L'Honneur de Saint Arnaud

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Cette chronique conte l'édifiante histoire d'un maréchal de France, de son vivant couvert d'honneurs : pour Sainte-Beuve sa " moralité essentielle " était un exemple pour la jeunesse. En réalité, massacres et appât du lucre furent les ressorts de sa vie : pour Victor Hugo, " ce général avait les états de service d'un chacal ".


Il construit sa carrière sur la conquête de l'Algérie. Il applique la stratégie de la terre brûlée, affamant les populations, et des " enfumades ", exterminant les habitants des villages : " Je me sentais un peu boucher. " Lors du coup d'État du 2 décembre, il massacre les Parisiens au canon. Vainqueur à la bataille de l'Alma, il meurt, emporté par une diarrhée incoercible, dans une guerre de Crimée qui vise – déjà –; à établir un nouvel ordre mondial. On lui fait des funérailles nationales.


Mais c'est aussi la chronique d'une face noire de l'histoire de France. Y figurent les souverains, Charles X, Louis-Philippe et Napoléon III ; des ministres, Guizot, Thiers, Morny ; des généraux, Bugeaud, Cavaignac et bien d'autres ; d'illustres penseurs, Veuillot, Tocqueville. Et bien entendu, défendant sa terre, la grande et implacable figure de l'émir Abd el-Kader.



François Maspero est l'auteur de plusieurs livres publiés aux éditions du Seuil, en particulier Le Sourire du chat et Les Passagers du Roissy-Express. Il est également traducteur.



Publié le : vendredi 4 mai 2012
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EAN13 : 9782021075939
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L’HONNEUR DE SAINTARNAUD
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FRANÇOIS MASPERO
L’HONNEUR DE SAINTARNAUD
ÉDITIONS DU SEUIL e 25, bd Romain-Rolland, Paris XIV
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isbn : 978-2-02-107594-6
© Édîtîoŝ du Seuîl, févrîer 2012
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Préface
E 1959, u jeue lîBraîre du Quartîer latî décîdaît de deveîr édîteur. Il commeça par lacer ue collectîo qu’îl choîŝît d’îtî-tuler « Cahîerŝ lîBreŝ », e hommage traŝparet à ŝo acêtre e réBellîo, Charleŝ Péguy, le fodateur deŝ « Cahîerŝ de la quîzaîe ». Aï d’évîter toute méprîŝe ŝur ŝeŝ îtetîoŝ édîtorîaleŝ, îl plaça e exergue deŝ premîerŝ tîtreŝ puBlîéŝ ceŝ motŝ du même Péguy : «Ces cahiers auront contre eux tous les salauds de tous les partis.» Pour que leŝdîtŝ ŝalaudŝ e ŝe trompet paŝ d’adreŝŝe, l’artîŝa édîteur-lîBraîre préféra ŝîger ouvertemet ŝo forfaît : ŝeŝ « Cahîerŝ lîBreŝ » paratraîet à l’eŝeîge de ŝo om – Fraçoîŝ Maŝpero, tout ŝîmplemet. Nulle quête de otorîété ou de glorîole daŝ ŝo choîx ; pluŝ eŝŝetîellemet, l’evîe d’aŝŝumer ŝeŝ acteŝ daŝ ue époque oBŝcure où leŝ couardŝ e maquaîet paŝ, otammet parmî la gauche ocîelle, celle quî perdît ŝo hoeur e faîŝat la guerre au peuple algérîe et e votat leŝ pleîŝ pouvoîrŝ à Guy Mollet. Leŝ «salauds de tous les partis» ot ŝaŝ doute crîé vîctoîre quad, e 1982, îlŝ ot vu Fraçoîŝ Maŝpero reocer à ŝo métîer d’édîteur. Maîŝ îlŝ ŝe ŝot réjouîŝ trop vîte : îlŝ avaîet ouBlîé l’auteur. Délîvré deŝ lîvreŝ deŝ autreŝ, Maŝpero, ce tîmîde omBrageux dot j’îmagîe qu’îl ’étaît paŝ mécotet de ŝe cacher derrîère deŝ pîleŝ de mauŝcrîtŝ, ouŝ a ŝoudaî révélé, e 1984, avecLe Sourire du chat, l’écrîvaî qu’îl ’avaît jamaîŝ ceŝŝé d’être e ŝecret. Puîŝ, e 1993, pluŝ d’ue géératîo aprèŝ le déBut de ŝo aveture édîtorîale – le tempŝ, chez d’autreŝ, de pluŝîeurŝ retouremetŝ de veŝte, de cet reîemetŝ et de mîlle améŝîeŝ –, îl ŝ’eŝt rappelé au Bo ŝouveîr deŝ ŝalaudŝ e leur orat leur portraît, cetHonneur de Saint-Arnaud.
