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Du rituel au record

De
244 pages
Appuyé sur la sociologie historique de Max Weber, Du rituel au record vise la construction d'un paradigme susceptible d'expliquer l'unité du sport moderne au regard des pratiques sportives de l'Antiquité, du Moyen Age et du début de la modernité. Il entreprend aussi d'identifier quels sont les traits les plus marquants de l'expérience sportive américaine. L'analyse développe et illustre une définition du sport moderne, tout en instaurant un dialogue fécond entre histoire, sociologie, anthropologie et littérature.
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Du rituel au record

Collection "Espaces et Temps du Sport" dirigée par Jean Saint-Martin et Thierry Terret

Le phénomène sportif a envahi la planète. Il participe de tous les problèmes de société, qu'ils soient politiques, éducatifs, sociaux, culturels, juridiques ou démographiques. Mais l'unité apparente du sport cache mal une diversité aussi réelle que troublante: si le sport s'est diffusé dans le temps et dans l'espace, s'il est devenu un instrument d'acculturation des peuples, il est aussi marqué par des singularités locales, régionales, nationales. Le sport n'est pas éternel ni d'une essence transhistorique ; il porte la marque des temps et des lieux de sa pratique. C'est bien ce que suggèrent les nombreuses analyses dont il est l'objet dans cette collection créée par Pierre Arnaud qui ouvre un nouveau terrain d'aventures pour les sciences sociales.

Dernières publications:

- Sylvain

Villaret, Naturisme et Education corporelle, 2006.

- Cécile Ottogalli-Mazacavallo, Femmes et alpinisme. Un genre de compromis (1874-1919),2006 - Jacques Dumont, Histoire du sport en Martinique, 2006. - Pascal Leroy, François Faber. Du Tour de France au champ d'honneur,2006

www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattanl @wanadoo.fr (Ç) L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-01097-0 EAN : 9782296010970

Allen Guttmann

Du rituel au record
La nature des sports modernes

Traduit et présenté par Thierry Terret

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; FRANCE

75005 Paris

L'Hannaltan Hongrie Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-]6 ]053 Budapest HONGRIE

Espace Fac..des

L'Harmattan Sc. Sociales, BP243,

Kinshasa Pol. et Adm.

L'Harmattao Italia ] Via Degli Artisti, 5 10124 Torino ITALIE

L'Harmattan ]

Burkiua

Faso

1200 logements 2B2260

villa 96 12

KIN Xl - RDC

Ouagadougou FASO

Université

de Kinshasa

BURKINA

Allen Guttmann, Professeur au Département des Etudes Américaines à Amherst College, Amherst, Massachusetts Autres ouvrages de l'auteur:
The Wound in the Heart: America and the Spanish Civil War, New York, Free Press, 1962. The Removal of the Cherokee Nation, Boston, D.C. Heath, 1962 (avec Louis Filler). American Neutrality and the Spanish War, Boston, D.C. Heath, 1963. Communism, The Courts, and the Constitution, Boston, D.C. Heath, 1964 (avec Benjamin Munn Ziegler). The Conservative Tradition inAmerica, New York, Oxford University Press, 1967. Korea and the Theory ofLimited War, Boston, D.C. Heath, 1967. The Jewish Writer in America: Assimilation and the Crisis of identity New York, Oxford University Press, 1971. From Ritual to Record: The Nature of Modern Sports, New York, Columbia University Press, 1978. The Life of George Washington, by Washington Irving, 3 vol., Boston, Twayne, 1982 (avec James A. Sappenfield). The Games Must Go On: Avery Brundage and the Olympic Movement, New York, Columbia University Press, 1984. Sports Spectators, New York, Columbia University Press, 1986. A Whole New Bal! Game: An Interpretation of American Sports, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 1988. Women 's Sports, New York, Columbia University Press, 1991. The Olympics: A History of the Modern Games, Urbana, University of Illinois Press, 1992. Games and Empire: Modern Sports and Cultural Imperialism, New York, Columbia University Press, 1994. The Erotics in Sports, New York, Columbia University Press, 1996. Japanese Sports: A History, Honolulu, University of Hawaii Press, 2001 (avec Lee Thompson). Encyclopaedia ofWomen's Sports, 3 vol., New York, Macmillan, 2002 (avec Karen Christensen et Gertrud Pfister). Sports: The First Five Millennia, Amherst, University of Massachusetts Press, 2004.

