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Du même auteur
AUX ÉDITIONS DU SEUIL
Le Riz et le Rouge Cinq mois en Extrême-Orient 1969 François de Wendel en RéQublique L’argent et le Qouvoir (1914-1940) coll. « L’univers historique », 1976 Leçon d’histoire Qour une gauche au Qouvoir La faillite du Cartel (1924-1926) e o 1977 ; 2 éd., coll. « Points Histoire », n 58 L’Argent caché Milieux d’affaires et Qouvoirs Qolitiques e dans la France du XX siècle Fayard, 1981 ; rééd. Éd. du Seuil o coll. « Points Histoire », n 70 Échec à Panurge L’audiovisuel Qublic au service de la différence 1986 Georges Mandel L’homme qu’on attendait 1991
EN COLLABORATION AVEC JACUES JULLIARD
« Le Monde » de Beuve-Méry ou le Métier d’Alceste 1979
EN COLLABORATION AVEC MONIUE SAUVAGE ET AL.
Télévision, nouvelle mémoire Les magazines de grand reQortage, 1959-1968 1982
CHEZ D’AUTRES ÉDITEURS
Le Journal Qolitique de Jules Jeanneney (seQtembre 1939-juillet 1942) édition critique, Armand Colin, 1972 Charles Rist : une Saison gâtée Journal de la guerre et de l’OccuQation, 1939-1945 édition critique, Fayard, 1983
La première édition de ce livre a paru aux Éditions du Seuil, e en 1987, dans la collection « XX siècle ». Les chapitres 37 et 38 ont été ajoutés à la présente édition.
EN COUVERTURE :
Illustration Michel Granger
ISBN 978-2-02-130588-3
re (ISBN 2-02-009805-9, l publication)
© Éditions du Seuil, 1987 et novembre 1991
Cet ouvrage a été numérisé en partenariat avec le Centre National du Livre.
Ce document numérique a été réalisé parNord Compo.
Pour A. L. C.
Claude Sales et Daniel Vernet, rédacteurs en chef du Monde, m’ont offert l’hospitalité de leur journal en m’y donnant une liberté absolue. Je leur en exprime mon amicale gratitude.
INTRODUCTION
La roue et le serpent
Dans une nouvelle de l’Alephintitulée « Les théologiens », Borges imagine une secte dite des monotonesou encore des annulaires,qui, aux premiers temps du christianisme, aurait professé que « l’histoire est un cercle et qu’il n’est rien qui n’ait déjà été et qui un jour ne sera ». De telle sorte que chez eux « la Roue et le Serpent avaient remplacé la Croix »… Le théologien Aurélien, coadjuteur d’Aquilée, s’en indigna. « Il résolut de réfuter les hérétiques, les compara à Ixion, au foie de Prométhée, à Sisyphe, à ce roi de Thèbes qui vit deux soleils, au bégaiement, à des perroquets, à des miroirs, à des échos, à des mules de noria et à des syllogismes biscornus ». Il « enchâssa dans sa rédaction un passage […] des Academia priorade Cicéron où celui-ci se moque de ceux qui rêvent que tandis que lui s’entretient avec des Lucullus, d’autres Lucullus et d’autres Cicéron, en nombre infini, disent exactement la même chose, dans un nombre infini de mondes identiques… ». Faut-il donc placer ce livre sous le patronage secret de la Roue et du Serpent ? Les trente-six chroniques qu’il rassemble et que j’ai publiées dans le Mondedu 16 juillet au 3 septembre 1987 sont fondées sur le jeu des précédents. Il s’agissait de débusquer dans l’histoire des deux derniers siècles français des similitudes méconnues avec nos conjonctures contemporaines, de faire surgir du passé des références inédites pour l’actualité politique, économique, sociale et culturelle de nos années 1980, d’évoquer des événements et des querelles qui pouvaient trouver, par les temps qui courent, des résonances inattendues. Certaines ressemblances sautent aux yeux : ce sont généralement les plus piquantes et les plus réjouissantes — et aussi les plus superficielles. D’autres se dérobent au regard, mais si l’on s’emploie à les mettre au jour, elles fournissent une matière plus riche à l’observation. Assurément je n’ai jamais oublié qu’Aurélien d’Aquilée n’a pas tort. L’obsession des annulairesles égare et nous savons que leur hérésie est destinée à périr par le feu… Aucune occurrence ne se reproduit jamais à l’identique. On vérifiera d’ailleurs dans ces pages que décrire des répétitions parcellaires, démontrer que des morceaux d’intrigues connaissent de surprenantes résurgences, c’est du même coup renseigner sur les différences, sur ce que chaque moment du passé comporte d’irréductiblement spécifique. Mais c’est aussi éclairer des permanences sous-jacentes — ou des évolutions à rythme très lent. Cet exercice a été conduit sans prétention à l’exhaustivité. Mes affinités personnelles, le hasard de mes lectures et souvent le plaisir simple de raconter ont eu leur part dans mes choix. Mais peut-être l’ensemble trouvera-t-il malgré tout, par touches juxtaposées, son unité. Avec une ambition en somme assez haute : contribuer
à une interprétation différente de quelques-uns des enjeux qui s’imposent aujourd’hui à notre réflexion civique.
