Entre deux Falaises

De
Publié par

« Mon parcours personnel m’a conduit à titres divers, en différents lieux du monde.
- Dans le Grand Nord au milieu d’un univers enveloppé de lumière, où la terre est encore belle.
- En Inde auprès d’enfants de parents lépreux, recueillant au jour le jour et à chaque pas, les surprises de ce peuple si accueillant.
- En France, dans la Vanoise ou sur les chemins de randonnée, au Mont-Saint-Michel, dans le Marais poitevin, dans la région minière d’où je suis originaire.
Le voyage, c’est aussi celui qui part de l’enfance, qui retourne aux sources familiales et s’aventure sur les chemins divers des différents métiers exercés, notamment auprès de personnes adultes handicapées, ainsi que des engagements sociaux, au gré des failles comme aussi des étoiles.
Ecrire, c’est créer ouvrir un chemin et le partager. C’est aussi offrir à chaque lecteur ou lectrice quelque chose de mon espace intérieur ».


Publié le : vendredi 7 février 2014
Lecture(s) : 4
Tags :
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782332655660
Nombre de pages : 410
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Couverture

Cover

Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-65564-6

 

© Edilivre, 2014

Dédicaces

 

 

à celles et ceux

avec lesquels j’ai fait un bout de chemin,

brièvement ou depuis bien des années,

partagé peines et joies,

en famille, entre amis, au travail,

sur la place du village, dans le quartier,

autour d’un repas,

en randonnée,

en montagne, à la mer,

en voyage au bout du monde…

et qui ont été présents au long de ces lignes.

Photo de couverture : le « cran aux œufs » entre 2 falaises, sur la côte d’Opale dans le Pas de Calais, au sud du cap Gris-Nez.

Salles d’attente

Dans l’herbe

Allongé dans l’herbe en face de la maison familiale je regarde vers le ciel. J’entends mes frères et autres gamins courir autour de la maison et dans la ruelle qui longe celle-ci et notre jardin. Il fait beau. En ce printemps tôt venu, le soleil traverse doucement les peupliers du parc : oh ! ce n’est pas un parc public : c’est simplement un espace qui est notre pâture. C’est là notre terrain de jeu au cœur du village.

Ce matin là, couché sur l’herbe, je me repose et rêve. J’apprécie cet arrêt du temps, scrutant ce qu’il y a au plus haut, par delà la cime bien haute des peupliers. Mes yeux s’élèvent, traversant l’espace et son immensité. Je revois le grand ciel bleu : il est beau, parfait et je me laisse réchauffer par les premiers rayons du soleil.

Soudain je suis pris de vertige. Je me sens transporté et soulevé de terre ! C’est la panique : c’est trop vaste, je vais tomber dans le haut ! Mais au-delà des arbres il n’y a plus rien pour me raccrocher et sentir le sol sous moi. J’ai le tournis ! C’est trop vaste, trop silencieux, sans visage, sans parole. Je me perds !

Heureusement je suis rattrapé par les voix familiales à deux pas de là et dans lesquelles je me réfugie en me relevant. Ouf ! J’ai échappé au vide. Première expérience existentielle ?

Les mots ne me viennent pas alors et je me relie bien vite au réel en rejoignant la bande de mes 4 frères. Alors je n’en parle pas : et qui pourrait entendre et même comprendre ce trouble ?

Ce jour là il n’y avait personne au bout de l’espace mais sur le côté l’insouciance des jeux d’enfants et leurs cris joyeux.

Dans la grande cour

Cinquante ans plus tard… Je l’aperçois sortir de sa classe de CE2, son cahier ouvert encore à la main. Elle m’aperçoit à l’opposé au fond de la grande diagonale qui traverse la cour où se déploient 1100 élèves pendant les temps libres. Le regard droit, presque altier, ne se laissant aucune distraction, elle s’avance sans me quitter des yeux, d’un pas déterminé, les bras en toute liberté le long du corps.

J’ai le temps d’attendre encore l’instant où elle se postera devant moi. Je sais que le moment va être succulent comme d’habitude. J’apprécie son allure libre, sans entrave, sans peur et d’une simplicité désarmante, cet instant où sans les mots, la conversation est déjà commencée.

Nous sommes dans le Nord de l’Inde près de Varanasi.

– « Namaste » Sarasawati. (bonjour, en hindi dans le Nord de l’Inde).

