Sexus Rugbysticus

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" J'entends déjà les réflexions de ces messieurs communiant en curie ou en obédience dans leur blazer en pure laine vierge peignée fleurant bon les tournées, les comités directeurs, la débrouille et les petits arrangements entre amis : "Ce mec nous emmerde avec ces histoires de cul. Est-il raisonnable de cracher ainsi dans la soupe ?' " A.G.
Mais est-ce vraiment pécher que de lever le voile sur les écarts de conduite de nos chers joueurs, qui se dévoilent à l'envi dans les cars et les avions, à l'hôtel et au banquet, ou encore Chez Denise, le temple libertin de la capitale ? Un ouvrage se penche enfin sans faux-fuyants sur le thème tabou du sexe dans le rugby, l'ingrédient majeur de toute troisième mi-temps accomplie, au fil d'un récit truffé de drôleries et souvent empreint de passion et de tendresse.





Publié le : jeudi 3 septembre 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782221157619
Nombre de pages : 210
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Toutes les citations sont issues d'entretiens avec l'auteur, sauf indication contraire.
© Éditions Robert Laffont, S.A., Paris, 2015
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ISBN numérique : 9782221157619

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À Chloé et à Catherine,

les femmes qui me restent

Introduction

J'entends déjà les réflexions de ces messieurs communiant en curie ou en obédience dans leur blazer en pure laine vierge peignée fleurant bon les tournées, les comités directeurs, la débrouille, les petits arrangements entre amis et les « je te tiens par la barbichette » : « Gex ? Il nous emmerde avec ses histoires de cul. Est-il raisonnable de cracher ainsi dans la soupe ? Ce type ne rend pas service aux intérêts supérieurs du rugby ! » Soit. Mais ont-ils oublié, ces parvenus grisonnants, qu'ils en ont, eux aussi, croqué de la fesse et du sein, en pomme ou en poire, lourd ou aérien, laiteux ou ambré, quand, beaux comme des camions de déménageurs, ils écumaient les bars alentour après la douche dominicale ?

Ces nantis de fin du deuxième millénaire pourront, au fil de ces pages, faire preuve d'une légitime paranoïa puisqu'ils sont presque essentiellement les vedettes d'un ouvrage plutôt soucieux d'éclairer une coulisse gouleyante, mais cadenassée, hypocrite et, hormis les avancées féministes, génétiquement conservatrice, que de vanter charitablement, pour la énième fois, les « exploits » de joueurs altruistes qui n'ont pas – encore ? – trouvé le moyen d'être les maîtres du monde.

À l'aune de la huitième Coupe du monde, qui devrait ainsi être la risée de quoi ?

Les dieux du stade posant huilés sur les calendriers, que l'on présente désormais si prudes, ne supplanteront jamais les baroudeurs adoubés de nos mamans qui, il y a à peine deux décennies, partaient encore en campagne aux antipodes comme on va à Terre-Neuve pour la morue, la fleur de lys au fusil et le paquetage offert, finement adapté. Jugez-en : blouson de cuir fabriqué dans les meilleures mégisseries de Graulhet, tenue de ville et de sport, pour mieux colporter la French touch, liquettes, cravates, mousse à raser, after-shave, cartes postales du groupe posant sous une verrière classée d'un magasin des Grands Boulevards pour mieux confesser combien on se languit de la maison, et au cas où, capotes anglaises afin de rendre plus heureuses encore les autochtones férues du rugby champagne – ces indispensables French letters ou condoms (dans la langue de Shakespeare) qui soulevaient tant l'hilarité du public à l'énoncé du patronyme de ce brave Boucalais, Jean Condom, lorsqu'il se produisait dans l'hémisphère Sud.

