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Les sports dans le devenir des sociétés

De
267 pages
Les sports ont un singulier rôle de "liant" en résonance avec le religieux, le politique, l'économie et l'information. Ce rôle opère en relation à des situations de violence menaçant tout un ensemble de sociétés. C'est vrai, hier, des mondes hellénique, européen, et aujourd'hui planétaire. Les sports s'y inventent, s'y réinventent, s'y déploient en écho et en médiation. La méthode nouvelle de l'information globalisée peut éclairer cet "avec contre" caractéristique des sports et de notre ambivalence à leur égard.
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LES SPORTS DANS LE DEVENIR DES SOCIÉTÉS

@L'Hannatlan,2005 ISBN: 2-7475-7849-6 EAN: 9782747578493

Jacques DEMORGON

LES SPORTS DANS LE DEVENIR DES SOCIÉTÉS
Médiations et media

L'Harmattan 5-7, rue de l' École- Polytechnique 75005 Paris FRANCE

Harmattan Konyvesbolt 1053 Budapest, Kossuth L. u. 14-16

HONGRŒ

L'Harmattan Italla Via Degli Artisti 15 10214 Torino ITALŒ

AudioVisuel Et Communication Collection dirigée par Bernard Leconte
« CHAMPS VISUELS» et le CIRCAV GERICO (université de Lille 3) s'associent pour présenter la collection AudioVisuel Et Communication. La nomination de cette collection a été retenue afin que ce lieu d'écriture offre un espace de liberté le plus large possible à de jeunes chercheurs ou à des chercheurs confmnés s'interrogeant sur le contenu du syntagme figé de «communication audiovisuelle », concept ambigu s'il en est, car si «l'audiovisuel» et, il faut entendre ici ce mot en son sens le plus étendu - celui de Christian Metz - qui inclue en son champ des langages qui ne sont ni audios (comme la peinture, la photographie, le photo roman ou la bande dessinée), ni visuels (comme la radio), est, on le sait, mono directionnel contrairement à ce que tente de nous faire croire ce que l'on peut nommer «l'idéologie interactive », la communication implique obligatoirement un aspect multipolaire...

Déjà parus
Bernard LECONTE, L'image et le corps, 2004. Virginie SPIES, La télévision dans le miroir, 2004. Jocelyne BEGUERY, Entre voir et dire: Image de l'Art à l'adresse des enfants, 2003. Érika THOMAS, Les Télénovelas entre fiction et réalité, 2003. Françoise SOURY LIGIER, «Parle petit, la télé t'écoute!: Le rôle de la télévision dans le langage des jeunes enfants à l'école maternelle, 2002. Fanny ÉTIENNE, Films d'art / films sur l'art: Le regard d'un cinéaste sur un artiste, 2002. Jocelyne BEGUERY, Une esthétique contemporaine de l'album de jeunesse. De grands petits livres, 2002. Maguy CHAILLEY, Télévision et apprentissages. Volume 1 : école maternelle, 2002. Bernard LECONTE, Télé, notre bon plaisir. Enonciation télévisuelle etpédagogie,2002. Bernard LECONTE, Lire l'audiovisuel. Précis d'analyse iconique, 2001. Françoise MINOT, Quand l'image se fait publicitaire. Approche théorique, méthodologique et pratique 2001. Odile BÂCHLER , L'Espace filmique. Sur la piste des diligences,

Autres ouvrages publiés par l'auteur

Complexité des cultures et de l'interculturel. Contre les pensées uniques. 3e édition, Paris, Economica, 2004. Kulturelle Barrieren im Kopf. Bilanz und Perspektiven des interkulturellen Managements, Frankfurt, Campus, 2004. Dynamiques interculturelles pour l'Europe, Economica, 2003. L'histoire interculturelle des sociétés. 2e édition; postface: Une information monde, Economica, 2002. EuropaKompetenz lernen, Frankfurt, L'interculturation Campus, 2001.

du monde, Paris, Economica, 2000.

