1515 et les grandes dates de l'histoire de France.

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Maurice Agulhon, Françoise Autrand, Pierre Bauduin, Jean-Jacques Becker, Bartolomé Bennassar, Yves-Marie Bercé, Jean-Paul Bertaud, Patrick Boucheron, Jacques-Olivier Boudon, Alain Boureau, Monique Bourin, Pierre Cabanes, Alain Cabantous, Jean-Pierre Chaline, Christophe Charle, Bernard Chevalier, Philippe Contamine, Joël Cornette, Denis Crouzet, Jean Favier, Marc Ferro, Janine Garrisson, Claude Gauvard, Jean-Noël Jeanneney, Christian Jouhaud, Philippe Joutard, André Kaspi, François Lebrun, Jacques Le Goff, Régine Le Jan, Emmanuel Le Roy Ladurie, Françoise Micheau, Pierre Nora, Michel Parisse, Michelle Perrot, Natalie Petiteau, Claude Petitfrère, Antoine Prost, Jean-Pierre Rioux, René Rémond, François Roth, Maurice Sartre, Robert Sauzet, Jean-Claude Schmitt, Jean-François Sirinelli, Michel Sot, Jean Tricard, Michel Vovelle, François Walter, Michel Winock








De Marignan à Valmy, de Bouvines à Fontenoy, de Vercingétorix à la victoire de 1918... : cinquante et un historiens redessinent et commentent, à la lumière de la recherche historique la plus récente, le grand récit de l'Histoire de France racontée naguère aux enfants.


Publié le : vendredi 26 février 2016
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EAN13 : 9782021317701
Nombre de pages : 549
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Les vignettes et les résumés qui les accompagnent sont issus deL’Histoire de France à l’école, de Désiré Blanchet et Jules Toutain, e 26 édition, 1938, et reproduits avec l’aimable autorisation des éditions Belin.
ISBN 978-2-0213-1770-1
re (ISBN 2-02-067884-5, 1 publication)
© Éditions du Seuil, 2005
Cet ouvrage a été numérisé en partenariat avec le Centre National du Livre.
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Avant-propos
D epuis quelques décennies, la chronologie a pratiquement cessé d’être mémorisée à l’école. De ce fait, le sens de la profondeur temporelle, les repères permettant de s’orienter dans la lecture du passé se sont estompés. Auparavant, les maîtres s’efforçaient, avec plus ou moins de réussite, d’inculquer aux enfants, dès l’école primaire, la série de dates qu’ils estimaient avoir scandé l’histoire de France. Nous avons soumis aux meilleurs spécialistes l’aide-mémoire chronologique emprunté à l’un des manuels de l’entre-deux-guerres les mieux diffusés. Nous leur *1 avons demandé de relire chacune de ces dates du grand récit national à la lumière des acquis de la recherche la plus récente. Avant de revenir en fin de volume, avec Marc Ferro, Pierre Nora et Antoine Prost, sur le problème posé par l’affaissement de la chronologie, écoutons les historiens d’aujourd’hui commenter et déconstruire en partie le tableau naguère imposé à la mémoire des élèves. Tout commence ici en 600 avant J.-C., avec le débarquement des Phocéens sur les rivages de Marseille.
A. C.
*1. Nous reproduisons dans ce livre, pour chacune de ces dates, la gravure, le « récit à raconter » et/ou la « leçon à réciter » correspondants, tels qu’ils figurent dans le manuel retenu.
Les Grecs fondèrent Marseille, la grande cité phocéenne, la reine de la Méditerranée, 600 ans avant J.-C.
600 avant J.-C.
