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Le transport maritime à Saint-Barthélemy et Saint-Martin depuis 1930

De
150 pages

Saint-Barthélemy et Saint-Martin, deux îles sœurs au parcours historique différent, sont évoquées ici à travers une véritable fresque composée de marins, de navires, d’événements de mer au dénouement parfois tragique et d’expéditions maritimes en mer des Caraïbes, voire bien au-delà des océans Atlantique ou Pacifique. C’est à un passionnant voyage dans le temps que nous convie Roger Jaffray, ancien capitaine au long cours.

Fruit des longues et patientes investigations d’un archiviste consciencieux doublé d’un enquêteur talentueux, cet ouvrage est un hommage aux gens de mer, armateurs, capitaines ou marins, qui ont forgé l’histoire maritime de ces îles longtemps restées méconnues.
Si certains lecteurs concernés y retrouveront les traces d’un passé encore proche, d’autres y puiseront les clés nécessaires pour comprendre le présent.


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Roger Jaffray

Fédération nationale du Mérite maritime et de la médaille d’honneur des marins Section de la Guadeloupe

Le transport maritime à Saint-Barthélemy et Saint-Martin
depuis 1930

logo soutien centre national du livre

2013

Saint-Barthélemy et Saint-Martin, deux îles sœurs au parcours historique différent, sont évoquées ici à travers une véritable fresque composée de marins, de navires, d’événements de mer au dénouement parfois tragique et d’expéditions maritimes en mer des Caraïbes, voire bien au-delà des océans Atlantique ou Pacifique. C’est à un passionnant voyage dans le temps que nous convie Roger Jaffray, ancien capitaine au long cours.

Fruit des longues et patientes investigations d’un archiviste consciencieux doublé d’un enquêteur talentueux, cet ouvrage est un hommage aux gens de mer, armateurs, capitaines ou marins, qui ont forgé l’histoire maritime de ces îles longtemps restées méconnues.

Si certains lecteurs concernés y retrouveront les traces d’un passé encore proche, d’autres y puiseront les clés nécessaires pour comprendre le présent.

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à Mireille Jaffray, présente à chaque ligne de chacun de mes ouvrages.

Sommaire

Préface

Saint-Barthélemy, Saint-Martin, aujourd’hui collectivités d’outre-mer, certes îles sœurs, mais au parcours historique différent, sont évoquées ici à travers une véritable fresque composée de marins, de navires, d’événements de mer au dénouement parfois tragique, ou encore au gré d’expéditions maritimes en mer des Caraïbes, voire bien au-delà des océans Atlantique ou Pacifique.

C’est à un passionnant voyage que nous convie ici l’administrateur général des Affaires maritimes Roger Jaffray, ancien capitaine au long cours. Cet ouvrage n’est pas seulement le fruit des recherches exceptionnelles d’un archiviste consciencieux, doublé d’un rare talent d’enquêteur, mais bien plus que cela. C’est un hommage aux gens de mer, armateurs, capitaines ou marins, qui ont forgé l’histoire maritime de ces îles, autrefois méconnues et qui, depuis plusieurs décennies déjà, ont gagné leurs lettres de noblesse.

L’âme de ces territoires insulaires tient en grande partie à la persévérance, au courage et parfois à l’ingéniosité de ces personnages de la mer, dont certains ont disparu emportés par les flots.

Dog, Nina, Inese, Alice, Janet, Connie, Betsy, Donna sont les prénoms donnés à quelques-uns des cyclones qui ont marqué, parfois cruellement, les côtes antillaises et les mémoires, avec leur cortège de naufrages, d’échouements, voire de pertes totales corps et biens.

Schooners, sloops, goélettes à hunier, dundees, et plus proches de nous caboteurs, cargos, transporteurs de passagers ou de fret, ont relié les unes aux autres Cuba, Porto-Rico, les Antilles néerlandaises, américaines ou anglaises, et naturellement, la Guadeloupe et la Martinique. C’est avec eux que les navigateurs de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin ont œuvré pour l’économie de leur île et pour celle de la Caraïbe tout entière.