Allen Guttmann, From Ritual to Record. The Nature of Modern Sports, New York, Columbia University Press, 1978, édition révisée en 2004. Traduction allemande: Karl Hofmann, 1979. Traductionjaponaise : Britannica of Japan, 1981. Traduction italienne: Edizioni schientifiche italiane, 1994. Traduction portugaise: 2006 Traduction coréenne: 2006

Allen Guttmann, From Ritual to Record et l'histoire du sport
Dans un ouvrage récent extrêmement suggestif sur la manière dont les historiens écrivent l'histoire du sport, Douglas Booth introduit son propos en signalant que seuls quatre ouvrages parmi les milliers produits sur ce sujet sont reconnus de manière consensuelle par la communauté internationale comme des références incontournables 1. From Ritual to Record est de ceux-Ià2. Il est à la fois le plus ancien des quatre ainsi que celui qui, depuis sa publication en 1978, s'est probablement imposé comme le plus cité et le plus utilisé dans les travaux qui l'ont suivi en histoire du sport et, dans une certaine mesure, en sociologie du sport. Autant l'avouer: il introduit une rupture dans l'historiographie du sport. Aux Etats-Unis, l'histoire du sport n'en est pourtant plus à ses débuts lorsque l'ouvrage paraît. Depuis la thèse pionnière soutenue par John R. Betts en 19513, elle connaît une remarquable impulsion dans les années 1960. Si l'on en croît Earle F. Zeigler, plus de 600 masters et thèses abordant l'histoire du sport et de l'éducation physique y auraient été soutenues entre 1930 et 19674. En 1972, Canadiens et Américains constituent un réseau plus stable en créant la North American Society of Sport History (NASSH), puis en publiant à partir du printemps 1974 la revue spécialisée qui, bientôt, s'impose
1

Douglas Booth, The Field. Truth and Fiction in Sport History, London & New York, Routledge, 2005, p. 2.
2

Les trois autres sont respectivement

James A. Mangan, Athleticism

in the Victorian

and Edwardian Public School, Cambridge, Cambridge University Press, 1981, Richard Holt, Sport and the British, Oxford, Oxford University Press, 1989 et Patricia Vertinsky, The Eternally Wounded Woman, Manchester, Manchester University Press, 1989. 3 John R. Betts, Organized Sport in Industrial America, Doctoral dissertation, Columbia University, New York, 1951. 4 Earle F. Zeigler, Issues and Problems facing the developing researcher in sport and physical education history, in Robert Day & Peter Lindsay (eds), Sport History Research Methodology, Proceedings of a Workshop held at the University of Alberta, May 28 - June 1, 1980, pp. 11-24. 7

comme l'une des plus importantes du domaine au niveau international, le Journal olSport Historyl. Allen Guttmann ne fait alors pas partie de ceux qui institutionnalisent ainsi le champ de l'histoire du sport. Titulaire du

prestigieux collège d'Amherst, dans le Massachusetts2,depuis 1959 un établissement auquel il est resté fidèle depuis - il poursuit des
recherches en American Studies qui se situent à l'articulation de l'histoire et de la littérature. Particulièrement prolifique, il publie sept ouvrages entre 1962 et 1971. La plupart touchent à la question de l'identité nationale, soit pour tenter de caractériser ce qui fonde l'identité américaine3, soit pour analyser la redéfinition identitaire qu'imposent aux Etats-Unis la guerre froide et le communisme4. Mais l'intérêt porté par Allen Guttmann à l'identité de son pays devait nécessairement l'amener à intégrer le sport dans sa réflexion, compte tenu du poids immense que celui-ci avait historiquement pris dans la culture américaine. Dans From Ritual to Record, l'auteur précise même dans quelles conditions le virage intellectuel s'est produit. En 1969, alors qu'il séjournait en Allemagne et assistait à un match de football dans le stade olympique de Berlin, il s'est surpris à s'interroger sur ce qu'il voyait autour de lui: des spectateurs allemands, passionnés par un sport qui n'existait quasiment pas aux Etats-Unis, alors que les Américains ne juraient pour leur part que par le base-baIl et le football américain.
I Pour une vision d'ensemble de l'historiographie nord-américaine du sport, voir notamment Nancy Struna, Sport History, in John D. Massengale & Richard A. Swanson (eds), The History of Exercise and Sport Science, National Association for Physical Education in Higher Education, Champaign, Il., Human Kinetics, 1997, pp. 143-179. 2 Et cela bien qu'il soutienne sa thèse dans l'Université de Minnesota, en 1961. 3 Allen Guttmann et Louis Filler (eds.), The Removal of the Cherokee Nation, Boston, D.C. Heath, 1962 ; Allen Guttmann, The Conservative Tradition in America, New York, Oxford University Press, 1967 ; Allen Guttmann, The Jewish Writer in America: Assimilation and the Crisis of identity, New York, Oxford University Press, 1971.
4

Allen Guttmann, The Wound in the Heart: America and the Spanish Civil War,

New York, Free Press, 1962 ; Allen Guttmann (ed.), American Neutrality and the Spanish War, Boston, D.C. Heath, 1963 ; Allen Guttmann et Benjamin Munn Ziegler (eds), Communism, The Courts, and the Constitution, Boston, D.C. Heath, 1964 ; Allen Guttmann (ed.), Korea and the Theory of Limited War, Boston, D.C. Heath, 1967. 8