C'était brûlant comme le sable du Pacifique au pied de l'Éden et annonciateur, comme L'Origine du monde de notre maître pictural Gustave Courbet, de quelques intimes empoignades réglées au septième ciel, soit à 10 000 mètres – l'altitude dessèche-t-elle à ce point les papilles qu'il faille parfois les lubrifier dans un phénomène de groupe ? – en passant par hôtels cossus, recoins de restaurant et même, suprême délice, au fond d'un car, devant les copains survoltés. Mais quel idiot ! J'allais oublier le fameux « slip jaune » tant convoité, dont chacun des joueurs rêvait, symbole d'une première place au classement du libertinage !

Question d'époque : n'est plus maintenant Amédée Domenech1, Jacques Fouroux2, Claude Spanghero3, Jean-Pierre Rives4 ou Jean-Baptiste Lafond5, turbulents Beaumarchais et Casanova des temps modernes, qui veut. Pourtant nos figures de magazine gonflées à la vitamine et à la fonte continuent à nourrir les mêmes fantasmes féminins. N'est-ce pas, Roselyne Bachelot ?

Que sont cependant devenus ces temps grivois où le capitaine régalait ses joueurs de lettres d'amour enflammées reçues de femmes énamourées, agrémentées de photos de « vie » béantes, celle de leur « petit conduit » par où, comme le dit la charmante chanson, « Margot fait pipi » ? Coquin de sort ! Pourquoi ce basculement vers la chasteté ?

Philippe Saint-André6, l'entraîneur-manageur du XV de France depuis 2011, livre un diagnostic frappé de bon sens en mettant en accusation les chaînes d'info en continu, les réseaux sociaux, toujours friands d'actualités people par-dessous la ceinture, et ces satanés téléphones portables utilisés comme autant de drones pointés sur la vie privée de malheureuses victimes. « Le joueur est bien payé, estime-t-il, on connaît maintenant son salaire, généralement conséquent. Il représente ainsi une proie autrement plus juteuse. Un écart de conduite à cinq heures du matin peut créer le buzz7. »

Heureusement, durant la journée, c'est moins problématique car les chéris s'entraînent sans compter... entre deux tripatouillages d'iPhone. Le joueur de l'an 2015 dans sa version de méchant tatoué est ainsi devenu prudent. Un clic sur Facebook l'exposerait à la claque. Il aurait l'air de quoi en conquistador festif flanqué d'une poulette botoxée, en ver lubrique, comme la reine des bassins quand elle avait dévoilé son sexe devant l'objectif d'un copain ? Malgré le retrait d'urgence des clichés sur Internet, la championne olympique, reconnaissable à sa salamandre, ne put éviter honte et déshonneur, complaisamment attribués à sa jeunesse.

Madré comme son ancêtre paysan, l'homme doit donc maintenant agir casqué, à l'exemple de grands de ce monde livrés à la vindicte sur leur scooter, sous peine de s'attirer les foudres de la première dame de France... la leur, devenue passablement encombrante depuis qu'il la traîne, généralement au sortir des rangs juniors. Souvent exposés naguère par leur légèreté et leur insouciance, nos Adonis ont donc leçon tiré de la révolution technologique. Plus question maintenant d'alimenter le moulin de la compagne avec ce bracelet électronique accroché au talon d'Achille. Idem pour les dirigeants désireux de ne plus bouger une oreille – en chou-fleur – au terme des fréquents repas de travail, jadis prétextes aux dégagements nocturnes dans les ventres de la capitale. Leur vie est devenue bio, comme leur alimentation. Contemporaine des grandes horizontales et muse de ces messieurs en maraude qu'elle se plaisait à soulager en personne, la Denise peut ainsi jouir d'un repos pleinement mérité. Son fameux 41, temple de luxure longtemps hanté par les vieux crampons, a vécu. Sa porte est close. L'imparfait est de mise. « Ah, ce qu'on était serrées au fond de cette boîte », peuvent désormais fredonner les sardines nostalgiques ! Le paysage libertin s'est rétréci, avivant le spleen de ces joueurs complices. Qui au soleil de tournées à l'ancienne. Qui pendant ces Boucliers d'automne empreints de pastis et de monoï, annonciateurs d'un championnat à la pépère.

