Guernesey 2013 Petit Futé

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Les Country Guides du Petit Futé sont des guides pour tous les voyageurs. Ils proposent une synthèse équilibrée d'informations pratiques et culturelles et sont conçus pour que les lecteurs puissent effectuer le voyage qui leur convient, seuls ou en groupe.
Publié le : dimanche 23 septembre 2012
Lecture(s) : 38
EAN13 : 9782746965591
Nombre de pages : 1807
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Table des matières
INVITATION AU VOYAGE
Sai l'beinv'nu !
Fiche technique
DÉCOUVERTE DES ILES ANGLO-NORMANDES
Les îles en 20 mots-clés
Survol des îles
Histoire
Politique et économie
Population et langues
Mode de vie
Arts et culture
Festivités
Cuisine locale
Jeux, loisirs et sports
Enfants du pays
BAILLIAGE DE GUERNESEY
Guernesey (Guernsey)
Herm et Jethou
Sercq (Sark)
Aurigny (Alderney)
ORGANISER SON SÉJOUR
Pense futé
S'informer
Comment partir ?
Rester
Galerie photos
Galerie cartesINVITATION AU VOYAGE
INVITATION AU VOYAGE - Les îles Anglo-Normandes
© Petit Futé
Sai l'beinv'nu !
Les Français ont souvent tendance à oublier les îles Anglo-Normandes, ces petits bouts d’Angleterre à quelques
brasses de nos côtes. Pourtant, chacune d’entre elles est une destination à part entière, dépaysante et proche à
la fois. Toutes ont en commun le charme des côtes bretonnes, le calme de la campagne normande et un mode
de vie très british. Mais aucune ne se ressemble vraiment. Guernesey, plus petite, plus densément peuplée,
possède l’avantage d’abriter une charmante capitale : Saint Peter Port. Les inconditionnels de Victor Hugo y
découvriront Hauteville House, la maison où il a passé 15 ans de sa vie en exil. Aurigny est un village sur un
caillou, où l’on préfère vous considérer comme des invités plutôt que comme des touristes. Tout le monde se
connaît ici, et les Riduniens vous invitent à partager les fêtes locales ou des pintes de bière et des plats de fruits
de mer dans les pubs de Sainte-Anne. Les randonneurs marcheront de plages en falaises, de forts victoriens en
anciens blockhaus allemands, des heures et des heures sans se lasser. Sercq est, elle, une île d’un autre temps,
régie en partie par des lois médiévales. Ici pas de voiture, pas de moteur. Mais des chemins qui serpentent entre
des jardins fleuris. L’ambiance de ce dernier bastion féodal donne l’impression d’évoluer dans un autre monde, à
une autre époque. Quant à Herm, la plus petite, elle se révèle aussi calme que sa voisine. Et ses plages, où
viennent s’échouer les coquillages, attirent de nombreux visiteurs d’un jour. Mais le plus agréable dans ces îles
est peut-être ce plaisir que l’on a à saluer, par un simple sourire, les gens que l’on rencontre en chemin.
Fiche technique
Argent
Monnaie
La livre sterling. Jersey et Guernesey frappent leur propre monnaie (la livre jersiaise et la livre guernesiaise) en
parité avec la monnaie anglaise. La monnaie anglaise est acceptée librement.
£1 = 1,24 € • 1 € = £0,81 • £1 = 1,47 CHF (franc suisse) • 1 CHF = £0,68 • £1 = 1,60 CAN$ (dollars canadiens) •
1 CAN$ = £0,62 (avril 2012).
Une livre comprend 100 pence. Il existe des pièces de 1, 2, 5, 10, 20, 50 pence et 1 livre. Les billets suivent le
même principe que ceux de l'Angleterre, mais contrairement à la Grande-Bretagne, Jersey et Guernesey éditent
encore des billets de 1 livre.
Idées de budget
Le coût de la vie est, en général, équivalent à celui de la Grande-Bretagne. Cependant, les produits frais etd’usage sont plus chers que sur le continent. Autrement dit, la vie est chère sur les îles. Ces budgets s’entendent
par personne pour un séjour de trois jours.
Petit budget : 120 € comprenant la traversée en bateau, la visite d’une seule île, nuits en camping ou auberge
de jeunesse à Jersey, repas simples, transport en bus ou/et location d’un vélo. Dans cette gamme de budget,
comptez au moins 35 € par jour.
Budget moyen : 400 € comprenant une traversée en bateau, la visite de deux îles, nuitées en hôtel classique,
visite de musées, location d’une voiture, repas dans des restaurants de moyenne gamme. Dans cette gamme de
budget, comptez 90-100 € par jour.
Gros budget : avec 600 €, vous pourrez profiter de toutes les opportunités possibles offertes par les îles –
voyage en avion, visite de plusieurs îles, hôtels de bon standing, location d’une voiture, trajets en taxi, repas dans
des restaurants réputés, visite de musées, promenades organisées en compagnie d’un guide. Dans cette gamme
de budget, comptez 200 € par jour.
Les îles en bref
Les îles en bref
Un millier d’îles, d’îlots et de récifs sont dispersés dans la vaste baie que dessinent les côtes normandes et
bretonnes. Certains émergent au gré des marées et ne servent qu’au repos des oiseaux. Les 5 îles principales
se situent entre 20 et 50 km des côtes françaises et à plus de 100 km des côtes anglaises.
Superficies. Jersey : 116 km², Guernesey : 78 km², Aurigny (Alderney) : 8 km², Sercq (Sark) : 5,5 km², Herm :
1,7 km².
Langue officielle : anglais.
Capitales. Saint-Hélier à Jersey (32 000 habitants), Saint Peter Port à Guernesey (16 000 habitants).
Religions : anglicans, protestants et une minorité de catholiques.
Régime politique : les îles possèdent un gouvernement autonome. Elles font partie de la Grande-Bretagne,
mais pas du Royaume-Uni. Elles sont divisées en 2 bailliages, celui de Jersey et celui de Guernesey. Le pouvoir
appartient à des Parlements élus au suffrage universel. La défense et la politique étrangère sont du ressort du
gouvernement de Westminster.
Population totale : 166 000 habitants environ.
Jersey : 97 857 habitants.
Guernesey : 65 345 habitants.
Aurigny : 2 401 habitants.
Sercq : 610 habitants.
Herm : 60 habitants.
Téléphone
Indicatifs internationaux. A partir de la France, de la Belgique ou de la Suisse, faites précéder le numéro de
votre correspondant par 00 44 1534 pour Jersey, 00 44 1481 pour Guernesey, Sercq, Aurigny et Herm.
Pour appeler des îles vers la France : 00 33, la Suisse : 00 41, la Belgique : 00 32.
Du bailliage de Jersey vers celui de Guernesey : 01481.
Du bailliage de Guernesey vers celui de Jersey : 01534.
Renseignements internationaux : 155
Renseignements téléphoniques : 192
Décalage horaire
Lorsqu’il est midi à Jersey, il est 13h à Paris. Dans les îles, en été comme en hiver, le décalage est toujours
d’une heure par rapport à la France.
Formalités
Un passeport ou une carte nationale d'identité (pour les ressortissants de l'Union européenne) en cours de
validité est nécessaire. Si vous effectuez une traversée en ferry avec un véhicule, vous devez être en mesure de
présenter un permis de conduire national, une carte grise, une carte verte.
Climat
Grâce au climat océanique, les écarts de température entre été et hiver sont peu importants. L’ensoleillement
avoisine les 2 000 heures par an, soit plus de 8 heures par jour en été. La présence du Gulf Stream réchauffe les
eaux, qui atteignent 19 °C sur la côte en été. Attention cependant, les nuits sont souvent fraîches, même à la
belle saison.Saisonnalité
La haute saison commence en mai et se termine en septembre.
Les drapeaux des îles
Les drapeaux des îles sont présents un peu partout. Symboles des lieux, ils flottent sur les bâtiments
officiels, représentent les îles à l’étranger ou sur les autres îles britanniques. Ils sont fièrement hissés à
l'occasion des Island Games ou des jeux du Commonwealth, figurent sur les timbres et les cartes
postales. Bref, ils véhiculent l’identité propre de chacune des îles.
Jersey
C’est l'unique drapeau des îles à arborer la croix rouge de saint Patrick (et non de saint Georges) sur un
champ blanc. Il existe depuis bien longtemps, mais ne fut considéré comme officiel qu’en 1979. Dans le
triangle du haut, figure l’écusson de Jersey (fond rouge, 3 lions d’or), surmonté de la couronne anglaise,
celle des Plantagenêt. La croix rouge vient du drapeau des Fitzgerald, adopté par le royaume d’Irlande,
epuis par les chevaliers de saint Patrick, avant d’être intégré à l’Union Jack. C’est au XVIII siècle qu’elle
aurait été associée à Jersey.
Guernesey
Champ blanc et croix de saint Georges rouge. Cette croix est surmontée par une autre dorée à
4 branches égales élargies. Cette dernière appartient à Guillaume le Conquérant. Le drapeau ne fut
curieusement officialisé qu’en 1985, lors de la commémoration des 40 ans de la libération de l’île.DÉCOUVERTE DES ILES ANGLO-NORMANDES
Les îles en 20 mots-clés
Anglo-Normand
eJusqu’au début du XX siècle, les îles étaient des territoires de langue française. Deux dialectes dérivés du
français s’y côtoient. Le jèrriais et le guernesiais sont des dérivés du vieux parler normand, qui n’est transmis que
par tradition orale. Aujourd’hui, ils sont parlés par moins de 2 % de la population et compris par 15 %. Certains
parlent encore ces dialectes en Gaspésie au Québec. Certains îliens se sont regroupés en société pour la
défense de la langue. Malgré la prédominance de la culture anglaise dans les îles, les habitants ne se
considèrent pourtant pas comme des Anglais mais comme des Normands. Lorsqu’ils racontent l’histoire de la
conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant, ils aiment préciser que ce sont « eux » qui ont conquis
l’Angleterre. Lorsqu’il y a un toast, la tradition veut que celui-ci soit porté au duc de Normandie et non pas à la
reine d’Angleterre.
Aviron
L’espace sur terre étant plutôt limité, la mer est le principal terrain de jeux des habitants de l’archipel. Dès que les
beaux jours arrivent, les bateaux et les rames sont de sortie et les courses se succèdent. Les participants
s’affrontent dans des compétitions interîles, autour des îles ou encore entre les îles et la côte normande. Certains
rament à bord de doris, de lourdes embarcations en bois autrefois utilisées par les pêcheurs locaux pour attraper
la morue au large de Terre-Neuve.
Branchage
En juillet et en septembre, ont lieu les inspections semestrielles appelées « les visites du branchage » . A cette
occasion, vous pourrez croiser, lors d'une promenade, un groupe d'hommes méticuleux, des responsables de la
paroisse tenus de mesurer avec soin la hauteur des branches depuis le sol. Ils doivent s’assurer qu’aucune
branche ne se trouve à moins de 8 pieds (2,50 m) d’un trottoir et à moins de 12 pieds (3,65 m) d’une route. En
cas de non-respect de la loi, le propriétaire fautif est officiellement condamné à payer une amende de 50 p. En
raison d’une augmentation de ce phénomène, l’amende peut désormais atteindre £500.
Clameur de haro (lé cliâme dé haro)
L’indépendance des îles leur permet de conserver leur jurisprudence et leurs lois séculaires. Parmi celles-ci, une
tradition ancienne de l’île, importée de Normandie, accorde le droit à toute personne qui se considère victime
d’un préjudice foncier, de se rendre à l’endroit supposé du délit, nu-tête et en présence de 2 témoins, et de
prononcer ces paroles : « Haro, Haro, à l'aide mon Prince, on me fait tort. »
Dès que l’appel a été lancé, la personne supposée délictueuse doit immédiatement interrompre son action
jusqu’à ce que la Cour royale de l’île statue sur l’affaire. L’expression « Haro » viendrait de la contraction d’O
eRollo, le premier duc de Normandie au X siècle. Aujourd’hui, l’appel s’adresse à la reine d’Angleterre. Bien que
cette procédure soit rarement utilisée à Jersey, elle est encore d’usage courant dans les plus petites îles, comme
à Aurigny.
Détaxe
Même si les îles ne sont pas une zone franche, il n'y a pas de TVA et chaque île établit sa propre législation. Les
produits de luxe sont donc souvent proposés à des prix intéressants. Vous trouverez un choix considérable
d’alcools, que les îliens, à la fibre commerciale, proposent même « à la tirette » , pour un meilleur prix ! Mais
attention, cigarettes, parfums et cosmétiques ne sont pas toujours meilleur marché qu’en France. Certains
touristes, plus particulièrement des Anglais, n’hésitent pas à faire un aller-retour rapide dans la journée pour
profiter des magasins duty free sur le bateau, surtout au moment des fêtes de Noël. Grâce à la situation
particulière de Jersey et de Guernesey et à leur réputation de havre fiscal, les îles sont devenues des centres
financiers off shore. Des banques du monde entier s’y implantent pour profiter des conditions légales favorables.
Les riches particuliers y trouvent aussi leur compte puisque les impôts sur les revenus sont peu élevés et limités
à 20 % ; il n’existe pas d’impôts de succession sur les gains de capital ni de TVA. Lors du retour, la franchise
douanière en France est de £115. Ceux qui dépassent cette limite doivent acquitter la TVA.
FleursFleurs - Champ de narcisses.
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Les îliens entretiennent une véritable passion pour le jardinage et chaque coin de verdure des îles est fleuri. Le
climat très doux permet d’ailleurs aux fleurs de pousser toute l’année, mais c’est au printemps que les îles
resplendissent des couleurs les plus chatoyantes. A son arrivée à Guernesey avec Victor Hugo, sa fille Adèle
écrivit : « C'est un jardin en fleurs baigné par la mer, c'est un bouquet trempé par la mer, c'est un bouquet trempé
par l'océan qui a le parfum de la rose et l'amertume de la vague. » L’horticulture est devenue l’un des moteurs de
l’économie îlienne. Ainsi, Guernesey exporte près d’un million de caisses de fleurs coupées chaque année, dont
les deux tiers sont des freesias vendus au Royaume-Uni : 10 % des fleurs vendues sur le marché anglais
proviennent de Guernesey.
Fortifications
Au cours de leur histoire millénaire, les îles de la Manche ont dû faire face à des envahisseurs bien plus
dangereux que les pacifiques touristes d’aujourd’hui. L’histoire mouvementée de la région a justifié la construction
intensive, et à toutes les époques, d’édifices militaires chargés de protéger la population contre les ennemis.L’histoire de l’archipel se lit dans les fortifications médiévales qui protégeaient les îliens des attaques des Vikings,
elesquels ravageaient les côtes normandes et anglaises au IX siècle.
eAu XVI siècle, les îles sont devenues une ligne de défense contre le continent, ennemi de l’Angleterre. Mais la
menace résidant surtout dans la présence des Français à proximité, les îles renforcèrent leur dispositif de
edéfense en construisant les tours Martello, au début du XIX siècle. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, ce
furent les Allemands qui cherchèrent à construire le mur de l’Atlantique, dont les îles devaient former un
avantposte indestructible.
Granit
Tout comme en Bretagne, le granit est ici visible et utilisé partout. Les dolmens et les menhirs, les murs qui
bordent les chemins ruraux, les maisons anciennes, les grosses bornes à l’entrée des routes, sont autant
d’exemple de son utilisation à travers les âges. Les îliens aiment à préciser que le granit est rose à Jersey et gris
à Guernesey.
Joaillerie
Jersey et Guernesey se sont taillé une réputation solide en matière de confection de bijoux. De nombreux artistes
et artisans basés sur ces deux îles imaginent de superbes bagues et colliers de luxe ou plus classiques,
élégamment présentés dans les magasins chics des rues commerçantes de Saint Peter et Saint-Hélier. A Jersey,
l’atelier de joaillerie le plus célèbre est celui de Catherine Best. Jersey Goldsmiths s’est spécialisé quant à lui
dans le bijou en or. Ces deux îles importent également chaque année plusieurs centaines de tonnes d’huîtres
perlières d’Asie (Chine essentiellement). L’entreprise Jersey Pearl propose ainsi à ses visiteurs, pour un prix
modique, de choisir dans un bac une huître perlière et de l’ouvrir afin d’y découvrir soi-même le précieux trésor.
Laine
L’utilisation du mot « jersey » pour désigner un pull tricoté trouve son origine dans l’association qu’entretiennent
les îles, depuis quelque 400 ans, avec l’industrie du tricot. Les chandails traditionnels de pêcheurs y sont toujours
confectionnés. Les îles importent la laine d’Angleterre et y exportent des vêtements tricotés, des bas et des
chaussettes. Cet artisanat, auquel toute la population participait au détriment des travaux des champs, a pris une
ampleur telle que les Etats de Jersey ont interdit, en 1606, le tricotage pendant les moissons et durant la période
de récolte du varech, utilisé pour la cuisine et le chauffage. Les chandails de Guernesey sont portés par les
équipages des bateaux de sauvetage opérant le long des côtes. Ils sont traditionnellement tricotés avec de la
grosse laine bleu marine et n’ont pas de motifs. Plus fins, les pulls de Jersey sont fabriqués en diverses couleurs.
New Jersey
L’Etat du New Jersey aux Etats-Unis tient son nom de la petite île de la Manche. Pendant la guerre civile
anglaise, le roi Charles II se réfugia à Jersey. La loyauté de l’île fut récompensée par le don de l’île de Smith et
de quelques îlots environnants, au large de la Virginie, à son gouverneur, Sir George de Carteret, lequel
rebaptisa cette île New Jersey.
Occultisme
Jadis, les îles Anglo-Normandes étaient un foyer de magie et de sorcellerie. A Guernesey, les légendes de l’île
sont consignées dans 2 livres de sorcellerie originaux : Le Grand Albert et Le Petit Albert, ouvrages toujours
gardés sous les verrous, à l’abri des regards indiscrets. La légende raconte qu’ouvrir ces livres équivaut à donner
son âme au diable et que leur possession est une malédiction. Si on les brûle ou si on les jette à l’eau, ils
réapparaissent aussitôt. La seule manière de s’en débarrasser serait de les donner, mais encore faut-il trouver
preneur. C’est d’ailleurs à Jersey que Victor Hugo s’est découvert une passion pour le spiritisme. Après la mort
de sa fille, il se mit à fréquenter des groupes occultes. La description de sa maison sur l’île témoigne de son
attirance pour le mysticisme : « Pour tout paysage la mer, les rochers dantesques, un dolmen et un cimetière
voisin pour égayer le tout ! D'ailleurs la plage, si l'on fait foi aux habitants du pays, est hantée. » Il est vrai que les
rapides changements de temps donnent aux îles différents visages. Lors de tempêtes, les dolmens, pierres
philosophales et cimetières prennent un aspect fort impressionnant…
Pirates
La mer fournissait des revenus illicites aux îliens. Pour les gens de l’archipel situé au croisement de la plus
grande route maritime d’Europe, la piraterie et la contrebande sont apparues comme des moyens faciles de
egagner leur vie. Sercq fut longtemps un repaire de bandits, jusqu’à sa conquête au XVI siècle. Les grottes
dissimulées dans les côtes découpées de l’île servaient de cachettes pour le butin. On peut encore y voir la
grotte des Boutiques, là où les habitants des îles faisaient leurs emplettes auprès des contrebandiers. Les
navires capturés étaient consciencieusement pillés et dépouillés de tous leurs objets de valeur. Les maisons de
nombreux habitants de l’archipel possédaient des meubles et des coffres en bois exotiques, de la vaisselle fine,
ede la faïence hollandaise ou de la porcelaine de la Compagnie des Indes. Au XIX siècle, pendant la guerre
d’Indépendance américaine, la Révolution française puis l’Empire, le trafic a atteint son apogée !Plaisance
Plus de 200 km de côtes, 60 km de plages, c’est un bonheur pour les navigateurs de plaisance ! Les îliens sont
avant tout un peuple de la mer, qui pêchait, se battait et commerçait par la mer. Lorsque les beaux jours arrivent,
de nombreux plaisanciers européens viennent mouiller leurs voiliers dans les baies abritées des îles
AngloNormandes, alors que les îliens se rendent sur les côtes du continent. Pourtant, la navigation dans ces eaux est
à déconseiller aux craintifs et aux inexpérimentés. La visite des nombreux musées d’Histoire maritime et des
épaves vous familiarisera avec l’histoire des habitants des îles de la Manche, dont les côtes ont été façonnées
par la puissance de la mer. A l’exemple des rochers d’Hanois à Guernesey, surnommés par Victor Hugo « les
assassins de la mer » , les falaises acérées aux rochers meurtriers ont mis en péril de nombreux navires. Elles
ont été le théâtre de nombreux naufrages, comme en témoignent leurs noms, tel le bien nommé Passage de la
déroute entre la côte normande et Jersey. La pêche a conduit naturellement les îliens à se tourner vers la
econstruction navale. Au XIX siècle, les chantiers d’Havelet et de Saint Sampson à Guernesey et ceux de la baie
de Saint Aubin à Jersey étaient très réputés.
Pub (Public House)
Pub (Public House) - Enseigne de pub.
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La culture anglaise ayant pris le dessus sur les origines normandes des îles, ce ne sont pas les cafés qui
fleurissent à chaque coin de rue mais les pubs. Des pubs qui se remplissent du soir au matin d’une population
hétéroclite venue pour boire un verre ou pour y manger. Le meilleur moment pour y rencontrer les locaux est
celui de l'after work. En fin d’après-midi, nombreux sont les banquiers assis au bar, la cravate un peu lâche et
une pinte de bière à la main.
Rivalité
La proximité géographique des îles Anglo-Normandes en fait de véritables sœurs ennemies. A commencer par
eJersey et Guernesey, que l’histoire a souvent séparés. Au XVI siècle, Jersey fut condamné pour avoir engagé
des prêtres que le gouverneur de Guernesey venait de renvoyer. En 1642, lorsque la guerre civile éclata en
erAngleterre, Guernesey prit le parti de Cromwell alors que Jersey resta fidèle au roi Charles I . Souvent, les
hommes bannis de Jersey trouvaient refuge à Guernesey. Ce fut le cas de Victor Hugo, mais aussi avant lui de
saint Patrick, le protecteur de l’Irlande. Une légende raconte que ce dernier, ayant été reçu par des jets de pierre
à Jersey, s’était enfui à Guernesey. Pour remercier les habitants de leur accueil chaleureux, saint Patrick leur
proposa de les débarrasser de tous leurs animaux nuisibles. Il prit un grand sac, le remplit de serpents, de rats,
de souris et de crapauds, et partit à Jersey où il déversa le contenu du sac aux 4 coins de l’île. Depuis, les
Jersiais sont surnommés crapauds. En contrepartie, les Guernesiais se font appeler ânes par leurs voisins, en
raison de leur caractère entêté. Chaque année, les îles entretiennent en toute cordialité cette inimitié autour de
matchs de football amicaux lors de la Coupe Muratti (Muratti Vase). La petite île d’Aurigny, qui y participe aussi,ne se trouve pas pour autant à l’abri des sarcasmes, méprisée comme elle est par les grandes qui la considèrent
comme un caillou habité par 2 400 ivrognes. Elle se défend en répondant qu’elle est la Cendrillon des îles,
désargentée mais très belle… ce qui laisse à entendre qu’elle a deux bien vilaines sœurs.
Tennerfest
C’est le nom d’un festival qui a lieu en automne et auquel participent la plupart des restaurants des îles. Le nom
vient de ten ( « dix » ), puisque, à l’origine, les menus fixes coûtaient £10. Désormais les menus coûtent £10,
£12,50 ou £15. C’est l’occasion de manger dans les meilleurs établissements de l’île, sans se ruiner. Le soir, les
réservations sont impératives, car les locaux sont les premiers à profiter de ces promotions. Après la haute
saison touristique (l’été), il fallait bien trouver une idée pour maintenir un semblant d’activité. Et ça marche !
Trislanders
Vous remarquerez vite ces petits avions à 3 hélices : une sur chaque aile, une sur la queue. Ils font partie des
flottes d’Aurigny Airlines et Blueislands, les 2 compagnies qui relient les îles entre elles. Le Britten Norman BN2A
Mk. III Trislander (c’est son nom complet) était fabriqué à Bembridge, sur l’île de Wight. Il peut voler à 243 km/h
maximum et transporter 15 passagers. Voler à bord de ces petits avions est une expérience inoubliable. Il n’y a
qu’une rangée de 2 sièges, pas d’allée, et l’installation des passagers se fait progressivement. On est assis
directement derrière le pilote dont on peut suivre tous les faits et gestes. On peut contempler le paysage à travers
de larges hublots, avec la même vue que le pilote. Le Trislander est l’un des plus petits avions des flottes de
lignes régulières. Le premier appareil vola le 6 mai 1971. Son succès dans les îles Anglo-Normandes est justifié
par sa capacité à voler par grand vent, de face, de côté, de dos. Le trajet dans de telles conditions est
impressionnant. Le Trislander Joey de la compagnie Aurigny Air Service a une bouche et des yeux peints sur la
carlingue.
Voitures
Leur absence à Herm et Sercq est un véritable enchantement. Leur omniprésence à Jersey, Guernesey et
Aurigny pose un vrai problème. Dans les 2 plus grandes îles on compte environ 2 voitures par habitant, ce qui
représente un record. Sans parler des 4x4 énormes des nouveaux riches, qui encombrent les routes étroites ou
les ruelles des villages.