De ces premiers questionnements naît un projet, développé entre 1973 et 1978. Mais alors que les historiens du sport nordaméricains s'intéressent essentiellement à l'analyse des institutions sportives, Allen Guttmann entreprend de comprendre ce qui unit le sport à l'Amérique moderne. D'où une double perspective de recherche, celle de la modernité et celle de l'identité. Comme le résume Nancy Struna, la question centrale devint: «Comment et pourquoi les sports modernes ont émergé quand ils l'ont fait et quelle en est la signification dans le cadre plus large des valeurs et de la culture américaines? »1. D'une certaine manière, les trois premiers chapitres de From Ritual to Record apportent une réponse à la première partie de la question, les trois derniers à la seconde. Ce double questionnement n'échappe évidemment pas aux réflexions à caractère anthropologique, philosophique ou psychologique qui se développent depuis le milieu des années 1960 sur la définition du sport2. Il n'échappe pas davantage au contexte politique du moment. Le livre paraît au cœur de la guerre froide, alors que le sport traduit l'état des équilibres entre les deux blocs de l'Est et de l'Ouest. Dans les exemples choisis, dans les comparaisons faites, dans les préoccupations mêmes de l'auteur, le temps de l'écriture reflète manifestement son époque. Enfin, malgré sa portée internationale, le livre est bien celui d'un Américain, qu'il s'agisse en partie de l'objet choisi (la spécificité du sport aux Etats-Unis), ou des nombreuses références au base-baIl, au football américain ou à la littérature américaine. Pourtant, ce que l'histoire récente a retenu de From Ritual to Record est moins la réflexion sur l'éventuelle spécificité du sport aux Etats-Unis ou les raisons pour lesquelles le base-baIl y devient le sport national, que la relation de ces activités à la modernité. Allen Guttmann construit en effet un modèle d'intelligibilité des sports en
Nancy Struna, Sport History, op. cil., p. 162. Cest le cas aux Etats-Unis (par exemple John W. Loy, The Nature of Sport: A Definitional Effort, in Marie Hart & Susan Birrell, Sport in the Sociocultural Process, Dubuque, Iowa, Brown Company Publishers, 1972, pp. 21-37, publié dans un premier temps dans Quest, 10, 1968, 1-15), mais aussi en France: Roger Caillois, Les jeux et les hommes, Paris, Gallimard, 1958 ; Michel Bouet, Signification du sport, Paris, Editions universitaires, 1968; Bernard Jeu, Le sport, la mort, la violence, Paris, Editions universitaires, 1972 et Le sport, l'émotion, l'espace, Paris, Vigot, 1977.
2 I

9

sept dimensions - sécularisme, égalité, spécialisation, rationalisation, bureaucratie, quantification et quête des records - dont il teste
empiriquement la pertinence dans cinq grands contextes historiques et culturels, celui des sociétés primitives, grecques, romaines, médiévales et modernes. Après avoir démontré que la convergence de ces sept dimensions n'apparaît que dans l'Angleterre du l8ème siècle, il en vient alors à discuter les grands modèles d'interprétation de la genèse de ces sports modernes. Abandonnant les analyses structurales politiques et économiques, il trouve alors dans les perspectives de Max Weber l'intuition d'une relation causale entre l'éthique protestante et l'émergence des sports, qu'il dépasse finalement pour les envisager plus généralement comme liés à la naissance d'une vision scientifique du monde. Si le titre lui-même s'inspire peut-être du livre de Jessie Weston, From Ritual to Romance (1920) - d'ailleurs cité par Allen Guttman - le projet est ici tout autre, qui se construit comme une démonstration empirico-théorique plutôt que proprement historique. Au terme de l'analyse, les sept critères donnés par l'auteur fonctionnent à la fois comme définition et cadre fonctionnel pour d'autres recherches. Mais l'apport du livre n'est pas que théorique et opératoire. Il est aussi méthodologique. En raison de son propre parcours universitaire et intellectuel, d'une part, de la grande capacité à l'hybridation au sein des sciences sociales dont font preuve les Etats-Unis d'autre part, Allen Guttmann puise ses références aussi bien dans l'histoire que dans l'anthropologie, la sociologie, la psychologie, la philosophie et la littérature. A la modernité de cette approche interdisciplinaire, il ajoute enfin des perspectives comparatives internationales facilitées par sa maîtrise de plusieurs langues 1 et une large ouverture sur les travaux européens, notamment anglais, allemands et français. La fécondité du cadre d'Allen Guttmann est incontestable. Elle offre une clé de compréhension des relations entre le sport et la société que l'auteur prolongera ultérieurement dans une série d'ouvrages sur

1

Allen Guttmann séjourne aussi plusieurs années en Allemagne où il travaille dans
de Ruhr et de Tübingen.