La fondation de Marseille
LA FONDATION DE MARSEILLE « Vers 600 avant Jésus-Christ, des Grecs de la ville de Phocée, dans l’Asie, abordèrent en Gaule, près des bouches du Rhône. Ils furent accueillis avec bonté par le roi du pays. Leur chef, Euxène, fut invité à prendre part à un grand festin, que le roi offrait aux jeunes nobles gaulois pour le mariage de sa fille, Gyptis. Celle-ci devait choisir un époux parmi les convives. Elle présenta une coupe pleine à Euxène et le désigna ainsi au choix de son père. Le roi gaulois crut que cet étranger était envoyé par les dieux et il l’accepta pour gendre. Il lui donna tout le rivage du golfe. Euxène y bâtit la ville de Marseille, qui devait être la reine de la Méditerranée. Les Grecs de Marseille fondèrent des colonies sur tout le littoral. Les principales étaient Arles, Antibes, Nice et Monaco. »
600  : ce chiffre rond – d’une rondeur qui masque une approximation qu’archéologues et historiens s’accordent à trouver correcte – marque, de façon symbolique, les noces de ce qui sera la France et de la Méditerranée. Ou plutôt, de façon plus précise, l’union des peuples venus du Nord avec la plus brillante des civilisations méditerranéennes, celle dont chacun se plaît à se déclarer l’héritier, la civilisation grecque. En passant allégrement par-dessus plusieurs siècles de présence romaine, à dire vrai longtemps sujet de discorde dans l’historiographie française : qui
saura jamais si la conquête romaine a brisé les ailes d’une civilisation gauloise en plein essor ou si, au contraire, elle a permis à la Gaule d’échapper à sa barbarie originelle et d’entrer de plain-pied dans la civilisation ? Pour l’arrivée des Grecs à Marseille, nul débat de cet ordre : les noces de Gyptis et de Prôtis (d’après les noms que leur donne Justin, mais Aristote, dans la Constitution des Massaliètes, les appelle Petta et Euxenos) ne provoquent ni la colère des indigènes délaissés ni l’arrogance de l’étranger vainqueur. e Dans l’imagerie de la France du XIX siècle, l’épisode fut maintes fois repris, et il vaudrait la peine d’en analyser les images diverses. Celle qui est proposée ici oppose les indigènes blonds et moustachus, tout semblables à l’image que l’on se faisait alors des Gaulois, aux Grecs bruns à la barbe soignée, faisant ainsi cohabiter dans une heureuse harmonie deux composantes de la nation française. Double illusion qui aide sans doute à fonder l’identité nationale, mais qui ne correspond pas aux réalités de l’histoire. D’une part, parce que les indigènes de la côte provençale n’ont, à cette date, rien à voir avec les Gaulois venus plus tard et, d’autre part, parce que l’élément grec dans le peuplement de la France méridionale reste d’une extrême modestie. Mais cela n’empêche pas la fondation de Massalia par les Grecs de représenter un moment important de l’histoire nationale : Marseille la Grecque jouit ainsi d’une antériorité sur toutes les autres, y compris sur Lyon la Romaine. L’arrivée des Phocéens, des Grecs d’Asie Mineure chassés de chez eux par « l’exiguïté et l’aridité du sol » (Justin), se situe sans doute autour de 600, vers la fin d’une période commencée vers 770 et qui a vu de nombreux Grecs quitter le bassin égéen pour trouver des terres nouvelles autour de la mer Noire, en Thrace, en Italie du Sud, en Sicile, sur les côtes méditerranéennes de la Gaule, de l’Espagne, de la Libye. La fondation de Marseille s’inscrit donc dans le mouvement général de ce que l’on nomme la « colonisation grecque ». Le choix du site ne se fit sans doute pas au hasard et rappelle, d’une certaine manière, le site de Phocée même, une baie fermée par quelques îlots. Bien que nombre d’auteurs anciens placent cette fondation en relation avec la conquête perse de l’Asie Mineure en 546, il est assuré que la ville est plus ancienne, et les Phocéens qui fuirent alors fournirent au mieux un renfort à la cité occidentale fondée vers 600. Mais Marseille diffère à bien des égards de la plupart des autres colonies grecques de cette époque. Alors que partout ou presque les colons cherchent des terres à cultiver, à Marseille la nouvelle fondation ne fut longtemps qu’un comptoir isolé, sans territoire étendu, conçu comme un relais favorable au commerce. Le lieu choisi n’est pas sans avantage : un promontoire rocheux au nord d’une profonde crique (l’actuel Vieux-Port) où se jettent deux minuscules fleuves côtiers, le Lacydon et la Frache. L’ensemble de l’arrière-pays n’est que faiblement occupé par de petites communautés d’agriculteurs-éleveurs dispersées, occupant de préférence des sites en hauteur à quelque distance de la mer, des Ligures peut-être en partie mélangés à des populations alpines. La nouvelle cité, assez tôt fortifiée et équipée d’un port aménagé, ne dispose en revanche que d’un très petit territoire puisque, à quelques kilomètres vers le nord et vers l’est, existent des établissements indigènes qu’elle ne contrôle pas. Bien disposée pour la vigne et l’olivier, Marseille dépend donc du commerce, y compris pour son e approvisionnement en blé. Durant le VI siècle avant J.-C., elle est sans doute partie prenante dans le commerce de l’étain qui vient de Grande-Bretagne par les vallées de