Mais qui peut raisonnablement prétendre que les dames ont toujours été tenues à l'écart des choses du rugby ? Ça dépend desquelles ! Les officielles n'étaient-elles pas associées à l'aventure en bouclant la valise de leur champion appelé au Louvois, au Grand Hôtel ou à l'Intercontinental ? Laissaient-elles un détail au hasard ? Ne retrouvaient-elles pas leur favori sur le quai de la gare, au petit matin de la Troisième mi-temps, pour que le retour de leur hobereau n'en soit que plus reposant ? Et ces autres volailles parfumées, occasionnelles attentionnées, n'étaient-elles pas aux petits soins pour panser les blessures, soigner les vagues à l'âme et payer de leur personne pour assouvir les pulsions des héros en battant le rappel de copines les nuits d'opulence quand l'énergie venait à manquer ? N'était-ce pas là un devoir civique que de généreusement récompenser le XV de France ?

Certes, maintenant, c'est beaucoup plus lisible. Les idées machistes d'Albert Ferrasse8 ont vécu avec le départ de ce président sans descendance, craint et adulé, qui faisait obstruction de son quintal entretenu à l'armagnac à l'invasion féminine menée par la « suffragette » Josy Sella. Tonton victime du professionnalisme, les Messaline ont désormais droit de cité aux banquets du Tournoi, raréfiés il est vrai depuis l'admission d'une sixième nation – l'Italie – qui a accéléré le rythme des rencontres.

Auprès de leur pingouin en smoking, épouses ou officieuses, corsetées dans leur robe de soirée, ne papotent désormais qu'une fois l'an à table, entre les redondants et soporifiques discours. Chic, car à elles seules désormais le repos du guerrier ! Et si elles veulent profiter davantage de leur chevalier servant dans sa quête du Graal, les voilà condamnées à s'organiser entre elles pour le rejoindre en croisade, overseas, à l'autre bout du monde. Une initiative évidemment impopulaire qui oblige en effet le joueur à faire disparaître le moindre indice ou objet suspect – barrette, peigne, boucle d'oreille, cheveux étrangers ou, surtout, petite culotte noire à dentelle – avant l'arrivée de madame, sous peine de se retrouver à l'« hôtel du cul tourné ».

 

Certes, très chères saintes chéries ou nitouches, vous allez sans doute chercher midi à quatorze heures. « Et si c'était le mien qui tournait mal  ? Mon mec, mon homme, mon poète, mon zigoto, mon zèbre ou mon numéro. Celui, modèle pourtant, qui m'aide en cuisine et qui dessert toujours pour la vaisselle. Celui, attentionné, qui n'exagère pas à l'apéro et promet de se lever après la fête, fût-ce la tête dans le trou, pour conduire le petit à l'école. Celui, aimable encore, qui prévient en cas de retard ou de fâcheux contretemps et celui enfin, orfèvre hors pair, qui sait si bien y faire pour réparer ses fautes sur l'oreiller. Et si c'était le mien, ce fumier ! »

Mais non. Foin d'idées malsaines, de fariboles et de vaines suspicions ! Votre délicat petit homme est un héros et convient-il ainsi de le traiter comme tel, c'est-à-dire avec compréhension et ménagement. Pensez-vous qu'il soit aisé de jouer les terreurs animales le week-end et de se fondre en père exemplaire le reste du temps, de rentrer immédiatement et sans escale après l'entraînement, de faire le dos rond, de faire semblant ?

A-t-on, fichtre, trouvé une Zahia, dans le plus simple appareil, lèvres ourlées et faux tétons prêts à exploser dehors, dans la chambre de votre Spartacus de préfecture à lui piquer ses pauvres quatre sous ? Et si, d'aventure, quelques pseudo-méfaits venaient à agiter votre sommeil, ne vous mettez pas martel en tête car il ne saurait alors exister aucune preuve tangible susceptible d'alimenter votre insupportable parano. Le milieu veille en effet, soudé...