– Hello « baïa » (frère en hindi), how are you?, avec un petit signe de la main. C’est ainsi que nous nous saluons tous là-bas. Nous pouvons aussi joindre les mains et saluer d’une petite inclinaison de la tête.

Nous nous asseyons sur la large margelle qui entoure le seul vieux manguier encore debout dans cet espace. Les enfants, lorsqu’il fait trop chaud, viennent s’y mettre à l’ombre. Ils chantent, se racontent des histoires et lorsqu’il m’arrive de passer par-là, m’interpellent.

Elle me tend son livre de géographie.

– Tu aimes la géographie ? me demande-t-elle.

– Oui.

– Où habites-tu ?

– Là, tu vois, en France.

– Qu’est-ce que c’est loin et petit.

– C’est vrai. Mais en avion il suffit de 8h pour venir en Inde. Notre pays est petit par rapport au tien qui est 7 fois plus grand.

– Fred, tu sais, aujourd’hui c’est mon anniversaire. Tiens, c’est pour toi.

Elle m’offre un bonbon. A chaque anniversaire, l’enfant offre à sa maîtresse et ses amis une friandise.

– « Danniwar » (merci) et bon anniversaire à toi. Je vois que tu as mis ton habit de fête aujourd’hui.

– Oui. Parce qu’aujourd’hui j’ai le droit de m’habiller en jour de fête et je ne mets pas l’uniforme de l’école. Je dois maintenant aller préparer le repas du soir avec mes amies. Tu viendras manger avec nous ?

– Je viendrai.

– See you later, brother.

Chaque fois que je le peux, je me laisse inviter par les enfants, qui nous disposent une petite table et le couvert. Eux, comme d’habitude mangeront à même le sol, directement avec la main droite qui est considérée comme la main propre. La main gauche est réservée pour tout ce qui relève du nettoyage.

Pas un seul grain de riz ne restera dans l’assiette.

Que de chemins entre ces deux moments si proches l’un de l’autre pourtant, par leur force interne à moi-même : un visage, un silence, quelques mots, un nouveau silence, une respiration, un peu d’air qui entre et un peu d’air qui sort, un temps harmonieux et rythmé, un mystère, un océan, un regard, une conversation, une présence.

Dans le marais poitevin

Je les ai emmenés en barque dans le Marais Poitevin pour une semaine de navigation douce.

Ils sont 4 jeunes adultes, handicapés moteur, naviguant avec nous cette année là sur les nombreuses conches qui le traversent : c’est un vrai labyrinthe pour qui n’a pas de carte de navigation.

Le Marais sec que nous traversons a été organisé au 11e siècle par des moines hollandais pour ouvrir des espaces aux pâturages et même aux cultures. Plus loin vers la côte s’étend toujours le marais mouillé.

Dans 4 kayaks de mer, par sécurité, insubmersibles, nous voilà partis pour une semaine en autonomie totale. Nous avons laissé en ville les fauteuils roulants. Nous dormons sous tente. Notre ergothérapeute a préparé des sièges rembourrés pour maintenir droits les résidents, que ce soit dans le kayak ou sur l’herbe le soir.

Nous allons au petit bonheur sans que nous rencontrions qui que ce soit pendant cette semaine. Il n’y a que les vaches pour nous regarder passer.

J’ai emmené avec moi comme accompagnatrices 2 auxiliaires de vie. Elles connaissent bien les gestes appropriés à accomplir dans le quotidien des personnes handicapées : apporter toute l’aide nécessaire pour les gestes qu’ils ne peuvent pas faire par eux-mêmes : le reste appartient aux personnes handicapées et c’est là le respect comme la nécessité de leur autonomie.

Et puis, nous sommes loin de l’institution, de son stress journalier, des pressions diverses… embarqués tous pour une expérience neuve à vivre ensemble.

La préparation fut longue : habillements divers – nourriture – eau – médicaments – toilettes – réserve d’eau. L’adaptation des 4 canoës et le matériel de campement nous sont loués par un organisme de voyage. Un guide nous accompagne et assure la partie spécifique de la navigation.

Bien sûr ce n’est pas une grande expédition mais le quotidien à vivre est d’assurer le bien-vivre des uns et des autres et rien n’est en fait laissé au hasard. Chaque geste compte et ils sont multiples et variés et adaptés aux besoins spécifiques des uns et des autres.