Vol ?
Au large du continent et de ses problèmes de sécurité, les îliens se flattent de ne pas avoir à se soucier d’une
montée de la délinquance. Dans les journaux, le moindre fait divers est une aubaine pour les journalistes, qui
peuvent alors provisoirement quitter la tournée des politiciens locaux pour se pencher sur des événements
auxquels ils donnent souvent une tournure dramatique et parfois sordide. Les faits divers les plus courants sont
liés aux trafics de drogue. Les dealers sont en effet logiquement intéressés par la jeunesse fortunée locale. Mais
ici, rares sont les habitants qui ferment leur maison ou leur voiture à clé, de même peu de gens attachent leur
vélo lorsqu’ils s’en éloignent. Il faut dire que les voleurs ne peuvent aller bien loin sur une île. A Guernesey, il
n’existe, d’ailleurs, aucune loi faisant référence au vol, lequel est mentionné sous les termes d’ « emprunt sans
autorisation » !
Faire – Ne pas faire
Normand avant tout ! Bien que plus de la moitié des îliens ne soit pas née dans ces îles, il est bien
risqué de les confondre avec des Anglais. Les habitants de l’archipel sont très fiers de leurs origines
normandes et de leur rapport privilégié avec la France. Vous serez d’ailleurs sûrement amené à discuter
de leur histoire mouvementée et de leurs conflits avec les Anglais qui cherchaient à s’emparer de ces
petites îles de la Manche.
Tenue correcte exigée. Nombreux sont les établissements qui exigent de leur clientèle une tenue
correcte. Certains restaurants exigent même le port de la cravate. Ne vous inquiétez pas, si vous n’en
avez pas dans vos valises, on se fera un plaisir de vous en prêter une. Même chose pour les boîtes de
nuit, qui ne laissent pas entrer les noctambules en tennis ou en jean. Ainsi, ceux qui souhaitent sortir le
soir seront bien inspirés d’emporter dans leurs bagages des chaussures de ville.
Saluer. Il est de bon ton de saluer les personnes que vous croiserez sur votre passage. Si vous ne
parlez pas anglais, un sourire suffira. Si vous séjournez quelques jours dans les plus petites îles de
l’archipel, vous serez sûrement amené à rencontrer les mêmes personnes à plusieurs reprises.
Respecter la nature. Toutes les plantes sur les îles sont protégées et ne peuvent donc pas être
cueillies. De plus, des chemins de randonnée ont été aménagés pour les piétons et les cyclistes, alors ne
roulez pas à côté ! Enfin, veillez à ne pas déranger les oiseaux, très nombreux sur les îles, et plus
particulièrement en période de nidification. Au printemps et en automne, beaucoup d’entre eux se
reposent au cours de leur migration. Bien entendu, ne jetez pas vos déchets dans la nature comme cela
arrive encore trop souvent.
Petit déjeuner. Le petit déjeuner traditionnel est une institution. Dans les hôtels et les guesthouses,vous pourrez commander des œufs, du bacon, des beans, du porridge et des tomates grillées. Ceux qui
n’y sont pas habitués pourront ne prendre qu’un « petit déjeuner continental » , voire parfois combiner les
deux !
Pourboire. Le service n’est pas inclus dans les cafés ni dans les restaurants, seulement dans les pubs.
Il est d’usage de laisser en pourboire environ 10 % de la somme globale.
Survol des îles
GÉOGRAPHIE
La formation des îles
A l’origine, les îles Anglo-Normandes n'existaient pas. L’Europe était un vaste continent glacé jusqu’à ce qu’un
réchauffement de la terre, 6 000 à 7 000 ans avant notre ère, provoque petit à petit le relèvement du niveau de la
mer d’une centaine de mètres. On observe encore aujourd’hui, sur les côtes de la Manche, le travail des flots : ici
la mer grignote le bord de mer année après année, faisant s’effondrer des falaises entières, là elle avale les
dunes. A l’occasion d’une très grande marée, à la faveur d’une tempête, elle s’étale sur de grandes distances,
remonte les rivières et envahit la partie basse des villes côtières. Ailleurs, elle amasse des mètres cubes de
sable qu’elle déplace, malaxe les alluvions et s’offre quelques terrains boisés. A l’échelle géologique des temps
les plus reculés, les îles sont le résultat de toutes ces transformations. D’une manière ou d’une autre, des terres,
rochers granitiques recouverts d’alluvions, se sont retrouvées séparées du grand continent, au cœur d’une
immense baie. Peut-être existait-il, à la place de la Manche, un fleuve glaciaire dévalant des pays nordiques. De
vieilles cartes et des récits anciens datant de l’histoire romaine et du Moyen Age semblent indiquer que Jersey
est restée longtemps reliée au Cotentin.
A la même époque, Guernesey et Sercq ne formaient qu’une seule et même île. On affirme encore que, par des
marées exceptionnellement basses, en 1735 et en 1812, les restes de villages recouverts par les eaux ont
nettement été aperçus. Il y a aussi cette légende de forêts englouties, que l’on raconte dans toute la baie. Les
conteurs évoquent la lutte de Satan, grand maître des sorcières, avec l’archange saint Michel, sur le mont qui
porte aujourd’hui son nom à quelques encablures de là, attestant sous la forme de mythes la réalité de
transformations fantastiques. Le destin des îles est, de toute façon, inséparable de celui de la région qui
l’entoure : les hommes comme la mer façonnent leur paysage depuis des millénaires.
Une position stratégique
« L’île de Jersey et la côte normande sont si proches qu’elles se regardent dans le blanc des yeux » , disait
Barbey d’Aurevilly. « Du haut du mont Orgueil, à Gorey, on aperçoit à l’œil nu les deux flèches de la cathédrale
de Coutances, et de Carteret on voit, au soleil, briller les serres de Jersey » , a écrit un chroniqueur normand.
eLes îles Anglo-Normandes, dont le nom remonte au XI siècle, lorsque le duc de Normandie devint roi
d’Angleterre, sont au cœur de la baie du Mont-Saint-Michel, comprise entre le massif armoricain breton, le
Cotentin normand et le rivage anglais. Aurigny, la plus septentrionale, est la seule île qui se situe véritablement
dans la Manche. Elle est la plus proche des côtes anglaises (92 km) et de la France (17 km). Ces deux pays,
gouvernés par un même système de marées, ont chacun revendiqué en son temps la propriété de ces îles. Elles
bénéficient, en effet, d'une position géographique intéressante tant pour le commerce que pour la navigation.
Elles sont si proches les unes des autres que, de chacune d’elles, on peut apercevoir par temps clair les côtes –
ou, la nuit, les phares – des voisines. La rectangulaire Jersey est la plus grande. Le plateau est incliné vers le
sud, où se trouvent les plus jolies plages de l’île. La superficie de Guernesey, de forme triangulaire, correspond à
Paris intra-muros. Ici comme à Herm, le plateau est incliné vers le nord, et les falaises se trouvent au sud. Sercq
possède un plateau bordé de falaises sur tout le long de sa côte, alors qu’Aurigny, au nord-est, bien moins haute
et bien plus sauvage, est exposée aux vents et aux intempéries. Les discrets îlots des Écréhous et des
Minquiers, deux petits archipels formés d’îles et de rochers situés dans la mer de la Manche, à une dizaine de
kilomètres au nord-est de Jersey et un peu moins de 15 km des côtes françaises du Cotentin sont difficilement
accessibles à marée haute. Quelques « cabanes » y subsistent, accrochées les unes contre les autres à flanc de
falaise, ces anciens repères de contrebandiers servent aujourd'hui d'abris pour les pêcheurs venus chercher du
varech.
CLIMAT
Les îles jouissent d’un climat océanique, aussi les écarts de température entre été et hiver ne sont-ils pas
importants. Elles ont aussi la particularité d’être baignées par le Gulf Stream, qui les réchauffe et leur assure un
climat particulièrement clément pour la région. Les îles Anglo-Normandes bénéficient d’autant plus de
l’adoucissement de la température qu’elles sont situées en haute mer. Les gelées y sont rares et la neige encore
davantage. La moyenne annuelle des pluies est de l’ordre de 850 mm. L’ensoleillement avoisine les
2 000 heures par an (l'équivalent de l'ensoleillement annuel de Bordeaux) et la température de l’eau avoisine en
général 17 °C. Ainsi Victor Hugo affirmait : « Jamais de Sénégal, jamais de Sibérie, les îles de la Manche sont
les îles d’Hyères de l’Angleterre. » En automne, le climat est certes moins agréable pour parcourir les chemins
côtiers, traverser la lande ou dominer les falaises et la mer. Mais à cette saison, le paysage est transformé par
les fougères qui roussissent. Elles forment un grand tapis brun ou rouge, entre le ciel et la mer dont les couleurschangent.
ENVIRONNEMENT – ÉCOLOGIE
L'archipel des îles Anglo-Normandes a fait de l’écologie le fer de lance du tourisme. L’espace réduit des îles et le
nombre croissant de leurs habitants a contraint les autorités à protéger la nature. Dans chaque île ont été créées
des sociétés de protection de la faune et la flore qui sont à l’origine de divers programmes écologiques. Aidées
par les îliens, ces sociétés s’attachent à protéger les richesses et la diversité environnementales et à les
promouvoir auprès des touristes. Pourtant, ceux qui s’attendent à trouver à Jersey et à Guernesey une nature
intacte et préservée seront peut-être un peu déçus. Cependant, malgré l’extrême densité de la population, ces
îles ont su sauvegarder des sites naturels exceptionnels et désormais protégés. Les Quennevais, les Mielles ou
la mare de Saint-Ouen, à Jersey, et l’étang de Vale ou la mare de l’Erée, à Guernesey, sont de petites réserves
naturelles où vous pourrez exercer vos talents de naturalistes. Pour ne plus empiéter sur les espaces verts, la loi
n’autorise pas de construction en dehors des terrains déjà bâtis.
Jersey Tourism est membre du Green Globe, un programme mondial de gestion de l’environnement et de
sensibilisation du public pour l’industrie du voyage et du tourisme. Grâce à son initiative des voies vertes (Green
Lanes), Jersey est la première destination à avoir reçu un Green Globe Award pour son action en faveur de
l’écologie. Sur ses 45 miles de routes de campagne, la vitesse est limitée à 15 miles/h (25 km/h) ; cyclistes,
cavaliers et piétons ont priorité sur les voitures. Mis en place en 1986, ce projet de protection de l’environnement
doit s’étendre à l’ensemble de l’île. De la même manière, Guernesey a instauré en 2000 un système des
« Ruettes tranquilles » sur 56 km de chemins. Elles permettent de maintenir la tranquillité des campagnes et de
mieux gérer le trafic des voitures sur l’île.
Sur Herm, Sercq et Aurigny, la nature, magnifique, est totalement protégée. L’absence de voitures dans les deux
premières îles les rend exemptes de toute pollution, si bien que sur la troisième, la quasi-totalité des habitations
se concentre dans la ville de Sainte-Anne. Quant aux agriculteurs, ils n’utilisent pas de pesticides. Mais tout n’est
pas forcément rose. Parmi les principaux problèmes, le nombre trop important de véhicules de plus en plus
imposants (4x4 inutiles…) sur les trois îles principales. A Guernesey, on compte ainsi deux voitures par habitant !
La question des déchets est également un vrai problème. Que faire des tonnes de déchets domestiques
croissants sur des îles aussi petites ? La population est vivement encouragée à trier, mais beaucoup reste
encore à faire.
Zones protégées
Les paysages sont dans l’ensemble très variés : marais, dunes, plages, falaises, prairies, bois. La diversité des
milieux a favorisé la naissance d’une flore et d’une faune très riches. Afin de les préserver, plusieurs sites ont
reçu le titre de site d'intérêt particulier et sont devenus des zones naturelles protégées. Grâce à leur climat très
doux, quasi méridional, les îles abritent de nombreuses espèces de végétaux et d’animaux, qui sont pour la
plupart en voie de disparition ou rarement observées dans la région. Les falaises et les rochers servent de
refuges à des milliers d’oiseaux migrateurs. Certains îlots, celui du Lihou situé à côté de Guernesey ou ceux des
Etacs au large d’Aurigny, sont classés réserves ornithologiques. Ils sont d'ailleurs interdits aux visiteurs lors de la
période de nidification. A proximité des réserves d’eau douce dans l’intérieur des terres, des postes d’observation
ont été construits pour permettre aux amateurs d’ornithologie de s’y installer confortablement.
Pour permettre aux visiteurs d’apprécier l’étendue des ressources naturelles des îles, les offices du tourisme
proposent de nombreuses randonnées thématiques guidées. Ils tiennent aussi à votre disposition des guides
spécialisés pour les férus de botanique et ornithologie.
Eaux usées
Contrairement à ce qui se passe en Angleterre ou dans la Méditerranée, les eaux usées non traitées ne
peuvent pas être déversées dans la mer. A Jersey, les eaux sont traitées par un processus de
désinfection par ultraviolets. Cette politique écologique permet chaque année aux plages des îles de
figurer parmi les plus propres au monde.
FAUNE ET FLOREFAUNE ET FLORE - Goélands argentés.
© BDLM – Iconotec
Faune
Pendant la traversée en bateau, vous aurez peut-être la chance d’apercevoir des dauphins, des phoques gris à
l'approche des côtes ou encore des requins-pèlerins au large d’Aurigny. Ne vous inquiétez pas, ces derniers sont
totalement inoffensifs et se nourrissent de plancton. L’archipel anglo-normand constitue un site remarquable par
les espèces qu’il abrite et se distingue par la présence d’espèces animales peu communes telles que l’écureuil
roux, la grenouille agile ou encore le hérisson blond. Côté mer, la vie abonde. La plongée sous-marine peut être
pratiquée dans tout l’archipel, et les eaux claires peuvent offrir de bonnes conditions d'observation. Ceux qui
préfèrent rester sur la terre ferme pourront se rendre sur les côtes rocheuses pour observer une faune plus
importante que sur les plages. Ouvrez l'œil, vous apercevrez peut-être des poissons gobies restés dans une
mare formée à marée basse. En soulevant les algues, vous pourrez surprendre une blennie ou un lièvre de mer.
Véritable éden, la plage de Shell Beach à Herm est recouverte de coquillages.
Les mammifères marins
Facétieux, ils suivent souvent les vedettes et les bateaux à voile. Peut-être aurez-vous la chance d'en apercevoir.
L’espèce la plus répandue sur les côtes de la Manche n'est autre que le grand dauphin (Tursiops truncatus),
également appelé souffleur ou marsouin (même s’il n’a rien à voir avec les véritables marsouins). Sa population
comprend une centaine d’individus dans l’ouest du Cotentin. Le tursiops mesure en moyenne 3 m. On l’identifie à
son bec court et large, à sa coloration gris sombre à la face ventrale gris pâle. Le dauphin commun (Delphinus
delphis) est une autre espèce assez courante dans cette zone. Plus petit que son cousin Tursiops, il mesure
environ 2 m. Il est facilement identifiable à ses nombreux sauts qui provoquent un bouillonnement intense à la
surface de la mer. Il possède une coloration dorsale très sombre ; au niveau d’une zone triangulaire, il arbore une
tache jaunâtre et, une autre grisâtre à l'arrière. Plus rare à apercevoir, le grampus (Grampus griseus), aussi
appelé dauphin gris ou dauphin de Risso nage parfois dans la zone. Signe distinctif : il ne possède pas de bec et
peu atteindre 4 m de longueur. Sa coloration varie, un grampus peut être blanc ivoire. Des épaulards ont parfois
été observés du côté du raz Blanchard. En janvier 1984, un rorqual de 3,30 m s’est échoué à Portbail. Enfin, les
îles abritent des colonies de phoques gris. Ils mesurent en moyenne 2,50 m, et peuvent peser jusqu’à 300 kg.
Pour en savoir plus, nous vous conseillons la lecture de l’excellent Atlas des Mammifères sauvages de
Normandie, édité par le Groupe Mammalogique Normand.
Les oiseaux
Grâce à un faible taux de pollution et à une situation géographique spécifique, cet archipel sert de refuge à un
grand nombre d’oiseaux migrateurs qui y trouvent l’eau douce et de la nourriture nécessaire. Au printemps, les
touristes, passionnés ou amateurs, peuvent visiter des réserves naturelles pour y guetter des vanneaux huppés,
des bécasses et des pluviers. En été, c'est au tour des oies sauvages, des grèbes et des eiders de montrer leursplumes. Les sentiers qui s'étirent le long des falaises constituent également des lieux stratégiques pour observer
des oiseaux nicher sur la falaise. Les îles Anglo-Normandes se situent sur les grandes voies migratoires. Le
printemps et l’automne constituent les saisons de prédilection pour l’observation. En hiver les oiseaux visiteurs
arrivent du Nord pour grossir la population résidente. N’oubliez pas vos jumelles ou votre longue-vue !
Les différentes espèces d’oiseaux sont répertoriées dans L’Atlas des oiseaux nicheurs de Normandie et des îles
Anglo-Normandes, publié par le GON (Groupe ornithologique normand). Cet ouvrage a la particularité de
nommer les oiseaux en français, en anglais et en allemand. Outre les conventions internationales, des
conventions spécifiques aux îles sont appliquées pour protéger les oiseaux. Aurigny possède, par exemple,
2 colonies de fous de Bassan apparues en 1940 sur les îlots des Etacs et d’Ortac. Aujourd’hui, elles regroupent
près de 5 000 oiseaux nicheurs. Il est possible de les approcher en bateau. Le spectacle est surprenant !
L'archipel abrite également le fameux macareux moine et le guillemot de Troïl (notamment à Aurigny), ainsi que
d'imposantes colonies de grands cormorans. Vous ne manquerez pas d’observer tous ces oiseaux, même si
vous n’avez pas retenu leurs noms. De nombreuses espèces de fauvettes peuplent les îles : la fauvette pitchou,
attirée par les landes à ajoncs d’Europe, la fauvette babillarde, dans les fourrés côtiers, et diverses espèces de
pouillots. Le roitelet triple-bandeau, la mésange noire, le bruant zizi ou le bruant des roseaux, pour ne citer
qu'eux, s'invitent parfois à Jersey.
Les visiteurs hivernaux remarqueront sans doute les troupes de limicoles qui trottinent sur les plages :
huîtrierpie, vanneau huppé et gravelot. Une dernière chose : veillez à respecter la faune et son habitat, et restez discret.
Flore
Jardin merveilleux et parfumé, les îles sont un vrai plaisir pour les yeux. Pour la flore sauvage, le printemps est
particulièrement favorable. Des plantes tapissent élégamment les falaises : fougères, genêts (fleurs jaunes avec
des tiges lisses), ajoncs (fleurs jaunes avec des tiges hérissées de piquants) ou bruyères. La région des dunes et
des marécages recèle aussi de plantes et de fleurs intéressantes. Les pins maritimes, les yuccas et les palmiers
d’ornement donnent aux paysages un cachet méditerranéen. Excellents horticulteurs, les îliens ont su apprivoiser
les espaces naturels, le plus souvent d’une jolie manière. De magnifiques haies d’hortensias bordent les murs et
les jardins regorgent de fleurs. Admirez, juste avant l’été, la profusion d’azalées, de camélias, de magnolias et de
rhododendrons. Les parcs sont composés avec goût. A Jersey, rendez-vous au Howard Davis Park et visitez le
jardin d’orchidées de la Fondation Eric Young ; à Guernesey, ne manquez pas le Candie Garden et le parc
Sausmarez. A Sercq, faites un crochet par les jardins de la Seigneurie.
La culture des fleurs est d'ailleurs devenue une véritable industrie pour les îles : tulipes, roses, freesias, œillets,
iris, jonquilles et anémones sont abondamment exportés vers la Grande-Bretagne. Pour compléter l’inventaire,
citons encore les champs de lavande à Jersey, dont sont tirées les célèbres essences utilisées en parfumerie, les
mimosas parfumés, les lauriers roses, des murailles de géraniums et quelques figuiers. Un bémol dans cette
symphonie végétale, à Guernesey notamment, où l’on a beaucoup déboisé afin que les nombreuses serres
puissent profiter au maximum des heures d’ensoleillement. Par ailleurs, la nature a été peu à peu envahie par
des bâtiments pas toujours élégants. C'est probablement ce qui s'appelle la rançon du progrès…
Société botanique de Jersey
Dans les îles, faune et flore rivalisent de richesse : plus de 400 espèces de fleurs dont plusieurs espèces rares
d’orchidées, de nombreuses espèces d’oiseaux, de papillons et d’insectes. Cependant, la nature possède un
adversaire de taille : le tourisme. A Jersey, le combat est rude entre la nature et toutes les activités touristiques
qui la mettent à l’épreuve (golf, motocross, courses en tout genre sur le sable, circuits touristiques, sans oublier
l’immobilier). La création de zones d’attractions, notamment de centres horticoles, permet, malgré tout, la
préservation et la restauration des témoins de l’état originel de l’île : dunes, plantes naturelles, et faune protégée.
La Société botanique de Jersey s’attache un peu partout à réhabiliter des espaces naturels. A l'ouest, Saint
Ouen’s Bay possède encore des prairies humides où les orchidées s'épanouissent. Des plans d’eau coexistent
avec le golf. Le site voit se développer des populations d’insectes et d’animaux divers et les sentiers balisés
permettent d’y circuler sans nuire à l'écosystème. Une ancienne décharge, recouverte, a vu revenir peu à peu de
nombreuses plantes qui avaient disparu. Au nord de la baie, le Sea Wall, l’ancien mur de l’Atlantique, protège le
rivage et abrite reptiles et animaux variés. Du côté nord-est, où la tempête de 1987 avait causé de gros dégâts,
les espaces boisés ont été peu à peu colonisés par la faune et la flore. Sur la côte nord, la Société botanique aide
au développement raisonné d’un sentier côtier.
Une autre entreprise intéressante a consisté à s’entendre avec les paroisses de l’île pour rationaliser la tonte et le
fauchage lors de l’entretien des cimetières, en vue de permettre le développement d’une végétation naturelle à la
place d’un morne gazon. Le Green Street Cemetery, au cœur de Saint-Hélier, est un bon exemple. En cours
depuis une dizaine d’années, cette expérimentation offre aux entomologistes une belle faune à étudier, parmi
lesquels figurent les papillons. Au nord de Saint-Hélier se trouve la Waterworks Valley, boisée et peuplée, elle
comprend toute une série de réservoirs, c’est-à-dire de réserves artificielles d’eau. Là encore, les chemins de
randonnée permettent d’observer sans nuire à l'environnement. Au sud-ouest, la zone humide d'Ouaisne Bay est
malheureusement menacée. Vous pouvez apercevoir reptiles et batraciens, parmi lesquels la grenouille agile
(espèce protégée), dont des spécimens sont élevés et se reproduisent au Jardin zoologique spécialisé dans la
conservation des espèces menacées.
Pour en savoir plusLes offices du tourisme proposent des guides spécialisés sur la faune et la flore locales. Bien entendu, la plupart
sont en anglais. Pour les livres en français, vous pourrez consulter la bibliographie suivante.
Sur la faune
Atlas des oiseaux nicheurs de Normandie et des îles Anglo-Normandes , du Groupe ornithologique normand, Le
Cormoran 7, 1989, 247 p. Excellent ouvrage qui a à peine vieilli, élégamment illustré, sur la répartition des
oiseaux dans les îles et en Normandie. Très pratique, il indique également le nom des oiseaux en français, en
anglais et en allemand.
Guide des oiseaux communs d’Europe, de C. Kighbley, S. Madge, et D. Nurney, éd. Vigot, 2001.
Guide des oiseaux de France et d’Europe, Paris, Delachaux et Niestlé, 2010. Guides d’identification de plus de
700 espèces, avec illustrations et carte de localisation.
Les Mammifères sauvages de Normandie, ouvrage édité par le Groupe mammalogique normand.
Sur la flore
Connaître et reconnaître la végétation des côtes Manche Atlantique , de G. Claustres et G. Lemoine, Rennes,
Ouest-France, 1994, 333 p.
Iles Anglo-Normandes, nature et randonnée , de Serge et Annick Mouraret, Guides La Cadole.
Guide des fleurs sauvages, Paris, Delachaux et Niestlé, 2009.
Guide de la flore des dunes littorales, Ed. Sud-Ouest et Office national des forêts, 1998.
Jersey, Guernesey, les îles de rêve, Paris, Minerva, 1996.
À consulter également dans les magasins de plantes des îles de petits livres très bien faits, en anglais, sur le
jardinage, comme la collection Crowood Guides Gardening : Herb Gardening. Step by Step to Growing Success,
ou de petits livres très jolis sur les potions d’amour ou les élixirs de félicité réalisés avec des plantes…
La vache de Jersey
Pour préserver la pureté de la race bovine, l’importation de vaches et de taureaux dans les îles est
interdite.
Originaire de Jersey, la j e r s e y (jersiaise) est la vache la plus répandue à travers le monde, avec plus
de 15 millions de représentantes. Cette race est l’une des plus anciennes ; on a retrouvé des traces de
sa présence datant de plus de mille ans. Sa principale qualité esthétique ne réside pas dans sa robe
fauve ni dans ses narines noires, mais dans ses gros yeux ronds, soulignés de longs cils et de lunettes
claires. C’est ce qui lui a valu le surnom de « la vache aux yeux de biche » . Elle est de petite taille et
pèse en moyenne 450 kg.
