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L'Europe pèlerine

De
146 pages
L'Organisation mondiale du tourisme estime à 330 millions le nombre de voyageurs intéressés par les lieux de la foi. Les voyages vers des lieux de culte participent de la recherche d'une nouvelle spiritualité au sein d'une société fortement laïcisée. Mais les pèlerinages, phénomènes de mobilité contemporains, s'inscrivent aussi dans la continuité d'une histoire religieuse longue. L'ouvrage réunit une série de textes permettant d'aborder la diversité pèlerine européenne et les dynamiques contemporaines de transformation des pèlerinages.
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Couverture

Cover

4e de couverture

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Ethnologie de l’Europe

 

Ethnologie de l’Europe

Collection dirigée par Jocelyne Bonnet-Carbonell

La collection a pour but de témoigner sur le vécu culturel des Européens, à partir de faits collectés, de documents croisés et de comparaisons révélant continuité et transformations. Collaborent à cette collection des universitaires et des chercheurs francophones associés aux recherches en ethnologie et en historiographie européennes menées par le RéseauEurethno, membre de la fédération européenne des réseaux de coopération scientifique du Conseil de l’Europe.

Déjà parus

Inventions européennes du temps – Temps des mythes, temps de l’histoire, sous la direction de J. Bonnet-Carbonell, 2004.

Fêtes et rites agraires en Europe : métamorphoses ?,sous la direction de J. Bonnet-Carbonell et L. S. Fournier, 2004.Malmorts, revenants et vampires en Europe, sous la direction de J. Bonnet-Carbonell, 2005.

Peurs et risques au cœur de la fête, sous la direction de J. Bonnet-Carbonell et L. S. Fournier, 2007.

Le « petit patrimoine » des Européens, sous la direction de L. S. Fournier, 2008.

La fête du village. Continuités et reconstructions en Europe contemporaine, sous la direction de L. S. Fournier, 2011.

Des bergers en Europe : pratiques, rites, représentations, sous la direction de J. Bonnet-Carbonell, 2012.

Les jeux collectifs en Europe, transformations historiques, sous la direction de L. S. Fournier, 2013.

Patrimoine vigneron européen, œnotourisme et partage du vin, sous la direction de J. Bonnet-Carbonell, 2016.

Titre

Sous la direction de

Laurent Sébastien Fournier

& Fiorella Giacalone

 

 

 

 

 

L’Europe pèlerine
Religion et tourisme

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Copyright

Que soient remerciées les institutions et les instances territoriales qui ont soutenu cette publication :

Regione Umbria

Comune di Perugia

Città di Assisi

ADISU

Università degli Studi di Perugia, Dipartimento di Scienze Politiche

Conseil de l’Europe

IDEMEC UMR 7307 CNRS-Aix-Marseille-Université Ministère de la Culture et de la Communication (France)

Nous remercions vivement Jocelyne Bonnet, présidente-fondatrice du Réseau FER-Eurethno du Conseil de l’Europe, professeur émérite d’ethnologie européenne à l’Université Paul-Valéry de Montpellier, d’avoir dirigé le comité scientifique du colloque qui fut à l’origine de cette publication.

Le 28e colloque international Eurethno, réseau de coopération scientifique en ethnologie et historiographie européennes s’est tenu à Pérouse et Assise (Italie) les 12, 13 et 14 septembre 2014. Son titre fut : Le tourisme religieux en Europe. Saints, pèlerinages, visites et itinéraires interreligieux.

 

 

 

 

© L’HARMATTAN, 2017
5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.editions-harmattan.fr

EAN Epub :978-2-336-79287-3

Dédicace

 

 

En hommage à Kincsö Verebélyi, Professeur émérite d’ethnologie européenne à l’Université Eötvös Löränd de Budapest, spécialiste d’ethnologie hongroise et de folklore. Présidente du Réseau Eurethno pendant de nombreuses années, elle a su conjuguer les héritages intellectuels de l’Est et de l’Ouest de l’Europe.

Sommaire

Sommaire

Avant-propos

Laurent Sébastien FOURNIER

Président du Réseau Eurethno

Ce volume rassemble un ensemble de textes initialement présentés à l’occasion du 28e colloque européen francophone organisé par Eurethno, réseau de coopération en ethnologie et historiographie européennes de la Fédération Européenne des Réseaux du Conseil de l’Europe.

Depuis 1988, Eurethno est une école francophone d’ethnographie, d’historiographie et d’ethnologie comparée formée d’universitaires de différents pays d’Europe qui se rencontrent chaque année en atelier pour échanger leurs résultats sur une recherche thématique donnée et pour en publier les Actes.

