d'un corps plus « discipliné », «redressé» (G. Vigarello, 1978, 2001), orienté vers des gestes précis, visant l'efficacité fonctionnelle ou esthétique (le gestus au sens de J. Le Goff). Cette éducation corporelle peut être envisagée comme contrainte externe, comme contrôle social visant à produire la mise en conformité du sujet au regard des attentes du système à son égard. Cette injonction de mise en conformité peut être interprétée comme aliénation du sujet à une structure sociale qui limite voire empêche l'expression de celui-ci. Pour le dire autrell1e11t, 'éducation corporelle de ces personnes peut être vue l comme contrainte d'assimilation, c'est-à-dire contrainte faite à ces corps différents de devenir «semblables» aux autres, d'entrer dans le modèle normatif du corps performant. En ce sens, il s'agirait de défendre I'hypothèse relativement classique

d'un contrôle social du corps réduisant la mobilité du sujet, au sens de sa liberté et de sa dynamique créative. Mais la particularité du public dont nous parlons ici, et son « a-normalité» en particulier, doit également nous amener à envisager une hypothèse seconde selon laquelle l'apprentissage de techniques du corps singulières (ici sportives) permet un certain auto-contrôle du corps qui autorise une expression et une mise en scène du corps assurant un espace de mobilité pour le sujet. Il s'agirait ici de montrer que l'apprentissage corporel, en autorisant le dépassement d'une motricité stigmatisante (le gesticulatio, au sens de J. Le Goff c'est-à-dire « des gesticulations et autres contorsions qui rappellent le diable », p.161), autorise alors l'accès du sujet aux normes et codes de corporels, et à une existence propre. La présentation des recherches proposée dans ce dossier doit permettre d'éclairer SOlISdifférents aspects les relations entre corps « vivant» et sujet, à partir du terrain des pratiques physiques et sportives. Céline Garcia, en s'intéressant aux opérations «d'action sociale par le sport» dans les quartiers défavorisés, met en scène de façon parallèle les discours des éducateurs sportifs et des jeunes pour souligner comment le « procès de civilisation» (Elias N. & Dunning E., 1994) est ici central. Les discours sur la « sauvagerie» de ces enfants, par ailleurs largement relayés par les discours journalistiques, s'articulent ici sur la violence dénoncée par les jeunes, légitimant une recherche de cadrage et de contrôle dont le gymnase devient le symbole. C'est également à partir des «perturbations comportementales» et des « incivilités» qu'André et Lionel Raufast nous invitent à une réflexion reliant anthropologie et psychanalyse pour éclairer ce qu'ils désignent comme une « boulimie de contacts corporels» observable dans les conduites scolaires et sportives des jeunes dits « difficiles ». Leur attention aux signes corporels les amène à des propositio11s en termes de stratégies éducatives, donnant toute leur importance aux sémiologies sportives. S'attachant également 10

aux codes corporels et à leur importance dans la structuration et le maintien des interactions, Anne Marcellini montre comment les déficiences motrices, sensorielles ou intellectuelles perturbent, chacune à leur manière, les possibilités de participation sociale des personnes touchées par ces déficiences. L'apprentissage sportif, vu au travers d'une sociologie de l'interaction, apparaît sous un jour singulier, celui d'un apprentissage normatif et contraignant, qui offre, de ce fait même, la possibilité d'optimiser des capacités de « figuration» nécessaires à la rencontre. Jean Pierre Garel et Jean Marc Barbin, abordant chacun un type d'atteinte corporelle précis, l'infirmité motrice cérébrale pour le premier, et la blessure médullaire et la paralysie pour le second soulignent dans leurs analyses les liens essentiels entre l'activité corporelle et la reconnaissance sociale. C'est ici les interactions entre corps, identité et construction du sujet qui sont étudiées, dans une articulation fondamentale entre psychologie et sociologie. Christine Pépin nous propose, pour clore ce dossier, une analyse épistémologique des travaux scientifiques développés en Activités Physiques Adaptées. Gageons que ces différentes contributions permettront un abord nouveau des divers processus qui peuvent « handicaper », mais surtout sauront tracer des pistes vers la conception de stratégies éducatives qui peuvent réduire le handicap, c' est-àdire réduire le désavantage social qui pèse sur ceux dont le corps déborde, à leur corps défendant, des normes instituées. Et si comme la mise en place progressive d'interventions comme les diagnostics prénataux et la sélection d'embryons le laisse présupposer, notre société tend plutôt à considérer que le sujet dépend de la qualité de son corps vivant (Andrieu B., 2004, p.37), est ici défendue la thèse selon laquelle c'est surtout de l'activité corporelle, du jeu du corps et de la mise en scène du corps que dépendent la construction et la mobilité du sujet. A. Marcellini Il

Références Andrieu B. (2004). Le corps en liberté: invention ou utilisation du sujet, Bruxelles, Labor - Espace de libertés. Elias N. & Dunning E. (1994). Sport et civilisation: la violence maîtrisée, Paris, Fayard. Le Goff J. & Truong N. (2003). Une histoire du corps au Moyen Age, Paris, Liana Levi. Vigarello G. (1978). Le corps redressé. Histoire d'un pouvoir pédagogique, Paris, Editions universitaires [réédition 2001, Paris, Armand Colin].