La vache guernesiaise possède la taille d’une vache bretonne, des jambes fines et une robe fauve
parsemée de taches blanches, de grands yeux clairs et des narines roses. Sa principale qualité : un lait,
très riche, qui donne à la crème et au beurre une couleur jaune vif voire orangée. Malgré le succès de la
race, le temps glorieux des bovins est désormais révolu. La spéculation financière s’avère plus rentable.
Pourtant si le cheptel décroît, la production laitière demeure constante.
Lexique naturaliste
Dans l’air
Bill (ou beak) : bec
Bird : oiseau
Black-headed gull : mouette rieuse
Cormorant : grand cormoran
Duck : canard
Gannet : fou de Bassan (niche en très grande quantité à Aurigny)
Great black-backed gull : goéland marin
Puffin : macareux moine (visible surtout à Herm, Aurigny et Jersey)
Raven ou crow : corbeau
Seagull : signifie indifféremment mouette ou goéland
Shag : cormoran huppé
Song : le chant
Sparrow : moineau
Storm petrel : pétrel tempête (niche à Aurigny)
Swallow : hirondelle
Tail : queue
To fly : voler To hover : planer
To lay : pondre
To nest : faire son nid
To sing : chanter
To sit on eggs : couver
Wing : aile
Sur terre
Butterfly : papillon
Caterpillar : chenille
Cricket : grillon
Cow : vache
Frog : grenouille
Grasshopper : sauterelle
Lizard : lézard
Moth : papillon de nuit
Snake : serpent
Spider : araignée
Squirrel : écureuil
En mer
Bass : bar
Crab : crabe
Dolphin : dauphin
Fish : poisson
Lobster : homard
Mackerel : maquereau
Ray : raie
Seal : phoque
Shark : requin
Shell-fish : coquillage, crustacé
Sole : sole
Wrasse : tanche
HistoireHistoire - Armoiries et galons.
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Chronologie
Chronologie
800 av. J.-C. > Arrivée des Celtes venus de Gaule et de Germanie.
60 av. J.-C. > Conquête des îles par les Romains.
555 > Martyre de saint Hélier.
911 > Traité de Saint-Clair-sur-Epte ; Charles le Simple cède la Normandie à Rollon.
933 > Domination des îles par le duc de Normandie, Guillaume Longue Epée, fils de Rollon.
1066 > Conquête de l’Angleterre par le duc Guillaume le Conquérant.
1204 > Le roi d’Angleterre, Jean sans Terre, perd la Normandie, mais les îles lui restent fidèles.
1373 > Bertrand Du Guesclin s’empare de Jersey, puis les Anglais récupèrent l’île.
1380-1382 > Les Français s’approprient Jersey.
1483 > Publication de la bulle de neutralité par le pape Sixte IV.
1518 > Epidémie de peste, de même qu’en 1563 et 1626.
re 1565 > Hélier de Carteret colonise Sercq et Elizabeth I le consacre seigneur.
1568 > Les îles transfèrent le siège épiscopal de Coutances à Winchester (Angleterre).
1572 > Arrivée de nombreux huguenots français.
1590-1600 > Construction d’Elizabeth Castle au large de Saint-Hélier, à Jersey.
1600-1604 > Sir Walter Raleigh est gouverneur de Jersey.
er 1649 > Exécution de Charles I ; son fils Charles II trouve asile à Jersey où il est proclamé roi.
Guernesey, hostile au roi, soutient Cromwell.
1651 > Cromwell parvient à défaire la résistance royaliste. Prise d’Elizabeth Castle.
1658 > Mort de Cromwell. Restauration de la monarchie. Charles II est à nouveau proclamé roi et cède
à George Hélier les terres américaines du New Jersey.
1677 > Le roi pardonne à Guernesey d’avoir pris le parti de Cromwell.
1685 > Révocation de l’édit de Nantes ; nouvelle arrivée de protestants français.
1781 > Bataille de Jersey. Rullecourt échoue de peu. Le major Peirson, héros jersiais, est tué au cours
de la bataille.
1827 > Première liaison par bateau à vapeur entre Jersey et Weymouth.
1832 > Epidémie de choléra, de même qu’en 1849.
1837-1902 > Règne de la reine Victoria.
1847 > Construction d’une digue de 1 000 m à Aurigny, mais le projet est abandonné en 1864.
1852 > Victor Hugo s’exile à Jersey, puis à Guernesey.
1858 > Pose d’un câble télégraphique sous-marin entre Jersey et l’Angleterre.
1915 > Départ d’un contingent d’hommes de Jersey pour la Grande Guerre. Plus de 800 d’entre eux
seront tués au cours des batailles. 1934 > Arrivée du premier avion de transport de voyageurs.
1939 > Invasion massive de doryphores (parasites de la pomme de terre) causant la ruine de nombreux
agriculteurs.
1940 > Le 18 juin, l’île est démilitarisée. Le 28 juin, bombardement puis occupation de l’île par les
Allemands. Construction de nombreux ouvrages défensifs.
1942 > 1 200 personnes sont envoyées en Allemagne.
1944 > Arrivée du navire de ravitaillement de la Croix-Rouge, Véga, le 30 décembre.
1945 > Le 9 mai, Jersey est libéré par les troupes britanniques. Le 7 juin, le roi George VI et la reine
Elizabeth visitent l’île.
1946 > Les Etats de Guernesey achètent Herm.
1950 > Proclamation de la loi autorisant le divorce.
1953 > La Cour internationale de justice attribue les Ecréhous et les Minquiers au bailliage de Jersey.
Couronnement d’Elizabeth II.
1971 > Construction d’une usine de dessalage d’eau de mer à Jersey.
1987 > Une tempête dévaste les côtes de la Manche, et surtout les îles.
1992 > Ouverture du Marché commun. Les îles décident de ne pas en faire partie.
1993 > Les frères Barclay achètent l’île de Brecqhou pour 2,3 millions de livres.
1998 > Décès du Major Wood, gérant de Herm.
1999 > Cinquantième anniversaire de l’acquisition du bail de Herm par la famille Wood.
2000 > Le Levoli Sun coule le 30 novembre, à 10 km au nord d’Aurigny.
2002 > Les îles, et plus particulièrement Jersey et Guernesey, fêtent les 200 ans de la naissance de
Victor Hugo, leur plus célèbre pensionnaire.
2004 > Célébration des 800 ans d’indépendance.
2005 > Commémoration des 60 ans de la libération des îles le 9 mai 1945, le lendemain de l’Armistice.
2006 > Suite à une plainte déposée par les frères Barclay à la Cour européenne des droits de l’homme,
Sercq vote par référendum la fin du régime féodal.
2008 > Découverte de la « maison de l’horreur » à Jersey. Sercq organise les premières élections de
son histoire. Fin du féodalisme. Herm change de propriétaire. L’île aurait été cédée à John et Julia Singer
pour 15 millions de livres.
e 2009 > Les fameux restes humains retrouvés à Jersey en février 2008 dateraient du XV au
eXVII siècle.
2010 > Deuxième élection à Sercq.
Des origines à nos jours
Le nom français d’îles Anglo-Normandes ne reflète que très imparfaitement une histoire et une préhistoire
complexes. Il est bien difficile d’avoir une vue d’ensemble de l’histoire ancienne tant les érudits de chaque île et
des continents, au nord et au sud, se sont relayés pour essayer de l’écrire. Trop de sentiments nationaux se
mêlaient à l’affaire pour qu’une grande objectivité ait pu présider à ces récits. Fallait-il aborder l’histoire des îles
par les origines celtes ? Allait-on, comme le suggère leur nom, se tourner vers l’Angleterre et la Scandinavie ?
Quels mythes constituent des traces réelles de cette préhistoire, les mythes nordiques ou les mythes celtiques ?
Ici comme ailleurs, aux héros légendaires s’ajoutent les fées, les sorcières et les animaux surnaturels dotés de
pouvoirs magiques, comme ce grand chien noir diabolique, « le tchian du Bouôlay » , qui hantait les côtes de
Jersey et prévenait les pêcheurs en cas de tempête, ou encore ces prétendus sabbats de sorcières autour des
mégalithes.
Préhistoire
D’une certaine façon, la préhistoire est au fond de la Manche. Les humains qui marchaient sur la terre ferme (ou
sur la glace) ont dû se faire hardis navigateurs pour gagner la haute mer. Le musée de Jersey, à Saint-Hélier,
expose tous les restes découverts par les archéologues : ossements de mammouths, de rhinocéros laineux,
d’élans et de rennes, des dents humaines et des éclats de silex, qui permettent de situer les groupes humains qui
ont habité l’île. Les Celtibères s’installent dans les îles vers 2000 av. J.-C. Divers dolmens ou menhirs, tels que
les Fouillages ou le dolmen de Dehus, à Guernesey, et l’allée et le tumulus de la Hougue Bie à Jersey,
témoignent de ces époques dites obscures. Comme partout ailleurs, ces monuments préhistoriques ont été
souvent démolis et pillés par ceux qui avaient besoin de pierres pour la construction. C’est ainsi que beaucoup
d’entre eux ont disparu à Herm et à Sercq. La tribu gauloise des Unelles (ou Venelles), qui occupait la région de
Coutances sur le continent gaulois, s’installe dans les îles vers 300 av. J.-C. Sur la base de la découverte demonnaies et de maçonneries romaines près de Saint Peter Port, on suppose une occupation romaine, lorsque
Jules César se rendait maître de la Gaule vers 56 apr. J.-C. Cette occupation, en tout cas, n’a pas été très
importante et n’était pas militaire. Les Romains, à leur déclin, seraient encore présents dans la région en
300 apr. J.-C. (Fort Longis à Aurigny), jusqu’à ce que les Francs les délogent vers 486-500 apr. J.-C.
Le christianisme
eLe christianisme s’implante dans les îles au VI siècle. A Guernesey, arrive saint Samson (ou Sampson),
d’origine galloise, élève de l’Irlandais saint Patrick et évêque de Dol. Saint-Hélier, moine d’origine belge dit-on,
fonde un ermitage à proximité d’Elizabeth Castle, à Jersey. Immortalisé par la ville qui porte son nom, il a été
décapité par des pirates en 540. Selon la légende, ses ennemis ont dû s’y reprendre à 5 fois avant de le voir
défaillir, car il réussissait à chaque fois à replacer sa tête sur ses épaules et à marcher ! Vers 568, saint Magloire,
moine irlandais, également évêque de Dol de Bretagne, appelé aussi saint Mannelier, fonde un monastère à
Sercq.
Les Vikings
eLe IX siècle est marqué par l’arrivée des Vikings. En 911, Rollon, un chef, reçoit du roi Charles III la province
erqu’il nomme la Normandie. Il devient le premier duc de Normandie. Son fils, Guillaume I , annexe les îles de la
Manche, les îles Anglo-Normandes, en 933. Il introduit dans les îles de vieilles coutumes scandinaves telles que
la Clameur du Haro et établit les droits féodaux. Un chef danois, un certain Jarl Hastings, serait l’auteur d’un
massacre sur l’île de Sercq. Il aurait également détruit le monastère de Saint Magloire. C’est à cette époque que
Jersey est divisée en 12 paroisses et Guernesey en 10, sous l’autorité de l’évêque de Coutances, lui-même
dépendant de la province ecclésiastique de Rouen. Guillaume II le Conquérant, duc de Normandie, remporte la
bataille d’Hastings en Angleterre et devient roi de ce pays en 1066. Les îles, un moment bretonnes, repassent
sous l’administration normande, une administration d’inspiration islandaise dont le droit, original, subsiste encore.
Au cœur du conflit anglo-français
eA partir du XIII siècle, les îles Anglo-Normandes vont souffrir des conflits franco-anglais et passer, parfois pour
quelques mois seulement, du giron français dans le giron anglais. Elles vont peu à peu se fortifier, comme à
Gorey et Grosnez, à Jersey, à Cornet ou Guernesey. Philippe Auguste reconquiert en 1204 la Normandie en
oubliant les îles. Celles-ci décident de rester fidèles à l’Angleterre. C’est cette décision qui est à l’origine de leurs
rapports particuliers avec l’Angleterre et leur permet d’acquérir un statut qui les caractérise encore aujourd’hui.
reL’archipel voit ses anciennes franchises confirmées par la reine Elisabeth I en 1553. Entre-temps cependant,
les îles auront à subir des attaques de pirates, notamment celles d’Eustache le Moine, un ancien bénédictin
reconverti dans la piraterie, qui s’empare de l’archipel jusqu’à ce que le traité de Lambeth entre la France et
l’Angleterre, en 1217, rende les îles au successeur de Jean sans Terre, Henri III. Ce dernier, après avoir tenté
vainement de reprendre la Normandie, conclut avec saint Louis (Louis IX) le traité de Paris. Il n’y est pas fait
mention des îles Anglo-Normandes, qui reviennent de fait à l’Angleterre. Le représentant de Sa Majesté est le
« Warden of the Isles » , le Gardien des îles. Le relais des pirates est pris par la flotte française, sous Philippe le
Bel, pendant la guerre dite de Cent Ans (1337-1453). Le « Gardien des îles » devient alors chef d’armée et les
îles des bases avancées de l’Angleterre. Elles subiront plusieurs occupations : Guernesey par les Ecossais en
1336, Sercq et Aurigny par les Français de 1338 à 1345, puis quelques semaines en 1356. La vie pouvait être
terrible pour les îliens. En 1339, l’île de Jersey fut rasée à 3 reprises par les envahisseurs français. Le traité de
Brétigny, signé en 1360, attribue les îles aux Anglais. Cela ne fait pas reculer les Français, qui reviennent à
Jersey en 1373 sous le commandement de Du Guesclin, puis en 1380, 1416 et 1461 (Pierre de Brezé, sous
Louis XI).
Tout au long des siècles, les îles continueront d’être mêlées à l’histoire de la France et à celle de l’Angleterre.
Notamment durant la guerre des Deux Roses en Grande-Bretagne. Mais, peu à peu, le calme revient grâce aux
bonnes dispositions à leur égard du nouveau roi, Edouard IV, qui demande à Rome d’apporter sa protection aux
îles. En 1480, le pape Sixte IV déclare une bulle pontificale de neutralité et décide d’excommunier les auteurs
d’actes de piraterie. Il semble que les pirates venaient notamment de Bretagne et d’Angleterre et qu’ils
s’attaquaient en particulier aux personnes, aux biens et richesses dépendant de l’Eglise.
Ce privilège sera confirmé par les autorités successives, en particulier par Louis XI, François II de Bretagne, et
même Henri VIII, durant la première année de son règne en 1510, reconnaissant ainsi l’indépendance des îles.
Toutefois cette protection n’empêchera pas certains audacieux de continuer leurs exactions jusque dans le port
de Saint-Hélier. Et l’on sait que cette tradition se maintient encore de nos jours dans les conflits entre pêcheurs.
Ces dispositions fort favorables à l’archipel leur permettaient de commercer avec la France et l’Angleterre, même
en temps de guerre. Ce privilège de neutralité durera 200 ans, jusqu’en 1689, quand Guillaume II, en lutte contre
Louis XIV, n’admettra aucun commerce avec lui.
Du catholicisme à l’anglicanisme
A partir de l’accession au trône du roi Edouard IV, les îles seront rattachées, par décision papale, non plus au
diocèse de Coutances, sur la presqu’île du Cotentin, mais au diocèse de Salisbury, puis à celui de Winchester. A
cette époque, l’Angleterre est encore catholique. En fait, par la force des habitudes, Coutances continue à
administrer ses anciennes paroisses jusqu’en 1569. En Europe débute la grande crise de la Réforme, avec à satête Luther et Calvin, crise qui provoquera plusieurs afflux de huguenots. Pendant ces heures tragiques de
l’histoire anglaise, les îles ne peuvent rester à l’écart des événements. Jusqu’à son conflit avec le pape,
Henri VIII est resté un fidèle défenseur du catholicisme et un opposant farouche à Luther. Ce fut d’abord le conflit
entre le pape Clément VII et Henri VIII. On a présenté ce roi comme un insatiable et cruel conquérant de
femmes, mais il faut faire la part des mœurs de l’époque.
A cette même époque, les guerres de religion et les poussées révolutionnaires font énormément de victimes.
Rappelons également que le divorce n’est pas reconnu et le remariage est interdit. Ainsi les monarques ont-ils
toujours eu recours aux papes pour faire annuler leur mariage. Il s’agissait souvent d’un prétexte important, tel
que l’absence d’héritier, comme dans le cas d’Henri VIII. Celui-ci charge l’archevêque d’York de négocier
l’annulation de son mariage avec Catherine d’Aragon, nièce du puissant Charles Quint. Or le pape refuse.
Furieux, Henri VIII se fait nommer chef de l’Eglise d’Angleterre par le Parlement, fait annuler son mariage par
l’archevêque de Cantorbéry, épouse la belle Anne Boleyn et rompt avec le pape, qui l’excommunie. Le roi
d’Angleterre crée donc sa propre Eglise, l’Eglise anglicane, non reconnue par Rome. Pendant ce temps, le
protestantisme est introduit dans les îles Anglo-Normandes. Malgré la réaction catholique sous Marie Tudor
(1553), le calvinisme s’est bien implanté et il se développe aussi en Angleterre.
Les répressions royales en France, et en particulier le massacre de la Saint-Barthélemy, en 1572, provoquent
l’afflux de huguenots, notamment de pasteurs qui assureront la prédication et le culte dans les nouveaux
temples. C’est un presbytérianisme sévère qui s’implante, parfois très répressif, notamment en ce qui concerne
les coutumes matrimoniales et les pratiques supposées de sorcellerie. Le comportement fanatique s’associe à
des atrocités pratiquées par certains notables soucieux de ne pas déplaire au pouvoir royal de Marie Tudor.
Pendant un temps cependant, la présence d’un gouverneur presbytérien modéré, sir Hugues Pawlett, et d’une
nouvelle organisation en consistoires favorisent les calvinistes face à l’anglicanisme.
L’édit de Nantes en France (1598) et la présence du gouverneur Walter Raleigh (1600) favorisent sans doute la
ertrêve et la tolérance, mais celles-ci ne durent que peu de temps. Avec l’avènement de Charles I , la nomination
d’un gouverneur anticalviniste et l’envoi d’un évêque anglican, l’anglicanisme reprend le dessus. Du moins à
Jersey, car à Guernesey l’opposition presbytérienne reste solide. Le calme ne règne pas longtemps du fait de la
erguerre civile qui va déchirer l’Angleterre, entre les partisans de Jacques I et les républicains de Cromwell.
Jersey et son gouverneur Georges de Carteret tiennent pour le roi. Ils accueillent de nouveaux réfugiés, dont les
fils du souverain menacé, et c’est là que sera proclamé roi Charles II après l’exécution de son père en 1649.
C’est là également que débarqueront les troupes de Cromwell, amenées par une flottille de plus de 80 bateaux.
Pendant ce temps, Guernesey se tourne vers les républicains de Cromwell et du Parlement. Cromwell parvient à
vaincre ses adversaires en 1651, mais sa victoire sera de courte durée car la mort le rattrape en 1658. Son fils,
qui n’est pas de taille à poursuivre son œuvre, abdique sans délai. Charles II retrouve alors le trône d’Angleterre
et les royalistes leur pouvoir. Ceux de Jersey seront récompensés pour leur loyauté dans la personne de leur
gouverneur qui recevra une province d’Amérique du Nord, devenue le New Jersey.
Lors de la révocation de l’édit de Nantes, en 1685, de nouveaux huguenots se réfugient à Jersey, arrivant de
Normandie en particulier. A partir de 1738, John Wesley, illuminé par les textes de Luther, fonde en Angleterre
The Holy Club (le saint Club, littéralement), qui donnera naissance au méthodisme, nom lié aux exercices
spirituels préconisés par son fondateur. Celui-ci prêche le retour aux sources de la Réforme, la liberté intérieure
de l’homme et le recours au témoignage intérieur de l’Esprit. Les anglicans s’inquiètent de l’amplitude que prend
le mouvement, et son fondateur se voit interdit de prédication en Angleterre. Malgré les persécutions, le culte
« wesleyen » connut un grand succès dans les îles, où sa première chapelle fut construite en 1790, à Jersey.
De nouvelles guerres franco-anglaises provoquent des troubles économiques dans les îles, avec une dévaluation
en 1730 et la baisse du cours du blé en 1769. Des idées nouvelles nées sur le continent provoquent la
Révolution en France et pénètrent dans les esprits anglo-normands, amenant à une certaine démocratisation.
Pour la dernière fois, dans un épisode tragi-comique selon certains historiens, de première importance selon les
autres, Français et Anglais s’affrontent dans « la bataille de Jersey » . En 1781, à la suite d’une expédition, un
aventurier français, le baron de Rullecourt, parvient à s’emparer par traîtrise du gouverneur. Une lutte s’engage
qui tourne rapidement au profit des habitants, grâce à la réaction vigoureuse de la milice jersiaise menée par le
major Peirson. Ce dernier meurt sur le champ de bataille et devient célèbre pour avoir sauvé Jersey. Cette
victoire marque la fin provisoire des conflits, les Français étant occupés ailleurs.
Les îles, terres d’asile
Pendant la Révolution française, les îles vont à nouveau devenir terres d’exil en accueillant les nobles bretons et
normands, puis les prêtres qui, refusant le serment constitutionnel, fuient les républicains et sauvent leur tête
dans cette région où, de plus, on parle le français. La médaille toutefois avait son revers, puisque ces catholiques
arrivaient en terre protestante. Les chroniques du département de la Manche racontent comment les prêtres du
diocèse de Coutances ont rejoint l’île de Jersey qu’ils apercevaient de la côte du Cotentin. On estime que pas
moins de 3 000 prêtres normands et bretons ont trouvé un asile à Jersey. A partir de l’été 1792, de Carteret à
Granville, sur les côtes de la Manche, prêtres et nobles réfractaires se sont embarqués sur toutes sortes de
bateaux pour traverser le passage de la Déroute. Ces départs étaient favorisés par des décrets des autorités
départementales qui faisaient tout ce qu’elles pouvaient pour se débarrasser de ces ennemis du système
républicain. Les gens arrivaient par colonnes des prisons ou de la campagne et campaient comme ils pouvaient,logeant parfois chez l’habitant, en attendant leur départ, dans la crainte de voir arriver les « jacobins » qui
voulaient leur tête. L’accueil à Jersey, par les autorités civiles, les pasteurs protestants et la population, fut le plus
souvent marqué de générosité : des souscriptions furent organisées au profit des exilés et le Parlement y ajouta
des allocations annuelles, de 1794 à 1806. Ces catholiques transformèrent des pièces en chapelles dans les
maisons qui leur avaient été louées.
L’île était protestante depuis longtemps, le dernier doyen catholique étant mort en 1565. Depuis deux siècles,
aucune cérémonie catholique n’avait été célébrée sur l’île, qui avait compté autrefois plusieurs monastères. Tous
eles signes religieux catholiques avaient été supprimés au XVI siècle et les chapelles confisquées. Aussi, comme
en Hollande, le culte catholique ne fut-il autorisé qu’à condition de rester secret. Même si l’accueil avait été
spontané, la présence d’une importante communauté catholique posa des problèmes : la tolérance des habitants
leur fit accepter les rites et les soutanes mais pas le prosélytisme. Un avis du greffier des Etats, du 25 février
1794, énonça par la gazette de l’île de Jersey que « les Etats, ayant été informés que quelques ecclésiastiques
catholiques romains ayant essayé de faire des impressions sur les habitants de cette île en matière de religion,
ont jugé convenable de prier le Commandant en chef de faire sortir incessamment du pays ceux des dits
catholiques romains qui lui seront dénoncés par quelque personne de crédit… » (J. Toussaint, « Le Clergé de
Coutances déporté à Jersey » , Revue du Département de la Manche, octobre 1977.) Les catholiques romains
qui porteraient atteinte à la religion protestante devaient donc être expulsés. Dans l’ensemble, les réfugiés
comprirent qu’il fallait se faire discrets, d’autant que des chapelles avaient été créées pour leur culte. Beaucoup
de prêtres firent le voyage aller-retour vers le Cotentin ou repartirent chez eux pour ne pas abandonner les
paroissiens et les familles qui avaient besoin d’eux, malgré les risques de mort que cela comportait. On estime
aujourd’hui que cet afflux fit tripler la population de Saint Hélier. C’est aussi de Jersey que les Chouans tentèrent
un coup de main sur Quiberon pour amener des troupes au secours des Bretons. Ce fut un grave échec.
Restées à l’écart des guerres européennes de Napoléon, les îles ont payé leur tribut à cette grande boucherie en
envoyant des troupes se faire tuer dans le nord de la France. Sur place, ces guerres ont favorisé le
développement de la contrebande. Le passage des navires français au large des côtes des îles permit aux
pirates de s’emparer de nombreux biens et armes. Les garnisons britanniques stationnaient dans les nombreux
forts construits dans les îles. Le gouvernement anglais investit des millions de livres dans la protection de l’île
d’Aurigny, la plus proche des côtes françaises.
L’émigration suivante eut lieu sous le règne de Napoléon III. Le plus célèbre réfugié politique fut certainement
Victor Hugo. Celui-ci résida à Jersey de 1851 à 1855, puis s’installa à Guernesey de 1855 à 1870, jusqu’à la
eproclamation de la III République. Les francs-maçons s’installèrent aussi à Jersey où ils inaugurèrent, en 1864,
un temple maçonnique. On voit combien les îles Anglo-Normandes ont été accueillantes et combien le devoir
d’hospitalité y a toujours été respecté.