les universités

10

le sport américain l, l' olympisme au temps de la guerre froide2, les spectateurs3, les femmes et le sport\ l'érotisme dans le sportS et la diffusion du modèle sportif. Point d'appui pour de nombreux travaux, ce cadre devait évidemment susciter débats et critiques. Certains désaccords sont théoriques et reviennent sur la pertinence du cadre weberien au regard de modèles marxistes, bourdieusiens ou éliasiens, par exemple. D'autres sont empiriques et appuient notamment leur contredémonstration sur des comparaisons avec des périodes pré-modernes ou avec des contextes non-occidentaux. Qu'il s'agisse dans un cas de l'existence d'une forte rationalisation bien avant le lSème siècle, notamment pendant la Renaissance, ou, dans l'autre, de la présence de pratiques compétitives dans un Japon féodal qui n'est pourtant pas touché par l'avènement du rationalisme et du protestantisme, les arguments sont multiples. En 1990, ils font l'objet d'une publication coordonnée par John Marshall Carter et Arnd Krüger, qui se veut une critique du modèle de Guttmann7. En 2000, dans un contexte moins polémique, la NASSH organise son vingt-huitième congrès annuel à Banff, cette superbe station des Rocheuses canadiennes. Une session spéciale y est alors consacrée à une rétrospective critique de From
Allen Guttmann, A Whole New Bal! Game: An Interpretation of American Sports, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 1988. 2 Allen Guttmann, The Games Must Go On: Avery Brundage and the Olympic Movement, New York, Columbia University Press, 1984, et The Olympics: A History of the Modern Games, Urbana, University of Illinois Press, 1992. Allen Guttmann reçoit d'ailleurs en 2001le prix de la recherche du CIO. 3 Allen Guttmann, Sports Spectators, New York, Columbia University Press, 1986. 4 Allen Guttmann, Women's Sports, New York, Columbia University Press, 1991 et Karen Christensen, Allen Guttmann et Gertrud Pfister, Encyclopaedia of Women 's Sports,3 vol., New York, Macmillan, 2002. 5 Allen Guttmann, The Erotics in Sports, New York, Columbia University Press, 1996. 6 Allen Guttmann, Games and Empire: Modern Sports and Cultural Imperialism, New York, Columbia University Press, 1994, Allen Guttmann et Lee Thompson, Japanese Sports: A History, Honolulu, University of Hawaii Press, 2001et Allen Guttmann, Sports: The First Five Millennia, Amherst, University of Massachusetts Press, 2004. Ce dernier ouvrage constitue la synthèse la plus aboutie de l'ensemble de cette œuvre. 7 John Marshall Carter & Arnd Krüger (eds), Ritual and Records. Sports Records and Quantification in Pre-Modern Societies, New York, Wesport, London, Greenwood Press, 1990. 11
1

Ritual ta Record, dans laquelle Allen Guttmann est invité à réagir aux commentaires de Susan Brownell, Colin Howell et Douglas Booth 1. Trois aspects sont plus particulièrement discutés: les relations dynamiques entre tradition, modernité et post-modernité, l'opposition entre structuralisme marxiste et approche weberienne et les contradictions de la « modernisation» en tant que processus. Tant dans

l'ouvrage de John Marshall Carter et Arnd Krüger - où les auteurs lui
ont diplomatiquement ouvert un droit de réponses2, qu'à l'occasion de la session de la NASSH, Allen Guttmann reviendra sur toutes les critiques dans des discussions extrêmement stimulantes qui ont permis non d'invalider le modèle, mais d'en préciser certains aspects3. Autant l'avouer, ces débats n'ont guère été suivis en France où, dans les années 1980, l'histoire du sport se développe relativement en marge de la communauté internationale. Allen Guttmann est pourtant

un francophile averti. Sa connaissance de la littérature française - il
est notamment l'un des meilleurs spécialistes de Montherlant - est notoire4. Mais From Ritual ta Record n'a pas eu dans l'hexagone la portée qu'il a eue dans le monde, bien que Bernard Jeu, en 1982, ait pourtant mis à disposition des lecteurs français une traduction de l'analyse qu'Allen Guttmann fait du base-balls. Peut-être le choix de traduire le chapitre présentant les sept critères aurait-il alors eu davantage de retombées? Nul ne le saura jamais. Près de trente ans après sa publication initiale et après avoir été traduit dans cinq langues, il apparaissait en tout cas nécessaire de rendre justice à ce travail inclassable qu'est From Ritual ta Record. Il est désormais temps de lui céder la place.
1 C'est en écoutant ces débats que l'idée de traduire From Ritual ta Record m'est venue pour la première fois, avant qu'Allen Guttmann ne m'en fasse la proposition cinq ans plus tard. 2 Publié dans le chapitre 13 sous le titre: Rituals, Records, Responses, in John Marshall Carter et Arnd Krüger (eds), Ritual and Records, op. cit. pp. 153-160. 3 L'écart des définitions de la rationalisation au 16èmeet au 18èmesiècle ou les conséquences théoriques de l'interaction systématique des sept critères, pour ne prendre que quelques exemples. 4 On pense notamment à Allen Guttmann, Le plaisir des sports, in Arete, vol. 1 nOl, Fall1983, pp. 113-124. 5 Il s'agit d'une première version abrégée du chapitre 4 de From Ritual ta Record, publié dans Raymond Thomas, Sport et sciences, Paris, Vigot, 1982, pp. 14-22. Dans la présente traduction, j'ai choisi de ne pas m'appuyer sur celle de Bernard Jeu afin de préserver la cohérence du chapitre vis-à-vis des autres. 12

