Afrique du Sud - Comprendre l'Afrique du Sud et Afrique du Sud pratique

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Publié le : jeudi 21 avril 2016
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EAN13 : 9782816159516
Nombre de pages : 150
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L’Afrique du Sud, le Lesotho et le Swaziland aujourd’hui

Plus de vingt ans après l’accession au pouvoir de Nelson Mandela, l’Afrique du Sud demeure en proie à de profondes inégalités sociales. L’opulence de certains quartiers de la région du Cap offre un contraste saisissant avec la misère des townships, le long d’une N2 jalonnée de cases et de sanitaires de fortune.

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POPULATION : AFRIQUE DU SUD : 53 MILLIONS ; LESOTHO : 1,9 MILLION ; SWAZILAND : 1,4 MILLION

SUPERFICIE : AFRIQUE DU SUD : 1 219 090 KM2 ; LESOTHO : 30 355 KM2 ; SWAZILAND : 17 363 KM2



Livres

Une saison blanche et sèche (André Brink). Une quête de vérité sur fond d’apartheid.

En attendant les barbares (J. M. Coetzee). La peur de l’autre et de l’inconnu. Booker Prize en 1983.

Mon cœur de traître : le drame d’un Afrikaner (Rian Malan). Souvenirs crus d’un journaliste.

Zoo City (Lauren Beukes). Un thriller qui se passe à Jo’burg.

Une chanson pour Ada (Barbara Mutch). Un drame qui se déroule dans le Karoo au temps de l’apartheid.

Kobra (Deon Meyer). Une enquête policière menée au Cap par le capitaine Benny Griessel.

Films

Invictus (Clint Eastwood). L’histoire de la Coupe du monde de rugby de 1995, avec Morgan Freeman et Matt Damon.

Mandela : Un long chemin vers la liberté (Justin Chadwick). Une biographie condensée mais appréciable montrant l’accession de Madiba à la présidence.

Chappie (Neill Blomkamp). Suite du film Elysium, du même auteur. Des gangsters, joués par les membres du groupe Die Antwoord, kidnappent un robot à Jo’burg.


Relations interraciales

Établir des objectifs communs n’est pas chose facile, mais les relations entre les populations continuent à être éclairées par le travail réalisé par Nelson Mandela et ses pairs. Des projets sont à l’œuvre pour donner davantage de moyens aux habitants des townships et des anciens bantoustans (homelands), et pour créer des emplois dans un pays où le taux de chômage est de 25%.

Toutefois, les années d’apartheid ont laissé des traces. Si les différents groupes ethniques travaillent ensemble, il est rare qu’ils aient une vie sociale en commun ou se marient entre eux. Enfin, l’ANC (African National Congress) établit souvent le lien entre les malheurs actuels du pays et l’apartheid, peut-être afin d’atténuer sa propre responsabilité et de renforcer son image de libérateur de l’Afrique du Sud.

Les relations entre groupes ethniques noirs – Xhosa, Zoulous et immigrants étrangers – sont aussi sensibles. Les réfugiés économiques en provenance des pays voisins affluant dans les townships accentuent ces tensions. Des violences xénophobes ont d’ailleurs enflammé le pays en 2008. De plus, les attaques perpétrées sur les immigrants et le pillage de commerces appartenant à des étrangers continuent de ponctuer la vie des townships.

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VIH, sida, femmes et homosexualité

L’Afrique du Sud compte le plus grand nombre de personnes séropositives ou atteintes du sida au monde (plus de 6 millions). Le Swaziland affiche le pourcentage de personnes atteinte du VIH ou du sida le plus élevé au monde, tandis que le Lesotho arrive en deuxième position. Les actions de prévention sont entravées par de nombreux tabous. Les sangomas (guérisseurs) encouragent les pratiques superstitieuses et on enterre ainsi tous les jours des victimes de la “tuberculose”.

La Constitution de l’Afrique du Sud, adoptée en 1996, est l’une des plus progressistes au monde. Elle soutient les droits des femmes et des personnes homosexuelles (le mariage entre personnes de même sexe est autorisé). Néanmoins, le pays connaît un nombre de viols très élevé, parmi lesquels les viols “correctifs” de lesbiennes.

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Paysage politique

La disparition de Mandela, en 2013, a crée un élan d’union nationale, mais a aussi rappelé que l’ANC perd peu à peu son aura. Le parti préside en effet un pays où la criminalité, la corruption et l’incompétence des institutions prospèrent, et où l’on voit des millions de Sud-Africains vivre dans des taudis et lutter pour trouver du travail. On se souviendra de la présidence de Jacob Zuma pour le massacre de Marikana, au cours duquel 34 mineurs en grève ont été tués. Sans parler du scandale du Nkandlagate : Zuma a été accusé d’avoir dépensé 15,9 millions d’euros de fonds publics pour rénover Nkandla, sa propriété du Zululand.

