Francois Faber

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Le 1er août 1909, François Faber remporte la septième édition du tour de France cycliste. Le "Géant des Colombes" entre dans la légende, mais bien plus qu'un parcours sportif exemplaire son itinéraire est un condensé de la France de la Belle époque. En s'appuyant sur la presse d'époque et sur de nombreux documents inédits, ce livre retrace le destin romanesque de ce champion attachant, l'un des plus populaires de son temps.
Publié le : jeudi 1 juin 2006
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EAN13 : 9782296150027
Nombre de pages : 130
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François Faber
Du Tour de France
au champ d'honneurCollection "Espaces et Temps du Sport"
dirigée par Jean Saint-Martin et Thierry Terret
Le phénomène sportif a envahi la planète. Il participe
de tous les problèmes de société, qu'ils soient politiques,
éducatifs, sociaux, culturels, juridiques ou démographiques.
Mais l'unité apparente du sport cache mal une diversité aussi
réelle que troublante: si le sport s'est diffusé dans le temps et
dans l'espace, s'il est devenu un instrument d'acculturation
des peuples, il est aussi marqué par des singularités locales,
régionales, nationales. Le sport n'est pas éternel ni d'une
essence transhistorique ; il porte la marque des temps et des
lieux de sa pratique. C'est bien ce que suggèrent les
nombreuses analyses dont il est l'objet dans cette collection
créée par Pierre Arnaud qui ouvre un nouveau terrain
d'aventures pour les sciences sociales.
Dernières publications:
- Sylvain Villaret, naturisme et Education corporelle,
2006
- Cécile Ottogalli-Mazacavallo, Femmes et alpinisme
(1874-1919) : un genre de compromis, 2006
- Jacques Dumont, Histoire du sport en Martinique,
sous presse.
www.librairieharmattan.com
diffusion. harmattan@wanadoo.fr
harmattan 1(àJwanadoo. fI'
iÇ)L'Harmattan, 2006
ISBN: 2-296-00847-X
EAN: 9782296008472Pascal LEROY
François Faber
Du Tour de France
au champ d'honneur
L'Harmattan
5-7, me de l'École-Polytechnique; 75005 Paris
FRANCE
Espace L'Harmattan Kinshasa L'Harmattan ItaIia L'Harmattan Burkina FasoL'Hannattan Hongrie
Via Degli Artisti, IS 1200 logements villa 96Fac.. des Sc. Sociales, Pol. etKônyvesbolt
Adm, BP243, KIN XI 10124 Torino l2B2260
Kossuth L. u. 14-16
Université de Kinshasa RDC ITALIE Ouagadougou 12-1053 BudapestPascal LEROY, journaliste, écrit régulièrement articles et
chroniques sur I'histoire du sport, domaine auquel il consacre
des recherches depuis plus de quinze ans.
A publié récemment:
- Un siècle de sport cycliste dans les Hauts-de-Seine,
Nanterre, Edition Conseil général des Hauts-de-Seine pour le
Tour du centenaire, 2003.
- Le sport et les Hauts-de-Seine, Paris, Caumon, 2004.Avant-propos
Il est des rencontres qui se font par-delà les années et
les générations. François Faber et moi nous sommes croisés
pour la première fois il y a une quinzaine d'années, à l'entrée
du stade Yves-du-Manoir à Colombes. Depuis 1924 une
petite rue y porte son nom, mais sur la plaque écaillée rien sur
son parcours, pas même une mention de sa victoire dans le
Tour de France 1909 qui lui vaut pourtant d'appartenir au
panthéon des "Géants de la route". Quelques années plus
tard, l'écriture d'un premier livre consacré à l'histoire du
cyclisme devait à nouveau faire se croiser nos chemins: d'un
coup, le vieux champion, tombé en poilu dans l'Artois en mai
1915, me livrait son destin hors du commun, dépassant de
très loin le cadre d'un parcours sportif exemplaire.
L'histoire d'un gamin de banlieue des débuts du
vingtième siècle que ses origines modestes et sa robuste
constitution semblaient à jamais destiner aux emplois de fort
de halles. Sa rencontre avec le vélo et son envie d'imiter les
premiers héros d'un Tour de France naissant pour tenter lui
aussi de faire tourner la roue de la fortune à coup de pédales.