A Doris Bargen

Préface
Dans son introduction à l'un des premiers ouvrages de psychologie du sport, le philosophe Max Scheler regrettait ce qu'il considérait comme une négligence déplorable: « Rarement un phénomène international contemporain s'est avéré un objet d'études sociales et psychologiques aussi digne que le sport. Le sport s'est développé considérablement, en volume comme en reconnaissance sociale, mais sa sirnification même n'a pas encore été vraiment prise en considération» . C'était en 1927. Cinquante ans plus tard, le sport reste l'un des phénomènes les plus discutés et, en même temps, les moins bien compris de notre temps. L'une des raisons expliquant cette faiblesse tient à la familiarité que chacun entretient avec lui et qui impose de fausses évidences. Une autre explication est que les philosophes, historiens, sociologues et psychologues qui ont abordé le sport ont peu écrit pour le grand public, au profit d'une communication interne à la communauté scientifique. Mon souhait est que la présente étude constitue une interprétation systématique et inédite des sports modernes, tout en offrant une série d'hypothèses sur ce qui est propre ou non aux sports américains. J'ai tenté plus particulièrement de définir les relations entre jeu, jeux, compétition et sports, de mettre en évidence ce qui distingue les sports modernes des sports primitifs, anciens et médiévaux, d'interpréter les conditions sociales ayant permis l'avènement des sports modernes, d'analyser les jeux spécifiquement américains que sont le base-baIl et le football américain et, enfin, d'étudier la préférence américaine pour les jeux collectifs par rapports aux sports individuels. J'espère également que cette approche intéressera et convaincra les lecteurs qui ne sont pas spécialistes autant que ceux qui le sont. J'ai cherché à clarifier, expliquer et interpréter. J'ai aussi tenté d'éviter à la fois les imprécisions et les simplifications. Si mon objectif est atteint, je le dois largement aux nombreux collègues et amis qui ont su donner un sens à l'expression « communauté
1

Introduction à Alfred Peters, Psychologie des Sports, Leipzig, Der Neue Geist

Verlag, 1927, p. xii.

15

scientifique ». Qu'il me soit permis de remercier Ralph BeaIs, Yves et Nicole Cadet, Haskell Coplin, Friederike Dewitz, Peter Graham, Robert Grose, Ommo Grupe, Herbert et Mary Jim Josephs, Gerald S. Kenyon, Hans Lenk, John Lay, Tracy Mehr, Edward Mulligan, Russel Nye, Jack Salzman, George Stade, David Turesky, Horst Überhorst et Harold VanderZwaag. Le manuscrit a été relu et critiqué par Doris Bargen, Jan Dizard, Frederic Errington et John William Ward. Une part importante de la recherche fut financée par le Deutsche Forschungsgemeinschaft et par le Fonds national pour les Humanités.

16

I Jeu, jeux, compétition, sports

Dans son autobiographie, The Four Minute Mile (1955), Roger Bannister rappelle un épisode de sa jeunesse au cours duquel il se tenait debout « pieds nus sur le sable sec et dur du bord de mer ». Il était saisi par la qualité de l'air et la beauté des nuages, par une espèce de perfection mystique: « Dans ce moment suprême, je vivais une joie intense. J'étais épouvanté et effrayé par l'excitation immense que ces quelques pas avaient pu causer. Je jetai difficilement un oeil autour de moi pour vérifier que personne ne me regardait. Quelques
pas de plus

-

désormais

très conscients

et accrochés

à l'excitation

initiale. La terre semblait presque bouger avec moi. Je courais désormais et un rythme frais envahissait mon corps. N'étant plus conscient de mes mouvements, je découvrais une nouvelle union avec la nature. J'avais trouvé une nouvelle source de pouvoir et de beauté, une source dont je n'aurais jamais pu rêver l'existence» 1. Les mouvements de Bannister étaient des débordements spontanés d'exubérance physique. Autant qu'une action humaine puisse être décrite comme libre et sans motif, elle était véritablement gratuite. Les théoriciens ont d'ailleurs insisté sur les motifs biologiques et psychologiques expliquant les jeux apparemment gratuits et spontanés de l'animal et de l'homme. Toute une littérature met ainsi en relation le jeu et le développement des habiletés motrices, la maîtrise des peurs inconscientes ou encore les étapes de la maturation conceptuelle. Si nous voulons examiner avec toute la profondeur psycho biologique requise les explosions de joie de Bannister, nous ne pouvons ainsi négliger les travaux de Karl Groos, Sigmund Freud, Jean Piaget et d'autres qui ont contribué à la théorie du jeu. Toutefois, nous souhaitons prendre une autre direction. Non pas celle des prétendus universaux du comportement psychique humain, mais celle, moins contestable, du sport moderne en tant qu'élément de la société moderne. Plutôt que d'analyser les actes de jeu tels qu'ils sont décrits par Bannister et vécus par chaque homme, envisageons alors un autre épisode de son autobiographie. Le 6 mai 1954, Bannister court à nouveau mais, cette fois, dans des circonstances bien différentes. Bien que son récit ne s'attarde pas dessus de manière aussi détaillée, il a en effet participé à une course officielle, à Oxford, reconnue par les autorités établies de l'Union
1 The Four Minute Mile, New York, Dodd, Mead, 1957, pp. 11-12. 18

athlétique amateur de Grande-Bretagnel, voire même, par conséquent, de la Fédération internationale d'athlétisme amateur à laquelle l'AAU est affiliée. La piste d'Iffley Road possède une distance classique. Le sol y est satisfaisant pour les coureurs. Bannister porte une tenue d'athlétisme et des chaussures faites pour une vitesse maximum. Il a aiguisé ses pointes le matin même. Les spectateurs sont présents avec certaines attentes: ils savent ce que signifie pour un homme de courir contre un autre homme ou, encore plus important, contre le temps. Un livre entier pourrait être écrit sur les hypothèses culturelles qu'impliquent les rencontres de Roger Bannister avec ses camarades de course Christopher Brasher et Christopher Chataway, les officiels, les spectateurs, les journalistes et toutes les autres personnes présentes en ce jour froid et venté de 1954. Or, si le fait culturel le plus important est assez simple à identifier, il est aussi impossible à saisir. Le mile en quatre minutes. Chaque individu présent savait que les athlètes en avaient rêvé, avaient lutté pour et avaient toujours échoué à courir un mile en quatre minutes. Pourquoi cela s'était-il avéré impossible? En regardant en arrière, nous pourrions dire avec certitude que ce n'était pas physiquement impossible. Des miles plus rapides que celui de Bannister sont devenus courants et John Landy dépassa la performance de Bannister, quantitativement parlant, quelques semaines plus tard. Il y avait, bien entendu, la fameuse « barrière psychologique », se dressant telle une véritable haie sur une piste. Mais cette barrière psychologique n'est que le produit d'un accident culturel, puisque les sports modernes se sont intéressés au temps mis pour réaliser une distance plutôt qu'à une distance courue en un temps donné. Un mile anglais doit être vu comme une distance étrange au regard du système métrique. Pourtant, il se trouve que le mile et le système chronologique standard mondial des minutes se combinent de telle manière qu'est créée une barrière psychologique dans la culture anglo-américaine qui ne préoccupe nullement les coureurs européens de 1500 mètres (0,930 miles). Sauf que ceux-ci comprennent suffisamment ladite barrière pour s'y heurter lorsqu'ils concourent en Angleterre ou aux Etats-Unis. 6 mai 1954. Bannister court. Emmené par ses amis Brasher et Chataway, il termine en 3' 59" 4. Le temps est annoncé, enregistré,
1

Amateur Athletic Union (AAU). Note de la traduction (TT).

19

reconnu officiellement, rendu public, admiré, inséré dans l'histoire du sport... et dépassé. La différence entre le moment d'extase vécu par Bannister sur la plage et sa course triomphante sur la piste d'Iffley Road, à Oxford, est en fait la différence entre le jeu et le sport moderne. La même différence existe entre le bond non prémédité d'un enfant au-dessus d'un buisson ou d'un rocher et l'envolée télévisée de Dwight Stones au-dessus de la barre standard, entre le jet d'un galet par-dessus l'eau d'un étang et la technique sophistiquée ajoutée à la force impressionnante d'un lanceur de marteau, ou encore entre un jeu d'attrape-balle et les jeux de balle complexes joués par les équipes régulières organisées en ligues dans chaque nation moderne. En conservant à l'esprit l'exemple des deux courses de Bannister, nous sommes en mesure de développer un modèle préliminaire du jeu, des jeux, des compétitions et des sports!. Pour notre propos, le jeu définit toute activité physique ou intellectuelle gratuite, réalisée pour elle-même. «Le jeu, écrit Carl Diem, est une activité sans but, réalisée pour elle-même, à l'opposé du travail »2. Le jeu est autotélique. Le plaisir provient de l'acte, non de ce qui a été réalisé. On pourrait dire que le jeu est au travail ce que le processus est au résultat. Le jeu est un univers de liberté. Cette définition écarte des buts aussi communément acceptés que l'amélioration de la santé, le développement du caractère, l'amélioration des habiletés motrices ou la socialisation au sein de groupes de pairs. Elle est suffisamment large pour intégrer les cabrioles et les paris3, les jeux de mots, les jeux de chiffres, les échecs, colin-maillard et le football. Elle exclut la chasse pour se nourrir et la pratique du volley-ball à des fins d'éducation physique. Certes, en réalité, les motifs sont mixtes. Je joue au tennis avec ma femme parce que j'aime le tennis et ma femme, parce que je me sens mieux après un exercice ou parce que
J'ai choisi de traduire « games» par «jeux» et « play» par «jeu », plutôt que par « divertissement» par exemple. Lorsque Allen Guttmann a utilisé le singulier (<< game ») dans la version originale de l'ouvrage, je l'ai remplacé par convention par le pluriel (<<jeux») dans la version française afin d'éviter d'éventuelles ambiguïtés. Note Thierry Terret (TT). 2 Wesen und Lehre des Sports, Berlin/Frankfort, Weidmannsche VerlagsBuchhandlung, 1949, p. la. 3 Allen Guttmann fait ici un jeu de mots entre « gamboling» et « gambling» (note TT). 20 1