septembre 1987 J’ai complété la première édition de cet ouvrage en y adjoignant deux articles inspirés par la guerre du Golfe et publiés dansle Monde19 février et 10-11 mars les 1991.
mai 1991
1
Syphilis et Sida
Le mouvement des émotions collectives qui entoure désormais le Sida ramène impérieusement en arrière, au temps de la terreur qu’imposa la syphilis. Non que je songe à suivre le « mal de Naples » dans la durée de son histoire 1 pluriséculaire : trop de variantes brouilleraient le regard . Il s’agit de concentrer l’attention sur les dernières décennies que vint clore, dans les années 1940, le triomphe de la pénicilline, et en particulier sur les trente ans qui précédèrent en France la Première Guerre mondiale. Si ce ne fut pas alors, semble-t-il, le temps de la plus grande gravité statistique du mal, ce fut l’époque où sa virulence s’avéra, pour la conscience publique, la plus éclatante. Ce fut en somme — pour reprendre l’expression d’Alain Corbin, magnifique historien de ces mouvements majeurs de la 2 sensibilité collective — « l’âge d’or du péril vénérien ». A partir des années 1880, en effet, les congrès médicaux commencent d’y attacher non plus seulement l’intérêt dû à un fléau microbien parmi beaucoup d’autres, mais quelque chose comme une attention obsessionnelle, préparant, dans les années 1890, l’irruption de cette angoisse dans le champ du plus large public. Désormais, le monde médical nourrit puissamment une inquiétude collective qui fait irruption dans la littérature romanesque et jusque sur la scène des théâtres. C’est le moment oùles Avariés, la pièce de Brieux, peinture plus clinique que romanesque des conséquences horribles du mal et des drames de conscience qu’il suscite dans les milieux bourgeois, font, avant 1914, un triomphe sur la scène et en librairie. Quelques grandes voix médicales se sont efforcées récemment — sans vouloir lénifier — de ramener le péril du Sida à la portée statistiquement encore limitée qui est la sienne dans nos pays parmi les fléaux sociaux. Je me souviens d’avoir entendu naguère le Pr Jean Bernard rappeler que le nombre des victimes du Sida en France demeure, actuellement encore, presque bénin par rapport aux ravages de l’alcoolisme ou aux accidents de la route, et que la place qu’y consacrent les médias est proportionnellement démesurée. On sait aujourd’hui qu’au cours des années 1890-1914, l’antique « vérole » est plutôt en régression par rapport aux décennies antérieures, grâce aux progrès de l’hygiène et à l’efficacité au moins partielle des traitements mis au point : quelle que soit la marge d’incertitude inévitable dans ces domaines, des études chiffrées plausibles publiées en 1907 ne lui attribuent que 2,2 % des décès survenus dans les hospices et hôpitaux parisiens et 2,26 % de ceux qu’on a dénombrés dans les hôpitaux de Toulouse. Le Pr Augagneur, dont la thèse était consacrée dès 1879 à la syphilis
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