Explorateurs d'Amazonie

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Jules Crevaux et Henri Coudreau, deux pionniers explorateurs du plateau des Guyanes à la fin du xixe siècle, ont entraîné dans leur sillage, 130 ans plus tard, les membres de l’Association Alabama. Peu de chose ont changé dans cette partie de l’Amazonie depuis toutes ces années, seul la présence Amérindienne a quasiment disparu du territoire que nous allons parcourir ensemble. Aventuriers explorateurs et scientifiques vont vous faire partager les plus grands dangers mais aussi les plus grands espoirs du « grand bois » (forêt guyanaise). Une expédition riche en découvertes archéologiques, entomologique et qui apporte par des prélèvements sanguins animal des informations sur les maladies dites « émergentes » souvent issu de milieu ou l’homme ne pénètre que très rarement.
Le village amérindien le plus proche est à 150 km, la Lune croise le Soleil le temps d’une éclipse au sommet d’un inselberg (mont granitique dénudé), bienvenue aux confins de l’Amazonie française.

Publié le : samedi 1 janvier 2011
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EAN13 : 9782844508423
Nombre de pages : 112
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CHAPITRE 1
Jusqu’à l’Amazone
Tout le village est rassemblé au bord du fleuve pour assister au départ de nos quatre canots. Un instant un peu solennel, comme un au revoir, sans certitude de retour.
Page précédente : Les chutes de San Antonio sur le fleuve Jari.
Page 8 Le soir tout le monde est fatigué notamment Luis Kanzaki, biologiste brésilien (à droite).
Avant son départ Aimawalé Opoya avait reçu les recommandations des anciens.
Page 9 Sur le Jari.
8Explorateurs d'Amazonie
«Je voudrais des hommes à tout prix pour m’ac-compagner: personne ne veut venir. Macouipy raconte qu’il y a une vingtaine d’année, une grande pirogue roucouyenne s’est perdue avec quatre hommes en descendant à l’improviste une chute taillée à pic, aussi élevée que les plus grands arbres de la forêt ».Jules Crevaux 1877.
oût 2000, TaluweN, vIllage wayaNa (ethNIe amérINdIeNNe) sur les bords LAes aNcIeNs preNNeNt AImawalé à part, du fleuve AlItaNI (GuyaNe fraNçaIse). luI doNNeNt quelques coNseIls et l’aver-tIsseNt : « Le parcours sera très daNge-
reux ». Tout le vIllage est rassemblé au bord du fleuve pour assIster au départ de Nos quatre caNots. UN INstaNt uN peu soleNNel, comme uN au revoIr, saNs cer-tItude de retour. Deux jours de NavIgatIoN pour atteINdre les sources avaNt d’attaquer la marche et fraNchIr les mythIques moNts Tumuc Humac. A mI-parcours de cette froN-tIère Naturelle eNtre la GuyaNe et le Bré-sIl, Notre compagNoN LuIs KaNzakI, bIologIste brésIlIeN de l’uNIversIté de Macapá (état d’Amapá, BrésIl), est proche de l’abaNdoN…
Page 10 Marche à travers la savane au cœur des Tumuc Humac.
Pour passer les sauts les barques en aluminium sont tirés avec des cordages… ou transportées une à une.
Page 11 Luis Kanzaki, biologiste de l’université de Macapá dans l’Etat d’Amapá au Brésil.
10Explorateurs d'Amazonie
UNe pause est INdIspeNsable pour retrouver le moral et réparer les corps meurtrIs par les échauffemeNts, les ampoules et de multIples petItes bles-sures. L’être humaIN marINé plusIeurs semaINes daNs des vêtemeNts et des chaussures spoNgIeuses, peut, au coNtact d’uNe Nature agressIve, avoIr des comportemeNts ImprévIsIbles. EN forêt, la NostalgIe du coNfort, le huIs clos du groupe et l’effort physIque souteNu traNsformeNt parfoIs uN charmaNt com-pagNoN eN vérItable cauchemar que l’oN attacheraIt voloNtIers à uN arbre, eN pâture aux fourmIsflamantsdoNt quelques pIqûres peuveNt provoquer uNe syNcope passagère.
UNe caverNe Nous offre alors uN abrI Naturel. DaNs cet espace, Nous obser-voNs des empIlemeNts de roches quI formeNt des murets comme pour rete-NIr l’eau de pluIe. nous sommes tous INtrIgués par ces vestIges. UNe certaINe INquIétude se lIt sur le vIsage d’AIma-walé, Notre amI wayaNa. il péNètre cette zoNe pour la premIère foIs et de Nom-breuses hIstoIres peu rassuraNtes cIrcu-leNt sur ces moNtagNes. Ces légeNdes parleNt des combats que KaIlawa (le foNdateur des WayaNa) a dû meNer IcI
coNtre des moNstres aujourd’huI dIspa-rus. Pour se repérer, Il plaçaIt des pIerres dIrectIoNNelles. PersoNNe Ne les avaIt eNcore observées.
