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Crète 2 - Comprendre la Crète et Crète pratique

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La Crète et la crise de la dette

Comme le reste du pays, la Crète n’a pas échappé à la crise de la dette grecque. En avril 2010, un premier plan de 100 milliards d’euros de prêt en urgence était mis en place par les pays de la zone euro pour remédier à une dette grecque s’élevant à 327 milliards (soit 150% de son PIB). Athènes devait appliquer de strictes mesures d’austérité (réduction des dépenses publiques, réforme des retraites et hausse générale des impôts) et procéder à des privatisations pour 50 milliards d’euros. Un second plan de 109 milliards est décidé en juillet 2011, pour permettre à la Grèce de remettre son économie sur les rails. L’accord européen du 27 octobre 2011 prévoit une réduction de la dette ainsi qu’un nouveau plan de sortie de crise. En janvier 2012, un accord sur l’effacement partiel des obligations grecques détenues par les banques privées était sur le point d’aboutir.

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Tourisme et renouveau

Si les mesures d’austérité décidées par le gouvernement ne sont guère appréciées des Crétois, elles n’ont pas déclenché les grèves ni les violentes protestations observées à Athènes. Les Crétois ont en effet quelques raisons de rester optimistes. En 2011, après quelques années maigres, une progression de 15% dans le secteur touristique a été constatée avec soulagement. Composante clé de l’économie crétoise, le tourisme représente environ 40% de la production locale et 20% des emplois. La Crète ne se trouve pas pour autant hors de danger, car c’est la stabilité ou la baisse des prix qui a drainé beaucoup de touristes vers l’île.

La Crète mise de plus en plus sur le potentiel du tourisme responsable. Les aides de l’Union européenne au tourisme vert et à la conservation du patrimoine culturel ont permis la restauration de bâtiments historiques et la multiplication des pensions, villas et appartements traditionnels, surtout en zone rurale.

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Conscience verte

De plus en plus de Crétois ont conscience des dangers à long terme que représentent les atteintes à l’environnement. L’absence de planification et de réglementation est particulièrement patente dans les zones touristiques de la côte septentrionale, très urbanisée. En réaction, groupes écologistes, étudiants et expatriés mènent des actions communes pour s’opposer à de grands projets de construction, avec succès.

Dans le Lassithi, par exemple, l’activisme a fini par obtenir du Conseil d’État l’arrêt du pharaonique projet hôtelier (7 000 lits, plusieurs golfs…) que le Minoan Group britannique prévoyait dans le cadre sauvage du cap Sideros, à l’extrême pointe nord-orientale de l’île. À Timbaki, sur la côte méridionale, la population locale a temporairement eu raison du projet lancé par l’armateur géant chinois Cosco pour la construction d’un immense port de transit de conteneurs.

Néanmojns la crise et le besoin de revenus pousseront-ils le pays à autoriser ces projets malgré tout ? Nul ne peut le dire pour l’instant.

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Cartons ou cartels ?

Farouches, fiers, indépendants, les Crétois ont toujours le fusil à portée de main. Cette manie de la gâchette n’est pas seulement culturelle ou historique. Le “triangle infernal” que forment les villages montagnards d’Anogia, Zoniana et Livadia, au plus profond du nome de Rethymnon, abrite en effet depuis quelques années un trafic d’armes et de drogue, les ravins permettant d’y cultiver le cannabis en toute discrétion. Une vaste opération a été menée en novembre 2007, lorsque la police, poursuivant un gang de bergers producteurs de marijuana, est tombée dans une embuscade. Athènes a poursuivi en justice une quarantaine de villageois dont vingt-huit ont été condamnés en 2009 à des peines de prison allant de six ans à la perpétuité.

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Histoire

La Crète possède une histoire mouvementée, qui remonte à plus de cinq mille ans. Son territoire tout entier en témoigne de visu, des palais antiques et cités romaines aux églises byzantines, forteresses vénitiennes et édifices ottomans. L’empreinte imprimée par la Crète dans l’histoire mondiale remonte aux illustres Minoens, grands bâtisseurs de palais à une époque où le reste de l’Europe était couvert d’habitations bien plus primitives. Son emplacement stratégique au centre de la Méditerranée l’a embarquée dans tous les grands conflits mondiaux et en a fait une pomme de discorde entre civilisations, que ce soient, au Moyen Âge, les Arabes ses voisins ou, lors de la Seconde Guerre mondiale, des nations impérialistes plus lointaines comme l’Allemagne.

La Crète a aussi empreint l’imaginaire collectif par sa place prépondérante dans la mythologie grecque. Aux origines du mythe, Rhéa cache Zeus en Crète pour le protéger de son dévoreur de père, Cronos. Minos, fils de Zeus, devient quant à lui le roi légendaire de la Crète minoenne. Icare et Dédale s’élancent d’une côte crétoise pour leur funeste vol. Quant à Thésée, il accomplit le voyage depuis Athènes pour aller terrasser le Minotaure dans le célèbre Labyrinthe.

