À la recherche de la Polynésie d’autrefois. Volume 2

De

Au cours d’une brève visite dans un pays étranger, un observateur intelligent peut, jusqu’à un certain point, reconnaître les besoins intellectuels, moraux, spirituels d’une population, mais c’est seulement par un séjour prolongé parmi eux, que ces besoins peuvent être reconnus avec précision. Nos rapports quotidiens avec la population de Huahine renforcèrent ses appels à notre sympathie et à nos efforts : nos premières entrevues les avaient déjà provoqués. Toutefois, aussi longtemps que nous sommes restés incapables de nous adresser à eux dans leur propre langue, nous sentions que tout ce que nous pouvions faire, c’était de leur montrer un bon exemple ; mais dès que nous eûmes acquis une connaissance suffisante de la langue indigène pour entreprendre une instruction publique, en même temps que tour à tour, nous nous acquittions de nos obligations régulières à notre station de Pare, nous établîmes des missions en différents points de l’île.


Publié le : mardi 22 octobre 2013
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EAN13 : 9782854301144
Nombre de pages : 945
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À la recherche de la Polynésie d’autrefois. Volume 2

Polynesian Researches

William Ellis
Traducteur : Marie Sergueiew et Colette de Buyer-Mimeure
  • Éditeur : Société des Océanistes
  • Année d'édition : 1972
  • Date de mise en ligne : 22 octobre 2013
  • Collection : Publications de la SdO
  • ISBN électronique : 9782854301144

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Édition imprimée
  • ISBN : 9782854301137
  • Nombre de pages : 945
 
Référence électronique

ELLIS, William. À la recherche de la Polynésie d’autrefois. Volume 2 : Polynesian Researches. Nouvelle édition [en ligne]. Paris : Société des Océanistes, 1972 (généré le 21 novembre 2014). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/sdo/666>. ISBN : 9782854301144.

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Au cours d’une brève visite dans un pays étranger, un observateur intelligent peut, jusqu’à un certain point, reconnaître les besoins intellectuels, moraux, spirituels d’une population, mais c’est seulement par un séjour prolongé parmi eux, que ces besoins peuvent être reconnus avec précision. Nos rapports quotidiens avec la population de Huahine renforcèrent ses appels à notre sympathie et à nos efforts : nos premières entrevues les avaient déjà provoqués.

Toutefois, aussi longtemps que nous sommes restés incapables de nous adresser à eux dans leur propre langue, nous sentions que tout ce que nous pouvions faire, c’était de leur montrer un bon exemple ; mais dès que nous eûmes acquis une connaissance suffisante de la langue indigène pour entreprendre une instruction publique, en même temps que tour à tour, nous nous acquittions de nos obligations régulières à notre station de Pare, nous établîmes des missions en différents points de l’île.

Sommaire
  1. Chapitre premier

  2. Chapitre II

  3. Chapitre III

  4. Chapitre IV

  5. Chapitre V

  6. Chapitre VI

  7. Chapitre VII

    1. TRADUCTION LITTERALE DES LOIS DE HUAHINE ET DE L’ILE CHARLES SAUNDER [TUBUAI MANU].
    2. LOIS POUR LES JUGES, LE JURY ET LES MESSAGERS (OU OFFICIERS DE PAIX)
    3. RÈGLEMENTS PORTUAIRES
  8. Chapitre VIII

  9. Chapitre IX

  10. Chapitre X

  11. Chapitre XI

    1. LES ILES MARQUISES
    2. ILE PITCAIRN
    3. ILE DE PAQUES
  12. Chapitre XII

  13. Chapitre XIII

    1. ILES AUSTRALES.
  14. Chapitre XIV

  15. Chapitre XV

  1. Chapitre XVI

  2. Chapitre XVII

  3. Chapitre XVIII

  4. Chapitre XIX

  5. Chapitre XX

  6. Chapitre XXI

  7. Chapitre XXII

  8. Chapitre XXIII

  9. Chapitre XXIV

  10. Chapitre XXV

  11. Chapitre XXVI

  12. Chapitre XXVII

  13. Chapitre XXVIII

  14. Chapitre XXIX

  15. Table des mots indigènes

  16. Table analytique

  17. Table des illustrations

Chapitre premier

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Le district de Fare, à Huahine.