Nous avons installé un Résident handicapé à l’avant de chaque kayak et un accompagnateur à l’arrière, rame en mains et safran aux pieds pour la conduite.

Nous avançons lentement au rythme des coups de rames données de gauche à droite. C’est un moment inédit aussi fort qu’agréable que de se laisser glisser ainsi toute la journée.

Les arrêts sont fréquents : quelquefois une embarcation s’en va embrasser la rive, ce qui provoque le fou-rire à tous les coups.

Tout va bien : sous le ciel bleu de ce mois de mai le soleil traverse les hêtres. Mon coéquipier est un garçon de 25 ans, toujours à l’affut des projets en cours. Il a été partie prenante de la préparation concernant les essayages du siège. Souvent au centre avec les uns et les autres nous allons de projets en projets : la vie est intense.

Ici c’est autre chose… : il y a un bon moment que nous sommes embarqués depuis ce matin et il ne dit rien alors que souvent il nous interpelle jusqu’à nous tanner. Là soudain…

« Fred, tu sais, c’est la première fois que j’entends le silence. »

Le mot est lâché, inattendu mais tellement vrai à ce moment là.

Formidable ! Profites-en bien, tu es en train de vivre une expérience unique !

Me voici introduit à nouveau au Silence. Le sillage dans ces eaux calmes du marais nous y introduit.

Chut ! le CH avec Ancia

Alors comment expliquer notre CH à Ancia qui ne sait pas un mot de notre langue ? Je la reçois en cours d’apprentissage de langue française. Elle a 28 ans : je ne connais rien de son histoire et ne lui demande rien d’ailleurs, comme à toutes les autres personnes que nous recevons chaque semaine au centre social.

Elle est là le visage abîmé de tristesse mais elle a la volonté d’apprendre.

Alors je lui dis Ch……… et j’écris Chut – chat – chameau – cheval – chignon – chanter.

Je lui ai acheté un dictionnaire Français/Arabe : je découvre que les langues arabes sont différentes les unes des autres.

Lorsque je lui présente le livret d’apprentissage à la lecture, elle prononce le mot en lançant devant elle sa main ouverte pour s’aider à bien prononcer. C’est beau ! C’est comme une offrande, celle de sa parole nouvelle que sa main vient présenter. Quel exercice de concentration. C’est aussi une première tentative vers un regard où pointe de la fierté. Je sais maintenant que la semaine suivante elle se souviendra du nom de chaque objet montré et prononcera à merveille leur nom, et toujours avec ce même petit geste d’avancer la main. C’est une chorégraphie de l’humble geste associé au verbe.

Leçons de vie et partage entre 2 cultures : j’ai vu comment s’écrit le verbe être en arabe. Un jour j’écris sur le tableau : je suis content. Elle comprend maintenant la formule.

Je l’invite à l’écrire dans sa langue maternelle : 2 mots sont écrits pour lesquels je lui demande la traduction littérale : elle me dit en commençant par la droite parce que c’est ainsi qu’ils écrivent : « content moi ». Le verbe être n’est pas utilisé ici. Je suis surpris.

J’ai encore du chemin à faire pour savoir quand le verbe être est employé dans sa langue. Mais comment lui faire comprendre ma question ? En parlant sa langue ?

Je ne tutoie jamais dans ces cours, ni les hommes, ni les femmes. Je leur ai appris le vous au singulier de la formule de politesse.

Pourtant maintenant quelques femmes de 50 ans et plus, quelquefois une jeune femme, dans leur spontanéité me tutoient : un ami de passage qui a vécu au Maghreb me dit que le vouvoiement n’existe pas. Alors comment signifier la formule de politesse ? Par un geste, une attitude, un son particulier ? Je ne sais pas encore.

Les indices sont tellement nombreux propres à chaque culture et qui vont bien au-delà du langage tant celui-ci est porteur lui-même des traditions, des habitudes, du sens même dont sont porteurs les mots habillés des sensibilités, des affectivités et des histoires personnelles.

Je pars voir Lucie qui m’attend.

avec Lucie…

– Lucie, je t’emmène faire connaissance avec une mamie.

– C’est ta mamie ?

– Oui.

– T’as de la chance d’avoir une mamie. La mienne habite trop loin.

– Tu peux adopter une mamie ou un papi pas loin de chez toi si tu veux. Cela se fait de plus en plus. Parles-en à tes parents.

– Tu aimerais être mon papi à histoires ?

– Oui, mais ne le suis-je pas déjà un peu non ?

– On pourrait faire une fête alors ?

– Ce serait super bien : que dois-je faire pour être un papi adoptif ?

– C’est quoi adoptif ?

– C’est toi qui le choisis.

– Je veux l’écrire sur mon cahier : « aujourd’hui j’adopte mon papi à histoires ». Et tu sais nous allons faire une fête avec tous les autres petits enfants : il y aura alors des chansons, un gâteau fait par nous, des jeux, des histoires et des saynètes.

– Peux-tu aller le chercher car j’ai beaucoup à te raconter.

– Je l’ai toujours, bien rangé dans ma chambre.

Chaque fois que je lui raconte un épisode, elle part vite chercher ce grand cahier où elle rassemble ses mots et dessins.

Une grand-mère

« Mémère », ainsi que nous l’appelions, a tous les âges selon le moment où nous la rencontrons, mais elle reste notre grand-mère. Elle nous reçoit, enfants, avec toujours ce même sourire posé. Elle est heureuse de nous voir. Nous allons passer quelques jours chez elle. Pour les deux aînés que nous sommes et qu’elle a gardés avec pépère Paul, lorsque nous étions petits, c’est toujours un événement. La pire chose qui puisse nous arriver ce serait d’être punis de visite : ce serait pire qu’un désastre et d’une incompréhension totale ! Nos parents tiennent là la résolution de bien des chahuts ou bagarres entre nous. Ils n’ont jamais réalisé leur menace, sachant ce que cela nous coûterait.

Parfois c’est notre grand-mère Thérèse qui venait à la maison. Lorsqu’elle repartait de chez nous, nous restions assis sur les marches de l’escalier comme dans un refuge mais un bon moment inconsolables.

Les meilleurs souvenirs restent dans sa maison que nous connaissons bien. Le soir tombe. C’est pour nous un moment attendu. Nos grands parents ne nous laissent jamais seuls.

Ils inventent avec nous l’occupation du temps. Je ne me souviens plus des jouets que nous aurions pu avoir. Alors ce soir là une méditation à voix haute va remplir la salle à manger. Notre grand-mère va ouvrir le livre d’un épisode important de sa vie.

Nous sommes installés devant la cuisinière à charbon qui s’éteint au rythme de la soirée, les jambes allongées et pieds posés sur la porte du four pas trop chaude. Notre grand-mère est à côté attendant que nous commencions la conversation.

– S’il te plaît, raconte-nous quand tu es partie de ta maison pendant la guerre. La grande question est la même, répétée de séjour en séjour. Elle peut bien nous dire que nous connaissons bien cette histoire, nous faisons les innocents qui ont oublié certaines séquences.

Voilà, le film de la soirée peut commencer. Nous savons par cœur ce qu’elle va nous dire. Ce n’est pas d’abord cela qui nous intéresse ; c’est le petit élément qu’elle va ajouter ce soir et qu’elle n’a jamais dit. Quel bonheur de l’entendre à nouveau !

D’ailleurs par nos multiples questions, nous l’aidons : « et comment s’appelait le cheval, tu sais, celui qui tirait la charrette où tu avais mis l’armoire, les chaises, le lit et les casseroles ? Et t’étais assise tout en haut ? Et t’es pas tombée ? T’as été loin ? Où t’as dormi ? Et pépère était vraiment à la guerre ?

Elle répondait à tout avec patience, par un récit authentique, simple qui par moments nous faisait rire : ah ! cette charrette, tiré par un cheval. Elle nous faisait sentir aussi que ce voyage vers le sud n’était pas pour le plaisir : il avait son pesant de gravité sans être pour nous dramatique. Nous apprendrons par la suite qu’elle était enceinte de notre mère.

Des enfants m’ont dit comme à regret ne pas avoir connu leur grand-mère ou leur grand-père, partis trop tôt ou trop loin. Des retraités se proposent aujourd’hui pour être des grands parents de substitution : les jouets, vidéos, ordinateurs ne remplaceront jamais la voix d’une mamie et les aventures d’un papi.

Elle est partie simplement en chantant après avoir cité chacun de nos prénoms et défini clairement d’un mot notre cachet identitaire. C’était une bonne et douce grand-mère.

