HISTOIRE DES CLUBS DE PLAGE (XXe siècle)

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Au début du XXe siècle apparaissent différentes formes de loisirs inédits sur le sable des plages de France. A la vacuité du temps des anciens villégiateurs succède le temps des touristes avides de nouvelles occupations. La plage devient alors le lieu de loisirs corporels. L'exercice sur le sable apparaît à la fin de la Belle Epoque, dans la filiation des gymkhanas. Se structurent dès lors stades d'éducation physique et clubs de plage sur le sable du littoral français.

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HISTOIRE DES CLUBS DE PLAGE AU XX" SIÈCLE

En couverture: Le stade Jim Agard à Berck-plage, en 1955. L'auteur a découvert les joies et les plaisirs du mouvement en 1963 dans ce stade. Jim Agard (fils) est en train de donner la leçon d'éducation physique sous le regard attentif d'un moniteur. Jim Agard (père) fut lè premier à introduire l'éducation physique sur le sable mouillé en 1923 (source: archive privée, famille Agard).

Michel RAINIS

HISTOIRE DES CLUBS DE PLAGE
AU XXE SIÈCLE
Exercices, jeux, concours et sports sur le sable

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Inc, 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y IK9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

@L'Hannatian,2001 ISBN: 2-7475-0592-8

INTRODUCTION
« A mon sens, toute station thermale, climatique ou balnéaire, devrait être en même temps une station modèle d'éducation physique... L'éducation physique, dans les stations d'été, facile à réaliser par l'entente entre l'État, le Département, la Commune et les Syndicats d'initiative de ces stations, ne peut rester exclusivement réservée à certaines classes de la société, le droit à l'air pur et à la santé étant le même pour tous... C'est surtout près de la mer que ce séjour donnerait le plus de fruits. Sur nos plages, tout se prête admirablement au développement de l'enfant: air riche en oxygène et en ozone, pur, limpide, sans poussières, luminosité intense avec réflexion abondante des rayons ultraviolets par le sable et par l'eau, balnéation facile, avec la surveillance nécessaire... Dans cette œuvre de rénovation générale, il faut la collaboration du maître, du médecin et du professeur d'éducation physique... La multiplicité des stades, sources de gaieté et de vigueur, lieux de généreuses et bienfaisantes distractions, évitera la construction onéreuse de sanatoria et autres tristes asiles de déchéance humaine. » Sorbonne, le 4 juillet 1920. Conférence du Docteur Ernest Moreau- Defarges : « L'air, la lumière, l'eau. » Ainsi s'exprimait un médecin du début du siècle. Soixante-quinze ans plus tard, voici la définition d'un club de plage rédigée par le président de la plus importante association des clubs

de plage en France (U.F.C.P.A.).L
« Définition du club de plage: un club de plage est un espace récréatif saisonnier pour enfants, exploité à titre privé ou public sur une

I Christian Quintin est Président de l'Union Française des Clubs de Plage et de leurs Amis. Cette association regroupe les deux tiers des Clubs de plage de la France.

plage ou aux abords d'une plage du littoral français, en convention avec les administrations concernées Domaine maritime, Municipalités, ou en accord avec le propriétaire si le terrain est privé, mais toujours en accord avec la Municipalité et en liaison avec l'Office du Tourisme local. Composé d'un matériel de loisirs mis à disposition des enfants et d'un encadrement organisant des activités ludiques en respect des normes de sécurité, l'espace récréatif« club de plage» permet à la Municipalité concernée d'offrir à ses résidents et vacanciers une structure d'accueil où les enfants peuvent s'adonner aux plaisirs de la plage et à la vie en groupe. » Article n° I de la Charte des Clubs de plage, U.F.C.P.A., 1995. Ces deux textes, bienque de nature différente, traduisent les préoccupations et les représentations du début et de la fin du xxe siècle '. D'une part, à la disparition de la référence à la santé et à une aspiration sociale sur le stade, répond l'apparition de la notion de plaisir sur l'espace récréatif du club de plage, et d'autœ part, nous constatons les écarts compris entre ce début et cette fin de siècle, en ce qui concerne la culture corporelle de plage. Le club de plage, en tant qu'élément essentiel de l'épanouissement d'une culture corporelle inédite sur la plage, est le centre de notre interrogation; la question historique que nous nous posons est simple. Elle est de première nécessité dans la mesure où elle vise à combler quelques lacunes sur la connaissance des stades et clubs de plage. Nous nous efforcerons d'accéder à une compréhension des processus qui guident l'évolution des clubs et qui façonnent ses différentes figures au cours du siècle. D'une manière générale, les clubs de pl~ge sont sensibles aux évolutions des modes balnéaires et aux besoins de leurs usagers. La première série de questions que nous poserons concerne l'objet « club d'éducation physique» proprement dit: est-il une transposition

I

Ce livre constitue la version abrégée d'une thèse soutenue en octobre 1998 à
Marc Bloch de Strasbourg.

l'Université

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de l'éducation physique scolaire et/ou de l'éducation physique des salles privées ou bien même une création inédite? ,

Une deuxième série de questions se réfère aux raisons qui ont

poussé les hommes du début du siècle à transposer la leçon d'éducation physique sur la plage et à inventer le stade d'éducation physique sur la plage. Une troisième série de questions se rapporte aux pratiquants, du double point de vue des dirigeants et professeurs et de ceux qui participent aux différentes activités. Toutes ces questions peuvent se regrouper sous l'angle de l' analyse généalogique des clubs et de leur diffusion spatio-temporelle sur les côtes françaises. L'exploration de la littérature de l'éducation physique permet de constater que l'histoire des clubs de plage n'a pas été écrite. Il existe une riche littérature en amont de l'invention des clubs de plage, notamment celle qui se rattache aux bains de mer. Mais une littérature semblable n'existe pas à propos de l'éducation physique de plage. Nous tenterons de combler ce vide car une forte curiosité nous pousse à connaître ce passé. Ignorés ou méprisés par certains, les clubs de plage n'ont pas fait l'objet d'étude spécifique et pourtant, ils portent les marques, les empreintes, tout au long du siècle, des différentes aspirations de la clientèle, et sont à ce titre révélateurs d'une certaine demande sociale. Le choix de toute étude renvoie aussi au chercheur lui-même: Enfant et jeune adolescent, nous avons eu la possibilité de connaître la vie des clubs de plage. Jeune étudiant, nous avons œuvré comme maître-nageur, sur un petit club de Bretagne, à Lancieux (Ille-et- Vilaine). Ces « immersions» espacées dans des clubs différents nous ont pemlis de découvrir, de l'intérieur, la vie des clubs de plage. Les modes de fonctionnement, les moniteurs, l'éducation physique proposée, les fêtes, la clientèle, l' ambiance, enfin tout ce qui constitue cette « culture de club de plage» nous ont été familiers. Ces différentes expériences représentent un réel ancrage affectif. Cette relation précoce avec le mouvement libre, l'exercice et les jeux

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physiques a été à la source du goût pour les pratiques physiques et a déterminé le choix professionnel de l'auteur de ces lignes.
Du point de vue de la méthode, notre travail adopte un cadre historique classique, c'est-à-dire que nous nous efforcerons de repérer des faits et de construire des interprétations avec le plus de rigueur possible. Brièvement, nous pouvons affirmer que le sujet nous a conduit près du sable, au ras du sable pourrait-on dire. Ce sont les archives des départements côtiers qui ont fourni une certaine cohérence à notre corpus, ainsi que les archives de nombreuses petites villes balnéaires. Nous avons utilisé le plus largement possible les fonds d'archives et les sources imprimées: Les Archives Nationales sont consultées sans grand succès. Les archives départementales, dans certains départements sont fructueuses. Les Archives Municipales sont très bien tenues et généralement riches dans les grandes villes balnéaires (La Baule, Biarritz). Les fonds d'archives privés sont également riches. La recherche de la domiciliation (à l'aide du minitel) des premiers propriétaires nous permet de retrouver quelques descendants de personnalités importantes pour la naissance de l'éducation physique de plage. Les familles Moreau-Defarges, Tassin de Villepion, Bertagnol, Chipiloff, Trotzier nous livrent de nombreux témoignages, hasses, cartons et photos de famille. Ces renseignements sont importants et très instructifs. Nous remercions ces familles. Les sources imprimées constituent des ouvrages écrits par des personnalités marquantes, des médecins, des théoriciens de la gymnastique, des éducateurs et regroupent l'ensemble des périodiques qui se consultent dans différentes archives départementales côtières. L'objet de notre étude se poursuivant dans le très contemporain, nous côtoyons quelques témoins et acteurs du début du siècle. Nous

recueillons de nombreux témoignages lors d'entretiens non directifs
avec des personnes du début du siècle, véritable bibliothèque vivante.
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Nous établissons une liste de thèmes à aborder avec les anciens propriétaires de clubs.

Pour chaque thème, une série de sous-thèmes était repérée au fur et à mesure de la discussion de façon à laisser parIer librement la personne interrogée. A la fin, les thèmes non abordés étaient alors rigoureusement repris.