Les élections municipales de 2016 et les élections générales de 2019 confronteront de nouveau l’ANC et les partis d’opposition, à savoir la Democratic Alliance (DA), qui gouverne déjà le Cap-Oriental, et l’Economic Freedom Fighters (EFF ; Combattants pour la liberté économique) de Julius Malema. Avec sa politique de réforme agraire et de nationalisations, l’EFF courtise les très nombreux électeurs noirs et pauvres de sensibilité afro-socialiste. Au Parlement, ses membres portent des combinaisons et des bérets rouges.

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Lesotho et Swaziland

La sanglante tentative de coup d’État perpétrée au Lesotho en août 2014 a ravivé le souvenir de 1998, année où les forces de la Southern African Development Community (SADC ; Communauté de développement d’Afrique australe) ont dû intervenir pour ramener l’ordre. Thomas Thabane, le Premier ministre, a fui le pays et accusé les militaires d’avoir tenté de le renverser. Grâce à la médiation de la SADC, les élections générales se sont déroulées dans le calme en février 2015. Le parti All Basotho Convention de Thabane a perdu de justesse, et sept autres partis ont formé un gouvernement de coalition. L’agriculture de subsistance constituant l’activité essentielle, les inégalités sociales et la criminalité sont moindres qu’en Afrique du Sud. Le royaume est toutefois confronté au chômage, aux pénuries alimentaires, à un taux de personnes séropositives ou atteintes du sida de 23%, et à une espérance de vie de seulement 53 ans.

Les libertés démocratiques figurent aussi parmi les sujets à l’ordre du jour au Swaziland, où le roi Mswati III, monarque absolu, a été accusé d’avoir réduit ses détracteurs au silence. Malgré les appels à plus de démocratie, la monarchie reste source de fierté, et des voix s’élèvent en faveur d’une monarchie constitutionnelle. Ce pays rural et homogène doit lui aussi relever de nombreux défis : pauvreté généralisée, déclin d’une économie tributaire de l’Afrique du Sud, espérance de vie moyenne de 51 ans… En 2014, les Nations unies ont rapporté que le Swaziland maîtrisait son taux de malades du sida (26,5%).

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Histoire


Dans ce chapitre blackarr

En Afrique du Sud, le passé ressurgit à chaque tournant. Les visages et les gestes reflètent le drame subi par des millions de citoyens, de même que leur mode et leurs lieux de vie. Des peintures rupestres aux graffitis urbains, des champs de bataille isolés aux sobres mémoriaux de l’apartheid, chaque coin rappelle la douleur et l’injustice, mais aussi l’espoir. Alors que le pays poursuit son combat pour construire une véritable “nation arc-en-ciel”, son histoire évolue quotidiennement, des dorps (villages) isolés et poussiéreux aux shebeens (bars sans licence) bondés des townships, des quartiers aisés aux salles feutrées du Parlement. Documentez-vous avant de partir, parlez à des gens de toutes origines et de toutes convictions, et plongez dans une histoire particulièrement tumultueuse et passionnante.

Des débuts difficiles

Les premiers habitants de la pointe sud de l’Afrique affrontèrent des conditions de vie difficiles. De fascinantes peintures rupestres indiquent que des chasseurs-cueilleurs san nomades vivaient dans l’actuelle Afrique du Sud il y a 25 000 ans, voire 40 000 ans. Un petit nombre de San est toujours présent dans le pays, faisant perdurer l’une des plus anciennes civilisations continues au monde.

Avant cette époque, les faits sont incertains. De nombreux fossiles trouvés à Sterkfontein, près de Johannesburg, prouvent que la région du Gauteng était sans doute aussi peuplée à l’époque préhistorique qu’aujourd’hui. Des hominidés vivaient dans le haut veld il y a au moins trois millions d’années. Ils essaimèrent au-delà de l’Afrique vers l’Europe et l’Asie il y a environ un million d’années. Quelque 100 000 ans avant notre ère apparut l’Homo sapiens. Bien que cela reste sujet à controverse, des fossiles mis au jour près de l’embouchure de la Klasies, dans le Cap oriental, indiquent que des Homo sapiens auraient été présents en Afrique du Sud il y a 90 000 ans.