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Action sociale par le sport: contrainte par corps ou liberté du su~t ?

Céline Garcia, Laboratoire «Génie des Procédés Symboliques en Santé et en Sport », JE n02416, Université Montpellier 1.

I / Introduction
Depuis le début des années 80, chercheurs, acteurs sociaux et pouvoirs publics se mobilisent autour des phénomènes de violence de plus en plus fréquents dans les quartiers défavorisés. Des commissionsl se succèdent pOLIr apporter des solutions à ces phénomènes et l'activité physique apparaît, tant dans les propos politiques, que dans ceux de la recherche scientifique, comme une solution pour préserver la cohésion sociale. Le sport est alors présenté comme étant éducatif par essence et comportant des valeurs morales de solidarité, de fair-play, de respect des autres, de santé, de bien être... Les notions de respect de la règle, de la loi (intrinsèques au jeu sportif) mais aussi de respect de l'autre et de solidarité seraient, selon de nombreux auteurs2, des valeurs transférables au quotidien par le biais de l'outil sport. Pour l'action sociale, l'outil sport apparaît comme le moyen d'intervenir sur des comportements considérés, par le politique et les acteurs sociaux en place sur les différentes municipalités, comme des comportements déviants et parfois violents. Il s'agit ainsi, par le
1 Rapport Bonnemaison (mai 1982); Opérations Prévention Eté (été 1982) ; Loi Avice (1984, 2000).. . 2 Arnaud, L. (1999); Callède, J.P. (1991); Charrier, D. (1997); Dumont, J.F. (1999); Therme, P. ( 1995).

biais d'une éducation corporelle, d'amener l'enfant et l'adolescent en difficultés vers un modèle comportemental de citoyenneté. Mais au vu de la médiatisation qui existe aujourd'hui autour du système sportif, les faits d'actualités comme le dopage (Vigarello, 1999), la corruption (Bourg, 1999), la tricherie, mais aussi les phénomènes de violences et d'incivilités liés au supportérisme (Brohm, 1993 ; Bromberger, 1995), le recours à la pratique sportive pour favoriser l'acquisition d'un comportement citoyen, semble paradoxal et questionne. D'autant que de nombreux auteurs démontrent les effets négatifs de la pratique physique sur le comportement et mettent en avant le sportif de haut niveau comme modèle identificatoire dangereux pour l'adolescent en quête d'identité (Clément, 1991 ; Garcia, 2000 ; Gutton, 1991 ; Masse, Jung & Pfister, 2001 ; Thomas, 1993). La question soulevée dans cet article est celle du modèle de comportement recherché par ces actions dont les objectifs oscillent, souvent, entre accompagner l'enfant dans l'acquisition d'un comportement citoyen et produire un corps conforme à un idéal politique de citoyenneté. En effet, lorsque dans les quartiers dits sensibles, le politique doit intervenir pour préserver le fonctionnement social, l'éducation corporelle devient alors l'outil pour produire de l'identique et ainsi remettre dans la norme celui qui ne l'est plus. Dés lors l'objectif d'éducation semble tendre vers un objectif de contrôle et de contrainte des corps. A ce niveau, la question de la liberté du sujet dans l'acceptation ou non d'un modèle de comportement est centrale. Sur ce point, les évènements auxquels on assiste dans les banlieues ne font que mettre en lumière d'anciennes valeurs et vertus prêtées jadis à l'activité physique. En effet, dans la société grecque classique, l'objet de l'éducation était, avant toute chose, la transformation du jeune homme (issu de l'élite aristocratique) en citoyen, afin de lui permettre d'acquérir la reconnaissance sociale par le biais, notamment, de son apparence corporelle et de ses aptitudes physiques. Ainsi, 14

« «l'image corporelle », les qualités de combattant fort et habile jouaient un rôle dominant» (Elias, 1976, p. Il). Eduquer était, déjà, produire un corps en adéquation avec la norme de la société dans laquelle il évolue. Ainsi, parce que notre société occidentale est fortement imprégnée de la pensée classique3 selon laquelle l'âme supplante le corps qui est alors le lieu de pulsions qu'il faut contrôler car «de mauvaise nature », le corps doit être éduqué, normalisé pour produire le citoyen modèle. Cette position restera dominante dans les sociétés chrétiennes occidentales où tout ce qui relève du corps pulsionnel, naturel, va être nié au profit du corps raisonnable et maîtrisable. D'ailleurs, pour Foucault (1975), le XVlllème siècle voit naître la société disciplinaire et, avec elle, des « méthodes qui permettent le contrôle minutieux des opérations du corps, qui assurent l'assujettissement constant de ses forces et leur imposent un rapport de docilité» (Foucault, 1975, p. 139). On assiste alors à une véritable politique de coercition se fondant sur un rapport d'appropriation des corps, une manipulation calculée de leurs éléments. La pratique physique à visée essentiellement corrective fait partie du châtiment disciplinaire car « doit être punit celui qui est non-conforme à la règle» (Foucault, 1975, p.180). Le modèle de pouvoir disciplinaire se fonde sur la normalisation et suppose une emprise sur les corps afin de forger des comportements conformes (Evrard, 1995). D'ailleurs, «éduquer », du latin educare de ducere signifie conduire et exprime l'idée d'un changement d'état, d'un passage. Le mot « éducation », du latin educatio, peut être défini comme l'apprentissage des bons usages d'une société ainsi que comme l'action de former et d'instruire. Donc, dans l'action d'éduquer est sous jacente l'idée d'une transformation vers un autre état, conforme aux
Le thème de la culture du soi est majeur dans les philosophies du corps. Ce thème véhicule le principe socratique de s'occuper de soi (epimelei heautou) d'un point de vue de l'attitude et des manières de se comporter. Ainsi, dans la culture du soi, « l'inquiétude porte surtout sur le point de passage des agitations et des troubles, en tenant compte du fait qu'il convient de corriger l'âme si on veut que le corps ne l'emporte pas sur elle et rectifier le corps si on veut qu'elle garde l'entière maîtrise sur elle-même» (Foucault, 1984, p. 79). 3