J’aimerais que ce soit elle qui m’ouvre la porte lorsque je partirai à mon tour.

avec Lucie :

– Fred, tu peux me raconter maintenant une vraie, vraie histoire ?

– C’est quoi une vraie histoire ?

– Ben… là où tu vas, comme ça après quand tu éteins la lumière, je ferme les yeux et je voyage encore.

– Dans le noir ?

– Oui parce ce que je peux me promener où je veux et voir des tas de couleurs en même temps.

– Alors, tu es prête ?

– OUI ! Je suis prête !

– Tu as fait ta valise ? OUI !

– Tu as pris 2 bons pulls, une cape, une paire de jumelles, ton appareil photos, de bonnes chaussures, une boussole, ton grand calier, 2/3 stylos et quelques crayons de couleurs ?

– OUI… Alors tu le commences ce voyage ? J’ai déjà pris mon cahier et mon livre d’anglais !

– Nous allons en avoir besoin.

– Où on va ?

– Nous prenons l’avion car nous allons un peu plus vers le Nord de la planète. Regarde ton globe terrestre.

– C’est loin dis… ?

– Ecoute !

 

1rePartie

Le Grand Nord

Porte 1
Le Danemark

1986

Mon premier voyage en avion, bien tardif, s’est effectué au Danemark à l’invitation d’amis. Copenhague, capitale du pays depuis 1417 a gardé son visage traditionnel même si la ville s’agrandit de quartiers très modernes. En ville comme en bord de mer, marcher ou sillonner les rues et nombreuses voies piétonnes, permet d’aller dénicher les trouvailles que peut offrir ce pays avec ses maisons aux tons variées, souvent en demie teinte : ce qui donne une allure romantique aux piétons qui les abordent.

La vieille ville s’honore toujours de maisons anciennes bien restaurées, serrées les unes contre les autres le long des rues étroites. Celles en rez-de-chaussée, colorées de multiples tons, donnent de la gaieté, même quand le soleil se fait rare : celle-ci que je longe est rouge-cerise à 1 étage avec un haut toit à 2 niveaux.

Les vitres sont petites et cela me rappelle celles de notre maison d’enfance dans le Pas de Calais et du temps qu’il fallait pour les nettoyer. Celles qui sont plus larges sont dotées souvent d’un rideau de dentelle qui n’en couvre que d’un quart le haut, juste « pour faire bien » : pourquoi se cacher, de qui et de quoi d’ailleurs et empêcher la lumière d’entrer dans la maison ?

A côté et sans espace entre deux, cette autre demeure au ton ocre avec une devanture de magasin couleur orange. Celle-ci au coin d’une rue est agrémentée d’un escalier extérieur en bois qui rejoint une terrasse. Cette autre, tout en rez-de-chaussée est habillée de bleu azur et à cette autre juste à côté, a été préféré un vert pâturage printanier. Chaque habitant gagne là en couleurs ce que le soleil ne donne pas en saison froide ou pluvieuse. J’ai de la chance car il fait un temps superbe.

La ville s’anime avec ses places, leur jet d’eau, leurs arbres et massifs fleuris.

Celle de la grande place est remplie de jeunes assis à même le sol, ce samedi soir, buvant leurs canettes de bière jusqu’à n’en plus pouvoir. L’ambiance est superbement calme : chaque groupe est en discussion paisible. Des chômeurs récupèrent les canettes vides avec la complicité des autres et vont les rendre aux cafetiers, recevant en retour le remboursement de la consigne.

Sur la place royale, un garde vient gentiment me demander de me lever car j’étais assis sur une margelle. Il est en effet interdit de s’arrêter lorsqu’on traverse cette place.

La statue de la petite Sirène, mondialement célèbre, veille à l’entrée du port : elle est devenue le symbole de la ville. Ses habitants aiment ce personnage tiré d’un des contes d’Andersen écrit en 1938. Cette sirène a sauvé un prince dont elle est tombée amoureuse. Mais elle doit pour cela quitter sa vie antérieure et perdre sa belle voix et sa queue de sirène, sinon elle se transformera en mousse : aussi gardera-t-elle la nostalgie de son passé, d’où son regard tourné vers les fonds marins.

J’ai vu en bord de mer à partir de Dragor, petit port de pêche au sud de la capitale, cette longue allée longeant les vérandas, plantées au fond des jardins et servant de salons de thé.