« Avoir de bons copains », même parmi la gent journalistique, n'est pas interdit par le code de la bienséance ! Preuve d'ailleurs que la presse n'est pas toujours aussi pourrie qu'on le prétend parfois, et qu'elle peut faire preuve de complaisance à étouffer dans l'œuf les plaintes de vilaines mégères fardées, s'alanguissant dans les divans d'hôtel telles des Emmanuelle, promptes à tomber le string et glisser la mimine manucurée dans le portefeuille de monsieur. Car n'est-ce pas là l'« argent du ménage », durement gagné ?

Sachez qu'il n'est pas que des tordues malsaines à œuvrer dans le feu d'alcôves et garçonnières. Du calme, bordel ! Il est sans aucun doute d'honnêtes bergères, fidèles sympathisantes, à défendre les principes de la parité sexuelle, généralement bafouée au tréfonds des Troisièmes mi-temps.

Résister à leurs sirènes devient dès lors problématique pour l'homme faible et vulnérable, comme souvent, parce que trop bridé. Doit-on pour autant lui jeter la pierre ? Personne n'est en effet de bois. Aussi chacun peut-il avancer que tester sa virilité au mépris de la fidélité matrimoniale n'est pas pécher dans la mesure où un tel acte peut s'inscrire en thérapie en vue de retrouvailles accomplies. Et s'il s'agissait tout simplement de mimétisme ? Voyez le chasseur quand il bâille : d'honorables experts ont pu constater que le clébard – en personne – imite son maître en se lâchant comme une corneille. Ce curieux phénomène a pour nom l'« empathie du chien ». Il pourrait donc en être de même pour une autre catégorie de « traqueurs » : ces fameux « écarteurs » auprès desquels s'engouffrerait comme un seul homme le reste de la troupe...

Louons plutôt sans retenue ces personnages à double fond, intrépides et tendres acteurs capables de nier la tête sur le billot. Ne forcent-ils pas le respect dans leur hâte à perpétuer une fantaisie française en danger dans une société rétrograde aux abois ? Ne les accablez donc pas outre mesure, mesdames, car ils sont toujours d'amour et de respect habités à votre endroit. Ils restent vos doudous et vos toutous pour la vie.

1. Pilier notamment du Club Athlétique Brive (CAB), 52 sélections (1954-1963), franc-maçon et radical, attaché au cabinet d'Edgar Faure, président de l'Assemblée nationale, conseiller municipal de Paris. Surnommé le Duc.

2. Ancien demi de mêlée, vainqueur du Grand Chelem en 1977, puis sélectionneur des Bleus entre 1981 et 1990, avec lesquels il remporte deux nouveaux Grands Chelems en 1981 et 1987 et accède à la finale de la première Coupe du monde en 1987. Surnommé le Petit ou le Petit Caporal.

3. Deuxième-ligne de Narbonne, 22 sélections (1971-1975), champion de France, capitaine en 1979. Surnommé Mon Frère Claude ou le Grand Claude.

4. Troisième-ligne aile du Stade Toulousain, puis du Racing Club de France (RCF), 59 sélections (1975-1984), capitaine de l'équipe de France, vainqueur de deux Grands Chelems en 1977 et 1981. Surnommé Casque d'or.

5. Centre du Racing, 37 sélections (1983-1993), devenu négociant en vins. Surnommé Jean-Ba, l'Escroc ou la Lumière.

6. Ailier de Clermont et Gloucester, 69 sélections (1990-1997), capitaine de l'équipe de France, entraîneur notamment de Sale (Grande-Bretagne) et Toulon. Surnommé le Goret ou PSA.

7. Voir mon précédent livre : Secrets de Troisième mi-temps, La Martinière, 2014.

8. Emblématique président du club d'Agen, puis de la Fédération française de rugby (FFR), de 1968 à 1991. Surnommé Tonton ou Bébert.