Après uNe jourNée de repos salvatrIce daNs cet abrI, Nous repreNoNs Notre marche maINteNaNt eN terrItoIre brésI-lIeN. nous fraNchIssoNs, ce jour-là, uNe moNtagNe très abrupte et couverte de végétatIoN. SoN asceNsIoN Nous semble INtermINable. CommeNcée vers 13 heures, les derNIers N’arrIveNt au som-met que sIx heures plus tard. La NuIt tombe et le camp est INstallé à la hâte. il N’y a hélas pas d’eau. Le repas du soIr et le petIt déjeuNer soNt eN coNséqueNce frugaux, toute Notre NourrIture étaNt déshydratée. MaNquer d’eau eN Amazo-NIe, uN paradoxe !
Le leNdemaIN, uN ImmeNse marécage est au programme. PlusIeurs heures daNs la boue, jusqu’au veNtre. Les bles-sures accumulées depuIs déjà deux semaINes et Notre charge sur le dos met-teNt Notre moral à rude épreuve.
Après Neuf jours de marche, toute l’équIpe arrIve eNfIN sur les bords de la rIvIère MapaoNI (afflueNt du graNd fleuve JarI). LuIs est au bout du rouleau.
Des barques eN alumINIum lIvrées par hélIcoptère, Nous permetteNt d’attaquer la desceNte jusqu’à l’AmazoNe. Molokopote. Cet objectIf de Notre par-cours fluvIal est uN aNcIeN vIllage où vIvaIeNt les graNds-pareNts d’AImawalé. AbaNdoNNé daNs les aNNées 1960 par les WayaNa du faIt de dIfféreNts saNglaNts avec des garImpeIros (chercheurs d’or claNdestINs). DepuIs cette époque, des rumeurs couraIeNt sur la préseNce de quelques famIlles vIvaNt eNcore sur place. Quatre jours de NavIgatIoN Nous mèNeNt à Molokopote où AImawalé espéraIt eNcore retrouver des habItaNts Issus de soN claN. A Notre arrIvée la déceptIoN est graNde. Les traces d’uNe INstallatIoN amérINdIeNNe soNt bIeN loINtaINes. Seuls troIs orpaIlleurs soNt préseNts sur le sIte. nous NouoNs des lIeNs avec ces garImpeIros quI vIvoteNt IcI depuIs plusIeurs moIs. ils Nous dIseNt qu’Ils voNt bIeNtôt quItter les lIeux, faute de trouver suffIsammeNt de « pIerres jauNes » (or). Leur matérIel est très ImposaNt, deux barges métallIques flot-teNt sur le JarI. Elles doIveNt peser plu-sIeurs toNNes. ErIc Pellet, le chef
d’expédItIoN, eN profIte pour questIoN-Ner ces BrésIlIeNs sur la Nature des rapIdes qu’Ils reNcoNtreNt pour achemI-Ner tout ce matérIel jusque-là. La répoNse est très sImple et coupe court à toute dIscussIoN : « Tout est veNu par avIoN ». Tout proche de l’aNcIeN vIllage, Il exIste effectIvemeNt uNe pIste d’atterrIssage rudImeNtaIre couverte d’herbe. Elle est utIlIsée pour le ravItaIllemeNt du camp d’orpaIllage et peut-être pour d’autres trafIcs à la lImIte de la légalIté. Les cINq ceNts kIlomètres de fleuve quI resteNt à parcourIr pour atteINdre l’AmazoNe doIveNt doNc se faIre avec les seuls témoIgNages – quelques gra-vures et commeNtaIres quI Ne rassureNt persoNNe – laIssés par Jules Crevaux, 123 aNs plus tôt… EN guIse de boN voIsINage, les cher-cheurs d’or Nous doNNeNt quelques objets aspIrés du foNd de la rIvIère au cours de leurs travaux. il s’agIt de pote-rIes jolImeNt décorées que Nous remet-troNs, uNe foIs arrIvés à la vIlle de Macapá (embouchure de l’AmazoNe), au représeNtaNt archéologIque de l’état de l’Amapá.
Après deux jours de repos à Moloko-pote, Nous attaquoNs la derNIère phase de Notre pérIple, la desceNte du JarI et ses Nombreux rapIdes.
