Chili - Comprendre le Chili et Chili pratique

De
Publié par

Ce chapitre Comprendre le Chili et Chili pratique est issu du guide consacré à la destination Chili et Ile de Pâques.
Tous les chapitres sont disponibles et vendus séparément. Vous pouvez également acheter le guide complet.



Publié le : jeudi 28 janvier 2016
Lecture(s) : 0
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782816158076
Nombre de pages : 148
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Illustration

Sommaire

PRÉPARER SON VOYAGE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comprendre le Chili

LE CHILI AUJOURD’HUI

L’économie la plus solide d’Amérique latine tente de combler le fossé entre riches et pauvres, tandis que le tourisme d’aventure prend son essor.

 

HISTOIRE

Le Chili, qui n’a pas encore fêté son 200e anniversaire, n’en possède pas moins un étonnant passé dont on commence seulement à comprendre la richesse.

 

LA SOCIÉTÉ CHILIENNE

Ce pays à l’économie robuste est marqué par une culture traditionnelle, récemment ouverte à la nouvelle donne mondiale.

 

LE VIN CHILIEN

L’histoire des vins chiliens, leur avenir et l’apparition des micro-cuvées d’exception, par le vinificateur Grant Phelps.

 

LITTÉRATURE ET CINÉMA

Déjà reconnu pour ses grandes figures littéraires, le Chili est en plein éveil artistique et a trouvé sa place sur la scène cinématographique mondiale.

 

ENVIRONNEMENT

Les paysages chiliens vont du désert le plus aride du monde aux étendues glacées du Sud.

 

PARCS NATIONAUX

Aux côtés de l’emblématique Torres del Paine, une multitude d’autres parcs nationaux et réserves privées méritent la visite.

Le Chili aujourd’hui

Les choses bougent en ce moment au Chili. Si la présidente Μichelle Bachelet, de retour pour un nouveau mandat, a fait de la lutte contre les inégalités sa priorité, la croissance fulgurante à laquelle on assistait depuis un certain temps montre parallèlement des signes d’essoufflement. Avec la chute du prix du cuivre, premier produit d’exportation, nombreux sont ceux qui se demandent si le pays parviendra à mener à bien des réformes pourtant fondamentales. Une chose est sûre : lestatu quon’est plus de mise.

À voir

Gloria (2013). Le portrait drôle et original d’une femme de 58 ans pas comme les autres.

La Nana (2009). Une domestique s’interroge sur sa vie.

Violeta (2012). Portrait empreint d’émotion de la chanteuse rebelle Violeta Parra.

Carnets de voyage (2004). Le voyage qui a fait de Che Guevara un révolutionnaire.

No (2013). Est-ce vraiment une campagne publicitaire qui a conduit à la chute du dictateur ?

Au-delà d’Allende, mon grand-père (2015). Documentaire de la petite-fille du président chilien, primé à Cannes en 2015.

À lire

Les 33. La Fureur de survivre (Héctor Tobar). L’histoire haletante des 33 mineurs pris au piège sous terre.

En Patagonie (Bruce Chatwin). Livre emblématique sur l’identité patagonne.

Rendez-vous d’amour dans un pays en guerre (Luis Sepúlveda). Un recueil de nouvelles se déroulant pour la plupart au Chili.

Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée (Pablo Neruda). Un classique plein de passion.

Le Voyage du Beagle (Charles Darwin). Ses observations sur la faune et les volcans chiliens.

Le besoin d’équité

Symbole irréfutable de l’importance grandissante du pays, la Gran Torre Santiago, plus haut bâtiment d’Amérique du Sud avec ses 64 étages, a été achevée en 2013. À la même période, le Chili faisait son entrée à l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), devenant ainsi le premier pays sud-américain à y être admis.

Il n’en demeure pas moins que le Chili affiche les plus forts taux d’inégalité parmi les états membres. La moitié de la richesse du pays n’est détenue que par 1 % de la population, et si le nombre de millionnaires a doublé au début des années 2000, 14,4 % des Chiliens vivent dans la pauvreté. Bien que la misère ait reculé d’un tiers au cours de la dernière décennie, les observateurs soulignent que bien plus peut être fait, notamment dans l’éducation et la santé, deux secteurs sinistrés pour lesquels la population réclame des moyens à cor et à cri.