Tout le monde ici fait du vélo et on sort en famille, mais pas seulement : patrons, professeurs ou ouvriers empruntent ce moyen de locomotion. Une « autoroute cycliste » vient même d’être ouverte en avant première de bien d’autres.

Le quartier Ny-haven du vieux port est très prisé : il s’est habillé d’un alignement de maisons, cafés et petits commerces du plus bel effet sous le soleil printanier. Il n’y a pas plus de 4 étages et chaque façade a sa couleur ici aussi. En ce début d’été les terrasses sont remplies : les autochtones se prélassent, jeunes filles en robe courte après l’hiver rude : tous se laissent arroser des lueurs encore printanières du soleil tout en se délectant de glaces. Adultes et enfants en raffolent. J’ai vu des gens posés, calmes, courtois, comme habitant l’intérieur d’eux-mêmes.

Assise à une petite table à même la terrasse, elle me fait un petit signe : grande blonde aux yeux bleus, elle a revêtu un chemisier vert tendre et une légère robe blanche. Elle tient un livre dans les mains. Je lui demande ce qu’elle est en train de lire.

– Je révise un cours pour demain.

– Que fais-tu ?

– Je poursuis des études sur le nucléaire.

– Pourquoi as-tu choisi le nucléaire ?

– Toute petite j’aimais regarder le ciel étoilé, jusqu’au jour où au lycée, j’ai appris que le plus vaste était animé comme l’infiniment petit, alors j’ai voulu en savoir davantage. Et puis c’est une science qui ne fait que commencer et qui semble un domaine immense pour nous sur cette toute petite planète. J’ai envie d’enseigner cette matière.

– Je vois que tu as emmené un autre livre.

– J’approfondis ce qui relève de la science mais aussi de la spiritualité. Mes études et la société d’aujourd’hui commandent de réfléchir sur les données de la foi confrontées à celles de la science et je ne veux pas lâcher l’une au profit de l’autre. Au contraire, plus j’approfondis ces deux données, plus je trouve des accords profonds de l’une à l’autre.

– La science te rapproche de ta foi ?

– C’est plus que cela : plus j’avance dans mes études, plus je découvre la magistrale harmonie qui s’est construite dans toute l’histoire de l’univers. J’aimerais me transporter jusqu’à ses confins, s’il y en a, et lire quel paysage il offre et y donner un sens : je ne conçois pas un tel paysage extérieur et intérieur sans un artisan doué d’une grande sagesse.

Cela me conduit à chercher l’harmonie en moi-même et autour de moi le plus simplement possible.

– Qu’est-ce qui te plaît ici ?

– Une certaine vie calme, équilibrée, réservée même : en France vous avez de la chance de pouvoir exprimer vos sentiments plus facilement. Ici beaucoup gardent en eux ce qu’ils ressentent et envient les autres de pouvoir dire tout haut leurs pensées ou leurs émotions.

– Tu sais qu’une certaine réserve n’est pas inutile quand elle peut être le prélude à exprimer ce qu’il y a de plus profond en soi. Elle peut même attirer l’autre dans son côté mystérieux et souvent riche.

– De temps en temps je lis les poètes de notre civilisation :

« Je vois les fins nuages et le soleil léger. Ensemble ils esquissent un infini parcours, comme s’ils avaient confiance en moi ici sur terre, comme s’ils savaient que moi je suis leurs paroles ».1

– Tu aimes le Tivoli ?

– Je m’y promène de temps en temps : beaucoup y vont pour tuer l’ennui. J’y vais ce soir avec des amis.

Veux-tu que je te le fasse visiter ?

– Comment t’appelles-tu ?

– Ingrid.

Nous sommes allés en soirée au Tivoli : il s’agit d’un grand parc, d’attractions les plus diverses, avec une foule qui déambule tranquillement. Il est bon de traîner dans le jardin fleuri, de longer les restaurants populaires, les places où se produisent clowns et acrobates.

Le parc est agrémenté de bien des manières avec ses restaurants à tous les prix, ses jets d’eau, son théâtre de variétés, ses concerts de musique classique, ses acrobates et clowns.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Les 12 portes du Kaama

de editions-edilivre

Le Prix des choses

de editions-edilivre

Le Chant de Marie

de editions-edilivre

suivant