Comité de lecture

Dans le cadre du réseau Eurethno :

J. Bonnet-Carbonell, Université Montpellier III,

K. Verebelyi, Université de Budapest,

L. S. Fournier, Université Aix-Marseille,

M. Simonsen, Université de Copenhague.

Extérieurs au réseau Eurethno :

C. Amalvi, Université Montpellier III,

C. Rivière, Université Paris V Sorbonne,

E. Lyle, Université d’Édimbourg,

I. Bianquis, Université de Tours.

Ouvrage publié avec le concours du CNRS et du Ministère de la Culture et de la Communication (France), la mise en page définitive a été réalisée en 2017 par Marie-Véronique Amella pour le compte de l’IDEMEC, UMR 7307 CNRS-AMU.

Le manque de signes diacritiques a empêché les translitérations nécessaires dans certains articles, le lecteur voudra bien nous en excuser.

Les textes publiés le sont sous l’unique responsabilité de leurs auteurs.

Introduction : l’Europe pèlerine

Laurent Sébastien FOURNIER

IDEMEC UMR 7307 CNRS et Aix-Marseille-Université (France)

L’organisation mondiale du tourisme estime à 330 millions le nombre de voyageurs intéressés par les lieux de la foi. Les voyages vers des lieux de culte participent de la recherche d’une nouvelle spiritualité au sein d’une société fortement laïcisée chez des populations souvent urbanisées et déracinées. Mais les pèlerinages, phénomènes de mobilité contemporains, s’inscrivent aussi dans la continuité d’une histoire religieuse longue. L’intérêt de leur étude réside dans ce qu’ils forment des lieux centraux de la circulation des idées et des savoirs. Dans le contexte traditionnel, le pèlerinage est un voyage accompli par dévotion et permettant de réaliser un vœu. Il faut bien des sacrifices, sur des routes souvent dangereuses, pour se rendre dans un lieu saint. La tradition pèlerine de l’Europe, ancrée profondément dans le culte des saints, déborde les frontières du catholicisme et connaît des équivalents dans d’autres mondes religieux. Mais la relation de sympathie entre le fidèle et le saint vers lequel il se rend en pèlerinage demeure. Elle est construite sur le constat de la corporéité du saint, dimension hautement humaine, et sur la vénération des reliques conservées dans les lieux sacrés. Elle constitue ainsi un moyen de médiation entre l’abstraction des représentations religieuses et le caractère concret et profane des activités dévotionnelles qui les accompagnent. Avec le pèlerinage, action concrète de déplacement dans l’espace, le sentiment religieux s’inscrit dans le corps du fidèle qui éprouve ainsi par les sens la force du sacré.

Si le monde protestant a lutté durablement contre le culte des saints et des reliques, il ne faut pas oublier que c’est en Angleterre que fut inventé le tourisme. En Europe, au XVIIIe siècle, le « tour d’Europe » rituel des aristocrates modernes redécouvrant les hauts-lieux de l’Antiquité remplace la tradition pèlerine. Les reliques archéologiques et le culte de l’esprit des lieux renouvellent, avec la naissance du sentiment patrimonial, les anciens voyages religieux. En dépit des changements sociaux qui touchent l’Europe, la pratique du pèlerinage demeure, sous un sens parfois métaphorique mais qui n’en garde pas moins une forte intensité émotionnelle pour les personnes engagées dans ces multiples déplacements. Le voyage touristique, espèce nouvelle de pèlerinage, s’étendra progressivement au cours des XIXe et XXe siècles pour toucher l’ensemble du corps social.

À l’époque contemporaine, il est ainsi possible de parler d’une métaphorisation du pèlerinage et de sa transformation en activité profane. De nos jours, les icônes du rock’n’roll comme Elvis Presley ou Jim Morrison font l’objet de pèlerinages qui amènent leurs « fans » vers leurs tombeaux ou vers les hauts-lieux de leurs carrières artistiques. Mais ces bouleversements et cette extension importante de la notion de pèlerinage ne doivent pas cacher la persistance de formes plus anciennes, grands pèlerinages chrétiens qui continuent d’exister et de se confronter au présent, ou pèlerinages villageois plus modestes revitalisés après quelques décennies d’abandon.