À l’heure où l’un des axes forts du Grenelle de la mer consiste à valoriser le transport maritime, l’évocation de ce volet de l’histoire des îles du nord à travers le sort des navires et le parcours des équipages résonne d’une tonalité singulièrement contemporaine.

Certains lecteurs avertis pourront retrouver ici les traces de leur passé. Les autres y puiseront nombre d’informations expliquant le présent.

À maintes reprises, lors de mon affectation en Guadeloupe et aujourd’hui encore en Martinique, j’ai reconnu en chacun de mes interlocuteurs, dans ces îles, un attachement viscéral et passionné pour les questions maritimes. Sur les quais de Gustavia, dans les rues de Corossol, on se souvient des grands marins et des navires de commerce ou de pêche qui ont marqué la fortune ou l’infortune de Saint-Barthélemy. Il en est de même, côté Saint-Martin, à Grand-Case ou sur les quais de Marigot.

Les marins en herbe ou confirmés des yachts, quel que soit leur pavillon, ressentent aujourd’hui encore la richesse du passé de ces îles qui a fait leur attrait et leur force de caractère.

Cette histoire ne pouvait pas ne pas s’écrire, et chacun saura gré à son auteur d’en avoir relevé le défi.

Olivier Mornet
Administrateur en chef des Affaires maritimes

Avant-propos

Cet ouvrage est consacré aux armateurs et aux entreprises d’armement de transport maritime des îles françaises du nord de l’archipel antillais, Saint-Barthélemy et Saint-Martin, ainsi qu’à leurs navires et à leurs équipages.

Depuis une quinzaine d’années, une étude a été entreprise au sein des sections antillaises de la Fédération nationale du Mérite maritime et de la Médaille d’honneur des marins, afin de sauvegarder la mémoire maritime. Environ deux cents personnes du milieu maritime y ont participé. Elles y ont contribué par des récits, des témoignages et des documents, notamment photographiques.

Les archives ont été consultées localement, notamment aux Affaires maritimes, et en métropole.

L’auteur décrit ici l’armement traditionnel de ces îles entre 1930 et 1980, période pendant laquelle les voiliers puis les navires à moteur des îles du nord ont été présents dans toutes les Antilles, auquel succède l’histoire de l’armement récent, postérieur à 1980.

Une mention spéciale est faite de la famille Beal, dont trois générations ont armé une flotte importante, ainsi qu’aux activités maritimes de Monsieur de Haenen, personnage hors du commun. Un chapitre particulier est consacré aux principales personnes citées.

Saint-Barthélemy et Saint-Martin, longtemps rattachées administrativement au département de la Guadeloupe, sont devenues récemment des collectivités territoriales particulières[1]. Relativement proches l’une de l’autre, mais isolées à environ 250 kilomètres au nord de la Guadeloupe, elles présentent à la fois des caractéristiques différentes, voire opposées, et certaines ressemblances ou caractères complémentaires. Toutes deux, baignées par les eaux de l’océan Atlantique à l’est et par les eaux plus chaudes de la mer Caraïbe à l’ouest sont de superficie modeste. elles couvrent à elles deux à peine plus de 115 km2. L’île de Saint-Martin a la grande particularité d’être partagée entre une partie française (54 km2) et une partie hollandaise (34 km2). La superficie de Saint-Barthélemy représente le quart de celle de la partie française de Saint-Martin.

Séparées de 25 kilomètres, elles connaissent les mêmes particularités importantes pour la navigation : des marées de faible amplitude et une houle atlantique, conséquence des vents alizés et des courants qui généralement portent à l’ouest. La morphologie littorale fait alterner côtes rocheuses et sableuses.

Le climat de ces deux îles est tropical maritime. Il y fait toujours chaud – les températures dépassent 25 °C – et c’est la pluviométrie qui marque les saisons. Une saison sèche de décembre à mai succède à une saison humide de juin à novembre, marquée par un pic cyclonique en août et septembre. Les vents alizés déterminent certains caractères du littoral : ainsi l’ouest caraïbe abrité – « sous le vent » – est plutôt sec, tandis que le littoral atlantique « au vent » est plus arrosé.

Sur le plan géologique, ces îles ont un substrat volcanique, avec des formations madréporiques fossiles et certains fonds coralliens. En plus des risques météorologiques elles partagent avec les autres îles de l’arc des Antilles un fort risque sismique du fait de leur localisation en limite de plaques lithosphériques.

Toutes deux ont été confrontées très tôt à des problèmes de gestion de l’eau, étant donné la très nette prédominance de la nuance sèche et la constitution géologique de leur sol, peu propice à la formation de réserves en eau. Ce problème a longtemps été un frein au développement de nombreuses activités, comme l’agriculture ou le tourisme. Depuis le milieu des années 1970, la mise en place de dispositifs de dessalement de l’eau de mer a permis de s’affranchir des importations d’eau.

Sur le plan humain, l’île de Saint-Barthélemy est peuplée principalement de descendants de Français métropolitains originaires de l’ouest du pays. Française depuis 1648, l’île a relevé de la souveraineté suédoise de 1784 à 1878 et conserve depuis une franchise fiscale et douanière. On y parle français et (encore un peu) patois. Le créole et l’anglais y sont familiers. La partie française de Saint-Martin compte une forte population d’origine africaine. Elle est française depuis 1639, ayant été partagée avec les Pays-Bas en 1648, mais on y parle volontiers anglais. Elle bénéficie de la franchise fiscale et douanière depuis 1852.

Les deux îles ont eu en commun une population en croissance et longtemps sans perspective d’emploi local suffisant, qui a été la cause d’une émigration vers les autres îles[2].

Vers 1930, la population de Saint-Barthélemy est d’environ 2 000 habitants. Elle passe de 2 079 habitants en 1954 à 3 600 en 1960. Aujourd’hui, elle dépasse 8 000 personnes. En 1930, Saint-Martin compte 3 500 habitants, dont 15 % d’étrangers. En 1954, cette population s’est réduite à 3 300 personnes, du fait de l’émigration. Elle passe de 3 000 à 5 000 entre 1982 et 1990 et augmente fortement par la suite. L’immigration est la cause d’un malaise qui se traduit par les émeutes des 15 février et 17 juin 1986. Actuellement, la population est d’environ 30 000 habitants et la partie hollandaise de l’île (Sint Maarten) en compte 35 000. Il n’y a pas de frontière entre les deux parties de l’île.

Sur le plan économique, Saint-Barthélemy a longtemps vécu d’une agriculture de subsistance, de la pêche, de l’élevage de bœufs et de petits animaux, de l’exploitation des salines, d’un modeste artisanat ainsi que de l’activité commerciale du port de Gustavia et de l’armement maritime. Le régime de franchise douanière et fiscale de ce port, né du traité de rétrocession par la Suède, a longtemps permis la prospérité d’une partie des habitants, l’autre partie étant de revenus modestes. Saint-Martin a connu l’économie de plantation, avec la culture du coton jusque dans les années 1920, l’élevage des bœufs, l’exploitation des salines, en même temps qu’une agriculture de subsistance et un minimum d’activité de pêche. Dans les deux îles, où le dollar américain est roi, le tourisme se développe dans les années 1960-1970, sous des formes différentes. Vers 1960, de prospères touristes des États-Unis jettent leur dévolu sur Saint-Barthélemy et des résidences de haut de gamme y sont construites. Peu de temps après, ce sont les touristes européens qui s’intéressent à Saint-Martin, avant l’avènement d’un tourisme de masse.

Les années 1970 marquent un tournant dans la vie des îles du nord, dont les activités traditionnelles évoluent vers des métiers plus modernes. Les services se développent et les habitants s’intéressent moins aux professions maritimes. La confrontation de différentes conceptions de l’évolution de l’île provoque quelques troubles à Saint-Barthélemy en 1975, suivis de l’élection d’un nouveau maire en 1976. Comme dans beaucoup de territoires des Antilles, l’économie repose désormais sur le secteur tertiaire, fortement lié au tourisme.

Sur le plan maritime, Saint-Barthélemy a été une pépinière d’armateurs, de capitaines et de marins, tandis que Saint-Martin fournissait surtout des négociants avisés. Territoires français, les deux îles entretiennent des relations privilégiées avec la Guadeloupe et la Martinique, par lesquelles ont longtemps transité les produits venant de France métropolitaine[3]. Elles maintiennent aussi, naturellement, des relations soutenues avec leurs voisines immédiates : Sint Maarten et Saint-Eustache, hollandaises (Saba, peu peuplée, est difficile d’accostage) ; Anguilla et Saint-Kitts, britanniques[4], les îles Vierges, états-uniennes et britanniques, Porto-Rico, etc. Pendant la Seconde guerre mondiale, ces relations de voisinage deviennent essentielles, la Guadeloupe et la Martinique ne pouvant plus fournir la plupart des marchandises nécessaires. Des Saint-Barths et des Saint-Martinois résident d’ailleurs dans les îles voisines, notamment une importante colonie de Saint-Barths à Saint-Thomas, ce qui facilite les rapports.

Vers 1960, les voiliers sont remplacés par des navires à moteur, l’armement s’internationalise et vers 1980, l’armement traditionnel local a complètement disparu. Après cette date, de nouvelles activités d’armement maritime se développent à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin, dans trois domaines : les liaisons entre les deux îles françaises du nord, les relations avec la Guadeloupe et les îles voisines ainsi que les activités nautiques liées au tourisme.

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L’armement traditionnel de Saint-Barthélemy et Saint-Martin

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Entre 1930 et 1980, les îles du nord maintiennent une activité de transport maritime comparable à celle du siècle précédent. Celle-ci est toujours fondée sur la nécessité d’approvisionner les îles en biens de consommation et d’équipement et d’exporter leur maigre production. La flotte utilisée est composée de voiliers de cabotage auxquels s’ajoutent quelques navires à moteur en fin de période. Les équipages sont surtout originaires de Saint-Barthélemy. L’activité des navires est centrée sur le transport du bétail et du sel mais s’exerce également au profit des passagers. À certaines époques les navires ont également transporté de l’alcool.

1. Vue d’ensemble de la période 1930-1980

1.1. Saint-Barthélemy

Vers 1930, le port de Gustavia est seulement une rade d’échouage où les navires au mouillage déchargent par chalandage. L’un des mouillages extérieurs possède un coffre, par 5 mètres d’eau. Dans le port intérieur (ou carénage) de Gustavia, un appontement en béton permet l’accostage des embarcations. Les voiliers mouillent près des salines pour charger le sel. Les navires locaux s’échouent sur la grève pour caréner.

Les liaisons avec la Martinique et la Guadeloupe (et, au-delà, avec le monde entier) sont assurées par la ligne postale annexe nord de la Compagnie générale transatlantique qui, partant de Fort-de-France et de Pointe-à-Pitre, dessert les petites et les grandes Antilles jusqu’à Cuba. Cette desserte mensuelle est rythmée par le passage en Martinique des paquebots de la ligne postale France-Colón (Panama). Les paquebots Saint-Raphaël puis Saint-Domingue, stationnaires aux Antilles, assurent une correspondance mensuelle. Des caboteurs stationnaires de la compagnie font également des transports de marchandises à la demande[5].

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Le Saint-Domingue (photo cdt Loreau).

Des liaisons avec les États-Unis sont assurées notamment par la compagnie Alcoa qui touche certaines îles voisines[6].

La flotte locale est composée de voiliers, goélettes (schooners) et cotres (sloops), au nombre d’une vingtaine. Parmi eux, Inese, Nina II, Mary, Roma qui devient Romon B, Inese II, Maris Stella, Frégate, Ruby, Père Labat, Louisa B, Neptune, Fame, Souvenir naviguent entre 1930 et 1939. Ils transportent les produits exportés par Saint-Barthélemy (animaux, sel, objets d’artisanat) et Saint-Martin (bœufs, sel), surtout à destination des Antilles françaises, et en rapportent des biens de consommation courante pour les deux îles. Ils y chargent également quelques produits de luxe, notamment du champagne et des vins français, ainsi que du rhum, destinés aux îles américaines voisines. Jusqu’en 1933, fin de la période de prohibition aux États-Unis, certains navires se livrent à un commerce, pas toujours officiel, de l’alcool. Les navires touchent souvent les îles voisines, y chargent des animaux vivants, des légumes, ainsi que du pétrole en bidons.