Des îles britanniques
Avec l’apparition des bateaux à vapeur, les visiteurs se firent plus nombreux, ce qui permit aux îles de sortir de
leur isolement. On y construisit de véritables routes, les ports subirent de grands changements pour l’accueil des
gros bateaux de tourisme à coque métallique. L’anglais est alors enseigné à l’école par des professeurs venus
d’Angleterre. Par souci de simplification des échanges commerciaux, les îles adoptèrent le système de poids et
mesures anglais. Les pêcheurs se reconvertirent dans l’agriculture et l’élevage, une activité au revenu bien plus
sûr. Les pommes de terre, les tomates et les produits laitiers furent exportés en quantité au Royaume-Uni. Le
tourisme prit son essor en 1933, avec l’arrivée du premier avion transportant des passagers dans les îles. A cette
époque, l’absence d’aéroport contraint les pilotes à se poser à marée basse sur la plage de Saint Aubin à Jersey.
La Seconde Guerre mondiale
Des îliens prirent part à la Grande Guerre de 1914-1918 en participant aux batailles du nord de la France au sein
de l’armée britannique. Leur participation à celle de 1939-1945 fut de nature très différente. Pendant la guerre, en
effet, les îles ont représenté l’Europe en réduction. Même certitude qu’il ne se passerait rien, jusqu’à ce qu’Hitler
envahisse la Pologne. Bien que non mobilisables, beaucoup d’habitants s’engagèrent comme « sujets normands
de Sa Majesté » . Mais le conflit ne semblait pas concerner ce coin de terre tranquille, jusqu’à ce que les
Allemands occupent le Cotentin, à deux pas d’Aurigny.
Les Anglais, pensant que les îles n’avaient aucun intérêt stratégique pour les Allemands, retirèrent leurs troupes,
firent rendre leurs armes aux îliens et déclarèrent les îles démilitarisées et neutres. La moitié de la population de
Jersey s’embarqua cependant sur les navires marchands destinés habituellement aux pommes de terre et au
charbon. Aurigny se vida de ses habitants en partance vers l’Angleterre, alors qu’à Guernesey un quart des
habitants embarquèrent pour le continent. Sercq, au contraire, s’organisa pour résister moralement au futur
occupant, sous la direction de Sibyl Hathaway, la Dame de fer de l’île. La Grande-Bretagne informa les
Allemands, par l’intermédiaire de l’ambassade des Etats-Unis à Londres, de la démilitarisation des îles
AngloNormandes.
Malheureusement le message ne fut pas reçu, et des voitures transportant des légumes furent bombardées à
Jersey, tuant 44 personnes. A Guernesey, on raconte que c’est un avion solitaire qui conquit l’île. Il en fut en tout
cas l’avant-garde, le détachement précurseur que suivirent rapidement des corps de troupe plus importants, sans
coup férir. Les relations avec l’occupant furent d’abord courtoises. Seuls en firent les frais les pigeons voyageurs,
les spiritueux et les radios, qui furent interdits, tandis que les pendules étaient mises à l’heure germanique. Desliens se nouèrent, par nécessité, dans un mélange de culpabilité intérieure et d’acceptation du fait qu’après tout,
les Allemands étaient aussi des êtres humains. Comme ailleurs, certains et certaines s’engagèrent dans une
franche et cordiale collaboration. La propagande et le contrôle de la presse interdirent les libertés naturelles, au
profit d’activités occultes et interdites comme le sabotage des pistes de l’aéroport presque neuf et des avions
allemands. Comme toutes les forces d’occupation, les nouveaux venus remplirent les îles de défenses, les
vidèrent de leurs ressources et dépouillèrent les habitants, si bien qu’arriva le moment où les Allemands durent
autoriser les îliens à s’approvisionner… en France. Ni les habitants ni les troupes n’avaient plus de ressources.
La culture des pommes de terre et des légumes ainsi que l’élevage auraient dû suffire aux besoins de tous, mais
l’agriculture avait été détruite, les îles étant destinées à devenir de véritables cuirassés, des porte-avions
immobiles au milieu de la Manche. En octobre 1941, Hitler ordonna à l’armée de transformer les îles
AngloNormandes en « Gibraltar de la Manche » , avec la construction du mur de l’Atlantique. L’organisation d’un
système de défense, modèle et inutile, amena sur les îles de nombreux travailleurs forcés dont beaucoup
moururent de faim ou d’épuisement à la tâche. Hitler décida également que le système féodal et l’organisation
politique ne correspondaient pas à ce que devait être une possession de l’Allemagne, future maîtresse de
l’Europe. Mais, sur ce terrain, il tomba sur plus fort que lui, et finalement considéra qu’il s’agissait d’une « réserve
naturelle » , témoin d’un passé révolu ! La conduite à droite fut tout de même imposée, les occupants n’arrivant
pas à s’adapter au système anglo-saxon, et la langue allemande se propagea au moins sur les panneaux de
signalisation. En ce qui concerne les écoles, l’allemand fut mis au programme mais, faute de professeurs, le
règlement demeura lettre morte. Peu à peu, la situation s’aggrava et les contrôles se durcirent. Les îliens eurent
recours aux mêmes succédanés que leurs homologues français : ersatz de thé, de confitures, de café, de tabac.
La position des îles favorisait un marché noir incontrôlable avec l’extérieur. Du fait qu’il y avait presque autant
d’Allemands que d’îliens, le problème de la collaboration et de la résistance se posa, car il était difficile sur une si
petite surface de créer des maquis sur le modèle français. On pouvait du moins saboter, falsifier les chiffres de
production, opposer une résistance passive et obscure, défier l’adversaire. Les îles eurent aussi leurs délateurs
et leurs filles à soldats.
La population se trouva bientôt prise en otage dans la lutte entre Hitler et Winston Churchill. Des déportations en
Allemagne furent organisées, des sanctions furent prévues contre les terroristes et saboteurs qui s’attaquaient à
l’armée allemande. Aurigny devint un camp de travail, encadré par des SS et dont bien peu sortirent vivants.
Mais, au grand étonnement d’Hitler, les habitants des îles Anglo-Normandes restèrent totalement fidèles à la
Grande-Bretagne. Les Allemands firent alors appel à des déportés d’Europe : des Russes, des Polonais, des
Espagnols et des juifs de toutes nationalités, qu’ils employèrent comme main-d’œuvre, de véritables esclaves
selon les témoignages. Ils étaient chargés de transformer ces plates-formes en citadelles de béton armées de
canons en tout genre, entourées de barbelés et de champs de mines. En fait, ces fortifications grevaient
lourdement et inutilement le dispositif allemand sur le continent. De plus, tandis que les habitants souffraient de
plus en plus de toutes les privations, les troupes allemandes, d’abord ravies d’être en vacances dans un si beau
pays, commençaient à s’y ennuyer ferme. Lorsque le débarquement survint en Normandie, elles ne furent pas
concernées, sinon moralement.
La situation empira, alors que les champs en friche attendaient, saison après saison, que l’on veuille bien s’en
occuper à nouveau. Plus de lait dans un pays célèbre pour ses vaches, plus de viande, et les Allemands furent
contraints de manger chiens et chats. La Croix-Rouge internationale put faire quelques livraisons grâce au navire
Vega, mais celles-ci furent bien insuffisantes. C’est dans ce climat qu’à la suite du remplacement du chef de la
garnison allemande par un autre, plus intrépide, les Allemands basés à Jersey décidèrent de débarquer aussi sur
le continent, pour se ravitailler et se dégourdir les jambes. Au cours de la nuit du 8 au 9 mars 1945, les
commandos allemands débarquent à Granville, libéré sans combat le 31 juillet 1944. E. Thin, dans son livre sur
Granville (éd. OCEP) raconte : « Quatre dragueurs et un remorqueur, ayant le port pour objectif, trois
patrouilleurs rapides équipés de pneumatiques pour les commandos, trois péniches de débarquement
transformées et fortement armées, chargées de faire diversion et de bombarder les îles Chausey, ainsi que deux
chalutiers armés, constituaient la flottille d’attaque. » La surprise est totale pour les Granvillais et les quelques
troupes sur place : 150 jeunes recrues françaises à l’instruction à la caserne du Roc et un détachement
américain chargés de la garde des prisonniers allemands occupés au déchargement des cargos. Mais les
troupes allemandes avaient oublié un détail : les horaires des marées. Les bateaux qu’ils comptaient capturer
étaient échoués dans la boue du port à marée basse. Les commandos se retirèrent avec peu de pertes (6 sur
130 hommes), avec pour seuls trophées des prisonniers américains et, en remorque, un cargo avec 112 tonnes
de charbon.
Alors que la Normandie était libérée depuis presque un an, les îles Anglo-Normandes durent attendre la mort
erd’Hitler, le 1 mai 1945, et la capitulation allemande, pour enfin célébrer la victoire à laquelle elles avaient
participé par l’engagement de leurs habitants aux côtés des troupes alliées et par le sacrifice de nombre des
leurs dans les camps de concentration ou de travail. Le 9 mai 1945, un jour après l’Europe, les troupes
allemandes se rendent sans condition et les forces britanniques débarquent. La paix revenue, les îles n’étaient
plus les îles. Si elles retrouvèrent une partie de leur charme, il fallut aussi composer avec les hideuses
constructions de la guerre et conserver la mémoire des tragiques événements qu’elles venaient de vivre, pour
que leurs enfants et les touristes de toutes nationalités, y compris les anciens ennemis, n’oublient pas ce champd’une bataille étrange, sans affrontement de corps d’armées et où les pierres étaient devenues forteresses.
Un statut particulier
En 1948, les îles Anglo-Normandes se sont dotées d’une nouvelle constitution. D’autres changements allaient
suivre. Le refus de tout nouvel affrontement, aux conséquences dramatiques prévisibles, a conduit les Etats
européens à reconstruire une paix durable, sur la base de nouveaux traités, de nouvelles coopérations, de
nouveaux liens. Depuis la création du Marché commun, les îles Anglo-Normandes ont eu de nouveaux choix à
faire, non pour un camp contre un autre, mais pour déterminer la nature de leurs relations avec l’Union
européenne, tout en conservant leur originalité, en matière financière, économique, juridique et humaine. Les
gouvernements autonomes des îles ont refusé en 1972 d’entrer dans la CEE. Elles ont finalement réussi à
négocier un statut qui leur permet de préserver leur spécificité insulaire. Elles bénéficient d’un accord particulier
au terme de l’article 277 du traité de Rome approuvé le 15 décembre 1971. Leur indépendance fiscale est
préservée et les règles communautaires concernant le libre mouvement des personnes et le droit d’établissement
ne leur sont pas applicables. En revanche, les règles communautaires de protection douanières y sont
exécutoires. Les îles n’ont donc pas à harmoniser leurs taxes ni à se conformer aux lois régissant le libre
mouvement des travailleurs. Elles peuvent en outre protéger leur bétail et sauvegarder en particulier la pureté
des races bovines. Elles ont aussi obtenu de conserver le droit du commerce en Duty Free. En 2012, les îles
restent des paradis fiscaux et échappent toujours à l’Union européenne dont les directives ne leur sont pas
applicables. Cependant, le secret bancaire peut être levé dans le cas d’affaires pénales et les îles coopérent et
échangent des renseignements fiscaux, si nécessaire, avec l’OCDE suite aux pressions des pays membres du
G20 en 2009. A l’heure d’aujourd’hui, elles attirent toujours bon nombre d’entreprises et d’établissements
bancaires qui tirent largement profit du statut fiscal des îles. Sur le plan politique, l’île de Sercq a dû se résoudre
à abandonner en partie son statut féodal pour se conformer aux prérogatives de toute démocratie qui se
respecte. Des élections y sont désormais organisées depuis 2008 tous les deux ans.
L'origine des noms
Contrairement à la croyance populaire, il est peu probable que Jersey se soit autrefois appelée Césarée.
Vers 285 apr. J.-C., l’itinéraire antonin répertoria 15 îles et l’on estime que Jersey était alors appelée
Andium. Elle fut rebaptisée du nom d’Angia, « une grande île » , sous l’influence des Bretons. En norrois,
la langue scandinave, le suffixe ey signifie « île » , c’est ainsi qu’ont été nommées Jersey, Guernesey,
Chausey et Alderney (le nom d’Aurigny en anglais). « Geirr » est le nom d’un chef pirate qui prit l’île aux
Bretons. C’est aux Normands que l’on doit le nom des îles Anglo-Normandes.
Jersey la Royaliste contre Guernesey la Parlementaire
erLorsque Charles I prit le sentier de la guerre civile contre le Parlement en 1642, Jersey espérait rester
neutre. L’homme qui rendit cette neutralité impossible fut Sir George de Carteret, capitaine de la Marine
royale et neveu du bailli de l’île, Sir Philippe de Carteret. Sir George fut chargé par les royalistes de les
ravitailler en munitions depuis la France. Il prit la mer et attaqua des navires marchands qui se rendaient
à Londres, ville aux mains des parlementaires. Il vendit leurs vaisseaux et, avec l’argent ainsi gagné, il
acheta des armes avant de retourner à Jersey. Entre-temps, l’île tomba dans l’anarchie et les luttes
fratricides. Le Parlement élut son propre gouverneur qui prit poste à Saint-Hélier, tandis que les royalistes
tenaient Mont Orgueil. A la mort de son oncle, Sir George de Carteret rassembla les troupes, débarqua à
Mont Orgueil et reconquit l’île pour le roi. Cependant les Jersiais, royalistes pour la forme, refusèrent de
combattre. Au même moment, Guernesey prit le parti de Cromwell, tandis que son gouverneur, Sir Peter
Osborne, resta fidèle à la cause royaliste. Celui-ci se retrancha seul dans la forteresse de Castle Cornet.
De 1643 à 1651, le château fut en guerre avec Saint Peter Port. En 1651, l’amiral Blake et le colonel
James Heane prirent la mer depuis l’Angleterre pour se rendre à Jersey et y faire capituler les défenses
royalistes les unes après les autres. Seul le château Elizabeth, position intensément défendue par
Carteret, résista. Les parlementaires firent alors importer du mortier géant de l'Angleterre. Un boulet
atterrit sur la vieille abbaye abritant un magasin de munitions et l’ensemble des bâtiments fut détruit.
Quarante personnes trouvèrent la mort et l’approvisionnement fut également détruit. Quelques jours plus
tard, la garnison se retira et le siège, qui avait duré 50 jours, prit fin. Castle Cornet fut le dernier bastion
royaliste des îles Britanniques à se rendre aux forces parlementaires. Sir George de Carteret partit pour
la France où il devint amiral dans la Marine française. Après la restauration de la monarchie, il fut
récompensé par le roi. Jersey allait alors jouir d’une période de paix et de stabilité.
Politique et économie
Politique
Structure étatique : le bailliage
Les îles Anglo-Normandes font partie de la couronne britannique, mais non du Royaume-Uni. La reine
d’Angleterre en est la souveraine en tant qu’héritière du dernier duc de Normandie. Cette particularité leurprocure bien des avantages, notamment celui de pouvoir conserver leur statut de « paradis fiscal » . Si les
habitants sont avant tout des Jersiais ou des Guernesiais, les îles sont cependant placées sous la tutelle du
Parlement à Londres pour toutes les questions concernant les Affaires étrangères et la Défense. Toutes les
autres questions de politique générale sont régies selon les propres règles administratives des deux bailliages,
sortes d’unités administratives. Au bailliage de Jersey sont rattachés les Minquiers et les Ecréhous, et le bailliage
de Guernesey comprend les îles d’Aurigny, Sercq et Herm. Chaque bailliage a deux personnalités à sa tête : le
bailli, nommé à vie par la reine, et le lieutenant gouverneur, représentant de la reine, en général un officier de
l’armée britannique. Les compétences du bailli sont très vastes. Il est le chef à la fois du législatif, de l’exécutif et
du judiciaire, ce qui fait beaucoup pour un seul homme. Toutefois, il n’administre pas seul et, contrairement à ce
qu'en disent certains, les îles ne sont plus des Etats féodaux car elles se sont largement démocratisées. Les
pouvoirs du bailli sont contrebalancés par les Etats (en anglais « the States of Deliberation » ou plus simplement
« the States » ), composés de représentants élus au suffrage universel. Ils émettent des ordonnances et des
décrets et décident d’adopter ou non telle ou telle loi du Royaume-Uni. Toutefois, les lois que votent les
« States » ne peuvent que modifier une autre loi et doivent faire l’objet d’une approbation de la couronne
britannique. Les îles ne connaissent pas de parti politique, ni cabinet, ni Premier ministre. Les représentants sont
élus pour 3 ans et sont tous affectés, selon leurs compétences, à l’une des diverses commissions responsables
ede l’administration des îles. A l’occasion du 50 anniversaire de la victoire du 8 mai 1945, le prince Charles fit
une visite de courtoisie au « fief » de Sercq. Il porta un toast à la reine d’Angleterre, mais bien mal lui en prit, car
cela fut considéré comme une offense. Il présenta même des excuses publiques pour ne pas avoir porté son
toast… au duc de Normandie !
Police et justice
eAurigny, Sercq et Herm ont assuré leur propre sécurité jusqu’à la première moitié du XX siècle. Le chef de la
paroisse, le connétable et son bras droit, le vingtenier, étaient assistés de plusieurs policiers honoraires. Ils
parvenaient ainsi à résoudre de petits conflits entre voisins et quelques querelles conjugales. Mais ces policiers
étaient fort démunis lorsqu’ils devaient faire face à de grosses affaires. Ils faisaient alors appel à la police salariée
de Saint Hélier, à Jersey, ou de Saint Peter Port, à Guernesey. Mais ce système ne fonctionnait pas très bien. Le
manque quasi total de coordination entre policiers honoraires et policiers salariés gênait beaucoup le
déroulement des enquêtes et faisait même capoter certaines affaires. Après les années 1950, les Etats des îles
établirent des services de police très efficaces ainsi qu’un commissariat central. Ils attribuèrent aussi à la police
salariée davantage de pouvoir. Dans le bailliage de Jersey comme dans celui de Guernesey, le représentant
suprême de la justice est le bailli. Il préside la Cour royale, assisté de son substitut et d’un jury d’officiers
municipaux. Celle-ci est compétente pour juger les criminels arrêtés sur les îles dépendant de leur bailliage.
N’allez donc pas croire que le fait de vous trouver sur une petite île vous donne tous les droits !
Les policiers honoraires ont le pouvoir de vous interpeller ou de vous inculper en cas de délit. Malgré le cadre
idyllique, les prisons locales ne sont pas plus belles qu’ailleurs. Comme on dit ici : « Pot d’pichi n’est pas profit,
sus la tête d’un offici » (pot cassé sur le crâne d’un officier n’est pas profit). Mais on dit aussi que la cantine de la
prison de Jersey serait le meilleur restaurant de l’île…Économie
Pendant des siècles, l’économie locale dépendait de l’agriculture, de la pêche et de la
fabrication de pulls. Mais la situation a changé de façon drastique depuis la fin de la Seconde
Guerre mondiale. Aujourd’hui, ce sont les secteurs financiers et touristiques qui représentent,
avec 80 % du PNB, la part la plus importante de l’économie des îles. Leur statut particulier et
leur réputation de havre fiscal attirent de nombreuses sociétés, qui s’y domicilient pour profiter
de ces avantages. Mais les îles doivent aujourd’hui faire face à la baisse des secteurs
financiers et touristiques.
Ce statut représente un certain avantage, mais les îles, entourées par l’Union européenne,
doivent de plus en plus tenir compte de nouvelles règles économiques internationales, se plier
à des standards, à des lois (droits de l’homme, droits des immigrés). Et leur principal problème
est de ne pas pouvoir se faire entendre. Telle est la limite de leur particularisme. Cet excès
d’indépendance et de différences ne permet pas aux îles d’être suffisamment présentes lors
de débats internationaux, de faire entendre leurs voix et de défendre leurs intérêts. Pire,
Jersey et le bailli de Guernesey ont bien du mal à travailler ensemble et à s’exprimer d’une
même voix. L’avenir obligera peut-être les îles à mettre en commun leurs forces en matière
d’affaires étrangères, afin de continuer à « exister » .
Principales ressources
Le sous-sol de ces rochers granitiques qui composent l’archipel Anglo-Normand est dépourvu
de matières premières, ce qui le rend dépendant de la France et de l’Angleterre. Les îles
doivent importer leur électricité, leur alimentation ainsi que leurs biens de consommation. La
centrale EDF de Flamanville, dans la Manche, alimente Jersey en électricité, alors que
Guernesey la produit à partir d’une centrale thermique dont le combustible est importé de
Grande-Bretagne. De même, les îles ont dû aménager leurs réserves d’eau potable. Chacune
s’est équipée de nombreux « réservoirs » , des étangs artificiels. Jersey a même dû se doter
d’une usine de dessalement d’eau de mer. Cette absence d’autonomie nuit à l’économie des
îles, qui pourtant reste une des plus florissantes du monde.
Les ressources naturelles
Agriculture
En 1880, l’île de Jersey comptait 2 600 fermes. Elle n’en compte plus que 500 aujourd’hui.
Néanmoins, en dehors du tourisme et des revenus financiers, l’économie des îles profite
toujours de ce sol fertile qui, avec le climat tempéré, permet la culture des primeurs. Les
pommes de terre sont plantées en février pour être récoltées en avril, ce sont des pommes de
terre précoces qui, avec les tomates, les choux et les fleurs, fournissent la matière des
exportations. Pourtant la vente des primeurs ne représente qu’environ 2 % du PIB en 1998 et
a rapporté à Jersey 60 millions de livres sterling en 2001. Depuis la guerre, l’agriculture s’est
modernisée, la culture en serre s’est beaucoup développée, une prolifération un peu
anarchique qui a parfois altéré le paysage. Les serres empiètent souvent largement sur la
campagne, particulièrement à Guernesey où on les trouve partout. Elles sont de toutes tailles,
grandes ou parfois minuscules, lorsqu’elles sont collées à une maison individuelle. La densité
surprenante de la population, en plus des serres, ne laisse donc pas beaucoup de place à la
campagne guernesiaise. Dans les années 1960 et 1970, la culture principale y était celle de la
tomate, la Guernsey Tom, qui couvrait 15 % de la surface totale de cultures. Au début des
années 1980, à cause de la concurrence, sa production a connu une baisse importante. Les
agriculteurs ont dû cultiver de nouveaux produits et notamment se reconvertir dans la culture
des kiwis et des fleurs. Les serres ont également été modernisées et sont aujourd’hui
contrôlées (température et hygrométrie) par des ordinateurs. Chaque année, plus d’un million
de bottes sont exportées en Grande-Bretagne ou vers l’étranger. Pour visiter les serres,
renseignez-vous auprès des offices du tourisme. Après la visite, vous avez souvent la
possibilité de vous restaurer, confortablement assis, dans un petit salon de thé où vous
pourrez aussi déguster quelques scones. Des fermes aquacoles ont également été créées,notamment pour la culture des huîtres.
Les vaches et les bœufs ont été également élevés pour la viande et pour la traite. A partir du
eXVIII siècle, les laitages de l’archipel, au goût si particulier, étaient tellement appréciés au
Royaume-Uni qu’on effectua une sélection plus sévère des animaux pour créer des races
portant le nom des îles. Les produits laitiers continuent à être exportés, même si le nombre de
têtes tend à baisser chaque année. C’est aussi une industrie importante, car les îles sont
autonomes en ce qui concerne le lait, le beurre, le yaourt ainsi que la crème fraîche vendus
sur les îles et qui sont tous fabriqués à la laiterie d’Etat.
La pêche
L’économie des îles, c’est aussi la mer et son exploitation. Le touriste pressé d’arriver ne
prend pas toujours le temps pendant la traversée – s’il prend le bateau – de regarder la mer.
Les chalutiers à la pêche sont pour lui des objets esthétiques, les petites bouées rouges en
mer, marquant la place des casiers, sont tout au plus une curiosité. Et les groupes de
chalutiers regagnant ou quittant le port ne sont qu’un spectacle splendide. Mais derrière ces
objets, ces bateaux, des milliers d’emplois et la survie de familles sont en jeu. En simplifiant,
les îles Anglo-Normandes se trouvent au cœur d’un carré de 120 km de côté environ, ce qui
représente plus d’un million d’hectares de mer. Si, sur terre, il est plus facile de délimiter un
champ, de trouver des repères tels qu’un fleuve ou une chaîne de montagnes, pour tracer des
limites en mer, c’est une autre affaire. Il y a deux solutions : on exploite en commun ou on
délimite des zones. Dans les deux cas, les problèmes humains sont quelquefois des
problèmes de survie et, bien souvent, ils finissent par des guerres, comme le montrent
plusieurs exemples récents en Europe et dans le monde. Dans le secteur des îles, on trouve
des pêcheurs anglo-normands, des pêcheurs bretons, normands et anglais, sans compter les
autres bateaux qui se risquent quelquefois dans la zone, et enfin les plaisanciers peu
respectueux des règles. La question des droits de pêche existe depuis des siècles. Pour ce
qui concerne cette région, certains historiens les rattachent même à la guerre entre Philippe
Auguste et Richard Cœur de Lion, dès 1189.