L’actuelle Afrique du Sud changea profondément il y a quelque 2 500 ans, quand les descendants des premiers chasseurs-cueilleurs san acquirent du bétail et devinrent éleveurs. Cela introduisit les concepts de richesse personnelle et de propriété. Les éleveurs san – que l’on en vint à appeler les Khoikhoi (“hommes des hommes”) – commencèrent à créer des communautés plus établies et plus pérennes, ainsi que des chefferies. Ils se mirent aussi à migrer de l’intérieur des terres vers le sud en direction de la côte, tandis que des groupes plus restreints de chasseurs-cueilleurs san traditionnels continuaient de peupler l’arrière-pays.

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De nouveaux arrivants

Vers 500, des tribus de langue bantoue, originaires du delta du Niger en Afrique de l’Ouest, s’installèrent en Afrique australe. Leur venue marqua la fin d’une migration qui avait commencé vers 1 000 av. J.-C. et atteignit son apogée avec l’arrivée des premiers groupes dans l’actuel KwaZulu-Natal.

Totalement différents des chasseurs-cueilleurs san, les Bantous vivaient dans des villages et élevaient du bétail. Habiles forgerons, ils cultivaient la terre, faisant pousser du maïs et d’autres plantes.

S’il est certain que les Bantous se mélangèrent avec les Khoisan, la nature exacte de ce contact reste inconnue. Des peintures rupestres montrent la cohabitation des groupes, plusieurs langues bantoues (notamment le xhosa et le zoulou) incorporèrent les “clicks”, ou clappements, khoisan, et des artefacts khoisan ont été mis au jour près d’anciens villages bantous.

Les Bantous, dont descendent la plupart des Sud-Africains, s’enracinèrent rapidement. Les ancêtres des peuples nguni (Zoulous, Xhosa, Swazi et Ndebele) s’installèrent près de la côte ; les Sotho-Tswana (Tswana, Pedi et Basotho) se fixèrent dans le highveld (haut veld), tandis que les Venda, les Lemba et les Shangaan-Tsonga s’établirent dans le nord-est de l’actuelle Afrique du Sud.

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Les premiers royaumes

Les collines et les savanes du nord-est de l’Afrique du Sud sont parsemées de ruines et d’artefacts, laissés par des royaumes fortement organisés de l’âge du fer, qui prospérèrent dans cette région d’Afrique entre 1200 et le milieu du XVIIe siècle.

Le premier grand royaume, le Mapungubwe, était établi dans l’actuelle province du Limpopo, au confluent du Limpopo et du Shashe, où convergent le Botswana, le Zimbabwe et l’Afrique du Sud. Si ses habitants – les ancêtres de l’actuel peuple shona – étaient des fermiers, le royaume devait sa puissance au commerce de l’or et d’autres marchandises. Des poteries, des perles, des coquillages et divers artefacts trouvés sur place indiquent que le Mapungubwe était l’un des principaux carrefours marchands de l’arrière-pays sud-africain, de 1220 à 1300. Son réseau d’échanges s’étendait vers l’est jusqu’à la côte, puis vers l’Égypte, l’Inde et la Chine. Les habitants du Mapungubwe croyaient en une relation mystique entre leur souverain et la terre, semblable à celle qui fait partie des actuelles traditions shona et venda. La raison du déclin du Mapungubwe au XIVe siècle reste incertaine ; les théories varient du changement du climat au déplacement des routes marchandes.

Ce déclin coïncida avec l’essor du premier royaume shona, aux structures semblables et plus vastes, dans ce qu’on appelait alors le Grand Zimbabwe (aujourd’hui Zimbabwe) ; cela suggère que le centre du commerce s’était déplacé au nord.

Avec l’abandon du Grand Zimbabwe au milieu du XVe siècle, plusieurs des premiers groupes shona revinrent au sud du fleuve Limpopo, dans le nord de l’actuel Kruger National Park. Ils établirent de nombreux villages dans la région de Pafuri, ainsi que le royaume fortifié de Thulamela, le dernier des grands royaumes de l’âge du fer tardif qui s’épanouit du milieu du XVIe au milieu du XVIIe siècle. Comme le Mapungubwe et le Grand Zimbabwe, le Thulamela – “lieu de naissance” en langue venda – devait sa prépondérance au commerce de l’or et d’autres biens avec des contrées lointaines. Des coquillages, des perles de verre et des fragments de porcelaine chinoise découverts sur le site prouvent les liens commerciaux du Thulamela avec la côte et au-delà.

Plusieurs artefacts du Thulamela, notamment un gong en fer semblable à ceux trouvés au Ghana, montrent qu’il entretenait également des relations marchandes avec l’Afrique de l’Ouest.