1

Le zizi

Tout tout tout

Vous saurez tout sur le zizi

Le vrai, le faux

Le laid, le beau

Le dur, le mou

Qui a un grand cou

Le gros touffu

Le p'tit joufflu

Le grand ridé

Le mont pelé

Tout tout tout tout

Je vous dirai tout sur le zizi...

Pierre Perret1

 

La douche ! C'est le terrible juge de paix ! On y découvre le mâle dans tous ses états. Mais le vrai, le dur, le terrible à la fleur de bagne parfois percé. Il n'est plus question de charisme sous la saucée salvatrice, mais essentiellement de dimension. La longueur de la tubulure et la grosseur du nœud ont force de loi dans ce périmètre réparateur. Elles font de vous un taulier quand, sur le terrain, vous n'êtes qu'un banal soldat. C'est bien là d'ailleurs l'unique point commun entre le rugby et le football, cousins de ballon, en mal d'amour conjoints. Les « manchots » n'ont donc rien inventé en surnommant Thierry Henry l'Anaconda. Faudrait pas en effet faire offense à notre Alain Plantefol2, le Parisien sauteur du Racing Club de France (RCF)3 qualifié en son temps de Chinois – « queue » ou « membre » en argot – davantage pour l'existence d'un phénoménal instrument de plaisir que pour des yeux résolument bridés.

La vérité s'attache donc souvent au zizi. Voyez encore Momo Lelano4 ! Jean-Baptiste Lafond a vite compris que son pilier de coéquipier tenait de l'exception. Écoutons son témoignage : « Momo sort de l'ordinaire pour quatre raisons : peu mobile, ce qui est un comble pour un Noir ; tenue de mêlée irréprochable, ce qui, pour les mêmes raisons, est étonnant ; piètre danseur, proprement incroyable ; et enfin, et surtout, monté comme un cure-dents... »

En coulisse, l'homme devient ainsi objet – pas si inanimé que cela... – en fonction des caractéristiques de son pénis, de son phallus, de sa verge, de son article, de sa bistouquette ou de sa queue, selon l'approche médicale, poétique ou animale qu'en font ses bouillantes utilisatrices. Mais que M. de Lamartine se rassure, ces objets du désir, les zizis cracheurs, ont pour sûr véritablement une âme « qui s'attache à notre âme et la force d'aimer ». Fussent-ils dissemblables, ces zizis charmeurs s'assemblent, s'apprécient, s'accouplent parfois et se flattent furieusement, dans le mystère d'une nuit, quand le repos du guerrier s'instaure, quand le corps doit exulter, quand l'être éructe bestialement. Le groupe est alors reformé dans le partage. Les profiteurs avec les dénicheurs, les bouillants avec les calmes, les effrontés avec les timides, les affables avec les mystérieux, ceux des villes avec ceux des champs, les petits avec les gros.

Le plus énigmatique de l'Histoire restera néanmoins le diabolique Jacques Fouroux, cher bonimenteur et bouffon de ces dames. Normal, il est empereur du frou-frou. « On ne l'a jamais vu à poil sous la douche », remarque-t-on méchamment pour mieux mettre en doute ses facultés à consommer. Compagnon de jeu, Jean-Ba le cerne comme « aimant la chatte, pas la prise ». Mais il s'agit bien là peut-être d'une fantaisiste affabulation, une pure légende. Foi d'un grognard de sa garde rapprochée en tous les cas ! Il n'est donc pas de zizi faux cul...