Guide de l'interculturel enformation, Paris Retz, 1999. L'exploration interculturelle. Pour une pédagogie internationale, A. Colin, 1989 traduction allemande Interkulturelle Erkundungen, Frankfurt, Campus, 1999 *

INTRODUCTION

LES SOCIÉTÉS ET LES SPORTS HISTOIRE, SYSTÈME, SENS

Comment s'engendrent les sociétés et leur culture et comment se transforment-elles? Quels rôles peuvent avoir les sports dans l'évolution des sociétés? Telles sont les interrogations de départ de cet ouvrage. Pour y répondre, c'est plus de trois mille ans d'évolution des sociétés et des sports que nous prenons en compte. Nous ne chercherons pas comment les sociétés « expliquent» les sports, et encore moins l'inverse, mais plutôt comment les unes et les autres parviennent parfois à s'engendrer ensemble déterminant ainsi des «moments» exceptionnels dans I'histoire humaine. Nous n'aurions pas pu envisager de faire cette étude sans l'aide de travaux antérieurs produisant une nouvelle connaissance de I'histoire dans une perspective profondément généralisante et sur le très long terme. (1) A cette échelle « d'observation» de l'histoire longue, il devient plus qu'évident que réalités et représentations sont plus difficiles à distinguer que jamais. Toutefois, dans cette évolution très diversifiée, de nombreux chercheurs ont pu s'accorder sur une simplification à travers la dominance successive de quatre grandes formes ou compositions sociétales: communautaire tribale, royale impériale, nationale marchande et aujourd'hui Il

«d'économie informationnelle mondiale.» (2) Leurs travaux ont montré que chaque grande forme sociétale était le produit d'une dynamique entre les acteurs diversement investis dans ce qui finirait par apparaître comme quatre grands secteurs d'activités: religieux, politique, économique puis informationnel. À partir des travaux de Georges Dumézil (3), la forme royale-impériale allait ainsi pouvoir se définir comme association des acteurs du religieux et du politique contrôlant ceux de l'économie et de l'information. Une fois installée, elle perdurera pendant des millénaires. Quant à la forme moderne des sociétés, c'est la forme nationale-marchande. Comme l'ont souligné les historiens britanniques Polanyi (4) et Hobsbawn (5), elle s'est clairement constituée sur un renversement des dominances sectorielles. Les critiques adressées à nombre d'acteurs du religieux et du politique dans différents pays ont conduit les acteurs de l'économie et de l'information qui ont fait ces critiques à prendre finalement eux-mêmes la place dominante dans plusieurs sociétés. L'alliance de l'économie et de l'information s'est montrée plus forte que celle du religieux et du politique. Elle a entraîné une production d'objets et de techniques sans cesse renouvelée. Elle a permis une participation plus grande des acteurs à la vie collective. Elle a ouvert des perspectives démocratiques, renouvelé les sports, renforçant ainsi sa puissance. Pourtant, cela n'a pas empêché, même si elle s'est modifiée, la forme royale-impériale de se prolonger encore à travers de grands pays comme la Russie ou la Chine. Les recherches historiques de notre première partie montrent que les sports occupent trois grands moments sous trois formes différentes: les jeux sportifs grecs, les sports anglais, et finalement les grandes sportvsations

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mondiales actuelles, manifestations sportives désormais inséparables de leurs expressions médiatiques. Une seconde découverte s'imposera. Ces trois moments sportifs manifestent une même caractéristique topique étonnante: chacun d'eux se situe au cœur de transitions multiples et diverses qui se produisent au cours de la parfois longue évolution d'une grande forme sociétale à la suivante. Sur la base des quatre grandes formes sociétales idéaltypiques, précédemment nommées, on a trois grandes périodes de transition au cours desquelles on trouve, mais dans certains pays seulement, les trois grands moments historiques de sports institués. Il ne s'agit donc pas d'une loi générale de ces transitions mais, au contraire, de trois exceptions singulières: grecque, britannique, occidentale. * Ce qui complique encore la question, c'est que les conditions de l'observation sont, dans les trois cas, radicalement différentes. L'évolution grecque a été peu à peu en partie reconstituée. Égéens, Achéens, Doriens, par exemple, n'ont pas fait que se succéder. Ils sont entrés en contact violemment ou pacifiquement. Où en étaient les uns et les autres? Quelles interactions culturelles eurent lieu? La croissance démographique, les sédentarisations, les agencements consécutifs de l'individuel et du collectif, les passages du prato-urbain à l'urbain contribuèrent à changer les dimensions culturelles les plus structurantes des organisations sociétales. Parmi ces problèmes, très généraux, on ne peut manquer de relever celui d'une opposition entre la violence privée et son contrôle social. Jean-Pierre Vernant le souligne: «Tant que n'a pas encore été fondée une organisation judiciaire comme celle que la Polis mettra en place pour arbitrer au nom de l'État les rapports entre les divers groupes familiaux, il

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n'existe pas de frontière nette séparant la vengeance privée et la guerre. » (6) Autre problème, celui de choisir entre la violence destructrice et la violence créatrice susceptible de conduire à la constitution de sociétés plus étendues, plus fortes: des villages aux petits royaumes, aux cités-États, aux grands royaumes. Dans cette optique d'intégration ouverte, le prisonnier fait à la guerre, épargné, transformé en hôte, en ami, en allié, représente un atout culturel nouveau. (7) Est ainsi clairement posé le problème d'une sorte de maîtrise de la violence et celui d'une organisation sociétale

qui la permet - car elle est inévitable et nécessaire - mais
la contrôle car elle est dangereuse. Dès lors, la référence de toute violence aux dieux peut s'imposer et son exercice rituel, par exemple dans une institution sportive sacrée, offre une garantie de contrôle tout ensemble mimétique et cathartique. Le guerrier va à la fois se conserver, s'assouplir et se raffiner en athlète. Et l'athlète devenir ainsi une invention culturelle centrale au cœur d'un système de démocratie aristocratique. Nous n'aurons pas les mêmes difficultés avec le second grand moment de conjonction des sociétés et des sports: le moment britannique. Les conditions d'observation du phénomène sont, sans comparaison, meilleures. Nous disposons à la fois d'informations nombreuses et de la distance propice pour comprendre la composition historique des phénomènes. Quant à la troisième conjonction des sociétés et des sports, nous la vivons et, du coup, nous succomberions plutôt aux inconvénients d'une observation de proximité. Nous voyons trop de choses et trop exclusivement dans leurs instantanés spatio-temporels. Il nous faudra généraliser non plus, cette fois, dans une situation de pénurie mais dans une situation d'abondance. * 14

A partir de ces trois grands constats historiques, deux problèmes fondamentaux restent posés. D'abord, ce sera le problème du comment, dont s'occupera notre seconde partie. Comment s'opèrent les transformations des sociétés et les inventions culturelles comme celles des sports? Cette question nous fera quitter I'histoire pour nous interroger sur le système des interactions et sur l'engagement que peuvent y poursuivre les acteurs. Comme nous l'avons déjà constaté, les acteurs investissent leurs activités dans de grandes orientations sectorielles: religieuse, politique, économique, informationnelle. Ces secteurs ne peuvent pas être considérés comme ayant une signification définitive du fait de leur genèse historique préalable car ils sont toujours aujourd'hui l'objet de conflits et d'arrangements. Dans cette conjoncture ouverte, le domaine des sports apparaît comme un domaine médian et une sorte d'enjeu entre les grands secteurs. Son ouverture et sa plasticité sont telles que toutes les luttes intersectorielles peuvent s'y poursuivre. Le politique yale premier manifesté son emprise dominante mais, maintenant, c'est bien davantage l'économique.

Même un grand secteur affaibli - comme l'est aujourd'hui le religieux - peut trouver, dans le domaine
des sports, des expressions de substitution à travers lesquelles il se maintient. Le secteur informationnel est, lui aussi, en interférence avec le domaine des sports, par exemple aux plans des techniques médicales, des techniques instrumentales sportives, et des media. Grands secteurs d'activités et domaine des sports sont pris dans une oscillation entre indifférenciation et différenciation. En effet, il y a leur relative différenciation acquise lors de longues évolutions historiques (on pense 15

savoir, par exemple, ce qu'est le politique) ; mais ils paraissent aussi parfois retomber dans une certaine indifférenciation à travers une déconstruction liée aux nouveaux conflits et arrangements: on s'interroge, par exemple, sur ce qu'est « le » religieux ou « le » sport. Cette oscillation fondamentale est aussi ce qui garantit la possibilité de nouvelles adaptations. Cette ouverture au changement, ordinairement non reconnue aux grands secteurs d'activités, commence à l'être en raison du développement de l'information humaine dans son devenir millénaire à l'échelle de la planète. Paradoxalement, cet espace-temps met en évidence deux orientations de pensée opposées. Pour l'une, les acquis de l'histoire sont plus résistants que nous ne le pensons; pour l'autre, il n'y a pas non plus de détermination définitive du sens des activités humaines. * Toutefois, et on vient alors au second problème resté en suspens, la recherche informationnelle globale ne saurait renoncer à la perspective du ou des sens des institutions sociétales générales et des institutions sportives qui se sont ainsi mises en place à diverses reprises au cours de I'histoire. Cette recherche de sens nous conduira à mettre en évidence dans notre troisième partie les difficiles perspectives adaptatives des sociétés humaines. Chaque société est aux prises avec des violences qui viennent soit de la nature, soit des autres sociétés ou encore qui se développent en son sein. C'est en essayant d'y faire face que ses acteurs inventent leurs institutions et s'inventent eux-mêmes. Nous le verrons, ces institutions opèrent généralement comme des articulations d'opposés, voire de contraires. (8) Les sports manifestent aussi une réelle aptitude à l'articulation des contraires. Ils le font comme une 16

médiation seconde qui met en œuvre de façon fictive, ludique, la démarche d'articulation des contraires. Aujourd'hui, ce rôle des sports est intensément relayé par les media. N'a-t-on pas ici une cascade de renforcements dont l'ensemble constitue comme un système institutionnel faisant face, en quelque sorte, aux menaces considérables de violence qui subsistent et ne cessent de se déployer localement et planétairement. Ce triple «effort» institutionnel - général, sportif, médiatique - reste cependant incertain et fragile. En effet, les humains manifestent toujours des incapacités d'articuler des orientations opposées, anciennes ou nouvelles. Dans ces conditions, on ne devrait pas s'étonner que tant les institutions sociétales générales que les institutions sportives puissent être débordées par ces violences mêmes qu'elles tentent de contenir. Toutefois, cet effort pourrait aussi contribuer à configurer symboliquement quelques possibilités nouvelles d'une encore bien incertaine démocratie continentale puis mondiale. Ainsi, notre recherche n'aboutit pas à des certitudes mais peut seulement nous conforter dans un certain tri des possibles. C'est dire que rien de tout cela ne saurait être déterminé, indépendamment des multiples engagements conflictuels que prennent et que prendront les acteurs aujourd'hui et demain. *

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bibliographie 1) Jacques DEMORGON, L'histoire interculturelle des sociétés, avec Une information monde, 2e édition, Paris, Economica, 2002. 2) Jacques DEMORGON, Complexité des cultures et de l'interculturel. Contre les pensées uniques, 3e édition, Paris, Economica, 2004. 3) Georges DUMÉZIL, Mythe et épopée, I-II-III, Gallimard, 1995. 4) Karl POLANYI, La Grande Transformation. Aux origines politiques et économiques de notre temps, Gallimard, 1983. 5) Eric John HOBSBA WN, L'Ère des empires, Paris, Pluriel, 1997. 6) Jean-Pierre VERNANT, mythe & société en grèce ancienne, Paris, françois maspero, 1974, p.32. 7) Jean-Pierre VERNANT, op. cit., p. 33, note 5. 8) Jean-Pierre VERNANT, op. cit., pp. 100, 102, 114. *

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Il SPORTS DANS L'HISTOIRE

ET TRANSITIONS LONGUE DES SOCIÉTÉS

1/ SOCIÉTÉS

D'HIER

ET DESTINS

DES SPORTS

Notre premier chapitre traite, dans une perspective historique, des relations qu'entretiennent les sports, d'abord avec les sociétés communautaires-tribales et, ensuite, avec les sociétés entrées dans la seconde forme sociétale dite « royale impériale ». Enfin, il met en évidence, qu'il y a, pour la société grecque, une singulière et profonde originalité de leur relation aux sports. En effet, dès leur invention grecque, les compétitions sportives constituent travaillent à médiations fondamentales. La première, d'ordre historique, les situe comme invention facilitant le passage entre la forme de société communautaire-tribale, caractérisée par le héros exceptionnel, et la forme royale-impériale caractérisée par un pouvoir royal se réclamant des dieux. La seconde médiation est d'ordre systémique intersectorielle. Elle tient à la place des jeux sportifs au cœur du triangle constitué par les secteurs militaire, politique et religieux. La troisième concerne le système des conflits et arrangements entre sociétés grecques. Ce système est traversé par les jeux sportifs, ensemble d'activités pouvant