j'aime à me sentir actif. De la même manière, un professionnel comme Arthur Ashe poursuit des objectifs utilitaires; il est difficile d'affirmer qu'il pratique pour le simple plaisir de jouer. Pourtant, il peut faire référence à un coup parfait et lancer: « Soudain, l'essence de toutes les choses pour lesquelles tu as travaillé durant ta vie transpire dans un simple coup »1. Nous jouons tous avec des motivations multiples. Soyons stricts sur nos définitions et nos paradigmes, même si nous savons qu'un modèle reste une manière de comprendre la réalité sociale et non une réplique de ce qu'elle est. Dans ce sens idéal, le jeu s'est singularisé comme la plus humaine des activités. Du poète Friedrich Schiller à l'historien Johan Huizinga, on observe un réel effort philosophique pour définir l'espèce en tant qu' homo ludens, l'homme-joueur. Il existe même une théologie du jeu selon laquelle Dieu, le Premier joueur, est adoré par ses créatures par imitation du Deus ludeni. A la différence du français ou de l'allemand, l'anglais distingue jeu et jeux. Le jeu peut être divisé en deux catégories selon qu'il est spontané ou organisé. Dans le second cas, on parlera de jeux. L'affirmation peut paraître paradoxale. Comment peut-on demeurer libre si l'on est soumis à une organisation? La réponse est que le jeu spontané peut se rapprocher au plus près de la liberté, mais que, dans la plupart des cas, il est régulé et délimité par des bornes. Il est gratuit et, en ce sens, possède son propre type de liberté par rapport aux besoins alimentaires et de protection ou par rapport à toutes les exigences de l'existence. Au contraire, les jeux symbolisent la volonté d'abandonner toute idée de spontanéité absolue au profit de l'ordre joué. Si l'on est bien en dehors de la sphère des besoins matériels, on doit cependant obéir aux règles que l'on s'impose à soi-même. Des exemples de jeux viennent aisément à l'esprit: le saute-mouton, le «jeu de la maison », parler javanais, les échecs, le Monopoly, le basket-ball. Un ensemble composite. Les trois premiers exemples semblent différents des trois derniers, mais ils le seront encore plus dans un moment.

I Arthur Ashe & Frank Deford, Arthur Ashe, Boston, Houghton Mifflin, 1975, p. 46. 2 Voir Eugen Fink, Oase des Glücks, Munich, Karl Alber, 1957 et Spiel ais Weltsymbol, Stuttgart, Kohlhammer, 1966; David L. Miller, Gods and Games, New York, World Publishing Co., 1969. 21