Une réforme de la Constitution (laquelle date de Pinochet), controversée, a quant à elle été lancée. Dans ce cadre, le Chili est en train de dire adieu au système binominal hérité de la dictature, un mode de scrutin qui faussait la réalité des votes et qui garantissait aux deux coalitions, l’une de centre gauche, l’autre de droite, un nombre de sièges à peu près équivalent au Parlement. Le nouveau système, qui entrera en vigueur en 2017, devrait permettre l’élection de candidats indépendants.

Rebondir

Tout le Chili réclame une modernisation du pays. Alors que les citoyens en négocient les termes non sans une certaine frustration, il n’est pas inutile de se souvenir des terribles épreuves traversées par le pays ces dernières années. En février 2010, un tremblement de terre de magnitude 8,8 a frappé au large de la côte centrale chilienne. Le tsunami déclenché provoqua la mort de centaines de personnes et des dommages matériels évalués à 30 milliards de dollars américains. Deux mois plus tard, cependant, les écoles rouvraient et les routes, ports et aéroports touchés étaient opérationnels. En l’absence de secours publics organisés, le pays s’était relevé en grande partie grâce à la mobilisation citoyenne.

Quelques mois plus tard, c’est autour des 33 mineurs pris au piège dans la mine de San José que la solidarité nationale s’est à nouveau exprimée. Lancées dans une course contre la montre, les équipes de sauvetage travaillèrent d’arrache-pied pendant 69 jours pour faire remonter les ouvriers, sous les yeux de leurs proches et de la planète entière.

Tout beau tout neuf

Malgré les embûches, le Chili, dans une quête acharnée de renouvellement, poursuit à petit pas son chemin vers le progrès. Dans le désert du Nord, la construction du Télescope Géant Européen (E-ELT), un observatoire d’avant-garde qui permettra d’étudier l’origine des planètes et de rechercher des sources d’eau, a commencé. Pendant ce temps, une chapelle dessinée par Antoni Gaudí sort de terre à Rancagua, dans le centre du pays. Prévu pour 2017, l’édifice néobaroque sera la seule œuvre de l’architecte moderniste érigée hors des frontières espagnoles.

Dans la société aussi, les choses avancent. Le Chili a légalisé en janvier 2015 l’union civile pour tous les couples, y compris homosexuels. Malgré la forte mobilisation de l’opposition, les esprits progressistes espèrent que les réformes en matière de santé vont conduire à la légalisation de l’avortement.

Le pays progresse aussi en matière de communication : les infrastructures routières se développent dans les coins les plus reculés de la Patagonie et de la Terre de Feu, et un projet de construction de pont reliant l’île de Chiloé à la région des Lacs a enfin été approuvé. Il s’agira du plus grand pont suspendu d’Amérique latine.

Aller de l’avant passe aussi par un réexamen des priorités. Le gouvernement a rejeté en 2014 le très controversé Proyecto HidroAysén de 3,2 milliards de dollars américains, qui prévoyait la construction de barrages hydroélectriques en Patagonie. Malgré l’opposition de la population locale, l’installation d’ouvrages de ce type sur les fleuves Manso, Puelo et Cuervo, dans la région des Lacs et en Patagonie, demeure quant à elle toujours d’actualité – beaucoup espèrent que le revirement du gouvernement sur HidroAysén y mettra fin et marquera un changement de cap : faire de la nature l’atout premier du pays.

Car avec le désert le plus aride du monde et d’extraordinaires conditions d’observation des étoiles, 80 % des glaciers d’Amérique du Sud et un éventail d’espaces naturels très peu peuplés, le Chili est aussi en passe de devenir une destination touristique et d’aventure de tout premier plan.

Histoire

Le Chili, où l’on a découvert le plus ancien site habité du continent américain, a parcouru bien du chemin depuis le temps où il n’était qu’un coin perdu de l’Empire espagnol. La présence d’une élite de propriétaire terriens, le long passé d’exploitation minière et le vécu d’une classe politique qui a combattu les réformes avant de les impulser : autant de facteurs qui ont marqué la société contemporaine. Nation résiliente, le Chili est aujourd’hui devenu l’un des pays les plus stables et les plus influents d’Amérique latine.

Au commencement

Dans les années 1980, une équipe d’archéologues découvrit une empreinte de pied d’enfant remontant à 12 500 ans dans une zone marécageuse à Monte Verde, près de Puerto Montt. Dans les années 1990, ce furent d’autres traces remontant à près de 33 000 ans qui furent mises au jour. Les fondements théoriques de l’archéologie des Amériques allaient être bouleversés par ces découvertes.