la Seine et de la Saône. Mais les bouleversements qui affectent alors la Gaule perturbent ce trafic. Marseille paraît, à partir de la fin de ce siècle, tourner le dos à la Gaule. Sa zone d’influence économique directe (diffusion de ses monnaies et de ses amphores) ne dépasse guère la vallée de la Durance, au nord. En revanche, elle développe un commerce maritime actif, et des explorateurs massaliètes partent reconnaître les côtes de l’Afrique et de l’Europe du Nord-Ouest. Cependant, transitent par Marseille les marchandises venues de tout le sud de la Gaule, alors que les e Massaliètes établissent un réseau de postes militaires côtiers tels Agde (fin V siècle), e Olbia (vers 330), Tauroeis, près de Brusc (courant III siècle), Nice (entre 260 et 154) e et Antibes (II siècle). Les Massaliètes diffusent leurs propres vins, mais aussi ceux d’Italie dans une partie de la Gaule du Sud. e Un changement capital intervient après les guerres puniques ( III siècle avant J.-C.), au cours desquelles les Massaliètes ont soutenu Rome contre Carthage. En récompense, les Romains leur confient un large territoire côtier, à dire vrai souvent mal pacifié, ce qui oblige Rome à intervenir militairement à plusieurs reprises. En réalité, le territoire civique de Marseille s’étend sur les plaines voisines d’Aubagne et de Marignane. Mais, déjà, Rome s’installe dans l’arrière-pays (fondation d’Aix en 124-123, de Narbonne en 118), diminuant les possibilités réelles d’expansion de la cité phocéenne. Lorsque Marseille choisit le camp de Pompée contre César, en 49, cela lui vaut un siège de plus de six mois et la privation de l’essentiel de ses possessions ; la ville entre désormais dans la dépendance de Rome. Il est difficile de mesurer l’influence exacte de Marseille sur le reste de ce qui devint la France. « Tous les citoyens de bonne famille s’adonnent à l’art oratoire et à la philosophie, au point que leur cité servait tout récemment d’école pour les barbares, qu’elle faisait des Gaulois des philhellènes et que ces derniers ne rédigeaient plus leurs contrats qu’en grec », prétend Strabon à l’époque d’Auguste. Et Justin, résumant l’historien gaulois Trogue Pompée, d’écrire : « Par eux donc, les Gaulois apprirent, en abandonnant et en adoucissant la barbarie, l’usage d’une vie plus cultivée, la culture des champs et à entourer les villes de remparts. » Les historiens ont tendance aujourd’hui à minimiser le rôle de Marseille dans la diffusion des objets et des e habitudes grecs en Gaule. Ainsi, le célèbre cratère de Vix, daté de la fin du VI siècle, fabriqué probablement en Italie du Sud, a pu gagner directement la haute vallée de la Seine à travers les Alpes. Il en va ainsi de nombreux objets étrusques dispersés en Gaule du Nord. Certes, la cohabitation entre Grecs de Marseille et indigènes a permis la diffusion de l’usage du grec, et l’on connaît un assez grand nombre d’inscriptions gallo-grecques, c’est-à-dire de textes en caractères grecs transcrivant du gaulois. Mais l’aire de diffusion de ces textes est limitée, d’Arles à Orange et aux Alpilles. De même, certaines constructions de la région (Saint-Blaise, l’oppidum de Constantine à Lançon, Glanum) peuvent avoir été réalisées par des Grecs de Marseille pour des populations indigènes, ou sous leur influence, mais là encore il s’agit de sites proches de la ville grecque. En réalité, Marseille a sans doute beaucoup commercé, mais Grecs et indigènes sont restés largement étrangers les uns aux autres, jusqu’à la conquête e romaine et au-delà. Au IV siècle après J.-C., l’auteur de la carte dite « de Peutinger » désigne encore la ville comme « Massalia des Grecs » : on ne saurait mieux dire combien elle resta tournée vers la mer plus que vers la Gaule.
Maurice Sartre
Vers l’an 50 avant J.-C., Jules César, à la tête de légions romaines, conquit la Gaule.
De l’an 58 à l’an 50 avant J.-C.
Conquête de la Gaule indépendante par les Romains
JULES CÉSAR « Le général romain, Jules César, le conquérant de la Gaule, était très ambitieux. Un jour, il passait dans un petit village des Alpes habité par une population misérable : “J’aimerais mieux, dit-il à ses amis, être le premier dans ce village que le second à Rome.” Il avait confiance en sa destinée. Une fois, traversant la mer sur une frêle barque, il fut assailli par une violente tempête. Le pilote était effrayé. “Ne crains rien, lui dit-il, tu portes César et sa fortune.” »
VERCINGÉTORIX « Vercingétorix, roi des Arvernes (Auvergne), l’adversaire de César, a été un grand patriote. Il était brave, courageux et fier. Il sacrifia ses biens et sa vie pour défendre son pays contre les Romains. Les Gaulois qui se rendirent à l’appel de Vercingétorix étaient courageux comme lui. Malheureusement ils étaient désunis et ils ne se soumettaient à aucune discipline. Ce fut la cause de leur défaite. »
LA MORT DE VERCINGÉTORIX « Vercingétorix se défendit longtemps dans Alésia (aujourd’hui Alise-Sainte-Reine dans la Côte-d’Or). Quand tout espoir fut perdu, il se
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