La gloire ensuite pour un personnage truculent, un colosse à
l'appétit gargantuesque et au cœur d'or, ne crachant pas sur
un verre de rouge, tout autant adulé des foules pour ses
prouesses physiques que sa bonne humeur. Le "Beau Faber"
cité par Céline dans Mort à crédit, dont on vantait les exploits
sur le bord du zinc et dont même la nationalité
luxembourgeoise, celle de son père qu'il décide de faire
sienne en 1909 en dépit de sa naissance sur le sol français et
de ses racines banlieusardes, n'entame en rien la popularité
dans sa patrie d'adoption. C'est d'ailleurs pour la France
qu'il tombe en 1915 près d'Arras, lui qui, aux premières
heures du conflit, pris dans le grand élan de patriotisme de
l'été 1914, avait décidé de s'engager dans la Légionétrangère, pour défendre à la fois le pays qui l'avait vu naître
à la gloire et son "cher Luxembourg", où il ne devait
séjourner qu'une seule fois durant toute sa vie d'homme...
Mort au front sans jamais connaître sa petite fille, née
à Colombes cinq jours plus tôt, fauché au sortir d'une
tranchée, là où sa qualité de champion lui aurait sans doute
permis de décrocher une affectation moins exposée, figure à
la fois héroïque et tragique dont le corps, jamais retrouvé,
repose aujourd'hui parmi toutes les victimes de la terrible
bataille des Ouvrages blancs du 9 mai 1915... : il y avait là,
si ce n'est matière à scénario, du moins de quoi écrire une
biographie qui, pour être celle d'un sportif hors du commun,
reste avant tout celle d'un homme de son temps. Une
trajectoire fulgurante dans une France à jamais disparue:
celle des pionniers de la route et d'une belle jeunesse aux
espoirs noyés dans la boue des tranchées sur lesquels, si l'on
n'y prend garde, pourraient bien se refermer un jour les
mâchoires de l'oubli, cet impitoyable dévoreur de destins...
P.L.
8Le temps des copains: François Faber (à droite)
devant le café de l'Usine à Colombes (DR/Archives familiales)
9Sur les quais
Dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle, la
presqu'île de Gennevilliers vit une révolution qui, pour
bouleverser les habitudes de ses habitants, n'a encore rien
d'industrielle. Au-delà de Colombes et d'Asnières, dans cette
grande boucle de la Seine pointée comme un doigt vers la
banlieue nord, l'installation de champs d'épandage, destinés à
filtrer par le sol les eaux usées de l'agglomération parisienne,
provoque un essor sans précédent des cultures maraîchères.
Une foule de petites exploitations, pour la plupart mises en
fermage par leurs propriétaires, remplace alors les champs de
céréales et de fourrage.
On y cultive des fruits et des légumes qui n'ont aucun
mal à trouver preneur aux Halles et sur les marchés parisiens.
On y emploie surtout beaucoup de main d'œuvre, une foule
d'ouvriers agricoles que les faibles salaires - en moyenne
cinq francs par jour et par tête en hiver, six en été et des
journées de travail de onze heures au plus fort de la saison ne
rebutent pas. Les usines des grands centres industriels voisins
paient bien mieux et ces bras, costauds et aguerris aux
pénibles travaux des champs, ce n'est pas sur place mais en
province qu'il faut souvent aller les chercher. Entre 1872 et
1896, sous l'influence de cette immigration paysanne, la
seule commune de Gennevilliers passe ainsi de 1900 à
7400 habitants!. Les nouveaux venus sont originaires des
départements voisins, mais aussi de grandes régions agricoles
comme le Nord, la Bretagne, la Bourgogne, ou la Normandie.
!
J. Nieszporeket M. Ratard,L'épandageet la culturemaraîchèredans la
plaine de Gennevilliers, édité par la ville de Gennevilliers, 1986.
11Les communes alentours profitent bien sûr de cet
afflux de population nouvelle et c'est ainsi que la famille
Faber débarque à Colombes au début des années 1890.
