médecin, quand reviendras tu?

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Ce roman a le goût de la réalité, du réalisme sauvage et dérangeant... et nous fait passer du rire aux larmes devant le triste tableau des conditions d exercice d un métier sans concessions. Il n est pas possible d ignorer alors que son auteur est médecin lui-même ! Il nous révèle un monde de souffrance et d'espérance, le tout écrasé par une dictature administrative que nous ne soupçonnions pas. Il nous pousse à nous révolter contre cette entreprise de démolition de la médecine libérale, qui, autrefois, faisait la fierté de notre spécificité française, tout comme les libertés individuelles, de plus en plus menacées par un état devenu difficilement supportable. Bien entendu, les noms des lieux et des personnages sont fictifs pour respecter le secret médical : «Toute ressemblance avec des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite». On peut toujours essayer de se rassurer avec un : «Ça n est pas près d'arriver en France !».
Publié le : vendredi 13 janvier 2012
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Passage choisi
J'ai longtemps hésité avant d'oser écrire ce livre. Comment résumer mes vingt armées
d'installation en qualité de médecin généraliste à Saint-Étienne en Montagne ? Il s'est passé
tellement de choses bouleversantes, qui ont changé à jamais la vie des habitants de cette
paisible commune rurale, et la mienne. Vingt années entre le rire et les larmes, la joie et la
détresse, le bonheur et la souffrance, entre la vie et la mort. Le quotidien en bref d'un médecin
de campagne, dont le métier est aussi bien d'assister aux accouchements que de fermer les
yeux des morts. La routine d'un travail déjà profondément complexe, et dans le contexte de
l'installation à Saint-Étienne en Montagne, considérablement amplifié par la caisse de
résonnance du désert médical du haut plateau ardéchois. Mes succès et mes échecs n'auront
pas les mêmes conséquences sur cette terre oubliée des dieux, balayée par la Burle, coupée du
monde par des mois de neige formant sur des routes déjà chaotiques des congères
infranchissables. L'exercice de mon «art médical» n'aura pas la même incidence ici que dans
ma ville natale, Marseille, baignée de soleil, sublimée par la Méditerranée, la plus belle des
mers, et qui n'avait qu'un seul défaut à mes yeux, responsable de mon lointain exil
montagneux : la surpopulation médicale. Ayant la phobie de la salle d'attente vide, situation
que j'avais vécue en qualité de remplaçant pendant un an, j'avais pris le contre-pied absolu :
j'irais m'installer dans le seul canton de France qui n'avait jamais eu de médecin !
Situation alors inédite à l'époque, qui devint au fur et à mesure des années la dure réalité pour
de
plus
en
plus
de
campagnes.
Situation soi-disant déplorée par nos élus, mais à vrai dire provoquée, soigneusement
entretenue par une politique, une fiscalité et une pression administrative écrasante. En réalité,
à toutes les échelles du pouvoir, on assiste à une démolition en règle des cabinets médicaux
qui subsistent. Tout est fait pour leur substituer des «maisons médicales», où de rares
permanences effectuées par des docteurs souvent étrangers, donnent à notre administration le
sentiment du devoir accompli, et la jouissance d'avoir remplacé à bon compte des médecins
libéraux
jugés
trop
indépendants,
pas
assez
serviles...
Avant de franchir définitivement le pas, et en bon élève de ce que je pensais être à l'époque un
comportement confraternel, j'écrivis au président du conseil de l'Ordre de l'Ardèche et aux
médecins les plus proches de mon installation. Je leur faisais part de mon désir de venir
m'installer en ce lieu, et de ma joie de pouvoir collaborer au suivi médical de cette population
si éloignée des hôpitaux. Ils étaient tous étrangement distants de cinquante kilomètres, dans
un canton ardéchois en contact de deux autres départements : la Haute Loire, et la Lozère. Sur
un point de la carte, pas très loin du village, trois régions différentes se touchaient : le
Languedoc-Roussillon, l'Auvergne, et la région PACA. Situation pour le moins écartelée,
dont la bizarre impression de discordance était accentuée par l'extrême diversité du paysage,
hésitant entre forêts denses et sombres de conifères dignes des Laurentides du Canada, et
vastes steppes d'herbe rase balayées par des vents semblant venus de Mongolie orientale...
Avant d'arriver à Saint-Etienne en Montagne, un panneau signalant le partage des eaux entre
Méditerranée et Atlantique vous mettait en garde, à des centaines de kilomètres d'un
quelconque littoral : la pluviométrie ici vous jouerait des tours...
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