Si les aspects purement mythiques de ces récits sont certainement spécieux, ils ne pouvaient naître ailleurs que dans ces lieux d’immense réussite historique et culturelle. Autrement dit, l’aspect grandiose des légendes de la Crète antique reflète un authentique passé de civilisation riche, puissante et très évoluée pour son temps.

Sur le plan matériel comme culturel, les débuts puis la maturité de l’histoire crétoise reposent sur la chrétienté orthodoxe sous son identité byzantine. Malgré les occupations arabe, vénitienne et ottomane, cette identité est restée intacte grâce à la ténacité et au caractère indépendant des Crétois. La géographie particulière de l’île explique cette capacité à préserver les traditions dans les périodes de troubles : ce sont ses montagnes imprenables qui ont permis de protéger aussi bien les icônes que les dialectes et les coutumes.


LES PREMIERS MARINS CRÉTOIS

La prospection du littoral sud autour de Plakias et Preveli a révélé en 2008 et 2009 une présence humaine très ancienne sur l’île. Les archéologues ont mis au jour des outils de pierre taillée sur des terrasses marines datées d’au moins 130 000 ans. La Crète n’étant plus accessible alors par terre depuis des millions d’années, la présence de ces outils taillés de main humaine sur la côte crétoise a fait remonter dans le temps la date de la plus ancienne traversée maritime connue (antérieurement circonscrite à 60 000 ans).

L’idée que les premiers Crétois soient arrivés par la mer bien plus tôt qu’on ne le supposait révolutionne le savoir anthropologique, selon lequel les premiers hommes venus d’Afrique en Europe auraient emprunté la voie terrestre. Les préhistoriens ayant déterminé que les outils découverts en Crète dateraient en fait de 700 000 ans, il est évident que d’autres révélations sont à prévoir. Les fouilles se poursuivent.


La Crète doit son passé très riche à cet extraordinaire mélange des civilisations sur huit siècles. En témoignent la musique traditionnelle, les arts, les légendes et cultes locaux. Les Crétois ont toujours été un peuple fier et insulaire et le fait qu’on ait pu hésiter entre son rattachement à la Grèce ou son indépendance après l’occupation ottomane en dit long sur leur caractère exceptionnel.

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Mythes et Minoens

La naissance de la Crète est d’autant plus fascinante qu’elle baigne dans les mythes. Les légendes comme les vestiges retrouvés sur place confirment cependant qu’elle abrita la première civilisation avancée en Europe, les Minoens.

Née à l’âge du bronze dans des conditions qui restent inexpliquées, la Crète minoenne a précédé la civilisation mycénienne de Grèce continentale. Elle porte l’empreinte de deux grandes civilisations du Moyen-Orient : celles de Mésopotamie et d’Égypte. Les immigrants qui arrivèrent d’Anatolie vers 3000 av. J.-C. introduisirent les techniques nécessaires au travail du bronze, ce qui permit à la civilisation minoenne, alors émergente, de prospérer presque en continu pendant plus d’un millénaire et demi.

Par bien des aspects, le minoen ancien se rapproche des cultures néolithiques. La maîtrise du bronze par la suite autorisa la construction de navires plus solides et par là-même un développement des échanges avec le Proche-Orient, l’île devenant une puissance commerciale prospère. Les progrès de l’art céramique et du travail du métal préfigurèrent bientôt l’excellence des arts minoens.

La chronologie même du minoen fait l’objet de débats. Les archéologues s’appuient sur celles définies par sir Evans et par le spécialiste grec Nikolaos Platon : la période prépalatiale (3100-1900 av. J.-C.), la période protopalatiale (1900-1700 av. J.-C.), la période néopalatiale (1700-1450  av. J.-C.) et la période postpalatiale (1450-1100  av. J.-C.). Cette classification se substitue à la plus ancienne qui distinguait le minoen ancien (3100-2000  av. J.-C.), le minoen moyen (2100-1550  av. J.-C.) et le minoen récent (1550-1100  av. J.-C.). L’une ou l’autre pourra être utilisée au fil du guide.

La civilisation minoenne atteignit son apogée au cours du minoen moyen, également appelé période du Vieux Palais. Au début du IIe millénaire av. J.-C., la construction des vastes palais de Cnossos, de Phaistos, de Malia et de Zakros marqua une rupture brutale avec la vie des villages du néolithique. Témoin d’avancées architecturales considérables, la Crète devait être alors gouvernée par des chefs locaux, la société hiérarchisée et la population composée d’un nombre important d’esclaves, le pouvoir et les richesses étaient concentrés à Cnossos.

L’apparition de la première forme d’écriture crétoise, dite hiéroglyphique en raison de son aspect très pictural, date précisément de cette période. Elle évolua ensuite vers des figures plus abstraites, évoquant les hiéroglyphes égyptiens.

En 1700 av. J.-C., les palais furent détruits brutalement, probablement par un tremblement de terre. Vint alors l’âge d’or des Minoens. Les palais de Cnossos, de Phaistos, de Malia et de Zakros furent reconstruits, en suivant une architecture plus élaborée, en avance de plusieurs siècles sur son temps. Ils furent dotés d’étages, de somptueux appartements royaux, de halls de réception grandioses, de quartiers pour le personnel et d’un système d’assainissement perfectionné. Leur organisation donna naissance au mythe du labyrinthe crétois et du fameux Minotaure.