Il est utile d'évoquer rapidement les jeux et la manière dont les règles compliquent l'action. Les règles sont assez souvent nommément qualifiées d'« inefficaces». Il n'est pas permis d'éliminer la reine d'un adversaire en allongeant simplement le bras au-dessus de l'échiquier pour la prendre et la mettre dans sa poche. On ne peut pas faire un trou en un en transportant la balle de golf jusqu'à sa destination pour l'y placer. Bernard Suits apporte ici un commentaire utile, bien que technique, sur le rôle des règles dans les jeux: « Pratiquer des jeux est une tentative pour atteindre un but particulier (but pré-ludique) en utilisant les seuls moyens autorisés par des règles (moyen ludique), où les règles interdisent l'usage de moyens plus efficaces au profit de moyens qui le sont moins (règles constitutives) et où de telles règles sont simplement acceptées parce qu'elles rendent possible une telle activité (attitude ludique) »1. La référence au but ludique entraîne une apparente valorisation de la victoire évidemment compatible avec l' éthos du sport. Cette association, exprimée par Vince Lombardi, est cependant opposée à la position que nous défendons en ce qu'elle insiste plus sur le processus que sur le résultat. Quel est le but du saute-mouton sinon le plaisir du saute-mouton? Cela nous amène à une autre distinction nécessaire, une autre voie à emprunter dans une série de carrefours. Comme chacun le sait, le saute-mouton et le basket-baIl sont des types de jeux différents. Ils possèdent tous deux des règles alors qu'un jeu spontané n'en a pas, mais de ces règles découle une différence souvent négligée, y compris dans les discussions les plus rigoureuses. Contrairement au basketball, le saute-mouton ne donne pas lieu à compétition. Bien entendu, quasiment toutes les activités peuvent être organisées sous une forme compétitive, mais le saute-mouton ou la «ronde autour du rosier »2 sont des jeux qui s'exécutent pour eux-mêmes et non selon une logique en termes de gagné-perdu. Les définitions des «jeux» qui insistent sur le fait qu'il doit y avoir un gagnant excluent ainsi tout ce qui relève du domaine des jeux organisés non compétitifs. Des règles
I « The Elements of Sport », in Robert G. Osterhoudt, The Philosophy of Sport, Springfield, Illinois, Charles C. Thomas, 1973, p. 55. Voir aussi du même auteur : What is the Game?, in Philosophy of Science, n034,juin 1967, pp. 148-156. 2 Le « ring-around-the-rosie » est une ronde où les enfants se tiennent par la main en chantant avant de se précipiter au sol à la fin de la chanson (note TT). 22

existent pour «jouer au docteur », mais le gain et la défaite n'y sont pas définis. L'importance des compétitions dans notre société est telle qu'elle tend à nous faire oublier les milliers de jeux qui, justement, n'en sont pas. Le kemari japonais, par exemple, est souvent appelé « football» par les Occidentaux, car le ballon y est frappé avec le pied, mais le but ultime du jeu est la conservation du ballon dans les airs, les participants n'étant en aucune façon des adversaires. En tapant dans une balle au sein d'un espace dont les quatre coins incarnent un saule, un cerisier, un pin et un érable, les joueurs expriment en fait leur sens de l'harmonie universelle!. Personne ne gagne, personne ne perd. A propos d'un jeu similaire en Micronésie, un anthropologue a écrit: «Il y a un manque total d'intérêt pour les possibilités compétitives du sport. La stimulation provient de la grâce et de l'habileté »2. Nos jeux ne sont pas comme le kemari. Au contraire, l'importance des compétitions dans la société moderne peut être entrevue à partir de l'étymologie. Le terme « athlète» dérive des mots grecs athlos (<< compétition ») et athlon (<< prix »). Pour les Américains, les jeux enfantins ont été largement remplacés par des compétitions organisées par les adultes. Les jeux auxquels s'adonnent les peuples sans compétition comme les Navajo nous apparaissent généralement comme étranges, voire «puérils », une attitude qui en dit long sur nous-mêmes. La variété des compétitions est infinie. Les échecs en constituent un exemple, le basket-ball un autre. Il est cependant important de se souvenir que les compétitions qui nous concernent sont des sous-catégories de l'univers du jeu, comme peut éventuellement l'illustrer un diagramme de Venn (figure 1). Les compétitions ludiques sont à l'intersection des deux ensembles que sont les jeux et les compétitions. A l'évidence, certains jeux ne sont pas compétitifs tout comme certaines compétitions ne sont pas des jeux dans notre sens technique (les « jeux de guerre» et la « théorie des jeux» des stratèges militaires ne sont pas des sous-catégories du jeu, sauf à partir du moment où les hommes concernés commencent à
1 Voir F.K. Mathys, Kultischer FuBball in Japan, in Olympisches Feuer, n06, avril 1959, pp. 12-13. 2 Jean Youd, Notes on Kickball in Micronesia, in Journal of American Folklore, n074, 1961, p. 64.

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Figure 1 : Jeux et compétitions
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ENSEMBLE DES JEUX

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Procès Guerres

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ENSEMBLE DES COMPETITIONS

prendre plaisir à l'activité pour elle-même). Homo Ludens (1938), l'ouvrage classique de Johan Huizinga dont l'influence a été immense, montre ici de sérieuses limites, car l'auteur intègre les joutes judiciaires et même les guerres dans la catégorie du jeu. «La compétition signifie le jeu... Aucune raison ne peut suffire à écarter la compétition, qu'elle que soit la nature du jeu »1. La méprise de Huizinga peut pourtant se comprendre. En toute logique, la possibilité existe pour la guerre de devenir autotélique, de se développer pour elle-même, pour le pur plaisir de l'activité. En fait, la ligne de partage entre le tournoi médiéval et la bataille médiévale n'était pas aussi nette que cela. Lors de la Bataille de Brémule, en 1119, trois hommes
1 Homo Ludens: A Study of the Play Element in Culture, 1938 (republié à Londres, Temple Smith, 1970), p. 98. 24