Ces estimations très controversées pulvérisent en effet la thèse, établie de longue date, selon laquelle les premières populations auraient atteint le continent américain après avoir traversé à pied le détroit de Béring il y a quelque 11 500 ans, avant de se disperser vers le sud. Le continent pourrait avoir été abordé en plusieurs endroits par des peuples venus de la mer. Depuis une convention de 1998, les archéologues reconnaissent que le site de Monte Verde est celui du plus ancien peuplement des Amériques. Plus récemment encore cependant, des vestiges qui remonteraient à 40 000 ans ont été mis au jour au Nouveau-Mexique.

Les premières cultures

L’essentiel des vestiges précolombiens retrouvés dans le nord du Chili furent préservés grâce au climat aride du désert. Les plus célèbres sont ceux de la culture des nomades chinchorros, qui laissèrent les plus anciennes momies jamais découvertes. Dans les canyons au nord du désert, les Aymaras, fermiers sédentaires, cultivaient maïs et pomme de terre et élevaient lamas et alpagas. Leurs descendants perpétuent des pratiques similaires au sein du Parque Nacional Lauca. Le nord du pays fut le berceau d’une autre grande culture, celle des Atacameños, dont on retrouve de nombreux vestiges remarquablement conservés, parmi lesquels des momies ou des tablettes à priser ornementées sur lesquelles étaient fabriquées des substances hallucinogènes. Les El Molle et les Tiahuanacos, autres cultures majeures, ont laissé d’énormes géoglyphes, rocs gravés et céramiques, encore visibles dans le nord du Chili. Les Changos, des pêcheurs, peuplaient les côtes, tandis que les Diaguitas étaient répartis sur les plaines fluviales.

Les Incas envahirent brièvement le Nord, mais leur domination peina à atteindre les vallées centrales et les forêts du Sud dont les occupants, les Picunches, des fermiers sédentaires, et les Mapuches, des cultivateurs nomades, résistèrent farouchement à toute incursion. À la même époque, les Cuncos pêchaient et pratiquaient la culture sur l’île de Chiloé et le long des côtes des golfes de Reloncaví et d’Ancud.

L’invasion

En 1494, les deux grandes puissances d’alors, l’Espagne et le Portugal, lorgnaient le continent sans que ses habitants aient la moindre idée de ce qui les attendait. À des milliers de milles marins, le pape signait et apposait en effet son sceau sur le traité de Tordesillas qui octroyait à l’Espagne tout le territoire situé à l’ouest du Brésil. Au milieu du XVIe siècle, les Espagnols contrôlaient presque toutes les terres allant de la Floride et du Mexique jusqu’au centre du Chili. Peu nombreux mais résolus et impitoyables, les conquistadors exploitaient les dissensions entre les peuples indigènes qu’ils terrorisaient avec leurs chevaux et leurs armes. Mais leurs meilleures alliées furent les maladies infectieuses contre lesquelles les autochtones n’avaient pas de défenses immunitaires.

En 1535, les Espagnols, dont la première incursion dans le nord du Chili conduite par Diego de Almagro s’était soldée par un échec, empruntèrent la route des cols andins gelés. La tentative échoua, mais elle établit les bases pour une nouvelle expédition, conduite par Pedro de Valdivia en 1540. Après avoir survécu au désert aride, les Espagnols parvinrent en 1541 dans la fertile vallée du Mapocho. Valdivia s’imposa aux groupes indigènes locaux et fonda la ville de Santiago le 12 février. Six mois plus tard, les indigènes lancèrent une contre-offensive. Ils rasèrent la ville et firent main basse sur presque toutes les réserves des colons. Ceux-ci ne renoncèrent pas pour autant et la population augmenta. À sa mort en 1553, aux mains des forces mapuches dirigées par deux caciques (chefs indigènes) célèbres, Caupolicán et Lautaro, Valdivia avait fondé plusieurs villes et posé les fondations d’une nouvelle société.

LA VÉRITÉ NUE

On en sait peu sur le peuple des Selk’nams (Onas) qui vivaient autrefois dans l’actuelle Magallanes, à ceci près qu’ils subissaient des températures extrêmes en ne portant quasiment aucun vêtement. Sur le site du patrimoine culturel chilien (www.nuestro.cl ; en espagnol et en anglais), l’anthropologue Francisco Mena raconte : “Un chercheur du XIXe siècle écrit qu’il rencontra jadis un homme nu, et lui demanda comment il se faisait qu’il ne sente pas le froid. Et le Selk’nam répondit : “ Mon corps entier est devenu visage”.”

Vous trouverez d’autres anecdotes historiques sur le site Internet.