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Cette procédure pennet de mieux connaître des éléments psychologiques et sociaux qui ne sont pas présents dans les différentes traces écrites. Les processus, les mises en place des pratiques sont souvent précisés de la sorte. Tout travail d'histoire s'inscrivant sur l'espace et dans la durée, nous avons décidé d'étendre notre étude sur les lieux où se sont développés ces loisirs du corps. Un double souci d'homogénéité des espaces et de méthodologie nous a conduit à étudier les loisirs corporels qui se sont épanouis sur les plages du littoral ouest de la France. Du point de vue temporel, la naissance du premier club de plage en 1913 constitue un point de départ et nous faisons le choix de mener notre réflexion jusqu'au temps présent (été 1996). Bien que possédant un repère précis de la date de l'ouverture du premier Stade Maritime, nous souhaitons commencer notre réflexion à la période de la Belle Époque. En ce qui concerne notre objet d'étude balnéaire, nous considérons, par cette expression, la période de 1903 à 1914. Cette base de départ explique la phase de gestation et les origines des détenninants de l'avènement des clubs de plage. C'est à ce moment que nous situons l'émergence de l'éducation physique sur les plages. La création du premier stade d'éducation physique n'est possib le que parce que les parents et les enfants sont prêts à accepter l'idée de la pratique de l'éducation physique sur la plage, suffisamment dévêtus. A l'autre extrémité temporelle de notre étude, nous portons notre regard sur les pratiques physiques de plage de l'été 1996. Ce choix correspond à la visite de l'ensemble des clubs, au« Grand Tour» réalisé sur les plages de la façade atlantique. Ce point de vue est adopté non pour arpenter systématiquement tout un siècle, mais parce qu'il semble que cette période très récente est très riche en transfonnations, du point de vue des loisirs corporels et des clubs de plage qui évoluent plus rapidement de nos jours. Au cours du siècle, la culture corporelle de plage a subi de multiples transformations. Nous pensons que certains concepts dominants qui traversent la société ont eu une influence importante sur cette culture.

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Nous lançons modestement notre « filet» sur la culture corporelle de plage et au fur et à mesure de nos investigations, ce filet se tisse de mailles de plus en plus fines et nous permet de découvrir cette culture plus précisément. La grande variété des loisirs du corps sur les plages contient en elle de multiples facettes; nous mettrons en lumière certaines d'entre elles, mais des zones d'ombres subsistent. Pendant les deux premiers tiers du xxe siècle, la culture physique pratiquée sur les clubs s'affirme, presque essentiellement comme moyen de développer une bonne santé Les mentalités sont favorables aux bienfaits des exercices à la mer. Ce modèle se caractérise par une croyance dans l'effet de l'exercice, ce qui traduit implicitement sur le plan des idées une certitude dans le progrès et dans la perfectibilité de la nature humaine. La culture physique de plage est donc éducative, mais elle sert un petit nombre d'individus, souvent des bourgeois plus ou moins originaux, aux idées suffisamment modernes pour s'éloigner des conventions et du carcan qui constituent les préjugés de leur classe sociale. La décennie soixante véhicule une autre norme qui s'applique d'ailleurs sur une population élargie à certaines fractions de la classe moyenne. Al' effort physique succède la recherche du plaisir et on observe sur les plages l'émergence d'une autre forme de culture physique qui correspond mieux à cette demande sociale. Elucider le passage d'une représentation hygiénique de l'exercice vers une représentation ludique et hédoniste participe à la compréhension des différents faisceaux de significations qui parcourent et structurent les clubs de plage. Ces mutations se produisent lentement; la premiere forme s'impose très longtemps, tant les mentalités sont convaincues et tant les résistances aux changements sont tenaces.

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Première partie Spécificités balnéaires et transposition culturelle de l'éducation physique (1900-1940)

CHAPITRE I
UNE QUÊTE PERSISTANTE DE SANTÉ

Cette première partie a pour but de situer l'origine et la place que prennent les pratiques corporelles sur les plages. Nous expliquerons pourquoi et comment l'attraction vers les plages s'enracine dans un mouvement profond vers la nature balnéaire, rendu possible au Xxe siècle par le nouvel élan touristique vers les espaces de plein air. La mer, la plage, le sable sont de nouveaux lieux où la jeunesse de différents milieux, surtout des classes favorisées des villégiateurs, pourra s'adonner à des activités nouvelles ou bien réinterpréter d'anciennes habitudes. Nous retiendrons essentiellement tout ce qui a trait aux loisirs corporels. Des définitions plus larges de loisirs seront étudiées ainsi que leurs effets en retour sur les mentalités eu égard au rapport au corps et à l'exercice sur la plage. La création de la première structure (le stade maritime ou Club de l'Océan) sera particulièrement observée et analysée ainsi que ses déterminants les plus profonds. D'autres facteurs favorisent l'adhésion de la jeunesse à l'exercice sur les plages; les vaines tentatives de l'armée et les fêtes balnéaires seront étudiées dans le but d'éclairer ces différentes causes. l - Irrésistible attraction vers le rivage: de l'hydrothérapie la thalassothérapie, du bain médicinal au bain de plaisir à

L'attirance vers le bain de mer existe depuis longtemps; outre les bains antiques, dès la fin du Moyen-Age en France des écrits témoignent que l'opinion générale de l'époque attribue à l'eau de mer un statut différent de celle de l'eau douce. En fait, dès cette époque, la thalassothérapie existait en germe. C'est en Angleterre au milieu du XVIIIe siècle que le docteur R. Russell, à Brighton, développe le bain froid pour une clientèle importante et recrée l'usage médicinal de celui-ci. L'urbanisation croissante, mais aussi l'importance qu'attachent les classes dominantes à leur capital génétique, accentuent d'anciennes anxiétés.

Tout au long du XIX"siècle, le bain de mer médicinal se transforme petit à petit et devient davantage un lieu d'attention au corps. Cette prise en charge se traduit par le passage du baigneur au nageur. Un autre phénomène se produit à partir de la deuxième moitié du XIX"siècle, et constitue un facteur qui favorise l'attraction vers la mer et qui légitime, d'une manière plus médicale, les bains de mer. Il s'agit de la création des stations maritimes à l'usage des malades déshérités. La

création des hôpitaux et des sanatoriums marins I publics et privés, rend
sans conteste, encore plus légitime les bienfaits de la cure marine associés à une recherche de santé. La volonté de retrouver la santé par les éléments naturels comme les bains d'eau salée, le soleil et le vent, se développent dans certains lieux favorables. S'affirme donc une connivence entre le bain, d'une part, et l'aspect curatif d'autre part. Cette idée ne cesse de se développer et de s' amplifier quand le baigneur devient un nageur. On remarque qu'en cette fin de XIXC siècle apparaît une prise en charge de l'individu par lui-même au moyen de la natation qui est considérée comme un exercice sanitaire. On comprend dès lors comment l'exercice sur la plage, à des fins d'amélioration du capital humain, sera bien accepté après la Grande Guerre. Sans nul doute, les sanatoriums n'initient pas le mouvement vers le grand air, mais ils travaillent indirectement les mentalités, ils permettent d'associer le grand air à l'idée d'amélioration de la santé de l'individu. Cette transfoffi1ation qui mûrit pendant tout le XIXC siècle permet l'éclosion des exercices physiques sur les plages. Les bains, en effet, sont également un moyen d'introduire une certaine activité physique sur la plage: les établissements de bains construisent très souvent des portiques à l'attention des enfants sur la

plage

2.

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Le mot sanatoriumvient d'Angleterre et signifie « station de plein air». Il est intro-

duit dans la langue française en 1842 et trouve sa racine dans le bas latin sanotorius (propre à guérir). 2 Les cartes postales de la fin du XJX.siècle montrent que la plage des grandes vallées (Sainte-Marie, Loire- Atlantique) présente un portique sur le sabJe. Les Bains Richelieu à ChatelaiIlon, les bains Lardeux à Fouras et en bien d'autres endroits proposent des portiques que les enfants (et adultes) utilisent. Cependant, ces activités physiques sont libres et spontanées et ne sont pas dirigées par un professeur d'éducation physique. 14

L'usage de l'eau, dès le XVIIIeiècle, puis ensuite du bain de mer s subit de notables transformations au cours de son évolution. De médicinal, le bain devient exercice d'hygiène, puis exercice gymnastique. Cette attirance vers les stations climatiques de plein air et de pleine mer se réfère àdes justifications médicales pour s'en éloigner peu à peu et se rapprocher au Xxesiècle de finalités touristiques. A un moment de l'histoire, le bain de mer n'a plus besoin de l'alibi médical, il cherchera d'autres cautions pour s'orienter vers des pratiques de loisirs, de divertissements et de plaisirs. En effet, cette régénérescence par le bain de mer s'accompagne des bienfaits de l'air respiré. A côté de la recherche du bain, on observe un désir de changer de climat pour retrouver un air sain, de la lumière et du soleil. Il nous faut comprendre maintenant cette évolution. 2 - Du climatisme, de l'air, de la lumière et de l'exercice De manière concomitante à la mode des bains de mer, le XIXeiècle s est le lieu d'autres quêtes tout aussi importantes: il s'agit de la recherche d'éléments naturels comme l'air, la lumière et le soleil. Avec la mode des bains, le monde médical redécouvre, dans des lieux divers (comme la campagne, la montagne et bien sûr la mer) ces trois éléments. C'est le Suisse A. Rickli (1823-1906) qui, au milieu du XIXe siècle, réamorce un phénomène bien connu de l'Antiquité qui associe très fortement la Médecine naturelle et les bains de soleil et de lumière Il s'agit, pour cet auteur vitaliste et naturiste, de prendre en compte certains éléments naturels comme la lumière, l'air, la vapeur d'eau, le mouvement ou le repos, et surtout le soleil d'admettre aussi que l'ensemble de ces éléments est susceptible d'améliorer ou de reconquérir la santé. Rickli fonde son système sur l'effet bénéfique de la force nerveuse de l'individu.