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Autre vue du district de Fare, à Huahine.

1Au cours d’une brève visite dans un pays étranger, un observateur intelligent peut, jusqu’à un certain point, reconnaître les besoins intellectuels, moraux, spirituels d’une population, mais c’est seulement par un séjour prolongé parmi eux, que ces besoins peuvent être reconnus avec précision. Nos rapports quotidiens avec la population de Huahine renforcèrent ses appels à notre sympathie et à nos efforts : nos premières entrevues les avaient déjà provoqués. Toutefois, aussi longtemps que nous sommes restés incapables de nous adresser à eux dans leur propre langue, nous sentions que tout ce que nous pouvions faire, c’était de leur montrer un bon exemple ; mais dès que nous eûmes acquis une connaissance suffisante de la langue indigène pour entreprendre une instruction publique, en même temps que tour à tour, nous nous acquittions de nos obligations régulières à notre station de Pare, nous établîmes des missions en différents points de l’île.

2On commença par installer deux missions sur les côtes ouest et sud, l’une dans la vallée fertile et jadis peuplée de Mahapu, l’autre dans le vaste district de Parea. Des écoles furent ouvertes par des maîtres indigènes qualifiés dans ces deux localités. A Mahapu, trois cents écoliers furent instruits par Narii, un maître très compétent. Les habitants construisirent également des lieux de culte. Mr. Barff célébrait le service divin le dimanche, tour à tour dans chaque village ; à cette époque, de trois à quatre cents personnes y assistaient.

3Une mission similaire fut construite à Tamabua, village central et peuplé du district de Maeva, sur les bords d’un vaste et magnifique roto, ou lac, du même nom, dans la partie nord de l’île. Là, une école fut ouverte par Tiori, un indigène intelligent qui enseignait à trois-cent-quatre-vingts personnes adultes ou enfants. Une chapelle indigène fut également construite, ainsi qu’une résidence pour le missionnaire qui y célébrait les offices.

4Comme la distance était considérable depuis notre résidence, je venais le samedi après-midi et je passais la journée du dimanche à Maeva, où plus de quatre cents personnes assistaient au culte. Nous continuâmes nos travaux jusqu’à l’été de 1820, où la plus grande partie des habitants décidèrent de se déplacer vers l’établissement du port de Fare. Quelques-uns des plus heureux moments de mes occupations missionnaires datent de mes services occasionnels à cet endroit. Le paysage qu’offre la campagne environnante, est admirable et, bien que de caractère différent, non sans rapport avec celui qui pare les lacs de Windermere ou de Derwent. Le lac de Maeva est long de cinq milles et d’une largeur inégale, atteignant souvent deux milles. Peu agitée par les grandes vagues du Pacifique et rarement ridée par les brises du nord et de l’est arrêtées par les montagnes qui la protègent, la surface de ce lac est souvent lisse comme un miroir poli, reflétant le ciel et les bosquets environnants. Il regorge de poissons. Ceux-ci, non seulement nourrissent les riverains, mais aussi meublent leur solitude quand, assis dans une petite pirogue ils les regardent s’ébattre dans les profondeurs des eaux ou bondir au-dessus du lac. Sur la rive est, des vapeurs s’élevaient au-dessus des montagnes et enlaçaient les vallées, poursuivant leur chemin, pour s’unir enfin avec les eaux. De ce côté, bien que la pente soit très douce, des berges du lac jusqu’à la montagne, elle était quelquefois abrupte et escarpée : des précipices rocheux, ornés de plantes grimpantes, riches en feuillages verdoyants et en bouquets de fleurs, s’élevaient presque à la perpendiculaire de l’eau ; les collines étaient ornées de bosquets de gracieux casuarina, en forme de cyprès ; et sur la berge étroite des basses terres qui, en plusieurs endroits, s’étendait des rives du lac jusqu’au pied de la montagne, les hibiscus tiliaceus, les betonica splendida, les inocarpus et d’autres arbres plus importants, élevaient leurs formes majestueuses et étalaient leurs ramures superbes, garnies de feuillages sombres et luisants et, parsemés de branches en branches, les grands volubilis pendaient en guirlandes luxuriantes et sauvages.

5La promenade de l’établissement de Fare jusqu’au lac était merveilleuse ; durant plus d’un mille, on marchait à l’ombre des arbres à pain que les indigènes appelaient maru uru et dont de grands bosquets poussaient de chaque côté du sentier. Quelques petites plantations semaient une note de variété dans le décor sauvage et de nombreux raatira, ou chefs inférieurs, avaient établi leur demeure près du sentier. Quand nous sommes arrivés, Hautia avait une grande maison à l’extrémité sud du lac. Tout le long de la berge orientale, on apercevait des petits villages parmi des groupes de cocotiers et d’arbres à pain. Une succession de sensations agréables afflua dans mon esprit un samedi après-midi, quand, passant le long du lac dans ma pirogue pagayée par deux serviteurs indigènes, je vis des colonnes de fumée monter parmi les arbres à pain ; des habitants préparaient leur nourriture pour le lendemain. Quelquefois, ils me saluaient de la berge et, en contraste avec leurs demeures calmes et leur occupation présente, j’ai souvent été frappé par l’apparence des villages, des marae familiaux, des temples païens tombant en ruines ou abandonnés sur chaque promontoire.

6La rive occidentale de ce grand lac est bordée par une étendue de terre basse et plate, large d’un mille en de nombreux endroits, s’étalant du sud au nord. A l’extrémité nord de cette magnifique étendue d’eau, se trouve un passage étroit par lequel elle communique avec la mer. La rive occidentale, bien que très différente du rivage opposé ajoute de la variété au charme du paysage ; elle est fortement boisée et parmi les arbres qui atteignent une parfaite beauté, le cocotier, ondulant sa couronne de feuilles élégantes et le non moins élégant casuarina, dont les branches s’inclinent comme une arcade au-dessus de l’eau, sont les plus apparents. La rive orientale était sans doute, à l’origine, le bord de la mer, et le lac fut rempli par les eaux, cependant que la partie basse des terres sur la rive opposée constituait les récifs. Après que les récifs eurent atteint le niveau de la mer à marée haute, le lac cessa de monter et s’étala horizontalement : des fragments de corail et des morceaux de bois furent rejetés sur sa surface agrandie, jusqu’à ce qu’il résiste au choc de l’océan et que les vagues se retirent sans le recouvrir. Chaque année les substances accumulées sur sa surface augmentent ; la végétation commence à apparaître et les processus d’organisation et de décomposition, accélérés par l’humidité de l’atmosphère et la chaleur du climat, forment l’humus dans lequel les arbres qui le recouvrent à présent, étendent leurs racines et trouvent leur nourriture.

7La chose la plus visible et la plus pittoresque dans ce paysage lacustre est la moua tabu, montagne sacrée, qui s’élève sur la rive orientale près de l’extrémité nord du lac. Elle est magnifique et, vue sous un certain angle, elle apparaît comme un cône presque régulier, partiellement recouvert d’arbres et de buissons, même jusqu’à son sommet, cependant que des roches volcaniques et basaltiques, projetant des clartés à travers les cyprès et les casuarina, ajoutent à l’agréable diversité de son aspect. La berge nord du roto, lac de Maeva, était la résidence favorite de nombreux rois indigènes. Ici demeurait également le chef qui gouverna l’île après la dernière visite du capitaine Cook et qui construisit une maison pour Mai, ou Omai, afin qu’il puisse demeurer près de lui. Les berges et mêmes la surface calme du lac ont été la scène des batailles les plus sanguinaires qui ont eu lieu entre les tribus rivales de l’île, c’est-à-dire entre les peuples de Huahine et ceux de Raiatea et de Bora-Bora. Au bord du lac, sur un monticule, subsiste encore dans un état de presque entière conservation, un des plus grands ensembles de fortifications artificielles de cet archipel.

8Mais le plus notable, ce sont les abondants vestiges des anciennes superstitions de l’île. Les temples, dédiés aux dieux marins, étaient érigés sur chaque point de l’île et les marae familiaux dans presque chaque bosquet, cependant que le grand temple national de Tane se trouvait près de l’extrémité nord du lac, où le plus grand nombre de sacrifices humains étaient offerts, où l’on gardait généralement les idoles et où se réunissaient les assemblées religieuses nationales.