Le Chili colonial

Si se procurer or et argent était la priorité des Espagnols, ils comprirent vite que la vraie richesse du Nouveau Monde était sa nombreuse population. Les conquérants l’exploitèrent par le système de l’encomienda : la Couronne accordait à ses sujets des parcelles de terrain (encomiendas) et le droit de faire travailler les indigènes qui s’y trouvaient. Le système fut instauré sans peine dans le nord du Chili (qui appartenait alors au Pérou), où la population indigène était très organisée et même habituée à des formes d’exploitation similaires. Les Espagnols dominèrent aussi le centre du Chili. Les peuples semisédentaires ou nomades du Sud opposèrent en revanche une résistance farouche. La capture de chevaux sauvages dans la pampa argentine fut déterminante pour les Mapuches, qui gagnèrent énormément en mobilité et en force de frappe.

Malgré la désapprobation de la lointaine Couronne, Valdivia se mit à récompenser ses fidèles en leur octroyant des propriétés immenses. Ces latifundios (grands domaines), dont certains sont demeurés intacts jusqu’aux années 1960, devaient marquer d’une empreinte profonde l’agriculture et la société chiliennes.

Les mestizos, fils d’Espagnols et d’indigènes, furent bientôt plus nombreux que ces derniers, décimés par les épidémies, les travaux forcés et les guerres. La nouvelle aristocratie chilienne incita les mestizos sans terre à devenir des inquilinos, les métayers des grandes propriétés rurales.

La révolution

Les différents mouvements indépendantistes qui virent le jour entre 1808 et 1810 furent l’aboutissement de l’émergence de la classe des criollos (créoles), des Espagnols nés sur le sol américain désireux de s’affranchir de la tutelle royale. Pour lever plus facilement l’impôt, Madrid avait décrété que toutes les marchandises en partance pour la métropole devaient être acheminées par voie terrestre à Panama avant d’être chargées dans les navires. Cette disposition peu pratique mit un frein au commerce et finit par coûter son empire à l’Espagne.

À l’époque coloniale, le Chili faisait partie du puissant vice-royaume du Pérou, dont la capitale était Lima. La juridiction, qui s’appelait alors Audiencia de Chili, s’étendait de Chañaral jusqu’à Puerto Aysén au sud et comprenait les provinces de Mendoza, de San Juan et de San Luis, aujourd’hui en Argentine. Bien que légalement sous l’autorité de Lima, le Chili se développa de façon autonome, se forgeant une identité différente de celle du Pérou.

Vers 1820, des mouvements indépendantistes se développèrent partout en Amérique du Sud pour chasser les Espagnols. Venue du Venezuela, une armée de criollos conduite par Simón Bolívar marcha vers l’ouest et le Pérou au sud. Le libérateur argentin José de San Martín traversa les Andes, pénétra au Chili et occupa Santiago avant de prendre la mer pour remonter sur Lima.

San Martín fit de Bernardo O’Higgins son second, aux commandes de son armée. Ce fils illégitime d’un Irlandais, nommé vice-roi du Pérou par les Espagnols, devint le chef suprême de la nouvelle république du Chili. San Martín contribua à la défaite de l’Espagne au Pérou, amenant ses hommes dans des vaisseaux pris aux Espagnols ou achetés aux Anglais et aux Nord-Américains, pour qui défaite espagnole rimait avec avantages commerciaux. C’est ainsi qu’un Écossais, Thomas Cochrane, ancien amiral de la Royal Navy au caractère bien trempé, fonda et prit la tête de la marine chilienne.

La première république

Exsangue, mais galvanisé par sa nouvelle indépendance, le Chili ne comptait alors qu’une partie de son territoire actuel. Ses frontières avec la Bolivie, l’Argentine et la nation mapuche, au sud du Río Bio bío, étaient mal définies.

Dans une situation politique stable, l’agriculture, l’exploitation minière, l’industrie et le commerce se développèrent sans tarder. O’Higgins domina la vie politique pendant cinq ans après l’indépendance, acquise officiellement en 1818. Mais confronté aux propriétaires terriens qui s’opposaient à l’augmentation des impôts, à l’abolition des titres aristocratiques et à la limitation des droits d’héritage, il fut contraint de démissionner en 1823 et s’exila au Pérou.

Le ministre de l’Intérieur Diego Portales imposa un pouvoir dictatorial jusqu’au soulèvement de 1837, à l’issue duquel il fut exécuté. Il fit adopter une Constitution qui centralisait le pouvoir à Santiago, restreignait le droit de vote aux seuls propriétaires et instaurait le suffrage indirect pour élire le président et les sénateurs. Le texte resta en vigueur jusqu’en 1925.