Certains médecins du début du Xxe siècle, qui souvent se réfèrent
à Rickli, ne peuvent adopter ce vitalisme; leurs préoccupations se portent al<;>rsur des tentatives d'interprétations plus ou moins rationnelles s de la cure d'air et de soleil. L'héliothérapie naît de ce refus des justifications vitalistes. Tournant le dos à ce naturalisme vitaliste, la rigueur positive s'oriente vers des quantifications de la cure solaire et les Docteurs Schott et A. Montéuuis œuvrent dans ce sens. C'est surtout le Docteur A. 15

Montéuuis, à Dunkerque en 1889, qui recommande l'atmosphère marine pour les enfants sur les plages. De plus, il adjoint à ces aphorismes, celui de l'exercice et les jeux sur le sable. Montéuuis est un des premiers médecins à recommander, voire prescrire l'exercice au grand air marin sur la plage. Il faut souligner cependant que l'exercice dont il parle n'est, ni l'exercice construit de la gymnastique suédoise, ni celui de la prussienne; le sien est libre, spontané et il s'effectue au milieu en plein air et au soleil. L'exercice entre ici en osmose avec la cure marine et tend d'ailleurs à supplanter le bain de mer.
Pendant cette période (1902-1911), on peut affirmer que 1'héliothérapie franchit une étape, elle s'émancipe quelque peu du naturel pour accéder à un statut plus scientifique. Il se produit, en ce début de XXC siècle, ce qui était arrivé à propos de l'hydrothérapie au milieu du X[Xc siècle. En effet, avec l'avènement de la Médecine expérimentale, l'hydrothérapie présente une double évolution; d'une part la construction d'établissements spécialisés à des fins thérapeutiques, les thermes, et d'autre part une rationalisation de la cure d'eau qui donne naissance à la thalassothérapie I. La mode des bains de mer, le développement des cures thermales, l'attirance vers la montagne, un mouvement touristique naissant et différentes œuvres en faveur de la jeunesse au plein air (école de plein air, colonie de vacances et ensuite scoutisme) en sont les éléments dominants. Au début du xxc siècle, et ceci est important pour l'objet de notre étude, un certain nombre de médecins héliothérapeutes associent à la cure d'air et de soleil une large utilisation du mouvement dans le cadre des éléments naturels. C'est pendant le XIXC siècle que prend naissance le souci du corps où celui-ci doit maîtriser et gérer ses capacités. La nécessité de l'exercice devient de plus en plus évidente pour un grand nombre de médecms.

Ce terme a d'ail1eurs été crée à la fin du XIX'siècle par le Docteur La Bonnardière à Arcachon, (cité par Jacques Bernard Renaudie, «Thalassothérapie», Q.S.J. n° 2] 41, P.U.F., Paris, 1984. 16

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D'un point de vue plus général, on s'aperçoit que les pratiques corporelles oscillent entre de nombreuses justifications: hygiéniques, thérapeutiques, naturistes, scientifiques, hédoniques, esthétiques, pédagogiques, militaires, et d'autres encore. Attardons-nous maintenant sur le courant naturiste qui a joué, grâce au Docteur P. Carton (1875-1947) notamment, un rôle important dans la propagation des idées naturelles. Carton représente une voie originale car il associe différents éléments naturels comme le régime alimentaire, I'hydrothérapie, la cure de soleil et la cure d'exercice. Ce médecin n'a que peu confiance dans le traitement médicamenteux: il préfère les moyens d'actions naturels où l'exercice occupe une place importante et il place au centre de la cure, l'alimentation, les boissons saines, le jeûne, l'exercice et le repos, l'aération et l'hydrothérapie, la chaleur et le froid, les conditions psychologiques et morales. L'ensemble, suffisamment dosé et distribué, constitue le meilleur des remèdes. Les liens proches entre P. Carton et G. Hébert renforcent de manière interactive d'une part la doctrine hébertiste, et d'autre part, la mise en pratique de la méthode naturelle dans les centres hébertistes. Des médecins cartoniens œuvrent près des centres hébertistes qui forment des moniteurs que l'on retrouve sur les plages. Parallèlement à l'influence du Docteur P. Carton, un autre mouvement, non teinté de spiritualisme, s'impose et obtient un succès réel; il s'agit des courants naturistes, initiés par des médecins nudistes d'obédience laïque, dont les représentants sont M. Kienné de Mongeot et les Docteurs G. et A. Durville. Tous trois sont d'ardents défenseurs de l'exercice au grand air et sur les plages. M. Kienné de Mongeot est le premier en 1926, à créer en France un mouvement gymnique nudiste qui s'intitule « Vivre intégralement ». Dès 1926, M. Kienné de Mongeot lutte contre l'irrationalisme des sports et de la culture intellectuelle intensive; il veut faire comprendre au public la nécessité absolue de cultiver et le corps et l'esprit pour développer harmonieusement le corps humain. Il appelle son mouvement, la libre culture et il valorise l'exercice physique, c'est-à-dire une « gymnité » en plein air, nu, au milieu d'espaces naturels, souvent d'ailleurs sur des plages. Du point de vue de l'éducation physique, il est très proche de la Méthode Naturelle de G. Hébert. 17

Le mouvement nudiste de M. Kienné de Mongeot a sans nul doute apporté une réelle contribution à l'évolution des mentalités et des représentations d'un corps plus libre, constituant en cela une limite extrême vers laquelle certains souhaitent tendre sans toutefois trop s'en rapprocher. G. Durville influence un grand nombre de Français appartenant à toutes les classes sociales. Il considère que l'homme ne doit pas être passif et valorise l'action et le mouvement; en ce sens, il ne cesse pendant l'Entre-deux-guerres, de faire évoluer les mentalités en faveur d'une vie saine, en étroite symbiose avec les éléments naturels. La cure d'air s'inscrit dans une véritable lutte sociale contre divers méfaits. Elle voisine avec la cure alimentaire, la cure de soleil et la cure de mouvement. Ces différents points, essentiels à ses yeux, constituent des développements de la civilisation urbaine. Cet art d'utiliser le soleil pour le maintien ou la réparation de la santé s'appelle héliothérapie. Le problème de la durée du séjour à la mer qui se double de la durée d'exposition au soleil est pour longtemps, sur les plages, un sujet de polémique. Il existe, en 1913, une convergence de vue entre la sphère médicale et celle de l'éducation physique. L'une et l'autre souhaitent enraciner l'exercice au centre du plein air (marin). Il faut remarquer que les médecins du début du siècle connaissent une propension à tout baptiser « cure ». Durville intègre dans sa thérapie la cure de mouvement. Elle n'est pas originale, le médecin n'étant pas spécialiste de l'éducation physique. Il propose d'une part, un « dérouillage » et une gymnastique de chambre, issue du XIXC siècle, progressive et méthodique et d'autre part, une gymnastique sportive composée de jeux et de sports. L'auteur qui place, avec le plus d'insistance, l'exercice au milieu de la nature et de l'air, est bien sûr G. Hébert. Il n'a de cesse de souligner l'importance du grand air sur le développement des résistances organiques. Hébert est soucieux d'extraire l'enfant, l'adolescent et l'adulte de l'air contaminé des grandes villes. Hébert ne s'éloigne pas des théories naturistes de A. Rickli, de Montéuuis et de P. Carton; il voit dans l'air une force naturelle capable de régénérer le jeune organisme. Des bienfaits du climat aux bienfaits de l'air, de la lumière et de l'exercice, une mutation s'effectue à la faveur des développements 18

scientifiques et médicaux. La Médecine « expectante » devient « agissante» avec les progrès qui apparaissent. Depuis le deuxième tiers du siècle, les médicaments sont capables de soigner plus efficacement les tuberculeux; aussi la justification médicale de toutes ces cures sera-telle moins nécessaire. D'autres justifications naissent alors. Les transhumances estivales, ayant pour motif profond les réactions à la vie moderne, sauront alors créer le besoin de vacances au bord de la mer où une nouvelle héliothérapiedu bronzage dominera le XX"siècle avant de s'inquiéter, beaucoup plus tard, dans les années quatre-vingt, des méfaits du soleil. 3 - Un attrait vers les périphéries ou une jeunesse au plein air Le grand mouvement vers le plein air, fortement amorcé au XIX" siècle, se poursuit au XX"siècle. Au tournant du siècle, des initiatives dont les médecins sont à la source, transplantent des enfants à la santé fragile vers les campagnes, les montagnes et la mer. Les écoles de plein air constituent alors des interventions originales où la nudité permet de retrouver la santé grâce aux éléments naturels. Parallèlement, les colonies de vacances permettent de familiariser la jeunesse défavorisée des milieux urbains avec la nature. Le jeu et le mouvement sont alors des facteurs essentiels et novateurs pour retrouver une vitalité. Le mouvement scout participe également à cette mouvance éducatrice; il situe son action dans le milieu naturel qui devient un élément incontournable et utilise également les grands jeux en plein air. A notre sens, nature, plein air, soleil et mouvement (puis exercice) constituent les axes forts qui permettent, après la Première Guerre Mondiale, l'émergence de nouvelles sensibilités, d'où naîtra l'éducation physique de plage. 3.1 - Les écoles de plein air et les écoles au soleil C'est à l'attention des enfants tuberculeux que les écoles de plein air furent créées au début du siècle. Cette préoccupation sanitaire n'est pas nouvelle; elle accompagne le même mouvement que le climatisme des bains de mer et de toutes les thérapies naturistes et s'y inscrit. Les actions prophylactiques de ces écoles de plein air poursuivent un but hygiénique.

19

Cette préoccupation se diffuse sur tout le territoire français dès le printemps 1918; elle est surtout initiée par des médecins des villes qui veulent, à la fois soustraire l'enfant du milieu urbain et familial et aussi plonger celui-ci dans un bain d'air. Une volonté nouvelle apparaît, pédagogique cette fois, qui intègre l'exercice physique. Tous les propagandistes de I'héliothérapie mêlent sans trop de difficultés les appels à la science et à un certain vitalisme. L'appel à la science se manifeste par une rigueur de plus en plus grande pour administrer l'organisation de l'emploi du temps journalier, la durée des séjours ou les durées d'exposition solaire; il renforce le discours et permet surtout à l'exercice de s'imposer comme garantie de santé dans les écoles de plein air et ensuite sur certains lieux de vacances pour les enfants. Le grand air de la mer, le sable chaud des plages deviennent des lieux naturels pour pratiquer l'exercice. Du 24 au 28 juin 1922, à Paris, se déroule le premier Congrès International des écoles de Plein air; ce congrès reçoit l'aval des autorités de l'éducation physique car G. Vidal, Sous-Secrétaire d'État à l'Éducation Physique au Ministère de L'Instruction Publique, et Henri Paté, Haut-Commissaire à l'Éducation Physique au Ministère de la Guerre

sont présents

I.