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normes sociales en vigueur. Eduquer serait conduire un enfant vers le socialement acceptable. Dans le cadre des objectifs d'éducation de l'école républicaine, former le citoyen en passant par le corps (l'activité physique) perdure. En effet, au XIXème siècle, l'école républicaine réprime tout comportement ne convenant pas à l'idéal social et l'éducation a pour mission de socialiser, de civiliser (Prost, 1990, p. 35). La pratique physique qui est alors préconisée à l'école primaire tend à rationaliser le geste, c'est une gymnastique «patriotique» et «militaire », mais aussi une «gymnastique pour tous» (Pociello, 1999, p. 57). Ainsi, le système scolaire discipline les corps qui se ferment, se neutralisent, au profit de l'intellect (Pujade-Renaud, 1979; Schérer, 1996). Devant l'injonction de silence et d'immobilité transmise par l'école, la place du corps dans le champ de l'éducation devient une question centrale (Denis, 1974). L'activité physique et corporelle apparaît comme une façon de rendre sa liberté au corps de l'élève afin que l'esprit se canalise davantage sur l'acquisition des connaissances, et par là même, le faire entrer dans le cadre normatif de l'école. L'importance de l'éducation corporelle et plus particulièrement de l'activité physique en vue de former le citoyen de demain, de le p(\rfaire en adéquation avec la norme de l'époque, semble être une constante dans l'évolution des sociétés occidentales. « Paravent des vertus sociales, porteur de santé morale et physique, le sport s'inscrit dans un processus « d'enculturation », de cadrage socialement désirable» (Clément, 1991, p. 10). Le choix politique de proposer une pratique physique en réponse à la délinquance n'est donc pas anodin, un tel choix ayant déjà fait ses preuves dans un objectif de contrôle des comportements déviants et de fabrication des corps (Foucault, 1975). D'ailleurs, le sport moderne n'est-il pas selon Elias une euphémisation de la violence, une «violence maîtrisée» (Elias, 1976)? Les violences inter-individuelles directes existant dans le passé ayant disparues au fil du temps, et au fur et à mesure qu'un idéal civilisateur s'installe dans les 16

mœurs, le sport serait vécu comme la possibilité d'un exutoire aux énergies pulsionnelles (Deutsch, 1993). L'activité physique serait ainsi un outil permettant au corporel de se libérer et de s'exprimer, et non un moyen de contraindre le corps. L'utilisation de l'activité physique à des fins éducatives et socialisantes questionne de ce point de vue car, il s'agit bien ici d'amener le jeune vers l'acquisition d'un autre comportement, d'un autre corps, jugé conforme selon un idéal social. Dans le cadre de l'action sociale par le sport, le gymnase est un espace à considérer comme le lieu où les objectifs politiques sont mis en acte, le lieu où le corps est le support de l'acquisition d'un comportement citoyen. Mais, le gymnase doit-il être considéré comme un lieu de contrainte ou de libération pour le corps? Quel est ce modèle de comportement que les actions tentent de mettre en place et comment est-il vécu par les jeunes?

III Méthodologie

1 L'entretien non directif
Dans le cadre de ce travail les données ainsi que les résultats sont orientés sur l'individu en tant que «sujet ». La démarche clinique a été employée car elle consiste à « considérer le sujet (individu, groupe ou institution) dans sa singularité historique et existentielle pour l'appréhender dans sa totalité au travers d'une relation nouée avec lui. Cette démarche mène le chercheur à l'examen approfondi, à l'aide des méthodes qualitatives qui lui paraissent pertinentes, d'un cas individuel en situation» (Mucchielli, 1996, p. 25). L'intérêt a ainsi été porté au point de vue de l'individu, ses représentations, et ce, avec l'entretien non directif comme outil (Blanchet, 1991; Chiland, 1997). Les participants à l'étude ont été interviewés, à l'aide d'un dictaphone, durant 45 à 60 minutes. 17