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Les premiers Européens

À part l’explorateur portugais Bartolomeu Dias qui baptisa à sa façon le Cabo da Boa Esperança (cap de Bonne-Espérance) en 1487, les Portugais ne s’intéressèrent guère à l’Afrique du Sud. Ils étaient davantage séduits par la côte mozambicaine.


LE PEUPLE ÉLU

Le mode de vie et la culture boers – réels et idéalisés – ont eu une influence majeure sur l’histoire de l’Afrique du Sud. Alors que nombre de membres de la première expédition de la VOC (Compagnie hollandaise des Indes orientales) avaient l’intention de rentrer en Europe un jour, les Boers ne tardèrent pas à se considérer comme une communauté distincte qui devait s’établir de façon permanente en Afrique du Sud.

En vertu de leurs croyances calvinistes, ils se considéraient comme le peuple élu de Dieu, dont le devoir était de civiliser leurs voisins noirs afin d’assurer le salut de leur âme. Selon certains historiens, le calvinisme, et en particulier sa doctrine de prédestination, a engendré le concept afrikaner de supériorité raciale : la séparation des races, un ordre divin, justifiait tous les efforts pour préserver la pureté de la race blanche sur sa terre promise.


À la fin du XVIe siècle, ils étaient sérieusement concurrencés par les Anglais et les Hollandais le long de leurs itinéraires marchands.

En 1647, un navire hollandais s’échoua dans la Table Bay, sur le site de l’actuelle ville du Cap (Cape Town). L’équipage naufragé construisit un fort et y demeura un an avant d’être secouru ; ce furent les premiers Européens à tenter de s’établir dans la région. Peu après, la Vereenigde Oost-Indische Compagnie (VOC ; Compagnie hollandaise des Indes orientales) – l’une des principales maisons de négoce européennes à emprunter la route des épices vers l’Orient – décida d’installer une base permanente. Une petite expédition de la VOC, commandée par Jan Van Riebeeck, arriva dans la Table Bay en avril 1652.

À peine descendus des bateaux, les Hollandais se retrouvèrent au milieu des Khoikhoi. Si les nouveaux colons commerçaient avec leurs voisins khoikhoi par nécessité, les Hollandais veillaient à limiter les contacts. Pour remédier à la pénurie de main-d’œuvre, la VOC libéra un petit groupe d’employés néerlandais afin qu’ils fondent leurs propres fermes et alimentent la colonie. Cet arrangement fut un succès.

Ces burghers (“citoyens”) étaient pour la plupart des fermiers d’origine hollandaise et membres de l’Église calviniste réformée des Pays-Bas, mais comptaient aussi de nombreux Allemands. En 1688, ils furent rejoints par des huguenots français, également calvinistes, qui fuyaient les persécutions religieuses après la révocation de l’édit de Nantes par Louis XIV.

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L’empreinte des Européens

La VOC commença aussi à “importer” de nombreux esclaves, principalement de Madagascar et d’Indonésie. Avec cette main-d’œuvre supplémentaire, élargissant le mélange de populations, les territoires occupés par la VOC s’étendirent au nord et à l’est, où les affrontements avec les Khoikhoi devinrent inévitables. Menacés et dépossédés de leurs terres, ces derniers furent décimés par de nouvelles maladies et massacrés par des armes sophistiquées quand ils résistaient, ce qu’ils firent au cours de plusieurs grandes “guerres” et d’une guérilla qui continua jusqu’au XIXe siècle. Les survivants n’avaient souvent d’autre choix que de travailler pour les Européens dans des conditions qui ne différaient guère de celles de l’esclavage. Au fil du temps, les Khoisan, leurs contremaîtres européens et les esclaves “importés” se mêlèrent, donnant naissance à la population “métisse” d’aujourd’hui.

Alors que les burghers continuaient leur progression vers l’arrière-pays accidenté du nord et de l’est, beaucoup adoptèrent un mode de vie d’éleveurs semi-nomades assez proche de celui des Khoikhoi, qu’ils forçaient à se déplacer. Outre son troupeau, une famille possédait un chariot, une tente, une Bible et quelques fusils. Si elle s’installait, elle construisait une maison en pisé, souvent à des jours de marche de l’Européen le plus proche, volontairement. Ce furent les premiers Trekboers (fermiers vagabonds ; par la suite abrégé en Boers), échappant à tout contrôle officiel, vivant en autarcie et isolés. La rudesse de cette vie produisit de courageux individualistes à l’esprit étroit, dont la seule source écrite de connaissances se limitait souvent à la Bible.

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