Sous l’étrave, le fleuve semble Immo-bIle. AucuN saut à l’horIzoN. Les moteurs hors-bords de Nos quatre embarcatIoNs tourNeNt à pleIN régIme depuIs plusIeurs heures quaNd, vers 16 heures, uNe pluIe dIluvIeNNe s’abat sur l’AmazoNIe. Malgré uNe vIsIbIlIté très réduIte Nous poursuIvoNs Notre NavIga-tIoN. UNe demI-heure plus tard, Nous mettoNs pIed à terre, coNtraINts et for-cés par ce déluge. SaNs uNe surface de peau sèche, Nous INstalloNs Notre camp. Dès les premIers INstaNts, Nous coNsta-toNs que Nous avoNs INvestI le terrItoIre d’uNe fourmIlIère géaNte quI s’éteNd sur plusIeurs ceNtaINes de mètres carrés. Les sINges araIgNées (atèles), perchés au-dessus de Nos têtes, assIsteNt à uN ballet de salsa mélaNgé à uN cours de casta-gNettes quI Ne dImINue eN rIeN le Nom-bre de morsures de ces fourmIs NoIres. Deux solutIoNs, recharger Nos embarca-tIoNs et partIr à la recherche d’uN autre sIte, ou rester IcI et Nous suspeNdre rapI-demeNt daNs Nos hamacs jusqu’au leN-demaIN. Cette derNIère optIoN est
fINalemeNt reteNue, chacuN souhaIte eN fINIr au plus vIte avec cette fIN de jour-Née très humIde. La NuIt se passe sous des trombes d’eau. Au petIt jour, AIma-walé et ErIc parteNt eN recoNNaIssaNce sur le fleuve, INtrIgués par uN bruIt sourd qu’Ils perçoIveNt alors qu’Il Ne pleut plus. 100 mètres de NavIgatIoN daNs la brume matINale, le moteur frappe plusIeurs roches à fleur d’eau. ErIc saute sur l’uNe d’eNtre elles afIN de stopper l’embarcatIoN prIse daNs uN couraNt quI s’amplIfIe rapIdemeNt. La brume se lève quasImeNt INstaNtaNé-meNt à ce momeNt précIs. Apparaît alors uNe chute vertIgINeuse ! 25 mètres de hauteur sur eNvIroN 500 mètres de largeur. Les fameuses chutes du déses-poIr, décrItes Il y a plus d’uN sIècle par Jules Crevaux. Majestueuses, elles for-meNt uN fer à cheval. UNe veINe prINcI-pale, semblable à la gorge du dIable, déverse uN volume d’eau ImpressIoN-NaNt. nous avoNs été bIeN INspIrés de Ne pas chercher uN campemeNt plus bas. Les coNdItIoNs clImatIques auraIeNt pu Nous précIpIter daNs ce pIège fatal.
Après quelques INstaNts magIques face à ce spectacle, Nous trouvoNs le loNg des paroIs rocheuses uNe zoNe accessIble
pour fraNchIr cet obstacle et poursuIvre Notre pérIple. TroIs semaINes que Nous NavIguoNs sur le JarI. nous Ne comptoNs plus les rapIdes. Les chutes de SaN ANtoNIo, der-NIer rempart avaNt l’AmazoNe, sIgNeNt la fIN de cette épreuve. notre arrIvée daNs le petIt vIllage flaNqué aux pIeds des chutes surpreNd tous les habItaNts. ils N’avaIeNt jamaIs vu persoNNe débar-quer chez eux par cet ItINéraIre. nous termINoNs cette fIN de jourNée avec eux et leur remettoNs gracIeusemeNt tout le petIt matérIel doNt Nous N’auroNs désor-maIs plus besoIN. notre derNIère soIrée autour d’uN feu, avaNt Notre arrIvée à Macapá (sItué à l’embouchure de l’AmazoNe), est l’occa-sIoN de refaIre le fIlm de Notre parcours. nous sommes tous fIers et heureux de l’aveNture vécue. Sur Notre route aucuN vIllage amérINdIeN ; seulemeNt troIs garImpeIros et des traces de vIe passée puIsées au foNd du fleuve. nous repeN-soNs à ces empIlemeNts de pIerres observées daNs les Tumuc Humac quI poINtaIeNt vers le soleIl levaNt. UNe route à suIvre ?
Page 12 Sylvain Hervouët Des Forges et Aimawalé Opoya au bord du Jari.
Page 13 Les poteries découvertes par un chercheur d’or ont été remises au service archéologique d’Amapá.
Premières habitations après les chutes de San Antonio avant l’arrivée au village de Laranjal do Jari.
Page 14 Les chutes du désespoir
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