Les attitudes envers la santé et l'exercice changent. Avec l'aération, on constate une médication passive, les sujets étant allongés sur des chaises longues pendant les siestes. Au mieux, les enfants se déplacent vers des lieux de lumière, clairières, endroits bien ensoleillés. Mais en même temps apparaît une attitude où l'exercice s'impose et s'affim1e comme agent actif de santé. De sujet, l'enfant devient acteur et participe à sa propre santé par le mouvement. D'un don dû à la nature (le plein air), la santé devient une conquête par l'exercice. Cette représentation déborde largement le cadre de l'école de plein air et trouvera son application sur les plages.

I

La présence de ces deux autorités traduit le tiraillement de l'éducation physique à

cette époque, puisqu'elle est partagée entre deux ministères. Il faudra attendre 19261927 pour que les crédits alloués à l'éducation physique soient versés au seul Ministère de J'Instruction Publique, ce qui mettra fin à la domination des militaires sur l'éducation physique scolaire. M. Spivak développe l'évolution de ce problème dans sa thèse (chapitre VIII p. 979 à 1069). 20

3.2 - Le scoutisme
Au tournant du XIXC du XXC et siècle apparaissent plusieurs propositions en faveur de la jeunesse, qui oscillent entre une recherche persistante de la santé et des mises en place d'organisations se donnant pour but de prendre en charge l'enfant afin de parfaire son éducation. Ces deux visions prophylactiques et pédagogiques tentent essentiellement d'établir un nouveau rapport entre l'enfant et la nature. Bien que s'adressant à des publics très différents, les écoles de plein air, les colonies de vacances et le phénomène scout mettent en place une relation inédite entre la « corporéité » de l'enfant et les éléments naturels. Dans toute l'Europe, les mentalités acceptent et intègrent ces nouvelles idées, en rapport avec l'utilité pédagogique, d'un rapprochement entre le grand air, la nature et le mouvement de l'enfant en général. Les conditions de vie en plein air possèdent des vertus incontestables. La pédagogie scout valorise surtout un nouveau rapport au corps et à la vie naturelle en plein air. La nature doit être domptée, maîtrisée; il devient alors très formateur de contrôler les éléments naturels, le mouvement des corps, les exercices et les grands jeux scouts. L'ensemble de ces procédures constitue un endurcissement bénéfique pour la jeunesse. Il faut rappeler aussi que cette jeunesse scout, à la différence du public des colonies de vacances, appartient essentiellement à la bourgeoisie. un éclaireur et un grand chef scout Baden Powell, fils d'un pasteur, né en 1857, poursuit ses études à Oxford où son père est professeur. Sorti de cette école à 19 ans, il devient militaire aux Indes pour huit années. Il conserve l'habitude de faire du sport, et est même expert dans la chasse au sanglier. C'est avec cette pratique qu'il développe le « scouting », c'est-à-dire l'art de l'éclaireur: développer des facultés d'observation, de déduction, de maîtrise de soi, être capable de voir ce qu'un œil non averti ne peut pas VOIr. Homme de bon sens et surtout d'action, il expérimente un camp en 1907 (du 07 juillet au 09 août) avec quelques enfants de différentes classes de la société britannique. En 1908, il publie le fameux « scouting for boys» et, très rapidement, certains journalistes, diffusent en France, des articles dans différentes publications.

.Baden Powell:

21

Cette rapide diffusion dans la presse contribue, sur le plan culturel, à faire accepter dans la population bourgeoise qui fréquente la mer, l'idée des jeux et des exercices en plein air; ceci trouve un écho certain parmi les responsables de la jeunesse. La raison essentielle est que le scoutisme se pose en système d'éducation originale. Issu de l'armée, il n'est pourtant pas une méthode de préparation militaire, mais il en conserve certains attributs (uniforme, insigne, foulard, salut et divers rituels); elle sollicite, avant tout, la débrouillardise et l'observation de la nature. De plus, c'est une éducation qui se réalise par des jeunes, pour les jeunes eux-mêmes.

.

Scoutisme

et nature, jeux et éducation

physique

Hygiéniques et variées, les activités insistent sur l'attrait pour les jeux et la vie de la nature; en ce sens, elles remettent en cause l'éducation en cours et s'opposent à l'école. Cette valorisation de l'action est importante; un des traits essentiels du scoutisme est cette imbrication étroite de l'éducation physique et de l'éducation. Une volonté s'affirme très tôt d'utiliser une variété de sites naturels : la campagne et la montage, la forêt et les bords de l'eau et quelquefois les plages sont des lieux privilégiés pour établir des liens étroits avec la nature. Les scouts marins (sea scouts) se développent également. Le développement du scoutisme, mouvement qui s'amplifie surtout après la Prremière Guerre Mondiale, est à mettre en parallèle avec la nouvelle sensibilité à l'égard du grand air qui améliore la santé et du plein air qui s'impose comme un lieu éducatif par excellence. Si le mouvement scout ne rencontre que rarement les stades et les clubs d'éducation physique sur les plages, les camps scouts utilisent en revanche largement la méthode naturelle de G. Hébert : « Il y a en effet, accord de principe, accord pré-établi, entre scoutisme et hébertisme. L'inspiration est la même. Seules les applications diffèrent. Hébert concentre son instruction dans le temps de la leçon et l'espace restreint du stade. Le scoutisme, au contraire, réclame l'étendue, la durée et surtout la liberté. Cette liberté, que seuls peuvent procu-

rer les larges espaces est l'idée fondamentaledu scoutisme. » I
I

E. Loisel, «Bases psychopédagogiques»,

BourreJier, Paris, 1955, Édition 1934,

(p. 93).

22

L'argument hygiènique et sanitaire, est utilisé à propos de tous ces jeux (et sports) de plein air de la même manière par les professeurs d'éducation physique qui créent les clubs de plage sur le littoral. Par ailleurs, l'altruisme et la volonté éducative du scoutisme le mettent à distance de certaines caractéristiques des sports. Sans nul doute, le scoutisme contribue à développer le goût de l'effort physique en accord avec les éléments naturels et le plein air. Ce sont les mêmes enfants et adolescents de familles bourgeoises qui, le dimanche, partent en patrouille dans la forêt et qui, l'été, séjournent dans les lieux de villégiature familialé au bord de la mer. Dès 1930, l' éducation physique se développe sur presque toutes les grandes et moyennes stations balnéaires. Des similitudes certaines existent entre le rôle attribué à l'éducation physique du point de vue de la santé par les scouts et par les adeptes des stades d'éducation physique sur les plages; un même lieu de pratique naturelle et conviviale, des activités de groupe nécessaires à l'épanouissement de la personnalité, sont autant d'éléments communs à ces deux structures. Le scoutisme traduit, à l'instar du club d'éducation physique de plage, le commencement de la prise de conscience de l'adolescence. Cette prise en charge pédagogique est acceptable par les milieux bourgeois car elle se réalise à travers des pratiques et des alibis de santé physique, psychique et morale. La prise en charge de la jeunesse et de l'adolescence se réalise l'été, pour une tranche restreinte d'enfants et d'adolescents favorisés, sur les plages, par la pratique de l'éducation physique et des jeux divers (traditionnels, scouts, sportifs). Essayons de comprendre, maintenant, comment une autre catégorie de lajeunesse, celle des colonies, s'imprègne à cette période du goût de la nature, du plein air et de l'exercice. 3.3 - Les colonies de vacances à la mer: mœurs inédites et nouveaux espaces pour la jeunesse La colonie de vacances encadre les enfants de familles défavorisées qui habitent les centres urbains. La colonie transpose l'enfant dans un milieu sain et, si possible, naturel. La préoccupation affichée et pre-

23

mière est hygiénique et sanitaire. Les colonies précèdent les écoles de

plein air dans le temps mais procèdent du même esprit I.
Le XIX"siècle Invente différentes modalités où l'enfant est transplanté hors de son milieu habituel de vie, à des fins strictement médicales pour recouvrer la santé, voire à des fins hygiéniques pour échapper aux chaleurs urbaines de l'été et respirer l'air frais. La colonie de vacances n'est pas une invention brusque et soudaine, mais qu'elle s'inscrit dans des filiations diversifiées. Ces transformations résultent d'un souci d'hygiène, d'un besoin d'air pour des jeunes enfants situés au cœur du monde urbain et industriel. Des justifications sont reprises, de la même manière, par les parents villégiateurs. En fait, cette prise en charge de la jeunesse et ce souci éducatif envers le plein air et l'exercice gagnent différentes classes sociales. L'invention proprement dite de la colonie revient au pasteur Bion, en 1876. Elle s'adresse aux jeunes enfants défavorisés; peu d'adolescents partent en colonie car ceux-ci sont déjà au travail. Au début, les enfants sont placés chez l'habitant, puis très vite les colonies acquièrent des bâtiments à l'intérieur desquels des règles de vie voient le jour. Nous constaterons ultérieurement que l'inventeur du premier stade d'éducation physique de plage utilise, en 1913, les mêmes arguments régénération de la race, antidote au mal pulmonaire et sentiment patriotique), pour justifier son initiative à La Baule. L'universalité de ces bonnes raisons est patente: ces dernières sont tantôt tournées vers les colonies de vacances pour les enfants de milieux défavorisés et urbains, tantôt adressées à l'attention des enfants de milieux bourgeois sur la plage de La Baule. En étudiant l'évolution des activités de la colonie, on s'aperçoit que des revendications diffèrent: la colonie, moyen de développer la santé par le déplacement au grand air, cède la place à la colonie, moyen d'éducation. Aussi peut-on voir apparaître des colonies au bord de mer qui pratiquent régulièrement l'éducation physique et qui l'inscrivent dans l'emploi du temps.

I

G. Lasserre, «Lutte antituberculeuse par l'éducation physique et les colonies de

vacances», compte-rendu des Sociétés Savantes, Imprimerie Nationale, 1903. Le médecin accuse le sUffi1enageintellectuel de tous les maux et il voit dans le plein air toutes les vertus c'est «faire de la vraie prophylaxie anti-tuberculeuse», (p. 137). 24

Dans les cas extrêmes, la discipline, les levers et couchers à heures fixes et l'ensemble des surveillances et des contraintes trouvent très certainement une lointaine inspiration dans les pratiques de l'hôpital, de l'armée et même de l'univers carcéral '. Les distractions de la colonie sont bien austères, l'inactivité d'hier est comblée par le travail intellectuel du journal et de la correspondance. Les seules compensations physique sont la promenade et l'excursion. L'éducation physique n'a pas fait encore, à cette date, son apparition. On remarque d'une part, que les exercices physiques pénétrent la colonie en tant qu'activité à part entière et, d'autre part, que cohabitent avec ceux-ci, les jeux et les jeux libres. L'activité ludique, elle aussi, trouve sa place dans l'emploi du temps. Ainsi, des changements manifestes voient-ils le jour. La promenade perdure, elle occupe toujours une place importante, et s'effectue de moins en moins en rang car l'introduction de petites équipes dans l'organisation interne de la colonie ne permet plus les alignements et surtout on vise moins la norn1alisation que trois décennies plus tôt. Néanmoins, la promenade qui fournit l'air sain et une occupation active permet d'effectuer et d'engendrer de multiples activités très similaires à celles du scoutisme (pêche, construction de cabanes, cueillette en forêt, etc.). La promenade-excursion s'étend sur la journée et possède des ambitions autres: développer l'énergie et le désir de découvrir, accroître le sens communautaire. De ce point de vue, sur les plages, à côté de l'éducation physique souvent très construite, les jeux (et ensuite les concours) tiennent une place importante. La finalité que l'on accorde aux jeux se transforme: d'un j eu laissé à l'initiative de l'enfant, sans intérêt, il devient porteur d'une fonction éducative et morale; celui-ci s'ajoute aux généreux bienfaits des éléments naturels (air, mer, plage pour la colonie de bord de mer).

I

M. Foucault, «Surveiller et Punir », NRF,Gallimard,Paris, 1975,pages 300 à 3030

L'auteur décrit la colonie pénitentiaire de Mattray. Force est de constater des similitudes dans la fonction de dressage du pénitencier et les règles d'ordre et de discipline de certaines colonies: « Ils (les chefs et sous-chefs) dirigent les défilés, les exercices physiques, l'école du peloton, les levers, les couchers, les marches au clairon et au sifflet; ils font faire de la gymnastique, ils vérifient la propreté, président aux bains. » (po301)0 25

Un glissement s'opère: la fonction éducative supplante l'ancienne fonction hygiénique. Non seulement il existe tout un répertoire d'activités ludiques organisées par un personnel de plus en plus sensibilisé, tels les grands jeux, les jeux de cour, les jeux d'intérieur, mais le jeu libre déborde les temps libres et les temps d'attentes du colon. Le jeu possède de multiples vertus: collectif, il devient socialisant, en groupe restreint, il développe des sociabilités inédites. Les petits jeux (d'intérieur) trouvent leur point d'origine pendant la veillée de fin de séjour qui devient parfois un véritable spectacle où l'on s'émeut dans une communion de fête. Progressivement, l'enfant se familiarise avec le nouveau rapport aux autres et aux activités récréatives sans entrave. La colonie initie aux chants collectifs, aux jeux, bref aux loisirs. Après 1926, de nombreuses colonies situées sur le bord de mer utilisent la méthode naturelle de G. Hébert. Cette introduction représente une indéniable nouveauté et se produit en même temps que le développement des clubs d'éducation physique sur les plages. A partir de 1930, les jeux scouts pénétrent la colonie. En tout état de cause, les activités pour les jeunes et les adolescents soulignent l'originalité de cet âge de la vie et metttent en évidence les nouveaux intérêts et les besoins des jeunes. Les changements sont d'ordre pédagogique. Il y a effacement de la discipline collective au profit du respect du rythme de vie de l'enfant, et ce dernier est moins assujetti au rythme imposé par l'adulte. La nouvelle habitude du lever progressif des enfants écarte la séance de gymnastique obligatoire placée juste après le réveil, et la séance cure de santé et d'éducation physique, en fin de matinée. Ceci constitue la première activité collective de la journée. Le respect du temps individuel et collectif est un élément important qui est repris par les professeurs d'éducation physique sur les plages. Le souci de santé s'exprime encore fortement en 1954 dans les centres de vacances, comme il s'est exprimé, juste après la guerre dans les Instructions Officielles de l'éducation physique dans l'École I.
I

Les Instructions

Ministérielles

du I"' octobre

1945, à l'usage

des professeurs

et

maîtres d'éducation physique, proposent de mettre en place avec l'aide du médecin scolaire, des groupes I, II, III, IV physiologiques qui tiennent compte de l'état de santé de l'élève. Cette préoccupation est évidemment motivée par le contexte de l'aprèsguerre et de récession dont souffre la population et par le souci d'ajuster l'éducation physique au besoin des différentes populations d'élèves. 26

Au bout du compte, il semble de plus en plus patent que la fin du XIXe siècle et le début du Xxesiècle marquent une attention particulière à l'enfance et à la jeunesse. La remarque de A. Rauch à propos des «camps» est applicable à l'ensemble des dispositifs tournés vers la jeunesse : «Tout en privilégiant le besoin d'air (dans la lutte contre la tuberculose à la fin du XIXe siècle), d'eau (pour apprendre l'hygiène, lutter contre l'ignorance des éléments naturels), de lumière et de soleil (pour prévenir la scrofule et le rachitisme qui menacent), de terre et de campagne (pour lutter contre l'industrialisation sauvage et les exclusions de son urbanisme), il faut assurer la régularité du coucher, les espaces et les durées de repos, le temps des promenad'es, bref, compter sur ces trois

semaines pour rétablir des équilibres de vie. » I
L'équilibre du jeune enfant est également recherché avec insistance dans l'école, et vise à compenser le surmenage scolaire. Dans le secteur éducatif, l'Instruction Publique, depuis la décennie 1880, a rendu l'éducation corporelle obligatoire dans les collèges et lycées (gymnastique), ce qui montre la nouvelle vigilance à l'égard de la santé de la jeunesse, même si les buts poursuivis par cette gymnastique

ne sont pas seulementsanitaires 2.
Les préoccupations qui ont caractérisé la fin du XVIIIe siècle, en direction des nourrissons et des jeunes enfants à l'intérieur de la famille, se renouvellent à travers d'autres focalisations comme le besoin d'air et d'exercices. L'ensemble de ces nouvelles prises en charge de l'enfance, par les colonies, les écoles de plein air, les différents mouvements de jeunesse, constituent de manière plus ou moins consciente une réaction à la vie et à la pression urbaine et industrielle. Il nous semble que ce lien, assez peu visible, entre l'étreinte de plus en plus forte de cette société industrielle et ce désir d'assainir la jeunesse, constitue un déterminant très important qui favorise, dans cette période, l'avènement des loisirs. Ce n'est sans
I

A. Rauch, « Les vacanceset la nature revisitée », op. cit.

2 A cet égard, les relations entre les militaires et l'éducation physique sont analysées par Spivak d'une manière remarquable pour cette période. Thèse, Éducation physique, Sport et Nationalisme du Second Empire au Front Populaire. Un aspect original de la défense nationale, Université Paris 1.A ces finalités militaires de l'éducation physique scolaire s'ajoutent, à d'autres moments, des fonctions normalisatrices et morales. 27

doute pas un hasard si le déplacement estival de certaines populations s'accroît vers des horizons maritimes à partir de 1820. Les adjuvants de cette volonté de régénérescence et de ressourcement seront le bain et la natation, le développement des sports au grand air, bref l'ensemble des loisirs de pleine nature. En ce qui nous concerne, l' exercic~ à la mer entrera dans ce processus. Le début du xxc siècle montre, sur les plages, l'amorce de changements. En effet, on observe des transformations dans les occupations de cette élite sociale qui se déplace vers la plage. Des activités différentes se conjuguent et des activités physiques, divertissantes et inédites apparaissent également. 4 - De nouveaux usages et des pratiques corporelles inédites sur les plages Nous voulons montrer dans ce paragraphe comment certaines habitudes nouvelles préparent et permettent le futur exercice sur les plages. Ceci n'est pas indépendant de quelques grandes innovations techniques et technologiques qui favorisent l'accès au grand air. Sont repérées ici, les différentes populations qui viennent sur le rivage, et ce qu'elle y font pour se distraire. Prennent place certains éléments qui constitueront la culture des clubs de plage. 4.1 - Le train balnéaire: pement des stations un moteur du bain et du dévelop-

A une époque où le voyage ne fait pas partie des habitudes, on comprend que la mise en place des réseaux ferroviaires, à partir de 1880, par les différentes compagnies (du Nord, de l'Ouest, d'Orléans, du Midi) constitue une possibilité nouvelle pour les populations nanties, désireuses d'aller aux bains. Les stations, d'ailleurs, se développent au fur et à mesure qu'elles sont touchées par la « fée}) ferroviaire. Les différentes affiches publicitaires des compagnies rivales) témoignent de sérieux efforts pour rendre accessible le rivage marin et les stations balnéaires, aux citadins de l'intérieur. Les Compagnies font de réels efforts pour favoriser l'essor des stations balnéaires. Il devient donc certain que les grandes stations se sont développées dans le sillage des voies ferrées. Les agglomérations de villégia28

teurs se baptisent de noms enchanteurs par analogie à la Côte d'Azur. En Vendée, c'est la« Côte de Jade»; le journal La Mouette nomme« Côte d'Amour» la presqu'île guérandaise. En Bretagne, E. Herpin désigne « Côte d'Émeraude» la côte de Cancale à Saint-Cast, au nord de la France, c'est la « Côte d'Opale ». Une nouvelle géographie de l'imaginaire naît alors et s'impose partout en France. Ce phénomène favorise et accompagne le mouvement touristique et l'attirance vers la mer. Il est nécessaire maintenant de repérer quel type de population, quelles classes sociales s'adonnent aux plaisirs du bain, de la plage et du tourisme à la Belle Époque. Il règne une relative prospérité qui permet aux nantis (aristocratie et bourgeoisie) de découvrir les loisirs de bord de mer. Une première évidence, pour aller au bain, il faut disposer de temps, de temps libre. L'usage de ce temps représente d'ailleurs un élé-

ment très important comme l'a montré A. Corbin. I L'aristocratie est surtout financière 2 car elle comprend banquiers,
grands industriels, et négociants, anime, de sa présence surtout, les différents casinos et cafés à la mode sur les stations balnéaires. Elle sollicite les créations des clubs sportifs (tennis, équitation, golf) ou des hippodromes. La bourgeoisie qui se rend aux bains est plus difficile à définir car elle est plus diversifiée. La haute bourgeoisie va, de préférence, dans les stations «chics» (avec l'aristocratie) talldisque la bourgeoisie moyenne se partagera l'ensemble des autres stations qui ne cessent de se développer jusqu'à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale. Avant 1936, la classe ouvrière et les petits employés ne bénéficient pas de congés payés; aussi dans la plupart des cas, ils ne découvrirontils la mer que plus tard. Une autre caractéristique de la moyenne bourgeoisie est qu'elle dépense beaucoup pour l'éducation de ses enfants. Cette volonté de parfaire l'éducation permet, après 1920, aux enfants de la bourgeoisie de s'adonner à l'exercice (payant) sur les plages.

A. Corbin, L'Avènement des loisirs, 1850-1960, Aubier, Paris, 1995,471 pages. D. Lejeune, ibid. Le Comte de Dion est à 1'origine de la création de 1'Automobile Club (1895) suite à la course Paris-Rouen. De même, dans le domaine de l'aviation, le Comte de Dion deviendra en 1902 Président de l'Aéroclub de France.
2

1

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Les premiers adeptes de l'exercice sur le sable restent donc les jeunes enfants de la bourgeoisie et les enfants de la classe moyenne montante. Des revenus suffisants et des mentalités adéquates, suffisamment ouvertes à la modernité de l'exercice, regroupent ces pionners sur le sable. 4.2 - Le gymkhana: un divertissement original

La Belle Époque est une époque moderne et les classes favorisées inventent toutes sortes de divertissements inédits dont le gymkhana est une manifestation. C'est au départ une fête pour adultes, qui sollicite le divertissement et le plaisir, dans un cadre de plein air. Sans être strictement une pratique corporelle, nous le considérons comme un loisir corporel qui provoque le plaisir du mouvement "àtravers l'engagement physique qu'il demande. Il met en place des jeux, des épreuves d'adresse telles des courses d'obstacles bizarrement placés. Le gymkhana apparaît en France vers 1896-1897, dans la société mondaine parisienne. D'abord en vogue dans les garden-parties, sur les pelouses des parcs et des casinos, sur les terrains hippiques, il s'étend ensuite à la vie mondaine balnéaire et se pratique sur les plages Le vocable « gymkhana» vient des Indes; il semble que cette forme d'activité est inventée et introduite par des officiers anglais de retour de ce pays lointain. En 1922, le mot entre dans le dictionnaire français, ce qui montre que l'activité se vulgarise. D'ailleurs à partir de cette date, de nombreux journaux de plages signalent l'organisation de divers « gymkhanas pour enrants » cette fois, sur presque toutes les plages de France. Les compétitions se réalisent en opposition avec les autres, soit individuellement, soit par équipe. Les courses, peu sérieuses, utilisent soit un objet insolite, encombrant ou instable. Ces divers objets ont pour but de limiter la liberté de mouvement et de rendre cocasse la situation. L'adresse dans les jeux est particulièrement sollicitée, les parcours d'obstacles divers (sauts, franchissements en hauteur ou sous une bassine d'eau) avec un œuf sur une cuillère tenue dans une maili, constituent des amusements très appréciés. En ce sens aussi, le gymkhana renouvelle les jeux de tradition tels les jeux de cache-cache, chat perché, saut à la corde, saute-mouton, le colin-maillard, le volant, les quilles, le jeu des grâces ou bien encore la roue. 30

Le gymkhana rend actif et met en mouvement, par une activité collective, la bourgeoisie qui hier jouait surtout en famille ou restait assise, sur des chaises, près de la cabine. Porteur d'une cocasserie nouvelle, il fait appel à l'adresse et, de cette manière, ne sollicite pas la force et autorise très largement la pratique aux enfants et aux personnes de sexe féminin. Le gymkhana autorise donc la mixité entre les jeunes mais aussi entre les adultes; pour cette raison, il bénéficie d'un attrait certain. Même s'il reste tributaire de certaines convenances, le gymkhana porte en lui une réelle libération faite de divertissements et de plaisir sur le sable. Entre 1903 et 1914, à mesure qu'évolue le gymkhana, les obstacles deviennent de plus en plus nombreux et amusants. Certaines épreuves connaissent un réel succès: les courses à la cravate, à la valise, aux souliers, sollicitent la dextérité, la rapidité et la débrouillardise. La course mixte à la cravate consiste à placer des hommes en ligne, face aux femmes assises sur des chaises à une vingtaine de mètres. Au signal, les hommes se précipitent, s'agenouillent devant les femmes afin qu'elles puissent refaire le plus vite possible le nœud de cravate et les hommes doivent revenir le plus rapidement au point de départ. Les courses au bouquet, les courses à trois jambes, les courses en sac et les courses à obstacles attirent aussi beaucoup d'amateurs. Les courses à obstacles allient parfois des réminiscences de la quintaine et du burlesque. D'autres jeux, épreuves et obstacles sont inventés: les course aux tonneaux, à travers des filets, les marches et courses aux canards, les course à la brouette s'épanouissent. Puis le gymkhana se transforme encore: il se pratique à bicyclette. Les obstacles favoris des gymkhanas cyclistes sollicitent l'adresse sur la machine: il faut ralentir le plus possible sans mettre pied à terre ou bien ramasser un objet à terre en roulant ou bien encore éviter des quilles sur un parcours compliqué. Ce gymkhana réalise l'alliance du jeu traditionnel, les quilles, et de l'engin moderne, la bicyclette, valorise l'adresse et la débrouillardise, l'exercice physique et les épreuves amusantes et fantaisistes. Dans les stations très « chics », entre les deux guerres, les gymkhanas peuvent se dérouler à cheval et même en automobile. Dans le gymkhana, il semble d'ailleurs que de très vieilles et très populaires pratiques soient en usage; elles sont tout au moins simple31

ment réinterprétées ou mises en forme différemment par les enfants et parents, telles la course aux cerceaux, la course à quatre pattes ou même la course en sac. La lutte à la corde, qui était avant la guerre de 1914 une épreuve olympique, connaît toujours un réel succès. Avant 1914, les gymkhanas introduisent une manière nouvelle de se divertir sur la plage, revivifiant ainsi, par leur aspect ludique et comique, les jeux conventionnels connus. Distinctifs et mondains, ils deviennent plus communs et se généralisent pendant }'Entre-deuxguerres à mesure que les stations balnéaires sont envahies de touristes appartenant à la petite bourgeoisie, puis aux classes moyennes. Cette nouvelle population, qui devient aussi une clientèle, consacre une demande sociale de divertissements et de loisirs du corps dans l' environnement balnéaire; Il faut préciser que les gymkhanas, dès le début, associent des catégories d'âges à leur organisation, et donnent lieu à des distributions de prix (rarement de l'argent, mais surtout des jouets, des appareils photographiques ou une T.S.F, parfois même une bicyclette). 4.3 - Travaux, jeux, concours et fêtes du sable La spécificité balnéaire, c'est évidemment la mer et la plage. Le sable constitue un élément essentiel de cet ensemble. Point de plage familiale sans sable fin, sur lequel les enfants jouent. A partir de 1903, de nouvelles activités centrées sur le sable voient le jour et renouvellent, là encore, les usages traditionnels des villégiateurs. Des journaux locaux (avant 1914) et des quotidiens nationaux (après 1920) favorisent les jeux et les concours de sable, les gymkhanas et les fêtes sportives sur les plages de France; l'ensemble de ces processus et de ces sensibilités contribue à l'essor du tourisme balnéaire. Les grandes étendues de sable deviennent, sur les plages, le lieu de divertissements et d'investissements physiques nouveaux. Les adultes, dans le droit fil du gymkhana, organisent des concours de forts de sable capables de résister au flux de la mer; ces concours attirent beaucoup de spectateurs. Les enfants, quant à eux, et depuis longtemps, continuent de s'éprouver au contact du sable, et rien ne freine leur imagination. Ils creusent des trous, édifient des constructions, des châteaux, des bar-

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rages, des pâtés de sable devant les regards bienveillants de la famille. En cette fin de XIXe, l'enfant ne peut s'ébattre loin de ces parents. La pratique du diabolo connaît une vogue exceptionnelle en 1907. Le diabolo est un jouet comprenant une bobine formée de deux cônes opposés par le sommet et de deux baguettes reliées par une ficelle que l'on tend plus ou moins sous la bobine pour la lancer ou la rattraper. Les cerfs-volants se déploient en très grand nombre sur les plages du nord de la France telles Hardelot, Berck-plage ou Le Touquet. De tradition, les enfants jouent au « volant» et aux « raquettes ». Les « grâces» occupent également les fillettes et jeunes filles, ce sont de coquets anneaux somptueusement vêtus de velours enguirlandés de ruban d'or, qui lancés par d'adroites baguettes, tracent dans l'espace des courbes harmonieuses. A partir du début du XXC siècle, apparaissent des concours de travaux de sable. Ces initiatives sont souvent prises par le personnel d'animation des casinos, ou même parfois des hôtels situés sur le front de mer. Une nouvelle sensibilité au sable naît, dès le milieu du XIXC siècle et un autre usage se manifeste chez le viJJégiateur. Le bain de sable apparaît et marque assurément une recherche de sensation nouvelle, non avouée et souvent masquée par des alibis sanitaires. Le sable est d'abord porteur d'une fonction thérapeutique qui renvoie à des représentations de la santé bien antérieures. Ensuite, il conquiert un statut ludique, et les riches possibilités qu'il offre sur le plan pédagogique seront exploitées par les animateurs des clubs de plage. Toutes les justifications sont bonnes pour renforcer la cause de la plage et le développement de la vie balnéaire. Dans ce cas précis, la méthode française, élaborée par les militaires de l'école de Joinville, qui recommande le maniement de la pelle pour creuser des tranchées et former des soldats, est revendiquée; quelque peu dévoyée, elle devient prétexte aux châteaux et autres jeux de sable Sur de nombreuses plages, l'on retrouve les concours de sable qui bénéficient, après la guerre, de l'appui de journaux nationaux. Ces manifestations constituent une manière de vivre à la plage, qui devient un signe d'appartenance à une classe privilégiée. Les fêtes récréatives et mondaines entre gens de même classe sont très différentes des fêtes 33

sportives qui se développent parallèlement. Sur les plages plus populaires, les fêtes existent aussi. A Berck, les nordistes affectionnent le mât de cocagne ainsi que le lâcher de pigeons. Certains jeux sont organisés à l'attention des garçons et d'autres à celle des filles. Cette différenciation traduit là aussi les mentalités à cet égard qui attribuent des rôles et des statuts précis en fonction des sexes. Les courses à pied et à bicyclette par contre, communes aux garçons et filles, sont très prisées ainsi que les jeux de masques. Sont proposés également des jeux de ciseaux pour les filles tandis que les garçons s'exercent aux jeux du ramoneur et du mitron, des anneaux cyclistes, dans la filiation de la quintaine, des courses en sac et du mât de beaupré. Très souvent, un concours de cerfs-volants est à l'honneur pour les garçons et les filles. On assiste progressivement à une transformation de la fête mondaine qui devient plus accessible à mesure que les touristes se font plus nombreux.. La plage réalise, dans la fête balnéaire, une exceptionelle synthèse entre des activités corporelles qui ne cohabitent que très rarement en raison de l'origine sociale différente de ceux qui les pratiquent. Les jeux balnéaires accompagnent parfois les régates. La fête foraine avec son mât de cocagne reste très populaire et le tir de feux d'artifices connaît toujours beaucoup de succès. A côté des jeux fréquemment appréciés; courses en sac, courses à dos d'ânes, courses aux canards, et jeux des pommes flottantes à croquer, les jeux du « tourniquet» et celui de la « chasse aux bues» restent très prisés. Il est visible qu'au fil des ans, la vie balnéaire produit un large éventail d'antidotes à la vie ordinaire, l'on ne vient pas à la mer pour s'ennuyer. et les concours de forts de résistance à la mer connaissent, sur de nombreuses plages, un réel succès. Les loisirs de la plage présentent des fonctions sociales diverses; tantôt ils soulignent les différences de classes et tantôt ils favorisent très nettement le rapprochement des bourgeois en villégiature et les populations locales. L'édification de châteaux, de petits fortins, existe depuis longtemps. Il est d'ailleurs probable qu'ils sont liés à l'apparition de la natation; cependant, c'est conjointement au développement des gymkhanas qu'ils s'organisent systématiquement avec cependant une fréquence moindre que les jeux et concours enfantins.

34

La presse locale de la vie balnéaire favorise toutes ces manifestations qui constituent un temps ,fort de la semaine ou de la quinzaine. La fréquence des manifestations festives est importante sur certaines plages. Les gymkhanas et festivités diverses créent l'habitude de regroupements et d'une nouvelle convivialité juvénile balnéaire. La fête sportive parfois, ou la leçon d'éducation physique dans d'autres cas permettent alors au club de s'épanouir. Dès 1923, année où le journal Le Matin se propose de développer la prospérité des plages, on observe le développement d'une demande de jeux enfantins, ce qui traduit aussi une augmentation des touristes et une volonté d'occuper les jeunes enfants d'une manière moins oisive et plus . éducative qu'hier. Entre 1929 et 1930, certains journaux poùr enfants s'intéressent d'abord aux jeux de plage et ensuite aux clubs de plage. Ainsi Le Journal de Mickey, Benjamins ou Intrépide patronnent et offrent des lots pour les jeux et les concours de plage.

Conclusion
En définitive, les raisons qui expliquent l'arrivée des villégiateurs dans les stations et l'apparition des jeux corporels sur le sable des plages sont multiples.P Les bains de mer attirent les premiers villégiateurs,et l'on a constaté que les préoccupations sanitaires du bain se transforment peu à peu en bain de plaisir. Il faudra toutefois que les médecins naturistes déploient tous leurs efforts pour faire accepter le mouvement au plein air et à la plage. Le mouvement vers la plage n'est en fait, qu'une concrétisation, à la mer, de ce qui se passe dans les différents milieux de la jeunesse. Les écoles de plein air, le scoutisme, les colonies de vacances participent complétement à ce phénomène que rien ne peut arrêter à partir du début du siècle. Une dynamique sociale recouvre cependant cette attirance vers le plein air. Les estivants balnéaires appartiennent aux classes favorisées et ils découvrent, à la mer et sur le sable, des loisirs corporels auxquels ils ne sont pas souvent habitués. Goût du divertissement, de la nouveauté et découverte des exercices du corps sont très probablement, avec la santé, des éléments qui entrent dans la motivation des villégiateurs bourgeois. 35

Après avoir perdu son aspect thérapeutique, le bain qui devient plaisir de l'eau, laisse la place à l'exercice sur la plage qui, lui aussi, à ses débuts portera une valence hygiénique et sanitaire pour évoluer ensuite vers d'autres finalités. Aidés par des moyens de communication, les villégiateurs sont de plus en plus nombreux sur les plages, et avec eux apparaissent des divertissements variés qui introduisent le mouvement sur le lieu de la plage. Bourgeoises ou populaires les fêtes balnéaires se développent et contribuent à faire évoluer les esprits, en associant des jeux physiques et des sports pour la jeunesse. A l'issue de ce regard sur les jeux et concours de plage, il nous faut étudier maintenant plus précisément comment l'éducation physique s'est introduite sur la plage. Il nous faudra éclairer aussi les luttes qui se déroulent pour s'approprier ce nouveau marché. La naissance des stades d'éducation physique et des clubs permet cette fusion entre jeux, concours et éducation physique pour le plus grand bénéfice de nouvelles structures qui se développent sur presque toutes les plages de France entre 1921 et 1927.

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CHAPITRE II
NAISSANCE DE L'ÉDUCATION PHYSIQUE ET DES SPORTS DANS LES STATIONS BALNÉAIRES

1- Les soubassements de l'éducation physique et des sports sur les plages: les fêtes Afin de comprendre comment l'éducation physique réussit à se développer sur les plages, nous pensons qu'il est utile d'examiner comment la gymnastique elle-même s'est imposée dans la société française, entre 1880 et 1914. A notre sens, deux éléments importants concourent à cette acceptation par une population bourgeoise qui n'est pas spécialement convaincue, ni prête à s'adonner à la gymnastique sur les plages. Il nous semble que les fêtes gymniques jouent un rôle non négligeable dans la lente acceptation de l'éducation physique par les mentalités. La fête gymnique est le rassemblement d'un certain nombre de gymnastes. C'est d'abord une exhibition d'éléments gymniques collectifs, les préliminaires sont suivis d'exercices sur les barres, ensuite des pyramides sont réalisées à des fins spectaculaires, pour satisfaire la population du village. Les fêtes sont souvent accompagnées de musique et fanfares, elles sont célébrées à différentes occasions et n'ont pas toutes les même fonctions. Ces fêtes gymniques deviennent plus visibles à partir de la Ille République et elles s'inscrivent dans la vie sociale et dans les festivités balnéaires de la Belle Époque. Le second point révèle la croyance qui se développe dans les bienfaits du mouvement gymnique. L'exercice acquiert un statut salvateur : grâce à lui, la santé des individus peut être améliorée. Évidemment, les médecins contribuent très largement, dans les journaux locaux du bord de mer, à divulguer ce point de vue, ce qui rejoint également une sensibilité nouvelle portée à l'éducation de l'enfant. Par ailleurs, il faut souligner que, dans les stations balnéaires à la mode, le Casino joue un rôle important; c'est autour de lui que s'organise la vie mondaine. L'établissement de bain est souvent situé à ses

côtés et il propose des prestations attendues des villégiateurs. Dès le milieu du XIX'siècle, à Dieppe, le Casino recrute un professeur de gymnastique et de natation dans l'établissement, qui aura pour charge d'offrir aux enfants: « des jeux variés à leur intention. Un professeur de gymnastique est attaché à l'établissement, et le choix de la direction se porte toujours sur une notabilité de ce genre. Un professeur de musique et d'équitation fait également partie des avantages que l'administration a le soin d'as-

surer. » I
Le Casino de Boulogne, au début du siècle, est un exemple remarquable à cet égard. Outre qu'une maison des bains est signalée dès 1784, le Casino, dès 1855, envisage la construction d'un gymnase couvert attenant au bâtiment. Le projet prévoit un gymnase de six mètres sur six mètres et un salon de tir; il aboutit en 19002. Une piscine chauffée est construite et une école de natation est mise en place pour les villégiateurs. Cet exemple montre que les loisirs du corps sont déjà présents dans la conception de certains Casinos, dès le XIX'siècle. Loisirs gymniques, d'entretien et de perfectionnement du corps, loisirs des armes qui rappellent un goût aristocratique et loisirs de l'eau (chaude) que l'on met à disposition des villégiateurs. Ainsi, Boulogne n'aura rien à envier aux eaux chaudes de la Côte d'Azur ou de la Côte Basque. Par ailleurs, une académie de gymnastique est attenante au Casino. La vie mondaine des stations s'accommode des nouvelles activités physiques sportives (tennis ou croquet), qui représentent des pratiques « snobs» et cela plaît. Toutes ces activités ne s'exercent pas spécifiquement sur la plage, mais presque toutes s'opposent au caractère traditionnel de la gymnastique. La bicyclette, le patin à roulettes, les courses de chevaux et ensuite d'automobiles sont des sports qui représentent les signes d'une modernité sans précédent. G. Désert décrit ces activités sportives sur les plages normandes. Même si la côte normande en matière de bain, de mode et de vie balnéaire représente une sorte de

IE. Chapus, Dieppe et ses environs, Paris, Hachette, 1853, (page 33).
2

A. Mun. de Boulogne. Liasse M73, M75, M78 bis. Les plans figurent dans les archives et l'on peut remarquer qu'une barre fixe et une barre de suspension sont prévues dans le gymnase. 38

modèle, celui-ci se diffuse ailleurs sur les plages de renom d'abord, pour atteindre ensuite l'ensemble des plages pendant l'Entre-deux-guerres. « Le terme de sportmen, utilisé pour désigner certains baigneurs dans le dernier quart du XIXe siècle, est significatif» dit G. Désert I. En effet, un certain nombre de stations valorisent leur image en utilisant le sport. L'auteur souligne que le nouveau Deauville, celui créé par Morny, construit sa réputation non sur la mer mais sur une spécificité à connotation sportive. « Les activités sportives sont en effet fort variées. Elles s' enrichissent à mesure que les années s'écoulent, que le progrès technique en engendre de nouvelles et que la mode et le snobisme les adoptent. A travers la vie balnéaire on entrevoit l'évolution qui, lentement d'abord, rapidement ensuite - à partir de la fin du XIXe siècle - conduit au sport spectacle, au sport distraction de masse. La foule se divertit en assistant

à l'effort physique d'une minorité. » 2
Ce processus décrit ici par G. Désert fonctionne à travers tout le siècle. Il est même utilisé tout à fait sciemment par les spécialistes de publicité. Un produit, même sportif, doit être vu par le plus grand nombre, présenté par les plus enviés (personnage connu, artiste par exemple) afm de susciter un désir d'imitation, ce qui entraîne sa divulgation et son succès. C'est à notre sens un processus important qui contribue fortement à transformer les mentalités de la population bourgeoise qui fréquente la plage avant de faire pratiquer l'exercice à ses enfants et ensuite à elle-même. Les régates; qui s'appellent dans un premier temps courses françaises de plaisance à voile, se déroulent dans les stations qui possèdent des installations portuaires même rudimentaires. Dieppe, Granville, Fécamp, Trouville, Pornic, Le Pouliguen ou le Bois de la Chaise à Noirmoutier affichent des courses qui passionnent la population balnéaire. Ces courses de plaisance regroupent les «yachts» mais aussi les bateaux de pêcheurs locaux, chalutiers, crevettiers et même des embarcations à rames. Ces régates regroupent des classes sociales différentes. Les courses de plaisance, bien que menées par la haute bourgeoisie parisienne ou nantaise, attirent et utilisent des matelots locaux ainsi que du

1

G. Désert, ibid., (page 246).

1

G. Désert, ibid., (page 247).
39

petit personnel pour préparer les bateaux. Par ailleurs, les autres régates, plus modestes cette fois, regroupent, soit une population locale de pêcheurs, soit encore des touristes sédentaires de la classe moyenne. Se rapprochent ainsi, pendant le temps de ces manifestations, les différentes populations qui forment l'univers balnéaire. En juillet 1922, le Comité des Fêtes du Pouliguen (LoireAtlantique) précise que la fête des jeux nautiques comprend des courses de plates (deux avirons et un rameur) et des courses de canots (deux avirons et deux rameurs). Ces modestes activités nautiques s'intègrent dans l'ensemble des festivités qui comprennent courses cyclistes, concours et

jeux de sable, départs de montgolfières et concours des reines

1. Des

régates sont bien établies chaque année à la fin août. Ces fêtes attirent de très nombreux spectateurs relativement passifs dans la mesure où ils regardent les activités plus qu'ils ne les pratiquent. Les grandes régates à voile ne connaissent pas une fréquence régulière. En fait, les activités de la mer n'attirent que par leur caractère spectaculaire et mondain: la mer, finalement, n'occupe qu'une place secondaire dans la panoplie des réjouissances balnéaires. On cite de ci de là, des épreuves de natation, des concours de plongeon, comme à Trouville ou à Houlgate. On évoque à la fin du siècle, à Cabourg en particulier, l'existence de podoscapes, de périssoires, de canoës, mais cela ne va jamais bien loin. Par contre, durant l'Entre-deux-guerres, les distractions liées à la mer paraissent se multiplier. Les baigneurs pratiquent le water-polo ou utilisent, pour se détendre de modernes aquaplanes, des
cycloglisseurs et des aéroplages
2.

Si les régates sont occasionnelles, les distractions vélocipédiques sont très vite adoptées par les villégiateurs. La petite reine devient populaire et, dès 1874, des courses sont signalées sur le littoral normand par G. Désert. Au début du siècle, les courses cyclistes sont déjà développées sur tout le territoire. Quelques plages comme Les Sables d'Olonne (l'étendue de la superbe plage le permet) organisent des courses cyclistes sur le sable dur et attirent de très nombreux spectateurs. En certains lieux (La Baule, Pornichet, Cabourg, Deauville) le corollaire de ces courses

I

A.D.L.A., Journal La Mouette du 2 juillet 1922.

2 G. Désert, ibid, (page 263). 40

cyclistes est le gymkhana cycliste de plage qui connaît de belles heures jusqu'à l'Entre-deux-guerres. En 1922, le Comité des Fêtes de Pornichet organise une grande course de bicyclettes sur la plage réservée en priorité aux membres de l'Association La Pédale de Pornichet. Cette fête associe des courses de cerceaux (enfants de cinq à dix ans), des courses en sac, des courses à pied (enfants de huit à onze ans et douze à quinze ans), des courses à bicyclettes (enfants huit à quinze ans inclus), des courses à bicyclette pour jeunes et adultes et des courses réservées aux dames et aux demoiselles. De plus, une course de un kilomètre est réservée aux baigneurs de tous âges. II est explicite que ce comité se propose un double objectif: intégrer la course cycliste dans la fête mais aussi satisfaire l'ensemble de la population balnéaire. Peu après, les automobiles prennent leur place dans ce concert de divertissements. Sur la plage de La Baule, dès 1920, une course automobile naît à l'initiative des soldats américains stationnés à SaintNazaire. Les véhicules militaires seront vite remplacés par des voitures de course et, en 1924, le premier Grand Prix de La Baule est créé et réunit les plus grands champions de l'époque. Cette course qui attire une foule importante perdure jusqu'en 1939. La plage découvre déjà ses potentialités en matière de spectacles sportifs. Après la Dcuxième
Guerre, elle sera transférée sur l'autodrome de Pornichet I. En marge de la plage, mais non loin toutefois, les fêtes aériennes constituent aussi, en ces lieux, un attrait sans précédent. En 1913; le Maire de Quiberon prend un arrêté interdisant la plage aux baigneurs le I cr avril en raison de la fête des avions. A Pornichet, en 1922, c'est une

semaine entière qui est réservée aux évolutions et exhibitions au-dessus
de la plage et de la mer
2.

Ces spectacles aériens forment un immense

théâtre qui accueille des foules considérables. Plus accessibles au commun des villégiateurs, fortunés toutefois, se développent, dans les stations balnéaires, le golf, le tir au pigeon et le
Le Rêve au bout du remblai, 80 ans de vie bauloise et guérandaise enfilms anciens (1912-1992), Document vidéo de Philippe Hervouet, 1994. Cette vidéo montre également le grand prix de 1934 qui oppose une grosse Mercédès allemande qui se fait battre par une petite Buggati française, au grand plaisir de la foule amassée, le contexte politique de l'époque expliquant cette attitude. 2 A.D.L.A., Nantes, Journal Le Guérandais du 19 août 1922. 41
1

tennis. L'on retiendra que le tennis de plage est très répandu sur le sable. En effet, depuis son introduction en France par les Anglais, les villégiateurs prennent l'habitude de jouer au lawn tennis sur le sable dur. Les cartes postales témoignent de ces activités sur toutes les plages qui présentent un sable dur et une partie plate à marée basse. Il en est de même pour le croquet qui se prête particulièrement à une pratique sur le sable et qui tolère les tenues habillées. Un annuaire signale la pratique du lawn tennis et du croquet à Berck-plage dès 1892 I. Ces activités bénéficient de leur origine anglaise qui constitue une image positive et distinguée. Venues d'Angleterre également, des pistes de patin à roulettes s'installent dans certaines stations balnéaires. G. Désert précise qu'on trouve, en 1898, des skating-rink à Dieppe, Deauville et Trouville. Au Touquet, en 1913, un Anglais dénommé Planson ouvre même un skating-rink, un bowling (ou jeu de quille automatique américain et un bar) 2. En 1905, les Anglais pratiquent au Touquet leur activité préférée qui est aussi l'apanage des nordistes: le tir à l'arc. Il représente une curiosité car des records sont tentés par les archers. Au terme de cette énumération, une remarque s'impose: dès 1890 jusqu'à la première guerre de 1914, les activités sportives plus ou moins mondaines sont un nouvel élément très important de la vie balnéaire. Comme l'évoque G. Désert : « Elles (les activités sportives) créent un type nouveau de divertissement populaire; même si les participants, dans certains cas, doivent jouir de fortunes sortant de l'ordinaire. Ces festivités, car il s'agit bien de fêtes, font accourir les foules pour le plus grand bénéfice des plages, des responsables de Casinos, des commerçants, surtout ceux spécialisés dans la restauration et l'hôtellerie. » 3 Ce climat festif, ces changements de mentalités permettent de concentrer sur le lieu de la plage certains éléments de la culture corporelle balnéaire. Le stade d'éducation physique, puis le club de plage,

A. Danvin, Annuaire Bottin de la plage de Berck-sur-mer, Edit. Van Shouter, Arras, 1862, 91 pages. 2 y. et E., de Geeter, Image du Touquet Paris plage, Touquet 1987, (page 94).
3 Y. et Ede Geeter, ibid., (page 95). 42

I

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