Ce lîvre fut vîctîme d’u maletedu.
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’ônnÈû È sâin-ânâû
Daŝ leur îïîe aptîtude à durer, à ŝurvîvre aux oeŝeŝ et à épouŝer l’aîr du tempŝ, leŝ ŝalaudŝ ot mîlle ruŝeŝ. Dot celle-cî : démaŝquéŝ, îlŝ trouverot le portraît avatageux. O le ŝaît, pour eŝcamoter u auteur dérageat, îl ŝut de le proclamer fréquetaBle et Bîeŝéat, de l’étouer de recoaîŝŝace et de l’eterrer ŝouŝ leŝ hoeurŝ. Déjà, quad, e 1990, Fraçoîŝ 1 Maŝpero, avecLes Passagers du Roissy-Express, orît ue archéologîe ŝocîale du terrîtoîre, de ŝeŝ partageŝ et de ŝeŝ déchîrureŝ, à reBourŝ de l’empreŝŝemet charîtaBle pour leŝ Balîeueŝ – cet humaîta-rîŝme à domîcîle où ŝ’éclîpŝet le ŝocîal et le polîtîque –, o le gra-tîïa de complîmetŝ daŝ la preŝŝe reŝpectaBle de touŝ Bordŝ et d’ue metîo élogîeuŝe daŝ u dîŝcourŝ préŝîdetîel. Avec ŝoSaint-Arnaud, o ït mîeux, ou plutÔt pîre : îcî et là, o le déclara faŝcîé par ŝo héroŝ, ŝéduît par le perŝoage, preŝque complîce. Ce ’étaît paŝ le verdîct de lecteurŝ preŝŝéŝ, maîŝ plutÔt de lecteurŝ déragéŝ, gêéŝ et emBarraŝŝéŝ. Quîtte à déaturer l’œuvre, îl leur fallaît taîre la ouvelle : par le détour d’ue Bîographîe claŝŝîque, quî pluŝ eŝt ŝur u perŝoage loîtaî et ouBlîé, l’écrîvaî Maŝpero proclamaît ŝa ïdélîté à ŝeŝ egagemetŝ d’édîteur. Car, deŝ cîq lîvreŝ écrîtŝ par Fraçoîŝ Maŝpero, celuî-cî eŝt ŝaŝ doute le pluŝ polîtîque et le pluŝ actuel. Souŝ l’apparece d’u lîvre d’hîŝtoîre, c’eŝt de ouŝ qu’îl ŝ’agît îcî. De ce payŝ, la Frace. De l’îdée que ouŝ ouŝ e faîŝoŝ. De ŝa préŝece au mode,hic et nunc, ŝelo que ouŝ revedîquoŝ ou que ouŝ rejetoŝ ue part de ŝo paŝŝé.
Voîcî doc u lîvre cruel, terrîBle, aŝŝaŝŝî. Péguy revedîquaît pour ŝeŝCahiersle droît de « faîre deŝ per-2 ŝoalîtéŝ » . Il etedaît par là doer « deŝ coupŝ pour de Bo, o deŝ coupŝ pour la démoŝtratîo ». Parce que, ajoutaît-îl, « la guerre eŝt la guerre, et, quad o ŝe Bat, o tape ». Maŝpero a doc choîŝî de ŝe faîre ue perŝoalîté, ce maréchal Achîlle Le Roy de
1. Fraçoîŝ Maŝpero,Les Passagers du Roissy-Express, photographîeŝ d’Aak Fratz, Seuîl, coll. « Fîctîo & Cîe », 1990 ; réédît. coll. « Poîtŝ », ° R502. 2. Charleŝ Péguy,Personnalités», III-XII, 5, « Cahîerŝ de la quîzaîe avrîl 1902; cf.Œuvres en prose complètes, t. I, p. 906-938, Gallîmard, coll. «îBlîothèque de la Pléîade», 1987.
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âÇÈ Saît-Araud quî e ŝ’appelaît î Achîlle î Saît-Araud. Saît-Araud, à premîère vue, c’eŝt la coquête de l’Algérîe et le coup d’État du 2 décemBre, leŝ « AraBeŝ » efuméŝ et la « caaîlle » mîtraîllée. Maîŝ c’eŝt Bîe pluŝ que cela : au traverŝ de ŝeŝ lettreŝ, puBlîéeŝ aprèŝ ŝa mort e 1854 par ŝa famîlle, louéeŝ par Saîte-euve comme l’exemple même de « l’eŝprît fraçaîŝ », deveueŝ l’u deŝ Brévîaîreŝ deŝ Bîe peŝatŝ du Secod Empîre, c’eŝt la crapulerîe perŝoîïée, la cra-pulerîe étaBlîe et hoorée, revedîquée et légîtîmée. La crapulerîe d’État. Le crîme atîoal. « Ce gééral avaît leŝ étatŝ de ŝervîce d’u chacal », dîŝaît Vîctor Hugo de cet aveturîer ocîel, dot leŝ crîmeŝ euret force de loî et dot leŝ vîléîeŝ furet motréeŝ e exemple. « Leŝ crîmeŝ ŝot faîtŝ grademet ou petîtemet ; daŝ le premîer caŝ, o eŝt Céŝar, daŝ le ŝecod caŝ, o eŝt Madrî. Céŝar paŝŝe le RuBîco, Madrî ejamBe l’égout. » Aux premîèreŝ lîgeŝ rageuŝeŝ de ŝoHistoire d’un crime, écrîteŝ à ruxelleŝ daŝ leŝ premîerŝ moîŝ de l’exîl, le même Hugo frayaît le chemî empruté par Maŝpero : l’autopŝîe deŝ petî-teŝŝeŝ, vaŝteŝ mîŝèreŝ et îmmeŝeŝ meŝogeŝ, îchéeŝ au cœur deŝ gradeurŝ glorîeuŝeŝ et deŝ réputatîoŝ fameuŝeŝ quî fot omBre de gééalogîeŝ d’État. Suîvra logîquemetNapoléon le petit, dot Saît-Araud eŝt évîdemmet l’u deŝ prîcîpaux protagoîŝteŝ, croqué daŝ ŝa ŝuperBe apparece à la page 105 de l’édîtîo îlluŝtrée de 1879. Imagîat l’îhumatîo provîŝoîre, au claîr de lue, deŝ vîctîmeŝ du coup d’État, la gravure quî précède, page 101, e dévoîle l’everŝ : le crîme. Où eŝt l’hoeur daŝ la raîŝo d’État ? Daŝ la ŝoîf de pouvoîr ? Daŝ l’appétît de coquêteŝ ? Daŝ la égatîo deŝ peupleŝ ? Daŝ l’îdîérece aux îjuŝtîceŝ ? E faîŝat de Saît-Araud le modèle parfaît de la veulerîe îtellîgete, du Badîtîŝme réuŝŝî et de la Baŝ-ŝeŝŝe promue, ce ŝot ceŝ queŝtîoŝ que Maŝpero a choîŝîeŝ de ouŝ poŝer. Maîŝ ŝa force eŝt de le faîre