L'Etat en France de 1789 à nos jours

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Le très petit nombre des travaux consacrés à l'histoire de l'État français contraste singulièrement avec la vigueur des jugements qui s'expriment à son propos.


D'où le décalage : l'État comme problème politique, ou comme phénomène bureaucratique, est au cœur des passions partisanes et des débats philosophiques tout en restant une sorte de non-objet historique.


Ce quasi-vide, Pierre Rosanvallon a voulu commencer à le combler dans cet ouvrage, qui est à la fois bilan et programme. Bilan, il propose une première synthèse des travaux disponibles et offre une vaste bibliographie commentée. Programme, il dessine un nouveau cadre conceptuel pour comprendre l'histoire de l'État.


Rompant avec les approches étroitement quantitatives du poids de l'État et avec les catégories platement descriptives des "domaines d'intervention', ce livre analyse de manière dynamique la façon dont se sont formées et développées les différentes figures du rapport État/société. Il appréhende ainsi successivement le Léviathan démocratique (l'État souverain constitué par la société), l'instituteur du social (l'État producteur de lien social et d'unité), l'État providence (l'État réducteur d'incertitudes) et le régulateur de l'économie (l'État keynésien), en réfléchissant en permanence sur les spécificités du cas français.


Publié le : jeudi 28 mai 2015
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EAN13 : 9782021287745
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L’Age de l’autogestion coll. « Points Politique », 1976 Pour une nouvelle culture olitique (en collaboration avec Patrick Viveret) coll. « Intervention », 1977 La Crise de l’État-rovidence 1981 ; coll. « Points Politique », 1984 Misère de l’économie 1983 Le Libéralisme économique Histoire de l’idée de marché
coll. « Points Politique », 1989
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e e Aux origines de la morale sexuelle occidentale, VI -XI siècles par Jean-Louis Flandrin La Sorcière de Jasmin par Emmanuel Le Roy Ladurie Le Corps et l’Ame e La vie des religieuses au XIX siècle par Odile Arnold Familles Parenté, maison, sexualité dans l’ancienne société par Jean-Louis Flandrin Jeunesse de la grève par Michelle Perrot Les animaux ont une histoire par Robert Delort Théodore Desorgues ou la Désorganisation par Michel Vovelle La Mésopotamie par Georges Roux Le Propre et le Sale par Georges Vigarello Les Communistes français dans leur premier demi-siècle, 1920-1970 par Annie Kriegel avec la collaboration de Guillaume Bourgeois éd. refondue et remaniée Histoire de la vie privée sous la direction de Philippe Ariès et de Georges Duby relié, cinq volumes Le Temps de l’Histoire par Philippe Ariès préface de Roger Chartier Histoire des croquants par Yves-Marie Bercé Le Parti communiste français
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CE LIVRE EST PUBLIÉ DANS LA COLLECTION
L’UNIVERS HISTORIQUE
ISBN 978-2-02-128774-5
© ÉDITIONS DU SEUIL, FÉVRIER 1990
Cet ouvrage a été numérisé en partenariat avec le Centre National du Livre.
Ce document numérique a été réalisé parNord Compo.
INTRODUCTION
Penser l’État
Le très petit nombre des travaux consacrés à l’histoire de l’État français contraste singulièrement avec la vigueur des jugements qui s’expriment à son propos. D’où le décalage : l’État comme problème politique, ou comme phénomène bureaucratique, est au cœur des passions partisanes et des débats philosophiques tout en restant une sorte de non-objet historique. Il est peu de domaines dans lesquels le déséquilibre entre la masse des prises de position et la minceur des travaux érudits soit aussi frappant. L’histoire de l’administration, surtout pour la période postérieure à 1789, reste ainsi un continent à explorer. Seuls quelques pionniers comme Guy Thuillier et Pierre Legendre s’y sont pour l’instant aventurés. Des centaines d’essais sont publiés chaque année pour dénoncer l’emprise de l’État sur la société ou stigmatiser son caractère de classe, alors qu’il ne paraît pas dix ouvrages sérieux d’histoire sur le sujet, qu’il s’agisse d’histoire quantitative ou d’histoire des institutions politiques ou administratives. Prenons un exemple, particulièrement frappant : celui de la fonction publique. Il n’existe aucun travail qui fasse le point sur la croissance du nombre des employés de l’État au e e XIX siècle et au début du XX siècle, alors même que la question de la place des fonctionnaires dans la société est âprement discutée. Les auteurs des manuels d’histoire générale de cette période se contentent de reprendre de façon non critique quelques estimations éparses glanées dans des documents