La période néopalatiale connaît un développement qui s’élargit à l’ensemble de la mer Méditerranée sous la dynastie probable de Minos, l’État minoen devenant une puissante thalassocratie avec Cnossos pour capitale. Favorisé par la présence des colonies minoennes en mer Égée, le commerce avec la Méditerranée orientale, l’Asie Mineure et l’Égypte poursuivit son essor. Les poteries, textiles et produits agricoles minoens trouvèrent des débouchés en mer Égée, en Égypte, en Syrie et sans doute aussi en Sicile.

La civilisation minoenne déclina rapidement vers 1450 av. J.-C., lorsque ses palais – à l’exception de celui de Cnossos – et nombre de petits villages eurent été réduits à néant par ce qu’on pense être un gigantesque tsunami consécutif à l’éruption volcanique survenue sur l’île voisine de Santorin et dont la retombée des cendres parvint jusqu’en Crète. Néanmoins, le débat perdure quant au moment et à l’origine de la disparition des Minoens. D’aucuns affirment qu’elle aurait été provoquée par un second violent séisme un siècle plus tard ; d’autres invoquent l’invasion des Mycéniens. Dans tous les cas, la présence des Mycéniens coïncida avec la disparition des palais et de la civilisation minoenne.

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Grandeur et décadence des Mycéniens

La civilisation mycénienne, qui culmina entre 1500 et 1200 av. J.-C., fut la première grande civilisation de Grèce continentale. Nommée ainsi d’après l’antique cité de Mycènes (Péloponnèse), elle est aussi qualifiée d’achéenne, du nom des Indo-Européens qui s’étaient établis en Grèce continentale.

La société minoenne avait connu une paix relative, sous l’égide d’une autorité centrale, comme le laisse supposer l’absence de remparts. Au contraire, la civilisation mycénienne se caractérise par des cités-États indépendantes, dont la plus puissante était Mycènes. Ces cités étaient gouvernées par des rois dont les palais, ceints de fortifications, se dressaient sur des sommets aisément défendables.

Les Mycéniens écrivaient en linéaire B. La découverte, au palais de Cnossos, de tablettes en terre portant ce type d’écriture atteste la présence mycénienne en Crète de 1400 à 1100 av. J.-C. Selon toute probabilité, Cnossos conserva son statut de capitale, mais les dirigeants durent se soumettre aux Mycéniens du continent. Certains Crétois minoens quittèrent l’île, d’autres se réfugièrent dans les terres, tandis que les Mycéniens fondaient de nouvelles cités comme Lappa (Argyroupoli), Kydonia (La Canée) et Polyrrinia.

L’économie de l’île, qui connut peu de changements, resta fondée sur l’exportation de produits locaux. Les beaux-arts commencèrent à décliner, tandis que prospérait la fabrication des armes, reflet de l’esprit militariste introduit sur l’île par les Mycéniens. Au culte de la Grande Mère, ces derniers substituèrent celui de dieux comme Zeus, Héra et Athéna.

Les dissensions internes finirent par ébranler l’influence mycénienne, pourtant très étendue. Bientôt, les Mycéniens ne furent plus de taille à faire face aux belliqueux Doriens.

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La Crète classique

Malgré une résistance farouche, les Doriens conquirent la Crète vers 1100 av. J.-C., provoquant la fuite de nombreux habitants en Asie Mineure. Ceux qui restèrent, connus sous le nom d’Étéocrétois, ou vrais Crétois, se replièrent dans les montagnes, préservant ainsi leur culture.

Les Doriens initièrent une rupture brutale avec le passé. Les quatre siècles qui suivirent leur conquête ont d’ailleurs été qualifiés de “siècles obscurs”. Toutefois, il convient de leur rendre justice : ils introduisirent l’usage du fer et créèrent un nouveau style de poterie, orné de motifs géométriques singuliers. Les Doriens vénéraient des dieux masculins et non des déesses de la fertilité. Ils adoptèrent le culte des divinités mycéniennes Poséidon, Zeus et Apollon qui allaient, par la suite, figurer au panthéon grec.

Les Doriens réorganisèrent le système politique de la Crète et divisèrent la société en trois classes : les citoyens libres, propriétaires, qui jouissaient de la liberté politique (une classe qui comprenait les paysans propriétaires de leurs terres) ; les marchands et les marins ; et les esclaves. Le système monarchique fut remplacé par une démocratie archaïque, dans laquelle les décisions politiques relevaient de l’autorité de comités élus par les citoyens libres. Ces comités, guidés par un conseil d’anciens, devaient répondre devant une assemblée de citoyens libres. En contraste avec la période minoenne, les femmes étaient cantonnées à des positions subalternes.

Vers 800 av. J.-C., l’agriculture locale et l’économie pastorale locales étaient suffisamment productives pour envisager une reprise du commerce maritime. Tandis que de nouvelles colonies grecques étaient établies sur le pourtour du bassin méditerranéen, la Crète devint un acteur majeur des échanges commerciaux.