9Chaque chose autour du lac et chaque œuvre d’art, dans le district de Maeva, portaient des traces de la religion ancienne. J’ai souvent visité les ruines du grand temple national de Tane et l’emplacement de la maison d’Oro, et dans mes rapports avec les gens de Maeva, lors de nos réunions, ils furent de fréquents sujets de conversation au même titre que les sujets plus immédiatement en rapport avec l’initiation au Christianisme et les progrès de l’éducation.

10La multiplication des écoles augmenta bientôt le désir des livres ; et, bien qu’une certaine quantité de livres, imprimés à Eimeo, aient été distribués, ils furent bientôt trouvés insuffisants pour les besoins de la population. Le grand désir de toutes les classes pour obtenir les livres hâta l’achèvement des syllabaires déjà sous presse.

11J’ai souvent été amusé par l’ingéniosité et la persévérance avec laquelle les indigènes faisaient des efforts pour trouver quelque chose qui remplacerait les livres. L’écorce du mûrier à papier était fréquemment battue en pâte, étalée sur une planche, travaillée et séchée avec grand soin, jusqu’à ce qu’elle ressemble à du carton très épais. Le carton était quelquefois découpé en morceaux aux dimensions d’une page de livre, sur ces feuilles, avec un roseau taillé en guise de plume qu’on plongeait dans une teinture végétale rouge ou violette, l’alphabet, les syllabes et les leçons de lectures du syllabaire, ainsi que les extraits des Saintes Écritures généralement lus à l’école, étaient nettement et correctement copiés. Quelquefois, le tout était soigneusement écrit sur une large feuille de papier, ressemblant à de la toile indigène et, comme le faisaient les anciens, soigneusement enroulée après usage. C’étaient souvent le seul genre de livres que les indigènes possédaient dans les districts éloignés ; et sans avoir reçu aucune leçon, de nombreuses familles avaient fait des progrès qui les rendaient capables de lire immédiatement une feuille imprimée des Saintes Écritures. Ce qui nous a aussi récompensé, c’est de constater l’estime que le peuple portait à la parole de Dieu et son désir de La posséder ; nous les voyions soigneusement conserver les moindres petits morceaux de papier sur lequel ils avaient noté les textes des Saintes Écritures entendus au temple.

12Ces bouts de papier, contenant les textes sacrés, n’étaient pas portés sur le front, comme les phylactères des juifs, ou dans l’ourlet de leurs vêtements, mais gardés soigneusement dans un petit panier. On pouvait voir souvent le possesseur d’un trésor si envié assis dans l’herbe avec son petit panier, lisant à ses compagnons installés autour de lui, ces extraits des Saintes Écritures. Je possède par devers moi un certain nombre d’exemplaires, écrits par les indigènes. Eux-mêmes me les avaient apportés pour que je leur donne de plus amples explications, ou pour demander quels étaient les passages qui correspondaient à ceux qui leur étaient le plus familiers. Les notes manuscrites disparurent lors de la parution de l’Évangile selon Matthieu ; édition de plus de deux mille exemplaires, qui fut terminée moins de dix-huit mois après notre arrivée à Huahine.

13Les indigènes furent très désireux de recevoir cet Évangile et nombreux furent ceux qui s’assemblèrent autour de l’imprimerie avant même qu’il ne soit terminé. Le district de Fare offrit un spectacle ressemblant fidèlement à celui d’Afareaitu, lors de la parution de la première partie du livre sacré ; et nombreux furent ceux qui déclarèrent n’avoir pu dormir de crainte de ne pouvoir en obtenir un exemplaire. Comme il n’était pas facile de les diffuser d’une façon générale, nous décidâmes de ne donner un exemplaire qu’à ceux qui savaient lire ; ils étaient si nombreux que nous ne pûmes même pas maintenir notre résolution. Parfois, nos étudiants persuadaient leurs chefs de faire une demande de plusieurs exemplaires, en garantissant leur paiement et une équitable répartition. De ce fait, de nombreux livres furent donnés aux chefs ; mais nous trouvâmes, par la suite, préférable de ne donner des livres qu’aux personnes dont nous savions qu’elles pouvaient les lire.

14Plusieurs aveugles s’adressèrent aux différentes missions, sollicitant des livres avec ardeur et déclarant que, bien que ne pouvant lire, ils pouvaient entendre et se rappeler aussi bien que ceux qui pouvaient voir. Il aurait été cruel de refuser à ceux qui vivent dans les ténèbres, les moyens d’obtenir la lumière spirituelle, alors que nous avions toute raison de croire qu’ils étaient sincères dans leur désir ; et nous étions heureux d’avoir été choisis par Dieu pour transmettre l’Évangile, comme ses disciples qui :

« enlèvent le voile qui obscurcit la vision
et versent la lumière sur la prunelle aveugle. »

15C’est une consolation pour nous de songer que, dans les îles des mers du Sud, un certain nombre d’aveugles ont reçu, non seulement la connaissance des vérités des saints livres, mais encore qu’ils ont été ouverts à la « lumière de la Vie », plus précieuse que la lumière naturelle, de même que l’âme est plus précieuse que le corps, et l’éternité plus importante que le temps. Quelques-uns d’entre eux sont morts et nous pouvions croire qu’ils ont pénétré dans le royaume de la lumière où la nuit et l’obscurité sont inconnues.

16Un événement notable auquel fut mêlé l’indigène Hiro marqua l’année de mon départ. Hiro était le prêtre de l’un des temples principaux de Parea, dans la plus petite péninsule de l’île, Huahine iti. Il était prêtre de Hiro, dieu des pillards et des voleurs et vivait en parfait accord avec l’esprit de sa charge. Il était le capitaine ou chef d’une bande de voleurs qui semaient la terreur dans toute la contrée environnante ; il était aussi l’un des premiers et des plus farouches adversaires du christianisme à Huahine, faisant des reproches à ses adeptes, défiant le pouvoir et rejetant l’autorité du Créateur. Mais comme Saul de Tarse, il ne put lui résister.

17Il était dans la force et la vigueur de l’âge, ayant entre trente et quarante ans. Quand le nombre des chrétiens augmenta dans son entourage et quand le jour du sabbat fut publiquement observé, pour montrer son extrême mépris pour les institutions chrétiennes, il décida de profaner ce jour, afin de défier Jéhovah. Dans ce but, il se retira aux environs du temple et commença à construire une barrière ; mais au cours de son travail, son impiété fut brusquement interrompue. Il fut atteint aux yeux par une branche d’arbre ; et instantanément, se trouva aveugle. Comme Elymas, il fut reconduit chez lui par ses compagnons effrayés qui considérèrent cet événement comme un signe du Tout Puissant.

18Après cela, j’eus de fréquentes entrevues avec lui, l’une dans l’enceinte de son propre temple, que j’ai visité en compagnie de Messrs Bennet, Tyerman et Barff. Il avait été dompté ; il était devenu un très humble, et, croyons-nous, très sincère disciple du Sauveur qu’il avait persécuté. Il mourut confiant dans les mérites du Christ pour trouver grâce devant Dieu le Père. L’histoire de la conversion du grand apôtre des Gentils l’intéressait et le touchait beaucoup. Et bien que les écailles ne soient pas tombées de ses yeux corporels, sa cécité persistant jusqu’à sa mort qui survint en 1824, l’impression que produisit l’analogie des circonstances fut telle, que quand il se présenta de lui-même pour être baptisé, il manifesta le désir d’être appelé Paul.

19D’autres cas aussi consolants d’illuminations spirituelles se sont produits aussi bien dans les îles de la Société que dans les îles Sandwich. Ils concernent des aveugles, ces victimes d’une des plus pénibles épreuves de l’humanité. C’est avec des aveugles que nous avons eu un bon nombre de nos plus intéressantes conversations avec les indigènes. « Mes yeux », disait un jour un aveugle à Mr. Williams, « ne voient pas d’objets attrayants quand je suis en prière ou quand j’écoute la parole de Dieu. Et pourtant mon cœur erre et mes pensées sont souvent engagées sur un autre sujet. Mes yeux ne voient pas la propriété d’autrui, pourtant, quand j’en entends parler, mon cœur la désire. Les objets qui attirent les autres à pécher, je ne les vois pas ; mais mon imagination crée des sujets de péché qui occupent souvent mes pensées ».

20L’expérience de Bartimeus Lalana, un indigène des îles Sandwich est également très intéressante. La cécité n’est pas plus répandue chez les Polynésiens que chez les habitants d’autres pays ; cependant, il y a un grand nombre de personnes âgées qui ont perdu la vue ; et la sympathie que cette affliction a toujours suscitée chez un chrétien, est maintenant ressentie chez les indigènes eux-mêmes, alors qu’auparavant, les aveugles étaient laissés à l’abandon et devenaient même des objets de railleries. On a mentionné à la mission de Bunaauia, ou Burder’s Point, un aveugle qui pouvait réciter par cœur la moitié de l’Evangile de Jean peu de temps après sa parution.

21Lors de la distribution des livres des Saintes Écritures, deux ou trois garçons et filles, bien que ne sachant pas lire, vinrent nous voir, pour nous demander des exemplaires, nous assurant qu’ils étaient en train d’apprendre. Comme nous ne pûmes donner suite à leur demande, ils nous demandèrent d’inscrire leurs noms sur les livres et de les leur réserver jusqu’à ce qu’ils soient en mesure de lire. A notre satisfaction, souvent les parents se joignaient à leur demande et offraient le paiement des exemplaires. Nous avons généralement répondu à leur désir et avons pu constater leur entière confiance en nous. Ils considéraient qu’une fois leur nom inscrit sur des livres, leur plus grand désir serait réalisé.

22A Huahine, il fut nécessaire de désigner un emplacement public pour assurer la distribution des livres. La salle de classe fut choisie ; et, au jour fixé, tout le monde s’y pressait jusqu’à ce que les exemplaires à distribuer fussent épuisés. Quand l’endroit fixé se trouvait être nos propres maisons, il nous était impossible de contenir le monde, les indigènes remplissaient nos cours et nos jardins et se pressaient à chaque fenêtre, quelquefois à un tel point, que l’un des missionnaires, Mr. Bicknell, fut obligé de fermer les portes et les fenêtres du rez-de-chaussée et de se retirer dans sa chambre. Les indigènes se procurèrent alors de longs bambous et, attachant leur mesure d’huile, prix du livre, à l’une des extrémité, les hissèrent jusqu’à la fenêtre. Mr. Bicknell fut tellement frappé par l’ingéniosité de cette invention et du désir qu’elle traduisait, qu’il distribua un certain nombre d’exemplaires, en les fixant dans une encoche pratiquée à l’extrémité du bambou présentée à sa fenêtre.

23Quand l’édition sortit des presses à Huahine, une partie des livres fut envoyée à Raiatea, Tahaa et Bora-Bora aux missionnaires résidents dans ces endroits ; mais il n’y en eut pas pour tout le monde, et beaucoup de ceux qui avaient été désappointés, supposant qu’ils pourraient trouver une plus grande quantité de livres à Huahine, firent, dès que le vent fut favorable, vingt ou trente milles dans leurs pirogues, embarcations pourtant bien petites et très fragiles. Combien je fus surpris de la témérité des individus qui s’étaient mis à la merci des vagues du plus grand océan du monde, dans un tronc creusé, long de douze à vingt pieds et dont les bords, une fois les hommes embarqués ne dépassaient que de quatre à cinq pouces la surface de l’eau.

24Ce serait trop supposer que de croire qu’ils étaient tous guidés par des motifs profonds dans le désir qu’ils manifestaient d’obtenir le livre Saint. Mais tandis que certains le considéraient comme un objet prestigieux, d’autres sans aucun doute, étaient convaincus qu’il était capable de leur apporter le salut, par la foi en Jésus-Christ.

25L’intense curiosité manifestée tout d’abord par un grand nombre a, comme on pouvait le prévoir, diminué. Pourtant les Saintes Écritures sont encore sérieusement recherchées et hautement estimées par une grande partie de la population adulte.

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