budgétaires ou reprises dans des ouvrages anciens auxquels on a pris l’habitude de se référer sans s’inquiéter des sources sur lesquelles ils s’étaient appuyés. Dans ce seul domaine de l’histoire quantitative de l’État, le retard est ainsi considérable par rapport à l’histoire économique ou sociale. Des efforts de grande ampleur ont été entrepris depuis longtemps pour reconstituer des séries statistiques de production, de prix, de salaires, de taux de croissance ou de productivité alors que les données dont on dispose pour mesurer l’évolution du nombre de fonctionnaires ou des dépenses budgétaires restent approximatives et parcellaires. Ce retard de l’histoire de l’État et de l’administration n’est pas dû au hasard. Il reproduit à l’intérieur du champ de la discipline historique le présupposé dominant d’une question simple, non problématique. Comme s’il n’y avait au fond rien à apprendre à ce propos que l’on ne sache déjà d’une certaine façon ; comme si la plus-value de connaissance apportée par l’érudition n’était à priori susceptible de modifier aucun jugement, de n’entraîner aucun renversement de perspective, de n’avoir aucune conséquence pratique. D’où la préférence donnée à l’histoire des idées dans ce
domaine. On s’attache aux analyses de Benjamin Constant, de Tocqueville, de Louis Blanc, de Marx ou de Hegel, pour y puiser les arguments d’une critique ou d’un plaidoyer, mais on ne ressent pas le besoin d’interroger en lui-même le phénomène étatique dans sa dimension proprementhistorique. C’est d’ailleurs ce qui explique le caractère extraordinairement répétitif de tous les essais consacrés à l’État. Depuis deux siècles, ce sont les mêmes répulsions, les mêmes craintes ou les mêmes revendications qui se formulent dans des termes qui ne varient guère. Tout se passe en effet comme si l’on considérait que l’État n’avait pas véritablement d’histoire, son développement n’étant que la pure reproduction, sans cesse agrandie, d’une figure qui aurait été formée à l’origine. Le but de cet essai est de contribuer à remonter ce courant. Sans trop d’illusions. Car il y a encore beaucoup de thèses à rédiger, de monographies à dresser et de montagnes d’archives à remuer pour songer à rédiger une histoire générale de l’État. Mais le problème est paradoxalement que ces travaux « préalables » ne sont guère entrepris, faute d’une conscience suffisante de leur utilité et de leur urgence. Ce livre a pour objet de rompre ce cercle vicieux. Avec les risques que cela comporte et la modestie que cela requiert. Sa seule ambition est de dégager uneméthodeet de fixer uncadre. Il définit un programme et ne prétend aucunement opérer une synthèse, qui serait nécessairement prématurée, ne pouvant s’appuyer que sur des travaux très parcellaires et incomplets. Il faut le prendre comme une sorte de guide provisoire soumis à la discussion. Aussi n’avons-nous pas hésité à faire court sur un trop grand sujet. Il nous a semblé préférable d’être concis dans l’exposé et de faire suivre ce travail d’une grosse bibliographie commentée de près de deux mille titres, qui permet de baliser le champ des travaux disponibles et de signaler les sujets encore vierges, plutôt que de grossir le propos par une compilation de données fragmentaires.
Les conditions d’une histoire de l’État
Entreprendre une histoire de l’État implique de prendre en compte un certain nombre d’impératifs de méthode qu’il est nécessaire de présenter brièvement en introduction, dans la mesure où ils conditionnent la définition même de l’objet. Nous en distinguerons quatre. 1 .L’impératif de déglobalisation. L’État est trop souvent appréhendé comme un bloc dont on ne parle qu’au singulier, comme s’il était une structure unifiée, une « chose » cohérente. L’approche statistique par la dépense publique, qui est la plus facile à opérer, conduit inévitablement à le comprendre dans ces termes. Si elle a le mérite d’être relativement « neutre » et de ne pas partir d’un à-priori théorique sur la nature de l’État, elle a l’inconvénient d’être fortement réductrice. La question de l’État devient de fait ramenée à celle de sonpoids : on dira qu’il a triplé ou quadruplé, comme si cela suffisait à qualifier ses transformations. On le voit bien aujourd’hui avec l’usage qui est fait de la notion de prélèvements obligatoires. Le débat sur l’État se polarise autour d’un indicateur statistique unique, qui agglomère des données extraordinairement diverses et hétérogènes, et son histoire se ramène à l’élaboration d’une courbe statistique. Cela a deux inconvénients majeurs. Le poids de l’État est tout d’abord confondu avec son degré et ses formes d’intervention dans la société. Il est
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