L'histoire familiale est déjà bien remplie: Marie Paule, la
mère, est née en 1854 près de Sarreguemines, en Moselle,
bien française donc mais issue d'une famille originaire du
Luxembourg. La précision a son importance car, au gré des
textes consacrés des années plus tard à son champion de fils,
on devait selon les versions le faire naître en France de père
et de mère luxembourgeois, voire même au grand duchë, ce
qui avait pour mérite de régler une fois pour toute la question
de sa nationalité!
La réalité est à la fois plus simple et plus complexe: à
la fin des années 1870, Marie Paule a depuis longtemps quitté
sa Moselle natale lorsqu'elle donne le jour à deux garçons. Le
premier, Jules, porte le nom de son père, Michel Schlepp, un
terrassier d'une vingtaine d'années. Le second, Ernest Léon,
né en 1881 à Villotte-sur-Ource en Côte-d'Or, bien que né à
son domicile ne sera jamais reconnu par le compagnon de
Marie, qui lui donne alors son nom de jeune fille. Quelques
années plus tard, séparée de Michel Schlepp, elle rencontre
un Luxembourgeois de dix ans son aîné, Jean-Pierre Faber,
terrassier lui aussi, venu comme nombre de ses compatriotes
chercher du travail en France. François naît de leur union, le
26 janvier 1887 à Aulnay-sur-Iton dans l'Eure, où la famille
s'est entre-temps installée. Cette fois les deux parents
reconnaissent l'enfant, qui, en vertu du droit du sol et bien
2 On le trouve ainsi tour à tour né "Depère et de mère luxembourgeois"
dans un article d'A. Steinès paru dans une plaquette commémorative du
15 août 1924, "D'un père luxembourgeois et d'une mère normande" dans
un article de Colombes infos de 1992 (N°207 daté de février-mars), et
même carrément né au Luxembourg (P. Chany, La Fabuleuse histoire du
cyclisme, Edition La Martinière, Paris, 1997). Autant de versions
contredites par la lecture de son acte de naissance...
12que né de père étranger est Français de faie. Fin -
provisoire de la question de la nationalité.
C'est donc ce qu'il conviendrait d'appeler aujourd'hui
une famille recomposée qui s'installe en 1891 à Colombes,
attirée comme tant d'autres par les perspectives d'embauche
dans les exploitations maraîchères de la presqu'île de
Gennevilliers. Si la plupart de cette main-d'œuvre est
saisonnière, une partie s'établit néanmoins sur place, venant
grossir les rangs d'un petit peuple de banlieue, encore tiraillé
entre les travaux des champs et les ateliers d'usine. François a
quatre ans, son demi-frère Ernest dix et tous deux vont
connaître l'enfance des poulbots, qui coursent les chats et
font des concours de ricochets sur la Seine. Le fleuve fait
d'autant partie du quotidien des deux gamins que, quelques
années après son arrivée à Colombes, la famille emménage
dans l'un des pavillons d'un lotissement créé à proximité du
pont d'Argenteuil, à la faveur de l'installation dans la
commune en 1895 de l'usine de relevage des eaux usées de
la Ville de Paris.
Pour François, la rue de Seine, située en face de
l'hippodrome de Colombes, sera l'école de la vie: dans ses
maisons, toutes construites sur le même modèle et entourées
de minuscules parcelles, s'entassent des familles modestes
d'ouvriers et d'employés. Il s'y forge ses premiers souvenirs
et s'y fait une bande de copains fidèles avec lesquels, bien
des années plus tard et au grand désespoir de son manager,
Alphonse Baugé, il ne manquera jamais de célébrer ses
victoires un verre à la main. François, comme tous les gosses
de son âge, a le sirop de la rue et préfère déjà les longues
3
La loi du 26 juin 1889 dispose ainsi que seront Français, les jeunes
étrangers nés en France et qui, à l'époque de leur majorité, sont
domiciliés en France, à moins d'avoir décliné la nationalité française dans
l'année précédant la majorité, principe repris également par l'article 21-7
du code civil.
13cavalcades au grand air aux bancs de l'école. Il n'a pourtant
rien d'un cancre, mais la lecture de quelques-uns de ses
bulletins de l'école élémentaire de garçons de Colombes
laisse deviner qu'il se passerait sans doute volontiers de ces
trop longues journées en salle de classe.