La réflexion sur les pèlerinages rejoint ainsi celle qui concerne les fêtes et des rites traditionnels, dont quelques volumes de la présente collection ont déjà traité. Alors qu’ils semblaient condamnés par l’urbanisation et le lent processus de sécularisation qui a touché l’Europe, les pèlerinages traditionnels ont souvent été remis au goût du jour après une période de relative désaffection. Ravivés par la volonté des fidèles, ils se sont aussi adaptés à la modernité. Ils s’inscrivent dans des dynamiques de valorisation des territoires, offrant la possibilité de créer des « chemins » et des « itinéraires culturels » à fort potentiel touristique. Ils s’adressent à des foules de plus en plus diverses, interculturelles, où les migrants participent et donnent des significations nouvelles aux rites traditionnels. Comme d’autres occasions traditionnelles de rassemblement collectif, ils s’inscrivent dans les problématiques de notre temps et changent sous l’influence des médias et des nouveaux outils de valorisation numériques. Ils témoignent dans un monde globalisé de la persistance de références culturelles anciennes qui sont réinterprétées et réorganisées par les nouvelles générations. Par ailleurs, les croyances dans l’efficacité thérapeutique ou psychologique de certaines figures religieuses contribuent au succès contemporain des pratiques pèlerines. Chaque pèlerin peut, à son échelle personnelle, s’inventer une relation originale au sacré dans les pèlerinages actuels, et y trouver la source d’une efficacité symbolique.

L’ouvrage est organisé en deux parties : « Diversités pèlerines » et « Pèlerinages transformés. » La première partie présente une série de contributions qui éclaire d’un jour nouveau les pratiques pèlerines européennes. Le texte introductif permet d’insister sur les dynamiques contemporaines des pèlerinages italiens, rappelant le contexte dans lequel fut imaginé cet ouvrage (Lombardi Satriani). Puis viennent deux contributions qui replacent la notion de pèlerinage dans son contexte historique, médiéval (Alaggio), et qui montrent comment il a pu devenir source d’inspiration pour la littérature, avec la description de Lourdes par Zola (Piselli). Les trois textes suivants étudient divers pèlerinages dans différentes régions d’Europe. En Italie du Sud ce sont de modestes pèlerinages villageois consacrés à la guérison de la hernie infantile qui sont documentés à partir de solides enquêtes ethnographiques (Spera). En Norvège et aux Iles Féroë, le culte de Saint Olaf démontre l’existence de pratiques pèlerines anciennes dans des zones bien éloignées de l’Europe catholique traditionnelle (Simonsen). Et en Pologne, l’étude du culte de Sainte Rita à Cracovie montre les renouvellements d’un pèlerinage devenu enjeu de tourisme thérapeutique (Kuzma).

La seconde partie de l’ouvrage apporte des témoignages qui sont autant d’ouvertures pour mieux appréhender les transformations contemporaines des pèlerinages en Europe. En Italie, le culte de Sainte Rita de Cascia s’ouvre ainsi à des dynamiques transnationales (Giacalone) tandis que dans la province de Foggia les sentiers des pèlerins deviennent des itinéraires culturels-touristiques contribuant à valoriser le patrimoine régional (Resta). Les pèlerinages, aujourd’hui, sont de plus en plus travaillés par des questions de tourisme et d’interculturalité, comme en témoigne le culte de Sainte Solange dans le Berry (Étienne). L’anthropologie des pèlerinages doit alors intégrer la problématique de la globalisation, surtout dans le cas de grands pèlerinages comme celui des Saintes-Maries-de-la-Mer (Loiseau). Elle doit aussi prêter attention au « mapping médiatique » qui transforme les pèlerinages en nouvelles ressources touristiques et patrimoniales, au risque de modifier leurs usages traditionnels comme en Serbie (Radulovic et Kovac). Pour mieux comprendre les évolutions contemporaines des pèlerinages, ne faut-il pas alors se souvenir de leur très grande polysémie et de leur plasticité ? Les deux dernières contributions de l’ouvrage, chacune à leur manière, nous rappellent ces caractéristiques. Les pèlerinages peuvent être étonnamment syncrétiques, à l’exemple des pèlerinages « sportivo-religieux » des Landes (Lamothe). Ils contiennent aussi des éléments inattendus, des batailles rituelles et de la violence difficiles à valoriser par les promoteurs du tourisme religieux (Fournier). Ainsi les pèlerinages offrent-ils un sujet inépuisable d’interrogations pour les ethnologues et les anthropologues. Nous faisons ici le vœu que d’autres travaux pourront compléter cet état des lieux, en élargissant la focale à des horizons comparatifs interreligieux qui nous permettront de mieux comprendre les modalités universelles du rapport pèlerin au sacré.

I.

Diversités pèlerines

Itinerarium corporis in Deum

Luigi LOMBARDI SATRIANI

Professeur d’Anthropologie

Université Suor Orsola Benincasa, Naples (Italie)