Cependant, considérer le zizi comme seul artifice sexuel serait éminemment réducteur. Il possède en effet bien d'autres fonctions essentielles. Ce célèbre chef de cuisine peut en confesser au souvenir de cette nuit au Kitty O'Shea, le pub irlandais à la mode d'alors. La vessie gonflée au malt du cuistot crie ainsi grâce et la queue – pardon, la file d'attente – devant les commodités messieurs est interminable. Le catogan fatigué, il va craquer et « tout » lâcher. Mais à force de courage, il parvient à atteindre la cuvette en catastrophe et pisse en râlant, comme il se doit, les yeux rivés au ciel de bien-être. Quelle n'est pas sa stupeur après la vidange de son zizi enfin libéré : il n'est pas maître de son orifice. « My God ! » pousse-t-il. Quelqu'un lui tient en effet l'animal. « But it's mine », bredouille-t-il, gêné. Car, aucun doute possible, c'est clairement sa propriété. Ayant le sens de l'hospitalité, notre Vatel se montre alors grand seigneur. Il est tard. Va pour l'emprunt ! Et de remballer la sainte pièce dans son habitacle de coton humide.

1. « Le zizi », Pierre Perret, Adèle Éditions.

2. Deuxième-ligne du Racing, 11 sélections en équipe de France (1967-1969).

3. Devenu le Racing Métro, depuis 2001.

4. Pilier du Racing.

Roselyne, c'est le zizi qu'elle préfère

Y a de la plume, de la fesse un rien chevaline, des tatouages prétentieux et lourdingues au creux des reins et des accents titis, façon Zizi. En face, il y a ma seconde maman, l'AFP : « Quatre milliards et demi de lecteurs... potentiels, sans compter les Chinois », tel que je me plaisais à qualifier cette honorable maison d'information pour clouer le bec aux plumitifs agités de l'ego. À portée de rétine, il y a aussi l'opéra Garnier des ballerines en tutu qui multiplie les risettes. Mais nous sommes là, en cette fin d'année 2014, devant le Vaudeville, théâtralement réunis dans ce ventre du palais Brongniart, le feu temple de la finance, sur les cendres mêmes de l'ancienne corbeille. Ça sent forcément l'intérêt et le pognon et ça exhale carrément la frime, les chichis et les manières. Mais c'est bon quand même.

Depuis dix-neuf heures, la Bourse s'est en effet mise en habit de (ville) lumière pour la onzième édition de la Nuit du rugby en conviant dans le strass et les paillettes dorées le gotha d'Ovalie, de Jonny Wilkinson à Matt Giteau, de Mourad Boudjellal à Max Guazzini. Que la fête des nantis commence !

Quelque peu contractées par ces mâles en appétit sexuel acéré, les Doris Girls du Moulin Rouge, fardées comme des soubrettes et leurs panaches en érection, se préparent près de la scène d'où surgira la reine d'un soir afin d'y recevoir le trophée de la « meilleure supportrice ». Sera-ce donc Zizi Jeanmaire, moulée dans son célèbre collant noir, tripotant son « truc en plumes, plumes de z'oiseaux, de z'animaux » ? Verra-t-on ainsi apparaître la craquante meneuse de revue ayant préféré garder son nom de jeune fille pour éviter les sarcasmes dus au patronyme de son époux Roland Petit – Zizi Petit : trop restrictif – et dont le poète affirmait qu'« elle a des yeux à vider un couvent de trappistes en cinq minutes » ?

Élu chef de revue au terme d'une primaire pas si câline que cela, Paul Goze1 a judicieusement entretenu le secret sur la teneur et le scénario de son pince-fesses mondain en tenue de ville obligatoire. Il rayonne là posément dans un ensemble de flanelle sombre. Quelle mutation d'ailleurs chez ce combattant qui, tel un sphinx moustachu, se flattait naguère d'être le garde du corps des médias dans son bastion catalan, autour de Perpignan ! Le voilà maintenant patron de la Ligue professionnelle mais il n'a pas changé, hormis une ceinture abdominale envahissante. Paul s'y connaît toujours en effet en émotions fortes. À coup sûr, va y avoir du spectacle.