Ses bêtes noires: les devoirs et les leçons qui lui
valent régulièrement remontrances et rappels à l'ordre dans
son carnet de correspondance4. Côté conduite et politesse en
revanche, l'élève Faber est exemplaire, ou peu s'en faut. Au
début de l'année scolaire 1897-1898, alors qu'il a tout juste
dix ans, il entame le trimestre avec une prometteuse place de
troisième de la classe, obtenant même la meilleure note en
rédaction. On aurait aimé connaître le sujet de cette
composition, mais ce coup d'éclat révèle un goût de l'écriture
et une vivacité d'esprit qui se retrouveront tout au long de sa
vie dans une correspondance, parfois abondante, dont il ne
reste hélas que de rares témoignages. ..
On l'aura donc compris: une fois sonnée la cloche
annonçant la fin des cours et son pupitre refermé, inutile de
parler à François de l'école - quarante-deux jours d'absence
signalés pour l'année 1897-1898 tout de même! - , ce qui fait
de lui un habitué des "Peut mieux faire" fatalistes du corps
enseignant. D'ailleurs, en eût-il eu la volonté, il n'est pas sûr
que l'élève au regard bleu et à la mine joviale ait pu
longtemps poursuivre ses études, car chez les Faber on ne
roule pas sur l'or, loin de là. À 13 ans, si sa taille n'atteint
sans doute pas le mètre soixante-dix-huit qui lui vaudra plus
tard son surnom de "Géant" - rares sont encore les Français à
dépasser le mètre soixante en 1900... -, l'adolescent est tout
de même d'un beau gabarit. Et François, qui sait combien sa
mère a du mal à joindre les deux bouts, ronge son frein à
l'idée de plonger dans la vie active.
Commence dès lors la valse des boulots éphémères.
Difficile d'en faire avec certitude une liste exhaustive:
4
Archives familiales.
14d'abord commissionnaire, puis apprenti garçon de café à
Paris, on le retrouve un temps "petite main" - si l'on peut dire
vue la carrure du gaillard... - dans un atelier de construction
naval. La Seine, toujours, qui semble le poursuivre et finit en
toute logique par l'entraîner derrière les grilles de l'usine de
relevage des eaux de la ville de Paris, grande pourvoyeuse
d'emplois, chez lui, à Colombes. Ses halles abritent alors de
gigantesques machines à vapeur, engloutissant plus de cent
tonnes de charbon par jour, pour pomper les eaux usées de la
capitale et leur permettre de franchir le fleuve et les collines
d'Argenteuil dans leur parcours vers les champs d'épandage
d'Achères. Le déchargement du combustible, acheminé par
voie fluviale, nécessite l'emploi d'une armée de manœuvres,
à qui revient aussi la mission d'assouvir l'appétit
gargantuesque des machines dévoreuses de coke et d'évacuer
cendres, mâchefers et autres résidus de l'activité de l'usine.
Faber est l'un deux, infatigable, déjà... De toute
façon, pour les coups de pompe, il y a toujours le café de
l'Usine, à l'angle du boulevard d'Achères et de la rue de
Seine5. Le midi ou une fois leur journée de travail terminée,
c'est là que se retrouvent les ouvriers de l'usine des eaux. On
vient s'y caler l'estomac à coup d'assiettes bien remplies et
étancher sa soif au gros rouge, comme il se doit. Pour Faber
comme pour ses compagnons d'atelier aucun doute possible:
"Un bon coup de ''pieton'', il n'y a que ça de vrai pour vous
refaire un homme", principe auquel il aura par la suite bien
du mal à déroger, même une fois sa carrière de champion
entamée6 !
Le bistrot, c'est aussi là que circulent les rumeurs
d'embauche et que l'on "tuyaute" les copains sur les maisons
qui recrutent. À 17 ans, François se sent un peu à l'étroit
5
À l'angle des actuelles avenue Kléber et rue François-Faber.
6
A. Baugé, Lettres à mon directeur, Paris, Librairie de L'Auto, 1908,
p34.
15

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