mîe de rîe, par petîteŝ toucheŝ, avec ue îroîe placîde et ue dîŝtace mordate. «Aux amîtîéŝ vérî-taBleŝ, îl faut de Belleŝ caŝŝureŝ », dîŝaît ecore Péguy. Dèŝ lorŝ, ul Beŝoî de rupture gradîloquete quad îl ŝ’agît de l’eemî. Ce ’eŝt paŝ frayer avec la crapule que la déŝhaBîller de l’îtérîeur. Ce ’eŝt paŝ être faŝcîé que l’approcher au pluŝ prèŝ. C’eŝt au cotraîre luî faîre la guerre loyalemet, hoêtemet, moralemet. Péguy toujourŝ,
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’ônnÈû È sâin-ânâû
ŝ’explîquat ŝur la Boe maîère de ŝe « faîre deŝ perŝoalîtéŝ » : « la premîère loyauté coŝîŝte à traîter oŝ adverŝaîreŝ et oŝ eemîŝ comme deŝ hommeŝ, à reŝpecter leur perŝoe morale (…), à garder, au pluŝ fort du comBat et daŝ toute l’aîmoŝîté de la lutte, la pro-preté, la proBîté, la juŝtîce, la juŝteŝŝe, la loyauté, à reŝter hoêteŝ, à e paŝ metîr. » Telle eŝt la force redoutaBle du travaîl de Maŝpero, de ŝo écrîture rîgoureuŝe et ŝeŝîBle : e luî doat vîe et humaîté, îl ouŝ oBlîge à cÔtoyer l’împoŝture ; îl ouŝ cotraît à fréqueter ce que l’o pré-féreraît ŝîmplemet déteŝter, et doc îgorer.
C’eŝt faîre grad caŝ, dîra-t-o, d’ue hîŝtoîre quî ouŝ ŝeraît deveue étragère. Aprèŝ tout, l’époque comme leŝ cotréeŝ arpetéeŝ par ce ŝalaud emBlématîque ouŝ ŝot Bîe loîtaîeŝ. Je pourraîŝ ŝîmplemet oBjecter qu’e ce payŝ régulîèremet ŝaîŝî par la te-tatîo Boapartîŝte, îl eŝt ecore deŝ hommeŝ polîtîqueŝ pour voîr e Napoléo III, celuî-là même dot Saît-Araud ït ŝaBre au claîr u Empereur ŝur leŝ décomBreŝ de la Deuxîème RépuBlîque, l’î-1 caratîo de « la gradeur de la Frace » . Je pourraîŝ auŝŝî ajouter qu’îl eŝt égalemet deŝ îtellectuelŝ, îcoŝolaBleŝ orphelîŝ de ladîte gradeur, pour prétedre que la coloîŝatîo fut eŝŝetîellemet œuvre de cîvîlîŝatîo. Maîŝ je m’e tîedraîŝ à la geèŝe de ce lîvre quî ŝut à e dîre l’actualîté. Avec ŝa pudeur coutumîère, Maŝpero a préféré celer l’aecdote. Chaque été,La Quinzaine littérairecoŝacre ŝo uméro d’aoÛt à u doŝŝîer. E 1990, leŝ collaBorateurŝ de la revue de Maurîce Nadeau, parmî leŝquelŝ Fraçoîŝ Maŝpero, reçuret aîŝî ue ote préparatoîre rédîgée par u memBre du comîté de rédactîo e vue d’u uméro ayat pour thème : « Que ŝot “oŝ” ex-coloîeŝ deveueŝ ? » Itîtulée « Ce quî maque à ce uméro », elle ŝ’ouvraît par ceŝ motŝ : « U réexame deŝ doctrîeŝ atîcoloîalîŝteŝ fraçaîŝeŝ (Fratz Fao, e Jea-Paul Sartre, M Vergèŝ, Fraçoîŝ Maŝpero, Régîŝ DeBray). » PuBlîée daŝ le uméro e queŝtîo, la répoŝe de Maŝpero fut cî-glate. Retraçat avec ue împlacaBle îroîe ŝo îtîéraîre polîtîque,
1.Cf.Phîlîppe Seguî,Louis Napoléon le Grand, Graŝŝet, 1990.
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