Le problème de la réglementation. La création du Marché commun et la constitution de la Cour
internationale de La Haye ont permis de fixer des règles et de trancher juridiquement les
différends. Une première convention importante avait été signée en 1839, à propos de la
pêche des huîtres, entre les autorités anglaises, jersiaises et françaises. Elle avait fixé des
limites à partir de repères apparaissant sur les cartes marines, désignant les zones propres à
chacun, et celles qui étaient communes. Ces limites se mesuraient à partir de la laisse de
basse mer et définissaient des zones de 3 milles dans les baies où la distance entre les côtes
est parfois très faible. Les bateaux de pêche devaient être numérotés et inscrits au Bureau
des pêches de chaque nation. Il y avait donc trois zones, une française, une anglaise et
anglonormande, et une zone neutre qui englobait les Ecréhous et les Minquiers. La convention
définissait aussi les conditions dans lesquelles, lors d’avaries et d’accidents, les bateaux
pouvaient entrer dans les autres zones. Les rivalités, non seulement entre nations, mais aussi
entre équipages, firent que les incidents se multiplièrent. De véritables batailles eurent lieu
dont le souvenir reste vivace à travers des courses sportives, à l’aviron ou à la voile, entre les
marins normands, bretons et anglais, le long des côtes ou d’île à île, dans lesquelles les
rameurs jersiais sont toujours admirés. A cette époque, l’huître était sauvage, et on la draguait.
De vieux gréements et des cartes postales témoignent encore de ce temps. D’autre part, si
Malouins et Granvillais s’en allaient à Terre-Neuve pêcher la morue, les pêcheurs
anglonormands, avec leurs rochers, bénéficiaient d’une quantité importante de congres qu’ils
salaient comme la morue. Depuis, les rivalités subsistent, mais les problèmes de ressources
se sont aggravés. L’huître sauvage, dans son exploitation ancienne, a disparu, les gisements
s’étant épuisés entre 1920 et 1930, au profit de la culture des huîtres sur les côtes. Les
moules sont également parquées, mêmes si on rencontre encore quelques pêcheurs à pied.
La coquille Saint-Jacques, trop pêchée, se raréfie, et sa collecte est aujourd’hui très
réglementée, comme celle de l’ormeau. La concurrence est plus rude que jamais, d’autant quela surexploitation entraîne la raréfaction des espèces majeures et la dominance de poissons
de taille trop petite : sole, limande, barbue, saint-pierre, turbot, bar et rouget barbet, qui font
pourtant la richesse des tables des restaurants anglo-normands. Les coquillages, autres que
les huîtres, se font aussi parfois rares, comme les coques, et l’aquaculture se développe pour
les palourdes. Dorades grises, tacauds, lieus jaunes, merlans, grondins et seiches, souvent
négligés sur les étals au profit d’espèces jugées plus nobles, constituent sur place la nourriture
de beaucoup de gens et l’on sait, dans les îles, les préparer de façon délicieuse, sous forme
de gratins ou de soupes. On trouve encore d’autres espèces intéressantes comme ces petits
requins que sont les roussettes ou ces grandes raies que l’on n’apprécie souvent que dans les
aquariums marins pour leur élégance. N’oublions pas dans cette liste les crustacés : crabes
divers, tourteaux ou étrilles, et surtout le fameux homard, objet de convoitise… et de conflits
sur les lieux de récolte. Pour eux aussi, la limitation devient nécessaire, car les bateaux
anglonormands vont parfois jusque sur les côtes écossaises pour le pêcher. La pêche dans cette
région est une véritable industrie qui nécessite des investissements de plus en plus
importants : des chalutiers de plus en plus gros et équipés de chaînes du froid, des entrepôts
de stockage et des criées pour la vente. La recherche scientifique s’en mêle aussi, et il faut,
pour favoriser et développer ses découvertes, mettre en commun les idées et les moyens.
Même si elles ne font pas partie intégrante de l’Union européenne, les îles, dont la politique
étrangère dépend de Londres, sont partie prenante de l’Europe bleue, de cette partie de la
Manche en particulier, qui s’étend de Boulogne à la Cornouailles anglaise au nord, et de
Boulogne à Brest au sud. Et c’est pourquoi elles doivent œuvrer pour faire reconnaître leurs
spécificités et leurs problèmes particuliers, qui requièrent parfois des moyens différents de
ceux que définissent les autorités européennes. Ainsi, les querelles qui subsistent dans la baie
du Mont-Saint-Michel, bien que paraissant d’un autre âge, sont le reflet de ces
incompréhensions administratives. La dernière grande bataille ne date que de 1953, à propos
des Ecréhous et des Minquiers. La Cour internationale de justice de La Haye, après de
longues investigations, a tranché en faveur des îles et les a rattachées à Jersey. L’affaire n’en
est pas terminée pour autant, car il reste à définir ce que sont la basse mer et la haute mer.
Certains îlots et certains rivages ne sont découverts ou recouverts qu’exceptionnellement aux
très grandes marées et cela varie également selon les conditions météorologiques. Aussi les
conflits et les accords se succèdent-ils depuis 1953, notamment entre 1992 et 1994, les
marins défaisant ce que font les commissions, et les commissions ne tenant pas compte de ce
dont conviennent les marins entre eux.
La pisciculture fait son apparition, mais c’est une activité encore limitée. On commence ici
avec le turbot. Jersey Turbot est la seule ferme piscicole commerciale de Jersey. Les alevins
sont achetés en France lorsqu’ils ont 4 mois, puis grandissent dans des parcs en haute mer
pendant plus de 3 ans parfois, le temps pour eux d’atteindre une taille suffisante pour être
commercialisés.
La finance
La stabilité financière du gouvernement des îles, sa proximité avec le Royaume-Uni et
l’Europe continentale et ses taxes faibles attirent l’industrie financière. A Jersey, les taxes
étaient pourtant inexistantes avant 1962, date à laquelle fut abolie la loi qui limitait les taux
d’intérêt. Peu à peu, les banques d’affaires se sont intéressées à la position que pourraient
occuper les îles qui gardaient leur statut particulier dans une Europe en construction et ont
compris le potentiel que celles-ci pouvaient représenter pour leurs clients et donc pour leurs
propres bénéfices. En effet, les banques installées sur les îles ne sont pas sous la juridiction
du Royaume-Uni et peuvent proposer à leurs clients, attirés et rassurés par le système
politique très stable des îles, des conditions financières et fiscales qui défient toute
concurrence. Aujourd’hui, des banques de toutes nationalités s’y sont installées et l’activité
financière est devenue le pilier de l’économie.
En 2008, l’industrie financière fournissait aux îles de Jersey et Guernesey plus de 50 % de son
PIB et plus de 60 % de leurs impôts sur le revenu. L’archipel est devenu un centre financierinternational où sont installés plus d’une centaine de banques et plus de 33 000
établissements financiers. Plus de 139 milliards de livres sterling sont mises en dépôt dans
l’île, dont 66 % en monnaie étrangère. Pour les mêmes raisons, de nombreux immigrés
fortunés sont venus se retirer dans les îles, en évitant les sévères taxes britanniques. Les îles
offrent donc encore un refuge à tous ceux qui fuient les impôts. Les spéculateurs y devraient
bénéficier encore longtemps du secret bancaire le plus strict en même temps que de
l’immunité fiscale. Officiellement, les clients sont contrôlés de manière extrêmement stricte et
les indésirables, les mafias qui voudraient y blanchir leur argent par exemple, sont, en
principe, irrémédiablement refoulés dès qu’un soupçon vient entacher leurs activités. Certains
députés britanniques, travaillistes surtout, ont beaucoup critiqué ces paradis fiscaux. D’après
eux, il était inconcevable que les îliens jouissent des avantages de la citoyenneté britannique
sans avoir à s’acquitter en retour de leurs devoirs de contribuables, et que des millions de
livres échappent ainsi totalement au Trésor public. L’Europe et la France en particulier ont
tenté à leur tour de remettre en cause ces privilèges, mais malgré les pressions politiques rien
n’y fait ! On imagine aisément la résistance des îliens face aux interpellations de la grande île
et de l’Europe et leur volonté de garder leur indépendance. Ils ne sont pas prêts à lâcher la
poule aux œufs d’or. « Les sous sont ronds pour rouôller, attrape-les qui peut ! »
Le doryphore, une catastrophe économique !
Avant la Seconde Guerre mondiale, interdiction était faite d’importer de France des
produits agricoles de quelque nature que ce soit. Il s’agissait d’empêcher l’importation
d’un petit insecte jaune et noir, le doryphore, parasite de la pomme de terre, qui a
causé la ruine des récoltes de Jersey en très peu de temps. L’émoi fut grand lorsqu’en
1938 le petit animal fit son apparition sur les côtes de Saint-Malo jusqu’aux Minquiers,
situées à 11 milles marins de Jersey. Cette invasion fut si célèbre que le nom du
nuisible fut également donné aux soldats allemands à partir de 1939. Après la
Libération commença une lutte acharnée pour se débarrasser du gêneur. La
GrandeBretagne refusait les pommes de terre jersiaises et les pertes économiques furent
alors considérables.
En 1945, 45 foyers furent découverts et en 1946, seulement 5. En 1947, l’insecte était
complètement éradiqué lorsqu’une seconde invasion se produisit. Tout était alors à
recommencer. Après de vastes campagnes de pulvérisations d’insecticide, le
doryphore disparut complètement. En guise de prévention sanitaire, les îliens
pulvérisèrent, jusque dans les années 1950, les pneus des voitures qui se rendaient
sur l’île et les cales des yachts étaient examinées à la loupe ! Quiconque rapportait
dans sa besace une simple pomme, cueillie dans la campagne normande, s’attirait les
foudres du douanier. Aujourd’hui, les autorités des îles restent assez vigilantes pour
éviter toute réapparition.
Place du tourisme
Le tourisme est l’une des activités essentielles de l’archipel à tout point de vue. Non seulement
il représente 25 % de leur PIB, ce qui le place en seconde position dans leurs sources de
revenus, mais il leur permet, en plus, de bénéficier de moyens d’accès. Les offices de
tourisme dynamiques et les campagnes de publicité mettant en valeur les nombreux atouts de
la destination ont permis aux îles d’attirer de nombreux visiteurs. Environ 800 000 touristes se
rendent chaque année sur les îles ; 80 % d’entre eux sont des Anglais et 10 % viennent de
France et d’Allemagne. Si la plupart viennent pour apprécier le charme des flâneries en bord
de mer et la joie des baignades sur de grandes plages de sable fin, certains sont attirés par les
placements financiers. Pourtant, même en plein été, les sentiers de randonnées et les plages
restent peu fréquentés. On ne se marche pas dessus et c’est ce qui est appréciable ici.
Depuis quelques années, les îles se heurtent à la récession mondiale et pâtissent du tourisme
de masse de certains pays, plus au sud, qui proposent des tarifs défiant toute concurrence. Lenombre de visiteurs a chuté dramatiquement, forçant de nombreux hôtels (surtout les
guesthouses à Jersey) à fermer et certaines compagnies de ferries à cesser leur activité. Du
fait de l’instabilité politique dans de nombreux pays et des menaces terroristes qui pèsent
dans le monde, les îles cherchent à jouer la carte de la proximité en attirant les voyageurs qui
hésitent à s’aventurer loin de chez eux, pour les recevoir dans une atmosphère familiale et
décontractée. Les îles ont voulu casser l’image « d’île pour retraités » en faisant la promotion
d’activités variées, de sports extrêmes. A Jersey comme à Guernesey, festivals et événements
se multiplient. Les hôtels de luxe aménagent des Spas pour attirer une clientèle fortunée
exigeante. Aurigny joue sur la convivialité. Sercq et Herm mettent en avant l’intimité, la nature
sans voiture.
Mais ce qui frappe parfois, c’est le manque de cohésion entre les politiques de chaque île. Les
Français perçoivent les îles Anglo-Normandes comme une entité à part entière, un groupe
d’îles très liées. Mais la promotion de ses dernières se fait individuellement. Et il est difficile de
trouver des informations communes, des brochures « îles Anglo-Normandes » . Car la
coopération entre les îles est malheureusement peu évidente, chacun suit un chemin différent,
emploie des moyens différents. Mais on peut penser que cela devrait évoluer… par nécessité.
Les îles doivent en effet s’adapter au nouveau marché du tourisme, sans perdre leurs charmes
et identités.
Évolution du tourisme : l’exemple de Jersey
Les chiffres du tourisme de Jersey, l’île la plus visitée car la plus grande, bien desservie,
montrent très bien l’évolution de cette activité dans les îles Anglo-Normandes. La baisse du
nombre de touristes est évidente. La qualité de l’hébergement, des activités et de la desserte
a augmenté. Mais le choix des destinations aussi. En Angleterre, les agences de voyages
regorgent d’offres incroyablement basses et dépaysantes. Il est ainsi beaucoup moins cher
pour un habitant de Newcastle de passer 15 jours aux Canaries, aux Baléares, à Chypre voire
en Thaïlande… que 8 jours à Jersey. Les îles Anglo-Normandes sont chères ! Les touristes
britanniques viennent plutôt en avion qu’en bateau. Les Continentaux préfèrent eux le bateau
à l’avion. Cela est dû à la proximité géographique de la France et au type de tourisme
pratiqué. Les Français préfèrent venir 1 ou 2 jours par ferry. De plus, les liaisons aériennes
France-Iles sont assez limitées.
Image des îles et promotion
Il est intéressant d’observer de quelle manière sont « vendues » les îles sur les deux
marchés principaux : l’Angleterre et la France.
En France, les îles Anglo-Normandes sont vues comme un bout d’Angleterre
méconnu. Les publicités jouent sur des détails exotiques : pubs, petits déjeuners à
l'anglaise, baignoires à deux robinets (quelle idée !), fenêtres à guillotine… On vend
du dépaysement en plus des paysages. Autrement dit, les tour-opérateurs français
proposent dans leurs dépliants des traditions british, à quelques minutes de bateau
des côtes hexagonales.
Le marché anglais joue également sur l’exotisme, mais dans l’autre sens. Les spots
publicitaires n’hésitent pas à accompagner d’une musique accordéon très « Paris » les
vidéos de promotion des Channel Islands pour mettre en avant la gastronomie et les
noms de rue en français qui sonnent tellement bien… Bref, on vend aux Anglais un
petit bout de « France » où on a la bonne idée de parler anglais.
Population et langues
Démographie
Les chiffres sont typiques de ceux des pays industrialisés : une population plutôt vieillissante
qui peine à se renouveler. Le chiffre de la population urbaine (31 %) doit être considéré avec
prudence. On vit certes dans des villages, mais ces derniers ne sont souvent séparés que parune distance très faible, quand ils ne sont pas collés. Ce chiffre est donc atténué par les
chiffres de la densité. Elle atteint plus de 900 habitants par km², ce qui est près de 8,5 fois plus
important qu’en France.
Population par île
Population totale : 160 000 habitants environ.
Jersey : 97 857 habitants pour 118,2 km² (soit une densité de 770 habitants km²).
Guernesey : 62 431 habitants pour 78 km² (soit une densité de 800 hab. km²).
Aurigny : 2 400 habitants pour 8 km² (soit une densité de 300 habitants/km²).
Sercq : 600 habitants pour 5,5 km² (soit une densité de 109 habitants/km²).
Herm : 50 habitants pour 1,7 km² (soit une densité de 29 hab./km²).
Caractéristiques principales
Nombre de naissances pour 1 000 habitants : 10.
Nombre de décès pour 1 000 habitants : 10.
Accroissement de la population : 0,05.
Mortalité infantile : 2,8 ‰.
Proportion de – de 15 ans : 17 %.
Proportion de + de 65 ans : 15 %.
Espérance de vie : hommes 75 ans, femmes 80 ans.
Composition de la population
Origines : un peuple issu de l’immigration
Les origines de la population des îles remontent au paléolithique. En raison de sa situation
géographique, l’occupation de l’archipel était tributaire des variations climatiques et du niveau
de la mer. C’est pourquoi les hommes l’ont alternativement occupé puis quitté. C’est vers
er5 000 av. J.-C. que la population, d’origine préceltique, s’y installe définitivement. Au I siècle,
alors que les Romains s’installent sur le continent, les Gaulois trouvent refuge dans les îles.
Plus tard, c’est au tour des Britanniques des Cornouailles de fuir l’invasion des Anglo-Saxons.
En 911, Charles le Simple cède la Normandie, dont faisaient partie les îles Anglo-Normandes,
à Rollon, un chef viking, en signant le traité de Saint-Clair-sur-Epte. C’est alors que les
Normands viennent s’y installer. Ils sont nomades, pirates et païens et, en venant dans les
e eîles, ils deviennent agriculteurs et se convertissent. Entre le XVII et le XIX siècles, de
nombreux exilés huguenots viennent de France dans les îles pour fuir les guerres de religion ;
ils seront suivis par d’autres fuyant la Révolution française. Bientôt l’immigration prend un
caractère plus économique. Vers 1840, ce sont les Bretons qui, chaque saison, arrivent en
masse pour travailler sur les terres. Ils sont à l’origine des nombreux noms de famille à
consonance française qu’on trouve encore sur l’île. A Saint-Hélier, l’actuel High Grove Street
était ainsi autrefois surnommé French Lane, et considéré comme le lieu de rendez-vous des
Bretons de Jersey.
Il a fallu attendre l’abolition de l’impôt sur le revenu et la navigation à vapeur en 1820 pour que
les Anglais commencent à s’y installer. L’archipel, jusqu’alors tourné vers les côtes françaises,
s’emploie désormais à entretenir des liens étroits avec Londres. La langue française se meurt,
la livre sterling est adoptée tout comme le système de poids et mesures anglais, et la plupart
des échanges commerciaux se font avec la Grande-Bretagne.
Nouvelles migrations
Aujourd’hui, les autochtones délaissent le travail manuel et celui de l’hôtellerie et cherchent à
travailler dans le secteur bancaire ou les assurances pour obtenir un meilleur salaire. Bon
nombre d’entre eux restent aussi en Angleterre où ils peuvent exercer leur métier après y
avoir effectué leurs études supérieures. Il faut pourtant bien que soient assurés les servicesessentiels à la vie de l’île, aussi la main-d’œuvre dans l’agriculture, la gastronomie ou
l’hôtellerie est aujourd’hui principalement originaire des pays de l’Est. Autrefois, elle venait du
Portugal. C’est pourquoi les Portugais représentent une assez forte proportion de la population
locale. Ils sont principalement originaires de l’île de Madère. Ils ont remplacé les Bretons et les
Italiens (6 %) autrefois employés mais repartis dans leurs régions d’origine. Cela explique ces
curieux vols charters Jersey-Madère direct. Cela explique aussi le double affichage
anglaisportugais dans certaines administrations, des bars aux noms ensoleillés, des enseignes où le
nom des patrons sont Da Silva, Da Cunha, une équipe de football portugaise, des clubs, et
ces réunions animées, le samedi matin près du marché de Saint-Hélier. C’est une population
assez bien intégrée qui a su trouver sa place dans l’économie locale.
Les enfants de parents portugais ou issus de couples mixtes et nés à Jersey sont de plus en
plus nombreux et créent une génération multiculturelle. Plus récemment, les patrons d’hôtels
et restaurants ont fait appel à une main d’œuvre polonaise. Les Polonais sont ici appréciés
pour leur niveau d’études souvent élevé et leur facilité à parler l’anglais. Beaucoup d’entre eux
(ou elles) ont ainsi des diplômes universitaires importants, mais préfèrent venir travailler ici
comme réceptionniste ou cuisinier car cela est plus rentable. Ces nouveaux arrivants
éprouvent naturellement le besoin de se rassembler. Vous verrez ainsi certains établissements
(restos, bars, commerces) proposant des plats polonais, des journaux polonais, des soirées
karaoké en polonais, etc. D’autres travailleurs immigrés complètent la population locale :
Lettons (depuis 2004), Kenyans (formés dans une école hôtelière de Nairobi) par exemple.
Quant aux Anglais, aux Italiens et aux Français, ils occupent surtout des postes de direction
ou de chefs cuisiniers. Enfin, le domaine de l’horticulture est confié en grande partie à des
Hollandais.
Le rendez-vous de milliardaires
Mais l’immigration dans l’archipel Anglo-Normand ne concerne pas seulement les travailleurs
manuels, elle est aussi le fait de milliardaires attirés par des taux d’imposition paradisiaques. Il
est de plus en plus difficile de s’installer à Jersey. Chaque candidat doit prouver que son
compte en banque se monte à quelque 12 millions de dollars, à déposer bien sûr dans une
banque de l’île et que ses revenus annuels sont de l’ordre de 1 million de dollars. Pour
s’installer à Guernesey, il n’est pas nécessaire d’être aussi fortuné. Il suffit de disposer de
200 000 livres minimum pour acheter une belle demeure sur le marché ouvert (un îlien ne la
paierait que £95 000) et de pouvoir prouver que l’on a de quoi vivre. Aurigny et Sercq ne
présentent pas les mêmes réglementations immobilières que les grandes îles et le seul
obstacle à l’achat d’une maison tient au nombre limité d’offres sur le marché.
La lutte contre l’immigration illégale
Avec une économie florissante et un statut de paradis fiscal, les îles attirent beaucoup de
candidats à l’immigration aux passés les plus divers. Jersey – où seulement 52 % de la
population est née sur place – et Guernesey accueillent une communauté importante de
Portugais et d’Italiens. Ils ont, depuis les années 1970, remplacé les Bretons en tant que
travailleurs saisonniers. Depuis, nombre d’entre eux se sont installés. Aujourd’hui, les
saisonniers sont originaires essentiellement des pays de l’Est. Pour eux, l’intégration est
difficile car la vie est chère, et la loi sur le logement rend très difficile la location et quasi
impossible l’achat. Pour les riches émigrés, la loi est devenue plus sévère, et leurs sources de
revenus sont très contrôlées.
Aujourd’hui, les hostilités sont ouvertes contre ceux qu’on appelle les « immigrés illégaux » .
C’est pourquoi les conditions pour devenir citoyen des îles sont draconiennes. Un passé
obscur y est un obstacle, tandis qu’un savoir-faire particulier est le bienvenu. Les autorités
jersiaises s’efforcent de plafonner l’immigration à 350 personnes par an. Le problème d’une
telle demande de naturalisations réside en ce que la vie est chère et particulièrement le
marché de l’immobilier. Aussi bien pour les autochtones que pour les émigrés, il est difficile
pour les jeunes de s’y installer, bien que les lois qui leur sont appliquées soient différentes. Les
baillages dépensent donc l’essentiel de leur budget en aide aux logements, crèches, école,hôpitaux…
Langues
Français et jèrriais
Le français, d’abord sous sa forme normande – les insulaires ont parlé longtemps un dialecte
français du Moyen Age qu’on appelle Norman French en anglais, ou jèrriais –, a régné sur les
îles durant une longue période. Les mots de ce dialecte viennent en général du bas latin, mais
eon y retrouve des origines gauloises, bretonnes et scandinaves. Au XIX siècle, tandis que les
anglicans réclamaient des offices en anglais, nombre d’émigrés huguenots, antirépublicains ou
révolutionnaires, parlaient français. L’enseignement était assuré en partie dans cette langue,
par des précepteurs d’origine française, souvent des religieux. Le français était à cette époque
la langue la plus cotée en Europe auprès des monarques, des diplomates, des littérateurs et
des hommes d’esprit. La francophonie, pour utiliser un terme d’aujourd’hui, s’étendait jusqu’en
Russie et en Pologne et jusqu’en Ecosse, mais pas dans les pays anglo-saxons ennemis de la
France.
eAu XIX siècle, la langue scientifique était encore le latin, plus universel mais pas très
moderne. Après la Première Guerre mondiale, l’anglais a fait une percée dans les mondes des
affaires et scientifique en tant que langue internationale, tandis qu’en France, au début
du siècle, l’organisation de l’enseignement visait à éliminer les langues régionales au profit du
francilien. C’est dire que, même en Normandie, le normand a fortement régressé, sauf
peutêtre dans le nord du Cotentin. Ainsi, depuis le début de ce siècle, la pratique de l’anglais s’est
généralisée dans les îles. Aujourd’hui, des sociétés savantes et des associations (Société
jersiaise par exemple) essaient de faire revivre cette langue dont il reste des vestiges dans les
îles et en Normandie, où elle a ses revues. On la retrouve encore dans les histoires et contes
locaux, dans les mesures d’arpentage ou les titres officiels, dans la langue populaire et dans
les noms de rues ou de famille. Dans la vie quotidienne, le jèrriais est utilisé dans les actes
officiels qui sont dans leur ensemble rédigés en vieux normand ou en français, et les avocats
peuvent aller étudier l’ancien droit normand à la faculté de Caen. A l’école primaire, ou plus
tard, certains enfants choisissent le patois en option. Le jèrriais à même droit à une page
hebdomadaire dans le quotidien local, mais l’anglais est bien implanté dans le monde des
affaires. Pour ceux qui sont intéressés par cette langue qu’on peut dire ancienne, citons en
particulier le Dictionnaire jersiais-français de Franck Le Maistre, aux éditions Don Baleine
Trust, Jersey, hélas de 1966 et introuvable en librairie : il faudra le dénicher en bibliothèque.
À Guernesey
L'anglais. Le patois dgèrnésiais n’est plus employé que dans quelques familles, dans le
sudouest de l’île, à Torteval en particulier. Son enseignement n’est pas obligatoire et très peu
répandu. Cependant, Radio Guernsey (BBC), la radio officielle de l'île veille à ce que le
dgèrnésiais ne disparaisse pas complétement des ondes... Le français n’est pas non plus
obligatoire à l’école, il est seulement optionnel.
Lexique jèrriais
Voici quelques mots et expressions du cru encore en usage, surtout chez les anciens :
Bailliff : chef magistrat et président des Etats. D’abord nommé par le gouverneur,
puis directement par le roi d’Angleterre.
Boulevard : palissade de troncs d’arbres pour protéger de la mer.
Cauchie : port, route, chaussée.
Clios : champ clos, entouré de haies.
Connétable : dans chaque paroisse, à la fois chef de la police, législateur et
président du conseil municipal.
Fief : terres données par le souverain aux hommes qu’il désirait récompenser. Mais wai, mais nonnain : évidemment.
Mess : monsieur.
Mon Dou : mon Dieu.
Mon viow : mon vieux.
Par il lo : par là.
Perquage : chemin de 8 m de large menant de chaque église à la mer et par lequel
tout criminel avait le droit de s’enfuir de Jersey sans être inquiété par les soldats.
Pourchay : cochon.
Rat : taxes paroissiales.
Seigneur : propriétaire de fief.
Villais : habitants de Saint-Hélier.
Mode de vie
Vie sociale
Naissance et âge :
une population vieillissante
Certains jeunes diplômés des universités anglaises et originaires des îles hésitent à revenir
vivre dans les îles. Leur retour constitue un parcours du combattant semé d’embûches :
difficultés de logement, choix professionnels limités à la banque et au tourisme… Pourtant, sur
place, les banques manquent de personnel. Elles offrent même des emplois aux îliens non
diplômés, et la loi stricte de l’immigration pose un problème de recrutement. Beaucoup de
ceux qui ont choisi de quitter les îles pendant leur vie professionnelle y reviennent lorsque
sonne l’âge de la retraite. Ils forment alors des microsociétés buveuses de thé, adeptes du
jardinage et de la taille des rosiers, qui se félicitent de leur isolement face aux problèmes du
monde.
Éducation
Le système éducatif des îles Anglo-Normandes est calqué sur le modèle britannique à tel point
que les programmes d’histoire et de géographie n’en diffèrent en aucun point. Même les plus
petites îles possèdent leurs propres écoles. Ainsi à Aurigny les enfants suivent leur scolarité
jusqu’à 15 ans. Ensuite ils sont « envoyés » dans des familles d’accueil à Guernesey et
intègrent les établissements de l'île. Ils sont souvent subventionnés par les autorités d’Aurigny.
En sortant du lycée, high school en anglais, les élèves bacheliers qui souhaitent poursuivre
leurs études à l’université doivent se rendre en Grande-Bretagne. Ils peuvent alors recevoir
une bourse qui les aide à payer leurs études. Ceux qui choisissent d’étudier le droit peuvent se
rendre à Caen, pour apprendre le droit coutumier normand, très proche de celui des îles. Pour
pallier le manque de main-d’œuvre, certains emplois dans la finance sont ouverts à des jeunes
gens non diplômés. Ils doivent alors passer des diplômes de finance, qui n’ont aucune valeur
ailleurs que dans l’archipel anglo-normand. Contrairement à ce qui se passe dans de
nombreuses autres sociétés insulaires, et même si certains s'interrogent, la plupart des jeunes
diplômés reviennent dans les îles après leurs études « outre-mer » . Car ici, ils sont sûrs ou
presque de trouver un bon emploi, et bénéficient de tous les privilèges dont jouissent les natifs
des îles. Heureusement pour l’équilibre local. Cette jeunesse qui reste permet aux îles de ne
pas mourir à petit feu, de conserver une vie culturelle, festive, sportive.
Caractère et identité :
une petite communauté
La population des îles peut être comparée à un cercle de famille étroit. Les médias locaux
(Channel TV, le Jersey Evening Post, le Guernsey Press…) assurent le lien entre ses
membres avec des parts d’audience qui dépassent les 80 %. Les rubriques d’annoncesprivées des journaux comportent des avis de mariages, de naissances, de décès, des
anniversaires, des réussites aux examens… La population insulaire se retrouve souvent au
pub ou bien les habitants se reçoivent chez eux. Nombreuses sont les soirées organisées par
des clubs, associations ou différents corps de métier. Ici tout le monde se connaît et les
rumeurs vont bon train. Bien qu’appréciée par certains, cette proximité des rapports déplaît à
d’autres, qui quittent les îles rapidement pour le continent où ils pourront retrouver un certain
anonymat.
Un rythme de vie détendu
« Les îles Anglo-Normandes sont un peu comme la Barbade mais sans le soleil. S'il y faisait
assez chaud, les habitants feraient sûrement pousser du cannabis » , nous confiait un Anglais
fraîchement débarqué à Jersey. Il est vrai que les locaux n’ont pas vraiment le sens de
l’urgence. Ce trait de caractère qui peut surprendre, c’est aussi ce qui les rend si
sympathiques.
I’ vaut mus aller douchement et aller ben . Si vous adoptez cette maxime pour visiter les îles
Anglo-Normandes, alors vous allez vivre de grands moments, surtout si vous circulez à pied.
Munissez-vous tout de même, surtout à Jersey, du document de l’office du tourisme sur les
sentiers de randonnée et abandonnez-vous à la flânerie. En visitant Jersey, levez-vous de
bonne heure et rendez-vous par exemple au mont Orgueil Castle, pour voir émerger le soleil à
l’orient. Point n’est besoin d’aller en Grèce pour voir « l’aurore aux doigts de rose » , il suffit
d’une météorologie favorable, quoiqu'en même temps signe d’une détérioration provisoire du
temps. Le soir, allez à Saint Ouen’s Bay, à l’ouest, et vous assisterez à l’un ou l’autre de ces
spectacles colorés, flamboyants si quelques nuages s’y joignent. A moins qu’il ne tombe de
l’eau… ce qui, après tout, ne manque pas de charme non plus et, comme on dit à Jersey :
Quand i’tchait d’la plyie, faut faithe comme les Français : faut la laissi tchaie (tchaie : choir,
tomber).
Noms de famille – Généalogie
La lecture d’un annuaire permet rapidement de distinguer des noms de famille les plus
répandus dans les îles.
À Jersey : Carteret, Decarteret, Syvret, Poingestre, Carré.
À Guernesey : Tostevin, Langlois, Mauger mais aussi d’innombrables noms commençant
par « Le » : Le Poidevin (dit parfois Pedvin), Le Gallez, Le Cras, Le Cheminant, Le Sauvage,
Le Tissier, Le Page, Le Pelley…
À Guernesey, vous pouvez contacter la bibliothèque Priaulx (Priaulx Library, Candy Garden,
Saint Peter Port, ouvert du lundi au samedi sauf fêtes, de 9h30 à 17h), pour entreprendre des
recherches généalogiques sur votre famille si elle possède un lien avec l’île.
Structure sociale et niveau de vie
Bien qu’ils ne transparaissent guère, les problèmes sociaux existent pour les différentes
classes sociales qui se côtoient dans les îles. Le chômage est pour le moment faible mais en
augmentation constante. Les immigrés portugais ou des pays d’Europe centrale qui occupent
les postes non qualifiés rencontrent de nombreuses difficultés d’intégration. La génération la
plus ancienne ne parle pas l’anglais, elle doit donc faire face aux plus bas salaires des îles et
de fait pose à des problèmes de logement. Les immigrés diplômés, en provenance de France
ou d’Angleterre, qui occupent des postes de directions ou des emplois qualifiés font partie de
la « classe moyenne et haute » . Malgré un niveau de vie élevé, cette classe rencontre aussi
des difficultés de logement, qui restent malgré tout bien moins importantes que celles des
nouveaux arrivants non qualifiés.
Enfin, les plus fortunés sont le plus souvent absents six mois dans l’année. Ici pourtant pas de
luxe tapageur, de yacht ou de villa hollywoodienne, tout au plus une Rolls-Royce ou une
Ferrari derrière le portail. Un tour d'avion au-dessus de leur chaumière en dit long sur les
moyens de ces habitants… Courts de tennis, piscines… le tout situé dans d'énormes
propriétés.Quels que soient les revenus des habitants, tous doivent compter avec des coûts de vie très
élevés. Les logements se révèlent très chers et l’alimentation, en grande partie importée,
affiche des prix conséquents.
Habitat
Les permis de construire sont uniquement délivrés pour des terrains déjà bâtis. La campagne
offre rarement une impression de solitude. L’habitat s’est dispersé au gré des opportunités et
du temps. Certaines paroisses sont plus peuplées que d’autres, comme Saint Hélier, Saint
Saviour et Saint Brelade à Jersey ou Saint Peter Port et Saint Sampson à Guernesey. Les
paroisses se composent d’un ensemble de hameaux. Le cottage y côtoie la ferme au charme
désuet, la série de petits appartements modernes et sans intérêt ou l’hôtel. Sur la route, de
splendides manoirs surgissent du fond de parcs. Seulement quelques-uns se visitent :
Saumarez à Guernesey, Samares à Jersey.
Des bancs comme hommages
Lors de vos balades le long des sentiers de l’île, vous ne manquerez pas de
remarquer les nombreux bancs proposés aux promeneurs (nombre important de
personnes âgées oblige) et parmi eux, ceux qui arborent de petites plaques
métalliques. A leur lecture, on comprend vite de quoi il s’agit et c’est plutôt émouvant.
On rend hommage par ces petites plaques à des habitants ou résidents disparus, qui
appréciaient le lieu et le chemin sur lequel se trouve le banc. On peut ainsi lire par
exemple : « A ma chère M., qui aimait tant s’asseoir ici et contempler la mer » ou
encore « Puisses-tu voir ce paysage éternellement ! »
Humour jersiais
Sur les pages Web du site de la BBC consacrées à Jersey, les îliens s'amusent à faire
l'inventaire des des questions les plis inattendues qu'on leur pose lorsqu'ils voyagent à
l'étranger. Quelques exemples ? « A marée basse, pouvez-vous rejoindre la
Normandie à pied ? » , « Existe-t-il un pont entre les Iles Anglo-Normandes et la
Grande-Bretagne ? » , « Avez-vous l'électricité ? » , « Roulez-vous en voiture ? »
Quant aux douaniers des pays lointains, ils confondent souvent Jersey et New Jersey !
Méfiez-vous surtout, les Jersiais vous feront gober n'importe quoi ! Est-il vraisemblable
par exemple qu'une loi précise qui'ls ont le droit de tirer sur un Français qui reste sur la
plage les nuits de pleine lune ?
Mœurs et faits de société
La légende de la ronde des vaches
Un jour, un fermier s’aperçut que ses vaches n’allaient pas bien. Malgré tous les soins
dont il les entourait, elles donnaient de moins en moins de lait et, un beau jour, deux
d’entre elles moururent. Le fermier en déduisit aussitôt que ses vaches étaient
victimes de sorcellerie et, le soir même, il décida d’aller discrètement veiller son
troupeau dans les champs.
Quelle ne fut pas sa surprise de voir apparaître soudain un énorme chien noir, venant
du champ d’un voisin avec lequel il venait de se quereller !
Le chien courut après les vaches, comme pour les rassembler, il leur fit face et,
soudain, se dressa sur ses pattes arrière et commença à danser. Doucement d’abord,
puis de plus en plus vite. L’une après l’autre, les vaches se mirent elles aussi sur leurs
pattes arrière et dansèrent, en suivant le rythme effréné du chien.
Après une bonne demi-heure, à force de tourner, les vaches tombèrent de fatigue.
Alors que le chien allait s’enfuir, le fermier eut la présence d’esprit de tirer un coup de
fusil. Il toucha l’une de ses pattes avant, mais ne put rattraper l’animal. Le jour suivant,il rencontra son voisin et remarqua qu’il avait un bandage autour du bras. Et les
vaches retrouvèrent leur sérénité et leur belle allure d’autrefois.
ReligionReligion - Église de Saint Lawrence.
© iStockphoto.com/Feverstockphoto
Le culte de la magie
Longtemps isolées, les îles de la Manche sont souvent apparues inhospitalières aux habitants
du continent. Elles sont ainsi devenues le lieu de culte de religions occultes. Nombreuses sont
les croyances qui perdurent encore de nos jours. Les îles sont parsemées d’un grand nombre
de monuments mégalithes, menhirs et dolmens, qui démontrent la présence inhabituelle de
l’homme dans des zones aussi éloignées. La population locale a longtemps attribué leur
présence à l’œuvre de fées et leur prêtait des pouvoirs magiques. La sorcellerie et la magie
sévissent dans les îles tout autant au Royaume-Uni que sur le continent.
Vers le christianisme
eA partir du V siècle, les îles sont peu à peu christianisées par saint Hélier à Jersey, saint
Sampson à Guernesey, saint Magloire et saint Mannelier à Sercq. Les moines vont alors
devoir faire face à la menace normande. Les Vikings envahissent les îles, tuant les religieux et
favorisant ainsi les traditions païennes locales. Pourtant, la construction d’églises et de
chapelles va bon train. L’évêque de Coutances est nommé supérieur spirituel. Encore une fois,
l’éloignement des îles les rendant peu intéressantes pour les autorités ecclésiastiques, les
superstitions y étaient monnaie courante. Sous Edouard VI, la Réforme touche tardivement les
îles et y connaît un large succès. Au cours des guerres de religion en France, les protestants
prennent la fuite pour se réfugier dans l’archipel. Ils y répandent le calvinisme. Les chapelles
funéraires, les églises, fresques, sculptures et toutes les autres représentations sont détruites
ou recouvertes d’une peinture blanche. Ce qui pourra être vendu le sera au profit de la
Couronne britannique. Les habitants, contraints de changer leur religion colorée et bruyante
epour une autre, inflexible, se tournent vers la magie dès la fin du XVI siècle. Jusqu’au
eXIX siècle, les pratiques magiques seront courantes et les procès en sorcellerie pas moins
nombreux. Aujourd’hui chaque paroisse des bailliages de Jersey et Guernesey possède une
église rattachée à l’Eglise anglicane. On y trouve aussi des églises catholiques (de plus en
plus de pratiquants avec l’arrivée des Portugais ou des Polonais), des temples méthodistes et
beaucoup d’autres communautés religieuses. La superstition y est toujours vivace. Chaque
paroisse possède un rebouteux ou une magicienne, que l’on vient consulter parallèlement au
médecin de famille.
Arts et culture
Architecture
L’architecture de l’île emprunte au granit local son caractère et ses qualités esthétiques. A la
beauté de la pierre s’ajoute une solidité légendaire. Eglises, châteaux, maisons, fermes,
digues ont été construits dans cette pierre rude aux multiples teintes colorées. Du rose pâle au
gris foncé en passant par les jaunes, les bâtisses ressemblent à celles de Normandie.
L’architecture militaire
Lors de vos promenades sur les îles, vous ne pourrez manquer de noter la présence d’un
nombre important de tours anciennes en granit et de blockhaus en béton armé. Ce sont les
témoins de l’histoire guerrière et mouvementée des îles et de leurs tentatives, souvent
couronnées de succès, de repousser les envahisseurs.
Les fortifications médiévales
Exposées aux raids meurtriers des Vikings, les îles du duché de Normandie ont dû se munir
de défenses sur leurs côtes. Plus tard, lorsque les îles choisirent de rester sous la
souveraineté anglaise, en 1204, elles furent envahies par les Français. Il fallut alors fortifier les
côtes occidentales. C’est à cette époque que, sur un rocher à l’entrée de Saint Peter Port à
eGuernesey, fut édifié Castle Cornet au XVI siècle qui devint un point stratégique de défense.
De solides murs d’enceinte entrecoupés de demi-tours rondes protègent les cours extérieureet intérieure, un imposant donjon central, un hall et une chapelle.
Les tours militaires Tudor
e reAu début du XVI siècle, Henry VIII et sa fille Elizabeth I ordonnèrent la construction de
nouveaux ouvrages pour défendre les populations contre les ennemis du continent. Parmi ces
ouvrages défensifs figurent des batteries stratégiques, tel le fort Pezeries qui surplombe au
sud la baie de Rocquaine (Pleinmont) à Guernesey.
Les tours Martello
eA la fin du XVIII siècle et pendant les guerres napoléoniennes, la pression pour renforcer la
défense côtière se fit beaucoup plus forte. Jusqu’à 60 batteries opérationnelles furent
construites allant du simple 2 ou 3 canons sur plates-formes en pierre, à des ensembles bien
plus complexes abritant un magasin de poudre en plus de plusieurs canons. Les tours qui se
dressent à l’arrière des plages sont improprement appelées tours Martello, du nom des tours
génoises qui protégèrent le littoral corse à partir de 1790. Comme leurs sœurs de l’île de
Beauté, ce sont des tours cylindriques à 2 étages. Le nom de Martello leur vient en fait du nom
d’un cap situé dans le golfe de San Fiorenzo, où l’armée anglaise s’est heurtée à la résistance
de l’une de ces tours, occupée seulement par une petite garnison, pendant près de 2 jours.
Les Anglais en ont alors adopté le modèle pour leurs propres fortifications.
Les défenses de l’ère victorienne
eAu XIX siècle, alors que la France connaissait une résurgence du pouvoir militaire, les îles
furent amenées à revoir leur système de défense. Lors de l’accession au pouvoir de Napoléon
III, le centre de décision se déplaça à Aurigny avec la construction de l’Admiralty et
d’importantes fortifications.
Le mur de l’Atlantique
Selon les plans d’Hitler, l’occupation des îles n’était que la première étape d’une invasion de la
Grande-Bretagne. Il craignait cependant que les Alliés s’en emparent et qu’ils en fassent une
base pour récupérer les territoires conquis. En octobre 1941, il chargea l’organisation Todt, qui
mettait en place le programme de construction des défenses du mur de l’Atlantique, de
procéder à la fortification permanente des îles. Après le débarquement dans le Cotentin, les
forces alliées progressant à l’intérieur des terres à partir des plages et des ports artificiels, les
défenses des îles n’ont jamais eu à faire face à un assaut naval direct. Lors de l’édification des
ouvrages défensifs, chaque île, et en particulier Aurigny, eut droit à un traitement particulier.
Pour donner une idée de l’ampleur des travaux, signalons qu’à Guernesey, avant septembre
31944, quelque 272 000 m de béton armé avaient été utilisés pour construire les fortifications
permanentes, utilisant nombre de travailleurs forcés venant des 4 coins de l’Europe occupée.
Au plus fort de l’activité, en mai 1943, il y avait 5 100 ouvriers étrangers sur l’île, hébergés
dans des conditions déplorables, sous le contrôle de 13 000 soldats allemands. Beaucoup de
ces ouvriers y perdirent la vie dans de terribles souffrances. En plus d’une multitude de
bunkers, de nombreux tunnels furent percés afin de mettre les troupes à l’abri en cas
d’attaque aérienne, et l’armée fortifia plusieurs des forts victoriens déjà existants. Les
Allemands ont aussi entrepris la construction d’hôpitaux souterrains reliés à d’autres
complexes utilisés pour entreposer des munitions et pour stocker le carburant nécessaire au
ravitaillement des sous-marins de passage.
Les églises
Les églises des îles offrent une grande diversité de styles, de Little Chapel à Guernesey, à
l’architecture loufoque, à la quasi-cathédrale d’Aurigny en passant par la Glass Church de
Saint Aubin à Jersey, décorée par Lalique. La plupart d’entre elles ont été construites par des
maçons venus des 4 coins de la France et de l’ouest de l’Angleterre. Elles sont très anciennes
et témoignent du travail accompli au cours des siècles. Certaines contiennent même des
menhirs, témoins des rites païens antérieurs à l’avènement du christianisme.
ArtisanatLes activités artisanales les plus courantes concernent la poterie, la bijouterie, le tricot et la
menuiserie. Comme il existe bien peu d’activités qu’on veuille présenter au public, chaque
artisan gère un petit musée où il accueille les visiteurs. Bien entendu, il y en a pour tous les
goûts, mais surtout pour celui des nombreux visiteurs anglais… Les amateurs de créations
locales pourront rapporter de leur voyage les célèbres jerseys et guernseys tricotés sur place.
Les jerseys sont fins et colorés, alors que les guernseys, d’une seule couleur, sont tricotés en
rond avec de la grosse laine. Ce sont des chandails chauds et confortables que les pêcheurs
locaux portent encore.
Que ramener de son voyage ?
Jersey et Guernesey possèdent une importante activité artisanale : poterie, tricot,
bijouterie, dont l’apport à l’économie est loin d’être négligeable. Vous pourrez rapporter
de votre voyage des produits locaux comme les pulls en laine, des poteries ou, plus
insolites, les cabbage sticks, des cannes à pommeau d’argent taillées dans les tiges
d’une variété de chou géant. Vous trouverez aussi des vêtements anglais, des
chaussures, des imperméables, des cachemires et laines d’agneau pour un style
classique très « Old England » . Pour les produits détaxés, l’idéal est de se fournir sur
les bateaux.
LittératureLittérature - Maison de Victor Hugo.
© BDLM – Iconotec
Jersey ne compte qu’un grand poète local, Wace ou, comme il est souvent appelé, Maître
Wace. Né vers 1100, il vécut environ 70 ans, mais en dehors de Jersey. Il débuta comme clerc
à Rouen et finit chanoine à Bayeux mais, surtout, il fut le protégé d’Aliénor d’Aquitaine, tout
autant passionnée de politique que de poésie courtoise. Epouse du roi de France, Louis VII,
elle fut répudiée en 1152 et se remaria avec Henri Plantagenêt, qui devint roi d’Angleterre
sous le nom d’Henri II en 1154. Wace fut le premier écrivain en langue normande, avec le
Roman de Brut ou Geste des Bretons, en 1155, puis le Roman de Rou ou Geste des
Normands (l’histoire de Rollon) en 1174. Chateaubriand écrivit, longtemps après avoir quitté
Jersey : « On retrouve à Jersey un échantillon des vieux Normands ; on croit entendre parler
Guillaume le Bâtard ou l’auteur du Roman de Rou. » Gouverneur de Jersey de 1600 à 1603,
Walter Raleigh s’illustra par une Histoire universelle. Une douzaine d’écrivains ou érudits,
e ehommes et femmes, publièrent ensuite quelques livres aux XVIII et XIX siècles. Les îles
inspirèrent surtout des poètes et romanciers étrangers, notamment britanniques, comme
Charles Swinburne (1837-1909), la célèbre romancière George Elliot, qui séjourna à Jersey
plusieurs mois en 1857, l’écrivain canadien Gilbert Parker, auteur en 1898 d’un roman
historique inspiré par la bataille de Jersey de 1781, La Bataille des forts, et d’une histoire d’un
réfugié huguenot. Sir Compton Mackenzie écrivit lors de ses séjours à Herm et à Jethou.
Elisabeth Goudge prit aussi les îles pour cadre de plusieurs de ses romans (notamment Le
Pays du dauphin vert, 1937, réédité en 2007 chez Phébus, coll. « Libretto » ). Enfin, plus
proche de nous, le romancier Jack Higgins, connu pour son roman La Nuit des loups, choisit
pour cadre l’île de Jersey pendant l’occupation allemande, de même qu’Elisabeth Beresford l’a
fait avec Aurigny. A lire également les textes et ouvrages de Roger-Jean Lebarbanchon
(notamment Littérature orale et littérature dialectale du Cotentin, de Jersey et de Guernesey ).
Deux grandes plumes en exil :
Hugo et Chateaubriand
Les auteurs les plus célèbres qui ont séjourné dans les îles Anglo-Normandes sont les 2
grands proscrits français, Chateaubriand, qui fuyait la Révolution, en 1793, et Victor Hugo,
exilé de 1852 à 1870. Chateaubriand partit d’Ostende en bateau pour Jersey afin d’y rejoindre
un oncle, M. de Bédée. Très malade, il fit escale à Guernesey et le capitaine refusa de
l’emmener plus loin. Recueilli dans une maison de pêcheurs, il repartit le lendemain, toujours
malade, et débarqua à Jersey. Soigné pendant plusieurs mois par son oncle et sa famille, il ne
voulut pas rester à charge et s’embarqua pour Southampton, afin d’écrire et d’enseigner. Il
évoqua Jersey dans ses Mémoires d’outre-tombe : « L’île est féconde ; elle a deux villes et
douze paroisses… Le vent de l’océan, qui semble démentir sa rudesse, donne à Jersey du
miel exquis, de la crème d’une douceur extraordinaire et du beurre d’un jaune foncé qui sent la
violette. »
En la personne de Victor Hugo, c’est un écrivain beaucoup plus vaillant et surtout plus
remuant qui débarque à Jersey, en 1852. Il s’y installe avec sa famille : sa femme Adèle et
leurs 3 enfants, mais aussi avec sa maîtresse, Juliette Drouet. En décembre 1851, à la suite
du coup d’Etat de Louis Napoléon Bonaparte (futur Napoléon III), Victor Hugo passe dans
l’opposition et quitte Paris pour Bruxelles. Mais il doit rapidement écourter son séjour à la suite
de son pamphlet Napoléon le Petit. Il décide de se réfugier à Jersey, île où l’on parle français
et d’où on peut apercevoir la France, et débarque en août 1852 à Saint-Hélier. Il y retrouve sa
femme et leur fille Adèle et Auguste Vacquerie, le prétendant de cette dernière, et emménage
à Marine Terrace.
Informations sur Internet. www.victorhugo.gg – Tel : +44 1481 721911.
Théâtre
En dehors des centres culturels, nombre de sites touristiques accueillent des troupes de
théâtre lorsque les beaux jours arrivent. La programmation est très variée : des pièces
classiques de Shakespeare jouées à Castle Cornet à des reconstitutions historiques à MontOrgueil. Beaucoup de ces troupes viennent du continent pour l’occasion, d’autres sont des
etroupes d’acteurs amateurs. Jersey a vu naître, au XIX siècle, une actrice qui connut un
succès international, Lillie Langtry. Cette jeune femme, que rien ne prédestinait à la scène, a
quitté l’île après son mariage pour fréquenter la haute société londonienne. Malgré ses
liaisons tapageuses et sa vie d’aventurière, les îliens lui rendent encore aujourd’hui un genre
de culte. Le musée de Jersey lui consacre une exposition, et sa tombe est fréquemment
visitée et fleurie.
Guernesey, théâtre des Travailleurs de la mer
André Maurois écrit : « Victor Hugo y utilisait la connaissance intime qu’il avait
acquise, par sa vie dans l’archipel… Les mœurs guernesiaises, le folklore local, les
maisons " visionnées ", l'étrange français des Anglo-Normands donnaient au roman un
caractère piquant et neuf. »
Au cours de ses promenades à Guernesey ou dans les îles voisines, comme à Sercq,
Victor Hugo avait observé tempêtes, vagues, marins et explorateurs de grottes. Il en fit
usage dans son livre Les Travailleurs de la mer, et en tira le personnage de Gilliatt ; il
donna à la pieuvre l’envergure d’une créature prodigieuse. Le petit port de Millville
abrite la maison de Gilliatt, le « Bû de la rue » . Près de Torteval, au Mont Hérault, une
ancienne maison de guet évoquerait la maison hantée du roman. Mais plusieurs
autres lieux pourraient avoir servi de modèle, par exemple une autre maison de guet
dans Cobo Bay. A Sark, dans Saignée Bay, les récifs des Autelets passent aussi pour
avoir inspiré Victor Hugo dans sa description du naufrage de La Durande, de même
que les nombreuses grottes de contrebandiers, comme à l’ouest de l’île, près de
Pilcher Monument, où l’on découvre la grotte marine qui porte le nom du poète : Victor
Hugo’s Cave. Victor Hugo se consacre pendant 3 ans à la littérature. Il écrit là la
plupart des poèmes des Contemplations et des Châtiments. Le soir, il dicte ses
mémoires à son épouse, mémoires qui seront bien plus tard publiées sous le titre de
Victor Hugo par un témoin de sa vie , et qui constituent encore l’une des sources
précieuses de documentation sur le poète. Pendant ce temps, son fils,
FrançoisVictor, écrit La Normandie inconnue. Le poète n’abandonne pas pour autant ses
activités politiques. Lors de la parution de la lettre de Felix Pyat contre le voyage de la
reine Victoria en France que Pyat critiquait en ces termes : « Encore un pas, et
l'Angleterre sera une annexe de l'Empire français, et Jersey sera un canton de
l'arrondissement de Coutances… » , Hugo soutient le journaliste et les collaborateurs
de L’Homme, le journal dans lequel la lettre a été publiée. Les membres du journal
sont bannis, et Victor Hugo, par solidarité, décide de quitter Jersey pour Guernesey où
il restera 15 ans. Il aura l’occasion de revenir une fois, à l’invitation des Jersiais, pour
défendre un autre proscrit, Garibaldi. Il gardera pour Jersey une grande affection et
écrira dans ses Actes et Paroles : « A Jersey la forêt s'est faite jardin… tout y est
parfum, rayon, sourire. » De même que pour Jersey, nous avons 2 sources
d’information majeures sur la vie de Hugo à Guernesey : le livre d’Adèle sur son
époux, et l’ouvrage immense d’André Maurois, Olympio ou la vie de Victor Hugo
(Hachette, 1954). André Maurois a tout lu de ce qui avait pu être écrit sur Victor Hugo,
livres, lettres, carnets, articles, et a rencontré beaucoup de ceux qui détenaient, à un
titre ou un autre, des documents sur « le plus grand poète français » .
La bibliographie et l’index qui complètent cet ouvrage en font un livre passionnant, et
notamment sur la vie dans les îles Anglo-Normandes à son époque.
A Guernesey, Victor Hugo habite à Saint-Peter Port, que Vacquerie décrit comme
« Caudebec sur les épaules d'Honfleur » . Après quelque temps passé à l’hôtel, il
s’installe à Hauteville House. Hauteville Street conduira tout d’abord le visiteur à
l’ancienne maison de Juliette Drouet, qu’elle avait baptisée Hauteville Féerie, puis, un
peu plus loin, à la maison du poète. Arrivé à Guernesey presque sans argent, en1856, il tire de ses malles et de ses meubles près de 11 000 vers écrits depuis 1830,
encore inédits, qu’il fait alors publier par ses amis parisiens, sous la forme de 2
volumes intitulés Autrefois et Aujourd’hui. Le deuxième volume comprend en
particulier ses écrits de Jersey et de Guernesey.
Ses enfants sont à Bruxelles, où la famille se réunit régulièrement. C’est à Bruxelles
qu’Adèle meurt dans les bras de son mari, le 27 août 1868. Victor Hugo accompagne
le cercueil de sa femme jusqu’à la frontière qu’il ne peut encore franchir. Mais la fin de
l’exil est proche. Napoléon III va de désastres en échecs, étant de plus en plus
contesté. C’est de cette époque que date le mot célèbre du poète paru dans le journal
La Lanterne : « La France compte 36 millions de sujets, sans compter les sujets de
mécontentement. » De Guernesey, Victor Hugo encourage la révolte et renoue avec la
politique en participant au Congrès de la paix qui se tient en Suisse. La guerre de
1870 achève le régime. Le 3 septembre, l’empereur capitule, le 4, la République est
proclamée, le 5, Victor Hugo, déjà à Bruxelles, revient à Paris après 19 ans d’exil.
Même si Hugo appréciait Guernesey, il rêvait sans cesse de « la France riante et
blonde » .
Les îles Anglo-Normandes sont à la source de ses plus grandes œuvres, et bien
qu’elles n’aient pas su garder ce farouche patriote, elles entretiennent encore
aujourd’hui fidèlement son souvenir.
En 2002, les îles, et plus particulièrement Guernesey, ont fêté à grands frais le
e200 anniversaire de la naissance de Victor Hugo. Les offices du tourisme et les
entreprises privées proposent des tours guidés des îles sur des thèmes consacrés à
l’écrivain, des expositions et commémorations. La mairie de Paris, propriétaire de
Hauteville House, a rénové à cette occasion le jardin qui est aujourd’hui ouvert au
public.
Médias
Journaux
Deux quotidiens régionaux paraissent dans les îles : le Jersey Evening Post, surnommé le
JEP, et le Guernsey Evening Press. Le bulletin des nouvelles locales d’Aurigny s’appelle Le
Journal, et à Sercq La Vouair de Sercq, qui paraissent en moyenne une fois par mois ; bon
nombre de leurs journalistes rédacteurs sont des bénévoles. Il existe également d’autres
publications. Certaines, gratuites, sont distribuées dans les cafés ou les offices du tourisme.
Elles vous informent de la vie quotidienne sur les îles et des manifestations à venir. Les
informations d’intérêt international sont rares dans les îles Anglo-Normandes, la plupart des
articles publiés ayant un intérêt purement local. Plus de 80 % des îliens les lisent
régulièrement. Les îles sont peu ouvertes sur les nouvelles du monde, comme le confirme un
vieux dicton d’ici : « Lorsqu’on vit trop longtemps dans les îles, on a l’impression que le reste
du monde est pareil. » En revanche, les mariages ou les histoires de chiens écrasés font les
choux gras de la presse locale.
Presse internationale. Les îles reçoivent tous les jours la presse britannique et les
principaux titres de la presse internationale… si la météo le permet, car certains jours de
tempête, les avions ne peuvent se poser sur les pistes d'atterrissage ! Pour ce qui est de la
presse francophone, les magasins de journaux proposent essentiellement Le Monde et Le
Figaro.
Magazines. En France, la revue généraliste Les Iles, disponible dans tous les kiosques, est
consacrée aux îles du monde entier et publie régulièrement des articles sur les îles
AngloNormandes. Vous pourrez également consulter le magazine du conseil régional de
BasseNormandie et la Revue de la Manche. Les amateurs de décoration et d’architecture pourront
jeter un œil à la revue Côté Ouest.
RadiosDeux stations privées : IslandFM sur 104,7 FM avec émission en vieux Français Normand
"Dgernsiey" le samedi matin, et Channel 103 à Jersey sur 103,7 FM. Bien sûr BBC Radio1,
2,3, 4 et BBC Radio Jersey sur 88,8 et Guernsey sur 93,2. Pour les Français qui ne parlent
pas anglais on peut capter en FM France Info et Radio France Basse Normandie Cotentin.
Télévision
Les îliens reçoivent une quinzaine de chaines TNT anglaises dont la BBC1 (news locales à
18h25 et 22h25), 2, 3, 4, Channel TV avec news locales à 18h, etc. La plupart des Iliens sont
équipés de paraboles Freesat ou Sky, grâce auxquelles l'on peut recevoir jusqu'à 850 chaines
de télé.
Peinture et arts graphiques
Eclatants de beauté, les paysages des îles inspirent, comme ils l’ont toujours fait, de
nombreux artistes peintres. A commencer par Victor Hugo, dont certains dessins sont exposés
à Hauteville House et au musée Victor Hugo à Paris. Invité par l’écrivain, Renoir a peint la vue
panoramique de Guernesey, dominant la baie de Moulin Huet. William Turner représenta sur
l’une de ses toiles la coupée de Sercq. Aujourd’hui encore, de nombreux artistes sont installés
dans les îles, séduits par leurs paysages lumineux et colorés. Des voyages de groupe pour
peintres sont également organisés sur place.
Festivités
Avril
Guernesey
Festival d’histoire vivante – Week end de Pâques.
Le château Cornet (Castle Cornet), accueille le Festival d’Histoire Vivante de Pâques. Grâce à
« Guernsey History Action Company » et à la participation des îliens revêtus de costumes
d’époque, les visiteurs revivent des scènes de l’histoire de l’île.
Informations : www.heritageguernsey.com
FESTIVAL D'HISTOIRE VIVANTE (GUERNESEY)
www.heritageguernsey.com
Week-end de Pâques.
Le château Cornet (Castle Cornet), accueille le Festival d’Histoire Vivante de Pâques. Grâce à
Guernsey History Action Company et à la participation des îliens revêtus de costumes
d’époque, les visiteurs revivent des scènes de l’histoire de l’île.
Mai
CÉLÉBRATION DU JOUR DE LA LIBÉRATION (GUERNESEY)
Le 9 mai.
Dans les îles, ce jour historique célèbre le retrait des forces allemandes en 1945. Au
programme : défilés en costume d’apparat et feu d’artifice.
Informations : www.visitguernsey.com
CÉLÉBRATION DU JOUR DE LA LIBÉRATION (JERSEY)
9 mai.
Rejoignez les îliens pour célébrer la libération des îles de l'occupation des forces allemandes
en 1945. Au programme : activités variées, accès au bunker WWII et cérémonie
commémorative.
Informations : www.jersey.com
FESTIVAL DE LA COMÉDIE (GUERNESEY)
Du 25 mai au 2 juin
Le Guernsey Festival of Comedy met en scène des comédiens humoristes anglais et
internationaux, propose des soirées one-man-show, projette des grands classiques decomédie et des avant-premières du festival d’Edimbourg.
Informations : www.happyguernsey.com
FESTIVAL DE LA PHOTOGRAPHIE (GUERNESEY)
www.guernseyphotographyfestival.com
Du 17 mai au 15 juin.
Festival photographique annuel qui expose des œuvres en plein air et en intérieur à travers St
Peter Port. Activités communautaires, concours, ateliers et conférences sont également
prévus.
FESTIVAL DES FRUITS DE MER (AURIGNY)
www.visitalderney.com/events
Du 5 au 15 mai
Les grands chefs de l'île, les restaurants et les hôtels s'associent pour créer l'un des temps
forts de l'année.
FESTIVAL GASTRONOMIQUE (JERSEY)
www.jersey.com
du 19 au 27 mai
Le Festival gastronomique de Jersey célèbre l'emblématique pomme de terre de l'île, la Jersey
Royal, l'abondance des fruits de mer et les produits laitiers qui font sa renommée. A cette
occasion, les fermes et la laiterie ouvrent leurs portes aux visiteurs. Vous pourrez aussi
participer à des promenades à marée basse, aller à la rencontre des producteurs, et prendre
part à la grande fête gastronomique en plein air qui a lieu à Saint-Hélier.
SEMAINE PRINTANIÈRE DE LA RANDONNÉE (JERSEY)
www.jersey.com/walking
Du 12 au 19 mai.
Explorez Jersey à pied et découvrez ses trésors naturels lors de visites guidées gratuites.
Juin
Jersey
Bloom Floral Festival du 17 au 24 juin
Compositions florales, démonstrations, stands du métier horticole et artisanat. Le manoir de
Samarès accueil ce festival de couleur.
Informations : www.jersey.com
Guernesey
Célébration du Jubilé de la Reine du 2 au 5 juin 2012.
En 2012, le Royaume-Uni célèbre les 60 ans de règne de la Reine Elizabeth II d’Angleterre,
marquant son jubilé de diamant. A cette occasion, Castle Cornet accueille un pique-nique
royal et le musée de Guernesey expose des photographies de la famille royale à travers les
époques. Un service religieux est célébré, la Royal Commonwealth Society organise une
cérémonie du drapeau autour du mât de Weighbridge et un feu d’artifice est tiré de St Peter
Port en fin de journée.
Informations : www.visitguernsey.com
BLOOM FLORAL FESTIVAL (JERSEY)
www.jersey.com
Du 17 au 24 juin.
Compositions florales, démonstrations, stands du métier horticole et de l'artisanat. Le manoir
de Samarès accueille ce festival haut en couleur.
CÉLÉBRATION DU JUBILÉ DE LA REINE (GUERNESEY)
www.visitguernsey.com
Du 2 au 5 juin.En 2012, le Royaume-Uni célèbre les 60 ans de règne de la Reine Elizabeth II d’Angleterre,
marquant son jubilé de diamant. A cette occasion, Castle Cornet accueille un pique-nique
royal et le musée de Guernesey expose des photographies de la famille royale à travers les
époques. Un service religieux est célébré, la Royal Commonwealth Society organise une
cérémonie du drapeau autour du mât de Weighbridge et un feu d’artifice est tiré de St Peter
Port en fin de journée.
Juillet
Jersey
Festival de musique Grassroots le 21 juillet
Un festival qui connait une certaine popularité. Parmi les artistes programmés en 2011 :
Arrested Development, Ben Howard, Backbeat Soundsystem, Mr Bongo Soundsystem... Le
festival se veut "eco event".
Informations : www.grassroots-jersey.com
Guernesey
Le Viaer Marchi le 2 juillet 2012.
Organisé par le National trust of Guernsey, le Viaer Marchi met en valeur la tradition culinaire
de l’île en proposant des dégustations culinaires. Rendez-vous à 17h30 dans le parc de
Saumarez.
Informations : www.goodfoodguernsey.com/events
Festival international de musique Victor Hugo du 16 au 21 juillet 2012.
Ce festival de musique international dédié à l’écrivain prend vie tous les deux ans à St Peter
Port. Tous les styles musicaux sont mis à l'honneur.
Informations : www.vhfestival.com
Tour des Ports de la Manche du 15 au 20 juillet 2012.
La compétition s'élance de 15 juillet St Vaast-la-Hougue pour arriver à Guernesey le 17 juillet.
Rocquaine Regatta, le 28 juillet 2012.
Chaque année, la Régate attire les curieux sur la côte sud-ouest de Guernesey. A cette
occasion, les visiteurs peuvent participer à une multitude d’activités et l’entrée au musée des
épaves, Fort Grey Museum, est gratuit.
FESTIVAL DE MUSIQUE GRASSROOTS (JERSEY)
www.grassroots-jersey.com
Le 21 juillet.
Un festival qui connaît une certaine popularité. Parmi les artistes programmés ces dernières
années : Arrested Development, Ben Howard, Backbeat Soundsystem, M. Bongo
Soundsystem… Le festival se veut un eco event.
FESTIVAL INTERNATIONAL DE MUSIQUE VICTOR HUGO (GUERNESEY)
Du 16 au 21 juillet.
Ce festival de musique international dédié à l’écrivain prend vie tous les deux ans à St Peter
Port. Tous les styles musicaux sont mis à l'honneur.
Informations : www.vhfestival.com
ROCQUAINE REGATTA (GUERNESEY)
Le 28 juillet.
Chaque année, la Régate attire les curieux sur la côte sud-ouest de Guernesey. A cette
occasion, les visiteurs peuvent participer à une multitude d’activités et l’entrée au musée des
épaves, Fort Grey Museum, est gratuit.
TOURS DES PORTS DE LA MANCHE (GUERNESEY)
Mi-juillet.
La compétition s'élance de St Vaast-la-Hougue pour arriver à Guernesey. LE VIAER MARCHI (GUERNESEY)
www.goodfoodguernsey.com/events
Le 2 juillet.
Organisé par le National trust of Guernsey, le Viaer Marchi met en valeur la tradition culinaire
de l’île en proposant des dégustations culinaires. Rendez-vous à 17h30 dans le parc de
Saumarez.
Août
Jersey
Battle of Flowers Grand Day Parade le 9 août.
Le carnaval de la Bataille des Fleurs est l'un des temps forts du calendrier estival. Au
programme : défilé de chars, fête foraine, musique et dance. L'un des événements clés du
calendrier estival ! Le 10 août, les chars défilent au clair de lune.
Informations : www.battleofflowers.com
Guernesey
Marchés de Normandie du 25 au 27 août 2012.
Les producteurs normands sont invités sur l'île pour partager leurs produits et leur amour
culinaire avec les îliens.
Informations : www.goodfoodguernsey.com/events
JERSEY BATTLE OF FLOWERS GRAND DAY PARADE
www.battleofflowers.com
9 août
Le carnaval de la Bataille des Fleurs est l'un des temps forts du calendrier estival. Au
programme : défilé de chars, fête foraine, musique et danses. L'un des événements clés du
calendrier estival ! Le 10 août, les chars défilent au clair de lune.
MARCHES DE NORMANDIE (GUERNESEY)
www.goodfoodguernsey.com/events
Du 25 au 27 août.
Les producteurs normands sont invités sur l'île pour partager leurs produits et leur amour
culinaire avec les îliens.
Septembre
Jersey
er Jersey Live Festival du 1 au 2 Septembre.
Un festival qui attire les foules ! Parmi les artistes présents sur scène au cours des six
dernières années figurent : Basement Jaxx, The Prodigy, Kasabian, Snow Patrol, The Kooks,
Dizzee Rascal, The Fratellis, The Zutons, Razorlight, Paul Weller et Kate Nash.
Informations : www.jerseylive.org.uk
Fête aéronautique internationale de Jersey le 13 Septembre.
Le temps d'une journée, pour le bonheur des petits et des grands, le ciel de Jersey devient le
terrain de jeu d'oiseaux d'acier. L'un des plus grands metting aériens d'Europe.
Informations : www.jerseyairdisplay.org.uk
Semaine d'automne de la randonnée du 15 au 22 septembre.
Admirez les couleurs de l'automne à Jersey et participez gratuitement à un programme de
promenades en campagne en compagnie de guides professionnels. Ne manquez pas la
randonnée « Around Island Walk » , celle du pourtour de l'île.
Informations : www.jersey.com
Guernesey
Festival littéraire du 13 au 16 septembre 2012.Le temps d'un week-end, Guernesey se consacre à la littérature. Les visiteurs peuvent alors
découvrir la tradition riche et passionnée de Guernesey pour la littérature, le folklore et
l’histoire à travers l’écriture, la lecture, la prose et la poésie.
Informations : www.arts.gg/index.php/guernsey-literary-festival
FESTIVAL AÉRONAUTIQUE INTERNATIONAL DE JERSEY
www.jerseyairdisplay.org.uk
Le 13 septembre.
Le temps d'une journée, pour le bonheur des petits et des grands, le ciel de Jersey devient le
terrain de jeux des oiseaux d'acier. L'un des plus grands meetings aériens d'Europe.
FESTIVAL LITTÉRAIRE (GUERNESEY)
www.arts.gg/index.php/guernsey-literary-festival
Du 13 au 16 septembre.
Le temps d'un week-end, Guernesey se consacre à la littérature. Les visiteurs peuvent alors
découvrir la tradition riche et passionnée de Guernesey pour la littérature, le folklore et
l’histoire à travers l’écriture, la lecture, la prose et la poésie.
JERSEY LIVE FESTIVAL
1 et 2 septembre
Un festival qui attire les foules ! Parmi les artistes présents sur scène au cours des six
dernières années figurent : Basement Jaxx, The Prodigy, Kasabian, Snow Patrol, The Kooks,
Dizzee Rascal, The Fratellis, The Zutons, Razorlight, Paul Weller et Kate Nash.
Informations : www.jerseylive.org.uk
Octobre
Jersey et Guernesey
er Tennerfest du 1 octobre au 12 novembre 2012.
A l’occasion de ce festival gastronomique, restaurants, cafés, pubs et hôtels des deux îles
vous proposent de découvrir les spécialités culinaires locales et une cuisine contemporaine à
petits prix. Au menu : poissons, fruits de mer et crustacés ou encore le traditionnel “bean
crock” (haricots, poitrine de porc, oignons, herbes)...
Informations : www.tennerfest.com
TENNERFEST
www.tennerfest.com
erDu 1 octobre au 12 novembre.
A Jersey et Guernesey. A l’occasion de ce festival gastronomique, restaurants, cafés, pubs et
hôtels des deux îles vous proposent de découvrir les spécialités culinaires locales et une
cuisine contemporaine à petits prix. Au menu : poissons, fruits de mer et crustacés ou encore
le traditionnel bean crock (haricots, poitrine de porc, oignons, herbes)...
Décembre
Jersey
er La Fête de Noué du 1 au 16 décembre.
Jersey s'illumine en prévision des fêtes de fin d'année. Les rues de St Hélier scintillent de
guirlandes, les artistes de rue se donnent en spectacle, le marché traditionnel prend place et
les magasins font nocturne. Pour découvrir l'histoire de l'île ou ses beautés naturelles,
n'hésitez pas à vous inscrire à l'une des promenades guidées.
FÊTE DE NOUE (JERSEY)
Du premier au 16 décembre.
Jersey s'illumine en prévision des fêtes de fin d'année. Les rues de St Hélier scintillent de
guirlandes, les artistes de rue se donnent en spectacle, le marché traditionnel prend place etles magasins font nocturne. Pour découvrir l'histoire de l'île ou ses beautés naturelles,
n'hésitez pas à vous inscrire à l'une des promenades guidées.
Cuisine locale
Pendant la saison estivale, c'est plus d’un million de visiteurs, résidents ou visiteurs de
passage dans les îles, qu’il faut nourrir. Pour faire face à cette demande gigantesque, de très
nombreux établissements ont ouvert au cours des 10 dernières années. On compte
aujourd’hui dans les îles environ un restaurant pour 170 habitants. La plupart sont de bonne
qualité et certains, même, de renommée internationale. Vous avez donc l’embarras du choix.
Avec plus de 300 restaurants, cafés et cafétérias, et plus de 400 hôtels-restaurants ou
pensions de famille, vous trouverez forcément cuisine à votre goût ou adaptée à votre bourse.
Hors saison, beaucoup restent ouverts pour satisfaire la demande locale. En effet, les îliens
aiment vraiment sortir, et les pubs comme les restaurants sont fréquentés toute l’année. Dans
les nombreux restaurants de bord de mer, pensez à réserver une table côté fenêtre. L’accueil
se révèle en général gentil et chaleureux. Il n’est cependant pas exclus de tomber sur un
restaurateur peu courtois auquel votre tête de touriste ne reviendrait pas…
Produits caractéristiques
La mer et la campagne environnantes offrent généreusement d'excellents produits frais :
poissons, crustacés, fromages et crème fraîche, les fameuses tomates de Guernesey
(Guernsey Tom), savoureuses pommes de terre nouvelles de Jersey (Jersey Royals –
connues comme l’équivalent de nos Noirmoutier outre-Manche), courgettes, céleris, haricots et
oignons. Ces produits parfument les soupes de légumes, les pot-au-feu et la poitrine de porc.
Les îles proposent une cuisine traditionnelle avec des plats familiaux, comme la Jersey bean
crock, une potée qui cuit à feu doux pendant plusieurs heures.
Le tout est souvent accompagné de beurre fondu ou de crème fraîche crue ou cuite produite
par les vaches de l’archipel. Signalons pour terminer que le déjeuner du dimanche revêt une
importance toute particulière. Ce jour-là, de nombreux restaurants et hôtels proposent un
menu traditionnel avec une viande rôtie, en général de l’agneau, suivie d’un dessert. Et puis, il
y aussi les bonnes recettes des grand-mères que vous ne pourrez déguster que si vous êtes
invité chez les îliens. Voici quelques exemples de friandises auxquelles il est souvent difficile
de résister : du podîn d’cârotte, du pain sus eune fielle dé chour, des fliottes ou encore d’la
gâche dé cannelle.
Informations sur les productions locales auprès des offices de tourisme. Ou, pour Jersey,
sur Internet : www.genuinejersey.com
Poissons et fruits de mer
Les eaux des îles, riches en plancton grâce au Gulf Stream, nourrissent une flore et une faune
abondantes. Un bon nombre de restaurants sont spécialisés dans la cuisine des fruits de mer
et des poissons locaux : congres, homards, langoustes, langoustines, lottes, moules, soles,
mulets, bars ou rougets, crabes ou toutes sortes de coquillages. Les poissons peuvent aussi
être conservés dans du sel, à l’exemple de la morue séchée ( « d’la mouothue sècque » ). A
Guernesey, on produit de délicieuses huîtres, à ne pas manquer en automne et en hiver, de
septembre à avril. Le mollusque le plus recherché est l’ormer : apparenté à l’ormeau, il est
inconnu dans les eaux des autres îles Britanniques. Très rare, c’est un délicieux mets
gastronomique. Un programme d’exploitation a été mis en place pour s’assurer de sa survie.
Sa pêche n’est autorisée que pendant la pleine lune et les 3 jours qui la suivent. Poissons et
fruits de mer s’agrémentent de savoureuses petites pommes de terre nouvelles, de tomates,
de courgettes ou de céleris cultivés sur place. Ne manquez pas les sandwichs de crabe ou de
crevettes avec un peu de mayonnaise. C’est absolument délicieux.
Bean Crock
Ce plat est un genre de ragoût. C’est un mélange de plusieurs espèces de haricots, de pieds
de porc, d’oignons et d’herbes aromatiques. Autrefois, il était servi le dimanche au petitdéjeuner. A Guernesey, il est encore préparé tous les premiers lundis de juillet, lors de la
merveilleuse fête du Viaer Marchi (vieux marché).
Pâtisseries
En plus des traditionnels apple pie et des scones anglais, vous pourrez vous régaler de Jersey
Wonders et de Guernsey gosh, des spécialités des îles.
La Jersey Wonder, ou merveille de Jersey, est une sorte de beignet légèrement torsadé qui
ressemble un peu au Doughnut anglais, mais qui n’est ni fourré ni recouvert de sucre. Les
merveilles se cuisent traditionnellement à marée descendante car, à marée montante, l’huile
déborderait de la poêle…
On n’oubliera pas le fudge, cette pâte fondante et grasse, au goût de pomme, d’ apple
brandy ou autres. Délicieux.
Le Guernsey gosh (ou gâche de Guernesey), ne ressemble en rien à la gâche normande.
C’est une sorte de brioche aux raisins à mi-chemin entre un pain aux fruits et un gâteau.
Tartinez-le avec du beurre doré du coin, c’est délicieux.
Le beurre noir
(Black Butter, ou Nier beurre, en jèrriais)
C’est une sorte de marmelade dont la teinte varie du noir au chocolat. Sa recette remonterait à
plusieurs centaines d’années et disparaît peu à peu de la cuisine jersiaise. C’était autrefois,
au mois de novembre, l’occasion de faire la fête autour d’une grande bassine de cuivre où
mijotait à feu doux un mélange de pommes douces, de citrons, de réglisse, de cidre et de
sucre. La cuisson durait une bonne journée et, même la nuit, chacun se relayait pour remuer la
délicieuse potion à l’aide d’une grande cuillère, appelée le moueux. La quantité de pommes à
éplucher était tellement importante que l’on invitait les voisins et les amis pour en venir à bout.
On décorait la pièce et le travail était accompagné de chants et de jeux.
Les produits laitiers
Le lait des îles Anglo-Normandes, et notamment celui de Jersey, est réputé très riche. Cette
île est d'ailleurs autosuffisante en production de lait. Le beurre, la crème, les glaces et les
yaourts sont ainsi excellents consommés tels quels ou cuisinés. Profitez-en autant que vous le
pouvez, car ces produits laitiers locaux sont peu exportés.
Vins
Jersey est très fière de son doux climat qui permet à son unique vigne de pousser. Mais
soyons honnêtes, la surface est limitée et la production modeste, autant pour la quantité que
pour le goût. C’est avant tout une production folklorique, mais qui a le mérite d’exister. Les
locaux lui préfèrent de loin la bière. Les vins produits correspondent rarement aux goûts
français. En revanche, vous serez sans doute agréablement surpris par les vins mélangés
raisins-pommes.
Cidre et pommes
A Jersey au mois d’octobre, les pommes et le cidre sont à la fête dans le cadre du festival « La
Faîs’sie d’Cidre » . Au musée Hamptonne, de nombreuses activités sont organisées :
découverte des 20 variétés de pommes de l’île, concours de dessin de pomme ou du bâtiment
du Hamptonne, histoire du cidre à Jersey… A The Elms (Saint Mary) on assistera à la
fabrication du cidre (techniques, poèmes), du black-butter et à l’enseignement de recettes à
base de pommes. La Mare Vineyards présente la fabrication du cidre. Pour connaître les
dates, horaires, réserver, contactez l’office du tourisme.
Bière
On en consomme beaucoup dans les pubs. Les bières anglaises sont souvent à l’honneur,
parfois imbuvables (c’est de l’eau), parfois surprenantes. Des bières étrangères sont aussi
proposées : Budweiser, Heineken, Guinness, Grolsch. Dans les meilleurs pubs, on propose le
meilleur des bières anglaises, souvent introuvables et méconnues en France. A vous
d’essayer. La brasserie la plus connue des îles Anglo-Normandes est celle de Bucktrout, àGuernesey. Elle produit notamment la Sunbeam Bitter ou la Braye Mild Ale.Deux mets très recherchés : l’ormeau et le congre
L’ormeau, ormer ou encore oreille de Saint-Pierre (Haliotis tuberlucata, en latin) fait partie, tout comme
l’escargot et la limace, de la famille des gastéropodes. Leur pied est large et aplati et la coquille, aplatie
également, avec plusieurs trous, est de couleur brun rougeâtre au-dessus et nacrée en-dessous.
Le congre, également très recherché, peut atteindre près de 2 m de long. Il ressemble un peu à une
anguille, son corps est long et effilé. Ses dents sont acérées et peuvent trancher le doigt d’un pêcheur
maladroit. On le rencontre parmi les rochers et les épaves, très rarement en pleine mer. Les îliens en font
de très bonnes soupes appelées en anglais Conger Soup et en jèrriais d’la soupe d’andgulle. C’est la tête
et la queue du poisson qui donnent son goût si relevé à ce plat typique de Jersey.
Sauver les produits locaux
La plupart des denrées alimentaires à Jersey sont importées. Néanmoins, l’agriculture locale permet de
subvenir aux besoins de la population en lait et pommes de terre notamment. Ces deux productions font
partie des fiertés locales et sont très réputées dans le Royaume-Uni. D’autres produits : fruits (pommes,
tomates), viande (agneau), alcools (vin, cidre), fruits de mer, légumes (courgettes, salades et même des
champignons Shitake), mais aussi fleurs, poteries, etc., font eux aussi partie des productions locales
réputées, mais menacées par les importations.
A Jersey on a donc décidé de créer Genuine Jersey. Sous ce label (Product of Jersey) sont regroupés
les produits d’agriculteurs, pêcheurs et artisans locaux. Pour pouvoir bénéficier de cette étiquette rouge, il
faut suivre des critères stricts. Mais il ne suffit pas de fabriquer et d’afficher l’origine, il faut aussi vendre
et « faire vivre » ces productions. Parallèlement, ces produits Genuine Jersey sont donc mis en avant par
l’office du tourisme notamment. Les restaurants affichent le logo lorsqu’ils utilisent ces produits dans leurs
menus. Et on peut même passer des commandes depuis l’étranger via Internet
(www.genuinejersey.com). Un bon moyen de préserver les traditions locales.
Habitudes alimentaires
Les repas
Petit déjeuner
Dans les hôtels et les pensions de famille, vous avez le choix entre le petit déjeuner continental et le petit
déjeuner anglais, servi à table ou en buffet. Ils sont tous deux très copieux et proposent en général, à volonté,
thé, café, chocolat, jus d’orange, lait, fromage blanc, toast, muesli ou autres types de céréales, sans oublier le
délicieux beurre orangé des îles et, plus original et typiquement anglais, l’assiette de bacon, les petites
saucisses, les œufs, les champignons, les pommes de terre et les tomates cuites.
Déjeuner
Le repas de midi n’est généralement pas très copieux. Les îliens se contentent souvent d’un sandwich ou d’un
repas rapide dans un pub ou un café. Sauf le dimanche, jour où le déjeuner est une institution.
Cream Tea, à l’heure du thé
Comme chez tous les Britanniques, l’heure du thé est sacrée dans les îles. Alors, entre 15h30 et 17h30,
abandonnez-vous à la coutume locale du Cream Tea, confortablement installé sur une terrasse face à la mer ou
dans la salle de restaurant de l’un des grands hôtels des îles. Commandez un thé accompagné de scones
nappés de beurre et de confiture et, si vous êtes vraiment gourmand, laissez-vous également tenter par une
coupe de fraises ou de framboises à la crème fraîche des îles. Un régal pour les yeux et le palais. Les produits
laitiers confectionnés à partir du lait des vaches locales sont exceptionnels. Le pourcentage élevé de matière
grasse donne au beurre et à la crème une couleur orangée. Il faut dire que les vaches sont ici particulièrement
choyées : les fermiers, dit-on, les brossent avec soin et, à la nuit tombée, les recouvrent d’une couverture de
laine.
Dîner
Les habitants des îles sont à l’heure anglaise. Les îliens finissent leur journée de travail à 17h, prennent la
direction du pub pour boire une bière, puis dînent vers 19h. C’est pour cette raison que la plupart des restaurants
ferment tôt et ne servent plus après 21h30. Le dîner est copieux et comprend souvent du poisson ou de la
viande, des féculents et des légumes.
Les modes de restauration
Les restaurants
Il existe 2 types de restaurants sur les îles : ceux de première catégorie, assez chers – où vous devrez
généralement vous rendre « habillé » » , la cravate étant souvent obligatoire – et les brasseries, qui sont plus
abordables. Pour les meilleurs restaurants, il est préférable de réserver sa table pour dîner. Ils proposent une
cuisine variée et incluent des spécialités locales et internationales. Les brasseries et pubs sont moins
conventionnels. Vous serez amené à commander votre plat au bar et le serveur viendra l’apporter à votre table.
La plupart des restaurants et brasseries proposent, entre 11h et 14h, un ou plusieurs plats du jour, généralementassortis de pain et de beurre, souvent d’une salade et d’une boisson, pour un prix intéressant. L’été, beaucoup
d’établissements disposent d’agréables jardins, dits Beergardens, où vous pourrez vous installer confortablement
et déguster une nourriture chaude ou froide : délicieux sandwichs au crabe ou aux crevettes, salades, fruits de
mer ou viandes froides. Les amateurs de cuisines lointaines ne sont pas en reste : restaurants indiens, chinois,
thaï, italiens, portugais, créoles… Pour ceux dont le budget est un peu serré, les fish’n’chips proposent de la
restauration rapide… au goût typiquement britannique.
Les pubs ou public houses
En semaine, ils sont généralement ouverts de 9h à 23h (à Guernesey de 10h à 23h45 ; à Aurigny de 11h à 14h
et de 17h à minuit) et les dimanches de 11h à 13h et de 16h30 à 23h. Leur accès est interdit aux mineurs, mais
les enfants accompagnés de leurs parents sont souvent les bienvenus. Véritables pubs de marins, certains
edatent du XVI siècle. Vous y rencontrerez quelques-unes des gueules du coin. La plupart de ces
établissements possèdent un charme fou : poutres apparentes patinées, cheminée et objets en cuivre en
constituent généralement le décor. Il est rare de pouvoir voir ce qui se passe à l’intérieur depuis l'extérieur, les
vitres étant opaques ou occultées par des rideaux. On y vient déguster un plat du jour à l’heure du déjeuner ou
tout simplement s’attabler pour boire un verre, dans une ambiance décontractée. Les joueurs peuvent s’adonner
aux fléchettes, au snooker, à des jeux vidéo, aux cartes et aux fameux fruits machines. Au comptoir, plus propice
aux rencontres, les îliens, très chaleureux, ne manqueront pas de vous adresser la parole. N’hésitez pas à offrir
un verre à vos compagnons d’un soir. Les commandes doivent être faites et payées au comptoir, n’attendez donc
pas qu’on vienne vous servir à table.
Ces endroits proposent un grand choix de bières à la pression, du cidre, du vin, des spiritueux de toutes sortes et
des boissons non alcoolisées. Laissez-vous tenter par un irish coffee nappé de crème des îles, ou par une
liqueur à la crème de Guernesey, un mélange de cognac, d’Amaretto et de cette fameuse crème onctueuse. Les
bières se boivent tièdes et sont un peu moins alcoolisées que sur le continent, certaines se révèlent très
mousseuses, mais pas une mousse aigre comme chez nous, elle est presque sucrée. On distingue la light ale
(blonde), la brown (brune), la old ou la stout, très sombre, et la barley wine, la plus forte. Les îliens fabriquent
encore leur propre bière dans des brasseries traditionnelles, que vous pouvez d’ailleurs visiter. La bière à la
pression se dit draught, à prononcer [draft]. Faites votre choix entre les différentes poignées de céramique ou de
cuivre qui ornent le comptoir. La mesure habituelle est la pint (50 cl), mais si vous ne vous sentez pas de taille,
choisissez plutôt une half pint. Le dimanche, les pubs acceptent de servir des boissons alcoolisées à condition
qu’elles accompagnent un repas. Le soir, vous pourrez boire tranquillement jusqu’au last call. En effet, à l’heure
de la fermeture, une clochette, ou une sonnette, annonce la fermeture, quand le barman ne crie pas lui-même :
« Last orders, please. » Vous n’avez alors plus que 10 minutes pour quitter les lieux…
Acheter ses produits frais
Rien ne vaut le marché. Il a lieu tous les jours à Saint Peter Port et à Saint Hélier, dans les halles qui lui sont
réservées au centre-ville. Côté fruits et légumes, il ne vous faudra pas manquer les pommes de terre nouvelles
de Jersey, les fraises ou encore les tomates de Guernesey.
Sur les marchés de poissons, le visiteur pourra se régaler de poissons et de fruits de mer d’une
exceptionnelle fraîcheur. Au menu vous trouverez soles, bars, mulets, rougets, crabes, homards et coquillages
pêchés chaque matin et présentés quelques heures plus tard dans vos assiettes.
Les supermarchés ne se trouvent que dans les grandes villes. Cependant vous trouverez facilement des
magasins de proximité, plus chers, où vous pourrez acheter tout ce dont vous avez besoin : des produits frais,
des journaux et encore de la lessive.
Les îliens ne font que 2 véritables repas par jour : le petit déjeuner ( breakfast) copieux, accompagné d’œufs et de
lard, et un dîner, servi vers 19h. Le Cream Tea de 17h permet de faire face à un « petit creux » dans l’après-midi.
Tabac
On trouve des paquets de cigarettes dans les distributeurs, les supermarchés ou chez les marchands
d’alcool. Même tard dans la nuit, vous pourrez vous en procurer dans les pubs et les boîtes de nuit, mais
il est interdit d’y fumer.
Avis aux gourmets
Avis aux amateurs de gastronomie : les îles organisent des festivals culinaires où les chefs rivalisent
d’imagination et de savoir-faire pour promouvoir leurs restaurants.
Mai – Festival gastronomique de Jersey.
Le Festival gastronomique de Jersey célèbre l'emblématique pomme de terre de l'île, la Jersey Royal,
l'abondance des fruits de mer et les produits laitiers qui font sa renommée. A cette occasion, les fermes
et la laiterie ouvrent leurs portes aux visiteurs. Vous pourrez aussi participer à des promenades à marée
basse, aller à la rencontre des producteurs, et prendre part à la grande fête gastronomique en plein air
qui a lieu à Saint Hélier.
Mai – Le Festival de fruits de mer d'Aurigny.L'île d'Aurigny est fière de sa gastronomie. En mai, les grands chefs, restaurants et hôtels de l'île
s'associent pour créer l'un des temps fort de l'année. Les mets les plus fins sont servis dans les
restaurants participants : homard, crabe, moules...
Informations : www.visitalderney.com/events
Juillet – Le Viaer Marchi à Guernesey.
Organisé par le National trust of Guernsey, le Viaer Marchi met en valeur la tradition culinaire de l’île avec
des dégustations culinaires variées.
Informations : www.goodfoodguernsey.com/events
Août – Marchés de Normandie à Guernesey.
Les producteurs normands débarquent à Guernesey pour partager leur amour culinaire aux îliens.
Informations : www.goodfoodguernsey.com/events
Octobre-Novembre – Tennerfest.
Les gastronomes se précipiteront dans les îles en octobre et novembre, à l'occasion de ce festival, après
la saison touristique. A cette période, la plupart des restaurants (de toutes catégories) proposent des
menus complets à de petits prix. Une aubaine !
Informations : www.tennerfest.com
Octobre – Fabrication du beurre noir à Jersey.
Rejoignez le National Trust for Jersey lors de la fabrication du fameux beurre noir. L'occasion de passer
du statut de visiteurs à celui d'acteur en mettant la main à la pâte : pellez les pommes tout en apprenant
l'histoire et la tradition du beure noir.
Informations : www.nationaltrustjersey.org.je
Recettes
Jersey Wonders
Ingrédients : 100 g de beurre • 3 œufs • 180 g de sucre • 500 g de farine • levure de pâtissier • une pincée de
sel • huile de friture.
Préparation : malaxez le beurre jusqu’à le rendre crémeux. Ajoutez-y les œufs puis incorporez peu à peu la
farine. Versez le sucre et mélangez bien avant d’ajouter enfin la levure. La pâte est prête, placez-la telle quelle
sur un moule, recouvrez-la d’un linge légèrement mouillé et laissez reposer et gonfler 2 bonnes heures. Farinez
vos mains et confectionnez de petites boules de pâte de la taille d’une balle de golf. Faites un trou au centre,
étirez la pâte et torsadez-la légèrement. Comme pour des beignets, plongez les morceaux de pâte dans l’huile
bouillante de votre friteuse.
Les ormeaux
La recette de base consiste à les ôter de leur coquille, à les nettoyer, puis à taper dessus avec un marteau pour
les assouplir avant de les rouler dans la farine. Ils sont ensuite frits au beurre des îles dans une poêle, et sont
laissés à mijoter plusieurs heures jusqu’à ce qu’ils soient tendres. On peut ensuite ajouter des oignons, du bacon
et un peu de vin blanc sec, le tout accompagné d’une petite touche d’ail. Un délice…
La lotte préparée
par un chef cuisinier de Guernesey
Ingrédients pour 2 personnes : 450 g de lotte • 4 tranches de lard coupées en dés • 10 pointes d’asperges •
10 oignons grelots ou échalotes • 2 patates douces • 100 g de beurre • 2 verres de vin rouge • 100 ml de crème
double • 100 ml de fumet de poisson.
Préparation : saisissez la lotte dans une cocotte bien chaude allant au four, avec le beurre, les oignons grelots
et les lardons. Lorsque la lotte est bien dorée, mouillez avec le vin rouge et le fumet. Mettez la cocotte dans un
four préchauffé à 180 °C, thermostat 6-7 pendant 8 à 10 minutes jusqu’à ce que le poisson soit ferme au
toucher. Pendant ce temps, coupez les patates douces en dés et faites-les cuire dans de l’eau bouillante salée.
Otez la lotte de la cocotte et conservez au chaud. Ajoutez la crème, les patates et les asperges dans la cocotte.
Remuez à feu moyen. Lorsque la crème a bouilli et épaissi, le plat est prêt. Transférez les légumes et les lardons
dans des assiettes creuses chaudes et disposez la lotte coupée en tranches sur le dessus. Dégustez !
Jeux, loisirs et sports
Disciplines nationales
Les plages, les chemins, la mer, les pelouses des stades, les pubs, les complexes sportifs sont autant de lieux où
les îliens pratiquent les sports. Les disciplines évoquées ci-dessous ne sont évidemment pas réservées aux
touristes. Les îliens parcourent leur territoire en marchant et nageant, en surfant, à cheval. Ils se retrouvent
chaque samedi dans des complexes sportifs très modernes pour s’affronter ou tout simplement prendre du bon
temps. Rendez-vous le samedi à Jersey, au Quennevais Sport Complex pour comprendre l'engouement des
îliens pour le sport. A l’entrée du parking, un panneau affiche les matchs du jour : les 6 terrains de foot
accueillent les matchs de championnat local, sur le terrain de hockey sur gazon des jeunes filles en jupettes'affrontent, autour de la piscine les parents encouragent leurs enfants lors d’une compétition de natation
interscolaire.
Courses hippiques
Vous aurez certainement l’occasion de voir des cavaliers et leurs montures aller au pas dans les petits chemins
ruraux des îles ou se griser en galopant le long des plages. Le cheval est un compagnon idéal pour visiter les
îles. Les courses de chevaux sont également appréciées des locaux. Celles courues en France ou en Angleterre
font, bien sûr, l’objet de nombreux paris. Neuf journées hippiques ont lieu entre avril et septembre à Landes
Racecourse sur les landes au nord de Saint-Ouen à Jersey.
Jeux de pubs
Les hommes (mais pas seulement) des îles fréquentent assidûment les pubs, surtout hiver. Ils ne s'y rendent pas
uniquement pour boire ou regarder le football. Ils s'adonnent au snooker et aux fléchettes, une discipline très
prisée dans les îles Britanniques. Ces deux activités sont fréquemment diffusées à la télévision. Et des concours
internationaux sont d'ailleurs organisés à Jersey ou Guernesey.
Football
Le football est évidemment le sport le plus populaire et le plus pratiqué dans les îles. Il est ici pratiqué sur des
stades aux pelouses impeccables et « consommé » dans les pubs qui tous, à quelques exceptions près, sont
équipés d’écrans géants diffusant les matches de Premier League ou de Ligue des Champions. Les fans de foot
se scindent en quatre groupes : les supporters d'Arsenal, de Manchester United, des Rangers ou du Celtic.
Jersey, la plus grande île, possède son propre championnat. Les équipes portent les noms des paroisses, des
noms classiques des équipes de sport britanniques (Wanderers), ou encore liés à une communauté (Portuguese,
Scottish…). A Jersey, on se rendra soit au stade de Springfield à Saint-Hélier, le plus grand des îles, soit sur la
plaine sportive des Quennevais à Saint Brelade. Sur cette dernière, le samedi, les nombreux clubs de l’île
s’affrontent. Jeunes, vétérans, bons joueurs ou exécrables pratiquants qui ne jouent qu’en kick and rush s’y
rencontrent toute la journée. A l’entrée du parking, un panneau indique les matchs du jour. Le reste de la
semaine, les goélands et les mouettes s’approprient ces gazons gras. Jersey accueille aussi pendant une
semaine en août un tournoi international d’équipes de – de 21 ans. Des équipes de Premier League ou de
grands clubs européens le fréquentent régulièrement.
Jeux de cartes
Les îliens jouent beaucoup aux cartes. Le Whistdrive, le jeu le plus prisé, fait l’objet de concours, voire de matchs
entre différentes paroisses (dans les incontournables salles paroissiales bien sûr). Comme la belote en France,
ces jeux sont l’occasion pour les habitants (souvent d'un certain âge) de se rencontrer.
Paris sportifs
Comme partout en Angleterre, ici on aime parier. Sur le football anglais et international, sur les courses
hippiques, sur un peu tout en fait. Dans toutes les villes, les hommes se pressent en nombre dans les centres de
paris. Aurigny est étroitement lié à cette activité puisque de nombreuses sociétés de paris sportifs y sont basées,
attirées par l’absence de taxes et des conditions volontairement facilitées.
Rugby
Faute de joueur, le championnat local est beaucoup moins développé que celui de football. En milieu scolaire, le
rugby reste cependant très populaire. Le meilleur club de l’île est le Jersey Rugby & Football Club, qui évolue en
rouge sur son terrain près de l’aéroport. Ce club a fêté ses 125 ans d’existence et évoluait lors de la rédaction, en
haut du classement du championnat London South West III…
Infos sur Internet : www.jrfc.je
Muratti Vase
Sous ce nom inspiré par une marque de cigarettes célèbre, se cache la compétition de football inter-îles
(Jersey, Guernesey, Aurigny) la plus courue. Cette coupe fut créée il y a plus de 80 ans, à Aurigny.
L’équipe victorieuse du trophée se retrouve directement en finale l’année suivante, et affronte le
vainqueur du match entre les deux autres grandes îles. Aurigny, peu peuplée, a plus de difficulté à
composer une équipe compétitive. Lorsque Guernesey et surtout Jersey peuvent puiser dans de
nombreux clubs paroissiaux ou communautaires, des jeunes prometteurs, des compétiteurs qui jouent en
Angleterre. Le palmarès est sans surprise, Jersey et Guernesey se le partagent intégralement à une
exception près… l’historique victoire d’Aurigny le 29 avril 1920 (1-0 contre Guernesey). Parmi les records
de la compétition, on retiendra la victoire de Jersey sur Aurigny par 18-0 le 19 mars 1934, les 6 titres
d’affilée de Guernesey dans les années 1930 et la supériorité de Jersey de 58 à 65.
On imagine assez la difficulté de constituer une équipe compétitive avec 600 habitants… Mais la victoire
n’est pas forcément la principale motivation. La finale est bien sûr une grande fête. Sur le terrain, on joue
avec passion. On ne se prend en revanche pas forcément au sérieux en dehors dans les gradins (quand
il y en a).
Les « jeux olympiques » des îles

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