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aussi bien préparer la guerre, que la suspendre ou s'y substituer. Les compétitions sportives sont donc, dès cette époque, bien autre chose que des distractions.
Centralité ou non des sports dans les sociétés

communautaires-tribales? Dans les sociétés communautaires puis tribales des jeux analogues à des jeux sportifs avaient certainement lieu. En effet, la compétition y était présente sous de multiples formes: chasses, guerres, potlatchs, défis divers lors des sacrifices et des fêtes sacrées. Des affrontements internes ritualisés étaient mis en oeuvre pour symboliser les affrontements cosmiques: changement des saisons, passage du jour à la nuit, etc. Certains affrontements concernaient la parenté et les alliances. Ainsi, le frère de la future épouse, porte-parole de sa famille, était généralement hostile au départ de sa sœur. Il avait le droit, et même le devoir, de manifester cette hostilité au futur mari. Cependant, cette hostilité devait être réelle et non pas feinte. En effet, si elle n'était pas réelle, il n'avait aucune raison de s'opposer au mariage de sa sœur. Pour en juger, il devait se soumettre à l'épreuve du chatouillement exercé par le futur mari, son futur beau-frère. Si son hostilité était réelle, il pouvait résister. Sinon, dès qu'il souriait, la famille de la future épouse devait consentir au mariage. D'autres affrontements utilisaient des moyens précis telles que balles ou boules. Quant aux corps, dans les rites d'initiation, ils pouvaient être marqués avec une grande violence pour situer socialement les personnes. Ils pouvaient être aussi livrés aux musiques, aux chants, aux danses, aux hallucinogènes, éventuellement jusqu'aux transes individuelles ou collectives.

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En tout cas, dans «les sociétés à tohu-bohu» (1), la « compétition» et «l'aléa» semblent bien être dominés par les « masques et vertiges. » Les sociétés communautaires puis tribales, pour autant que nous les connaissions, n'ont pas vraiment pris le chemin d'une institution de jeux rituels compétitifs pour travailler à leur évolution sociétale. Cette transformation spécifique s'opérera, de façon exceptionnelle, chez les Grecs. Nous allons y revenir mais après nous être d'abord demandé si les sports ont été des institutions centrales dans les royaumes et les empires, et si oui, sous quelle forme. Centralité ou non des sports dans les sociétés royales-impériales? Pour qu'une société existe sur un certain espace et pour une certaine durée, il lui faut un lien sociétal. Dans une société royale-impériale, c'est le primat de la référence au politico-religieux unificateur qui est central. Cela, dans la mesure où la référence commune au roi ou à l'empereur fait sens, du haut en bas de cette société, et lui permet, en principe, de surmonter ses crises en cas de conflits internes ou externes. Mais un lien sociétal ne peut se constituer qu'à travers des supports et des contenus de sens: images, hiéroglyphes, idéogrammes, mots. Il peut s'agir d'images cosmiques: astres, animaux et végétaux sacrés voire parfois même divinisés comme dans la culture égyptienne marquée par son environnement vivant, agricole et pastoral. Il peut s'agir des paroles de Dieu, d'où les livres sacrés (Bible, Coran, Popol-Vuh). Ou encore, des paroles de l'empereur, d'où les codes juridiques (code d'Hammourabi). Ou enfin, aussi, de symboles plus synthétiques, tels que les différentes croix ou les vêtements royaux ou impériaux, quasi-religieux: manteau 25

royal, sceptre, couronne. Bien plus tard, la crosse des évêques est encore une transposition symbolique du pouvoir pastoral. Déjà, dans les signes qui apparaissent sur la poitrine du pharaon, la crosse pastorale est présente, croisée sur sa poitrine avec le fléau symbole du pouvoir agricole. Le corps humain peut être compris et investi de bien des façons: actions, gestes, tatouages, vêtements. Il peut être aussi en soumission, en exaltation, en débordement. Toutes sortes de représentations, de jeux, de spectacles corporels peuvent aussi contribuer à la constitution d'un langage symbolique commun. Les images des dieux ont pu être exaltées ou condamnées (2). Dans ces conditions, la mise en oeuvre spectaculaire d'un héroïsme compétitif a pu être barrée par tous ces autres modes d'expression constituant des supports tout aussi évidents du lien sociétal. Ce fut sans doute le cas en Égypte dans la mesure où le corps y était vécu et pensé en référence aux univers de la chasse, de l'élevage, de l'agriculture, de la construction de villages, de temples et de sépultures royales et non en relation aux exercices sportifs. Certes, les activités guerrières et les activités de chasse pouvaient constituer une source de jeux compétitifs mais il aurait fallu pour cela qu'une certaine distance se fasse jour dans l'univers des luttes guerrières et qu'elles aient été, par exemple, déléguées à des champions. * Il est pratiquement impossible de déterminer avec certitude comment et à quelle époque ont été inventés certains sports. Sans même évoquer les peintures des grottes, «des bas-reliefs égyptiens, datés de 3500 avant notre ère, représentent des hommes effectuant des exercices de course et de saut et pratiquant la natation et l'équitation» (3).

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