La fin du XIXe siècle fut marquée par une modification des frontières. La signature de traités avec les Mapuches (1881) plaça sous domination chilienne les territoires du Sud. Le Chili déploya de grands efforts dans l’expansion vers le nord et la guerre du Pacifique. Contraint d’abandonner la plus grande partie de la Patagonie à l’Argentine, il chercha à s’établir davantage dans le Pacifique et annexa en 1888 la minuscule île de Pâques (Rapa Nui), perdue au milieu de l’océan.

UNE MINE DE RICHESSES

La prospérité du Chili est due en partie aux résultats du conflit mené dans le Nord à partir de 1879. La guerre du Pacifique (1879-1884) permit au Chili d’annexer d’immenses portions de territoires du Pérou et de la Bolivie. Les premières batailles eurent lieu après que la Bolivie eut interdit à une compagnie chilienne d’exploiter les dépôts de nitrate du désert d’Atacama, alors territoire bolivien. À titre de représailles, le Chili s’empara du port bolivien d’Antofagasta et des provinces péruviennes de Tacna et d’Arica. C’est ainsi que la Bolivie perdit tout accès à la mer. Le Chili commémore encore cette victoire avec autant d’enthousiasme que le Pérou et la Bolivie mettent d’amertume à la déplorer. Ce sujet reste aujourd’hui un élément délicat dans les relations entre le Chili et ses voisins du Nord.

L’initiative de Santiago permit au Chili de bénéficier du boom économique engendré par l’exploitation des nitrates. Des investisseurs britanniques, nord-américains et allemands fournirent l’essentiel du capital. Le chemin de fer révolutionna l’infrastructure du pays et l’économie poursuivit son essor. La création des ports d’Iquique et d’Antofagasta, entre autres, vint renforcer encore la prospérité du pays.

Lorsque la bulle du nitrate finit par éclater, le cuivre vint occuper la place de carburant de l’économie chilienne.

La guerre civile

L’expansion minière provoqua l’émergence d’une classe ouvrière et de nouveaux riches, deux groupes qui remirent en cause l’oligarchie des propriétaires terriens. La première personnalité politique à s’attaquer au problème de la répartition inégale des richesses fut le président José Manuel Balmaceda, élu en 1886. Son gouvernement entreprit de grands travaux publics, révolutionna les infrastructures et améliora hôpitaux et écoles, mais dut affronter l’opposition du Congrès conservateur qui vota sa déposition en 1890. Le commandant de la Marine, Jorge Montt, fut élu à la tête d’un gouvernement provisoire. Plus de 10 000 Chiliens moururent lors de la guerre civile qui s’ensuivit. Avec la Marine, Montt contrôlait les ports, et il finit par imposer une défaite aux troupes restées fidèles à Balmaceda. Après avoir passé plusieurs mois réfugié dans l’ambassade argentine, Balmaceda se suicida.

Le XXesiècle

L’économie chilienne se trouvait pénalisée par sa lourde dépendance vis-à-vis des nitrates, lesquels étaient peu à peu supplantés par de nouveaux engrais fabriqués à partir de dérivés pétroliers. L’ouverture du canal de Panama, en 1914, rendit pratiquement obsolètes la route du cap Horn et tous ses ports chiliens.

Après une période marquée par un pouvoir politique faible, plusieurs organisations de gauche parvinrent à imposer brièvement une république socialiste et fusionnèrent en un parti de cette mouvance. Les querelles entre stalinistes et trotskistes divisaient les communistes, tandis que des dissidents issus des partis radicaux et réformistes créaient une incompréhensible myriade de groupuscules. Pendant les années 1930 et 1940, la gauche démocratique domina la politique et le gouvernement.

Le début du XXe siècle vit les compagnies nord-américaines prendre le contrôle des mines de cuivre, pierre angulaire de l’économie chilienne. La Seconde Guerre mondiale suscita un accroissement de la demande de cuivre, favorisant l’essor économique du pays, qui resta neutre.

La réforme agraire

Dans les années 1920, les haciendas (grandes propriétés agricoles) contrôlaient 80 % des meilleures terres agricoles. Les inquilinos (métayers) restaient assujettis au bon vouloir des propriétaires, qui octroyaient logement, terre et travail, et leurs voix leurs étaient acquises. En d’autres termes, rien n’encourageait les haciendas à se moderniser et la production se mit à stagner : une situation qui perdura jusque dans les années 1960.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi