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Le recrutement dans le football français

De
198 pages
Voici exposées les conditions d'implantation des centres de formation, puis étudiées les différentes étapes du processus complexe des recrutements et les modalités de la réglementation spatiale de la détection des jeunes footballeurs. Enfin sont abordés les "espaces ressources" des centres de formation du football français. Illustré par de nombreuses cartes, l'ouvrage dégage les aspects géographiques des stratégies de recrutement des centres de formation du football français.
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Bertrand Piraudeau
Questions contemporaines Le recrutement dans Le footbaLL français
Histoire, logiques et enjeux géographiques
Questions contemporaines
Le recrutement dans le football français
Questions contemporaines Collection dirigée par B. Péquignot, D. Rolland et Jean-Paul Chagnollaud Chômage, exclusion, globalisation… Jamais les « questions contemporaines » n’ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines » est d’offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective. Dernières parutions Jean-Marie BOUGUEN,La naissance de la politique pétrolière en France, 2013. Herbert GESCHWIND,Lerôle des soins palliatifs, nouvelle édition,2013. Sébastien de DIESBACH,La révolution impossible. Mes années avecSocialisme ou Barbarie, 2013. Jacob ETIENNE,Protection rapprochée et sécurité entreprise. Des nouvelles normes à l’international, 2013. Jacques ARNOL-STEPHAN,Entreprendre dans un monde en mutation, 2013. Françoise HAY, Christian MILELLI, Yunnan SHI, avec la collaboration de Joëlle LE GOFF,Faut-il encore investir en Chine ? Opportunités, risques et logiques économiques, 2013. Andreea ZAMFIRA,Une sociologie électorale des communautés pluriethniques, 2012. Eric LAFOND et Vincent BELEY,Emploi, ne pas renoncer, 2012. Geneviève GUILPAIN,Les célibataires, des femmes singulières. e e Le célibat féminin en France (XVII -XXI siècle),2012. François DI SALVO,La Grèce à l’heure du décrochage européen, 2012. Grégory CARTEAUX,Eva Joly et les affaires financières. Analyse du discours télévisuel, 2012. Alain CHEVARIN,Fascinant/Fascisant. Une esthétique d’extrême droite, 2013.
Bertrand PIRAUDEAU Le recrutement dans le football français Histoire, logiqueVet enjeux géographiques
© L'Harmattan, 2013 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-336-29365-3 EAN:9782336293653
1.INTRODUCTION  La géographie est une science humaine qui place l’espace et les hommes au cœur de sa démarche. Elle se compose de plusieurs disciplines : géographie culturelle, économique, politique, rurale, sociale, urbaine, etc. « L’objet de la géographie est l’espace, comme dimension de toute vie sociale. La géographie intègre à son étude de l’espace les caractéristiques générales de la complexité spécifique du social : l’historicité, la « sociétalité », la pragmatique (existence d’actions et d’acteurs) et le rôle des langages et des représentations comme composantes majeures du réel social » (LUSSAULT ; 2003). Toutefois, le sport qui prend une place de plus en plus importante dans nos sociétés contemporaines est resté un « objet » d’analyses spatiales et sociétales à l’écart pendant de longues années. « Le sport est à la fois un mode de loisir, un ensemble technique, une organisation institutionnelle, un enjeu économique et participant aux stratégies politiques, il apparaît donc comme un concept protéiforme que la géographie ne peut plus négliger » (AUGUSTIN et alii ; 2008, p. 3). La profusion et la diffusion du sport dans la société française mérite que l’on y porte un intérêt géographique. « Au-delà du stockage d’informations et de la description des paysages sportifs, la géographie s’affirme comme une science sociale attachée à penser l’espace des sociétés, l’organisation des espaces à toutes les échelles et la spatialité des acteurs » (Ibid ;p. 4). Le sport est donc devenu « un organisateur des spatialités » qui permet de mettre en évidence depuis quelques années de nouvelles connaissances et conclusions géographiques. 1.1 Les a orts des éo ra hes dans l’anal se du s ort et du recrutement des sportifs  En France, la géographie du sport est une discipline récente. Plusieurs travaux ont contribué à son évolution :l’atlas des sports(MATHIEU et PRAICHEUX, 1987),Sport, géographie et aménagement(Augustin, 1995),la géographie du football (RAVENEL, 1998),les analyses sur les sports de nature et de montagne(BOURDEAU et MAO, 2003),
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l’Olympisme, bilan et enjeux géopolitiques(AUGUSTIN et GILLON, 2004),la géographie du sport, spatialités contemporaines et mondialisation (Augustin, 2007) etla géographie des sports en France (Augustin, Bourdeau et RAVENEL, 2008). Depuis une quinzaine d’années, de nombreux articles, mémoires de master ainsi que des thèses sont venus compléter ces connaissances. Trois principaux pôles de recherche français consacrent leur programme sur des axes de la géographie du sport : l’UMR ADES de l’université de Bordeaux, l’UMR ThéMA de l’université de Franche-Comté et l’UMR PACTE de l’université de Grenoble. D’autres pays (Angleterre, Canada, Etats-Unis, Suisse…) portent un intérêt grandissant à cette récente discipline scientifique.  C’est à partir de la fin des années 60 que la notion du recrutement met en avant les relations entre les sportifs et l’espace géographique. Rappelons que « l’espace géographique est, en réalité, l’ensemble des lieux répertoriés et qualifiés par les géographes, la totalité des signes qu’ils identifient et interprètent pour différencier les objets et les phénomènes à la surface de la Terre » (BAVOUX ; 2002, p. 67). Des géographes européens et américains ont réalisé des travaux sur le recrutement des clubs sportifs. Ainsi en 1969, le géographe américain John Rooneya étudié l’origine géographique des joueurs universitaires de football américain. Lors d’une analyse sur l’origine des basketteurs universitaires de l’Indiana, il a également démontré que les meilleurs collèges avaient les aires de recrutements les plus vastes » (ROONEY ; 1969). Dès lors, son analyse prenait un sens géographique : l’espace était bien au cœur de sa problématique.  Les années 1980 ont été marquées par l’émergence de nouvelles études sur le recrutement des clubs sportifs. Le géographe anglais John Bale « par la quantité et la qualité de ses travaux, se présente comme un référent incontournable de la géographie du sport » (AUGUSTIN ; 1995). En France, ce nouvel axe de recherche s’est développé autour de deux pôles, le premier à Bordeaux dirigé par Jean-Pierre Augustin et le second à Besançon géré par Jean Praicheux et Daniel Mathieu. En 1985, Jean Pierre Augustin et Alain Garrigouont découvert, en analysant la mobilité des joueurs de rugby des clubs du Sud-
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Ouest de la France, un certain nombre de fondements qui révèlent des relations entre le recrutement des joueurs et les distances et niveaux hiérarchiques des clubs.  Les années 1990ont contribué à la multiplication des études sur le potentiel de licenciés des clubs sportifs. Plusieurs scientifiques ont orienté leurs recherches sur les sports collectifs. La thèse en géographie de Loïc Ravenel est à ce titre un tournant dans cette approche. Il souligne d’une part que « l’existence des zones à forte production [de footballeurs] relève davantage de politiques engagées par les clubs de football professionnels que des conditions locales d’émergence. Les régions d’origine des joueurs se superposeraient grandement avec celles des zones de consommation, [ceci s’explique] par les politiques des fédérations sportives et des clubs eux-mêmes » (RAVENEL ; 1998). D’autre part, il constate que « l’évolution de la production des footballeurs professionnels en France a suivi une logique de déconcentration qui, si elle s’est appuyée sur certaines redistributions de la population régionale, a résulté d’une rationalisation interne de la production à l’aide d’un meilleur maillage des territoires : les centres de formation institués dans les clubs ont permis de quadriller d’une manière efficace l’espace français afin qu’aucun joueur de talent ne puisse échapper à l’élite » (ERARD et RAVENEL ; 2005).  En 1998, Jean Praicheux met en relief trois cas de figure dans le recrutement des clubs de football français. Il distingue un premier groupe : celui des clubs « à recrutement très large, tourné vers un “écrémage޵ des meilleurs joueurs des clubs concurrents, qu’ils soient français ou étrangers, la dimension spectacle et le prestige du résultat sont prépondérants. Leur capacité financière permet ce type de politique, leur finalité l’exige » (PRAICHEUX ; 1998, p 106). Il observe un second type de clubs qui détectent « les meilleurs joueurs de clubs modestes dans une aire d’observation qui peut être vaste. Les clubs sollicités n’ont pas les moyens financiers pour offrir un avenir professionnel à leurs éléments les plus doués. Le différentiel économique joue ici à un niveau inférieur à celui évoqué précédemment » (Ibid.) Enfin, il définit un dernier type de clubs dont « l’image régionale fortement enracinée,
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concentre son recrutement sur une aire étroite, la région où leur image s’exprime » (Ibid.)  Enfin à une échelle plus fine, lors de son doctorat de géographie, Frédéric Grosjean (2003) a analysé les zones d’influence des équipes de football en milieu urbain. Pour cela, il s’est appuyé sur les logiques de recrutement des clubs de la ville de Besançon. Il a pu dégager et établir une typologie des clubs et leurs logiques spatiales de recrutement. Il distingue quatre catégories de recrutement en fonction des clubs étudiés. Il constate dans un premier temps la présence d’un club de quartier recrutant la majorité de ses adhérents dans son secteur d’implantation. D’autre part, il établit la présence d’un club de convivialités d’adultes qui s’est constitué autour de son identité ethnique. Il observe ensuite, l’existence d’un troisième type de club dit généraliste et ouvert à tous. Ce club recrute dans son secteur d’implantation mais aussi dans les autres quartiers de la ville. Enfin, il met en avant la présence d’un club-spectacle tourné vers la compétition et rayonnant dans toute la ville. Une nouvelle fois, selon la hiérarchie sportive des clubs, les dirigeants peuvent orienter leur recrutement sur des espaces ressources plus ou moins larges.  N’oublions pas non plus les travaux de Raffaele Poli, doctorant à l’université de Franche-Comté et rattaché au C.I.E.S de Neuchâtel. Ses recherches portent sur de nombreuses analyses sur la géographie du football et s’orientent principalement sur les migrations des footballeurs africains. En coopération avec Loïc Ravenel, ils ont développé un observatoire des transferts de joueurs professionnels entre clubs européens, ce qui permet d’observer les trajectoires migratoires des footballeurs professionnels à travers le monde. Boris Helleu, docteur en management du sport à l’université de Rouen, contribue lui aussi à faire vivre cette géographie du sport avec ses études sur la mutation de l’espace du sport professionnel européen. Il explique le rôle fondamental du potentiel des clubs. A ce titre, il distingue deux systèmes qui régissent le « sport spectacle » : un système européen qui historiquement et culturellement montre une relation entre le sport d’élite et le sport de masse. Les clubs européens s’inscrivent dans une hiérarchie sportive et compétitive. Ils se
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doivent de maintenir un certain niveau de jeu pour réussir à évoluer au plus haut niveau sous peine d’être relégués dans des divisions inférieures. A l’opposé du système sportif européen, il met en avant le système nord-américain dit en « ligue fermée ». Les clubs se rassemblent en firmes privées dont leur accès au haut niveau s’effectue sur des critères économiques. Ses études portent sur des approches géo-économiques des ligues sportives professionnelles. Sa thèse, réalisée sous la direction de Christophe Durand et Loïc Ravenel, analyse ainsi l’évolution des championnats de sports collectifs en Europe.  Les débats et les problématiques concernant la géographie du sport sont donc en constantes évolutions.Ce domaine de la géographie se nourrit aussi des autres sciences sociales : droit, économie, histoire, management du sport, sociologie… « La discipline géographique offre des outils et des méthodes qui complètent les approches historiques, sociologiques et économiques, produit des savoirs spécifiques fondés sur l’analyse des emprises territoriales et les spatialités en construction » (AUGUSTIN et alii ; 2008, p. 161). Cette pluridisciplinarité pose la question de la place du sportif dans un espace géographique, tout en tenant compte des enjeux juridiques, économiques, sociaux, financiers assujettis à des jeux d’acteurs. Depuis les travaux réalisés par John Rooney à la fin des années 60, les études orientées vers la géographie du sport n’ont donc cessé de se multiplier en même temps que le sport s’est professionnalisé. 1.2 Le sport professionnel : « sport-spectacle » et « sport-business »  Avant de présenter les caractéristiques du sport professionnel, il faut distinguer les deux modèles de la pratique sportive, à savoir le modèle « sportif pur » et le modèle orienté sur les « sports de loisir ». Le premier modèle met en évidence l’organisation des clubs et les compétions régies par les fédérations. Le second modèle se traduit par la pratique d’un sport qui se trouve en marge des structures sportives d’encadrement. « Alors que les institutions sportives doivent garantir les gestes (la règle du jeu), les lieux (équipements et
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