Le rideau s'est levé et, radieuse, la lauréate s'est lovée sur l'estrade comme une chatte en chandail noir dissimulant un tempérament de feu sur une stricte robe à motifs. Ce n'est pas Zizi et ses gambettes à la Marie-José Pérec mais – ô surprise ! – la Roselyne. Égale à elle-même, telle qu'on l'aime, c'est-à-dire enjouée, tendre, potelée aux entournures.

Épanouie du compte en banque, la nouvelle Bachelot fait un carton. En témoignent les applaudissements nourris à la fan du coq de combat qu'elle porte sur une poitrine lourde et généreuse telle une médaille d'ancien combattant pour un défilé du 14 Juillet, les acclamations joyeuses à la Marianne des sportifs en tenue d'Adam, à la complice de Bernard Eagle IV (Y gueule fort) Laporte2 de la Rade, à la ministre de la Santé et des Sports et, enfin, le tapis rouge déroulé à la muse replète des plateaux audiovisuels dont les studios Harcourt auraient pu faire leur miel !

Mais plus de quoi hélas faire sauter les boutons de braguette des bourgeois et soulever les robes des ecclésiastiques ! L'impénitente bougresse au regard azuré fait néanmoins preuve d'un charme provincial de bon aloi avec ces lèvres lippues et résolument voraces dégageant un je-ne-sais-quoi de polisson dont Boris Vian aurait pu aussi se faire l'écho...

Faute de Zizi donc, on se contentera de la pharmacienne3 !

La ministre est depuis longtemps vaccinée, élémentaire précaution qu'elle aurait élevée en devoir civique si sa gourmande avidité d'inoculations ne lui avait pas attiré les foudres de Matignon. Champêtre à défaut d'être glamour et effervescente de l'intérieur comme un volcan de la chaîne des Puys, la Roselyne est ainsi prête à tout. Ou du moins le croit-elle jusqu'à ce que, derrière elle, un écran géant crache une lave qu'elle croyait à jamais solidifiée.

On y découvre Cyril Hanouna, le poète de la vulgaire irrévérence, piégeant la chroniqueuse par de croustillants dialogues empruntés à son émission radiophonique sur Europe 1. Que ne s'est-elle pas excusée pour cette finale du championnat de France 2007 ! Pourquoi ces fourmis dans les râbles sur ce banc, au milieu des fringues et des slips épars dans l'antichambre de la nudité, puis ce regard qui « n'y paraissait pas » mais inévitablement rivé sur les bijoux de famille gaulois ? N'était-elle pas élue de la République et, en conséquence, dans l'obligation d'observer un devoir de réserve ?

Roselyne serre les fesses, gênée. Elle est désarmée, comme dépouillée. A-t-on jamais en effet enregistré un tel son et image aussi suggestif et agrémenté de révélations aussi intimes ? « J'étais dans le vestiaire et j'avoue que j'en ai gardé un souvenir ébloui... J'ai vu quelques belles choses mais je ne citerai pas mon oscar. C'était très joli... » À l'écran, Hanouna s'étrangle de plaisir. Mais de qui diable s'agit-il ? interroge-t-il en transe. Un Jean Rochefort hirsute et barbu, sachant qu'un éléphant du rugby « ça trompe énormément » ?

« Non, ce n'est pas Chabal, bafouille la pécheresse. C'est... un joueur de Clermont. »

L'ingénieur du son de la soirée envoie alors une sonnerie. À la deuxième, quelqu'un décroche. Il n'est pas au parfum du piège tendu mais s'en accommode gentiment. C'est Aurélien Rougerie4... Bon joueur, le grand blond des calendriers confirme joyeusement la séquence : « Oui, je me souviens très bien de Roselyne. Elle est apparue comme la lumière dans le vestiaire. Elle était plus qu'émoustillée, elle avait la dalle grave ! » L'envie du mâle sans doute ! Un besoin irrépressible de toucher des yeux, un goût prononcé de plaisir amer et salé, une démangeaison érotique en vérité !

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